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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:01

 

http://www.mediapart.fr/journal/france/131111/les-quartiers-populaires-font-bloc-contre-les-politiques-paternalistes

Les quartiers populaires font bloc contre les «politiques paternalistes»

Par Ellen Salvi

Lundi 14 novembre 2011 

Le fait est assez rare pour être souligné. Samedi en début de soirée, après trois heures de débat passionné, les associations du Forum social des quartiers populaires (FSQP) décident d'écrire ensemble un texte actant la création d'un front commun pour défendre leurs droits.

 

Tandis que l'amphithéâtre de l'université de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), qui a accueilli leurs échanges durant deux jours, se vide, Christel, du FSQP, relit le texte à voix haute devant une vingtaine de militants: «Ce mouvement n'a pas vocation à remplacer les mouvements existants, mais à être l'expression politique d'une identité commune.»«De NOTRE identité commune», renchérit un jeune homme. La phrase est modifiée.

 

Chacun tombe d'accord pour attendre les troisièmes rencontres nationales des luttes de l'immigration – qui se tiendront du 25 au 27 novembre à Créteil (Val-de-Marne) – avant de parapher le document. Encore deux semaines de patience qui laisseront aux représentants de la quarantaine d'associations qui œuvrent en banlieue le temps de discuter avec leurs militants.

 

«Ce n'est pas anodin que l'on arrive, au bout de deux jours de débats, à acter la nécessité d'une action commune des associations et des mouvements issus des quartiers et de l'immigration, explique le Toulousain Salah Amokrane, ex-porte-parole des Motivé-e-s, membre de Tactikollectif et chef de file du FSQP. A partir de cette base-là, on peut enfin envisager la suite.»

 

Cette décision est d'autant plus importante qu'un tel rassemblement s'annonçait ardu. «Ils ont grandi ensemble et sont taraudés par les mêmes problèmes de fond. Et pourtant, les conditions d'un rapprochement ont toujours été compliquées», regrette Bernadette Hetier, co-présidente du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), venue à l'université de Saint-Denis «à titre personnel».

 

Mais quel est donc ce mal qui freine la moindre initiative du FSQP et empêche un vrai rapprochement des différentes associations qui le composent ? La réponse est sur toutes les lèvres: ego. «On va continuer combien de temps à faire chacun de notre côté ? A se rassembler pour rien ? On va mourir ici, c'est ça ?, questionne dans l'assistance Salika Amara de FFR (Filles et fils de la République). On n'a plus le temps désormais ! C'est l'urgence !»

 

En 2009, le FSQP avait acté son entrée en politique. Deux ans plus tard, les quelque deux cent militants réunis pour la quatrième édition du Forum sont tombés d'accord sur la nécessité de dépasser les ambitions de chacun et de mettre de côté les querelles intestines pour porter une parole commune.

 

Des handicaps quotidiens

 

Mouvement des travailleurs arabes (MTA),Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB), Collectif des musulmans de France(CMF), Indigènes de la République, collectif féminin «Quelques-unes d'entre nous», ACLEFEU... Chacune des organisations du FSQP porte un combat spécifique qui, s'il est désormais bien ancré localement, peine à trouver un écho sur le plan national.

 

Pourtant, les préoccupations exposées pendant deux jours dépassent largement le cadre des quartiers populaires: transports («c'est hors de prix de se déplacer de banlieue en banlieue»), logement, santé («même la tuberculose réapparaît à Clichy-sous-Bois»), emploi... Des handicaps quotidiens, nourris sur le terreau des inégalités, qui n'épargnent personne.

 

Pour Abdelaziz Chaambi du CMF et de l'Union des jeunes musulmans (UJM), cette difficulté des associations à se faire entendre est le résultat d'un «système qui travaille sur des individus et met en avant des personnalités, des gadgets médiatiques». Dans un tel contexte, chacun à voulu mettre en lumière son propre combat, au risque de le voir se dissoudre dans le millier d'autres luttes qui touchent les quartiers populaires.

 

«Jusqu'à présent, c'était "Moi je suis noir, je vais parler du racisme anti-noirs", "Moi je suis une femme, je vais parler du féminisme", mais il faut dépasser ça !, poursuit-il. Aujourd'hui, on a mis tout le monde au pied du mur. On a dit: "Toi, tu vas plus nous la faire à l'envers. Tu vas pas venir demain te réclamer des luttes contre les bavures policières, la discrimination ou l'urbanisme à deux balles pour dire moi je". C'est plus "moi je", c'est "nous" maintenant.»

 

Selon Abdelaziz Chaambi, le texte qui s'est écrit au terme des deux jours de débats est le résultat d'une réflexion engagée depuis la création du FSQP en 2007, mais aussi le moyen le plus efficace de vérifier que tout le monde tiendra sa parole: «J'appelle ça une opération tamis, dit-il. On va voir les bons grains livrés, ceux qui sont vraiment honnêtes et prêts à dépasser leur ego, leur petite structure et leur petite identité pour faire don de leur maturité politique au collectif.»

