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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 12:57

 

http://www.liberation.fr/monde/2012/05/27/afrique-du-sud-le-fantome-du-docteur-folamort_821760

 

Afrique du Sud

 

Le fantôme du docteur Folamort

 

Dimanche 27 Mai 2012

 

A la tête du programme biologique et chimique sous l’apartheid, Wouter Basson exerce toujours comme cardiologue au Cap. Un cas qui illustre l’impunité des figures de l’ancien régime.

 

Par Sophie Bouillon, envoyée spéciale de Libération au Cap

 

A première vue, le docteur Basson est un homme ordinaire. En tout cas, c’est bien l’impression qu’il veut donner : sourire chaleureux, assis bien droit devant le bureau de son cabinet médical, au cœur d’une banlieue blanche du Cap, en Afrique du Sud. Il était autrefois le médecin personnel de l’ex-chef d’Etat du régime d’apartheid Pieter Willem Botha. A ce jour, son cabinet de cardiologie compte quelque neuf mille patients.

 

Moquettes au sol, portes en contre-plaqué, quelques diplômes de médecine accrochés aux murs et portraits de famille bien encadrés : rien ne peut rappeler ce passé «prestigieux». Sauf, peut-être, cette photographie que Wouter Basson garde précieusement : le cardiologue cache son visage entre ses mains, son avocat le serre dans ses bras. Ce jour-là, le 22 avril 2002, le juge Willie Hartzenberg, proche de l’ancien régime, le disculpa des soixante et un chefs d’accusation qui auraient pu le faire condamner à perpétuité.

 

En bon soldat

 

De 1981 à 1993, Wouter Basson dirigea un projet biologique et chimique top-secret. Nom de code : «Project Coast». Son but ultime, selon ses anciens collègues : «Tuer les ennemis de manière à ce que leur mort passe pour naturelle.» Mais, selon le juge Hartzenberg, le brigadier Wouter Basson n’aurait fait qu’appliquer les ordres du régime raciste, en bon soldat. «Les juges sud-africains étaient les mêmes que sous l’apartheid, regrette Steve Miles, professeur d’éthique médicale au sein de l’Association médicale mondiale (AMM). La justice ne pouvait pas être indépendante.»

 

«Quand je regarde cette photo, confie à Libération le cardiologue, je me dis : "Mon pote, t’es un sacré veinard !"» Ce soir-là, celui qu’on a baptisé «Docteur la mort» se prépare à fêter les dix ans de son acquittement. Pendant ses vacances, il participe à des soirées de charité. «C’est un homme bon, assure la directrice d’un orphelinat du Cap qui a fait de Wouter Basson son invité vedette en février. Il est tellement gentil, il aime les enfants et les animaux…»

 

«Le cas de Basson est à l’image de la nouvelle Afrique du Sud, explique Leslie London, directeur du département de médecine familiale à l’université du Cap. On veut faire croire que notre pays est normal. Dix-huit ans après la fin de l’apartheid, on préfère se voiler la face, on refuse de voir les choses laides qui hantent toujours ce pays.» En 2000, Leslie London, avec le soutien d’une quarantaine de confrères, écrivit une lettre au conseil de l’ordre des médecins pour obtenir la suspension de la licence de Wouter Basson. Douze ans plus tard, l’affaire n’est toujours pas close, et les auditions se poursuivent. La décision des juges est toutefois attendue en septembre.

 

Chercheuse au prestigieux Institute for Security Studies (ISS) du Cap, Chandre Gould a enquêté pendant dix ans sur Project Coast. Selon elle, «ces auditions sont la dernière chance de pouvoir sanctionner Basson». Mais le médecin, lui, affiche une confiance à toute épreuve. A chaque audition, il clame son innocence dans une langue afrikaner châtiée et séduit les juges par son sourire et sa décontraction. Même les avocats de la défense n’y croient plus. Et Leslie London reconnaît qu’il a lui-même «perdu la force de se battre».

 

Tournevis, parapluies et sous vêtements asphyxiants

 

Le projet a commencé à être dévoilé après la chute de l’ancien régime, à l’occasion des travaux de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), chargée de mettre au jour les atrocités commises pendant l’apartheid. Deux cents chercheurs et biologistes ont travaillé pour Project Coast. Beaucoup d’entre eux ignoraient - ou préféraient ignorer - qu’ils étaient les petites mains d’un programme effroyable. Des médecins ont aussi avoué avoir participé à l’élaboration d’un vaccin destiné à stériliser les femmes à leur insu. Vingt-quatre sortes de poisons ont été testées et développées durant ces années-là : des cigarettes bourrées d’anthrax, des venins recueillis sur des serpents, des bactéries de salmonelle saupoudrées dans des sucrières. Des tournevis, des parapluies, des sous-vêtements ont également été contaminés avec des substances asphyxiantes.

 

Des armes dignes des mauvais James Bond. Danie Phaal, l’un des coordinateurs du projet, a ainsi reconnu avoir inoculé certains de ces poisons sur des membres du mouvement de libération noire. Le révérend Frank Chikane, un homme proche du Congrès national africain (ANC, au pouvoir depuis 1994), est tombé dans un profond coma après que ses habits furent contaminés de substances étouffantes.

 

Témoin aux auditions du conseil de l’ordre des médecins à Pretoria en mars, le général Knobel, ex-ministre de la Santé, justifie les recherches de son ancien protégé : «Nous étions en guerre civile !» En 1976, les émeutes avaient éclaté dans les townships, et le pays devenait rapidement ingouvernable. Devant la cour, le général a fait défiler des images de townships en feu, d’hommes noirs armés de kalachnikovs ainsi que de la guerre en Angola (1975-1991), où s’est embourbée l’armée du régime de l’apartheid. Avant de partir au front, les soldats recevaient des pilules de cyanure, à avaler s’ils étaient faits prisonniers. «Nos hommes opéraient dans des zones où les gens n’étaient pas civilisés», a expliqué le général Knobel.

 

Au-delà des recherches médicales, le trafic et la production de drogues étaient au cœur de Project Coast. Via des sociétés-écrans et des réseaux mafieux sur lesquels les autorités fermaient les yeux, des tonnes d’ecstasy, de LSD, de cocaïne, du Mandrax (une drogue sédative à base de Valium) ont été importées en Afrique du Sud et cultivées, officiellement pour être amalgamées aux mortiers et aux gaz lacrymogènes et avoir un effet «anesthésiant» sur les foules en colère.

 

Durant ces auditions, certains témoins ont révélé que des recherches avaient été menées dans le cadre du programme pour développer la bactérie du choléra ou le virus du SIDA. Danie Odendaal, directeur de l’un des laboratoires pharmaceutiques de Project Coast, a reçu une pochette de sang contaminé pour, selon ses propres termes, l’utiliser «contre des cibles ennemies potentielles». «Mais il n’existe aucune preuve tangible que de tels virus aient pu être développés», tempère la chercheuse Chandre Gould.

