Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 16:41

 

La démission de Mario Monti attendue dans la journée

 

ROME (Reuters) - Le Parlement italien doit adopter définitivement vendredi en fin d'après-midi le projet de budget 2013, puis le chef du gouvernement, Mario Monti, présentera, comme il l'a promis, sa démission au président de la République, Giorgio Napolitano, a-t-on appris de sources politiques et gouvernementales.

 

Le "gouvernement de techniciens" dirigé depuis treize mois par l'ancien commissaire européen a perdu en décembre à la Chambre des députés et au Sénat le soutien du Peuple De la Liberté (PDL), le parti de centre droit de Silvio Berlusconi.

 

"Il Professore" doit tenir dimanche une conférence de presse au cours de laquelle il dira s'il compte se présenter aux élections législatives anticipées qui devraient se tenir le 24 février.

 

La Chambre des députés doit approuver définitivement vers 17 heures le projet de budget pour l'an prochain. Le conseil des ministres se réunira ensuite à 19 heures puis le chef du gouvernement se rendra au palais du Quirinal pour remettre sa démission au chef de l'Etat, qui à son tour prononcera la dissolution du Parlement.

 

Mario Monti est plébiscité par de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement en Europe mais la politique d'austérité qu'il a menée ne l'a pas rendu populaire dans son pays.

 

Soixante et un pour cent des électeurs interrogés par l'institut de sondage SWG ne souhaitent pas qu'il entre dans la campagne.

 

Il pourrait soutenir un important groupe centriste ou plusieurs petits partis qui s'engageraient à poursuivre sa politique de discipline budgétaire.

 

De tels groupes, allant de l'Union des Démocrates Chrétiens (UDC) de Pier Ferdinando Casini à Italia Futura, le mouvement fondé par le patron de Ferrari, Luca Cordero di Montezemolo, font campagne pour reconduire Monti à la tête du gouvernement.

 

Si les groupes centristes s'attachaient sa candidature, ils passeraient de dix pour cent à quinze pour cent dans les intentions de vote, selon des instituts de sondage, ce qui ne serait pas suffisant pour garantir à l'actuel président du Conseil un rôle de premier plan après les élections.

 

Le PDL de Silvio Berlusconi est crédité de 16,5% des voix dans les sondages et le Parti Démocrate (PD) de centre gauche de 35%. Ce dernier, favori du scrutin, pourrait cependant avoir besoin de former une coalition avec le centre pour s'assurer la majorité à la chambre et calmer les marchés.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 16:22

 

http://www.eitb.com/fr/infos/politique/detail/1207268/aurore-martin-liberee-caution

 

Aurore Martin bientôt libérée sous caution

 

Vendredi 21 Décembre 2012

 

La militante basque Aurore Martin, incarcérée en Espagne depuis début novembre, va être remise en liberté par les autorités espagnoles contre le versement d'une caution de quinze mille euros, a confirmé Jone Goirizelaia, son avocate.

 

Aurore Martin pourra donc sans doute passer les fêtes auprès de sa famille en Pays Basque nord.

 

Des points de collectes sont organisés pour pouvoir payer la caution, ce samedi matin entre 9 heures et 11 heures à Bayonne au café des Pyrénées et à Saint Jean Pied de Port au bar Kalaka.

 

L'arrestation d'Aurore Martin, le premier novembre, et sa remise aux autorités espagnoles pour des actes qui ne sont pas répréhensibles en France et sous une qualification pénale espagnole a soulevé de nombreuses interrogations et indignations.

 

« Sa libération est pour nous une très heureuse nouvelle, mais nous dénonçons cette caution qui s’apparente à une rançon de la part de l’Etat espagnol » a réagi Batasuna dans un communiqué, tout en remerciant "toutes les personnes qui se sont mobilisées pour dénoncer l'arrestation et l'incarcération d'Aurore". Batasuna tient aussi à rappeler qu'"il reste encore six cent prisonniers politiques basques" dans les prisons françaises et espagnoles.

 

« Je suis ravie, je suis émue. C’est une première victoire, la vraie victoire sera un non lieu » a réagi la députée socialiste Colette Capdevielle au Journal du Pays Basque. "On avait l'impression que le procès était fait avant qu'elle soit jugée. Maintenant il faut faire la lumière sur ce qui lui est reproché," a-t-elle ajouté, selon le Journal du Pays Basque.

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 18:42

 

http://www.fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5E8NIGOJ20121218

 

Vers un référendum en 2014 en Catalogne

 

MADRID, Mardi 18 Décembre 2012 (Reuters) - La coalition Convergence et Union (CIU) d'Artur Mas, qui ne dispose pas d'une majorité absolue au parlement catalan, a conclu mardi un accord avec la Gauche républicaine (ERC) sur l'organisation en 2014 d'un référendum sur le statut de la Catalogne.

 

Les deux camps, a priori opposés sur les questions économiques, ne forment pas à proprement parler une coalition pour diriger l'exécutif catalan. Leur alliance a deux objectifs : permettre l'adoption du budget et entériner le principe d'un référendum, a-t-on dit à Reuters de source proche des négociations.

 

"Il y a un accord total sur le référendum. Il y aura un référendum en 2014, sauf si les deux parties s'entendent pour le reporter", a déclaré Oriol Junqueras, chef de file de la Gauche républicaine.

 

Les deux formations ont dit vouloir obtenir l'aval du gouvernement central pour cette consultation mais elles ont laissé entendre qu'elles l'organiseraient quelle que soit la réaction de Madrid, où le pouvoir est opposé à une telle initiative.

 

Dans la foulée d'une manifestation de centaines de milliers de personnes en faveur de l'indépendance de la Catalogne en septembre, Artur Mas a convoqué des élections anticipées en espérant tirer profit de ce sentiment régionaliste. Il était alors engagé dans un bras de fer avec le gouvernement central sur les finances de la Catalogne, l'une des régions les plus riches d'Espagne.

 

Le plan s'est toutefois retourné contre lui puisque sa coalition, qui n'avait guère brandi le drapeau de l'indépendance auparavant, a perdu douze sièges, passant à cinquante élus sur les cent trente cinq du parlement catalan. Les électeurs lui ont préféré les petites formations prônant de longue date une séparation d'avec l'Espagne.

 

La Gauche démocratique est ainsi passée de dix à vingt et un élus.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 19:20

 

http://www.droitdevote2014.org/petition

 

Droit de vote pour tous les résidents étrangers dès 2014

 

Pour une république ouverte et fraternelle

 

Le suffrage universel a été une longue conquête dans l’histoire de la république.

 

Si, en 1793, lors de la révolution française, la première république en adopta le principe, il fut réellement mis en oeuvre par la deuxième république, après la révolution de 1848.

 

Mais le suffrage resta limité aux hommes jusqu’en 1944, lorsque fut enfin instauré, à la libération, le droit de vote pour les femmes. Trente ans plus tard, en 1974, l’âge du droit de vote fut abaissé de vingt et un à dix huit ans.

 

En 1998, les étrangers citoyens des pays de l’union européenne résidant en France ont été admis au vote et à l’éligibilité pour les élections municipales et au parlement européen.

 

En mai 2000, l’assemblée nationale vote une proposition de loi accordant le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales pour les étrangers extra communautaires, qui résident légalement sur le territoire depuis cinq ans au moins. Le Sénat, à son tour, le 8 décembre 2011, adopte cette même proposition. Il reste à mettre en oeuvre la révision constitutionnelle nécessaire.

 

De nombreux responsables politiques de gauche, et aussi du centre et de droite, se sont exprimés en faveur de ce droit.

 

En 2012, lors des élections présidentielles et législatives, la nouvelle majorité a inscrit cette réforme dans son programme. Conformément à ses engagements dans sa déclaration de politique générale, le premier ministre, en juillet 2012 puis en septembre 2012, a promis qu’il y aurait un projet de loi en 2013.

