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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 17:53

http://www.alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-les-debats-au-sein-de-podemos.html

http://www.ctxt.es/es/20160921/Firmas/8555

Les débats au sein de Podemos

Par Raul Camargo, porte-parole d'Anticapitalistas et député de Podemos au parlement de la communauté autonome de Madrid

Mercredi 21 Septembre 2016

La convocation de son assemblée citoyenne marque l’ouverture des débats au sein de Podemos de la communauté autonome de Madrid.

Cette assemblée aura pour but de résoudre des questions quant à l’avenir de notre espace dans la région mais, il n’y a aucune raison de nous bercer d’illusions, il s’agit aussi d’un débat sur les différentes propositions en présence sur Podemos en tant que projet politique. Bien que la presse et certains veulent vendre cela comme relevant de disputes de famille, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un débat entre courants politiques, chacun avec ses perspectives et ses propositions différentes. Je tenterai d’expliquer cette idée.

L’idée de famille réduit les regroupements à des questions simplement bureaucratiques, sans différences politiques perceptibles. C’est une chose qu'Antonio Gramsci explique très bien en se référant à la séparation entre l'église orthodoxe et l'église catholique, le schisme de 1054, ils cherchent des différences politiques pour justifier leurs différences d’intérêts. Je ne nierai pas qu’une chose semblable existe au sein de Podemos, résultat du modèle néfaste adopté au mois d'octobre 2014 à Vistalegre, qui donnait plus de poids à la loyauté envers la direction qu’à la discussion politique et qui nie, de droit, une pluralité consubstantielle à un projet qui regroupe des milliers de personnes et des millions d’électeurs. Cette structure a produit une culture politique où, pour être quelqu’un au sein de Podemos, il convient de se construire une image de notable accumulant les responsabilités, sortant dans les médias et présent lors de différents événements, Alors que, malheureusement, le travail quotidien de base, anonyme et volontaire a été systématiquement sous-estimé, souvent dans une atmosphère difficile où la compétition a pris le dessus sur la coopération. Malgré et non grâce à cela, Podemos dispose aujourd’hui de cinq millions d’électeurs et reste la référence pour des dizaines de milliers de personnes. Ce qui, outre des succès et vertus indéniables d’une politique qui, sur le plan électoral, s’est révélée gagnante, montre qu’il existe toujours une vaste base sociale qui souhaite un changement politique et la fin des politiques d’austérité.

Néanmoins, cette assemblée de Podemos de la communauté de Madrid peut être une opportunité pour lancer un débat politique sérieux consistant à mettre sur la table différentes perspectives et tenir une discussion honnête et clarificatrice à laquelle les gens puissent participer et y prendre des décisions. Pour cela, nous devons définir la phase politique et sociale dans laquelle nous entrons, sans nostalgie du passé, assumant qu’une situation nouvelle ne peut être abordée par un retour à ce qui existait avant, évitant de tomber dans le transformisme interne, c’est-à-dire ce truc qui consiste à prendre en compte certaines critiques et erreurs sans endosser la nécessité d’une régénération radicale ainsi qu’une réorientation stratégique.

Des dizaines de milliers de personnes sont passées par Podemos et ses cercles, la majorité desquels, malgré le fait d’avoir voté Podemos, ne sont pas restés pour y participer régulièrement. Podemos a été à même de fonder une politique de l’exceptionnel, mobilisant des millions de personnes ponctuellement, mais incapable de proposer une politique du quotidien, susceptible de créer une communauté, des solidarités et des réseaux de soutien mutuel. Il est évident que Podemos ne pourra le faire seul. Nous devons être humbles et commencer par dire la vérité aux gens qui n’ont pas poursuivi leur participation au projet ainsi qu’à ceux qui ne sont pas dans Podemos et qui construisent des luttes et des mouvements à partir d’en bas, chaque jour, dans leurs quartiers et sur leurs lieux de travail, dans les centres et les mouvements sociaux.

Retrouver cette confiance sera une tâche ardue et de longue haleine, où nous devrons apprendre à voir comme des égaux les membres de ce tissu complexe et dense, évitant les attitudes arrogantes et favorisant d’autres propres à un espace qui aspire à retisser une relation entre la politique et les classes subalternes. C’est là une question stratégie fondamentale que la machine de guerre électorale, option organisationnelle retenue par le noyau dirigeant autour de Pablo Iglesias et d'Inigo Errejon, noyau aujourd’hui en crise, n'a pas voulu aborder en débat public, pour gagner et pour conquérir des positions, il faut bâtir des contres pouvoirs forts, fondés sur une auto-organisation stable capable de défendre les droits sociaux, démocratiques et du travail, ainsi que sur la société civile, face à un état au service des puissants.

A mon avis, les représentants élus et les ressources de Podemos doivent contribuer activement à cette tâche. Construire un mouvement populaire ne signifie pas tisser un réseau de soutien pour les campagnes électorales ou des groupes de parlementaires, mais bien plutôt tester des pratiques et des espaces de lutte et d’organisation à même de se diriger vers la construction d’une institutionnalité alternative à celle du régime de 1978. A la différence des stratégies populistes, le représentant le plus en vue de cette option est Inigo Errejon, lecteur, parmi d’autres, de feu Ernesto Laclau, ou dites néo-eurocommunistes, prêtées à Pablo Iglesias, je suis convaincu que nous ne devons pas voir le mouvement populaire comme un accessoire de la politique représentative, mais comme un facteur stratégique fondamental pour la transformation profonde de la société. Je pense que cette vision du rôle des mouvements sociaux différencie Reinicia Podemos, trois options principales sont présentes au débat de l’assemblée de Madrid, cette dernière est celle de l’auteur de ce texte, des autres projets mis en avant jusqu’à maintenant, en dépit du fait que nous parlions tous de mouvement populaire.

Nous entrons dans un cycle long où nous devons poursuivre la construction d’une majorité sociale capable de se transformer en alternative de société crédible. Une question se pose, où se trouve cette majorité sociale et comment l’articuler ? Ces discussions devraient figurer au centre du débat sur le Podemos à venir. Face à la politique hégémonisée par les fils des classes moyennes et leurs problèmes existentiels, qui, bien entendu, doivent disposer d’un espace au sein du bloc historique des classes populaires, nous proposons une politique de classe qui inclut tout ce précariat urbain diffus, fortement féminisé, qui souffre d’une d’un taux de précarité élevé et d’un turn-over dans l’emploi.

Cette classe laborieuse qui est passée de sujet à la conquête de l'histoire à celui d’être comme telle rendue invisible et qui, soyons attentifs, forme une partie de la base sociale de phénomènes populistes d’extrême droite, comme on le voit en Grande-Bretagne, en France ou aux Etats-Unis. Notre devoir est de commencer à placer au centre des mesures fortes pour répondre à cette dictature prétendument naturelle propre du travail et aux conséquences qu’il y a d’en avoir ou de ne pas en avoir un emploi.

En ce sens, l’option sur laquelle mise Reinicia Podemos possède différents pieds et appuis fortement articulés entre eux. Territorialiser la politique signifie s’impliquer dans la création de communautés, tisser des mouvements dans tous les espaces de la vie sociale et œuvrer avec d’autres acteurs pour créer des institutions de classe autonomes. Le municipalisme, le mouvement du 15 mai 2011, les mareas en défense du secteur public, les luttes de travailleuses et des travailleurs et l’écologisme sont des sources d’inspiration et d’apprentissage indispensables. Le féminisme doit être un axe fondamental de notre projet, il doit imprégner et être transversal à toute notre théorie et pratique, sur la forme comme sur le fond.

Le point fondamental serait de commencer par changer les logiques de compétition extrême par d’autres, fondées sur la coopération. Nous sommes, malheureusement, encore loin de cela. D’un autre côté, il convient de lancer une solide rénovation démocratique et anti-bureaucratique au sein de Podemos, qui commence par limiter le nombre de charges publiques dans les organes, qui interdise la tenue de deux mandats internes, c’est-à-dire que personne ne puisse être dans deux conseils citoyens, qui répartisse les pouvoirs des secrétaires généraux pour se diriger vers une disparition de cette figure anachronique et qui oblige les différents secteurs à compter sur des gens qui ne soient pas libérés ni responsables publics. En définitive, faire de Podemos Madrid un reflet de la société, des gens qui, par leur travail, permettent à la société de fonctionner. Car, malheureusement, il est actuellement très difficile d’imaginer qu’une nettoyeuse d’hôtel puisse diriger Podemos. Dépasser toute cette culture de nouvelle élite est l’un des défis fondamentaux des débats en cours. La dernier pied consiste à prendre au sérieux notre proposition de gouvernement, au contraire des louvoiements des derniers mois, et miser sur un programme qui reprenne les propositions figurant dans le programme du mois de mai 2014 pour les élections européennes, la rente de base, la socialisation du système financier, l’audit de la dette, des mesures d’urgence sociale contre les expulsions de logement et des mesures qui garantissent des droits fondamentaux tels que les soins, l’accès à l’électricité et à l’eau.

