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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 19:29

 

 

http://www.humanite.fr/fil-rouge/le-ministere-de-linterieur-bloque-la-liberation-de-georges-ibrahim-abdallah-rassemblement-le-19-janvier-a-paris-clgia

http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article132751

http://www.liberonsgeorges.over-blog.com/article-14-janvier-2013-georges-abdallah-est-toujours-en-prison-114374243.html

http://www.europalestine.com/spip.php?article7977

 

 

Le ministère de l’intérieur bloque la libération de Georges Ibrahim Abdallah, rassemblement samedi 19 janvier 2013 à Paris (CLGIA)

 

Le 21 novembre 2012, un avis favorable à la libération de Georges Ibrahim Abdallah a été donné par le tribunal d'application des peines, conditionné par un arrêté d'expulsion signé par le ministre de l'intérieur.

 

Aujourd'hui, 14 janvier 2013,  Manuel Valls n'a toujours pas signé cet arrêté, retardant ainsi la libération de notre camarade.

 

Le prochain acte de cette farce judiciaire aura lieu le 28 janvier.

 

La vengeance politique se poursuit : l'État français, par l'intermédiaire de son ministre de l'intérieur, refuse d'accepter, après plus de vingt huit ans de prison, qu'il n’a pas réussi à faire plier Georges Ibrahim Abdallah, combattant de la résistance libanaise et palestinienne, adversaire résolu et inflexible des entreprises impérialistes et sionistes au Moyen-Orient.

 

Le collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah appelle à la mobilisation la plus large pour exiger l'application du droit au retour sans délai de notre camarade Georges Ibrahim Abdallah.

 

Rassemblement Samedi 19 Janvier 2013 à 15 heures Place des Saussaies à Paris près du ministère de l’intérieur rendez vous au métro Saint Augustin

 

Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah (CLGIA)

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 16:40

 

http://cercles.communistes.free.fr/cc5962/publi.php?idArticle=2012_12_23_florange

 

Florange doit être nationalisé

 

Déclaration de la coordination communiste

 

La première préoccupation d'un gouvernement se revendiquant de « gauche » devrait être la protection des plus faibles, la sauvegarde de la seule source de revenu des travailleurs : leur travail. Même sans se faire d'illusions, c'était ce qu'on était en droit d'attendre de ce gouvernement dans un contexte de crise systémique qui voit cinquante mille travailleurs perdre chaque mois leur emploi. C'était ce qu'on était en droit d'attendre du ministre du « redressement productif », Arnaud Montebourg, prompt à pousser des coups de gueule avec un art consommé de la formule va-t-en guerre. Mais Monsieur le ministre aboie plus qu'il ne mord.

 

Ce gouvernement a choisi son camp. Contre les travailleurs, contre les salariés de Florange et d'ailleurs, il a choisi de ne pas effaroucher le patronat, de ne pas faire peur aux pigeons, de ne pas être un scandale aux yeux de Laurence Parisot, la patronne du MEDEF, la gardienne de l'ordre bourgeois. Contre les travailleurs, ce gouvernement a choisi Monsieur Mittal, deuxième fortune du Royaume-Uni, archétype de la bourgeoisie compradore indienne, membre du conseil d'administration de la banque Goldman Sachs qui lui a permis en 2006, par une OPA hostile, de mettre la main sur le groupe ARCELOR après que le gouvernement de la ‘Gauche plus rien’ eut vendu la maigre part qui restaient encore à l'Etat.

 

L'accord pourri et sans valeur, dont se drape fièrement le gouvernement Ayrault après s'être vautré dans la fange des Draculas de la finance, ne va pas tarder à produire ses effets néfastes et catastrophiques pour les travailleurs du groupe Arcelor-Mittal et, au passage, pour ceux de ses sous-traitants. Après Gondrange, Florange n'est qu'une étape. L'usine de Dunkerque sera-t-elle la prochaine ? Déjà les salariés de l'usine de Basse-Indre, en Loire Atlantique, se sont mis en grève contre le transfert des deux premières étapes de la production sur le site de Florange. Des arrêts de travail se développent sur d'autres sites du groupe comme à Dunkerque, Fos sur Mer ou bien encore Saint Chely d'Apcher. Les travailleurs, eux, ne se sont pas trompés. Ils savent que la parole de Mittal ne vaut rien. Ils anticipent, refusant d'être les jouets d'un voyou qui, avec la complicité du gouvernement français, cherche à dresser les salariés du groupe les uns contre les autres en les mettant en concurrence. Florange contre Basse-Indre, Basse-Indre contre Dunkerque. Mais cela ne prend pas. Cela ne prendra pas.

 

Que cherche donc ce gouvernement? Que les plus désespérés, de plus en plus nombreux, aillent se jeter dans la gueule de la bête immonde, dans la gueule du Front National qui attend son heure dans les salons dorés de la bourgeoisie qui le nourrit?

 

Ce gouvernement s'est révélé être ce qu'il est: un gouvernement par défaut, à la solde du capital financier, prompt, comme le précédent, à lancer la chasse aux sans papiers et à se moquer des travailleurs. Les contre-feux qu’il essaie d’ouvrir, par exemple sur le « mariage pour tous », pour se donner un profil de « gauche », ne sont qu’un leurre qui ne dupera aucun travailleur.

 

La nationalisation du site de Florange est la seule réponse que peuvent accepter aujourd'hui les salariés qui se battent pour garder leur emploi et leur dignité. Une nationalisation définitive et sans rachat ! Car une nationalisation partielle et temporaire en attendant un improbable repreneur, serait encore un coup bas infligé aux travailleurs. On remet à flot et on brade les machines et les hommes.

 

La nationalisation a plusieurs vertus. Elle permet tout d'abord d'identifier l'ennemi qui n'est ni le Sans-Papier, ni le Rom quêtant au feu rouge. Mais bien le patron, l'exploiteur qui touche des aides publiques pour aller, comme DOUX, faire la java des profits à l'étranger, dans des zones plus calmes, moins regardantes. Des zones de non-droit. De non-droit pour les travailleurs.

 

La nationalisation, pour peu qu'elle soit définitive, affaiblit le capital, affaiblit la broyeuse des peuples qu'est l'Union européenne en renforçant l'indépendance nationale. C'est un mot d'ordre clair qui éloigne les travailleurs des idées nauséabondes de l'extrême droite qui fait semblant d'être de leur côté. C'est une revendication dont le fascisme ne peut s'emparer. Hitler, Mussolini, Pétain, Franco, Salazar, les colonels grecs, Pinochet et tous les autres pourfendeurs des peuples n'ont jamais rien nationalisé. Au contraire !

 

La nationalisation peut permettre de sauvegarder les emplois et, à terme, de planifier, en partie du moins, la production.

 

Enfin, la nationalisation peut être un trait d'union entre tous les travailleurs. Tout le monde a quelque chose à y gagner.

 

Alors oui le site de Florange doit être nationalisé ! Il doit être nationalisé d'abord pour les travailleurs et leurs familles, qui depuis des mois vivent dans l'angoisse. C'est reconnaître qu'ils sont les vrais et seuls producteurs de richesses. Qu'ils sont les seuls à risquer quelque chose dans cette affaire. Car aujourd'hui, ceux qui doivent suivre avec appréhension le cours de la bourse, ce sont les salariés qui risquent chaque jour de perdre leur emploi pour quelques dollars de plus dans la poche des actionnaires rapaces. Dans la poche des parasites qui vivent de la « tonte des coupons » comme d'autres prospèrent de la tonte des moutons.