 

Au FSQP, on s'emporte et on s'enthousiasme, autant que l'on se méfie. Des bonnes intentions avortées, des promesses non tenues, de «la masturbation des esprits» exercée au détriment de l'action. Des partis politiques aussi, pour ne pas dire surtout. Le débat de samedi après-midi s'est d'ailleurs ouvert sur l'avertissement suivant: «Ceux qui sont là pour vendre des alliances électorales, qu'ils écoutent, mais ne vendent rien. On risque d'être très secs avec ceux qui nous prennent pour des bouffons.»

 

Le «hold-up» de Montpellier

 

Aux quelques personnalités politiques qui ont, selon les mots d'Abdelaziz Chaambi, «le culot ou la bêtise de venir avec une posture paternaliste pour essayer de gratter et de récupérer quelques voix», le FSQP réserve un accueil pour le moins glacial. Adhérer à un parti, pourquoi pas, mais à deux conditions: que les revendications des habitants des quartiers populaires deviennent des priorités et qu'elles soient portées par les «vrais acteurs de ces luttes».

 

 «Pour le moment, on en est très loin, regrette Abdelaziz Chaambi. La priorité des politiques, c'est le CAC 40, le grand méchant loup du capitalisme, le FMI, tout ça. On n'est pas dupes, on n'est pas des ignares, on connaît très bien les mécanismes puisque c'est dans les quartiers populaires qu'ils sont expérimentés. La gestion policière, militaire, économique... Eux l'analysent dans leurs laboratoires, nous on la vit au quotidien depuis 30 ans.»

 

Les militants du FSQP se disent «écœurés» par l'ensemble des forces de gauche qui «ont toujours cherché à (les) instrumentaliser et n'ont jamais tenu leurs promesses». Pour autant, plusieurs d'entre eux, à l'instar de Salah Amokrane, croient encore «qu'il y a des possibilités de faire des choses avec les partis politiques, mais le préalable c'est d'avoir un poids suffisamment important pour pouvoir le faire».

 

Après avoir conduit une liste autonome à Toulouse pour les municipales en 2001 et obtenu «un résultat intéressant», M. Amokrane sait que la nature des rapports change lorsque l'on passe par les urnes: «Les questions que l'on met en avant sont mieux entendues et je ne crois pas que c'est parce qu'elles sont mieux comprises.»

 

Alors que les discussions reprennent de plus belle dans l'amphithéâtre, un autre débat s'engage dans les couloirs de l'université de Saint-Denis. La militante féministe Clémentine Autain, en charge de l'organisation des fronts thématiques dans l'équipe de campagne du candidat du Front de gauche à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, s'apprête à partir lorsqu'elle est accostée par le président d'ACLEFEU, Mohammed Mechmache. Ce dernier veut mettre au clair une affaire qui lui «a mis un peu les nerfs», celle de Mohamed Bouklit, candidat à Montpellier aux dernières cantonales, ayant obtenu 35% au second tour sous l'étiquette du Front de gauche (lire notre enquête ici).

 

Actif dans les quartiers montpelliérains de La Paillade depuis plus de dix ans, ce jeune docteur en informatique a quelque peu irrité les militants associatifs du FSQP en créant le «Front de gauche des quartiers populaires». «Une initiative isolée», si l'on en croit Clémentine Autain. «Un hold-up», pour Mohammed Mechmache qui regrette que ce «mec qui n'a aucune légitimité» ait récupéré toutes les idées du FSQP, sans que le Front de gauche, qui l'a pourtant accueilli en son bureau national, s'en offusque.

 

 «C'était à vous de dire que vous aviez déjà rencontré des gens avec une légitimité, une histoire, des combats nobles, assure le président d'ACLEFEU à Clémentine Autain. Autour de la table des dernières régionales, il y avait Mélenchon, Besancenot, toi... Vous ne pouvez pas faire semblant aujourd'hui !»

 

«Les politiciens ne peuvent pas nous la faire»

 

Pour Abdelaziz Chaambi, «l'affaire Bouklit» n'est qu'un exemple de plus permettant d'illustrer la récupération des partis politiques. «Mélenchon, c'est un mec qui veut faire carrière. Il dit "Moi je fais du populisme, je fais de la grande gueule". Il met un peu de noirs, un peu d'arabes, un peu de musulmans... C'est comme ça qu'il a récupéré Bouklit. Moi j'ai des factures de téléphone, où j'ai passé des heures avec lui pour le briefer. Ils nous l'ont absorbé. Ils nous sabotent le truc. Et maintenant ils font ce "Front de gauche des quartiers populaires". C'est insultant. On ne dit pas que les quartiers populaires sont notre propriété privée, mais soyons sérieux, on ne va pas se la jouer entre nous, on voit bien leur business, les politiciens ne peuvent pas nous la faire.»