Tout cela sans devoir renoncer à ce qui a été conquis et sans nous installer dans des définitions obsolètes et en crise comme celle de la sociale démocratie utilisée par Pablo Iglesias lors des dernières élections législatives. De fait, la volonté collective que nous bâtissons devrait résider en une synthèse entre les leçons de l’histoire et l’innovation permanente, ainsi que sur l’ouverture devant toute nouvelle forme visant à organiser le conflit. En ce sens, il convient de récupérer le discours d’une critique forte contre le bipartisme entre le Parti Populaire et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et de nous présenter comme force politique différente et opposée autant au Parti Populaire qu’au PSOE. Cela constitue, pour moi, un aspect fondamental. L’assimilation au social-libéralisme de Pedro Sánchez, le dirigeant du PSOE, nous fera toujours perdre.

Ce ne seront pas des temps faciles. Gagner n’a pas été aussi rapide et aussi simple que nous le pensions et le moment de débattre avec calme est venu, sans transposer au sein de Podemos les routines des campagnes électorales. C’est le moment pour que les gens participent et décident et pour que chacun puisse exposer avec clarté ses idées. De façon à ce que nous sortions de ces processus prêts pour l’époque qui vient, réarmés et préparés à faire face à ce qui arrivera.

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 17:19

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/09/24/jeremy-corbyn-renforce-son-emprise-sur-le-labour-et-tourne-la-page-du-blairisme_5002938_3214.html

Jeremy Corbyn renforce son emprise sur le parti travailliste britannique et tourne la page du blairisme

Réélu à une large majorité, le dirigeant du parti travailliste britannique inflige une défaite cinglante aux députés du parti travailliste qui voulaient se débarrasser de lui.

Par Philippe Bernard, envoyé spécial du Monde à Liverpool

Les députés travaillistes britanniques qui tentent depuis trois mois de se débarrasser de Jeremy Corbyn, le très à gauche leader du parti qu’ils jugent inéligible, ont essuyé une défaite cinglante.

Selon les résultats du vote, annoncés Samedi 24 Septembre 2016, Jeremy Corbyn, soixante sept ans, l’a emporté avec soixante deux pour cent des suffrages face à son adversaire, Owen Smith, quarante six ans. Les adhérents du parti travailliste ont ainsi confirmé et même amplifié le choix qu’ils avaient fait en 2015, à la grande surprise de l’establishment du parti et des médias.

Rejeté par quatre vingt pour cent des parlementaires, armature traditionnelle du parti travailliste, le député d’Islington a renforcé sa légitimité et son emprise sur le parti. Au mois de septembre 2015, il avait recueilli soixante pour cent des suffrages, soit deux points de moins qu’aujourd’hui.

Grâce à un impressionnant afflux d’adhérents attirés par sa rhétorique contre l'austérité et radicalement antiblairiste, le corps électoral a doublé en un an pour atteindre six cent cinquante quatre mille personnes et la participation a augmenté, pour s’établir à soixante dix huit pour cent.

Dans son discours de remerciement, particulièrement lapidaire et terne, Jeremy Corbyn s’est targué d’être à la tête du « plus grand parti politique du monde occidental ». Il bénéficie d’un vote majoritaire non seulement chez les syndicalistes, soixante dix pour cent, et les nouveaux adhérents, soixante pour cent, mais aussi chez les anciens membres du parti, cinquante neuf pour cent.

Appelant à la réconciliation d’un parti travailliste en pleine guerre interne, Jeremy Corbyn a exhorté les militants à concentrer toutes leur énergie contre le gouvernement conservateur de Theresa May et à « faire table rase du passé ».

L’expression traduisait sa volonté de vider la profonde querelle provoquée dans le parti par sa propre ascension. Mais elle peut s’entendre aussi plus largement, avec le triomphe de Jeremy Corbyn, la page du blairisme, version centriste de la sociale démocratie, largement déconsidérée par l’intervention militaire en Irak en 2003, semble désormais radicalement tournée dans la gauche britannique.

Le scrutin, dont le résultat a été proclamé en lever de rideau du congrès du parti travailliste à Liverpool, avait été suscité par le vote de défiance contre Jeremy Corbyn de cent soixante douze des deux cent trente députés du parti travailliste à la fin du mois de juin 2016 et par la démission de la plupart des membres de son cabinet fantôme chargé de contrer le gouvernement conservateur britannique. Tous étaient furieux de sa quasi-absence lors de la campagne pour rester dans l’Union Européenne lors du référendum sur le Brexit.

Mais, aveugles sur le véritable engouement que suscite Jeremy Corbyn chez les anciens militants de gauche comme chez les très jeunes, ils ont lancé maladroitement leur offensive, sans véritable alternative en termes de personne comme d’idées. L’effet boomerang est spectaculaire, au lieu de déboulonner Jeremy Corbyn, ils l’ont renforcé.

Appelant à passer l’éponge sur les divisions du parti, encore exacerbées par la campagne électorale interne, le chef, conforté et visiblement ravi, a assuré que ses opposants et lui appartenaient « à la même famille du parti travailliste » et appelé les députés à « respecter le choix démocratique qui a été fait ».

Mais rien ne dit pour l’heure que ses appels suffiront à ramener au bercail des députés qui jugent que son radicalisme va leur faire perdre les élections et dénoncent les purges entreprises localement par les partisans de Jeremy Corbyn pour retirer l’investiture aux opposants.

L’éventualité d’élections anticipées, avant la date prévue de 2020, et les sondages de popularité catastrophiques pour Jeremy Corbyn, exacerbent les tensions.

Il est improbable que « le rameau d’olivier », dont Jeremy Corbyn se dit porteur, résiste à sa volonté de poursuivre son projet central, transformer en mouvement de masse un parti chargé depuis sa création, en 1906, de représenter au parlement les travailleurs et dont les élus locaux constituent le cœur.

« Nous ne pouvons nous permettre une autre année comme celle que nous venons de vivre », a estimé Andy Burnham, ministre de l’intérieur du cabinet fantôme en faisant allusion à la guerre interne qui absorbe toute l’énergie du parti travailliste au point de le rendre inaudible.

Condamnant l’attitude méprisante des députés à l’égard de Jeremy Corbyn, il appelle en même temps Momentum, le courant très militant qui soutient le leader travailliste, à cesser ses manœuvres visant à purger les élus récalcitrants.

Concessions peu probables

Reconnaissance de la légitimité du chef contre garanties données aux députés, tels pourraient être les termes d’un armistice entre les élus et Jeremy Corbyn. Mais pour pouvoir réintégrer le cabinet fantôme la tête haute, les démissionnaires, qui sont les principales figures du parti, exigent d’être non plus nommés par le chef du parti travailliste mais élus par l’ensemble des députés.

Jeremy Corbyn n’est visiblement pas pressé de mettre en œuvre une telle réforme qui l’affaiblirait. Il est peu probable que son score triomphal et l’emprise renforcée qu’il lui donne l’incitent à une telle concession.

Une réunion de l’instance dirigeante du parti travailliste, Samedi 24 Septembre 2016, devait en débattre.

Mais la recherche d’un modus vivendi va occuper l’essentiel du congrès de Liverpool, qui dure jusqu’au Mercredi 28 Septembre 2016. Avec, comme perspective la plus probable, la poursuite d’une guerre larvée qui affaiblit le parti et ravit au plus haut point les conservateurs de Theresa May au pouvoir.

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 16:52

http://insurge.fr/16WEB/16COMMUNIQUE/16_09_24_accord_Kerry_Lavrov_syrie_soutien_Hollande.html

Pour le soutien au peuple syrien, contre tous les accords contre-révolutionnaires

Samedi 24 Septembre 2016

François Hollande s'exprimait Mardi 20 Septembre 2016 devant l'assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies (ONU). La veille, un convoi humanitaire d'une trentaine de camions, organisé par l'ONU et le Croissant Rouge Arabe Syrien (CRAS), avait été bombardé, faisant une vingtaine de morts. Des preuves montraient déjà que les avions russes étaient impliqués. Ces bombardements intervenaient après une semaine de cessation des hostilités en Syrie, conclue entre Washington et Moscou. Les jours suivants, Alep était pilonnée, avec plus de quatre vingt dix civils tués dans la seule journée du Vendredi 23 Septembre 2016.

Un discours pudique ?

Mardi 20 Septembre 2016, dans son dernier discours au siège de l'ONU, François Hollande ne mentionna qu'une fois le régime de Bachar al Assad, pour le tenir responsable de l'échec du cessez-le-feu. Certes François Hollande parla d'Alep, « une ville aujourd'hui martyr », des enfants écrasés sous les bombes et des populations affamées. Mais des responsables de ces crimes, il ne parla point.

L'an passé pourtant, François Hollande au siège de l'ONU expliquait que le conflit syrien a « fait deux cent cinquante mille morts et dont Bachar al Assad est le principal responsable, même si maintenant et depuis plusieurs mois le groupe Etat Islamique commet des atrocités sans nom ».