 

Florange doit être nationalisé, oui ! Florange seulement ? Non !

 

Toutes les entreprises qui licencient, qui délocalisent doivent être nationalisées, sans rachat ni indemnité. Les indemnités, elles les ont déjà touchées plusieurs fois à coup d'aides publiques, d'exonération de cotisations sociales, de cadeaux fiscaux et de subventions diverses et variées. Et ce gouvernement en rajoute une louche en promettant vingt milliards d'aides aux entreprises. Joyeux Noël, Monsieur Mittal !

 

Pris dans le tourbillon de la crise du capitalisme que les patrons leur font payer, les travailleurs doivent exiger la nationalisation de toutes les entreprises qui licencient et qui délocalisent. Ils doivent également exiger la renationalisation de l'énergie, du raffinage à la production électrique en passant les télécommunications.

 

Pour le travail, le pain, la dignité : Nationalisons ! Licencions les patrons !

 

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 16:32

 

Bonne année !

 

Interview magistrale de Jean d’Ormesson au Figaro. Il fait un tour « du propriétaire », parle au nom de la bourgeoisie, de la France. De l’année qui vient.

 

Rien ne dit que l’année sera aussi terrible ( !) qu’ils l’annoncent tous, à commencer par Hollande. D’abord il y a des paramètres que nul ne maitrise. L’incendie de la crise financière est-il vraiment éteint, sous contrôle ? La centralisation, la fédéralisation des banques au niveau européen est-elle suffisante, acquise ? L’Allemagne endiguera-t-elle la récession qui menace en Espagne, en Italie, au Portugal bien sûr en Grèce et évidemment en France ?

 

Nul n’a me semble-t-il de réponse sérieuse à ces interrogations. Sur ces questions l’académicien s’en sort par un jugement lapidaire en négatif sur l’Europe.

 

Je suis d’accord avec d’Ormesson lorsqu’il caractérise la situation d’impuissance droitière du gouvernement.

 

Il (Hollande) ne frappe pas assez pour réduire significativement les déficits. Il frappe trop fort pour permettre à la consommation de contenir la crise politique. Alors le chômage continuera à grimper. Et surtout, le gouvernement Ayrault traine la patte. Il est incompétent. Impuissant. Incompétent. Rien ne dit que le conseil constitutionnel aurait pu retoquer « les 75% » si la loi de finance appliquait cette mesure aux foyers fiscaux, non aux individus. Hollande doit donc remanier ou changer le premier ministre. C’est le syndrome Edith Cresson…

 

Et pendant ce temps, la classe ouvrière… est absente. Totalement. N’en déplaise aux cinglés de l’extrême gauche, il n’y a pas de luttes. Sauf, comme toujours, quand les salariés sont retranchés dans leur usine, attendant le couperet des licenciements, essayant d’obtenir le meilleur plan social. En fait la crise économique ne permet plus de singularité, même aux marges. Les institutions européennes (et le fédéralisme installé petit à petit) pèsent de tout leur poids, de toutes leurs forces pour que la bourgeoisie française fasse le job : soutien à Hollande, s’il frappe, sinon affrontement avec lui. La manifestation du mois de janvier s ‘inscrit dans cette démarche d’autant qu’elle est organisée par l’Eglise, les pasteurs, les rabbins, les imams !

 

Je connais des gens (PS) de l’appareil d’Etat. Ils sont stupéfaits par l’absence de réponse du PS… par l’inexistence politique. Entre la crise politique et … la crise il n’y a rien.

 

En clair nous ne sommes plus du tout dans une démarche comparable à Juin 1936 ou mai 1981. Les salariés sont simplement étrangers à ce gouvernement.

 

Les salariés sont sur la défensive. Peut être pas encore adversaire, mais c’est sur le chemin…

 

L’extrême gauche et le Front de gauche sont inaudibles car ils parlent du gouvernement, tout le monde s’en moque. Ces formations devraient faire de la politique. Arguments sur une autre gouvernance nécessaire en proposant, un argumentaire sur l’utopie d’une autre logique, d’un autre monde. Et surtout en centrant tous les arguments sur un point : c’est à vous salariés, jeunes, de prendre l’action politique en main. Les masses ne s’en sortiront que si elles racontent leur propre histoire.

 

Ces quelques lignes s’ajoutent à d’autres. Mais il me semble extrêmement intéressant de discuter de ces problèmes.

 

Paris, Jeudi 3 Janvier 2013

 

Charles Jérémie

 

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 16:21

 

http://www.ministere-de-la-regularisation-de-tous-les-sans-papiers.net/joomla1.5/index.php?option=com_content&view=article&id=893:le-csp59-prend-acte-du-nouveau-communique-du-prefet-et-appelle-a-renforcer-et-developper-la-mobilisation-populaire-&catid=21:greve-de-la-faim


Communiqué de presse de la préfecture du Nord

Après la CODRESE du 10 janvier, le préfet propose une sortie de crise

Le préfet du Nord a réuni la commission consultative départementale de réexamen des situations administratives des étrangers (CODRESE) le jeudi 10 janvier.

Cette réunion a permis de demander aux neuf associations membres (Emmaüs, Ligue des Droits de l’Homme, Secours catholique, CIMADE, MRAP, AIDA, Voix de Nanas, Parce que des hommes y vivent, SAFFIA) de prêter assistance, pour les démarches en préfecture, aux personnes qui n’ont pas encore déposé de dossier.

Dans ce cadre, le préfet du Nord s’engage à examiner au cas par cas tous les dossiers qui seront déposés afin d’apprécier chaque situation. Chaque dossier complet fera l’objet d’une remise de récépissé qui ne préjuge pas de la décision définitive, conformément à la loi.

Dès lors que les dossiers auront été déposés, un calendrier échelonné des examens et des réponses individuelles sera établi, en liaison avec les associations. Les dossiers les plus urgents sur le plan de la situation des intéressés seront traités dans les quinze jours.

Les dossiers feront l’objet, dans le cadre des textes en vigueur, d’un examen bienveillant qui se définit comme la prise en compte de toutes les réalités personnelles du demandeur et non pas comme la régularisation systématique sans dossier. En effet, aucune décision d’admission au séjour ne peut intervenir, conformément à la règle du cas par cas acceptée par tous, sans un minimum de dossier, ce que chacun peut comprendre.

Pour les demandes ayant fait l’objet d’un refus, les personnes peuvent saisir une des associations membres de la CODRESE afin que leur dossier puisse être examiné par cette commission. Son règlement intérieur est en cours d’aménagement afin de poursuivre de manière féconde le dialogue avec les associations. Si une association membre saisit le préfet, celui-ci accepte d’inscrire à l’ordre du jour de la CODRESE un débat sur l’arrivée d’une nouvelle association.

A ce jour, compte tenu de l’augmentation du nombre de dossiers reçus, en plus des neuf personnes régularisées et des personnes demandeur d’asile qui sont actuellement en situation régulière, le préfet estime possible de régulariser sept dossiers supplémentaires.

Le préfet renouvelle son appel à l’accélération du dépôt des dossiers par les demandeurs.

S’agissant de la situation sanitaire, le préfet constate qu’elle se dégrade très rapidement et qu’elle devient alarmante. Des responsables du collectif des sans-papiers ont empêché hier soir la maraude de la Croix rouge de pénétrer dans la tente afin de prendre contact avec les personnes participant à ce mouvement et le SAMU a constaté ce jour une diminution brutale des sollicitations du service des urgences par ces mêmes personnes. Si une telle situation devait se poursuivre, le préfet n’hésiterait pas à prendre toutes ses responsabilités.

