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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 14:27

 

http://www.liberation.fr/monde/2012/12/11/tibet-l-essence-de-laresistance_866859

 

Tibet, l’essence de la résistance

 

Mardi 11 Décembre 2012

 

Comme la jeune Tingzin il y a un mois, les tibétains sont de plus en plus nombreux à s’immoler par le feu pour protester contre la politique d’assimilation de Pékin.

Reportage dans une région sous haute surveillance.

 

Par Philippe Grangereau, envoyé spécial de Libération au Qinghai

 

Le Tibet s’enflamme comme si l’apocalypse était pour bientôt. Au cours du seul mois de novembre, au moins vingt sept tibétains se sont volontairement transformés en torches vivantes. Le plus courageux a psalmodié des prières sur plusieurs centaines de mètres avant de s’écrouler ; un autre s’est frappé la tête sur une pierre pour abréger ses souffrances. Samedi, un pâtre de 23 ans s’est sacrifié devant une foule de spectateurs composée de moines et de laïcs contemplant passivement le martyr qui se consumait sous leurs yeux, et criant : «Tibet indépendant !»

 

Depuis la première immolation, celle d’un moine en février 2009, une centaine de Tibétains ont mis fin à leurs jours avec de l’essence et un craquement d’allumette. Des jeunes d’une vingtaine d’années, des éleveurs, des jeunes mariés, des religieux, des pères de famille. Une épidémie de suicides par les flammes qui serait destinée à retarder la fin d’un monde qu’ils voient disparaître sous leurs yeux. «Désormais, quatre vingt pour cent des Tibétains ont compris quelle était l’intention des Chinois, confie un enseignant tibétain. Ils veulent éradiquer notre langue, notre culture, notre religion, notre histoire, notre dignité, et nous assimiler.»

 

Des sacs d’orge grillée en guise d’ex voto

 

L’une des dernières à accomplir ce geste funeste fut une adolescente du nom de Sangye Dolma. Agée de 17 ans, elle s’est brûlée le 25 novembre près du temple bouddhiste de Duohemao, un village des hauts plateaux de la région tibétaine du Qinghai. La piste déserte qui y conduit s’étire à trois mille six cent mètres d’altitude dans un paysage nu, bordé de montagnes sur lesquelles le soleil projette d’étranges langues violacées. Au détour d’un raidillon, un barrage de quatre policiers attend les intrus. Une grosse Toyota surmontée d’un gyrophare est rangée sur le bas-côté. Le gradé, un Tibétain en civil, brandit un pistolet sous notre nez. L’embuscade a pour but d’arrêter les Tibétains qui affluent dans ces villages de martyrs, car un suicide attire des cortèges venant du voisinage pour rendre hommage aux familles des victimes. Ils apportent généralement en ex-voto des sacs d’orge grillée, de l’argent et des images du dalaï-lama.

 

«Descendez, papiers Après une fouille sommaire qui commence avec une vérification des photos prises par les occupants du véhicule, le policier tibétain nous rend miraculeusement la liberté. «Partez, ne revenez plus Un autre chemin d’accès au village est également gardé.

 

Mais ce ne sont pas les immolés qui manquent dans cette vaste région de l’ancien Amdo, où l’irrédentisme a toujours été très affirmé. En 1956, six ans après l’invasion du Tibet par les troupes communistes, les tribus tibétaines golok rassemblèrent plusieurs centaines de colons chinois, leur coupèrent le nez et les renvoyèrent chez eux.

 

L’expédition punitive dépêchée par Pékin, forte de sept mille soldats, fut entièrement massacrée. De nos jours, les Tibétains sont désarmés, et leur chef spirituel, le dalaï-lama, prêche la non-violence. «L’immolation par le feu, souligne un Tibétain nommé Lobsang, est l’expression la plus violente qui soit de la lutte pacifique que nous impose le dalaï-lama.»

 

Après un long périple à flanc de coteau sur un chemin sans parapet, c’est finalement de nuit qu’on découvre, sous la pleine lune, les ruelles du bourg montagnard de Tsenmo Gogue. C’est ici que, le 15 novembre, s’est immolée Tingzin Dolma, 23 ans. Alors que ses parents étaient partis en voyage, elle a volé l’essence d’une moto pour s’en asperger, et s’est brûlée vers midi, dans la cour déserte du temple bouddhiste voisin, sans que personne ne s’en rende compte. Un passant l’a trouvée peu après, carbonisée. Elle n’a laissé aucune explication. Sa mère, Tashi Dolma, encore sous le choc, se tait. «Elle a fait vœu de silence», explique un cousin qui nous accueille dans la cour intérieure encombrée d’un tas de briques de thé offertes par des visiteurs. Une kyrielle de grandes photos du dalaï-lama et de Lobsang Sangay, le Premier ministre du gouvernement tibétain en exil, un laïc, sont accrochées au-dessus d’un autel où brûlent des bougies. Dans l’autre pièce, chauffée à la bouse de yack, sont affichés des diplômes de «cadre modèle» octroyés à Chulo, le père de la martyre. Agé d’une cinquantaine d’années, il fut naguère maire du village. Un avis officiel frappé de la faucille et du marteau signale qu’il a perçu par deux fois des primes pour bons et loyaux services au Parti.

 

«Ma fille Tingzin était toujours joyeuse et de bonne humeur. Elle avait préparé son geste dans son cœur, et personne ne se doutait qu’elle allait l’accomplir», marmonne l’ex-cadre modèle. «Ces derniers temps, complète en chinois le cousin, elle passait des heures à regarder les chanteurs tibétains à la télévision La famille vit de ses dix sept têtes de yack et de la cueillette de champignons médicinaux. Ses parents, qui ont quatre enfants, emmenaient parfois Tingzin en voyage, la dernière fois à Lhassa, où l’album de famille la montre en sweat-shirt rose, devant un temple, une expression inquiète dans le regard. «Elle pensait que, si les Chinois n’étaient pas là, alors le dalaï-lama pourrait revenir au Tibet, et que dès lors tout irait mieux», finit par lâcher le cousin, jusque-là sur ses gardes. Des policiers sont venus chez eux à deux reprises faire leur enquête. Chulo, le père, finit par dire : «Le sacrifice de ma fille est utile pour la nation tibétaine.»

 

Cinq laissez passer pour voyager

 

Les Tibétains de la base paraissent avoir pris le relais des membres du clergé bouddhiste, qui avaient initié il y a trois ans ce mouvement de protestation par immolation. «Beaucoup de ces martyrs sont persuadés d’avoir l’approbation tacite du dalaï-lama», pense un poète local. L’hécatombe accrue de ces dernières semaines a conduit les autorités à resserrer davantage les contrôles. Pour voyager, les Tibétains ont maintenant besoin de cinq laissez-passer différents.

 

A Tongren, où règne une loi martiale qui ne dit pas son nom, la police et l’armée n’y suffisent plus. Tous les fonctionnaires doivent consacrer plus de la moitié de leur temps à surveiller les rues, de jour comme de nuit. «On nous met dans des voitures garées le long du trottoir pendant douze heures d’affilée, et on doit signaler tout acte suspect», raconte un employé. A mots couverts, il dit craindre «un soulèvement général des Tibétains».

 

D’autres formes de protestation coexistent. En novembre, cinq cent étudiants ont manifesté à Gonghe. La police a chargé et vingt d’entre eux se sont retrouvés à l’hôpital. Les manifestants protestaient contre une publication officielle qualifiant les immolations de «stupides». Ils demandaient aussi que l’enseignement de la langue tibétaine, petit à petit éliminé des programmes, soit rétabli.

 

Dans une petite ville du district de Guinan, le directeur d’une école primaire rapporte qu’une trentaine d’enseignants en langue tibétaine formés au cours des dernières années sont privés de postes, alors que tous ceux qui enseignent en chinois se sont vus attribuer des emplois.

 

«Les autorités leur disent d’être patients, mais ils ont déjà perdu tout espoir», explique le directeur d’école. C’est la conséquence des nouvelles directives de Pékin visant à éliminer la langue tibétaine. Cette politique est officiellement appelée « enseignement bilingue ». Nom trompeur qui recouvre une réalité très différente : tous les cours sont en chinois, seule la langue tibétaine est enseignée en tibétain.