 

Près de deux millions et demi d’étrangers extra communautaires vivent et travaillent dans des communes où ils participent à la vie locale et paient des impôts. Nombre d’entre eux sont responsables d’associations, délégués de parents d’élèves, délégués syndicaux.

 

La vie locale est un lieu essentiel de la vie démocratique et il n’existe aucune raison pour que toutes celles et tous ceux qui résident sur ces territoires n’y participent pas de façon égale. Il est temps de franchir une nouvelle étape pour l’élargissement du suffrage universel, la démocratie, la cohésion sociale et pour l’égalité des droits.

 

Les promesses électorales faites depuis plus de trente ans, approuvées par les électeurs à au moins quatre reprises, depuis 1981, doivent maintenant être tenues.

 

Nous appelons à la mobilisation citoyenne pour que cette réforme, essentielle pour une république ouverte et fraternelle, soit mise en œuvre dès les élections municipales de 2014.

 

Monsieur le président de la république

 

Nous vous demandons d’engager le processus de révision constitutionnelle permettant d’instaurer le droit de vote et d’éligibilité pour nos concitoyens résidents étrangers aux élections locales, dès les élections municipales de 2014.

 

Cet impératif d’égalité et de démocratie est urgent ! 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 18:54

 

http://www.fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5E8NJ1IL20121219

 

Un membre fondateur du Parti de Gauche critique Mélenchon

 

PARIS, Mercredi 19 décembre 2012 (Reuters) - Le cofondateur du Parti de Gauche (PG), Marc Dolez, annonce mercredi qu'il quitte la formation qu'il a créée en 2008 avec Jean-Luc Mélenchon, estimant que ce dernier a rendu ses propositions "inaudibles".

 

Le député du Nord précise en revanche qu'il restera un "militant actif" du Front De Gauche, qui rassemble le Parti de Gauche, le Parti Communiste Français et plusieurs petites organisations.

 

"Nos propositions sont souvent rendues inaudibles à cause de l'outrance du verbe", déclare l'ancien socialiste Marc Dolez dans un entretien à Libération.

 

"Puisque le parti est dans la préparation de son congrès, il est honnête de dire aux militants que je n'y participerai pas et que je quitte le Parti de Gauche", ajoute-t-il.

 

Le Parti de Gauche, qui revendique douze mille adhérents, se réunira en congrès fin mars 2013 à Bordeaux.

 

Marc Dolez reproche à Jean-luc Mélenchon d'avoir "dilapidé" "l'acquis" de la campagne présidentielle "dès les législatives", avec une stratégie "Front contre Front" qui a d'après lui "cornérisé" la gauche de la gauche.

 

Depuis, il lui reproche de multiplier les critiques à l'endroit du gouvernement socialiste "plutôt que de s'attaquer à la droite".

 

"Le Parti de Gauche connaît une dérive un peu gauchisante", estime-t-il. "L'objectif est d'ouvrir une alternative. Pas de créer une organisation condamnée à la minorité. Ne donnons pas l'impression que l'adversaire du Front De Gauche est le parti socialiste."

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 20:08
 
Vous trouverez ci-dessous la troisième et dernière partie de la biographie de Cyril Lionel Robert James.

Elle est disponible en totalité à l'adresse ci dessous.

Bernard Fischer

http://www.entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2012/11/20/preface-sur-la-question-noire-aux-etats-unis-de-c-l-r-james

 

En 1952, les feux du maccarthysme et le FBI rattrapent Cyril Lionel Robert James. Déclaré indésirable, il est arrêté et emprisonné à Ellis Island, là où débarquent les immigrants. James quitte le pays en 1953 avant d'en être expulsé non sans avoir donné une série de conférences à l'université de Columbia et avoir publié un essai décapant sur Moby Dick.

Le noir européen né dans la Caraïbe et vivant aux Etats Unis, l'internationaliste anglais de Trinidad, parcourt désormais le monde. Le monde vient aussi à lui. Il rencontre Martin Luther King en 1957 et les deux hommes discutent du boycott des bus de Montgomery. En 1958, il publie, en collaboration avec Cornélius Castoriadis et Grace Lee, un recueil de textes consacré à la révolution hongroise de 1956.

Au cours des années 1960, préoccupé par l'avenir des sociétés post coloniales, il se rend notamment à Cuba, en Tanzanie, en Ouganda et au Nigeria. Il est invité au Ghana par Kwame Nkrumah, qu'il avait rencontré en 1943, pour participer aux cérémonies de l'indépendance. Un premier temps enthousiasmé par la révolution ghanéenne, James rompra avec Kwame Nkrumah, qui, devenu président, installe un régime autoritaire
avant d’être renversé en 1966. James écrira en 1977 que si Nkrumah avait «atteint un objectif formidable: la destruction d’un régime décadent, […] il avait échoué à construire une nouvelle société».

De retour à Trinidad, vingt-six ans après son départ, il travaille à The Nation, le journal du People’s National Movement, le parti d’Eric Williams. Il devient le secrétaire du West Indies Federal Party, qui milite pour la création d’une fédération des nouveaux petits États indépendants de la Caraïbe. Il démissionne de la rédaction de The Nation et rompt avec Eric Williams, devenu premier ministre, quand celui-ci se refuse à demander la fermeture de la base militaire américaine de l’île. James multiplie les réunions pour expliquer son point de vue sur l’avenir des Indes occidentales et publie un livre sur le sujet, Modern Politics, qui est interdit par le gouvernement de Trinidad. De retour à Trinidad en 1965 comme correspondant du Times pour couvrir le tournoi de cricket, il est arrêté et emprisonné sur ordre du gouvernement qui faisait face à d’importants troubles sociaux et politiques. Grâce à la protestation populaire, James est relâché au bout de quelques jours. L’année suivante, il s’implique à nouveau dans la vie politique de l’île en créant le Workers’ and Farmers’ Party (Parti des travailleurs et des paysans) qui dispose d’un journal, We, the PeopleNous le peuple»).

Williams sera, quelques années plus tard, mis en difficulté par la «
Black Power Revolution» et la grève des travailleurs du pétrole.

Autorisé à rentrer aux États-Unis, il s’y installe à nouveau, enseigne dans plusieurs universités et publie des essais, notamment sur Pablo Picasso et Jackson Pollock.

En 1979, il signale l’importance de l’apparition sur la scène littéraire des femmes écrivains noires
: Toni Morrison, Ntozake Shange et Alice Walker. Elles sont, dit-il, non seulement le produit des années 1960, mais aussi celui d’«une longue tradition nationale profondément enracinée». James ajoute:

«
L’artiste universel est universel parce qu’il est national avant tout.»

Ce qui fait dire à Eugen Ethelbert Miller qu’à l’époque où surgissent ces auteures noires américaines, James exprime la même idée que celle que formulait Richard Wright en 1938
: «Les écrivains noirs doivent accepter les implications nationalistes de leur création, non pas pour les encourager, mais pour les transformer et les transcender. Ils doivent accepter le concept de nationalisme parce que, pour le transcender, ils doivent le posséder et le comprendre.»

C’est à la fin des années 1960 que James concentre à nouveau ses forces sur le panafricanisme. Ses séjours dans les Caraïbes et en Afrique avaient recentré ses conceptions politiques sur le terrain des luttes noires internationales. En 1968, il revient aux États-Unis qui sont alors bien différents de ce qu’il avait connu. Les luttes noires sont alors à leur apogée et les courants panafricains en leur sein ont pris de l’importance, notamment avec la conscience croissante du lien entre les luttes de libération nationale en Afrique et les luttes des Afro-Américains.

Des tentatives de coopération entre mouvements afro-américains et mouvements africains et caribéens émergent, des «
comités de soutien à la libération africaine» se multiplient, aboutissant notamment à la puissante manifestation du jour de la libération africaine à Washington en 1972. Lors de ce second séjour, James participe aux activités du Centre pour l’éducation noire, créé en 1969, et qui avait pour objectif «l’indépendance et la souveraineté totales et l’unification des peuples africains sur le continent africain et dans les Caraïbes». Par ailleurs, le Centre est également tourné vers la communauté noire de la ville, publiant un journal, animant une radio et organisant des sessions d’éducation et de soutien scolaire. James y donne des conférences hebdomadaires, qui débouchent sur des ateliers de lecture où on étudie Garvey, Padmore, Fanon, du Bois, Wright et Marx.