 

« Les américains voulaient ma peau »

 

 «Trouvez-moi des preuves ! répète inlassablement Basson. Pendant mon procès, tout le monde demandait, à tour de rôle, pardon pour des actes inventés… Ça rendait importants les principaux intéressés. Quelle hypocrisie !» En 1993, en pleine transition démocratique, Basson a jeté à la mer une partie de son travail sur ordre de ses supérieurs, occupés à négocier avec Nelson Mandela : une tonne de Mandrax, vingt cinq kilogrammes de cocaïne, deux tonnes de gaz modifiés, six kilogrammes de LSD…

 

A peine le gouvernement noir de Mandela arrivait au pouvoir que Wouter Basson était réintégré dans les services secrets. Ses connaissances étaient trop sensibles. A cette époque, il mène un train de vie grandiose et se croit intouchable. Jusqu’à ce 29 janvier 1997, où il est arrêté à Pretoria avec un millier de capsules d’ecstasy dans son coffre.

 

Les Etats-Unis ont suivi de près Project Coast pendant la guerre en Angola, craignant que ces recherches ne profitent aux pays alliés de l’ANC, et notamment la Libye. «La CIA avait déjà essayé de me coincer quelques mois avant, en allant dire à Kadhafi que j’étais un agent double et que je travaillais aussi pour eux. Mais ils n’avaient aucune preuve», raconte Wouter Basson. Après son arrestation pour possession et trafic d’ecstasy, il dira tout ignorer du contenu de ces sachets, et sera acquitté. «Les Américains voulaient ma peau», conclut le cardiologue, convaincu d’être la cible d’un complot international.

 

Lorsque l’existence de Project Coast fut dévoilée, des dizaines de biologistes, médecins et chimistes employés sur le programme ont été contactés par la Libye, la Syrie, l’Irak, mais aussi par les Etats-Unis, intéressés pour leur propre production d’anthrax. Sur ordre du gouvernement de Mandela ou pour ses activités personnelles, Basson travaille alors en Libye «sous un faux nom pour partager des connaissances», confie-t-il. Il n’a pas eu de mal à retourner sa blouse de médecin, et à changer de camp.

 

Dans les années 1980, il aurait pourtant confié à l’un de ses amis : «Le jour où ma fille sera gouvernée par des Noirs, elle demandera ce que j’ai fait pour empêcher ça. Je saurai quoi répondre.» Aujourd’hui, Basson nie avoir tenu ces propos, mais continue à penser que le «développement séparé est dans la nature de l’homme». «Vous ne pouvez pas demander à notre ancienne génération de changer», poursuit-il. Aucun regret ne perce, ni dans sa voix ni dans son regard. Il ne prononcera jamais aucun mot d’excuse sur les actes ou les recherches qu’il a pu mener. «Je n’ai tué personne, je n’ai blessé personne. Il ne s’est rien passé. Absolument rien», ressasse-t-il, comme s’il avait besoin de se convaincre lui-même.

 

« Comme un bon plat de crevettes épicées »

 

Pour les chercheurs qui ont mené les enquêtes pour le compte de la Commission Vérité et Réconciliation, «Wouter Basson est un psychopathe». «Menteur compulsif», «narcissique», «schizophrène» : ces termes reviennent en boucle. «Il n’a eu aucun des effets post traumatiques qu’aurait subis une personne normale, il me fait peur», avoue l’un d’eux sous couvert d’anonymat.

 

Lors des dernières auditions du conseil de l’ordre des médecins, avant leur interruption début mars, l’accusé a été interrogé sur les effets des gaz lacrymogènes bourrés de Mandrax. Le cardiologue s’est permis une plaisanterie : «Ça pique les yeux, ça fait mal à la gorge. Comme un bon plat de crevettes épicées !» L’audience s’amuse, les juges sourient. Mais la vieille Maria Ntuli, une grand-mère du township de Pretoria, ne partage pas leur décontraction. «Quand l’état d’urgence a été déclaré en 1985, la police aspergeait les rues avec ces gaz, se souvient-elle. Lors d’un enterrement, ils ont balancé une grenade dans mon salon. Je me suis mise dans un coin et j’ai pleuré toutes les larmes qu’il me restait.»

 

Sur les murs de son salon, la septuagénaire a accroché la photographie de son fils Jeremiah, dont elle n’a pu faire le deuil que lors des auditions du TRC. Elle y a récolté quelques pardons. En 1986, Jeremiah, 17 ans, décidait de partir en exil pour être formé à la lutte armée contre le régime d’apartheid. Dénoncé, il était arrêté avec neuf autres camarades sur le chemin du Botswana. Le brigadier Jack Cronje a reconnu leur avoir injecté une «substance inconnue», fournie par l’un des laboratoires de Project Coast. «Je ne savais pas de quoi il s’agissait, a-t-il déclaré, mais je me doutais bien que c’était mortel.» Puis les corps sans vie des dix adolescents ont été brûlés. Aucune enquête n’a jamais établi la provenance de ce poison létal.

 

Tranquillement assis dans son cabinet de cardiologie, Wouter Basson reste convaincu qu’il gardera sa licence médicale. «Si j’avais coupé la mauvaise jambe d’un patient, alors je comprendrais qu’on m’en veuille», lance-t-il avec le sourire.

 

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 12:38

 

http://www.liberation.fr/societe/2012/06/29/villiers-le-bel-le-proces-reporte-d-un-an_830179

 

Le procès de Villiers le Bel reporté d’un an

 

Vendredi 29 Juin 2012

 

Le policier impliqué dans la mort de deux adolescents en 2007 devait être jugé pour « homicide involontaire »

 

Par Willy Le Devin

 

Il est penché en avant, fébrile, magnétisé par l’allocution de la présidente. Le père de Moushin, l’un des deux adolescents tués à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) en 2007, après une collision entre leur mini-moto et la police, n’en finissait pas d’attendre l’audience de vendredi. Cinq ans déjà que le fil de sa vie est pendu à des querelles de procédures.

 

En conséquence, l’avocat des parties civiles, Jean-Pierre Mignard, avait mis le paquet lors de son arrivée au tribunal de Pontoise : «Il est désormais l’heure de savoir si le policier qui conduisait la voiture a fait une erreur. Dans cette affaire, l’institution judiciaire a failli. Elle a traîné à prendre ses responsabilités. Aujourd’hui, le tribunal dispose d’absolument tous les éléments qui lui permettent de juger. Les conditions sont enfin réunies pour que la sérénité soit présente, qu’il n’y ait ni esprit vindicatif ni volonté de vengeance.»