 

« Lhassa, une grande prison ».

 

Tout a changé après les émeutes anti chinoises de 2008, qui se sont soldées par dix neuf morts selon un bilan officiel, cent cinquante selon des sources tibétaines. Ces violentes manifestations ont touché le Tibet proprement dit (la «région autonome du Tibet»), ainsi que les régions tibétaines des provinces du Qinghai, Sichuan et Gansu - qui faisaient naguère partie du « Grand Tibet ». «Ces manifestations ont surpris et paniqué le pouvoir chinois», explique l’écrivaine tibétaine Woeser. «Depuis, les autorités considèrent que les écoles en langue tibétaine sont des foyers indépendantistes Woeser, 46 ans, est pratiquement la seule Tibétaine à accepter de parler politique à visage découvert.

 

Sa mère est tibétaine et son père, moitié chinois moitié tibétain, était officier de l’armée chinoise. S’exprimant en chinois, Woeser est l’auteure, entre autres, de « Mémoire interdite, témoignages sur la révolution culturelle au Tibet ». Si tant de Tibétains s’immolent, dit-elle, c’est que «la répression a atteint un point tel qu’ils n’ont plus peur de mourir». Ces martyrs ne sont pas, selon elle, «mus par le désespoir, mais au contraire par l’espoir d’éveiller la conscience nationale. La souffrance endurée par ces immolés donne une force immense à leur message. Si la communauté internationale est aussi touchée par leur sacrifice, tant mieux, mais les immolés s’adressent en premier lieu à leur peuple, aux Tibétains.»

 

Résidant à Pékin, Woeser vient de passer trois mois dans la capitale du Tibet, où observateurs et journalistes sont interdits depuis quatre ans. Ce qu’elle y a vu est un pays soumis à l’état d’urgence. Lhassa, qui compte cent trente six postes de police est, dit-elle, «comme une grande prison».

 

Il y a des fouilles au corps et des contrôles de sécurité dignes des aéroports presque à chaque coin de rue. Les Hans (Chinois de souche) sont rarement contrôlés, mais les Tibétains systématiquement, y compris les enfants. Pour visiter un temple bouddhiste, il faut passer sa carte d’identité dans une machine et, à l’intérieur, d’autres fouilles et contrôles vous attendent. Tous les temples ont leur poste de police et leur «groupe de travail» communiste.

 

«J’ai fait une expérience, confie Woeser. J’ai noté ce que je voyais en marchant sur une distance de cinq cent mètres : j’ai croisé vingt et une guérites de policiers, deux grands commissariats et trois patrouilles de policiers armés.» Pour parer immolations ou manifestations, ces policiers disposent d’outils spéciaux, des lassos attachés à un long manche.

 

Certains policiers patrouillent avec des extincteurs, d’autres sont équipés de combinaisons en amiante. «Les esprits sont pleins de rancœur et une nouvelle explosion de colère pourrait survenir, murmure Woeser, mais le Tibet est maintenant devenu une prison géante, et toute révolte a des chances d’être matée sitôt qu’elle survient.»

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 17:01

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie de la préface au livre de Cyril Lionel Robert James sur la question noire aux Etats Unis.

La préface est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer


http://www.entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2012/11/20/preface-sur-la-question-noire-aux-etats-unis-de-c-l-r-james


Préface au livre de Cyril Lionel Robert James sur la question noire aux Etats Unis

Par Emmanuel Delgado Hoch, Patrick Le Tréhondat, Richard Poulin et Patrick Silberstein

Publié avec l’aimable autorisation des éditions Syllepse.

Le livre paraîtra prochainement dans la collection Radical America, 256 pages, 15 euros.

Considéré comme un monument dans l’aire caraïbe et dans le monde anglophone, Cyril Lionel Robert James est méconnu, voire inconnu, des lecteurs et des lectrices francophones. Méconnu en partie parce que son empreinte sur la pensée émancipatrice a été écrasée par un seul ouvrage, cardinal il est vrai, « Les jacobins noirs, Toussaint Louverture et la révolution de Saint Domingue ». Publié en 1938 à Londres, le livre paraît en français en 1949 chez Gallimard dans une traduction réalisée par Pierre Naville.

Quand on lui demandait qui il était, C.L. R. James, répondait : « Je suis un noir anglais » ou encore : « Je suis un noir européen  », une réponse qui invite à la réflexion. Nous allons donc essayer dans le court espace de cet avant-propos d’éclairer ce propos en traçant quelques grandes lignes de son parcours. Ce faisant, nous l’espérons, nous donnerons un éclairage sur les raisons qui nous ont conduits à publier en français, plusieurs décennies après leur rédaction, les textes que cet intellectuel marxiste, « noir », « anglais » et originaire de la Caraïbe, a consacrés à la question noire aux États-Unis entre 1935 et 1967.

Qui était donc ce noir européen né aux Caraïbes un demi siècle après l'abolition de l'esclavage et issu d'une diaspora africaine qui deviendra elle même diaspora dans les pays occidentaux ? Qui était donc ce noir anglais issu de la classe moyenne intellectuelle noire qui a circulé entre le centre et les marges des empires coloniaux ?

James naît en 1901 à Trinidad dans la Caraïbe sous domination britannique dans une famille appartenant à « cette génération très particulière de Noirs qui a suivi l’abolition de l’esclavage ». Son père est instituteur et sa mère une grande lectrice de littérature anglaise. Il se souvient du cadeau qu’elle lui fait alors qu’il n’est âgé que de six ou sept ans : un recueil du théâtre de Shakespeare. Il raconte aussi que pour elle, comme pour toute la classe moyenne noire de l’île, le calypso et le carnaval qui, adolescent le fascinaient, étaient le plus court chemin vers l’enfer. Il est scolarisé au Queen’s Royal College, la prestigieuse institution scolaire d’une « colonie dirigée autocratiquement par des Anglais ».

Évoquant la société coloniale de son enfance, il raconte que ses grands-parents se rendaient chaque semaine à l’église revêtus de leurs habits du dimanche parce que, pour eux, si la « respectabilité n’était pas un idéal  », c’était une « armure ».

Stupéfaits, écrit-il en 1932, les fonctionnaires coloniaux arrivant d’Angleterre « découvrent » des Noirs habillés comme eux et parlant la même langue qu’eux, parfois même mieux qu’eux. Il note dans son autobiographie qu’« il n’était pas nécessaire de mettre la question raciale en avant, car elle était là, même si dans notre petit paradis, nous ne la ressentions pas ».

Cedric Robinson note que le nationalisme noir s’est développé dans la Caraïbe tout d’abord au sein de la petite bourgeoisie intellectuelle, placée au milieu de la société entre la majorité de la population (les descendants des esclaves) et la bourgeoisie blanche. Cette intelligentsia marginalisée est à la fois exclue de la société blanche et arrachée à ses propres racines culturelles. James a décrit leurs parcours de la manière suivante :

« Le premier pas vers la liberté consistait à partir à l’étranger. Avant de pouvoir commencer à se concevoir en gens libres et indépendants, ils devaient se débarrasser l’esprit du stigmate selon lequel tout ce qui était africain était inférieur et avili. La route menant à l’identité nationale antillaise passait par l’Afrique.»

Avec la guerre de 1914, les tensions sociales et raciales s’exacerbent. Les jeunes blancs des classes aisées refusent de servir dans les mêmes régiments que les noirs, sauf comme officiers, tandis que les prix flambent et plongent les masses noires dans la misère. Le réveil des colonisés fait trembler l’Empire tout entier, et « Trinidad devient une partie du mouvement noir de l’après-guerre qui, en quelque vingt ans, mettra l’Empire en pièces ». Dès 1917, les grèves se multiplient. La Trinidad Workingmen’s Association, qui combine revendications sociales et lutte contre les discriminations raciales, est au centre de l’agitation. Le retour des soldats, victimes des pratiques discriminatoires de l’armée britannique, ajoute aux tensions qui règnent dans les îles. En novembre 1919, les dockers bloquent l’activité de l’île à l’appel d’un officier, le capitaine Cipriani, de retour du front européen.