Mais un an plus tard, dans son discours, on ne sait plus qui commet les crimes. Bachar al Assad ni son régime ne sont désignés. Quant à Vladimir Poutine, François Hollande le nomme indirectement, « je dis que les soutiens étrangers de Bachar al Assad, que chacun connaît ici, doivent forcer la paix, sinon ils porteront avec le régime la responsabilité de la partition et du chaos en Syrie ».

Ce n'est pas la pudeur qui empêche François Hollande de citer les criminels et leurs crimes, mais son orientation politique.

Une orientation générale

Au mois d'août 2015, François Hollande officialisait le changement de politique vis à vis de Bachar al Assad. Celui-ci ne devait plus partir, immédiatement, mais être « neutralisé ». Au mois de septembre 2015, l'armée française débutait son intervention en Syrie.

Suite aux attentats du Vendredi 13 Novembre 2015, François Hollande prôna la nécessité d'une coalition unique incluant la Russie. Mais, face aux réticences rencontrées, américaines notamment, il annonça une simple coordination, avec Moscou, de frappes contre l'Etat Islamique. Moscou qui, déjà, bombardait en priorité les civils et les positions de l'Armée Syrienne Libre (ASL).

Le gouvernement français soutint ensuite la coopération qui se renforçait entre Moscou et Washington. Par exemple le 9 mai 2016, la déclaration commune de John Kerry et de Sergueï Lavrov fut considérée comme positive et devait être mise en œuvre le plus rapidement possible.

Le 10 septembre 2016, Jean Marc Ayrault expliquait qu'il était crucial que l'accord conclu la veille entre Washington et Moscou « soit pleinement mis en œuvre et respecté ».

Le soutien à une telle coopération avec des responsables d'assassinats de masse amène les gouvernements à ne plus les critiquer, voire à déformer les faits.

Ainsi pour le gouvernement français, il ne faut surtout pas mentionner les bombardements russes qui visent les civils. François Hollande demandait à Vladimir Poutine, Mardi 20 Septembre 2016, de « forcer la paix ». Mais Vladimir Poutine a-t-il besoin de se forcer pour interdire à ses avions de bombarder les civils ? Lors de son discours annuel aux ambassadeurs, à la fin du mois d'août 2016, François Hollande sous-entendait de même que seul Bachar al Assad bombarde les civils. Il disait que « depuis près d'un an, la Russie apporte son concours au régime de Bachar al Assad, qui utilise ce soutien pour bombarder des rebelles mais aussi des populations civiles, ce qui fait le jeu des extrémistes de tout bord ».

Un accord contre la révolution

L'accord conclu le 9 septembre 2016 entre Moscou et Washington devait permettre la mise en place de frappes communes par les deux pays, contre l'Etat Islamique et le Fatah al Sham, si la trêve durait au moins une semaine, trêve qui incluait notamment l'arrivée d'aide humanitaire à la partie est d'Alep qui est assiégée.

Cet accord par sa nature même est un accord contre la révolution. Il est conclu avec une puissance, la Russie, qui massacre ouvertement les civils syriens. Washington en signant cet accord, comme Paris en le reconnaissant, légitime ainsi la politique de Moscou et au-delà celle du régime syrien.

Le contenu même pose également problème. Le peuple syrien n'a jamais demandé d'intervention militaire de la part de puissances étrangères. Il a montré sa constance dans son combat contre le régime et contre l'Etat Islamique. Il a combattu également le Front al-Nosra, notamment dans la région d'Idlib en 2014, et, en 2016, des manifestations régulières ont vu le jour contre ce groupe, comme à Maaraat al-Noman.

Mais aucun impérialisme n'a manifesté son soutien à cette résistance populaire contre le Front al-Nosra. Car en Syrie, pour les puissances régionales comme les puissances impérialistes, le premier ennemi à abattre est la révolution. Et si, cet été, des forces de l'ASL ont combattu en coordination avec des forces islamistes, comme l'ancien Front al-Nosra, devenu alors Fatah al-Sham, pour rompre le siège d'Alep, c'est que, abandonnées de tous, elles n'ont pas eu le choix.

Enfin, la défiance ouverte des militaires américains face à cette annonce de partage d'information avec Moscou, montre bien que cet accord a un tout autre rôle.

Coopérer au sommet

Le régime de Bachar al Assad, avec ses alliés régionaux, n'est pas arrivé à écraser la révolution syrienne, le renfort russe non plus, dans les six premiers mois. Mais depuis, toutes les puissances impérialistes ont décidé de coopérer ou ont approuvé une coopération avec l'un des meilleurs soutiens de Bachar al Assad. Le feu vert pour le siège préparant l'écrasement d'Alep a été donné.

Ainsi, le combat contre le soutien de puissances impérialistes aux responsables d'assassinats de masse et contre leur politique contre-révolutionnaire est d'une urgente nécessité.

Ni Bachar al Assad, ni l'Etat Islamique, ni Vladimir Poutine, non aux bombardements décidés par les gouvernements américains et français, c'est au peuple syrien de décider de son propre avenir et de définir l'aide dont il a besoin.

Aucune collaboration avec les dictateurs, ce qui implique notamment de dénoncer l'accord entre Washington et Moscou, le soutien que le gouvernement français apporte à cet accord et la venue de Vladimir Poutine à Paris, au mois d'octobre 2016, sur l'invitation du gouvernement français.

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 16:20

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/09/24/a-paris-les-migrants-entre-solidarite-et-repression_5002844_1654200.html

Paris, les migrants entre solidarité et répression

Par Maryline Baumard

Dimanche 25 Septembre 2016

La cuillère lèche les pourtours du faitout. Les derniers haricots de la chorba géante glissent dans la barquette en plastique et déjà Agathe cherche des yeux un volontaire pour la porter aux familles afghanes.

« Il faut que les enfants mangent quelque chose », s’inquiète la jeune femme en continuant à servir la foule d'africains qui se reconstitue sans fin face à elle.

Sur la place de la Rotonde à Paris, entre les métros Jaurès et Stalingrad, les migrants en sont au moins à leur troisième file d’attente de la journée.

Dès que quelqu’un arrive avec un cageot de bananes ou quelques canettes de boisson, ils s’alignent méthodiquement, rodés à ce geste sur les routes de l’exil. Sous des tentes, sur des matelas ou des cartons posés à même le sol, les ressortissants d’Afrique, soudanais et érythréens en tête, ont élu domicile avenue de Flandre, dans le dix neuvième arrondissement de Paris. De l’autre côté du carrefour, les afghans, eux, campent sur l’extrémité du boulevard de la Villette en face des bureaux de France Terre d'Asile (FTA), où ils essaient de se faire enregistrer pour pouvoir un jour déposer leur demande d’asile à Paris.

Jeudi 22 Septembre 2016, le dernier à être autorisé à entrer pour obtenir une pré-inscription qui donnera droit à un vrai rendez-vous d’enregistrement, Djibi, un gambien de vingt sept ans, était là depuis 4 heures du matin, après avoir passé son début de nuit « dans un parking au métro Couronnes ». Le jeune homme se réjouit de cette petite victoire, car depuis deux semaines il essayait chaque jour d’entrer dans le dispositif d’asile.

Après une nuit sous la tente, Farhan, huit ans, retrouve, lui, un brin de sourire. Sa mère, Fatima, une jeune afghane, est à bout. Ses nerfs lâchent face au manque de sommeil et à l’idée de passer la nuit suivante sous le métro Jaurès. « Vendredi 16 Septembre 2016, on nous a emmenés dans un hôtel à Méry-sur-Oise, dans le département du Val-d’Oise, et, après trois nuits, on nous a dit de partir et que l’hébergement était terminé. Alors, nous avons pris le train et nous sommes revenus ici », explique son mari, Zikrudden. Un bénévole du quartier hausse les épaules en écoutant la conversation, « c’est le dessous des mises à l’abri, l’envers du communiqué officiel ».

Vendredi 16 Septembre 2016, la préfecture de région a évacué plus de deux mille migrants de ce secteur de Paris pour les héberger en grande banlieue. Trois familles sont déjà revenues, leur prise en charge s’arrêtant au bout de trois nuits d’hôtel. A son retour, Zikrudden n’a pas pu monter sa tente exactement au même endroit puisque des barrières ont été installées là où il dormait. Comme après chaque évacuation, c’est le dispositif de la mairie de Paris pour éviter les nouveaux campements.

L’afghan trouve cela « très vilain » et avoue ne pas bien comprendre la stratégie « puisque nous nous installons en face. Il faut bien que nous nous mettions quelque part en attendant d’avoir l’asile », explique cet ancien traducteur de l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui redoute d’être embarqué par la police avant d’être officiellement demandeur d’asile et encore plus d’être séparé de sa femme et de son fils par un contrôle.