James considère la période de luttes panafricaines qui court de 1939 à 1969 comme un phénomène politique parmi les plus importants du vingtième siècle. Il rapporte aussi les problèmes des indépendances africaines aux continuités coloniales de ces États. Il écrit ainsi dans A History of Pan-African Revolt, une réédition augmentée de son histoire des révoltes noires réalisée à la demande de militants noirs britanniques
:

«
Les États dont héritèrent les dirigeants nationalistes africains n’étaient en rien africains. Avec la désintégration du pouvoir politique des États impérialistes en Afrique et l’émergence du militantisme des masses africaines, un certain modèle politique prit forme. Les dirigeants politiques nationalistes […] s’assurèrent le soutien des fonctionnaires africains qui avaient administré l’État impérialiste, et l’État fraîchement indépendant était à peu de chose près le même que le vieil État impérialiste, à cette différence qu’il était désormais administré et contrôlé par les nationalistes noirs.»

Il s’agissait là à ses yeux de la conséquence politique d’une habitude profondément ancrée dans la pensée occidentale, celle de «
voir les créations, découvertes, conquêtes africaines à l’aune de la norme que serait la civilisation occidentale, de penser que les africains passent leur temps à imiter, à tenter d’atteindre ou pire de franchir les stades primitifs du monde occidental».

Attentif aux problèmes rencontrés par le mouvement pour les droits civiques et aux questions soulevées par le Black Power, il entame en 1967 un dialogue avec Stokely Carmichael, le jeune dirigeant du Student Non-Violent Coordinating Committee (SNCC) et théoricien du Black Power
:

«
Venons-en au pouvoir noir. C’est à la fois un mot d’ordre politique et pas tout à fait un mot d’ordre politique. C’est bien plutôt un drapeau. Cela apparaît clairement lorsque l’on se remémore les propositions qui, par le passé, sont parvenues à capturer l’imagination politique et orienter l’activité des masses partout dans le monde.»

En 1967-1968, à Londres, James assiste et participe au développement du Black Power britannique. Le cycle de conférences «
Dialectics of Liberation », qui rassemble de nombreux acteurs des luttes noires et radicales américaines, impulse le développement d’un mouvement noir britannique, séparé en deux tendances.

L’une, séparatiste et «
léniniste», était menée par Obi B. Egbuna et l’organisation United Coloured People’s Association. En 1970, un second courant se détache, formé autour du British Black Panther Movement créé en 1968 et de Althea Jones-Lecointe, qui privilégie l’activisme communautaire et rejette l’avant-gardisme d’Egbuna et de ses partisans. James développe des liens avec ces mouvements, notamment au travers de son petit-neveu, Darcus Howe, et participe aux campagnes contre les violences policières dans le quartier de Nothing Hill. Farrukh Dhondy raconte que James, appelé à prendre la parole, déclara:

«
“Je vais vous dire ce qu’il faut écrire dans votre journal. N’utilisez pas toute cette rhétorique léniniste, vous n’en avez pas besoin”. Et il montrait du doigt des personnes dans le public et disait “Qu’est-ce que vous faites?”. On lui répondait “Je suis chauffeur de bus”. “Alors, écrivez sur ce que c’est de conduire un bus, écrivez sur ce qui se passe dans les entrepôts, écrivez sur ce que vous voulez, et sur ce que vous ne voulez pas”.»

À propos de Freedom News, le journal des Panthers britanniques, James affirme que le rôle des petits groupes d’activistes n’est pas de formuler un programme pour les opprimés, mais de soutenir le mouvement en mettant en évidence, par la propagande et l’agitation, le potentiel révolutionnaire de l’activité autonome des opprimés. Linton Kwesi Johnson, dub poet et militant noir, a déclaré que « Les jacobins noirs », qu’il étudiât «
chapitre par chapitre» avait été «le début de [son] éducation politique», ce qui nous en dit long sur la trace que James a laissée dans le mouvement noir d’outre-Manche, où les Caribéens sont nombreux.

Avant de conclure et d’abandonner les lecteurs et les lectrices parmi les pages de ce recueil, nous nous permettrons un aparté amoureux qui synthétise à la perfection la personnalité de James et les questions qu’il a soulevées tout au long de sa vie.

En 1946, à Constance Webb qui ne savait pas comment lui exprimer les affres dans lesquelles elle se débattait alors qu’ils avaient une liaison et qu’ils s’apprêtaient à se marier, il dit la chose suivante
:

«
Écoute, ma douce. Crois-tu vraiment que je ne sache pas ce que tu ressens? Ce n’est pas vraiment une surprise pour moi. Tous les blancs d’Amérique et d’ailleurs ont des préjugés. Tous! Tu n’es pas un cas à part. Je savais ce qui te perturbait, mais il fallait que tu le découvres par toi-même. Maintenant, ma précieuse, écoute-moi bien. La seule façon de vaincre de tels sentiments, c’est de les reconnaître comme des préjugés et ainsi, à chaque fois qu’ils se manifestent par le moindre signe, de les combattre.»


C. L. R. James finit sa vie dans son petit appartement de Brixton, le quartier caribéen de Londres où il reçoit les visites de jeunes militants noirs provenant des quatre coins du monde. Il meurt en 1989. Il est inhumé là où il avait entamé son périple, à Trinidad, dans la Caraïbe, le pays de George Padmore, d’Aimé Césaire, de Franz Fanon et de Stokely Carmichael, le pays des descendants d’esclaves qui se sont jetés dans la tourmente de l’histoire au milieu des révolutions et qui ont joué un rôle immense sur la scène mondiale de l’émancipation.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 19:11

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie du compte rendu d’une discussion à Paris entre un militant d’Occupy Wall Street et des militants de Démocratie Réelle Maintenant Paris.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site de Démocratie Réelle Maintenant Paris à l’adresse ci dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://paris.reelledemocratie.net/node/1690

 

Les relations avec les syndicats

 

Les relations avec les organisations ne sont pas simples. Les syndicats sont souvent très hiérarchiques. Le taux de syndicalisation est faible (onze pour cent), les syndicats ont été très affaiblis par les années Reagan. Les syndicats sont plutôt implantés dans les services publics.

 

La manifestation du May Day (premier mai) a été l’occasion de tisser des liens avec les organisations.

 

Pendant cinquante ans il n’y avait plus eu de manifestation aux Etats-Unis le premier mai, jusqu’en 2006 où les manifestations du premier mai ont repris, à l’initiative de communautés hispanophones, en lien avec le réseau international May Day, qui lançaient dans plusieurs pays des manifestations du premier mai parallèlement aux traditionnelles manifestations syndicales. Le premier mai 2012, il y a eu une réunification aux Etats-Unis des initiatives May Day et des syndicats, et une seule manifestation à laquelle a appelé Occupy Wall Street. Ce jour là, il y a eu aussi une université libre, des piquets de grève, et le soir, une assemblée. Cette assemblée n’ayant pas été autorisée par les autorités, elle a choisi de se disperser quand la police a menacé d’arrêter les manifestants.

 

Il y a un groupe issu d’Occupy Wall Street qui est en lien avec les syndicats.

 

Le mouvement face à la répression policière

 

La répression des mouvements sociaux s’est d’une manière générale aggravée à New York à partir de 2001. La police est très violente.

 

Quand le mouvement Occupy Wall Street a démarré, il a subi une très forte répression qui a en fait augmenté le niveau de mobilisation. Plus il y avait de violence, plus il y avait de personnes qui rejoignait le mouvement. La police s’est alors adaptée et a privilégié une violence plus discrète, mais toujours aussi forte, quand il n’y avait pas les médias.