Créole, André Cipriani devient le champion des « va-nu-pieds ». Élu maire en 1921, il présidera la Trinidad Workingmen’s Association en 1923 et devient le sujet d’un livre que James publiera en Angleterre en 1932.

James n’a pourtant encore que deux véritables passions : le criket et la littérature.

Toutefois, comme le note Cedric J. Robinson : « Si ses choix politiques étaient faits, ils lui seraient de plus en plus difficiles à vivre alors que les forces mondiales déferleront sur lui et que la tradition radicale noire prendra une forme révolutionnaire.»

Il s’imprègne de Shakespeare et des classiques grecs et latins, joue (beaucoup) au cricket, lit énormément (notamment W. E. B. du Bois), écrit, publie des nouvelles, travaille à ce qui sera son premier roman, Minty Alley, et interviewe Marcus Garvey lors de son passage à Trinidad après son expulsion des États-Unis. Il participe en 1919 à la création du Maverick Club, une association sociale et culturelle dont les « blancs ne pouvaient pas être membres ». Il adhère aussi au mouvement du capitaine Cipriani.

Enfin, pour écrire la biographie de ce dernier, il se plonge dans l’histoire coloniale des Indes occidentales (West Indies) et se forge une conviction élémentaire : les peuples des Caraïbes doivent être libres de se gouverner par eux-mêmes.

Il quitte son pays en 1932 pour gagner l’Angleterre et « devenir romancier ». Il a trente et un ans. Il s’installe dans la vieille région industrielle du Lancashire, se mêle aux activités de la gauche et gagne sa vie en tenant la rubrique « Cricket » du Manchester Guardian. Il se fait aussi le biographe de son ami Leary Constantine, vedette noire du cricket, qui exerce une forte influence sur lui. En 1960, il publiera un ouvrage autobiographique au titre évocateur, Beyond a Boundary, « au-delà d’une limite », qui fera date sur le cricket, ce sport « very British », terra absolument incognita de ceux qui n’ont pas eu la chance d’être sujets de sa Gracieuse Majesté. Diffusée dans toutes les couches sociales de la société insulaire, la pratique du cricket est traversée par les lignes de classes et de race. En 1960, James écrit :

« Je n’ai pas le moindre doute que l’affrontement entre les races, les castes et les classes […] a stimulé le cricket aux Indes occidentales. Je suis également convaincu que dans ces années de passions politiques et sociales, ceux à qui on a refusé les débouchés habituels ont trouvé leur expression dans le cricket […]. La tradition britannique dans laquelle je suis profondément immergé veut qu’en pénétrant sur le stade, on abandonne les compromis honteux de la vie quotidienne. Cependant, pour nous, cela voudrait dire qu’il nous faudrait nous dépouiller de notre peau. Dès que j’ai eu à choisir le club dans lequel je voulais jouer, la contradiction entre l’idéal et le réel m’a fasciné et déchiré. Il ne pouvait pas en être autrement pour les insulaires. Les rivalités de classe et de race étaient trop vives. […] Le terrain de cricket était de ce fait une scène sur laquelle des personnalités sélectionnées jouaient des rôles chargés de signification sociale.»

L’intellectuel noir et anglais et caribéen qui débarque au centre de l’Empire est, ainsi que le résume Joshua Jelly-Shapiro, tout à la fois un pur produit de l’Empire et son ennemi acharné. Il apporte dans sa valise son essai sur l’autodétermination des Indes occidentales et un roman, Minty Alley, qui sera, en 1936, le premier roman écrit par un Noir caribéen à être publié en Angleterre.

Installé à Londres, membre de l’Independent Labour Party (ILP), il dévore Marx, Lénine, Trotsky et Staline. Son opinion faite, il adhère au Marxist Group trotskiste qui pratique l’entrisme au sein de l’ILP et collabore à diverses revues de gauche comme The New Leader et Controversy.

En 1980, dans une interview, James affirme être devenu marxiste sous l’influence de deux livres, l’Histoire de la révolution russe de Léon Trotsky, parue la même année que son arrivée à Londres, et Le déclin de l’Occident d’Oswald Spengler. Il est impossible de cacher un certain étonnement face à cette juxtaposition de deux ouvrages tellement différents : le premier est un classique de l’historiographie marxiste, tandis que le second est un texte typique de la pensée conservatrice allemande du début du vingtième siècle. Évidemment, ce qui explique la fascination de James pour Spengler n’était pas les idées politiques qu’il pouvait trouver dans cette oeuvre, mais plutôt sa critique radicale de la modernité en tant que forme de civilisation. Il voulait rattacher sa dénonciation du racisme et du colonialisme à un refus de la civilisation occidentale dans son ensemble.

Pour un jeune intellectuel comme James, éduqué dans le milieu culturel pragmatiste et positiviste de l’Empire britannique, la découverte du Kulturpessimismus (le « pessimisme culturel » de la révolution conservatrice allemande), même dans sa version réactionnaire, pouvait apporter des idées nouvelles. Il s’approprie cette critique de la modernité en la réinterprétant à la lumière du marxisme.

En 1937, il publie un ouvrage consacré à la dégénérescence stalinienne de la Révolution russe et de l’Internationale communiste : « World Revolution 1917-1936 : The Rise and Fall of the Communist International ». Remarqué par Léon Trotsky et George Orwell, lui aussi membre de l’ILP et qui est alors au combat en Espagne, le livre est vilipendé par la presse stalinienne, boycotté par les librairies du Parti communiste de Grande-Bretagne et interdit à l’exportation vers l’Inde par le Colonial Office.

Il séjourne aussi à Paris au cours de l’hiver 1932-1933 et en 1934-1935 pour travailler à son histoire de la révolution de Saint-Domingue. Celle-ci prend d’abord la forme d’une pièce de théâtre consacrée à Toussaint Louverture, qui est montée à Londres en 1936 avec Paul Robeson dans le rôle-titre. En 1938, il traduit en anglais le Staline de Boris Souvarine.

Dans sa préface à l’édition française de 1983 des Jacobins noirs, James raconte que c’est en arrivant en Grande-Bretagne qu’il a « pris contact avec le marxisme » et que son rapport à la « civilisation occidentale » s’est construit à partir de deux sources fondamentales : la révolution « anti-française » de Saint-Domingue et le marxisme. Dans le numéro spécial que lui consacre la revue Radical America en 1970, Martin Glaberman synthétise en quelques lignes la « personnalité » de C. L. R. James : « Théoriquement et historiquement, il était immergé tout à la fois dans le monde industriel et dans le monde sous-développé. […] Originaire d’un pays colonial qui avait encore à faire sa propre histoire, James avait échappé au profond pessimisme des intellectuels européens qui avaient subi défaite sur défaite, défaites qui avaient débouché sur les camps de travail et les camps de la mort.»  

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 16:10

 

Message du collectif lillois de la marche sur NDDL

Bonjour à tous nos camarades en lutte contre l'Ayrault-port et son monde!

Nous avons pour projet, ici, à Lille, de rejoindre Nantes à pied. Pour délivrer un message à dimension humaine, à un rythme humain. Un message de solidarité, de non violence, de décroissance. Nous voulons montrer à travers cette marche, que la France est unie, organisée, qu'elle ne veut, ni de cet aéroport, ni de tous les autres grands projets inutiles imposés. Et qu'il est grand temps que l'on cesse de massacrer la Terre, sans laquelle l'humain ne peut vivre.

Nous vous invitons tous à nous rejoindre, ou que vous soyez, ou à créer d'autres chemins pour ceux qui viennent de l'autre bout de la France ou d'ailleurs pour nous rejoindre et rejoindre NDDL!

Et nous vous demandons votre aide. Pour dormir au chaud et manger le soir. Pour se rencontrer. Ce peut être l'occasion d'organiser un débat sur la place publique dans votre ville? De parler de vos propres groupes?

Nous partons Samedi 5 janvier 2013, rendez vous à 8 heures devant l'Opéra de Lille, place du Théâtre 59 000 LILLE, Métro Rihour ou Gare Lille Flandres pour un départ à 9 heures.