 

Mais après une heure trente de débat, plus personne ne se berce d’illusions. La présidente, Dominique Andreassier, ne voit pas comment le prévenu, le policier Franck Viallet, 35 ans, peut répondre du chef d’homicide involontaire, alors qu’il est mis en examen parallèlement pour «faux témoignage» dans la même affaire. Viallet est soupçonné d’avoir menti sur la vitesse de son véhicule en déclarant avoir respecté la limite de cinquante kilomètres heure. Or, selon un rapport d’expertise, que Viallet ne conteste plus désormais, il est établi que la voiture roulait à soixante quatre kilomètres heure.

 

«Puisque des éléments concrets existent bel et bien, basons-nous dessus, s’emporte Jean Pierre Mignard. Il est tout à fait possible de dissocier les déclarations passées de Franck Viallet, qui lui valent des poursuites annexes, de celles qu’il a tenues devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles, qui font foi, et pour lesquelles nous sommes là aujourd’hui [au départ, la juge d’instruction Magali Tabareau avait conclu à l’absence de responsabilité de Viallet, ordonnant un non-lieu, ndlr]».

 

Qu’importe, Patrick Champagne, le conseil de Franck Viallet, sollicite le renvoi, arguant de «procédures totalement entremêlées qui ne permettent pas à [s]on client de s’exprimer librement».

 

A midi pile, la messe est dite. Dominique Andreassier fixe la nouvelle audience aux 6 et 7 juin 2013. Le policier quitte le tribunal rapidement, soutenu par des collègues syndicalistes.

 

La famille de l’autre adolescent tué, Lakhamy, dont la mère porte beau dans une tunique blanche et rose, tarde, elle, à partir. Comme s’il lui était impossible de quitter le seul lieu qui pourrait lui permettre de trouver enfin la paix.

 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 18:00

 

http://www.liberation.fr/economie/2012/06/26/du-parking-au-parquet-les-goodyear-gagnent-apres-cinq-ans-de-lutte_829355

 

Du parking au parquet, les Goodyear gagnent après cinq ans de lutte

 

Mardi 26 Juin 2012

 

Les mille trois cent salariés du site d’Amiens et leur coriace leader CGT ont eu raison du chantage à l’emploi. Récit d’un combat épique.

 

Par Mathilde Siraud, envoyée spéciale de Libération à Amiens

 

Journée historique pour les salariés de Goodyear à Amiens. Après cinq ans d’un combat acharné, la CGT de l’usine de pneumatiques a donné rendez-vous aujourd’hui aux mille trois cent employés du site pour fêter leur victoire : l’abandon définitif par la direction du plan social qui menaçait huit cent dix sept emplois. Seul subsiste un plan de départs volontaires, assorti du maintien de suppression d'emplois, deux activités, la production de pneus agricoles et la division tourisme. Un épilogue heureux, et surtout rarissime, qui voit un groupe mondial, qui plus est américain, renoncer à une restructuration face à la mobilisation des ouvriers. Retour sur cinq années d’une lutte juridique et syndicale qui pourrait donner des idées à d’autres salariés menacés.

 

« Vie de famille ». 11 juin 2012. Les cols bleus arrivent en traînant des pieds. Le ciel est lourd, chargé d’une fumée grise crachée en continu par la cheminée du site. Il est 21 heures, l’équipe de nuit de l’usine de pneumatiques «Amiens Sud», ex-Dunlop, vient relever celle de l’après-midi. Trois ans après avoir accepté une nouvelle - et très controversée - organisation du travail pour «sauver» leurs emplois, les salariés affichent une mine résignée. Et quelque peu amère. «On galère, on n’a plus de vie de famille, peste Dimitri, 24 ans. On a fait des sacrifices, alors que ceux d’en face, ils ont résisté. Et ont fini par gagner.» Ceux d’en face, ce sont les ex-Goodyear, désormais dénommés «Amiens Nord» depuis la fusion avec Dunlop en 1999 donnant naissance au groupe de pneumatiques Goodyear-Dunlop Tires France. Sauf qu’«eux», à la différence des Dunlop, n’ont jamais accepté les «quatre-huit».

 

Tout commence par un chantage à l’emploi. En 2007, la direction du groupe Goodyear-Dunlop veut durcir les conditions de travail des ouvriers des deux usines d’Amiens. A Dunlop, les syndicats (CGT, FO, CFTC) cèdent sous la menace des licenciements, et approuvent ces fameux quatre-huit, pourtant largement rejetés par les salariés lors d’un référendum. Il s’agit d’un aménagement complexe du temps de travail qui impose aux ouvriers d’être présents une vingtaine de week-ends par an, sans réelle augmentation de salaire. En face, chez Goodyear, les syndicats font un autre choix.

 

Sous la pression des salariés, ils décident de repousser cette réorganisation jugée intenable. La sanction de la direction ne se fait pas attendre : un premier «plan de sauvegarde de l’emploi» est lancé en mai 2008, menaçant plus de quatre cent postes.

 

Bref, c’est «les quatre-huit ou la porte». Les syndicats tiennent bon, et attaquent le plan social. Le premier procès d’une longue série, qui seront tous perdus par la direction.

 

Mais à cette époque, celle-ci se croit encore maître du jeu. Et réplique, en avril 2009, en doublant le nombre de licenciements. De quatre cent, le volume de postes supprimés passe à huit cent dix sept. Ce qui correspond à la mort de la filière pneus touristiques. Seuls les cinq cent emplois des pneus agricoles seraient conservés.

 

Grande gueule. Arrive alors la période des actions coup de poing. Les salariés de Goodyear défilent au Mondial de l’automobile à Paris, formant la plus grosse délégation d’ouvriers. Ils sèment la pagaille dans les allées du salon, lancent de la farine et des confettis sur les automobiles des constructeurs français. Des dégradations mineures qui donnent lieu à quelques échauffourées avec les forces de l’ordre. Le 11 juin 2009, ils organisent leur plus grosse manifestation devant le siège social du groupe, à Rueil-Malmaison. Ils sont mille trois cent, soit l’ensemble des effectifs de l’usine, à s’être déplacés. «C’est à ce moment-là que la direction prend conscience de l’ampleur du conflit», se souvient Mickaël Wamen, délégué syndical de la CGT d’Amiens Nord. Parallèlement, la guérilla judiciaire continue. Après plusieurs suspensions du plan social en première instance, la cour d’appel de Versailles donne le coup de grâce, en janvier 2010, confirmant la dernière annulation du tribunal de Nanterre de 2009 pour vice de forme. L’avocat des Goodyear, Fiodor Rilov, tentera même de prouver que le plan social obéit à une logique purement financière. «Etant donné la prospérité économique [du groupe], il était très facile de démontrer que la fermeture de la division tourisme avait pour seul objectif d’augmenter la profitabilité», explique l’avocat. Sans succès, cependant, le juge ne pouvant pas examiner la «cause économique» d’un licenciement. Qu’importe, puisque les plans sociaux sont annulés les uns après les autres.