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 16:02

 

SERVICE D INVESTIGATION TRANSVERSALE

 

Vous le savez peut-être déjà, Mercredi 16 Janvier 2013 au matin aura lieu le procès de deux militants poursuivis à Paris en soutien à la lutte de Notre Dame des Landes.

 

Nous allons être jugés pour « dégradations légères de bien privé en réunion », à savoir des slogans contre la construction de l'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes écrits au Posca et quelques affiches collées au scotch sur le mur de la permanence socialiste du douzième arrondissement de Paris. Nous sommes également jugés pour « refus de prélèvement biologique » parce que nous avons refusé de donner notre ADN pendant la garde à vue.

 

Suite à notre  arrestation en « flagrant délit » le 15 novembre 2012, nous avons été privés de liberté pendant soixante deux heures (quarante huit heures de garde à vue et quatorze heures de cellule au tribunal). Nous avons également subi des perquisitions de nos domiciles avec saisie de nos ordinateurs et téléphones portables, ainsi que des documents personnels. Téléphones portables qui ne nous ont pas été rendus depuis et ordinateurs dont les contenus ont été totalement téléchargés par le Service d'Investigation Transversale.

 

La disproportion entre les faits reprochés et le traitement subi montre l'instrumentalisation de cette affaire par le gouvernement socialiste. Nous avons également appris que le  dossier était passé par les services de l'antiterrorisme, ce qui montre que tous les faits liés à Notre-Dame-des-Landes sont considérés comme des affaires d'Etat. Avant même l'audience, cette histoire est d'ores et déjà aberrante au vu de la réponse de la police aux faits.

 

Pour montrer votre soutien, vous indigner, montrer votre émoi, défendre la liberté d'expression, vous lever face à la répression, discuter, ou encore connaitre l'issue du procès, l’audience se tiendra Mercredi 16 Janvier 2013 à 9 heures devant la vingt quatrième chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris. Il est bien entendu demandé à toutes les personnes qui le peuvent d'être présentes mais également de proposer le rendez-vous aux amis présents à Paris ou en proche banlieue.

 

De Bourges, de Paris ou d'ailleurs, vous que nous connaissons : nous savons que ce mail n'arrivera pas qu'à Paris et tant mieux. La première chose que nous pouvons faire où que nous soyons est d'en parler, de témoigner, de faire connaître ce type d'affaires qui malheureusement deviennent presque normales en transférant ce mail à quelques-uns de vos contacts par exemple.

 

En espérant vous voir nombreux mercredi prochain, la lutte continue !

 

Sacco et Vanzetti

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 16:54

 

 

http://www.descartes.over-blog.fr/article-front-de-gauche-annee-zero-113727505.html

 

http://www.lepcf.fr/spip.php?page=article&id_article=1538

 

Front De Gauche, année zéro

 

Dimanche 23 Décembre 2012

 

Il se passe des drôles de choses au Front de Gauche. Le 4 décembre, sur le blog de Jean-Luc Mélenchon, apparaissait un encadré faisant l'éloge de Michaël Moglia. Ce conseiller régional socialiste du Nord-Pas de Calais avait eu le bon goût de quitter le PS en dénonçant les effets de l'austérité imposée par le gouvernement sur le budget régional. Mélenchon y voit le début d'une "réaction en chaîne", rien de moins. Le 19 décembre, on apprend que ce même Michaël Moglia constitue avec d'autres élus ex-socialistes un nouveau groupe - "la gauche maintenant", tout un programme - au Conseil régional, et que ce groupe est rejoint par les élus du PG (Laurent Matejko et Laurence Sauvage) qui quittent donc le groupe "Front De Gauche".  

 

On aimerait savoir plus sur ce qui ressemble beaucoup à une recomposition à gauche. Je vous le dis tout de suite : pas la peine de chercher un commentaire dans le blog de Mélenchon, dans celui de Martine Billard, ou sur le site du Parti de Gauche. C'est motus et bouche cousue. Comme ce fut le cas lors de la constitution des groupes au Conseil régional d'Ile de France, où l'on a connu une situation analogue. Pour ceux qui ne le sauraient pas, il y a au Conseil régional Ile De France deux groupes "Front De Gauche". Un groupe "Front de Gauche Parti communiste et gauche unitaire" et l'autre "Front de Gauche et alternatifs" sans qu'aucune explication politique n'ait été donnée à ce jour. Et maintenant, cela recommence en région Nord-Pas de Calais avec, circonstance aggravante, la constitution d'un groupe commun avec des socialistes, certes démissionnaires de leur parti, mais très bien insérés dans la "cosa nostra" nordiste. A part ça, tout le monde s'adore au Front de Gauche et personne n'oserait, quelle horreur, mettre des basses considérations de carrière devant le bien commun.  

 

Tout ça n'arrive pas par hasard. Le Front de Gauche est un bateau de cabotage, pas un navire capable de faire le tour du monde. Il a été constitué en réponse à une préoccupation - ou plutôt à plusieurs préoccupations - électorales. Celles du PCF, traumatisé par l'expérience de la candidature Buffet et ses 1,4% et des conséquences que cela pourrait avoir à l'heure de sauver quelques élus. Celles d'un Mélenchon qui voyait dans la candidature présidentielle le moyen de se constituer un capital politique personnel pour tenter son OPA sur le PCF. Le problème pour les uns et les autres est que les élections sont passées. Il n'y en aura pas d'autres avant 2014. Cela fait une longue période pendant laquelle faire de la politique ne peut se réduire à coller des affiches et faire des meetings avec les candidats. Pour la gauche radicale aujourd'hui, le problème politique immédiat est de se positionner par rapport au gouvernement et de définir une stratégie en conséquence. Et pour cette fonction, le Front de Gauche - et les organisations qui le composent - est particulièrement mal préparé.  

 

Au PCF, malgré les discours triomphalistes, les choses ne vont pas bien. La stratégie du Front de Gauche ne s'est pas traduite par un gain de positions, au contraire. Je n'insiste pas sur la perte de la moitié des conseillers régionaux ou des députés. Mais on constate aussi une perte importante d'adhérents. Lors du vote pour la "base commune" des 14 et 15 décembre 2012, la direction du PCF a publié le chiffre de soixante quatre mille deux cent cinquante électeurs potentiels (dont trente quatre mille six cent soixante deux ont voté). Ils étaient, selon les chiffres publiés par le PCF officiellement, soixante neuf mille deux cent vingt sept lors de la consultation de juin 2011 qui fit de Mélenchon le candidat unique du Front de Gauche. Soit une perte de cinq mille adhérents (huit pour cent) en dix-huit mois. Si l'on tient compte du fait que les périodes électorales et post électorales sont celles où les partis politiques recrutent le plus facilement, il faut se rendre à l'évidence : la stratégie de Front de Gauche n'a pas mis fin à l'affaiblissement du PCF. Affaibli comme jamais, avec une représentation parlementaire réduite à la potion congrue, marginalisé du débat politique, incapable même de trouver pour son premier dirigeant une circonscription "sûre" lui permettant d'acquérir la légitimité du suffrage universel, la marge de manoeuvre du PCF est très limitée. Ce n'est donc pas le moment de se fâcher avec le PS, dont on aura besoin pour sauver le peu qui peut l'être en 2014. D'où les contorsions parlementaires (on vote contre le "traité austéritaire" mais on s'abstient sur le "budget austéritaire") et les déclarations du genre "le PCF n'est pas dans l'opposition".  