 

Le mouvement Occupy Wall Street a développé des stratégies pour faire face à la répression. Par exemple, le 17 septembre 2012, pour l’anniversaire du mouvement, il n’y a pas eu une grande manifestation, mais des petits groupes, moins contrôlables, qui ont pris pour cibles de manifestation des banques, des compagnies d’assurance… 

 

Le 13 octobre 2012, un rassemblement a été organisé devant la maison du dirigeant de Goldman Sachs. Le lieu de l’action avait été gardé secret, seules quelques personnes savaient et ont guidé les autres. Cela a permis d’éviter la répression policière et de pouvoir parvenir au lieu : ce succès a permis de rendre confiance aux personnes.

 

Il y a une culture de sécurité qui se forge : par exemple, ne pas parler quand il y a des policiers à proximité.

 

Il faut néanmoins toujours faire face à une répression qui se durcit et s’adapte elle aussi aux stratégies du mouvement. Par exemple, des personnes ont été arrêtées pour le simple fait de venir fermer leurs comptes bancaires.

 

Concernant la crise du logement, il y a des personnes qui s’organisent pour empêcher les huissiers d’accéder aux habitations. D’autres actions consistent à perturber la procédure de revente des maisons, par simplement en chantant quand les commerciaux présentent les maisons à des clients : des personnes ont été arrêtées pour ce type d’action, simplement parce qu’elles ont chanté…

 

L’extrême droite aux Etats Unis

 

L’extrême droite est organisée essentiellement avec les « Tea Parties. » Il y a plus largement le problème du racisme notamment au Sud des Etats-Unis.

 

L’extrême droite semble en perte de vitesse, notamment grâce à Occupy Wall Street selon l’activiste de strike debt. En effet, beaucoup de personnes qui jusque là pouvaient être séduites par l’extrême droite « contestataire » écoutent maintenant le discours égalitaire d’Occupy.

 

Le président Obama ayant été attaqué sur sa couleur de peau, Occupy Wall Street préfère dire que la crise n’est pas la faute du président mais de Wall Street. En même temps, l’échec d’Obama renvoie aux limites de ces institutions et ouvre un espace pour une politique non traditionnelle, hors parti.

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 18:40

 

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième partie de la biographie de Cyril Lionel Robert James.

 

La biographie est disponible en totalité à l’adresse ci dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2012/11/20/preface-sur-la-question-noire-aux-etats-unis-de-c-l-r-james

 

En 1935, alors que l'Italie fasciste envahit l'Abyssinie, il renoue avec George Padmore, son ami d'enfance qui vient de rompre avec l'internationale communiste et qui sera considéré comme le "père du panafricanisme". 

Il est doublement concerné par cette guerre, en tant que noir et en tant que socialiste internationaliste et milite alors avec l' "organisation noire" de George Padmore. Il devient le responsable éditorial du périodique de l'International African Service Bureau, qui regroupe dans les années 1930 et 1940 à Londres les radicaux noirs originaires des colonies britanniques d'Afrique et des Caraïbes. James ferraille alors contre la passivité complice de la société des nations, contre la duplicité de l'URSS de Staline qui livre du pétrole à l'Italie mussolinienne, contre les démocraties occidentales qui se préparent à dépecer l'Ethiopie pour mieux la "sauver". Il se rend à l'ambassade d'Ethiopie pour s'engager dans l'armée et aller combettre en Abyssinie. Il lance un appel :

"Travailleurs de Grande Bretagne, paysans et travailleurs d'Afrique, il faut que vous vous rapprochiez pour ce combat et pour les combats à venir. Tenez-vous à distance des impérialistes, de leurs sociétés, de leurs alliances et de leurs sanctions. Ne soyez pas la mouche pour leur araignée (...) Mobilisons nous pour une organisation indépendante et pour une action indépendante. Nous devons briser nos propres chaînes. Qui peut être assez fou pour attendre de son geôlier qu'il les brise ?"

 Les deux ouvrages qu'il publie en 1937 et 1938, "World revolution" et "Les jacobins noirs", témoignent de sa recherche d'une orientation nouvelle liant marxisme et identité noire. Selon Cedric J.robinson, la leçon d'Ethiopie avait provoqué une inflexion dans la pensée de James qui a alors franchi un pas décisif l'amenant au delà des orientations classiques de la gauche anti stalinienne sur la "question noire". "La puissance de la tradition radicale noire fusionna avec les besoins des masses noires en mouvement pour former un nouveau corpus théorique et idéologique dans (ses) écrits".

En 1936, alors que le pays a été conquis par les troupes italiennes, il publie "Abyssinia and the imperialists". James travaille alors comme rédacteur à l'International African Opinion qui avait notamment pour mission de relayer le programme de l’organisation pour l’indépendance de l’Afrique et des Caraïbes. Cette participation, qui dure jusqu’en 1938, constitue la marque de sa première période panafricaniste qui prend fin avec son départ pour les États-Unis. Il rédige en 1938 une brève histoire des révoltes noires dans laquelle il établit l’histoire des luttes noires, de leur logique et de leur temporalité propre. James y évoque la rébellion d’esclaves à Stono en 1739, en Caroline du Sud, au cours de laquelle des esclavagistes furent tués, une garnison occupée, des propriétés brûlées, ainsi que les grèves sud-africaines, les rébellions congolaises ou encore les grandes grèves de 1934-1939 dans les Caraïbes.

Dans la préface qu'il rédige pour l'édition de 1980 des Jacobins noirs, James résume en ces termes la génèse de son ouvrage, qui lui demanda une année de travail aux archives de la bibliothèque nationale à Paris :

"Je décidais d'écrire un livre dans lequel les africains, ou leurs descendants dans le nouveau monde, au lieu d'être constamment l'objet de l'exploitation et de la férocité d'autres peuples, se mettraient à agir sur une grande échelle, et façonneraient leur destin". 

Ce livre est une flamboyante contribution au corpus évoqué par Cedric J.Robinson. C'est aussi une démonstration de l'autonomie et de l'interdépendance des processus révolutionnaires de la révolution française et de la révolution haïtienne. "Les masses de Saint Domingue commencent" et "les masses parisiennes concluent", tels sont les titres des chapitres quatre et cinq. Anna Grimshaw précise que James donne un double sens à l'articulation entre "centres" et "périphéries" : " c'est une question qu' (il) a abordée de plusieurs manières au cours de son activité; parfois, il traitait des relations entre le prolétariat des nations impérialistes et les peuples indigènes; parfois, il traitait des liens entre les luttes des divers groupes composant la population d'un même pays". 

James explique que les ouvriers parisiens et les esclaves de Saint Domingue étaient soumis aux mêmes "lois historiques" et que c'est l'organisation même de la production sucrière qui a donné aux esclaves révoltés la capacité de mener une guerre révolutionnaire victorieuse contre le régime colonial :

" (les esclaves) vivaient et travaillaient par groupes de plusieurs centaines dans les grandes manufactures sucrières (...), et se rapprochaient par là du prolétariat moderne, beaucoup plus que toutes les autres catégories d'ouvriers de cette époque".

Commentant la thèse de James, Cedric J.Robinson note que le capitalisme a produit deux fois sa propre négation : l'accumulation capitaliste a donné naissance au prolétariat et l'accumulation primitive a produit les bases sociales de l'activité révolutionnaire des colonisés.

Les Jacobins noirs, ainsi qu’un autre ouvrage publié aux États-Unis deux ans auparavant, Black Recontruction de W. E. B. du Bois, marque un tournant dans l’historiographie, en abandonnant l’approche euro centriste jusqu’alors dominante (y compris dans la culture marxiste). Grâce à ces études pionnières, non seulement l’esclavage était-il reconnu comme une des sources fondamentales de la révolution industrielle et de l’accumulation capitaliste dans le monde occidental, mais la question noire était finalement posée dans sa dimension subjective, culturelle et nationale.