 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 15:56

 

Le « oui » donné en tête au référendum en Egypte

 

LE CAIRE (Reuters) - Le "oui" est en tête en Egypte après le premier jour de référendum sur une nouvelle Constitution dimanche et la seconde journée de scrutin, samedi prochain, devrait amplifier ce résultat.

 

"Le référendum a abouti à 56,5% de oui", a dit un responsable chargé de superviser le déroulement du scrutin pour le compte du Parti Liberté et Justice (PLJ) fondé par la confrérie islamiste des Frères musulmans.

 

Cette estimation se fonde sur les résultats en provenance de quatre vingt dix neuf pour cent des bureaux de vote dans les dix régions du pays, dont Le Caire, concernées par le scrutin de samedi.

 

Le PLJ disposait de représentants dans quasiment l'intégralité de ces bureaux.

 

Les autres régions voteront samedi et les résultats officiels seront uniquement connus ensuite.

 

Le "oui" devrait y arriver en tête, étant donné que les régions concernées sont considérées comme plus favorables aux islamistes, selon des analystes.

 

Le vote s'est déroulé dans le calme. De longues files d'attente ont été constatées devant les bureaux, mais le taux de participation non officiel est estimé à un tiers des vingt six millions d'électeurs appelés à s'exprimer samedi.

 

Le Front de Salut National (FSN), qui regroupe les courants d'opposition, a d'ores et déjà fait savoir qu'il ne reconnaissait pas les résultats officieux avancés par les Frères en raison, selon lui, de nombreuses irrégularités.

 

"Le processus électoral du référendum a été gâché par de nombreuses violations, irrégularités et manquements", a estimé le Front dans un communiqué.

 

LES PARTISANS DU 'NON', DES "HÉRÉTIQUES"

 

Des organisations de défense des droits de l'homme ont de leur côté rapporté plusieurs abus, comme l'ouverture tardive de certains bureaux de vote, les consignes de vote données par des responsables, et des cas de corruption.

 

Ils ont également dénoncé une campagne faisant passer les partisans du "non" pour des hérétiques.

 

Dans un communiqué commun, sept ONG ont appelé les organisateurs du scrutin "à éviter ces erreurs dans la seconde journée du référendum et à réorganiser la première journée."

 

Vainqueurs des différentes élections organisées depuis le renversement de Hosni Moubarak en février 2011, les Frères musulmans sont favorables à l'adoption de ce projet de Constitution rédigé par une assemblée dominée par les islamistes.

 

Après avoir porté l'un des leurs, Mohamed Morsi, à la présidence, ils présentent ce texte comme un élément essentiel de la stabilisation du pays après quasiment deux années de chaos politique et économique.

 

L'opposition laïque et libérale dénonce en revanche un projet liberticide trop fortement empreint de principes religieux.

 

"La nation est de plus en plus divisée et les piliers de l'État chancellent", a écrit le militant de l'opposition et prix Nobel de la paix, Mohamed al Baradeï sur Twitter.

 

"La pauvreté et l'illettrisme sont un terrain fertile pour le prosélytisme", a-t-il ajouté.

 

L'un des représentants de l'opposition a toutefois dit à Reuters: "Je pense que nous avons perdu".

 

CONSENSUS

 

Selon ce dernier, les adversaires du projet ont notamment été surpris par l'ampleur du vote "oui" à Alexandrie, ce qui a contribué à faire pencher la balance en faveur des islamistes.

 

Mais les résultats devraient être serrés.

 

"Même si le résultat (annoncé) est correct, cela ne veut pas dire que la Constitution peut passer, car cela signifiera que plus de quarante pour cent de la population la désapprouve", a déclaré Issam Amin, responsable de l'opposition s'exprimant au Caire.

 

Cette position correspond à la ligne adoptée par l'opposition qui soutient qu'une simple majorité ne suffit pas et qu'il faut un consensus.

 

Une faible victoire du 'oui' redonnerait par ailleurs espoir à la coalition hétéroclite de libéraux, de laïcs, de chrétiens ou encore de socialistes, malheureux aux deux élections qui se sont tenues depuis la chute de Hosni Moubarak en 2011.

 

Et le FSN, dont Mohamed al Baradeï fait partie, pourrait permettre de rassembler cette opposition pour les élections législatives qui devraient être organisées dans le courant de l'année 2013 si la Constitution était adoptée, selon des figures de l'opposition.

 

Les analystes s'interrogent toutefois sur le fait qu'une telle formation puisse survivre jusqu'aux élections.

 

Des affrontements violents au Caire et dans d'autres villes d'Égypte ont émaillé la campagne du référendum, avec au moins huit morts dans des heurts entre manifestants devant le palais présidentiel au début du mois et de nombreuses attaques sur des bâtiments appartenant au parti des Frères musulmans.

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 15:46

 

Plusieurs chefs de l’opposition interpellés à Moscou

 

MOSCOU (Reuters) - Au moins quatre dirigeants de l'opposition russe ont été interpellés samedi à Moscou, en marge d'une manifestation anti-Poutine interdite et que les forces de l'ordre ont dispersée au bout de deux heures, ont rapporté des témoins.

 

Dirigeant du Front de gauche, Sergueï Oudaltsov a levé le poing alors que les policiers l'emmenaient de force dans une de leurs fourgonnettes près de la place Loubianka, dans le centre de la capitale, où quelque deux mille personnes s'étaient rassemblées malgré l'interdiction et le froid (moins quinze degrés).

 

Le blogueur Alexeï Navalni, connu pour ses campagnes contre la corruption, a également été emmené par les forces de l'ordre.

 

Un autre opposant, Ilia Iashine, a annoncé sur Twitter qu'il avait été interpellé en compagnie de Ksenia Sobtchak, fils d'un ancien allié de Poutine, alors que tous deux se rendaient à la manifestation devant l'ancien siège du KGB, la police secrète soviétique dont Poutine a longtemps fait partie.

 

La police anti-émeute, au bout de deux heures, est intervenue pour chasser les opposants. Il y a eu quelques échauffourées et une quarantaine d'interpellations.

 

Cette manifestation, interdite par la municipalité, visait à marquer douze mois de mobilisation contre Vladimir Poutine, réélu pourtant cette année pour un troisième mandat à la présidence malgré les plus imposantes manifestations organisées par l'opposition depuis vingt ans.

 

Les manifestants ont crié "Libérez les prisonniers politiques", "A bas la police du régime", sous une banderole qui dénonçait "les escrocs et les voleurs".

 

"Je suis fier de tous ceux qui sont venus ici. L'important, c'est d'exprimer ses opinions et de montrer qu'on existe", a déclaré Alexeï Navalni aux journalistes présents, avant d'être interpellé.

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 12:46

 

http://www.liberation.fr/societe/2012/12/13/notre-dame-des-landes-les-paysans-du-grand-ouest-sont-tous-prets-a-venir_867505

 

« Les paysans du Grand Ouest sont tous prêts à venir »

Jeudi 13 Décembre 2012

Par Sylvain Mouillard, envoyé spécial de Libération à Notre Dame des Landes

La nuit a été moins fraîche que les précédentes. Autour d’un fût métallique transformé en brasero, ils sont six à attendre que le soleil se lève. Sans inquiétude particulière : sur la «zone à défendre» (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), les forces de l’ordre n’ont pas bougé l’oreille. Les squatteurs opposés au projet du futur aéroport - les « zadistes » - craignaient pourtant un assaut, hier au petit matin. Mais rien n’est venu. Pour autant les cabanes de la Châtaigneraie, une clairière évacuée le 23 novembre et aussitôt «réoccupée» par les contestataires, sont à la merci d’une destruction. Leurs occupants sont expulsables. C’est ce qu’a décidé mardi le tribunal de grande instance de Saint-Nazaire, déclarant les squatteurs «sans droit ni titre». Un jugement immédiatement salué par la préfecture de Loire-Atlantique : «Ces décisions disent l’état de droit. Les occupants n’ont plus de protection juridique.»