 

Le contraste est saisissant entre la situation et le discours. A entendre les dirigeants du PCF tout va très bien. Le Front de Gauche est un succès. Tout se passe bien avec les alliés. Les nouveaux adhérents se précipitent pour prendre leur carte. Le PGE est l'avenir de l'homme, et on va bientôt "allumer les étoiles". Une autocritique ? Un retour sur ce qui n'a pas marché en 2012 ? Vous n'y pensez pas...  

 

Ce n'est guère mieux au Parti de Gauche. L'échec relatif de la présidentielle n'a pas permis à Mélenchon de se positionner en leader incontesté et donc de pouvoir faire une OPA sur ces alliés. Sa conduite - désastreuse - de la campagne législative l'a encore affaibli. Et il se trouve maintenant dans la situation peut enviable du général qui, après avoir tenté un assaut et avoir été repoussé, doit entamer un siège long alors que son armée a été dimensionnée pour la guerre de mouvement. Le problème de Mélenchon est celui du cycliste: s'il s'arrête, il tombe. Pour garder une présence sur la scène médiatique, il est obligé donc de tenir un discours qui mélange la surenchère permanente, l'agression, la dénonciation. Un discours qui commence à fatiguer tout le monde, y compris ses propres amis.  

 

Car le Parti de Gauche, malgré les communiqués triomphalistes et les chiffrages fantaisistes, a lui aussi un problème d'effectifs. Sans compter qu'il continue à perdre un à un ses dirigeants, et pas les moindres. On se souvient de la démission de l'économiste Christophe Ramaux, qui avait dénoncé le fonctionnement dictatorial du Parti de Gauche et l'incapacité de son Petit Timonier à écouter un autre discours que le sien. On se souvient aussi du départ de Claude Debons, pour des raisons analogues. Aujourd'hui, c'est Marc Dolez, le co-fondateur du Parti, qui part. Il n'est pas inutile de se pencher sur la manière dont ces départs ont été à chaque fois gérés. La chorégraphie est immuable : d'abord, le silence officiel, car on ne fera pas au partant l'honneur de faire comme s'il existait. Le Petit Timonier ne s'abaissera pas à un débat public avec le traître : on laissera les porte-flingue (Billard, Coquerel) s'en occuper. Il y aura même des cas où le dirigeant suprême déclarera avec tristesse que "X reste un camarade" tout en laissant ses thuriféraires se déchaîner. Et puis rien. On continuera comme d'habitude.  

 

Car c'est cela qui est le plus inquiétant chez Mélenchon et ceux qui l'entourent: ils sont incapables de tirer des leçons de leurs erreurs. Ils sont d'ailleurs tellement persuadés de l'infaillibilité de leur chef qu'il ré-interprètent les erreurs pour en faire des triomphes. Et ceux qui le critiquent ne peuvent être que des traîtres mus par les motifs les plus bas et les intentions les plus méprisables. Bien sur, avec Dolez c'est un peu plus difficile que ce ne fut avec Ramaux ou avec Debons, mais l'intention y est. Je vous recommande la lecture des textes de Martine Billard mais aussi « d’un militant du Parti de Gauche » anonyme mais qui curieusement publie sur le site du Parti de Gauche. Vous trouverez des perles d'argumentation du style :

 

« Jean-Luc Mélenchon rendrait nos propositions inaudibles ! Ce que Libération s’est empressé de résumer en «Jean-Luc Mélenchon a rendu le Parti de Gauche inaudible ». On ne l’entend pas ? Non cela ne peut être cette définition car le moins que l’on puisse dire c’est qu’on nous entend, et Jean-Luc continue d’être invité dans les médias ».  

 

Quelqu'un devrait expliquer à Martine Billard que ce n'est pas parce qu'on entend la voix de quelqu'un qu'on prête attention à ses propositions. Quant à l'anonyme, il est encore plus drôle : 

 

« Le Parti de Gauche privilégie l’écologie au détriment de la question sociale affirmes tu. L’argument classique et surtout traditionnel des adorateurs du productivisme. Là encore, ta grille de lecture date d’une époque totalement révolue. (...) Mais heureusement, sous l’impulsion d’une Martine Billard, d’une Corinne Morel Darleux, d’un Mathieu Agostini, le Parti de Gauche rentre fièrement dans la modernité de l’écosocialisme. »  

 

Il n'y a pas à dire, notre anonyme sait quelles bottes il faut lécher...  

 

Dolez n'est pas n'importe qui. C'est le cofondateur du Parti de Gauche. Son départ devrait tout au moins être accueilli sur le mode interrogatif du "qu'est ce que nous sommes devenus pour que quelqu'un comme Marc parte, et parte sans même avoir débattu ses griefs en interne". Mais non, personne ne se pose de question. Tout le monde a sa réponse, et la réponse est que Dolez se trompe. Forcément. Il ne peut avoir raison, même partiellement, même sur un point de détail. Car,on vous le répète, tout va bien et la victoire est proche...  

 

Le Front de Gauche semble incapable du moindre retour critique sur son propre parcours. Lorsqu'on se réunit, c'est pour s'émerveiller ensemble que tout aille si bien.

 

Lorsque quelqu'un exprime une critique, il est immédiatement rangé parmi les "ringards", les "passéistes" quand ce n'est pas parmi les traîtres. C'est cette fermeture qui, plus qu'autre chose, fait du Front de Gauche une organisation gauchiste.

 

Descartes

 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 16:28

 

http://www.gauchemip.org/spip.php?article20170

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/090113/les-terribles-aveux-de-jerome-cahuzac

 

Les terribles aveux de Jérôme Cahuzac

 

Mercredi 9 Janvier 2013

 

Par Philippe Marlière

 

Le ministre du budget Cahuzac a le ton impudent qui sied aux puissants persuadés que leurs actions accompagnent irrésistiblement la marche de l'Histoire. Jérôme Cahuzac me fait penser au banquier libéral Jacques Laffitte ; celui qui conduisit en triomphe le duc d'Orléans à l'Hôtel de ville après la révolution de 1830. « Maintenant le règne des banquiers va commencer » révéla-t-il tout à trac. Karl Marx remarque ironiquement que Laffitte venait de trahir le secret de cette révolution libérale (Les Luttes de classe en France, 1850).

 

Le Peter Mandelson français

 

Dans son débat télévisé qui l'opposait à Jean-Luc Mélenchon sur France 2 le 7 janvier 2013, l'ex-strauss-kahnien se félicita que son opposant ait par défaut accepté de classer le social-libéralisme à gauche. D'autres sociaux-libéraux en vue du PS se seraient bien gardés d’une telle provocation gratuite. A ce jour, la tête de l'exécutif et la direction du PS récusent le vocable de « social-libéral » pour qualifier leur action politique. Pour la plupart des dirigeants socialistes, il existe à gauche un code de conduite, des symboles et une histoire qu'il convient de ménager.

 

Jérôme Cahuzac, bien qu'idéologiquement en phase avec ses collègues, ne s’embarrasse pas de ces bonnes manières. En cela, il me rappelle Peter Mandelson, architecte et réalisateur des basses œuvres du blairisme ; celui qui un jour déclara à des journalistes : « Je n'ai rien à reprocher aux riches qui s'en mettent plein les poches », ou qui affirma encore que le New Labour n’était qu’une variante du thatchérisme. Il s'agissait d'un secret de polichinelle, mais le dire en public fut jugé de mauvais goût par les plus néolibéraux des ministres blairistes.