Depuis l’été, la préfecture de police multiplie les dispersions. La réalisatrice Valérie Osouf, voisine solidaire, en a compté seize. « Nous nous faisons nasser et ils embarquent une vingtaine, une trentaine de migrants, voire bien plus. Dans les commissariats, leurs droits ne leur sont pas notifiés et ils sont de plus en plus nombreux à revenir avec une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) », raconte la jeune femme. « Dans le lot, il y a que des exilés qui n’ont pas pu encore déposer leur demande d’asile. Certains sont directement placés en Centre de Rétention Administrative (CRA) ». Ces opérations ont été dénoncées par neuf associations qui viennent d’écrire au préfet de police et qui demandent l’abrogation de ces OQTF. Contactée, la préfecture n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde.

Dans l’attente de l’ouverture du camp humanitaire par la municipalité, au mois d’octobre 2016, la situation se complique donc de jour en jour à Paris. Entre le Vendredi 16 Septembre et le Jeudi 22 Septembre 2016, quatre cent nouveaux migrants sont arrivés dans la capitale et la mairie de Paris dit observer des tensions dans le quartier. Le maire du Parti Socialiste du dix neuvième arrondissement, François Dagnaud, a d’ailleurs rédigé une lettre aux riverains, rappelant qu’il entendait faire respecter « l’exigence de dignité du quartier ».

« Nous nous faisons parfois insulter par quelques voisins qui nous disent que nous amenons des rats en servant à manger aux migrants, mais nous avons aussi des ralliements de personnes qui veulent aider », se réjouit Eric Lehembre, un metteur en scène de théâtre dont les fenêtres donnent sur le campement africain. Chaque matin, il sert le thé. Sa recette est rodée, treize sachets de thé et cinq cent grammes de sucre.

« Je fais cela depuis le mois d’août 2016. De temps en temps, avec les amis, nous nous demandons si nous ne nous substituons pas trop à l’état. Mais nous ne pouvons pas laisser des gens sans manger en 2016 à Paris et les regarder par les fenêtres de notre appartement », dit-il.

Agathe Nadimi, une professeure dans le secondaire et formatrice agit hors associations et collectifs. Aujourd’hui, l’enseignante s’inquiète du sort des mineurs, dont elle s’occupe particulièrement. « Dans le dispositif de la mairie de Paris, beaucoup de jeunes voient leur minorité contestée et se retrouvent à la rue une fois ce fait établi. Demain, avec l’ouverture du camp humanitaire, les adultes, eux, seront pris en charge par l’état. Mais qu’adviendra-t-il de ces jeunes », s’interroge-t-elle.

Jeudi 22 Septembre 2016, sur le terre-plein de l’avenue de Flandre, Abdoulkadarid, dix sept ans, cherchait quelqu’un pour l’aider à répondre à une convocation au palais de justice après un refus de prise en charge. Comme Mamadou, qui montrait à tous les passants blancs son dossier d’aide juridictionnelle à remplir.

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 19:52

http://www.liberation.fr/planete/2016/09/22/eta-le-pays-basque-revit-et-oublie_1506650

Le pays basque revit et oublie

Par François Musseau, envoyé spécial de Libération à Saint-Sébastien

Jeudi 22 Septembre 2016

Seulement cinq ans après l’annonce du cessez-le-feu par l’organisation terroriste, la question identitaire a laissé place aux inquiétudes sociales.

Revers de la médaille, la mémoire des années sanglantes s’efface.

Quiconque, cinq années plus tard, foulerait de nouveau les ruelles de la vieille ville de Saint-Sébastien aurait de quoi écarquiller les yeux. Fini, les slogans de soutien à Euskadi Ta Askatasuna (ETA) barrés sur les murs décrépits. Fini, les bars abertzales où le client est obligé de donner de l’argent pour les prisonniers politiques. Fini, cette atmosphère suffocante où celui qui ne se sent pas séparatiste préfère éviter certaines rues, de peur d’être stigmatisé, regardé de travers et insulté.

Aujourd’hui, l’ambiance est partout relâchée. Jeunes et moins jeunes se mêlent dans des restaurants accueillants, non discriminatoires. « A une ou deux exceptions près, il n’y a plus de ghettos idéologiques, ni à Saint-Sébastien ni à Bilbao ou toute autre bourgade du Pays basque. Nous pouvons enfin nous déplacer et nous exprimer sans être immédiatement catalogués comme membre d’un camp ou d’un autre », assure Oscar Terol, quarante sept ans, un des créateurs de Vaya Semanita, un programme humoristique d’Euskal Tele Bista (ETB), la chaîne publique basque, le premier à avoir osé rire du phénomène terroriste. Le 20 octobre 2011, bérets noirs et cagoules blanches, assis devant le macabre symbole de l’organisation indépendantiste armée ETA, un serpent lové autour d’une hache, trois activistes décrétaient dans un spot télévisé le cessez-le-feu définitif. Cette annonce mettait fin à quarante ans de terreur, d’enlèvements, d’extorsions de fonds, de coups de revolver tirés dans la nuque et de bombes-ventouses posées sous des sièges de véhicule. Au total, les terroristes basques ont tué huit cent cinquante sept personnes, dont vingt trois enfants. Ils avaient maintenu un bras de fer avec l'état espagnol, responsable indirectement d’au moins trente cinq assassinats dans les années 1980.

Cette mise en scène signifiant l’adieu aux armes a donc eu lieu il y a presque cinq ans. Et pourtant cela paraît un siècle. Si l’on en juge par le panorama actuel, par l’insouciance qui se dégage des rues basques, des conversations dans les cafétérias ou les campus universitaires, et de la parole libérée dans les médias, les forums ou les conférences, le sujet a été relégué dans l’oubli. « Etes-vous sûrs que nous avons vécu près de quarante ans de terrorisme. N’était-ce pas seulement un mauvais rêve », ironisait il y a peu un des humoristes de Vaya Semanita.

Ces jours-ci, alors que des élections législatives vont renouveler dimanche le parlement régional basque, on peut se demander ce qu’il reste des années de plomb. Aucun parti ou presque n’aborde ce passé douloureux. L’actuel chef de l’exécutif et favori à sa réélection, le nationaliste modéré Iñigo Urkullu, affirme que « l’indépendance n’a aucun sens à l’heure d’une Europe d'états interdépendants ». Un récent sondage publié par le quotidien Diario Vasco montre que les principales préoccupations des deux millions deux cent mille habitants d’Euskadi sont, par ordre décroissant, le chômage, pourtant la moitié du taux national avec un taux de chômage de douze et demi pour cent, le vieillissement de la population, avec vingt et un pour cent des habitants de plus de soixante cinq ans, la situation économique, pourtant pas si mauvaise, et la corruption des élites. Le « terrorisme d’ETA » n’est un sujet d’inquiétude que pour un pour cent des gens.

En sommeil, cette organisation créée en 1959 refuse toujours de se dissoudre et de rendre les armes, deux exigences réitérées par les autorités espagnoles et par tous les partis du spectre national. Bien sûr, l’indépendantisme n’a pas disparu pour autant. L’organisation Euskal Herria Bildu, héritière de l’ancien bras politique d’ETA, pourrait recueillir environ vingt pour cent des suffrages et demeurer la deuxième force parlementaire. Mais celle-ci est talonnée par Podemos, opposé à l’indépendance quoique, comme en Catalogne, favorable à un référendum d’autodétermination. « Ce qui montre », affirme le chroniqueur du País Luis Aizpeolea, « que la question identitaire intéresse de moins en moins les basques et qu’elle a été déplacée par la question sociale ».

Certes, la candidature d’Arnaldo Otegi, cinquante huit ans, leader historique de Bildu, a eu un fort impact médiatique. Elle pourrait faire penser que la fibre patriotique est toujours ardente. Cet orateur hors pair, qui vient tout juste d’être mis en liberté après un séjour carcéral de six ans pour « appartenance à une organisation terroriste », a toutefois du mal à rallier une jeunesse que la cause séparatiste laisse indifférente. Son affiche électorale est multicolore et on peut le voir jouer à l’éternel adolescent sur les plateaux de télé ou sur les estrades électorales. « Et pourtant », estime le politologue Patxi Unzueta, « les séparatistes doivent affronter une réalité, lorsqu’une organisation armée commet des attentats, on ne parle que d’elle, elle saisit les consciences. Lorsqu’elle n’agit plus, on veut vite oublier. C’est pourquoi, depuis l’absence d’ETA, les séparatistes de Bildu ont un mal fou à attirer l’attention ».

Ce phénomène d’amnésie collective, ou d’ignorance du passé récent, se produit alors qu’un récit commun n’a pas encore été construit. Arnaldo Otegi et les siens ont certes regretté publiquement « les souffrances causées » aux familles des victimes des attentats, mais les séparatistes radicaux, et notamment les quelque quatre cent activistes encore en prison, où se trouve le noyau dur des récalcitrants au retour à la normale, refusent en majorité de condamner l’action d’ETA et sa signification. « Bien sûr, ils savent que l’organisation a été vaincue », analyse l’historien José Antonio Pérez. « Mais au lieu de reconnaître que ces décennies d’attentats ont été une pure folie stérile, ils tentent par leur discours de justifier l’injustifiable. En disant notamment que ce conflit politique, nourri par la guerre civile entre 1936 et 1939 et la répression franquiste, était inévitable ».