Les bateaux qui transportaient les esclaves de l’Afrique au Nouveau Monde contenaient sans doute de la force de travail, mais celle-ci était faite d’êtres humains porteurs de cultures, de valeurs et de visions du monde qui donnaient un contenu concret à leurs luttes de libération.

A partir de 1939, James s'implique dans la vie militante américaine dans les rangs du Socialist Workers Party (SWP) et tente de faire partager sa vision stratégique à ses amis trotskistes. En décembre, dans un article qui paraît dans New International, il résume la démarche qui est celle des Jacobins noirs et, tout en évoquant le rôle des noirs d'Amérique et d'Afrique dans les révolutions et les révoltes, il lance une sorte de défi à toute la gauche :

"Cette histoire révolutionnaire ne peut constituer une surprise que pour ceux qui, quelle que soit l'internationale à laquelle ils appartiennent, la seconde, la troisième ou la quatrième, n'ont pas encore rejeté de leur système de pensée les mensonges permanents du capitalisme anglo saxon".   

Invité par le SWP pour une tournée de conférences et de débats sur la situation politique en Europe alors que la guerre approche (elle est jugée inévitable par les trotskistes) et parce qu'on attend beaucoup de l'auteur des jacobins noirs, James arrive aux Etats Unis à la fin de 1938. Il restera quinze ans aux Etats Unis. Après une série d'apparitions publiques, il semble avoir "disparu de la surface de la terre". Il est en réalité plus actif que jamais. Il a seulement quitté la scène publique pour celle, imperceptible, de l'activité révolutionnaire. Le "noir anglais" fait aussi l'expérience dans sa chair de la condition de "nigger" au pays de Jim Crow, alors que, étranger sans permis de séjour, il milite dans un pays qui pratique la ségrégation, expulse les "agitateurs étrangers" et qui va bientôt entrer en guerre.  

Cyril Lionel Robert James s'appelle désormais J. R. Johnson, W. F. Carlton, A. A. B. J. Meyer ou bien G. F. Eckstein. Il publie d'innombrables articles, textes, projets de résolution, commentaires et s'implique dans tous les méandres des organisations se réclamant du trotskisme. Non content de plonger dans la vie d'un révolutionnaire professionnel, comme l'écrit Scott Mac Lemee, il s'immerge aussi avec délectation dans la société américaine, dont il apprécie "les détails de la vie quotidienne, la diversité sociale et la culture populaire".  

Il se fait à partir de 1939 le théoricien et l'agitateur du "travail nègre" dans le mouvement trotskiste américain. On peut penser, à le lire, qu'il entrevoit le "non encore advenu", le mouvement pour les droits civiques et celui du Black Power.  

En avril 1939, il entame un dialogue avec Léon Trotsky à Mexico, précisément sur la "question nègre". Le mouvement créé par le révolutionnaire en exil est alors, selon les mots de Martin Glaberman, englué dans le "bourbier" d'une conception aussi généreuse que stratégiquement inefficiente. Martin Glaberman ajoute que le positionnement "classique" revenait à subordonner la lutte des afro américains au mouvement ouvrier traditionnel.  

Les deux hommes s'accordent sur une autre orientation politiique : en aucun cas, la "question noire" n'est réductible à la "question de classe" et de ce fait il faut une organisation autonome pour les afro américains. Cette nécessité repose sur la place particulière qu'ils occupent dans le système capitaliste américain : surexploités, opprimés, lynchés. Plus tard, dans un texte paru en 1943, James insiste sur la dialectique entre l'intégration croissante des afro américains dans la production capitaliste et leur exclusion de l'exercice de la démocratie en tant que groupe ségrégué :  

"Ainsi, tout en étant de plus en plus intégré à la production, une intégration qui devient de plus en plus un processus social, le nègre est devenu plus conscient que jamais de son exclusion des privilèges démocratiques en tant que groupe racial séparé de la communauté. Ce phénomène dual est la clé de l'analyse marxiste de la question nègre aux Etats Unis".    

Cinq années plus tard, dans une résolution qu'il soumet au congrès du SWP, il nous livre le coeur de son appproche de la "question nègre", laquelle tranche nettement avec celle de l'essentiel de la gauche révolutionnaire de son temps. La lutte indépendante des afro américains a sa propre légitimité. Un mouvement noir indépendant aura une force incommensurable pour transformer la vie sociale et politique des Etats Unis, même s'il se développe "sous la bannière des droits démocratiques" et qu'il n'est pas "dirigé par le mouvement ouvrier".  

La simple existence de ce mouvement exerce une influence positive sur le mouvement ouvrier. De ce fait, la combinaison des deux est un élément essentiel de la lutte pour le socialisme. Il faut donc s’opposer à toute tentative de subordonner la lutte indépendante des Afro-Américains pour les droits démocratiques à tout autre objectif. On peut synthétiser cette problématique ainsi: la minorité doit dans un «mouvement dialectique» se séparer des organisations majoritaires pour former ses propres organisations et ainsi pouvoir s’unir avec elles et participer au mouvement général.

Ce faisant, James trace le cadre d’un bloc social et politique qui trouverait sa force dans la jonction entre les luttes des Afro-Américains pour leurs droits et celles du mouvement ouvrier dont eux-mêmes constituent une part importante et particulièrement active. Plus de soixante années nous séparent de cet écrit qui, sous des formes renouvelées et actualisées, nous semble garder toute sa valeur.  

Dans les pays multinationaux, dans ceux où des fractions de la population se revendiquent d’identités multiples et dans ceux façonnés par la domination raciale, y compris ceux qui sont dans cette situation et qui se refusent à le voir, l’alliance des forces sociales sera d’autant plus facile à construire et puissante que les groupes dominés seront en capacité de s’organiser en tant que tels sur leurs propres bases pour construire une alliance, un bloc social et politique. Cette attention à l’intrication de la domination raciale dans les rapports sociaux, cet attachement à l’auto-organisation et à l’autonomie stratégique des opprimés et des dominés sont de toute évidence riches d’enseignements pour nos propres combats.

En 1940, James rompt avec le SWP pour cause de divergences sur la "nature de l'union soviétique". Il milite désormais dans le Workers Party qui rejette la caractérisation trotskiste "officielle" de l'URSS comme un Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré, préférant l’analyser comme un capitalisme d’État. Il retournera avec sa tendance au SWP en 1948 avant de le quitter à nouveau quelques années plus tard. En publiant en 1948 ses « Notes on Dialectics », il marque une nouvelle distance, voire une rupture, avec la conception léniniste du parti d’avant-garde que sa perception du mouvement noir comme mouvement autonome avait inaugurée plusieurs années auparavant.

Dans les années 1940-1941, il entame une correspondance avec Constance Webb et fréquente Richard Wright, Ralph Ellison et Chester Himes tout en s’installant quelque temps dans le Missouri pour écrire sur la grève des métayers noirs. Il écrit sur l’art et l’esthétique, sur Hamlet et forme, en 1951, avec Raya Dunayevskaya et Martin Glaberman, une nouvelle organisation, le Correspondence Publishing Committee. 

 

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 18:17

 

Affrontements entre palestiniens pro et anti Assad à Damas

 

MASNAA, Liban (Reuters) - Palestiniens partisans et adversaires de Bachar al Assad s'affrontaient lundi dans le camp de réfugiés de Yarmouk, dans le sud de Damas, encerclé par l'armée gouvernementale syrienne, tandis que des centaines d'autres fuyaient vers le Liban.

 

Depuis deux semaines, la bataille de Damas s'est étendue au camp de Yarmouk, où se combattent des milices palestiniennes fidèles au régime syrien et des insurgés au sein desquels figure une unité palestinienne, la brigade Liwaa al Asifah (Brigade Tempête).

 

Un demi-million de réfugiés palestiniens vivent en Syrie, la plupart à Yarmouk, qui tombe ainsi dans l'arc allant de l'est au sud-ouest de la capitale, à partir duquel les rebelles espèrent s'approcher jusqu'au coeur de Damas.