 

 Il faut bien prendre la mesure du ministre Cahuzac : il n'a pas été placé à un poste aussi stratégique par hasard. Ses sorties médiatiques et ses incartades ne sont pas fortuites. Si ce néo libéral auto proclamé dérangeait, on lui aurait intimé de se taire depuis longtemps. Cahuzac est de ces hommes qui travaillent avec zèle la structure et la superstructure dans le champ politico-médiatique. Lorsque le ministre aborde la réforme des impôts – souhaitée « juste » et « ambitieuse » par le candidat Hollande - il met les pieds dans le plat. « Elle est faite », assène-t-il sur un ton martial devant un Mélenchon estomaqué. Cuistre à toute épreuve, il ajoute à l'endroit de son interlocuteur : « Vous avez l'air de penser que c'est une réformette. Je ne le pense pas. »

 

 Il fallait oser et Cahuzac a osé avec un aplomb inouï. Le néo libéralisme sarkozyste avait abaissé le taux marginal de l'impôt à 52,75% à 41% ; voici que la gauche hollando-cahuzacienne le fait courageusement remonter à 45%. Le Medef est éreinté et la justice fiscale promise est établie : fermez le ban !

 

L’air confiant des demi-habiles

 

Jérôme Cahuzac affiche cet air confiant qui est la marque des demi-habiles. Mais, bien entendu, le demi-habile n'est que partiellement habile. Alors que le débat touche à sa fin, le ministre se veut plus « moderne » que jamais : « C'est notre principale divergence : la lutte des classes, vous vous y croyez toujours. Moi, je n'y ai jamais cru. » Mélenchon, choqué par l'énormité de ce qu'il vient d'entendre, lui demande de confirmer le propos. Imperturbable, Cahuzac répète : « Jamais ».

 

Je le suggérais plus en avant, c'est à ce type de déclaration outrancière et ignorante d'un point de vue historique, sociologique et économique, que l'on reconnaît les idéologues purs du blairisme. Interviewé sur la Chaîne parlementaire, le 12 février 2012, Michel Rocard, s’en prit « au pouvoir des banques ». Dans une diatribe contre le capitalisme, il plaida pour le plafonnement des rémunérations des grands patrons, la séparation des activités de dépôt et de spéculation des banques, la déconnexion avec les paradis fiscaux et la suppression des stocks options. « Vous êtes nombreux à m’avoir pris pour un socialiste de droite hein ? », plaisanta-t-il devant la caméra. « Il faut casser l’intérêt bancaire », poursuivit-il. « Ça va être la lutte des classes ! »

 

Diantre ! Même Michel Rocard reconnait l'existence de la lutte des classes ! Quant au Medef et aux patrons du CAC 40, ils la font et la pratiquent chaque jour depuis l'élection de François Hollande. Ils ont déjà remporté des victoires retentissantes sur le salariat, leur ennemi de classe. Au nom de la fumeuse et néolibérale notion de « compétitivité », des dizaines de milliards ont été accordés par le gouvernement aux entreprises.

 

Pour dompter la crise du capitalisme selon les intérêts de leur classe, les possédants ont organisé la financiarisation de l’économie qui a abouti à la crise financière. Pour juguler cette crise financière, la classe possédante a sauvé les banques en ayant recours à un apport massif d’argent public qui a provoqué la crise de la dette publique. Pour résoudre la crise de la dette publique, elle a engagé les politiques d’austérité supportées par le salariat. La lutte des classes n'a jamais été intense qu'aujourd'hui. Comme l'a reconnu Warren Buffet, « la lutte des classes existe, et c'est la mienne, celle des riches, qui la mène et qui est en train de la gagner. »

 

Les luttes de classes sont consubstantielles aux rapports sociaux. Elles ont préexisté  au capitalisme, mais ont redoublé d'intensité avec l'établissement du mode de production capitaliste. Dans ce dernier, les forces de production sont inégalement réparties entre les classes. Les rapports de production qui déterminent les rapports des classes entre elles sont inégalitaires du point de vue de la propriété, du pouvoir au sein du processus de production et du point de vue de la répartition des richesses produites. La paupérisation croissante résultant de cette exploitation alimente la lutte. Pour Marx, le sentiment d'appartenance à une classe et la prise de conscience de ce qui la sépare des autres classes sont les conditions qui permettent d'agir pour faire évoluer la société vers davantage de justice sociale.

 

Une enquête de l’IFOP pour L’Humanité publiée en janvier 2013 montre que 56% des Français (contre 35% d’un avis contraire et 9% qui ne se prononcent pas) ont le sentiment d’appartenir à une classe sociale. 64% des Français estiment que la lutte des classes existe ; 25% n’y croient pas et 11% sont sans opinion. Quel démenti cinglant pour ce ministre prétendument omniscient et réaliste !

 

Les aveux tonitruants de Jérôme Cahuzac sont effroyables. La quasi-absence de réaction à gauche ne l'est pas moins. Cette parole autorisée est bien évidemment tendancieuse au possible : nier la lutte des classes, c’est nier la conflictualité des rapports sociaux ; c’est s’accommoder des plus graves inégalités économiques. Avec Cahuzac, on sait à quoi s’en tenir.

 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 16:02

 

Sakine Cansiz, une icône du PKK tuée à Paris

 

ISTANBUL (Reuters) - Dans son treillis kaki et munie de son fusil d'assaut, Sakine Cansiz a tout de la "guérillera", sur la photo qui la montre aux côtés d'Abdullah Öcalan, chef de file du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

 

Membre des cercles révolutionnaires depuis les années 1970, elle fut l'un des éléments fondateurs du mouvement séparatiste, dont elle est rapidement devenue une véritable icône pour les femmes kurdes. En trente années de militantisme, elle était passée de la lutte armée au financement de la cause séparatiste, où elle jouait vraisemblablement un rôle de premier plan en Europe.

 

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les corps de trois femmes, dont le sien, ont été découverts au Centre d'information du Kurdistan, dans le dizième arrondissement de Paris. Elles ont été exécutées de plusieurs balles dans la tête, quelques jours après l'annonce de l'ouverture de négociations entre Ankara et Abdullah Öcalan.

 

Le PKK a émis l'hypothèse d'une opération clandestine de nationalistes turcs, tandis que le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, privilégie la piste d'un règlement de comptes interne pour expliquer la fin brutale de cette militante de la première heure.

 

Plusieurs milliers de personnes sont attendues samedi après-midi à Paris dans le cadre d'une manifestation organisée pour dénoncer ce triple assassinat.

 

"Nous avons grandi en entendant parler de Sakine Cansiz (...) Comment elle supportait la torture en crachant au visage de ses tortionnaires", se souvient Sebahat Tuncel, élue du Parti pour la paix et la démocratie (BDP), proche de la cause kurde.

 

"C'était un grand nom pour les femmes kurdes. Elle était féministe et son combat a toujours été double, contre la domination masculine et pour les droits des Kurdes", poursuit-elle.

 

"REJOINDRE LE MOUVEMENT, M'Y VOUER ENTIÈREMENT"

 

Son statut au sein du PKK, qu'Ankara, l'Union européenne et les Etats-Unis classent parmi les organisations terroristes, en faisait une figure honnie pour la plupart des Turcs qui jugent le mouvement responsable de quarante mille décès depuis qu'il a pris les armes en 1984.

 

A en croire les notes diplomatiques divulguées par WikiLeaks en 2007, les Etats-Unis considéraient Sakine Cansiz comme l'une des deux principales sources de financement de la guérilla en Europe.