Stoïque. Sur place, les occupants sont en alerte. «Bravo 1 à Papa 3, rien à signaler» : Avec son talkie-walkie, le zadiste de garde à la Rolandière fait le point avec ses camarades, disséminés un peu partout sur les deux mille hectares du site. Il est 7 heures du matin. Au loin, on aperçoit les lumières des camions de gendarmerie stationnés. Une jeune fille émerge dans la nuit, la lampe frontale allumée. «Il y a une dizaine de fourgons à Vigneux-de-Bretagne, quatre à La Paquelais.» Le face-à-face stoïque entre les deux parties continue.

Geneviève Lebouteux, conseillère régionale Europe Ecologie Les Verts, a passé la nuit dans une caravane posée près de la mairie de Notre-Dame-des-Landes, et s’est présentée à 6 heures du matin. «Je suis là au cas où les forces de "désordre" décidaient d’intervenir. Quand ils voient une écharpe d’élue, ça les calme.»

Autour du brasero, un militant met du pain à griller. Barbe rousse et longues dreadlocks, ce Caennais d’une trentaine d’années vient d’enchaîner treize heures de garde. «Je bosse plus que quand j’étais éco constructeur, rigole-t-il. C’est peut-être un lieu de vie éphémère, mais ça vaut le coup d’essayer un autre modèle de société.» Il oriente un groupe de quatre Stéphanois tout juste arrivés. «On a roulé toute la nuit, dit le chauffeur. On a des médicaments, un poêle, un peu de bouffe. Où est-ce qu’on dépose tout ça ?»

Depuis deux mois, la logistique sur place s’est considérablement améliorée. Une cantine - «qui sert jusqu’à cinq cent repas par jour» -, des cabanes isolées et chauffées, une serre pour relancer un potager : les zadistes se disent prêts à tenir. D’autant que les dons ne faiblissent pas. «On croule sous les légumes, mais certains ont tendance à se gâter, confie une jeune femme. Alors on a ouvert une conserverie pour les sauver. Sauf qu’on manque de bocaux…»

Plusieurs centaines de personnes vivent désormais sur le site. Corps de ferme, maisons abandonnées, cabanes en bois, «nids» dans les arbres, tentes de camping… les lieux de résidence sont multiples. Une situation quasiment inextricable pour les forces de l’ordre, qui en sont réduites à faire le pied de grue le long des routes. Depuis le 23 novembre, elles n’ont plus tenté d’assaut. De leur côté, les zadistes se sont barricadés. Prêts, en cas d’intervention policière, à déménager pour ressurgir en un autre point du bocage. «De toute façon, s’ils attaquent, il y aura une mobilisation des comités de soutien dans la France entière», dit un jeune homme.

« Renfort ». Ce week-end, quelque cent quatre vingt groupes locaux vont se réunir à NDDL, afin de coordonner leurs actions. L’occupation de mairies et de préfectures est notamment envisagée, «en cas de coup dur». Les agriculteurs locaux, opposants historiques au projet, pourraient aussi monter en température : quarante sept de leurs tracteurs entourent déjà les cabanes de la Châtaigneraie, «une mesure de protection».

Cyril Bouligand, membre de la Confédération paysanne, avertit que «tous les paysans du Grand Ouest sont prêts à venir en renfort avec leur outil de travail, s’ils osent détruire les cabanes». Il en appelle «à François Hollande pour régler la situation, car Jean-Marc Ayrault [ancien maire de Nantes, ndlr] est juge et partie dans cette affaire». Certains, comme Gilles Denigot, ancien conseiller général (EELV) de Loire-Atlantique, craignent que le «pourrissement de la situation» ne vire au «drame». «C’est la militarisation de la zone par le gouvernement qui a créé cette tension, juge-t-il. Le préfet affirme qu’il s’agit juste de maintenir la sécurité sur les routes. Mais tout allait bien avant que les forces de l’ordre ne soient là ! Si les policiers se retirent, on s’occupera des petites chicanes qui bloquent les chemins.» Les zadistes sont là pour retarder le début des travaux de Vinci, le constructeur et futur opérateur de l’aéroport, «jusqu’au retrait définitif du projet».

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 17:46

 

Samedi 15 décembre 2012 à 15 heures 30

 

Réunion débat du "Club Socialisme Maintenant"

Librairie L'Emancipation 8 Impasse Crozatier 75 012 Paris

(à la hauteur du 43 rue Crozatier) Métro Faidherbe Chaligny ou Gare de Lyon 

 

Sebastian Farfan, animateur de la grande grève des étudiants et lycéens chiliens de l'an dernier, ouvrira la discussion sur la "situation au Chili".

 

Elle sera suivie du débat sur la situation en Espagne après la grève générale du 14 novembre dernier et les élections en Catalogne du 25 Novembre.  

 

La grande grève des étudiants et collégiens chiliens de l'an dernier a secoué le carcan néo libéral de la politique dite de la "Concertation" qui suivit la dictature militaire et a contribué fortement à mettre en mouvement la société chilienne.

 

Sebastian Farfan dialoguera en introduction avec son camarade Roberto, une vision de la nouvelle génération sur comment ouvrir le chemin de l'émancipation à partir de l'analyse concrète de la situation au Chili. 

 

Ces deux camarades viennent de faire un séjour à Madrid où ils ont pu rencontrer et débattre avec de nombreux jeunes de leur génération de ce pays. Nous profiterons de leurs réactions et réflexions pour poursuivre notre débat sur la situation dans l'Etat espagnol suite au rapport de la délégation de notre club lors de notre réunion de novembre. 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 17:10

 

http://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2016.htm

 

Moscou sous Lénine en 1920

 

Par Alfred Rosmer

 

Les peuples d’Orient au congrès de Bakou

 

Après le triple coup porté aux interventionnistes, après la destruction de Koltchak, de Ioudénitch et de Dénikine, la contre-révolution était vaincue. Il ne restait plus que Wrangel qui tentait de rassembler les restes de l’armée de Dénikine. On pouvait le négliger. Le deuxième congrès avait, après des discussions approfondies, précisé les conceptions devant servir de base à la formation des partis communistes. Les tâches et le rôle de l’Internationale avaient été fixés sans ambiguïté. Il avait accordé une grande place à la question nationale, à la condition des peuples coloniaux et semi-coloniaux. La révolution de 1905 avait eu des répercussions profondes parmi ces peuples, en Turquie, en Perse, en Chine surtout. Celle de 1917 leur enseigna plus précisément la tactique qu’ils devaient apprendre et appliquer pour se libérer. Moscou venait de leur montrer comment un peuple relativement peu industrialisé, composé en grande majorité de paysans, pouvait renverser son régime autocratique et résister victorieusement à l’intervention des puissances impérialistes. Le Comité exécutif décida, comme une suite logique, comme un complément nécessaire aux travaux du deuxième congrès, de convoquer les représentants de tous les peuples asservis en une vaste conférence.

 

Le lieu choisi pour ce rassemblement était Bakou, à l’intersection de l’Europe et de l’Asie. Zinoviev, Radek et Béla Kun représenteraient l’Internationale communiste et seraient accompagnés des délégués des pays ayant des colonies, c’étaient Tom Quelch, pour l’Empire britannique, Jansen pour la Hollande, John Reed et moi. Le voyage, nous dit Zinoviev, comporte quelques risques. Le parcours est long puisqu’il s’agit de traverser tout le pays, et bien qu’il n’y ait plus pour l’instant de résistance organisée on peut se heurter en cours de route à quelques bandes. Nous mîmes cinq jours pour atteindre Bakou, nous étant arrêtés une journée à Rostov puis dans plusieurs villes du Caucase. Il convenait d’utiliser au maximum ce déplacement exceptionnel.

 

Le voyage fut plein d’intérêt et sans danger. Il nous permit de saisir sur le vif l’immensité des ruines causées par la guerre civile. La plupart des gares avaient été détruites. Les voies de garage étaient partout encombrées de carcasses de wagons à demi brûlés. Quand les blancs étaient battus ils faisaient, en se retirant, le maximum de destructions. Une des gares les plus importantes de l’Ukraine, Lozovaïa, avait été tout récemment encore attaquée par une bande.