 

La Syrie a de tous temps été à l'avant-garde de la lutte en faveur des palestiniens, armant et finançant plusieurs factions.

 

Gouvernement syrien et rebelles ont chacun de leur côté enrôlé et armé des palestiniens dans le conflit qui a fait plus de quarante mille morts depuis mars 2011.

 

Dimanche, au moins vingt cinq personnes ont été tuées dans le bombardement d'une mosquée du camp par des chasseurs de l'armée de l'air syrienne. Des milliers d'habitants de Yarmouk ont cherché refuge lundi dans les quartiers voisins.

 

LE HAMAS ET L'OLP CRITIQUENT ASSAD

 

Le Hamas, dont certains dirigeants en exil vivaient dans la capitale syrienne avant le soulèvement, a "vivement condamné la poursuite de l'agression contre le peuple syrien, et nous condamnons fermement le bombardement des camps palestiniens en Syrie".

 

Yasser Abed Rabbo, secrétaire général de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), a déclaré que son mouvement tiendrait Assad responsable des morts provoquées par le bombardement de Yarmouk.

 

Les palestiniens ne doivent pas "abriter ou aider des groupes terroristes", a déclaré le ministre syrien des Affaires étrangères lors d'un entretien avec le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, pour justifier la présence de chars et de soldats aux abords du camp.

 

Selon la télévision syrienne, Walid al Moualem a ajouté que les palestiniens devaient aider à expulser les "terroristes", le terme utilisé par Damas pour qualifier les insurgés.

 

Dans un communiqué, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al Arabi, a exhorté les parties au conflit syrien à protéger les palestiniens et à faire en sorte qu'ils ne soient pas victimes des violences.

 

Les combattants du Front Populaire pour la Libération de la Palestine-Commandement Général (FPLP-CG), une organisation restée fidèle à Assad, forment le gros des troupes palestiniennes combattant les rebelles dans le camp.

 

Leur chef, Ahmed Djibril (84 ans), a quitté Yarmouk en fin de semaine dernière pour se réfugier à Tartous, une ville côtière dominée par les alaouites, la communauté religieuse du président syrien.

 

Parvenu lundi avec sa femme et ses quatre enfants à la frontière libanaise, Abou Taha a raconté que des responsables du FPLP-CG avaient fait le tour des maisons à Yarmouk en disant aux gens de partir.

 

"Je pense que quatre vingt pour cent ont fui. Tous ne sont pas venus au Liban, certains sont restés à Damas", a-t-il dit.

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 15:04

 

http://www.contretemps.eu/interventions/moment-despoir-congr%C3%A8s-bakou-1920

 

Un moment d’espoir, le congrès de Bakou en 1920

 

Septembre 1920. Pour l’Etat révolutionnaire russe c’était un moment de grand espoir mais aussi de grand danger. En 1917, les travailleurs russes avaient pris le pouvoir.

 

Depuis ce temps, ils avaient subi une soi-disant « guerre civile » (en réalité l’invasion d’une douzaine d’armées étrangères, y compris la britannique et la française) atrocement cruelle. Des révolutions en Hongrie et Bavière en 1919 avaient été rapidement écrasées.

 

Les dirigeants bolcheviques savaient bien qu’il fallait étendre la révolution. Si la révolution restait isolée, elle ne pourrait pas survivre. Personne ne parlait encore du socialisme dans un seul pays. Le nouvel Etat soviétique avait donc besoin d’alliés, dans ses propres intérêts et dans l’intérêt des travailleurs du monde entier. Ou bien le socialisme étendait sa victoire, ou bien l’exploitation continuait et de nouvelles guerres allaient se préparer.

 

C’était dans cette perspective que l’Internationale Communiste avait été créée en 1919, dans le but d’encourager la révolution mondiale. Le deuxième congrès de l’Internationale, tenu à Moscou en juillet et août 1920, avait regroupé un grand nombre de socialistes et de syndicalistes qui allaient dès lors former les nouveaux partis communistes à même de bouleverser le capitalisme mondial une fois pour toutes. Mais la grande majorité des délégués venaient d’Europe. Il fallait aussi chercher des alliés ailleurs, dans ce que Zinoviev, le président de l’Internationale Communiste, appelait « la deuxième moitié du congrès de l’Internationale ». Voilà ce qui a constitué le congrès de Bakou.

 

La guerre de 1914-1918 avait été une guerre impérialiste. Malgré leur rhétorique, les empires britannique et français n’avaient aucune intention de « libérer » les peuples des colonies. Le traité de Versailles accordait « le droit des peuples à disposer d'eux mêmes » aux pays européens, mais nullement aux pays de l’Afrique et de l’Asie.

 

La vision des bolcheviques portée avec elle un monde où le colonialisme et le racisme seraient abolis et oubliés à jamais.

 

Selon le bolchevique Radek, il fallait s’appliquer « à l’œuvre de reconstruction d’une nouvelle humanité libre où il n’y aura plus de gens de couleur, où il n’y aura plus de différences dans les droits et les obligations, où tous jouiront des mêmes droits et auront les mêmes devoirs ». Le manifeste adopté par le deuxième congrès de l’Internationale avait donc souligné l’importance pour les communistes dans les pays impérialistes de la lutte contre leur propre impérialisme.

 

"Le socialiste qui, directement ou indirectement, défend la situation privilégiée de certaines nations au détriment des autres, qui s’accommode de l’esclavage colonial, qui admet des droits entre les hommes de race et de couleur différentes; qui aide la bourgeoisie de la métropole à maintenir sa domination sur les colonies au lieu de favoriser l’insurrection armée de ces colonies, le socialiste anglais qui ne soutient pas de tout son pouvoir l’insurrection de l’Irlande, de l’Égypte et de l’Inde contre la ploutocratie londonienne, ce « socialiste », loin de pouvoir prétendre au mandat et à la confiance du prolétariat, mérite sinon des balles, au moins la marque de l’opprobre."

 

C’est dans ce contexte que le Comité Exécutif de l’Internationale a invité des représentants des peuples opprimés à se rassembler à Bakou. L’endroit était bien choisi. Bakou se trouvait en Azerbaïdjan, un des pays de l’ancien empire tsariste devenu indépendant en 1918, et qui se trouvait « au croisement entre la Russie et l’Orient ». D’autre part, il s’agissait d’un centre pétrolier, et les bolcheviques avaient conscience de l’importance que prendrait le pétrole au vingtième siècle. Lorsque le révolutionnaire américain John Reed s’adressa aux délégués, il leur demanda : « Vous ne savez pas comment Bakou se prononce en américain? Il se prononce oil [pétrole]. »

 

Le voyage n’était pas sans dangers. Le gouvernement britannique mit tout en œuvre pour empêcher les délégués d’arriver à Bakou. Un bateau à vapeur qui transportait des délégués iraniens fut par exemple attaqué par un avion britannique, deux délégués périrent et l’attaque fit plusieurs blessés. Des navires de guerre britanniques essayèrent également d’empêcher les délégués turcs de traverser la mer Noire. Deux iraniens furent tués à la frontière d’Azerbaïdjan par la police iranienne. Les délégués qui venaient de Moscou devaient, de leur côté, traverser des régions dévastées par la guerre civile. Le délégué français, Alfred Rosmer, écrivit à ce sujet :

 

« Le voyage […] nous permit de saisir sur le vif l’immensité des ruines causées par la guerre civile. La plupart des gares avaient été détruites. Les voies de garage étaient partout encombrées de carcasses de wagons à demi brûlés. Quand les Blancs étaient battus, ils faisaient en se retirant le maximum de destructions. Une des gares les plus importantes de l’Ukraine, Lozovaïa, avait été tout récemment encore attaquée par une bande; nous avions sous les yeux les dommages que causaient de telles attaques, encore fréquentes dans ces régions ».