 

Née dans la province turque de Tunceli en 1958, elle fréquente les milieux révolutionnaires dès les années 1970, contre l'avis de sa famille, qu'elle finira par quitter pour s'installer à Ankara. C'est dans la capitale qu'elle entrera en contact avec Abdullah Öcalan.

 

"Dans un sens, j'ai abandonné ma famille. Je n'acceptais pas cette pression concernant le militantisme révolutionnaire. C'est comme cela que je suis partie pour aller à Ankara, en secret bien sûr. L'idée que je devais rejoindre le mouvement, m'y vouer entièrement, s'est imposée", dit-elle dans un récit de la fondation du PKK publié par Firat, une agence de presse proche des séparatistes.

 

Comme tous les militants kurdes, Sakine admirait Öcalan, ancien étudiant en sciences politiques dont les convictions se sont forgées dans l'affrontement physique avec les mouvements d'extrême droite.

 

"Nous étions très attentifs à chaque mot qu'il prononçait. A chaque minute, à chaque discussion, la tâche devenait plus lourde, ce qui donnait une idée de l'ampleur de cette révolution et nous faisait comprendre qu'elle ne serait pas facile, qu'elle devait être menée patiemment et méticuleusement", poursuit-elle.

 

"L'ARMÉE DES FEMMES"

 

Un jour de novembre 1978, Abdallah Öcalan convoque une vingtaine de militants à Lice, près de Diyarbakir, dans le sud-est majoritairement kurde de la Turquie, pour fonder le PKK. Sakine Cansiz est alors du nombre. C'est aussi la seule femme présente.

 

"J'ai formé une aile féminine parce que je voulais l'émergence d'une femme forte libérée du féodalisme masculin", a expliqué Öcalan après son arrestation, en 1999, lors d'un interrogatoire consacrée à Sakine Cansiz, qu'il décrit comme une fidèle du mouvement.

 

Après avoir implanté le PKK dans la province d'Elazig, elle tombe elle aussi aux mains de la police turque en 1980 et passe dix ans derrière les barreaux à Diyarbakir, où elle aurait été torturée.

 

"Elle n'avait jamais la langue dans sa poche et ne craignait pas la confrontation, y compris avec sa propre organisation. Sakine Cansiz était une guerrière", se souvient l'avocat Eren Keskin, qui a fait sa connaissance en 1991 lorsqu'il représentait des membres du PKK.

 

"Sakine était avant tout une féministe. Elle avait un point de vue de femme, même sur la guerre", ajoute-t-il.

 

Sous le nom de code Sara, elle a joué un rôle actif dans la lutte armée au cours des années 1990. Vraisemblablement tombée en disgrâce auprès de la direction du mouvement, elle a ensuite obtenu l'asile politique en France.

 

"Sakine a été relevée de ses fonctions et se trouve en Europe. La France lui a remis un passeport. Elle garde les choses pour elle. Elle est liée au parti par la pensée et par le coeur", expliquait alors Abdullah Öcalan.

 

Au cours de la même période, la presse a annoncé à plusieurs reprises qu'elle avait été tuée sur ordre du PKK. Des élus kurdes ont encore balayé cette idée après la découverte de son corps.

 

Dans un communiqué diffusé sur son site internet, le mouvement séparatiste lui rend grâce pour avoir marqué l'"armée des femmes" de son empreinte. 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 15:50

 

http://www.france-irak-actualite.com/article-proces-21-janvier-2013-gilles-munier-sur-le-banc-des-accuses-114301207.html

 

Gilles Munier sur le banc des accusés

 

Le Rennais Gilles Munier, connu depuis la fin des années 1970 pour sa connaissance de l’Irak, puis pour son combat contre l’embargo, a été mis en examen par le juge Philippe Courroye en octobre 2005 dans l’affaire dite « Pétrole contre nourriture », pour « trafic d’influence passif » et « corruption d’agents publics étrangers », autrement dit pour « avoir violé une résolution de l’ONU ». L’enquête de la brigade financière n’a pas décelé d’enrichissement personnel. Il sera jugé à partir du 21 janvier 2013 devant le tribunal correctionnel de Paris, avec une quinzaine de personnalités dont deux ambassadeurs de France, Charles Pasqua et Christophe de Margerie, patron de la société Total. Retour rapide sur une affaire qui ne manque pas de zones d’ombre.

 

Dans les mois qui précédèrent la Première guerre du Golfe (janvier 1990), l’Irak fut placé sous embargo international, ce qui provoqua, au final, une crise humanitaire grave. En 1996, les Nations unies furent alors obligées de mettre en place un programme spécial supposé plus adapté, appelé « pétrole contre nourriture » : les Irakiens gardaient la maîtrise de leurs achats de produits autorisés à l’importation, mais leur règlement était effectué par des fonctionnaires de l’ONU sur un compte bloqué, alimenté par les ventes de pétrole irakien dont le prix était fixé par l’ONU.

 

Asphyxié financièrement, l’Etat irakien s’est d’abord tourné vers les grandes compagnies pétrolières, notamment Chevron que dirigeait Condoleeza Rice, future Secrétaire d’Etat de George Bush fils, leur demandant d’agir en coulisse pour faire lever les sanctions. Les tankers emportèrent le brut, mais les compagnies n’intervinrent pas. Suite à l’échec de cette opération, l’Irak s’adressa aux pétroliers de moindre importance. Avec l’accord de Tarek Aziz, vice premier ministre irakien, Gilles Munier obtint qu’un trader pétrolier français disposant des autorisations du Quai d’Orsay, du ministère de la défense et de l’ONU, finance, sur sa marge bénéficiaire, les amitiés franco-irakiennes dont il est secrétaire général depuis 1985. Il pu ainsi organiser des conférences internationales, des expositions, des voyages d’information en Irak, et publier, dans Le Monde et l’Herald Tribune, des placards publicitaires contre l’embargo. « Toutes mes activités étaient connues du bureau de mon association et des services français à Paris, Quai d’Orsay, Bercy, Défense, DST, DGSE, parce que rien n’était secret ».

 

Trois jours de garde à vue

 

Il a fallu que le juge Courroye soit de retour des Etats-Unis, à l’approche de l’élection présidentielle où son ami Nicolas Sarkozy se présentait, pour que plusieurs membres du supposé lobby gaulliste pro-irakien soient interrogés, mis en examen, puis libérés contre le versement d’une caution. Pour Gilles Munier, gardé à vue trois jours, son montant était de quatre vingt mille euros, rabaissée à cinquante mille euros par Jacques Vergès, son avocat, avec en prime une interdiction de sortir de France métropolitaine. « Courroye m’a pourri la vie pendant huit ans, m’a empêché de mener à bien des projets de reconversion. J’ai même reçu des menaces de mort », dit-il.

 

Au-delà de son cas, Gilles Munier espère que le procès qui va s’ouvrir permettra d’évoquer le « génocide » dont le peuple irakien a été victime car sans ces centaines de milliers de morts, dont un million cinq cent mille enfants selon l’ONU, il n’y aurait pas eu d’affaire "pétrole contre nourriture". Il voudrait aussi savoir pourquoi la « justice internationale » n’est appliquée qu’en France, pourquoi les trafiquants alimentant le marché noir en pétrole irakien n’ont jamais été inquiétés, et pourquoi les enquêteurs des Nations unies qui suivaient une piste impliquant l’armée américaine, ayant trouvé porte close au Pentagone, n’ont pas crié au scandale et ameuté les médias. Tout cela, « peut-être parce qu’il fallait punir la France de son vote anti-guerre à l’ONU en février 2003, trouver des victimes expiatoires, faire élire un président pro-américain. Ainsi va le monde », conclu-t-il un brin fataliste.