Pour lui, comme pour de nombreux observateurs, les séparatistes radicaux sont aujourd’hui engagés dans une sorte de blanchiment de leur image.

Leur objectif est de laver leurs fautes passées et d’apparaître comme des acteurs fréquentables.

« Leur thèse, selon laquelle ETA n’a été qu’une réaction à une oppression espagnole, ne tient pas », ajoute José Antonio Pérez, « car quatre vingt quinze pour cent des attentats se sont produits après la mort de Francisco Franco ».

Les personnes touchées dans leur chair par les affres du terrorisme sont gênées aux entournures par cet oubli collectif dominant. Et l’Association des Victimes du Terrorisme (AVT), l’une des principales organisations de soutien, organise à la faculté de droit de Bilbao un séminaire pour que « la mémoire de la tragédie se perpétue auprès des jeunes générations ».

La semaine dernière, sur la place de la mairie de Vitoria-Gasteiz, la capitale régionale, elle a organisé une cérémonie florale où a été observée une minute de silence « pour se souvenir des morts », mais l’assistance était très réduite. « Personne ne veut se souvenir de ce passé sanglant et je le comprends en partie », se désole l’ancien élu socialiste Joseba Markaida.

L’homme a longtemps été menacé de mort. Pendant dix ans, entre 2001 et 2011, il a dû être escorté par des gardes du corps. « J’ai juste peur que les gens qui, comme moi, ont souffert de ce totalitarisme et qui aujourd’hui subissent du stress post-traumatique, n’intéressent que peu. Tout au plus les associations et les historiens », souffle-t-il. « Or il faudrait peut-être tirer des leçons de tout cela ».

Des initiatives contre l’amnésie sont toutefois à l’œuvre. Le collectif Eraikiz tente ainsi de rompre l’indifférence générale. Il organise des rencontres entre parents de victimes à la fois d’ETA et des Groupes Antiterroristes de Libération (GAL), ayant agi sous les ordres de l’état espagnol entre 1983 et 1987. Ou encore avec des victimes de violences policières, on parle de quelque cinq mille plaintes pour « torture et mauvais traitements ». Les nationalistes modérés, au pouvoir régional, ont agi dans le même sens en lançant fin 2015 un « institut de la mémoire », appelé Gogora. Le message est clair, tout le monde a souffert à des degrés divers. La violence ne doit plus se répéter. Marta Buesa, dont le père fut un dirigeant socialiste assassiné par un attentat à la voiture piégée en 2000, déteste ce récit officiel. « Cela crée un mélange confus qui met toutes les victimes au même niveau et qui, dans le fond, permet de diluer les responsabilités concrètes des uns et des autres ». Gorka Landaburu, un journaliste amputé d’une partie de la main après avoir reçu un colis piégé d’ETA, au mois de mai 2001, l’assure ainsi, « tourner la page, oui je veux bien, mais je veux qu’auparavant nous lisions attentivement tous les mots de la page que nous allons tourner ».

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 19:18

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/09/23/le-pays-basque-se-mefie-du-separatisme_5002290_3214.html

Le Pays basque se méfie du séparatisme

Cinq ans après la fin de la violence d'Euskadi Ta Askatasuna (ETA), les électeurs sont appelés à renouveler le parlement régional

Par Sandrine Morel, envoyée spéciale du Monde à Saint Sébastien

Accrochés aux fenêtres du centre de Saint-Sébastien ou de Bilbao, les habituels drapeaux qui demandent le rapprochement dans les prisons du pays basque des détenus etarras, dispersés dans toute l’Espagne, se font de plus en plus rares. En 2011, le groupe séparatiste armé ETA annonçait « la fin définitive de la violence » et les quarante ans de terrorisme semblent oubliés.

Depuis que la menace a cessé, la peur s'est envolée. Les gardes du corps ont disparu. Les langues se délient. Les tabous se lèvent. Et l'indépendantisme est en recul.

Les électeurs basques sont appelés à voter, Dimanche 25 Septembre 2016, pour renouveler leur parlement régional. Selon le dernier sondage officiel du gouvernement basque, daté du mois de juillet 2016, seuls vingt trois pour cent des basques, plus préoccupés par l’emploi ou la qualité des services publics, se disent favorables à l’indépendance. Pourtant, le prochain parlement devrait disposer d’une très large majorité de députés en faveur du « droit à décider », un euphémisme pour définir la possibilité de convoquer des référendums d’autodétermination.

Les trois principaux partis y sont favorables, le parti nationaliste basque (PNV), assuré, selon les sondages, de remporter de nouveau les élections, ainsi que Podemos et la coalition abertzale Euskal Herria Bildu, mouvance proche de l’ETA. De quoi inquiéter Madrid, déjà confronté à la rébellion du parlement catalan qui brave la constitution et semble décidé à s’engager sur le chemin de la sécession.

Cependant, le PNV, le parti état qui a gouverné la région depuis le retour de la démocratie, à l’exception d’une brève parenthèse quand le parti socialiste basque et le Parti Populaire se sont unis pour lui ravir le pouvoir, entre 2009 et 2012, ne veut pas de la dérive séparatiste qui, en Catalogne, a entraîné son ancien homologue catalan, l'ancienne coalition nationaliste Convergence et Union. Et ne perd pas une occasion de se démarquer de la voie catalane.

« Le PNV sait qu’il ne peut pas suivre le chemin de Convergence et Union sans risquer de perdre sa position dominante et centrale actuelle. Et ni son électorat, ni la majorité de la société basque ne sont pour une aventure indépendantiste », souligne le politologue Francisco Llera Ramo, directeur de l’institut de sondages de l’université du pays basque, Euskobarometro.

« Le PNV parle du droit à décider, de la réforme et de l’amélioration du gouvernement autonome et de la reconnaissance de l’identité nationale du pays basque de manière modérée, pragmatique et très consensuelle », dit-il.

« Convergence et Union n’était pas une coalition indépendantiste et Artur Mas, l’ancien président du gouvernement catalan, apparaissait comme un modéré », rétorque Borja Semper, porte-parole du Parti Populaire au pays basque, qui dit, pour sa part, craindre une division sociale comme en Catalogne.

Mais le pays basque n’est pas la Catalogne. Le pragmatisme règne dans cette région riche, majoritairement bourgeoise et conservatrice, qui dispose du plus haut degré d’autonomie, avec la Navarre, et d’un taux de chômage de douze et demi pour cent, huit points de moins que dans l’ensemble du pays.

« Vu le blocage qu’il y a à Madrid, sans gouvernement depuis neuf mois faute de majorité parlementaire claire, le plus important est la stabilité politique et économique », souligne Gorka Natxiondo, chef d’entreprise de trente neuf ans qui assiste en famille à un meeting du PNV, à Saint-Sébastien, le 18 septembre 2016. « Le droit à décider, c’est pour faire plaisir à la galerie. Le PNV est un parti modéré. Le gouvernement autonome est un cadre confortable. Ce qui est important, c’est de préserver la coexistence ici ».

Impossible aussi d’oublier la souffrance qu’ont provoquée les quarante ans de terrorisme de l’ETA. « Il était très difficile de poser la question basque comme un conflit purement politique, touchant des questions juridiques, quand il existait un groupe armé en activité », souligne Lander Martinez, candidat pour Podemos Euskadi. « Nous ne pourrions sans doute pas le faire si l’ETA assassinait encore ».

La jeune formation de la gauche anti-austérité est au coude-à-coude dans les sondages avec la coalition de la gauche abertzale, Euskal Herria Bildu.

Comme en Catalogne, elle défend la possibilité de convoquer un référendum sur l’indépendance tout en se positionnant pour rester en Espagne, « afin de changer le pays », souligne Lander Martinez.

Au palais des sports de Bilbao, où près de cinq mille personnes étaient réunies le 17 septembre 2016 pour suivre le meeting de l’ancien etarra Arnaldo Otegi et des candidats d’Euskal Herria Bildu, le discours était tout autre et c’est avec envie que l’on regarde la voie catalane.

Dans la salle, Aintzane, trente ans, maîtresse d’école, pense que « la fin de l’ETA nous permet d’avoir la voie plus ouverte pour revendiquer le droit à décider. Madrid a toujours utilisé les attentats pour ne pas reconnaître nos droits ».