 

Quand bien même, les délégués vinrent en nombre. Il est difficile d’établir les chiffres précis, mais selon le compte-rendu sténographique du congrès, il y avait mille huit cent quatre vingt onze délégués, dont mille deux cent soixante treize communistes. En effet, on accueillait avec plaisir les délégués non communistes selon Zinoviev, le président de l’Internationale Communiste :

 

« Nous ne vous avons pas demandé à quel parti vous appartenez. Nous ne vous posons que les questions suivantes : « Es-tu travailleur ? fais-tu partie de la masse laborieuse ? Veux-tu mettre fin à la guerre civile et désires-tu organiser la lutte contre les oppresseurs ? » Cela suffit. Nous n’avons pas besoin d’autre chose et nous ne vous réclamons aucun passeport politique ».

 

Beaucoup des délégués venaient des pays de l’ancien empire tsariste et du Moyen‑Orient. On comptait cent géorgiens, cent cinquante sept arméniens, deux cent trente cinq turcs, cent quatre vingt douze persans, quatre vingt deux tchétchènes, quatorze hindous et huit chinois. Les traductions prirent un temps fou. On pouvait y entendre des langues asiatiques qui avaient été supprimées à l’époque tsariste. Alfred Rosmer écrivit encore : « La salle était d’un pittoresque extrême, tous les costumes de l’Orient rassemblés dessinaient un tableau d’une étonnante et riche couleur. »

 

Dans son discours d’introduction, Zinoviev expliquait clairement pourquoi les révolutionnaires russes reconnaissaient que leur lutte n’était qu’une petite partie d’une lutte générale contre l’impérialisme mondial et que la révolution russe ne pourrait triompher sans faire partie d’un mouvement beaucoup plus large :

 

« Nous disons qu’il n’y a pas seulement au monde des hommes de race blanche [...]. Outre les Européens, des centaines de millions d’hommes d’autres races peuplent l’Asie et l’Afrique. Nous voulons en finir avec la domination du capital dans le monde entier. Nous sommes convaincus que nous ne pourrons abolir définitivement l’exploitation de l’homme par l’homme, que si nous allumons l’incendie révolutionnaire, non seulement en Europe et en Amérique mais dans le monde entier, si nous sommes suivis par cette portion de l’humanité qui peuple l’Asie et l’Afrique. L’Internationale Communiste veut que les hommes parlant toutes les langues se réunissent sous ses drapeaux. L’Internationale Communiste est convaincue qu’elle ne sera pas seulement suivie par des prolétaires d’Europe, et que, formant comme une immense réserve de fantassins, les lourdes masses paysannes de l’Asie, du proche et du lointain Orient vont s’ébranler à leur suite ».

 

Et il prévoyait que la révolution russe ne constituerait qu’un petit épisode d’un mouvement beaucoup plus large :

 

« Quand l’Orient bougera vraiment, la Russie et toute l’Europe avec elle, ne tiendront qu’un petit coin de ce vaste tableau. »

 

Pour les travailleurs de l’Occident, il ne s’agissait pas simplement d’un engagement moral. Zinoviev leur rappelait qu’ils avaient un intérêt matériel et très pressant à soutenir les luttes des peuples colonisés :

 

« À l’heure qu’il est, la bourgeoisie italienne, cherchant à intimider ses ouvriers, annonce qu’elle enverra, le cas échéant, contre eux ses troupes coloniales ».

 

Bien sûr, l’unité entre les travailleurs européens et les opprimés des colonies n’allait pas être facile. Beaucoup de travailleurs avaient acquis des attitudes impérialistes, tandis que les colonisés pouvaient soupçonner les travailleurs des pays impérialistes de recevoir au moins des miettes de leurs propres impérialistes.

 

Mais le délégué britannique, Tom Quelch, rappela qu’il y avait un fondement objectif pour l’unité. Il commença son discours par une citation de Karl Marx : « La classe ouvrière britannique ne sera réellement libre que lorsque les peuples des colonies anglaises le seront aussi ». Il insista sur le fait que : « Les ennemis de la classe ouvrière britannique – les capitalistes anglais – sont aussi les ennemis des peuples de l’Orient opprimé ».

 

Dans son discours de clôture, Zinoviev alla jusqu’à proposer de réviser le Manifeste Communiste de Karl Marx. La formule de Marx était : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », mais désormais, selon Zinoviev, il fallait plutôt dire : « Prolétaires de tous les pays, opprimés du monde entier, unissez-vous ! »

 

Le Congrès suscita un véritable enthousiasme. Pour Zinoviev (un orateur formidable mais qui prenait quelquefois ses désirs pour des réalités), il fallait « susciter une véritable guerre sainte (djihad) contre les capitalistes anglais et français ».

 

Une perspective peut-être plus réaliste et honnête fut présentée par Karl Radek :

 

« Quant à nous, nous allons vers ces peuples non pour utiliser leur force dans notre bataille contre le capitalisme, mais pour les aider à se libérer du joug du capital, des institutions médiévales, du féodalisme et de l’ignorance, pour les aider à vivre une vie vraiment humaine. Nous allons à eux sachant que la jeune société communiste qui naît parmi d’immenses douleurs ne peut encore leur apporter les richesses de l’occident – car ces richesses nous avons à les créer – mais pour les libérer, pour les aider à édifier leur vie nouvelle de la façon qui leur paraîtra correspondre aux intérêts des masses laborieuses. »

 

Le Congrès n’était qu’un début. À vrai dire, il s’agissait plus d’un rassemblement que d’un congrès. Le temps était très limité, et fut encore grignoté par les besoins de traductions. Il est difficile de savoir exactement comment les délégués ont été élus. La grande majorité d’entre eux n’avaient pas la possibilité de s’exprimer et il n’était guère possible de prendre des décisions véritablement démocratiques. Il n’en reste pas moins que plusieurs questions d’une très grande importance y ont été évoquées.

 

Alfred Rosmer en profita pour mettre à jour l’hypocrisie de l’impérialisme français :

 

« Au moment où éclata la guerre mondiale, les dirigeants, de France et d’Angleterre, et leurs valets de la presse, assuraient que cette conflagration universelle porterait la liberté aux peuples qu’opprimait l’Allemagne barbare. Mais s’il s’agissait de libérer des peuples opprimés, […] pourquoi ces grandes puissances n’ont-elles pas commencé par donner la liberté aux peuples qu’elles oppriment elles-mêmes ?

 

Pourquoi l’Angleterre n’a-t-elle pas donné la liberté à l’Irlande? Pourquoi tient-elle sous son joug les 300 millions d’hommes qui habitent l’Inde ? Pourquoi la France, qui prétendait lutter contre la barbarie allemande, opprime-t-elle le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, et poursuit-elle encore à présent la guerre en Cilicie et en Syrie pour augmenter son empire d’un lambeau d’Asie?

 

Bien au contraire, la France et l’Angleterre tentent de reprendre à ces peuples même les maigres réformes qu’elles leur avaient accordées avant la guerre. Quand il fallait lutter contre les Allemands et mobiliser, dans ce but, des centaines de milliers d’Algériens, de Tunisiens et de Marocains, on promit à ces derniers toutes sortes de libertés, mais aujourd’hui, quand les représentants de la Tunisie, évoquant les quarante cinq mille tunisiens qui ont péri sur les champs de bataille, rappellent timidement les promesses faites par le gouvernement français, celui-ci, pour toute réponse, arrête et emprisonne les « meneurs » et supprime les journaux indigènes qui se sont permis de publier leur déclaration ».

 

Mais si le congrès soutenait les luttes contre l’impérialisme, les organisateurs insistaient sur le fait qu’il ne fallait pas remplacer les impérialistes par des exploiteurs autochtones.

 

Selon Zinoviev :

 

« Qu’importent au paysan géorgien les belles chansons […] sur l’indépendance nationale, si les terres demeurent entre les mains des anciens propriétaires, si le vieux joug persiste comme par le passé, si le premier soudard anglais venu peut mettre le talon de sa botte sur la poitrine de l’ouvrier et du paysan géorgiens […]  La haute importance de la révolution qui commence en Orient ne consiste point à chasser de la table où il festoient messieurs les impérialistes  anglais pour leur y substituer les riches musulmans […] Nous voulons que le monde soit gouverné par les mains calleuses des travailleurs ».