 

Le procès devrait durer trois semaines.

 

 

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 16:24

 

Vous trouverez ci-dessous les deux derniers paragraphes d’un très long message de Jean Pierre Chevènement relatif à la révolution arabe.

Le message est disponible en totalité si vous consultez le blog personnel de Jean Pierre Chevènement.

Bernard Fischer

http://www.chevenement.fr/Les-changements-politiques-dans-le-monde-arabe_a1451.html

LES CHANGEMENTS POLITIQUES DANS LE MONDE ARABE

Intervention de Jean Pierre Chevènement devant l’académie des sciences morales et politiques

Lundi 3 Décembre 2012

Quelle grille d’interprétation faut-il retenir de « l’islamisme politique » ?

Le monde arabe est notre voisin. Il constitue une caisse de résonnance linguistique, culturelle, historique sans équivalent. Il est, qu’on le veuille ou non, le cœur du monde musulman de l’avenir duquel aucune grande puissance ne peut se désintéresser : Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Europe. Il y a une unité du monde arabe et en même temps le monde arabe est divers. L’Islam, au vingt et unième siècle, est au cœur du monde. Nul ne peut se désintéresser de son avenir. Et en son centre, répétons-le, il y a le monde arabe.

Selon une thèse que j’emprunte en partie à Pierre Brochand, l’Islam serait de fait la principale force de résistance à la globalisation libérale que portent l’essor des nouvelles technologies de la communication, la libération des flux de capitaux, de marchandises et de services, sans parler des flux migratoires et enfin la dynamique de l’hyper individualisme libéral. C’est surtout, selon moi, à ce dernier trait que l’Islam s’oppose le plus fortement (il ne s’oppose pas à la libération des capitaux) ni plus généralement au libéralisme économique. La dynamique hyper individualiste à quoi a abouti la civilisation occidentale n’est plus contrôlée.

L’information circule à la vitesse de la lumière. Il y a un milliard cinq cent millions d’utilisateurs d’internet dans le monde et trois milliards cinq cent millions de portables. Cette révolution de l’information nourrit le consumérisme et l’hédonisme. La globalisation dévalorise tout ce qui est vertical (institutions et Etats) et donne l’illusion d’un monde enfin décloisonné, où l’individu est roi. Mais elle favorise aussi l’apparition de réseaux transnationaux (drogue, pornographie, criminalité, terrorisme) à la faveur des frustrations et des déséquilibres qu’elle entraine. Dans ce monde interconnecté, nous sommes tous des « voisins obligés ». Cette globalisation d’origine occidentale, et particulièrement celle de l’information, se heurtent à la réalité du monde non occidental, chacun, en son sein, réagissant avec ses propres moyens pour mettre à profit ses atouts spécifiques (délocalisations industrielles, rente pétrolière, trafic de drogue, piraterie et immigration clandestine) au risque de l’« anomie » (j’appelle ainsi l’absence de toute règle ouvrant la voie à un monde de plus en plus chaotique.

Samuel Huntington a inventé, en 1994, l’expression de « choc des civilisations » : il visait principalement l’Islam qui oppose à l’hyper individualisme libéral une réaction non étatique de même nature, qu’on peut qualifier d’« identitaire ».

Ses valeurs : primauté du groupe et de la famille patriarcale, hétéronomie absolue, confusion du public et du privé, du politique et du religieux et interdits sexuels l’opposent trait pour trait à l’hyper individualisme porté par la globalisation libérale. L’Islam apparaît de fait, dans le monde d’aujourd’hui, comme le porteur par excellence de la tradition. Il n’en est certainement pas le seul vecteur, mais il est à coup sûr le plus dynamique. Il me paraît nécessaire cependant de bien distinguer entre l’Islam qui est d’abord une religion, même si elle tend à régenter l’espace social tout entier (mais quelle religion n’en a-t-elle pas eu la tentation ?), et par ailleurs l’islamisme qui est une idéologie politique et qui tend à la conquête du pouvoir politique. Il est de fait qu’après l’effondrement du communisme, l’islamisme, dans certaines de ses variantes (iranienne notamment), peut aussi vouloir récupérer une fonction contestatrice (anti impérialisme et alter mondialisme). Il est important de ne pas figer l’Islam dans une sorte d’essentialisme. L’Islam n’est pas un bloc. En son sein, coexistent des courants très divers.

Plusieurs sensibilités s’y expriment, des courants modernistes (c’était largement le cas du nationalisme arabe) mais aussi des réactions d’auto défense par rapport à l’hyper individualisme libéral confondu avec l’Occident qu’on peut distinguer selon le niveau de dissidence qu’elles expriment, les réactions de rejet (djihadisme), les réactions de refus (islamisme politique) et les réactions de repli (islamisation des mœurs).

Le djihadisme préconise le retour à la lettre du coran et au califat originel, par la guerre à la fois contre l’occident et contre ses suppôts locaux (les régimes « mécréants »). L’événement fondateur est, pour les djihadistes, l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Mais le développement ultérieur du djihadisme renvoie à de graves crises d’identité, que ce soit en pays musulman ou dans les pays d’émigration, souvent, par défaut d’appartenance véritable des individus concernés. Les groupes djihadistes s’appuient sur un terreau beaucoup plus « porteur » que les groupuscules gauchistes des années 1970. C’est un terreau qu’il faut assécher si on veut pouvoir les réduire. Ils ne représentent d’ailleurs qu’une très petite minorité, chez des hommes jeunes, en pleine crise d’identité, mais la masse des musulmans, fondamentalement modérés, les rejette.

L’autodéfense musulmane peut prendre en pays d’Islam la forme du refus. C’est l’islamisme politique qui recherche non la confrontation globale avec l’Occident mais la prise de pouvoir dans un pays donné par la voie des élections, avec l’objectif d’y imposer la « charia ». L’islamisme politique est pragmatique. Il ne remet pas en cause le marché. Il est ouvert aux compromis. La question qui se pose est de savoir s’il peut accepter le pluralisme, l’alternance, une totale liberté de conscience, d’opinion, bref de démocratie et qu’on puisse ainsi parler de « démocratie musulmane » comme il y a eu, après 1945, en Europe, une « démocratie chrétienne », notamment en Italie et en Allemagne. Peut-il constituer un « détour » vers la démocratie ? Henry Laurens semble le penser : « Le pouvoir pourrait bien se révéler être un cadeau empoisonné pour les islamistes. Ne l’oubliez pas, l’exercice du pouvoir n’a pas encore commencé. Même en Tunisie, pour le moment, on est encore à l’étape de la Constituante. Nous venons d’entrer dans une nouvelle phase qui ne sera sûrement pas la dernière. Le moment arrive de la confrontation avec la réalité. Il va falloir se colleter avec les épines de la gestion quotidienne, maintenir l’ordre, assurer qu’il y ait des places dans les écoles, donner du travail aux jeunes. A tout cela, l’islam ne peut rien ».