 

Au-delà des succès judiciaires, Fiodor Rilov insiste sur le rapport des forces inédit au sein de l’usine. Et sur le leader de la CGT, Mickaël Wamen, dont l’organisation est devenue ultra majoritaire sur le site. Car le succès des Goodyear doit beaucoup à cette grande gueule syndicale, qui a mené une vie d’enfer aux dirigeants du groupe. «J’ai subi des pressions, traversé des moments de doute, j’ai été mis à pied à titre conservatoire à plusieurs reprises, ou encore convoqué au commissariat, se souvient l’intéressé. Mais aujourd’hui, le revers que se prend la direction est phénoménal !»

 

L’homme, qui a joué à quitte ou double dans ce conflit, est désormais vénéré par une bonne partie des salariés. «La mobilisation s’est faite dès le départ grâce à la CGT, témoigne Walter, ouvrier depuis onze ans à Goodyear. On n’aurait pas eu de leader comme Wamen, ça ne se serait pas déroulé de la même façon !» Le délégué syndical annoncera d’ailleurs lui-même, le 6 juin, la décision des dirigeants d’abandonner le dernier plan social, dans le Courrier picard. Une initiative qui contraindra la direction à publier un communiqué officiel le lendemain.

 

« Suicidé ». Mais, pour l’ensemble des ouvriers, cette victoire est aussi la leur. Et le sentiment de fierté est palpable. Michel, électricien dans l’usine, ne comprend pas que sa femme, menacée à son tour d’un plan social chez Cyclam (équipementier automobile), ne se mobilise pas. «Ailleurs, ils attendent le couperet. Nous, on s’est battus, quitte à perdre des journées de salaire. On a refusé dès le début et on a tenu bon. On veut bien travailler, mais on exige que le travail soit reconnu.» Même état d’esprit pour Hugues, élu CGT au comité d’entreprise, qui peut enfin souffler : «Dans l’usine, c’est le soulagement général.»

 

Le sentiment de victoire est d’autant plus grand que, de l’autre côté de la route de Poulainville, les ex-Dunlop, dont les représentants syndicaux avaient accepté les quatre-huit, se plaignent aujourd’hui des conditions de travail. Les chiffres sur les arrêts maladie ne sont pas communiqués, mais le taux d’absentéisme s’élèverait à vingt pour cent, et les accidents du travail montent en flèche, selon certains syndicats. Mais la CFTC, majoritaire, songerait seulement à consulter les salariés. «Un ouvrier de l’usine s’est suicidé en janvier, la pression n’est pas tenable, dénonce Fabrice Bertin, délégué syndical de la CFDT à «Amiens Sud», lui-même en arrêt maladie. Les autres syndicats disent qu’il n’y aura pas de suppressions d’emplois à Dunlop. Mais moi, je suis réaliste, si on n’est pas rentables, on va sauter.» Et de s’adresser à la CGT d’en face : «On aimerait que Wamen joue un rôle pour nous.» Un appel que l’intéressé dit entendre, tout en restant prudent : «Les salariés de Dunlop sont très inquiets. Depuis l’abandon du plan social pour Goodyear, ils ont le sentiment de s’être fait avoir. J’essaye de recréer une section CGT chez eux, mais fondée sur nos valeurs.»

 

Le dossier Goodyear n’est pas refermé pour autant. Les contours financiers du plan de départs volontaires restent à fixer. L’avocat va veiller au maintien de l’emploi et assure que «l’employeur ne dispose d’aucun levier pour pousser les salariés au départ».

 

L’avenir des deux usines amiénoises est aussi conditionné à un maintien de la production. Candidat au rachat du site d’Amiens Nord (ex-Goodyear), le géant américain Titan a fini par retirer son offre en décembre face à la persistance du conflit social. Aujourd’hui, les négociations ont repris avec la direction, qui refuse de communiquer sur ce point. Quant aux ex-Dunlop, ils se sont retrouvés au chômage partiel le week-end du 16 et 17 juin, dans le but de réduire le niveau des stocks.

 

Circonscription. Insatiable révolté, Mickaël Wamen, de son côté, prolonge son combat syndical sur le terrain politique : il s’est présenté aux élections législatives pour le Parti communiste dans la première circonscription de la Somme, où il a récolté 6,7% des voix. Des affiches à son effigie sont toujours placardées aux quatre coins de la ville. Il y a quelques jours, il s’est déplacé à Roubaix auprès des salariées des 3 Suisses, menacées de licenciement. De son local de campagne à Amiens, il raconte avec ardeur ces cinq années de combat acharné, le verbe haut, le regard éclairé. «Certains font de la lutte de places ; nous, on fait de la lutte de classe !» s’enflamme-t-il. Avant de se réjouir, un peu grisé : «On va fêter la victoire du monde du travail sur le monde capitaliste…»

 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 16:32

 

http://www.tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120625.OBS9532/syrie-nouvelles-defections-dans-l-armee.html

 

Nouvelles défections dans l’armée

 

Un général et trente deux autres militaires sont passés en Turquie durant la nuit avec leurs familles

 

Un général, deux colonels et trente soldats syriens ont déserté vers la Turquie, annonce lundi 25 juin CNN Türk. Ce qui porte à treize le nombre de défections de généraux syriens sur le sol turc. Une nouvelle qui intervient dans un contexte de tensions entre les deux pays après qu’un avion de chasse turc a été abattu par la Syrie.

 

Les déserteurs sont entrés en Turquie pendant la nuit, précise l'agence de presse turque Anatolie. Ils ont été accueillis dans un camp de réfugiés situé près de la frontière.

 

Le général, dont l'identité et les fonctions n'ont pas été précisées, est entré en Turquie par la province de Hatay en compagnie de deux colonels et trente autres soldats ainsi que leurs familles, soit au total un groupe de cent quatre vingt seize personnes comptant de nombreuses femmes et enfants, selon Anatolie

 

Ankara a coupé les ponts

 

Les camps turcs de réfugiés des provinces de Hatay, Gaziantep, Sanliurfa et Kilis accueillent actuellement trente trois mille soixante dix neuf syriens ayant fui les violences dans leur pays, selon un décompte publié lundi par la Direction des situations de crise (AFAD). Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Selçuk Ünal, avait établi vendredi à douze le nombre de généraux syriens réfugiés en Turquie.

 

Ankara, jadis alliée politique et économique de la Syrie, a coupé les ponts avec le régime du président Bachar al-Assad, pour protester contre la répression des mouvements d'opposition dans ce pays.