Sur la scène, c’est au tour de l’ancien militant de l’ETA, sorti de prison au mois de mars 2016 après y avoir passé six ans pour « appartenance à un groupe terroriste » et déclaré inéligible par la justice espagnole, de s’exprimer. « Le changement de stratégie politique basque a fait sauter toutes les coutures de ce vieux régime, tout comme le processus catalan », affirme Arnaldo Otegi. « Ce qui remet vraiment en question le pouvoir de l’oligarchie est la défense de l’indépendance des peuples et des nations de l’état. Quand Podemos se rendra compte qu’il ne peut pas changer l’Espagne, j’espère qu’ils auront le courage de s’unir à notre projet indépendantiste et de gauche ». Pour le moment, Podemos a déjà dit non.

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 18:45

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/220916/desobeir-l-union-europeenne-nous-sommes-daccord-avec-vous-yanis-varoufakis

Désobéir à l’Union Européenne, nous sommes d'accord avec vous Yanis Varoufakis

Jeudi 22 Septembre 2016

Alexis Cukier, membre d’Ensemble et de l'European Research Network on Social and Economic Policies (ERNSEP), et Patrick Saurin, un des portes parole du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) de la Banque Populaire Caisse d'Epargne (BPCE) et membre de la commission pour la vérité sur la dette grecque interpellent dans une lettre Yanis Varoufakis sur son texte « la gauche européenne après le Brexit ».

Dans votre texte « la gauche européenne après le Brexit » publié Lundi 5 Septembre 2016 sur Mediapart, même si vous vous démarquez des positions des tenants du Lexit, le Brexit de gauche, tels que Tariq Ali, Stathis Kouvélakis, Vincenç Navarro et Stefano Fassina, vous semblez rejoindre certaines des positions politiques soutenant une alternative au néo libéralisme portées par de nombreuses forces de gauche en France, en Grèce et dans d’autres pays depuis longtemps. Ainsi, lorsque vous appelez à désobéir à l’Union Européenne, nous ne pouvons que vous approuver.

Votre texte étant présenté comme un texte programmatique consistant pour l’essentiel dans la réfutation des arguments des partisans du Lexit, nous avons souhaité contribuer au débat en vous soumettant quelques réflexions et en vous posant quelques questions concernant quatre sujets cruciaux pour la construction d’une alternative en Europe, la démocratie, la dette, les banques et la monnaie.

La démocratie

Le mouvement que vous avez créé, le mouvement pour la démocratie en Europe (DIEM), accorde à juste titre une place centrale aux questions de démocratie et d’action citoyenne.

Aussi, comment expliquer votre signature le 20 février 2015 d’un accord avec la troïka qui désavouait explicitement le programme de Thessalonique pour lequel Syriza avait été élu et qui vous avait porté au gouvernement ? Comme vous le savez, la majorité de la population et l’essentiel des forces de gauche étaient opposés à cet accord car il comportait notamment l’acceptation de la privatisation des biens publics de la Grèce, des objectifs économiques inatteignables et l’engagement à ne pas « désobéir », contrairement à ce que vous défendez à présent, aux diktats de la troïka. Ceux qui à l’époque soutenaient que cet accord conduirait inexorablement à la capitulation du gouvernement ont été confirmés par les faits.

Votre mouvement défend un « processus constituant » et vous vous déclarez dans votre dernier texte en faveur de « plans d’un redéploiement des institutions actuelles ». Que signifie au juste pour vous ce « redéploiement » ? Êtes-vous favorable à un démantèlement des traités et des institutions actuels de l’Union Européenne pour les remplacer par d’autres, dans le cadre d’une nouvelle union ? En définitive, ne pensez-vous pas que la démocratie en Europe passe, au-delà d’une désobéissance, par une remise en cause radicale des fondements de l’actuelle Union Européenne gravés dans le marbre des traités, concurrence libre et non faussée et absence de contrôle de la Banque Centrale Européenne (BCE)dont la seule préoccupation est l’inflation, et dans les pratiques qui structurent cette Europe, dumping fiscal et social, spéculation, fraude fiscale, chômage élevé, modèle économique destructeur de la nature et répartition inégale des richesses.

La dette

Comme vous le savez, le 4 avril 2015, Zoé Konstantopoulou, alors présidente du parlement grec, a créé la commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Ce jour-là, vous êtes venu à cette réunion et êtes intervenu à la tribune mais vous n’avez pas abordé la question de la dette, vous avez développé un propos très général sur le système bancaire. À la fin du mois de juin 2015, la commission pour la vérité a rendu son rapport qui a fait ressortir que la quasi-totalité de la dette publique grecque était illégale, illégitime, odieuse et insoutenable et que, à ce titre, elle n’avait pas à être remboursée.

Des juristes et un expert indépendant de l'Organisation des Nations Unies (ONU), membres de la commission pour la vérité, ont rappelé que les droits humains fondamentaux, se nourrir, se loger, se soigner et avoir accès à l’éducation, doivent être assurés avant le paiement de la dette ainsi que le reconnaissent la charte de l'ONU et la convention de Vienne sur le droit des traités.

Pourtant à l'époque où vous étiez ministre des finances et confronté à l’attitude intransigeante des membres de la zone euro, vous ne vous êtes pas emparé du rapport de la commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Dans vos propositions, vous n’avez jamais avancé et n’avancez toujours pas la suspension unilatérale du remboursement de la dette préconisée par la commission pour la vérité et qui trouvait une assise juridique sur l’état de nécessité reconnu par les cours et les tribunaux internationaux. Or une telle mesure était idéale pour poser les premiers jalons d’un « agenda progressiste », sachant que lorsque la commission pour la vérité a présenté le résultat de ses travaux, la préconisation du défaut de la dette était avancée sans être associée au Lexit, le Brexit de gauche.

Au vu de tels constats, pourquoi n’avez-vous pas soutenu la commission pour la vérité dont chacun doit convenir qu’elle travaillait « sur un agenda pragmatique, radical, concret et progressiste qui engageait le niveau du terrain et des experts progressistes », pour reprendre vos propres mots ?

Pourquoi en 2011 n’aviez-vous pas apporté votre soutien au comité d’audit citoyen de la dette grecque (ELE) qui s’était constitué ? La désobéissance que vous préconisez comporte-t-elle dans ses propositions le non-paiement des dettes illégales, illégitimes, odieuses et insoutenables ? Autrement dit, le défaut sur ces dettes ne doit-il pas s’inscrire dans le « plan précis d’actions immédiates » que vous appelez de vos vœux ?

Les banques

Comme vous avez pu le vérifier lorsque vous étiez ministre des finances, la Grèce a été soumise à la pression des banques privées et au chantage de la BCE. Tout au long de l’année 2015, le gouvernement Syriza n’a cessé de renflouer les banques sous contrôle privé sans qu’aucun effet positif notable ne soit observé.

Que proposez-vous pour rompre avec ce modèle de soutien indéfectible à un système bancaire privé qui a fait la preuve non seulement de son inefficacité mais aussi et surtout de sa nature délétère ? Êtes-vous favorable à la mise en place d’un service public bancaire permettant notamment à l'état et aux acteurs publics locaux, comme les collectivités locales, les hôpitaux publics et les organismes de logement social, d’emprunter à zéro pour cent pour financer leurs investissements ?

Rappelons que les banques privées se financent actuellement auprès de la BCE à zéro pour cent, voire à un taux négatif. Lorsque le gouvernement Syriza a été mis en place au mois de janvier 2015, dans un contexte où le système bancaire grec était délabré et dans l’incapacité de participer à la mise en œuvre d’une politique de progrès social, n’était-il pas possible d’organiser une faillite ordonnée des banques privées, c’est-à-dire protégeant les avoir des petits porteurs, au lieu de recapitaliser ces banques et leur accorder des garanties par dizaines de milliards d’euros en pure perte, alors que dans le même temps ces banques restaient sous contrôle privé ? Et pourquoi avoir maintenu à la tête de la banque centrale de Grèce Yanis Stournaras, qui a utilisé toutes ses capacités de nuisance pour s’opposer à la mise en œuvre de la politique du gouvernement, en refusant par exemple de communiquer à la commission pour la vérité sur la dette grecque les informations qu’elle demandait dans le cadre de sa mission ?

La monnaie

Un gouvernement qui souhaite mettre en œuvre sa politique, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’une politique de progrès social rompant avec le modèle austéritaire et anti-démocratique dominant, ne doit-il pas retrouver le contrôle de sa banque centrale afin de maîtriser la création monétaire et sa politique monétaire ? Lorsque Syriza est arrivé aux affaires au mois de janvier 2015 et que la BCE refusait d’accorder des liquidités aux banques grecques, pourquoi le gouvernement auquel vous participiez n’a-t-il pas envisagé et mis en œuvre des alternatives monétaires concrètes, que ce soit un retour à une monnaie nationale sous contrôle démocratique ou bien une monnaie électronique, à l’image de ce qui a été fait en Equateur au début de l'année 2015, complémentaire à l’euro et gérée par les autorités publiques pour le paiement des biens et services de première nécessité et les impôts ? Ce débat est certes complexe, mais pourquoi n’avoir pas participé à le rendre public alors que vous étiez au gouvernement et n’avoir pas donné au peuple grec la possibilité de se prononcer démocratiquement à ce sujet ? Et au-delà du cas spécifique de la Grèce, quelles alternatives monétaires peuvent être selon vous opposées à la stratégie d’asphyxie monétaire que la troïka ne manquerait pas de mettre en œuvre contre une tentative de sortie de la cage de fer de l’austérité dans un autre pays ?