 

Nous avions sous les yeux les dommages que causaient de telles attaques, encore fréquentes dans ces régions. On pouvait par là, mesurer l’étendue de la tâche qui incombait au régime soviétique. Par contre, dans ces régions dévastées, le ravitaillement était plus varié. Sur le quai des gares des paysannes nous offraient des œufs, et même de petits poulets rôtis, toutes choses rares ou inconnues à Moscou. Tout le long du Caucase c’étaient d’alléchantes montagnes de fruits : raisins, poires, figues, dattes, toutes les variétés de melons et de pastèques. John Reed était notre voisin. Il venait souvent bavarder avec nous. Dès que le train stoppait, il courait aux éventaires et revenait les bras chargés de fruits. À partir de Pétrovsk, d’où la voie longeait la Caspienne, quand l’arrêt était assez prolongé, il courait plonger dans la mer, il jouissait du voyage comme un jeune américain sait le faire. Une fois, dans sa hâte à se rhabiller, il déchira son pantalon, situation tragique car il n’en avait naturellement pas d’autre.

 

Nous allâmes de la gare au théâtre où un meeting avait été convoqué. Le train avait pris du retard en fin de voyage et le théâtre était bondé depuis plus d’une heure quand nous y arrivâmes. La salle était d’un pittoresque extrême. Tous les costumes de l’Orient rassemblés dessinaient un tableau d’une étonnante et riche couleur. Les discours qu’il fallut traduire en plusieurs langues étaient frénétiquement applaudis. On les écoutait avec un intérêt passionné.

 

John Reed, qui pouvait émailler son anglais de quelques mots russes, se tailla un vrai succès ; interpellant les auditeurs il s’écria : “ Vous ne savez pas comment Bakou se prononce en américain ? Il se prononce oil ! ” Des rires secouèrent soudain les visages sérieux.

 

Il faisait terriblement chaud. Une chaleur lourde, humide à laquelle les moscovites que nous étions devenus n’étaient pas habitués. En marge du congrès il y eut plusieurs démonstrations : la plus impressionnante fut l’inhumation des corps des vingt six commissaires du peuple que les anglais avaient pris et qu’ils avaient emmenés de l’autre côté de la Caspienne pour les fusiller. Les cercueils étaient portés par les militants communistes. Le beau et émouvant “ chant des morts ” sans cesse repris les accompagnait.

 

Les puits de pétrole étaient dans un état lamentable. La Révolution n’avait pas encore eu le temps ni la possibilité de s’atteler à leur restauration, et ce que le tsarisme avait laissé était loin d’être des installations modèles. Les ouvriers - la plupart persans - logeaient dans de misérables cabanes. La route qui y conduisait était défoncée, poussiéreuse ; quelques puits seulement étaient en activité ; tout contribuait à faire de cette exceptionnelle source de richesses un tableau pénible. Par contre, la ville, si pittoresque, était pleine d’attrait ; le soleil implacable projetait des éclairages rares parmi les ruelles : du blanc et du noir aussi intenses l’un que l’autre. John Reed avait découvert des magasins où l’on vendait des soies magnifiques. “ Vous devriez en acheter, nous dit-il ; il y a ici des pièces uniques. - Mais nous n’avons pas d’argent. - Demandez des roubles à Zinoviev ; comme membres du Comité exécutif, vous devez en recevoir. ”

 

Quels furent les résultats de ce congrès, incontestablement le premier de ce genre où on avait réussi à rassembler des représentants de tous les pays, de toutes les races et peuplades de l’Orient ? Dans l’immédiat il ne donna pas ce qu’on aurait pu en attendre ; il n’y eut pas dans les mois qui suivirent, de soulèvements assez importants pour inquiéter et occuper sérieusement les puissances impérialistes. L’ébranlement était profond mais il ne fit sentir ses effets que plus tard. Il fallait du temps pour que les débats et les résolutions portent leurs fruits, pour rassembler assez de forces conscientes de la lutte à mener contre des maîtres jusque-là tout puissants.

 

Contrairement à ce qu’affirmèrent les journaux anti soviétiques Enver Pacha ne participa pas au congrès. Il fut simplement autorisé, sur sa demande, à faire une déclaration dans laquelle il se borna à exprimer sa sympathie pour l’initiative prise par Moscou. Mais son jeu se dévoila bientôt. Une parade fut organisée dans les derniers jours du congrès, un défilé auquel participèrent les délégués et les organisations locales et régionales. Enver songea à en profiter pour se présenter comme le héros de la démonstration. À cheval, grimpé sur une petite éminence à l’angle de la place où tournait le cortège, il suscitait les saluts et même les acclamations. Sa manœuvre devenait claire ; il fut invité à partir. Il se dressa, dès lors, ouvertement contre la République soviétique, et tenta de se tailler un Etat musulman au Turkestan, où il périt en août 1922. La nouvelle de sa mort fut accueillie parfois avec incrédulité, cependant “ un témoin oculaire ” écrivait dans la Pravda du 11 octobre que “ son exactitude ne peut pas être mise en doute ”. Et il donnait les précisions suivantes : “ Le 4 août, les forces supérieures de l’armée rouge cernèrent, à douze verstes de la ville de Balljouan, un petit contingent de basmatch (insurgés musulmans) dans lequel se trouvaient Enver Pacha et son collaborateur, le chef musulman Daviet Min Bey. Après une lutte acharnée, les basmatch furent écrasés. On releva sur le champ de bataille le corps d’un homme vêtu d’un costume anglais, coiffé d’un fez. Dans ses poches on trouva deux cachets personnels d’Enver, sa correspondance avec sa femme, une lettre de son fils datée de Berlin, un paquet de journaux anglais des Indes, des dépêches chiffrées. La population reconnut Enver. Les basmatch prisonniers confirmèrent cette reconnaissance. ” (Correspondance internationale, 30 octobre 1922.)

 

Sur le chemin du retour, il y eut une alerte. Comme le train longeait le Caucase, nous fûmes, un matin, au petit jour, réveillés brusquement. Il y avait eu un attentat sur la ligne : des rails avaient été arrachés, provoquant le déraillement de la locomotive qui nous précédait. La gare voisine, celle de Naourskaïa, où nous étions arrêtés, avait été aussitôt attaquée. Nous étions bloqués. Mais la bande qui avait organisé l’attentat n’avait pas assez de moyens pour exploiter à fond la situation créée par le déraillement, sinon elle aurait été, pour nous, assez critique. On avait détaché la locomotive de notre train pour aller constater sur place l’importance des dégâts. Quand elle revint, ramenant les hommes qui étaient allés enquêter, on ne fut pas surpris d’apercevoir parmi eux John Reed : c’était pour lui une unique aventure.

 

Peu avant d’atteindre Rostov, nous eûmes la surprise de rencontrer Bloumkine, le socialiste-révolutionnaire qui avait participé à l’attentat contre l’ambassadeur d’Allemagne à Moscou, le comte Mirbach ; cet attentat avait créé sur le moment de graves difficultés au gouvernement soviétique ; il avait fallu présenter des excuses au gouvernement de Berlin qui menaçait d’aggraver encore les conditions draconiennes imposées par lui à Brest-Litovsk. Par la suite, Bloumkine s’était rallié au bolchévisme, et quand nous nous rencontrâmes, il rentrait d’une mission que le gouvernement lui avait confiée. Il avait vécu quelque temps à Paris, il parlait un peu français. Il me questionna sur le mouvement socialiste en France, sur ses chefs dont il avait connu quelques-uns, notamment Jean Longuet, qu’il voulait absolument envoyer à la guillotine ; à plusieurs reprises, s’interrompant tout à coup et disant : “ Longuette ”, il abattait du geste le couperet de la sinistre machine sur le cou de l’infortuné petit-fils de Karl Marx qui ne méritait certes pas pareil châtiment - et il éclatait aussitôt d’un large rire. Il incarnait assez bien, je crois, le mélange d’héroïsme et de puérilité fréquent chez les socialistes-révolutionnaires. On ne s’arrêta cette fois à Rostov que pour participer à une démonstration qui se termina par un meeting. La foule emplissait une vaste place où des tribunes avaient été dressées. Bloumkine vint avec moi à celle où je devais parler et il voulut absolument traduire mon discours. Je m’étais abstenu de parler de Longuet et il ne l’introduisit pas dans sa traduction mais j’ai toujours pensé qu’il m’avait fait demander quelques têtes.