 

Elle héberge dans le sud du pays la direction de l'Armée syrienne libre (ASL), fondée par des déserteurs de l'armée régulière syrienne, et accueille régulièrement les réunions du Conseil national syrien (CNS), la principale plate-forme de l'opposition syrienne.

 

 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 13:59

 

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/appel-nous-voulons-une-rehabilitation-des-communards/4555

 

Nous voulons une réhabilitation des communards

Lundi 21 Mai 2012

Appel commun pour le mur des Fédérés

Mur des fédérés 2012, un souffle d’espoir

En ce cent quarante et unième anniversaire de la Commune de Paris de 1871, nous revendiquons plus que jamais la nécessité de la réhabilitation de la Commune et des communards ! Mais comment les réhabiliter mieux que par la mise en œuvre des mesures démocratiques et sociales pour lesquelles ils ont combattu.

Rétablir dans leurs droits les communards, c’est donner un sens à leur combat pour une société plus juste. C’est aussi un engagement à faire connaitre ce moment de l’histoire où pour la première et seule fois dans notre pays, le pouvoir fut exercé par le peuple et pour le peuple. En agissant pour la réhabilitation des communards nous faisons connaitre la modernité de la commune et nous voulons son enseignement à l’école.

De la révolution de 1789, au Front populaire en 1936 à mai 1968, en passant par la Libération de 1945, c’est un souffle vital qui parcourt notre société aujourd’hui. Il a pour ossature la volonté d’un autre monde bâti sur des idéaux d’égalité, de respect, de fraternité, de justice sociale. Et si l’on s’attaque aux acquis, ce ne sont pas à ceux des pauvres, des mal payés ou des précaires qu’il faut s’attaquer, mais bien à ceux du capital. Nobles hier, haute bourgeoisie d’aujourd’hui, rapports sociaux liés au servage ou aliénation par l’endettement, l’élan populaire s’attaque aux formes de domination d’une classe sur toute la population. Nous nous heurtons à la domination du capital, au mur de l’exploitation par une minorité de nantis. Face à cette histoire aseptisée par les biens pensants du système dominant, nous menons un combat où l’on gagnera à faire reconnaître la place « des gueux », des communards de Paris. Nous savons tous que rien n’est gagné d’avance. Chanter que « La Commune n’est pas morte » n’est pas un effet de style, c’est une réalité. Les soixante douze jours de combat de ces hommes et des ces femmes n’ont pas été anéantis par la répression terrible de la semaine sanglante. Il faut être aveugle pour ne pas voir que beaucoup de leurs revendications ont été reprises, mises en pratique parfois grâce aux luttes populaires ou incorporées à l’idéal commun. Avec la commune de Paris, les communards avaient reconnu la citoyenneté des étrangers, l’égalité homme-femme. Ils avaient brulé la guillotine, réquisitionné des logements vacants pour les sans abris, déclaré la séparation de l’Eglise et de l’Etat, réorganisé les services public en faisant participer les salariés à leur gestion. En partageant le pouvoir avec les associations ils ont su donner corps à la démocratie. Mais notre volonté est persévérante car nous voulons ensemble construire le présent.

Réhabiliter les communards, c’est travailler à ce que cet élan vital qui parcourt notre société avance encore plus vers son but : bâtir une société démocratique et faire qu’unis nous soyons assez nombreux et assez forts pour y parvenir !

Nous voulons ensemble construire le présent.

Premiers signataires de l’appel

Association des Libres penseurs de France (ADLPF) ; Association Action ; Syndicat CGT des retraités PTT des Bureaux gares et ambulants ; CER SNCF Normandie ; UD CGT FO de Paris ; Mouvement des jeunes communistes de Paris ; Parti Communiste Français ; PCF PARIS 20 ; Rassemblement des Cercles Communistes ; Cercle Communiste de Région Parisienne ; Section de Paris 20 du Nouveau Parti Anticapitaliste ; Association Nationale des Partisans Italiens (ANPI) ; Comité Valmy ; Section PCF Paris 11 ; Pôle Renaissance Communiste en France ; Union Régionale CGT Ile de France ; Lutte ouvrière ; Rouges Vifs Île de France ; MRAP ; Section PCF Paris 19 ; Section PS Paris 11 ; Section PS “Commune de Paris” de Paris 20 ; Syndicat Général du Livre et de la Communication Ecrite ; Comité d’Entreprise Régional SNCF Paris Est ; Section CGT cheminots de Paris Est ; Section CGT cheminots de Paris Nord ; Infocom CGT ; Institut d’histoire sociale CGT PTT ; République et socialisme ; FSU ; Association Louise Michel ; Parti de Gauche ; Parti de Gauche Paris ; Parti de Gauche Paris 11 ; Parti de Gauche Paris 20 ; Union des familles laïques (UFAL) ; Fédération de Paris de la Ligue des droits de l’homme ; RESISTANCE SOCIALE ; Association pour l’Emploi, l’Information et la Solidarité des chômeurs et des travailleurs précaires (APEIS) National ; Association pour l’Emploi, l’Information et la Solidarité des chômeurs et des travailleurs précaires (APEIS) Paris ; Parti de Gauche Paris 19

 

 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 12:42

 

http://www.communismeouvrier.wordpress.com/2012/05/27/raffle-douvriers-sans-papiers-au-chantier-du-fort-dissy-les-moulineaux

 

Rafle d’ouvriers sans papiers au chantier du fort d’Issy les Moulineaux

 

Communiqué CGT FNSCBA Union Départementale des Hauts de Seine

 

Jeudi 24 Mai 2012

 

Traquer le travail illégal plutôt que de s’attaquer aux salariés

 

Le Mardi 22 Mai 2012, trois cent policiers et gendarmes, sous la houlette du Comité opérationnel départemental antifraude (CODAF), ont investi le chantier du fort d’Issy-les-Moulineaux dans les Haauts de Seine pour « traquer le travail illégal ».

 

Sous la responsabilité des maîtres d’ouvrage, Bouygues immobilier et BNP Paribas Immobilier, mille salariés travaillent sur ce chantier, embauchés par près de deux cent entreprises.

 

Comme il est habituel dans ce genre d’opération à visée médiatique, ce sont les travailleurs qui ont été obligés de justifier de leur présence sur le site et de leur identité.

  

Parmi six cent soixante dix ouvriers contrôlés, une vingtaine ou une trentaine d’entre eux (à l’heure où nous écrivons ces lignes, malgré nos demandes réitérées auprès des autorités, nous ne le savons pas encore) ont été de fait licenciés sur le champ par la préfecture des Hauts de Seine.

 

Puisque sous prétexte qu’ils n’avaient pas de titres de séjour/travail valables, cette préfecture a pris à leur encontre des arrêtés de reconduite à la frontière et des obligations de quitter le territoire.