En résumé, le programme alternatif pour les progressistes européens, l'affrontement frontal avec l’establishment européen et l’appel à la désobéissance que vous lancez ne nécessitent-ils pas, pour trouver leur traduction dans les faits, la mise en œuvre d’un plan d’action comportant les mesures radicales suivantes.

La désobéissance aux traités européens et le respect des droits humains fondamentaux inscrits dans de multiples textes, en particulier de droit international.

Le non-paiement de la part de la dette publique dont il est peut être démontré de manière incontestable, comme ce fut le cas pour la Grèce, qu’elle est tout à la fois illégale, illégitime, odieuse et insoutenable.

Le contrôle des capitaux, notamment comme mesure défensive contre le chantage de la BCE, l'arrêt des privatisations des biens communs et l’annulation de celles qui ont déjà été réalisées.

La socialisation de l’intégralité du système bancaire et une refonte des institutions européennes, nationales et locales assurant une véritable démocratie.

En ce qui nous concerne, si un tel programme devait nécessiter la sortie de l’Union Européenne, nous assumerions cette sortie car nous préférons la lutte pour un progrès social, même si nous n’avons pas l’assurance de gagner ce combat, au maintien résigné dans une Union Européenne avec la garantie de l’austérité perpétuelle.

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 18:16

Largement réélu à la tête du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn prône l'unité (Reuters)

Jeremy Corbyn a été réélu Samedi 24 Septembre 2016 à la tête du parti travailliste britannique, l'emportant largement face à la fronde des parlementaires modérés qui contestent son aptitude à remporter les prochaines élections législatives et auxquels il a tendu la main en signe d'unité.

Le leader de la gauche s'est imposé avec trois cent treize mille deux cent voix contre cent quatre vingt treize mille deux cent vingt voix à son rival Owen Smith, renforçant son emprise sur un parti profondément divisé depuis le référendum du 23 juin 2016 qui a vu le succès des partisans d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne.

Owen Smith était soutenu par la majorité des parlementaires travaillistes.

Ce succès devrait se traduire par une inflexion à gauche des orientations politiques du parti travailliste, une option qu'une partie des travaillistes considèrent comme un handicap pour la reconquête du pouvoir.

Les frondeurs font valoir que cette orientation stratégique va laisser le champ libre aux conservateurs de la première ministre Theresa May pour négocier le divorce entre Londres et Bruxelles.

Jeremy Corbyn, qui obtient un soutien plus large que lors de son élection à la tête du parti l'an passé, a appelé les parlementaires et les militants à collaborer ensemble afin d'apporter un réel changement face à la politique des conservateurs.

« Les élections sont passionnées et souvent une question partisane. Des choses sont dites dans le feu du débat que parfois nous regrettons plus tard », a déclaré Jeremy Corbyn lors de la conférence annuelle du parti travailliste à Liverpool.

« Mais souvenez-vous que nous avons plus de choses en commun que de choses qui nous divisent au sein de notre parti », a-t-il poursuivi.

« Remettons les compteurs à zéro et poursuivons ensemble le travail que nous devons accomplir en tant que parti », a-t-il dit, optant pour un ton conciliant destiné à apaiser les tensions et les divergences entre l'aile gauche et l'aile droite du parti.

Jeremy Corbyn a affirmé lors de la conférence que ses propositions contre l’austérité avaient attiré des milliers de sympathisants vers le parti travailliste et il s'est dit prêt à mener ce dernier à la victoire lors des élections générales de 2020.

Ce pari s'annonce difficile à tenir pour le leader de la gauche car il passe par la reconquête de nombreux militants ayant soutenu le Brexit. Un sondage montre que la moitié d'entre eux ont depuis déserté le parti travailliste.

Un autre défi concerne les parlementaires travaillistes, dont certains ont boudé le rassemblement annuel, se montrant sceptiques à l'égard de ses positions très marquées à gauche en matière de renationalisation ou d'abandon de la dissuasion nucléaire.

« Le propos était conciliant mais nous allons devoir nous montrer pragmatiques pour recoller les morceaux », a commenté un élu travailliste s'exprimant sous le sceau de l'anonymat.

Qualifiant le parti de famille, Jeremy Corbyn a estimé qu'il était de sa responsabilité de réussir cette union, « mais qu'il était également de la responsabilité de tout le parti de travailler ensemble dans le respect des choix démocratiques qui ont été faits ».

« C'est un euphémisme de dire que le résultat n'est pas celui que nombre d'entre nous attendaient, mais il nous faut tous maintenant faire un choix individuel sur la manière de mieux servir le parti travailliste et de rendre l'opposition plus efficace », a commenté le député John Woodcock.

Les enquêtes d'opinion accordent sept points d'avance aux conservateurs de Theresa May qui, disposant d'une telle marge, vont pouvoir mener les négociations sur le Brexit débarrassés de la pression de l'opposition.

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 19:52

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/09/23/des-etudiants-et-des-professeurs-exiles-en-france-denoncent-la-repression-en-turquie_5002678_3214.html

Des étudiants et des professeurs exilés en France dénoncent la répression en Turquie

De simples suspicions de liens avec les rebelles kurdes ou la confrérie de Fethullah Gülen peuvent mener en prison, où les conditions de détention sont déplorables, accusent une professeure et un étudiant turc qui ont fui en France.

Par Clara Lahellec

Vendredi 23 Septembre 2016

Persécutés par les autorités, des étudiants et des professeurs d’université turcs accusés d’avoir des liens avec le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont quitté leur pays et se sont réfugiés en France.

Esmeray Yogun était professeure à l’université de Toros, près de Mersin.

Elle a fui la Turquie au mois d'août 2016 pour échapper à la répression lancée par le président Recep Tayyip Erdogan à la suite du coup d'état manqué du Vendredi 15 Juillet 2016. Elle est aussi porte-parole de l’association Academics for Peace qui vient en aide aux universitaires turcs persécutés.

Le 10 janvier 2016, l’organisation avait lancé une pétition avec un collectif d’universitaires originaires de toute la Turquie, « nous ne serons pas complices de ce crime ».

« Cet appel nous a paru absolument nécessaire, nous ne pouvions pas rester silencieux face à tout ce qui se passait », explique Esmeray Yogun. « La répression des populations kurdes et de leurs soutiens n’est pas nouvelle, mais elle a pris récemment des proportions considérables. Les événements du mois de juillet 2016 ont permis au gouvernement d’accélérer les choses. Les exécutions sommaires, la torture et les mauvais traitements sont devenus courants ».

Depuis la tentative de putsch, qu’Esmeray Yogun préfère qualifier de « faux coup d’état monté de toutes pièces », plus de vingt huit mille professeurs, tous niveaux confondus, ont été renvoyés, soupçonnés de liens avec les rebelles kurdes ou la confrérie de l’ancien prédicateur Fethullah Gülen, accusé d’être l’instigateur du putsch avorté. « Et dix mille enseignants conciliants avec le régime ont déjà été engagés », affirme-t-elle. Les professeurs licenciés auraient tous appris leur renvoi par SMS. C’est hallucinant, s’exclame-t-elle. Le matin, un collègue vous appelle et vous dit que « j’ai reçu un SMS du ministère de l’éducation. Je ne vais pas travailler aujourd’hui. Apparemment, je suis licencié ».

Esmeray Yogun dit avoir reçu comme beaucoup des menaces à cause de son engagement politique. « C’est devenu presque normal là-bas, si tu ne te tais pas à propos de ce que tu vois autour de toi », raconte-t-elle. « Une fois, j’ai retrouvé ma voiture vandalisée dans mon parking. Ils avaient rempli l’intérieur de sang ou de peinture rouge et inscrit sur le pare-brise qu’ils ne me laisseront pas vivre. J’ai retrouvé des messages similaires peints sur la porte de mon appartement et j’ai reçu un nombre incalculable de menaces de morts par SMS et sur les réseaux sociaux ».

Après l’arrestation de nombreux de ses collègues dont elle est restée sans nouvelles, elle a décidé de fuir.

Menaces et arrestations arbitraires

Les étudiants aussi font l’objet de menaces et d’arrestations arbitraires.

Ali Sari a vingt quatre ans. Titulaire d’une bourse en France, où il effectue une recherche sur le parti de la justice et du développement (AKP) à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), il a quitté la Turquie depuis plusieurs mois, mais est toujours en contact avec ceux qui y sont restés. Sous le coup d’un mandat d’arrêt, il ne peut pas rentrer chez lui.