 

À Moscou une triste nouvelle nous attendait. Rentré avant nous, John Reed était à l’hôpital, atteint du typhus. Pour le sauver on n’épargna aucun effort : tout fut vain ; quelques jours plus tard il mourait. Son corps fut exposé dans la grande salle de la Maison des syndicats. Au jour de l’enterrement, l’hiver était déjà venu ; la neige commençait de tomber. Nous étions accablés. Le voyage à Bakou nous avait permis de bien le connaître. Avant de le rencontrer j’avais lu et traduit les articles qu’il envoyait de Petrograd, sous Kérensky, à l’excellente revue américaine Masses que dirigeait Max Eastman. C’était pour nous une information exceptionnelle, de premier ordre, à la fois perspicace, clairvoyante et pittoresque. Mais il était déjà venu en Russie, et dans toute l’Europe, pendant la guerre impérialiste, en compagnie du dessinateur Boardman Robinson. Pour un journaliste hors cadre, comme lui, ces randonnées étaient des aventures qui finirent plusieurs fois en prison, notamment en Pologne puis à Petrograd.

 

Il avait donc beaucoup à nous raconter ; il refit pour nous les récits qu’il avait publiés à Londres en 1916 sous le titre : The War in Eastern Europe. Mais il nous parla plus encore des Journées d’Octobre, de ces “ Dix jours qui ébranlèrent le monde ” dont il avait été le témoin enthousiaste et, plus tard, le narrateur fidèle dans le livre qu’il avait écrit à son retour, à New-York, en 1919, ne mettant, me dit un jour son ami Max Eastman, guère plus de dix jours à l’écrire. Il s’était protégé contre toute visite en s’installant dans une chambre de Greenwich Village. Il y avait entassé une importante documentation, et il n’en sortait que pour prendre, en hâte, ses repas. Pendant le voyage nous l’avions vu plein d’entrain, de jeunesse, avec cependant de soudaines tristesses, et c’était lui qui faisait un premier vide dans nos rangs. Ses franches, parfois même brutales interventions au congrès l’avaient rendu sympathique à tous... On lui fit une place au long de la muraille du Kremlin, dans la section réservée aux héros tombés dans la bataille révolutionnaire. Les paroles d’adieu furent dites par Boukharine pour le Comité central du Parti communiste russe, par Kollontaï, par ses camarades du Comité exécutif. Louise Bryant, arrivée seulement pour le voir mourir, était là, anéantie par la douleur. C’était d’une tristesse infinie.

 

Cette rentrée à Moscou était marquée par la mort et l’angoisse. Le congrès était déjà commencé quand arrivèrent trois Français, connus chacun pour son sérieux et sa valeur. Journaliste et écrivain de talent, Raymond Lefebvre était acquis au communisme. Vergeat, ouvrier mécanicien, était syndicaliste. Lepetit, du syndicat des terrassiers, était anarchiste : le choix avait été excellent et cette délégation, petite par le nombre, était bien représentative des tendances présentes du mouvement ouvrier français. Raymond Lefebvre était le plus enthousiaste ; il participait avec une ardeur juvénile aux discussions entre délégués, questionnant, s’informant. “ Tout ce que nous avons fait jusqu’ici est à reprendre ”, me dit-il un jour ; c’était la conclusion de ce qu’il avait vu et appris durant son séjour. Vergeat, par tempérament et du fait qu’il restait hors du parti, était plus réservé ; c’était un militant solide qui ne se prononçait pas sans réflexion ; il était de ces syndicalistes qui, entièrement dévoués à la Révolution russe, avaient encore besoin de se concerter, d’examiner entre eux le grave problème que posait l’adhésion à un parti politique. Des trois, Lepetit était naturellement le plus critique ; cependant les lettres qu’il écrivit de Moscou et que publia le Libertaire, montraient que ses critiques, même vives, n’entamaient pas sa sympathie pour le nouveau régime.

 

Je les avais laissés à Moscou quand je partis pour Bakou, certain de les y retrouver, et d’avoir alors avec eux les bonnes conversations que les travaux du congrès n’avaient pas permises. Mais ils étaient tous trois impatients de rentrer en France pour y reprendre leur activité de militants. À cette époque, le chemin de retour était via Mourmansk, d’où les bateaux se dirigeaient sur les ports de l’Occident. Quand ils arrivèrent à Mourmansk, une tempête sévissait, la mer était démontée. Cependant un bateau partait, ils s’embarquèrent. Depuis on était sans nouvelles, et ce qui causait les plus vives inquiétudes, c’était que les délégués partis de Mourmansk après eux étaient déjà arrivés à Paris. Nous nous cramponnions à l’espoir de les retrouver, on fit faire partout des recherches en vain. Il fallut se résigner à leur disparition. C’était pour le mouvement ouvrier français un lourd tribut payé à la révolution.

 

Pierre Pascal avait éprouvé pour deux d’entre eux, Vergeat et Lepetit, une sympathie particulière ; il les aida et les guida durant leur séjour en Russie, les faisant profiter de la connaissance qu’il avait des hommes, du régime et du pays. Il écrivit de Moscou : “ Vergeat et Lepetit ont quitté la Russie bien changés. Ils ont appris ici une grande vérité qui leur manquait en France. Ils se figuraient jadis, plus ou moins consciemment, que la société nouvelle de leurs rêves, sans classes ni exploitation, pouvait être instaurée d’un jour à l’autre, et succéder toute faite au régime capitaliste au lendemain de la révolution. Ils ont appris en Russie que cette société doit au contraire se forger dans la peine et dans l’effort de longues années... Et puis, leur éducation avait été complétée par Lénine en personne, oralement et par écrit. Ils eurent avec lui un long et cordial entretien ; ils lurent la traduction française de son ouvrage, L’Etat et la Révolution. Cette lecture fut pour eux une véritable révélation... Leur sentiment du devoir fut cause de leur mort. Ils périrent victimes de leur hâte à rapporter en France la bonne parole du communisme. ” (Bulletin communiste, 17 février 1921.)

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 16:33

 

http://www.jawharafm.net/tounsia/24462-les-principaux-points-de-laccord-de-principe-entre-lugtt-et-le-gouvernement.html

 

Les huit points de l’accord de principe entre l’UGTT et le gouvernement tunisien

Mercredi 12 Décembre 2012

Un accord de principe a été trouvé entre des membres du bureau exécutif de l’UGTT et des représentants du gouvernement qui pourrait aboutir à l'annulation de la grève générale. Voici les principaux points de cet accord de principe :

Le gouvernement s’engage à respecter le droit à l’activité politique, syndicale et civile, tout en assumant sa responsabilité à protéger ces activités et la dénonciation toute forme de violence quel que soit la partie concernée.

L’UGTT et le gouvernement ont réitéré l’appel à l’apaisement et au calme tout en réaffirmant leur attachement au dialogue pour résoudre les différents.

Le gouvernement dénonce l’attaque perpétrée à l’encontre de l’UGTT, ses employés et des syndicalistes le 4 décembre 2012.

Une commission d’enquête investiguera sur les événements de la place Mohamed Ali survenus le 4 décembre 2012 et particulièrement sur l’implication des comités de protection de la révolution. Ce comité se formera dans les dix jours qui suivent la signature de l’accord et aura un mois de délai pour présenter son rapport au chef du gouvernement.

Le ministère public accélérera les poursuites judiciaires à l'encontre de toute personne coupable dès cette semaine.

Le gouvernement valorisera le rôle central de l’UGTT comme un partenaire important dans le processus de développement et de la paix sociale.

Les deux parties se sont se sont accordées à valoriser les conventions sociales déjà signées pour un meilleur climat social.

Le conseil administratif de l’UGTT annule la grève générale prévue pour le jeudi 13 décembre 2012.