 

Déjà sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la CGT a maintes et maintes fois réaffirmé que les salariés, y compris migrants, ne pouvaient pas être considérés comme responsables de la situation dans laquelle ils étaient embauchés.

 

Puisque ces salariés étaient en situation de travail, constatée par tous, l’objectif d’un tel contrôle devait être de favoriser la régularisation administrative de leur situation, plutôt que d’en faire des victimes, voire de les traiter en délinquants. Il devait être également d’obliger les employeurs à les déclarer immédiatement (eux comme tous les autres) aux organismes sociaux, si ce n’était pas fait.

 

Et de vérifier si ces salariés bénéficiaient de conditions de salaire et de travail au niveau des normes sociales françaises.

 

Régulariser, au sens plein du terme, la situation de travail de salariés, qui ne prennent le travail de personne mais font le travail que personne ne veut et ne peut faire dans les conditions qui leur sont imposées, c’est le contraire du laxisme. C’est le chemin vers la reconnaissance de la dignité de chaque salarié, quelle que soit sa situation administrative antérieure. C’est le seul moyen efficace pour lutter contre le dumping social et la concurrence de tous contre tous.

 

Nous demandons la libération et la régularisation des travailleurs migrants du chantier du Fort d’Issy les Moulineaux.

 

C’est au Ministère du Travail que doit revenir le contrôle de la situation des travailleurs migrants et non plus au Ministère de l’Intérieur !

 

Depuis janvier 2011, l’ancien gouvernement avait pris l’engagement d’ouvrir, au-delà de la réunion annuelle de la Commission nationale de lutte contre le travail illégal, une véritable concertation sociale sur le travail illégal. Il ne l’a pas tenu. Il est urgent qu’une telle concertation soit engagée, permettant de mettre en oeuvre des solutions pour sortir réellement de ce fléau.

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 19:51

 

http://www.liberation.fr/monde/2012/05/28/republique-islamique-de-mauritanie-feu-l-esclavage_821958

 

République islamique de Mauritanie : feu l’esclavage

 

Lundi 28 Mai 2012

 

Par Roger Botte, anthropologue, Centre d’Etudes Africaines EHESS IRD

 

Malgré quatre abolitions juridiques, dont une «définitive» en 1980, et sa criminalisation en 2007, on assiste toujours en Mauritanie à la fin sans fin de l’institution esclavagiste.

 

La dénonciation, au mois d’avril, de sa prétendue légitimité islamique fait même craindre la peine de mort pour une dizaine de militants des droits de l’homme, d’origine servile. Voyons l’enchaînement des faits.

 

Lundi 26 mars 2012. La chambre pénale près la Cour suprême remet en liberté provisoire Ahmed Ould Hassine, condamné par la Cour criminelle de Nouakchott, le 21 novembre 2011, à deux ans d’emprisonnement pour pratique de l’esclavage. Il exploitait, comme gardiens de chèvres, deux esclaves de naissance, Saïd Ould Salka (13 ans) et son jeune frère Yarg Ould Salka (8 ans). Ahmed Ould Hassine est le seul de son espèce à avoir été condamné sur la base de la loi de 2007. Sa mise en liberté met en évidence l’absence de volonté de l’appareil judiciaire à faire appliquer la loi, et sa connivence avec les maîtres d’esclaves.

 

Vendredi 14 avril 2012. Dans son émission consacrée au Coran, Radio Mauritanie diffuse le sermon d’un célèbre prêcheur saoudien, Saleh Ibn Awwad al-Maghamissi. Depuis Médine, ce spécialiste de l’exégèse du Coran lance un appel «solennel» aux Saoudiens et aux musulmans du Golfe, les exhortant à se rendre en Mauritanie pour y acheter des esclaves, «disponibles en abondance» et, ce faisant, à les affranchir comme œuvre pie.

 

Le prédicateur précise le prix de la tête servile : dix mille riyals, soit environ deux mille euros.

 

Vendredi 27 avril 2012. Des militants de l’organisation antiesclavagiste IRA-Mauritanie (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie), descendants d’esclaves (haratines), se réunissent sur une place publique de la commune populaire de Riyad à Nouakchott. Ils entendent dénoncer une lecture doctrinaire de l’islam par le corps religieux traditionnel. Ils affirment que, si l’idéologie esclavagiste se perpétue dans le pays, c’est qu’elle puise sa légitimité et ses fondements juridiques dans les enseignements erronés de la version locale de l’islam. Ils célèbrent la grande prière puis, dans un geste d’une violence symbolique inouïe, le président de l’IRA, Biram Ould Dah Ould Abeid, procède à l’incinération d’ouvrages fameux de jurisconsultes musulmans.

 

Or, ce corpus constitue le véritable bréviaire du rite sunnite malikite dans toute l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Mais, pour Biram Ould Dah et ses compagnons, ce droit musulman (fiqh) doit être un facteur de libération, non un instrument d’oppression. Edicté par des hommes à un moment donné, il ne peut être érigé en vérité immuable ; en effet, affirment-ils, ce droit cautionne un ordre séculaire esclavagiste en contradiction avec les valeurs contemporaines de l’Etat de droit et le«message ultime du Prophète».

 

En s’attaquant au dogme de manière aussi spectaculaire Biram Ould Dah et ses compagnons ont agi comme un extraordinaire révélateur de l’anomie de la société mauritanienne. Leur geste a provoqué un tumulte passionnel sans précédent : lynchage médiatique, furie des sphères religieuses, vitupération ou lâchage de la classe politique, désaveu ou reniement de la société civile, manifestations de rue et meetings - spontanés ou pas -, et jusqu’à un Conseil des ministres dédié.

 

La cohue des moralistes, des faux dévots et des vrais bigots a préféré stigmatiser une «démarche hérétique et satanique, un acte blasphématoire, un attentat perpétré à l’égard de la sainte religion, une profanation», etc. Des voix ont réclamé la peine de mort. Or, Biram Ould Dah n’a pas brûlé un texte sacré : il s’insurge uniquement contre une exégèse archaïque et son instrumentalisation en vue de justifier l’asservissement d’êtres humains.

 

Ses contempteurs se scandalisent de l’incinération de livres, mais ils se gardent bien de condamner l’esclavage. Ils en nient d’ailleurs pour la plupart la réalité, y compris lorsqu’ils sont maîtres d’esclaves. Pour Biram, rejeter la version locale de cette espèce de Code noir, toujours en vigueur, n’est pas condamnable mais doit, au contraire, servir la religion.

Biram et ses compagnons ouvrent véritablement le débat de fond : l’islam prône-t-il l’injustice, l’inégalité et l’esclavage ?