Le comité dont il fait office de porte-parole, avec l’étudiante Tebessum Yilmaz, s’est donné pour mission de sensibiliser la communauté internationale à la situation que subissent les étudiants dans son pays à partir du moment où ils sont classés « ennemis du régime », voire « terroristes ».

« Il y a environ un an et demi, une grosse opération policière a eu lieu dans quatre universités du pays », se souvient-il. « Dix étudiants ont été placés en garde à vue à cause de leur appartenance présumée au PKK ou à tout autre mouvement opposé au parti de Recep Tayyip Erdogan. Trois d’entre eux ont pu s’échapper, mais les sept autres sont toujours incarcérés. Au mois d’août 2015, nous avons alors décidé de créer une association pour venir en aide à ces étudiants emprisonnés en mobilisant un réseau de solidarité avec des avocats, des chercheurs et des journalistes ».

Que deviennent les étudiants emprisonnés ? « Ils sont incarcérés pendant un an ou deux, puis ils sont relâchés, mais c’est souvent suffisant pour les empêcher de poursuivre leurs études correctement », soutient Ali Sari. « A un degré moindre, les étudiants qui fréquentent les étudiants kurdes sont tout simplement renvoyés des universités ».

Le régime, accuse-t-il, « cible surtout les étudiants les plus brillants. Ils sont dangereux pour Recep Tayyip Erdogan, car ils sont susceptibles de dénoncer ses pratiques et d’être entendus ».

Et de citer l’exemple de deux étudiants, Hega Türk et Gagri Kurt, arrêtés au mois de février 2016, « recalés à leurs examens de fin d’année parce que leur présence à l’université était requise et qu’ils étaient en prison à ce moment-là ».

« Quatre cent étudiants en prison »

Ali Sari dénonce surtout les conditions d’incarcération, « qui nous donnent l’impression d’être revenus dans les années 1990 », isolement pendant des semaines, enfermement dans des cellules « minuscules », tortures à coups de décharges électriques et menaces de viol permanentes pour les étudiantes en garde à vue.

Les dérives du régime, signale-t-il, vont parfois beaucoup plus loin. Un étudiant kurde, Cihan Kahraman, aurait été brûlé vif dans une cave par l’armée turque alors qu’il essayait d’échapper aux forces de l’ordre. Ali Sari évoque encore la mort d’un lycéen, abattu par la police lors d’une manifestation au moment du couvre-feu.

« Il y a près de quatre cent étudiants dans les prisons turques en ce moment », précise-t-il. « Le procureur a récemment requis dix mois de prison à l’encontre de quarante cinq étudiants de l’université technique du Moyen-Orient qui avaient protesté contre la venue du président Recep Tayyip Erdogan sur leur campus ». Mais une simple insulte peut aussi mener en détention.

« Gizem Yerik était une amie étudiant à l’université de Bursa Uludag et membre de l’association Feminist for Peace », raconte Ali Sari. Ils sont venus la chercher en salle de classe et elle a été emprisonnée six mois sous prétexte d’avoir insulté Recep Tayyip Erdogan. Elle n’a pu voir ni avocat ni famille jusqu’à l’ouverture de son procès, où elle a pu sortir en liberté conditionnelle avec une peine de quatre ans et neuf mois de prison avec sursis ».

Au mois de mai 2016, déjà, avant le coup d’état, l’Organisation des Nations Unies (ONU) avait publié un rapport s’inquiétant d’informations « alarmantes » sur des violations des droits de l’homme commises par les forces de sécurité et militaires turques dans le sud-est du pays.

« Certains journalistes se penchent aussi là-dessus. Il y a des preuves mais, pour des raisons diplomatiques, la communauté internationale est en train de laisser une dérive devenir la norme », regrette Ali Sari.

Esmeray Yogun renchérit, « la communauté internationale est conciliante et ferme les yeux sur ce qui se passe ».

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 19:50

https://www.paris-luttes.info/contre-les-violences-policieres-6728

Contre les violences policières, l'Union Syndicale Solidaire (USS) ne veut rien lâcher

Par Aurélie Edet

Mercredi 21 Septembre 2016, se tenait au local de l’USS une conférence de presse sur les violences policières qui ont une fois de plus émaillé une manifestation contre la loi travail et abouti à une blessure grave du côté des manifestants.

Laurent Théron, secrétaire médical à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (APHP) et syndiqué à la fédération de la santé de l'USS a perdu l’usage d’un oeil. Trois interventions se sont succédées à la tribune composée de l’avocat de Laurent Théron, Julien Pignon, du porte-parole de l’USS, Eric Beynel, et de Nicolas Guez pour la fédération de la santé de l'USS. Ce dernier s’est exprimé sur l’état de santé de Laurent Théron.

Hospitalisé dans l’attente d’une seconde opération de chirurgie reconstructrice, il a définitivement perdu l’usage de son œil suite à l’éclatement du globe oculaire. Il demeure cependant combatif et a fait le choix en toute conscience de répondre aux sollicitations des médias pour que de tels faits ne puissent plus se reproduire. Nicolas Guez a également détaillé les informations dont dispose le syndicat pour étayer l’hypothèse d’une bavure policière. Celle-ci ne fait plus guère de doute. Des vidéos et des photographies prises sur les lieux par des journalistes indépendants ou des militants ont été diffusées. Elles donnent clairement à penser que Laurent Théron a été victime d’un tir de grenade envoyée à la volée dans un groupe qui ne présentait pas la moindre menace pour les forces de l’ordre. Il a également indiqué qu’une trentaine de témoignages ont pu être collectés grâce à l’appel à témoins lancé par le syndicat qui a aussi mobilisé un réseau de journalistes indépendants. Des personnes présentes sur les lieux autour de Laurent Théron, qui ne se connaissent pas et semblent toutes abonder dans le même sens. L'endroit où se trouvait Laurent Théron était calme. Il n’y avait pas de groupe formalisé, pas de situation conflictuelle, pas d’invectives, pas d'appel à dispersion et pas de sommation. L'intervention des policiers qui ont lancé une charge est totalement disproportionnée.

Julien Pignon a donné des précisions concernant la procédure judiciaire qui va s’engager désormais. Une plainte a été déposée par Laurent Théron lors de son audition par l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN). Une dizaine de personnes sont actuellement en cours d’audition par la police des polices. Une section du parquet du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris a ordonné une enquête pour le chef d’accusation de violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente, une infraction criminelle particulièrement grave et rare. L’avocat a insisté sur la nécessité de demander au plus vite la désignation d’un juge d’instruction. Il a dénoncé au vu des éléments en sa possession un usage disproportionné de la force et une utilisation irrégulière du matériel de répression de la police. Julien Pignon s’est aussi indigné du temps d’intervention des secours qui semblent avoir mis plus d’une heure à prendre en charge Laurent Théron. Selon lui, « les forces de l’ordre n’ont visiblement pas agi avec l’urgence nécessaire, alors qu’une blessure à la tête peut se révéler mortelle ». Il faudra déterminer dans le cadre de l’enquête si les policiers ont failli à leur obligation de signaler sans délai l’accident et si tout a été mis en œuvre pour une intervention rapide des secours. Une blessure à la tête doit être considérée comme une urgence vitale et Laurent Théron aurait dû en tout état de cause être exfiltré de la place dans des délais bien plus brefs. D’autant que de nombreux hôpitaux et casernes de pompiers se trouvent à proximité directe de la place de la République.

Eric Beynel s’est exprimé quant à lui sur le contexte politique de cette répression et a indiqué son intention de formaliser une saisine du défenseur des droits. Depuis le début du mouvement, les provocations policières et des consignes dangereuses ont provoqué de nombreux blessés.

Chaque manifestation dans tous points de France a fait l’objet semaine après semaine d’atteintes graves à la liberté de manifester. Nasses, fouilles, intimidations, jets nombreux de grenades lacrymogènes ou de désencerclement et proximité immédiate et imposée des forces de l’ordre au contact des cortèges, sont autant d’éléments à charge pour décrire la stratégie de tension du pouvoir en place. Une nouvelle doctrine du maintien de l’ordre que dénonce également Nicolas Guez qui décrit une stratégie mise en œuvre depuis de nombreux mois et que l’on a pu voir à l’œuvre précédemment lors des interventions de répression policière à Notre-Dame-Des-Landes (NDDL) ou sur la Zone A Défendre (ZAD) du Testet qui a abouti à la mort de Rémi Fraisse.

Laurent Théron, toujours hospitalisé, a tenu à apporter de sa chambre d’hôpital un chaleureux message de remerciement aux camarades syndiqués qui lui ont apporté leur soutien. « Merci les amis, merci pour tout, je suis si petit mais, grâce à vous tous, à tous les sudistes, à l'USS, à la Confédération Générale du Travail (CGT) et à tous ceux qui s’organisent, nous faisons et nous réaliserons quelque chose de grand. J’espère que ces grenades ne seront plus jamais utilisées. J’espère que la loi travail sera supprimée ». Nous ne pouvons que l’espérer de notre côté autant que nous resterons déterminés à ce que justice soit faite.

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