Henry Laurens ajoute : « Il y aura des abcès de fixation, des crises dues aux tentatives de tester les nouveaux pouvoirs, comme cela se voit maintenant en Tunisie dans certaines universités à propos du port du niqab. Mais les courants majoritaires n’iront pas jusqu’à sacrifier l’économie. Les doctrines islamiques sont en général des doctrines solidaristes. Elles s’accommodent d’une médiocrité globale, mais où chacun a les moyens de vivre. … Rien n’empêche de penser que les islamistes d’ici à quelques années se seront délégitimés face à la pression des problèmes sociaux. Ils ont pu faire leur campagne électorale sur des thèmes identitaires, mais ils sont rattrapés maintenant par le problème beaucoup plus redoutable de l’emploi. Ils ne sont pas pour bouleverser les choses ou créer un monde nouveau. Nous ne sommes pas en 1789 ou en 1917. L’objectif de la « révolution » est de faire coïncider le pouvoir avec la société. Or, les sociétés musulmanes sont conservatrices. Elles ne remettent pas en question les circuits de l’économie. Les révolutions arabes se sont faites dans un espace conservateur et au nom du principe du réel. ».

Cette vision du grand orientaliste s’avèrera sans doute juste dans la longue durée mais les hommes politiques agissent à court et moyen termes. L’islamisme politique comporte des dérives potentielles qu’il serait imprudent de ne pas envisager : complaisance à l’égard du salafisme et par ce biais du djihadisme, perturbations géopolitiques majeures, irréversibilité des processus engagés, degré d’emprise sur la société, s’agissant notamment du statut de la femme, et cela d’autant plus que les courants modernistes sont divisés et ne fournissent pas d’alternative politique.

Il est une troisième forme de réaction des sociétés musulmanes à l’hyper individualisme libéral porté par l’Occident : c’est le repli, l’islamisation des mœurs, quelquefois encouragée par des gouvernements non-islamistes, mais dont il n’est pas aventuré de prédire qu’elle nourrira à terme l’islamisme politique et qui sera pénible voire insupportable aux Arabes qui n’ont pas la soumission au Coran comme dogme exclusif.

Il existe ainsi un savant dégradé de réactions défensives des sociétés musulmanes à la déferlante de l’hyper individualisme libéral. Mais il y a aussi des synthèses modernistes en gestation. La tentation est toujours grande de s’incliner devant le fait accompli. On l’a vu en d’autres temps. Pour ma part, je ne crois pas qu’il faille « jeter le bébé avec l’eau du bain ». L’idée républicaine est aussi, pour le monde arabe, « une idée toujours neuve ». C’est ce que nous dit par exemple Georges Corm du Liban et du Moyen-Orient, mais qu’on perçoit très bien aussi dans la société algérienne.

Quelle politique française vis-à-vis du monde arabe aujourd’hui ?

La France doit, selon moi, rester fidèle à une politique de principes : respect de l’autodétermination des peuples dans le cadre de la Charte des Nations-Unies, refus de l’« ingérence », dialogue des cultures et des nations. Naturellement, la République française repose sur des valeurs, mais ces valeurs ne s’exportent pas à la pointe des baïonnettes ou par missiles guidés avec précision. La démocratie, en particulier, n’est pas, comme l’a bien vu Jacques Berque, un article d’exportation. Elle doit prendre appui, pour se développer, soit sur la transformation de concepts ou d’institutions traditionnels pour relever les défis du présent, soit sur l’emprunt à l’étranger de concepts et d’outils que les sociétés veulent s’approprier par nécessité de survie, comme ce fut le cas au Japon, à l’ère Meiji. C’est dans leurs propres motivations que les peuples arabes doivent ainsi trouver le ressort qui les fera acteurs et maîtres de leur destin. Jacques Berque récuse l’idée d’une guerre des civilisations. Il préconise le dialogue et je ne crois pas trahir son esprit en disant qu’il manifesterait une certaine empathie pour les révolutions arabes tout en tenant bon sur ce que nous appelons « les valeurs des Lumières ». Le Prophète lui-même, dans la traduction du Coran qu’a donnée Jacques Berque, fait quarante-quatre fois appel à la « raison naturelle » et exhorte ses disciples à « rechercher le Savoir jusqu’en Chine », alors l’extrémité du monde connu. La notion anglo-saxonne du « soft power » mérite d’être revisitée : de quelles valeurs voulons-nous réellement donner l’exemple ? L’hyper individualisme libéral ? N’oublions pas que la Révolution française a mis le citoyen au-dessus de l’individu. Est-ce que les programmateurs de nos chaines télévisées se rappellent toujours que leurs émissions sont très regardées dans le monde arabe et particulièrement au Maghreb ?

Il me semble qu’une République française fidèle à ses valeurs d’égalité (ce qui manque le plus), de fraternité, de liberté d’esprit et qui ne ferait pas de la laïcité une arme contre les religions (ce qu’elle n’est pas et ne doit pas être), servirait utilement le dialogue avec le monde musulman.

La République ne se confond pas avec l’hyper individualisme et encore moins avec l’anarchie. La République est d’abord celle des citoyens. Elle implique des règles. Il y a un siècle et demi que Lacordaire énonçait déjà qu’« entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».

L’islamisme politique est à coup sûr un courant important dans le monde musulman d’aujourd’hui. Il comporte des versions traditionnelles (wahhabite, déobandie) ou plus modernes (les Frères musulmans). Nous n’avons aucune assurance sur sa réversibilité, tant qu’il n’a pas démontré son respect de la volonté populaire et des libertés publiques. Nous ne savons pas non plus le degré d’emprise qu’il exercera sur les sociétés qu’il parviendrait à dominer politiquement (s’agissant notamment du statut de la femme).

Pour autant, la France doit rester fidèle, selon moi, au principe de non-ingérence, sans pour autant cesser d’affirmer les valeurs républicaines qui sont, si je puis dire, dans son génome.

Nous devons reconnaitre les gouvernements issus des urnes, qu’ils nous plaisent ou non, et donc continuer à reconnaitre des Etats et non des régimes.

Mais on peut aller plus loin, par des alliances stratégiques, avec les pays qui nous sont les plus proches. C’est évidemment le cas de l’Algérie et du Maroc. Si la France veut avoir une politique arabe, et plus généralement vers le Sud, l’Algérie est la clé du Sud, comme l’avait remarqué le général de Gaulle (de même que la réconciliation franco-allemande fut le point de départ d’une politique européenne). Il y a, des deux côtés, des adversaires à cette réconciliation. Celle-ci peut seule ouvrir la voie d’un avenir commun car au plan économique, politique, humain, les convergences sont innombrables. A condition d’avoir une politique !

Quelle politique arabe pour la France ? Il faut instaurer la cohérence : on ne peut pas à la fois hystériser l’islam en France et proposer « l’union pour la Méditerranée », comme la tentation s’en est manifestée.

On ne peut pas soutenir l’islamisme politique dans le monde arabe en fermant les yeux sur ses dérives djihadistes et combattre ce même djihadisme en Asie (Afghanistan) ou en Afrique (Mali). On ne doit pas faire non plus comme si l’islamisme politique était le seul régime qui convenait chez eux aux peuples arabes et prôner en même temps l’intégration en France de nos compatriotes de tradition musulmane. Nous éprouvons certes quelques difficultés de transmission des valeurs républicaines. Mais ce n’est pas le problème de l’Islam. C’est le problème de la France !

La France doit rester fidèle à son héritage républicain, et ne pas se rallier à la vulgate de l’hyper individualisme libéral. Les valeurs républicaines sont souvent des valeurs héritées mais laïcisées. La France doit défendre les droits de l’Homme, certes, mais sans oublier ceux du Citoyen. Les seconds garantissent les premiers.

C’est ainsi, à bien y réfléchir, que la France rendra service à l’Occident lui-même. Elle rendra service aussi au monde musulman, en l’aidant à trouver le juste équilibre entre ce que Jacques Berque appelait « modernité » et « authenticité ».

Jean Pierre Chevènement

 

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