 

Les oulémas sincères du pays doivent répondre à cette question et produire une fatwa pour dire que, dorénavant, l’institution de l’esclavage ne s’appuie sur aucun fondement religieux légal ; et qu’il n’y a plus ni «maîtres» ni «esclaves» mais uniquement des citoyens. C’est d’abord en qualité de militant des droits de l’homme que Biram Ould Dah Ould Abeid dérange et que, depuis plusieurs années, l’on prépare son linceul et sa liquidation politique.

 

Inculpé de «violations des valeurs islamiques du peuple mauritanien»et d’«atteinte à la sûreté de l’Etat», il se trouve entre les mains de la Direction de la surveillance du territoire mauritanienne. Régulièrement accusé d’être à la «solde du sionisme international», Biram est détenu au secret, ainsi que ses dix compagnons, officiellement pour«approfondir l’enquête sur les sources financières» de l’IRA-Mauritanie et «ses relations à l’extérieur».

 

Les militants demandent sa libération en manifestant aux cris de : «Nous sommes des musulmans contre l’esclavage».

 

Le nouveau président français, François Hollande, lors du débat télévisé avec son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, avait promis d’intensifier la coopération avec la Mauritanie comme exemple de sa future politique étrangère. L’occasion s’en présente. 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 17:21

 

http://www.liberation.fr/monde/2012/06/25/mission-sourire-pour-vladimir-poutine-en-israel_829040

 

Mission sourire pour Vladimir Poutine en Israël

 

Lundi 25 Juin 2012

 

La visite d’Etat du président russe vise à arrondir les angles avec l’Etat hébreu malgré les divergences sur l’Iran et la Syrie.

 

Par Serge Dumont, correspondant de Libération à Tel Aviv

 

A peine arrivé en Israël pour une visite d’Etat de deux jours, Vladimir Poutine s’est rendu hier matin devant le monument érigé à Nétanya (au nord de Tel-Aviv) pour commémorer la mémoire des soldats de l’Armée rouge tombés durant la «Grande Guerre patriotique» (1940-1945). Là, outre le chef de l’Etat hébreu, Shimon Pérès, et des élus locaux, quelques anciens citoyens de l’Union soviétique lui ont offert un accueil digne de la Place rouge au bon vieux temps. «Hourra ! Hourra ! Hourra !» ont crié les anciens combattants, arborant fièrement leurs batteries de médailles de l’ordre de Lénine et de Staline.

 

Gisements. Pour son premier déplacement dans la région, l’homme fort du Kremlin est accompagné de quatre cent personnes. Des hommes d’affaires désireux d’investir dans les immenses gisements gaziers et pétroliers découverts à proximité des côtes israéliennes. Parmi la délégation, d’autres sont intéressés par des prises de participation dans l’industrie militaire locale, surtout dans le secteur de l’avionique et des drones.

 

Vladimir Poutine est également entouré d’une nuée d’hommes politiques et de hauts fonctionnaires. Car derrière les sourires obligés, les discussions promettent d’être rudes.

 

Depuis 2009, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et son ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, se sont rendus à plusieurs reprises à Moscou afin de convaincre le Kremlin d’interrompre ses fournitures d’armes à la Syrie et de «lâcher» l’Iran. En vain. Il y a deux ans, l’insistance israélienne a tellement irrité les Russes que ceux-ci ont montré leur mauvaise humeur en «humiliant» le président Shimon Pérès, contrôlant son passeport pendant plus d’une heure à son arrivée, lors d’une visite officielle. Certes, depuis, les rapports se sont apaisés. C’est dans la foulée de ce réchauffement qu’a été décidée la construction du monument de Nétanya. Mais les relations entre Israël et la Russie ne sont pas devenues amicales pour autant.

 

Nétanyahou, Lieberman, le vice-Premier ministre Shaul Mofaz et son collègue de la Défense, Ehud Barak, sont revenus sur le dossier syrien avec Poutine. Ils ont plaidé qu’en cas de chute de Bachar al-Assad, les missiles vendus à l’armée syrienne par la Russie «risquent de tomber dans les mains de terroristes islamistes et du Hezbollah».

 

Ce qui pourrait, selon eux, déclencher un conflit de grande ampleur.

 

Sanctions. Mais les quatre dirigeants israéliens ont surtout parlé de l’Iran en demandant au président russe de soutenir la poursuite et le durcissement des sanctions internationales. «Ils espèrent que Moscou s’abstiendra de réagir sérieusement si l’Etat hébreu attaque les installations nucléaires de Téhéran d’ici à la fin de l’année. Je doute qu’ils y parviennent», explique Yossi Melman, un chroniqueur du quotidien Haaretz spécialisé dans les questions de renseignement. Un avis partagé par la majorité des commentateurs locaux.

 

«Les visites de dirigeants russes dans la région sont rarissimes et Nétanyahou a eu raison de dérouler le tapis rouge à Poutine. Mais il n’obtiendra rien de lui, car Israël est trop petit et trop accroché aux basques américaines», estime le professeur Amnon Sela, spécialiste des relations entre les deux pays, pour lequel «le seul mérite de cette visite est qu’elle a eu lieu». Elle se poursuivra aujourd’hui par un saut de quelques heures à Bethléem (Autorité palestinienne) avant de se terminer en Jordanie.

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 17:03

 

 

http://www.blogs.mediapart.fr/edition/cent-paroles-d-aix-journal-local-alternatif/article/260612/aix-la-chasse-aux-roms-est-e

 

A Aix en Provence, la chasse aux roms est entrée ce mardi dans sa phase destructrice

 

La continuité, c'est maintenant 

 

Sur réquisition du préfet des Bouches du Rhône un fort contingent de policiers, de gendarmes mobiles (cent cinquante ou deux cent) étaient mobilisés dès sept heures ce matin, ainsi que des employés municipaux et des personnels d'Aix-en-Bus, pour participer à la destruction du campement de roms près de la fondation Vasarely, entre voie ferrée et autoroute, le long du chemin dit "du Flâneur"… Participaient à l'opération quatre tracto-pelles, trois ou quatre camions-bennes et divers engins de chantiers de travaux publics.

Tout a été détruit sans prévision de relogement par les pouvoirs publics, ni même d'accueil pour la nuit prochaine. Cet épilogue arrive au terme d'une procédure initiée par le Maire d'Aix ex-député. Les habitants de ce qu'il faut bien appeler un bidonville, malades et enfants en bas-âge compris, n'ont pu, à la hâte, que récupérer quelques  affaires. Ils ont cependant eu le courage de barrer un  moment la route qui mène vers la Pioline.       