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 16:18

 

http://www.lariposte.com/arcelormittal-psa-petroplus,1868.html

 

Arcelor Mittal, PSA, Petroplus, nationalisation

 

Jeudi 13 Décembre 2012

 

En évoquant la possibilité de nationaliser temporairement le site Arcelor Mittal de Florange, Arnaud Montebourg a fait bondir de rage la patronne des patrons, Laurence Parisot, qui a qualifié cette idée de « purement scandaleuse ». Selon la présidente du MEDEF, «  toute notre société est construite sur un principe essentiel, celui du droit de propriété. Ebranler ce principe, comme ça, à la va-vite, c’est très grave ». Ce qui est « très grave » à nos yeux, c’est plutôt la situation de milliers de travailleurs et de familles menacés de chômage, que ce soit chez Arcelor Mittal, Pétroplus, PSA ou ailleurs – la liste s’allonge de semaine en semaine. Mais ceci n’émeut pas Laurence Parisot, qui consacre sa vie à la cause du « droit de propriété », ou plus précisément du droit de propriété capitaliste, c’est-à-dire du droit d’accumuler d’énormes profits sur le dos des salariés et de les jeter à la rue du jour au lendemain.

 

Tous les travailleurs conscients le savent : lorsque Laurence Parisot s’indigne de quelque chose, il y a de fortes chances pour que cette chose soit positive du point de vue de notre classe. Et c’est bien le cas ici. Ce qui a scandalisé la présidente du Medef, ce n’est pas tellement le sort des actionnaires d’Arcelor Mittal, qui n’auraient pas beaucoup souffert de la nationalisation du site de Florange en elle-même, d’autant que Montebourg se montrait disposé à le racheter au prix fort. Non, ce qui a sonné l’alarme dans les locaux du Medef, c’est le fait qu’une nationalisation, même temporaire, même sous la forme d’un « rachat » rubis sur l’ongle, aurait créé un dangereux précédent du point de vue des intérêts de la classe dirigeante. Car si on nationalise le site de Florange, pourquoi ne pas nationaliser aussi PSA Aulnay, Pétroplus, les chantiers navals de Saint-Nazaire et tous les autres sites industriels qui sont – ou seront bientôt – menacés de plans sociaux ? Voilà ce qui, plus que tout le reste, a fait reculer un gouvernement « socialiste » très sensible aux pressions du patronat.

 

Cependant, pour Laurence Parisot, le mal est fait. L’idée de « nationalisation », qui depuis trente ans avait pratiquement disparu du vocabulaire des grands partis de gauche, a été avancée au plus haut niveau de l’Etat. Elle circule désormais dans les esprits, dans les organisations syndicales – et revient au sommet du PCF. La Riposte, qui a toujours défendu ce mot d’ordre, s’en félicite et appelle l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier à ouvrir un grand débat sur ce thème, en le liant étroitement aux luttes en cours dans les différentes entreprises menacées de fermetures ou de plans sociaux.

 

Il faut faire la clarté sur un certain nombre d’aspects de cette question. Toutes les « nationalisations » ne se valent pas, de notre point de vue. Montebourg proposait de racheter le site de Florange, le temps de trouver un hypothétique « repreneur » capitaliste qui, naturellement, aurait posé toutes sortes d’exigences en termes d’effectifs, de salaires, de conditions de travail, etc. Cela aurait certes constitué un répit bienvenu pour les travailleurs de Florange, mais pas une solution à long terme.

 

Subventionner le site avec de l’argent public, le temps de le céder à d’autres actionnaires tout aussi avides de profits que les précédents, et qui n’hésiteront pas à fermer le site le jour où ils le jugeront insuffisamment rentable, cela ne règle pas le problème. Une nationalisation temporaire revient à « socialiser les pertes et privatiser les profits ». Il faut se battre pour une nationalisation définitive du site de Florange.

 

Jean-Marc Ayrault affirmait par ailleurs, dans le JDD du 9 décembre, que la nationalisation du site de Florange « coûterait au moins un milliard d’euros ». Or, autant l’indemnisation des capitalistes n’est pas pour nous une question de principe, autant il n’y aurait dans ce cas précis aucune raison d’indemniser les grands actionnaires d’Arcelor Mittal qui se sont distribué deux milliards huit cent millions d’euros de dividendes au cours de l’année 2011, dont plus de neuf cent millions d’euros pour la seule famille Mittal. En outre, le ministre Jérôme Cahuzac a reconnu que les patrons du groupe ont « transféré une grande partie des bénéfices hors de nos frontières, notamment au Luxembourg », de façon à payer un minimum d’impôts en France. A tout cela s’ajoutent les nombreuses subventions publiques dont Arcelor Mittal a bénéficié depuis 2006. Les grands actionnaires ont très largement amorti leurs investissements dans le site de Florange. Ils doivent être expropriés, sans indemnisation.

 

Comment les patrons d’Arcelor Mittal réagiraient à ce que nous proposons ? Très mal. De son côté, Laurence Parisot en ferait probablement un ulcère principiel foudroyant.

 

Quant à la réponse des patrons du groupe à une telle mesure, on peut s’en faire une idée dans les menaces à peine voilées que contient une récente « lettre aux salariés » du PDG Lakshmi Mittal : « Pour ce qui est de la nationalisation, nos étions confiants que le gouvernement déciderait finalement de ne pas prendre ce chemin, étant donné que celui-ci aurait été préjudiciable pour Arcelor Mittal en France ». Traduction : « nous avons menacé le gouvernement de supprimer des emplois sur d’autres sites d’Arcelor Mittal en France », ce qui eut été « préjudiciable » aux travailleurs concernés.

 

Le groupe emploie en effet vingt mille salariés dans le pays. Et bien sûr, ses patrons soumettent les différents sites à une concurrence permanente pour en extraire un maximum de profits. En expliquant que le site de Florange « n’est pas assez compétitif », le PDG d’Arcelor Mittal envoie un message sans ambiguïté à tous les salariés : « soyez compétitifs sinon ». Et pour que les choses soient parfaitement claires, Lakshmi Mittal écrit, dans le même courrier aux salariés du groupe : « Le site de Florange ne fonctionne pas isolément – un tiers des brames produites à Dunkerque sont destinées à Florange. Par conséquent, si nous n’avions rien fait à Florange, nous aurions transféré ailleurs le déséquilibre de la demande » – étant entendu que « transférer ailleurs le déséquilibre de la demande » signifie, en clair, licencier des travailleurs.

 

Que faire, face à ce monstrueux chantage ? Le gouvernement a immédiatement capitulé, se contentant d’un « accord » auquel personne ne croit, qui ne règle rien et dont le seul élément concret, à ce stade, consiste à supprimer des emplois sur le site de Basse-Indre, sous prétexte de les transférer à Florange. La seule manière d’arracher à Lakshmi Mittal la possibilité d’exercer son chantage, ce serait de nationaliser non seulement le site de Florange, mais l’ensemble des sites du groupe en France – en les plaçant sous le contrôle démocratique des salariés. Et ce qui vaut pour Arcelor Mittal vaut également pour PSA, Petroplus, les chantiers navals de Saint-Nazaire et tous les fleurons de l’industrie victimes de l’avarice capitaliste.

 

Laurence Parisot a raison sur un point : « toute notre société est construite sur le principe essentiel » de la propriété capitaliste – qui d’ailleurs n’est pas seulement un « principe » : c’est une réalité matérielle et sociale omniprésente, le socle de l’ordre établi. Or si « notre société », la société capitaliste, convient parfaitement à Laurence Parisot et à sa classe de parasites, elle mène la jeunesse et les travailleurs au désastre. La propriété privée des grands moyens de production est devenue un obstacle au progrès social. Il faut donc en finir avec ce « principe », c’est-à-dire exproprier les grands capitalistes et placer les principaux leviers de l’économie sous le contrôle des salariés, dans le cadre d’une planification rationnelle et démocratique de la production. Si le PCF, le Front de Gauche et le mouvement syndical – CGT en tête – menaient une grande campagne pour l’expliquer systématiquement, en s’appuyant sur des luttes des travailleurs menacés de fermetures ou de plans sociaux, cela rencontrerait un immense écho dans la masse de la population, à commencer par les travailleurs concernés.

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