 

Naturellement, on trouvait là des délégués de religions différentes mais, plus particulièrement, un grand nombre de musulmans. Pour les bolcheviques, il s’agissait de mettre en valeur le radicalisme inhérent à la tradition musulmane. Selon le délégué russe Skatchko :

 

« Même selon le Coran, la terre ne peut appartenir qu’à celui qui la travaille, et les religieux qui s’en sont emparés, comme les mollahs en Perse, ont été les premiers à enfreindre la loi fondamentale de la religion musulmane; ils ne sont pas les défenseurs de cette religion, mais ses violateurs. Ce sont des parasites et des oppresseurs, de même que les propriétaires féodaux. Bien plus, ils cachent, sous le turban blanc et sous le Coran, leur vie oisive d’exploiteurs. Camarades, il faut leur arracher ce masque vénérable, les déposséder et distribuer leurs terres à la classe paysanne laborieuse ».

 

Mais la pratique ne suivait pas toujours la théorie. Des voix critiques se faisaient entendre. Un des présidents du congrès, Narboutabekov, s’exprima en termes très vigoureux pour protester contre les actions des bureaucrates bolcheviques au Turkestan :

 

« Camarades, je vous dirai que les masses ouvrières du Turkestan ont à lutter sur deux fronts; ici contre les mollahs réactionnaires, et là contre les tendances nationalistes des Européens. Ni le camarade Zinoviev, ni le camarade Lénine, ni le camarade Trotsky, ne connaissent la véritable situation au Turkestan, ils ne savent pas ce qui s’y est passé durant ces trois dernières années […] Or, voici que des musulmans viennent à nous et nous disent que nos croyances sont foulées aux pieds, qu’on nous défend de prier, qu’on nous empêche d’enterrer nos morts selon les rites de notre religion. Qu’est-ce à dire ? Cela s’appelle semer la contre-révolution dans les masses laborieuses ».

 

En effet il s’avérait que, malgré les bonnes intentions des bolcheviques, ce que Lénine appelait « le chauvinisme grand-russe » n’était nullement mort.

 

Parmi les mille huit cent quatre vingt onze délégués, on ne comptait que cinquante cinq femmes. Il y avait sans doute des attitudes patriarcales parmi les délégués, et lorsqu’on proposa d’élire trois femmes au bureau du congrès, cette proposition rencontra une forte opposition. Mais lorsque l’élection des trois femmes fut annoncée, il y eut finalement des applaudissements et des ovations.

 

Une femme turque, [Najiye Hanum ou Naciye Hanim], qui présenta le point de vue des femmes. Si elle se moquait des féministes occidentales qui se préoccupaient du voile, elle posa en même temps un défi de taille aux hommes d’Orient, et proposa des revendications très concrètes :

 

« Le mouvement que commencent à l’heure qu’il est les femmes de l’Orient, ne doit pas être considéré du point de vue de ces féministes légères pour qui le rôle de la femme, dans la vie publique, est celui d’une plante délicate ou d’un joujou élégant; ce mouvement doit être considéré comme une conséquence importante et nécessaire du mouvement révolutionnaire général que traverse à l’heure actuelle le monde entier. Les femmes de l’Orient ne luttent pas seulement pour le droit de sortir sans voile, comme on le croit assez souvent. Pour la femme de l’Orient, avec son idéal moral si élevé, la question du voile est au dernier plan. Si les femmes, qui forment la moitié de l’humanité, restent les adversaires des hommes, si on ne leur accorde pas l’égalité des droits, le progrès de la société humaine est évidemment impossible; l’état arriéré de la société orientale en est une preuve irrécusable.

 

Camarades, soyez-en sûrs, tous les efforts et toute la peine que vous dépenserez pour réaliser les formes nouvelles de la vie sociale, toutes vos aspirations, quelques sincères qu’elles soient, resteront stériles, si vous ne faites appel à la femme qui sera votre compagne, votre aide véritable dans vos travaux […].

 

Mais nous savons aussi qu’en Perse, à Boukhara, à Khiva, au Turkestan, aux Indes et dans les autres pays musulmans, la situation de nos sœurs est encore pire que la nôtre. Mais l’injustice dont nous et nos sœurs sommes les victimes ne reste pas impunie; témoin, l’état arriéré et la décadence de tous les pays de l’Orient. Sachez, camarades, que le mal qu’on fait à la femme n’est jamais resté et ne restera jamais sans punition […].

 

La lutte des femmes communistes de l’Orient sera encore plus dure, parce qu’elles auront à combattre, en plus, le despotisme de l’homme. Si vous autres, hommes de l’Orient, restez, comme par le passé, indifférents au sort de la femme, soyez-en sûrs, nos pays, vous et nous périrons, ou alors nous entreprendrons avec les autres opprimés, une lutte à mort, pour la conquête de nos droits. Voici, en abrégé, les principales revendications des femmes :

 

Si vous voulez votre propre libération, prêtez l’oreille à nos revendications et prêtez-nous une aide et un concours efficaces : complète égalité des droits, droit pour la femme à recevoir au même titre que l’homme l’instruction générale ou professionnelle dans tous les établissements y affectés, égalité des droits de l’homme et de la femme dans le mariage, abolition de la polygamie , admission sans réserves de la femme à tous les emplois administratifs et à toutes les fonctions législatives et organisation dans toutes les villes et villages de comités de protection des droits de la femme ».

 

D’autres questions d’importance n’ont pas pu être traitées, faute de temps. Trois documents sur la Palestine et le sionisme ont par exemple été présentés au congrès, mais sans pouvoir être discutés. Une déclaration émanant du bureau central des sections juives du parti communiste russe traitait les sionistes de serviteurs de l’impérialisme britannique et condamnait l’implantation artificielle d’une minorité privilégiée juive dans la population de Palestine.

 

Les résultats immédiats du congrès furent assez minces. Il fut créé un Conseil de propagande et d’action comptant à son actif trente cinq communistes et treize sans-parti. Mais déjà le capitalisme mondial commençait à se stabiliser. Alfred Rosmer remarque : « Il n’y eut pas dans les mois qui suivirent de soulèvements assez importants pour inquiéter et occuper sérieusement les puissances impérialistes. » Le Conseil de propagande et d’action eut  une existence éphémère – il n’a duré que jusqu’au début de 1922. Celui-ci a tout de même joué un rôle dans la fondation, en 1921, de l’Université des peuples de l’Orient qui comprenait sept cent étudiants de cinquante sept nationalités ainsi que des branches à Bakou et à Irkoutsk.

 

Mais, pour citer encore Alfred Rosmer, à plus long terme le congrès a eu une réelle influence sur l’évolution politique en Asie :

 

« L’ébranlement était profond mais il ne fit sentir ses effets que plus tard; il fallait du temps pour que les débats et les résolutions portent leurs fruits, pour rassembler assez de forces conscientes de la lutte à mener contre les maîtres jusque-là tout puissants ».

 

Des partis communistes ont été fondés en Turquie (1920), en Iran (1920), en Chine (1921) et ailleurs.

 

Mais si les idées de Bakou vivaient alors, et vivent encore, une destinée plus tragique attendait nombre de ces participants. Plusieurs, y compris Zinoviev, Radek et Narboutabekov, ont péri sous la terreur stalinienne des années 1930, Alfred Rosmer a été exclu du parti communiste français en 1924. Avec l’avènement de Staline, l’Internationale Communiste a commencé à adopter une politique très différente envers les pays dominés par l’impérialisme.

 

Dans un prochain article j’essayerai d’expliquer ces changements.

 

Ian Birchall

 

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article

Présentation

  • : fischer02003
  • fischer02003
  • : actualité politique nationale et internationale
  • Contact

Recherche

Pages

Liens