Vu les forces de police et de gendarmerie déployées, il est difficile de s'opposer à de telles destructions, mais soyons là pour témoigner, pour faire savoir, pour interpeller les élus, et renforçons le réseau d'alerte mis en place par le CADDRIS. Si vous ne l'avez déjà fait, signalez-vous en envoyant simplement vos noms, prénoms et numéros de portable soit à Marc Durand, soit à Jean-Luc Debard

 La prochaine étape va frapper le camp de l'Arbois. On doit exiger du gouvernement socialiste un arrêt immédiat de ces pratiques et qu'une réelle concertation s'engage pour la mise en place de solutions "durables"

Je vous mets ci-dessous un lien vers le site où Didier Bonnel a mis quelques photos faites ce matin (merci néanmoins de citer l'auteur et de me prévenir en cas de publication) :

https://picasaweb.google.com/104883798982635213586/DestructionDuCampDeRomsVasarely?authkey=Gv1sRgCODah9Gv7pDLvQE

Bernard Lagune

Mardi 26 Juin 2012

 

 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 19:08

 

http://www.lecourrierdelatlas.com/285919062012France-Interview-de-l-avocat-de-Nadir-Kitatni-elu-au-conseil-municipal-de-Bondy.html

 

Interview de l’avocat de Nadir Kitatni, élu au conseil municipal de Bondy

 

Mardi 19 Juin 2012

 

Après un conseil municipal houleux à Bondy en mars dernier, le mari de la maire et deux conseillers municipaux portent plainte contre Nadir Kitatni pour « menaces de mort ». Graves accusation qui entraîneront une garde à vue et un procès. Alors que le tribunal vient de déclarer la relaxe, Slimane Gachi, avocat du prévenu, revient pour nous sur cette incroyable affaire. 

 

Le Courrier de l’Atlas : Pouvez-vous nous faire une rapide chronologie des faits reprochés à votre client ?

 

Slimane Gachi : Nadir Kitatni est élu au conseil municipal de Bondy. Le 26 mars dernier, trois personnes, le mari de la maire et deux proches du conseil portent plainte à quelques minutes d'intervalles contre Nadir. Les faits reprochés sont graves, on l’accuse de « menaces de mort ».

 

Selon eux, Nadir aurait hurlé lors du conseil municipal du 22 mars, « Je vais tous vous zigouiller comme à Nanterre ». La plainte semble cohérente, puisque mon client est présenté comme quelqu'un de dangereux, déséquilibré et toxicomane… 

 

De lourds éléments à charge...

 

Oui, surtout que la maire de Bondy, Sylvine Thomassin, affirme, en s'appuyant sur son passé de sage-femme, que Nadir a de gros troubles psychologiques. En pleine affaire Mohammed Merah, ils appuient là où ça fait mal, en affirmant que Nadir aurait hurlé « Allahou Akbar ». D'ailleurs, le jour où les policiers sont venus perquisitionner chez lui pour l'emmener en garde à vue, ils ont interrogé sa sœur sur ses positions religieuses. Pour les forces de l'ordre, il avait le profil du dangereux islamiste. 

 

Très vite, deux témoins se rétractent…

 

Dès le lendemain. Conscient que c'est allé trop loin, ils commencent à se contredire, prétextant qu'ils ont « cru » entendre ces propos. Nadir aurait dit « je » puis « nous »… Bizarrement, ils ne sont que trois sur tout le conseil municipal à avoir entendu ces menaces. Les policiers chargés du dossier ont fait des tests dans la salle du conseil et ont été clairs, même en chuchotant dans le micro, tout le monde aurait dû entendre ce qui a été dit. 

 

Le jour de la garde à vue de Nadir correspondait avec la venue de François Hollande à Bondy, y avait-il un rapport ?

 

Le candidat socialiste venait faire une visite avec Manuel Valls. Nadir avait tweeté sur le mur du maire d'Évry, « A lundi ». On ne sait pas si la maire a pris peur et a voulu empêcher Nadir de s'y rendre. Il était craint, selon des témoignages émanant de la mairie, Nadir Kitatni était le « cauchemar » de la maire. Il jouait son rôle d'élu au maximum, il s'opposait régulièrement aux décisions. Ils ont sans doute voulu lui mettre un coup d'arrêt mais se sont-ils rendu compte de la gravité de l'accusation ? En appuyant sur le facteur religieux dans une ville comme Bondy qui est multiculturelle ? Pour des élus socialistes, je trouve ça très grave. 

 

Comment s'est déroulé le procès ?

 

Nous avons obtenu la relaxe, donc c'est un soulagement. Pourtant, le procureur était particulièrement véhément, réclamant même quinze jours de prison pour Nadir qui n'avait aucun antécédent judiciaire. Sur les trois plaignants, l’un d’entre eux n'a pas témoigné, l'autre a modifié son témoignage et réclamait des dommages et intérêts. Seul le mari de la maire de Bondy a maintenu ses propos de bout en bout. Si le parquet ne fait pas appel de la décision avant la fin de semaine, Nadir sera définitivement tranquille. 

 

Dans quel état d'esprit se trouve-t-il ?

 

Il n'est pas au mieux. Heureux d'avoir été relaxé mais meurtri par toute cette affaire. C'est un père de famille sans histoire. Il a prononcé une phrase malheureuse : « il ne faudrait pas que ça se termine comme à Nanterre », qu'il n'aurait pas dû mais qui a complètement été sortie de son contexte. Il s'est retrouvé quarante huit heures en garde à vue, il a eu droit à une analyse psychiatrique qui n'a rien donné. Une analyse toxicologique qui a prouvé qu'il ne se droguait pas. Il était très inquiet pour le procès, il craignait une condamnation. C'est un homme politique, son nom a été traîné dans la boue, ça sera forcément préjudiciable pour sa future carrière.

 

Il y a quelques jours, il m'a appelé et m'a demandé : « Maître, je peux aller à la mosquée ? ». 

 

Quelles suites comptez-vous donner à cette affaire ?

 

Je dois rencontrer mon client dans les prochains jours pour en parler avec lui. Nous ne ferons rien contre les deux témoins qui se sont retirés, par contre Yannick Saint Aubert... Il a eu un comportement abject tout au long de l'affaire. Il a présenté Nadir comme quelqu'un de bien pour mieux lui tirer dans le dos. Il a été confronté à Nadir en garde à vue et il a maintenu ses accusations face à lui.

 

Le problème de la dénonciation calomnieuse, c'est que la loi a changé. Désormais, il faut que le tribunal déclare que Monsieur Untel n'est pas coupable des faits reprochés pour pouvoir poursuivre le témoin. Le tribunal ne va jamais si loin et prononce simplement la relaxe.

 

Je n'exclus pas de provoquer le débat avec Yannick Saint-Aubert pour qu'il s'explique et qu'il prenne conscience de la gravité des accusations. Mais ça sera à mon client de décider.

 

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