 

Si elle comprend la défiance du FSQP à l'égard des politiques et entrevoit l'ampleur de la tâche qui attend la gauche pour renouer le dialogue avec les quartiers populaires, Clémentine Autain estime que «les propositions du Front de gauche sont les mieux à même de répondre à leurs préoccupations»: «C'est notre défi d'inventer de nouvelles formes de co-production de la politique qui permettent de travailler ensemble et pas dans une logique délégataire», poursuit-elle avant d'être de nouveau prise à partie par un militant venu de Vaulx-en-Velin (Rhône).

 

«Ce qui se dit ici est une caisse de résonance des quartiers populaires, conclut Clémentine Autain. Notre travail avec eux est un travail au long court qui va bien au-delà de la présidentielle.» Si la prochaine échéance électorale n'est pas, selon Salah Amokrane, celle où le FSQP peut le mieux se positionner, elle reste toutefois à l'esprit de chacun.

 

 «On travaille sur le plus grand parti de France: le parti des abstentionnistes, estime Abdelaziz Chaambi. Aujourd'hui, dans les quartiers populaires, il y a peut-être 5% de gens qui votent. Donc, on a un potentiel de 95%. S'ils veulent être cohérents avec leur vision de la démocratie participative, les politiques doivent nous aider à mobiliser ces gens-là, non pas pour venir alimenter le truc ou coller leurs affiches, mais pour les rendre autonomes.»

 

Une ambition partagée par ACLEFEU qui a relancé, mercredi 9 novembre à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), une campagne citoyenne pour inciter les jeunes des quartiers populaires à s'inscrire sur les listes électorales. Pour le président du collectif, Mohammed Mechmache, les choses sont claires: «L'élection présidentielle devra se faire avec la voix de la banlieue.»

 

Toutes les personnes citées ont été interrogées, samedi 12 novembre, en marge du Forum social des quartiers populaires (FSPQ) qui se tenait à l'Université de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:28
 
 

Lettre ouverte du mouvement Démocratie réelle Indignés de Paris aux militants et associations pour les libertés et les droits humains

  
Un projet est actuellement en discussion au niveau du réseau international des Indignés : l’élaboration d’une charte commune des droits humains, en perspective de la prochaine journée mondiale d’action des Indignés le 10 décembre, dont le thème sera les droits humains.
  
Pour contribuer à ce projet, l’Assemblée du mouvement à Paris organise une assemblée thématique sur les droits humains le samedi 3 décembre, sur le parvis de la Défense, à partir de 14 heures.
 
Cette Assemblée aura pour objectif de définir des propositions concrètes qui pourront ensuite être mises en commun avec les propositions des autres assemblées, et avec elle faire l’objet d’un débat dans l’ensemble du mouvement.
 
La journée du 10 décembre marquerait le lancement de ce débat au niveau international.
 
L’assemblée du 3 décembre doit permettre d’ancrer ce projet international dans un processus local, démocratique, autogéré et populaire, en donnant la parole à chacun en tant que personne, dans le respect et l’écoute de chacun.
 
Il nous semble très important de bénéficier de l’expérience et du travail réalisé par les militants des associations engagés pour les droits dans différents champs : droit des citoyen-ne-s, des femmes, des migrants, des travailleurs, des sans-papiers, des locataires, des chômeurs, des sans-logis, des enfants, des détenus, des justiciables, de la presse, etc.
 
Aussi nous invitons fortement les militant-e-s de ces associations à participer à cette assemblée, et les associations à relayer auprès d’eux cette invitation. Si vous souhaitez participer à l’organisation du débat, vous pouvez contacter la commission Réseau du mouvement à Paris : drp.reseau@gmail.com.
 
Mouvement Démocratie Réelle maintenant / Indignés de Paris
 
Adopté par consensus en Assemblée Générale à La Défense, le 20 novembre 2011
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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 21:03

 

http://www.humanite.fr/monde/espagne-la-percee-historique-dizquierda-unida-484140

 

Lundi 21 Novembre 2011

Espagne : la percée historique d’Izquierda Unida

Malgré un système électoral qui privilégie les partis nationalistes régionaux face aux petites formations nationales, les écolos-communistes d’Izquierda Unida occuperont onze sièges contre deux auparavant, au Congrès, la puissante chambre basse du Parlement où elle va constituer un groupe parlementaire.

 

"Nous n'allons pas devenir une institution. Nous allons continuer dans la rue", assurait dimanche Cayo Lara, candidat d’IU à la présidence du gouvernement. Avec sept cent mille voix en plus par rapport aux législatives de 2008, Izquierda Unida qui comptait deux députés jusqu'à présent, a ainsi réussi à se frayer un chemin et occupera onze sièges au Congrès. "Vous ne pouvez pas imaginer comme cela fait plaisir que la joie entre, de temps en temps, dans la maison des pauvres", a ajouté Coyo Lara. Une percée qui fait écho au mouvement des indignados, né il y a six mois en Espagne et sonne comme un avertissement aux grands partis dont la crédibilité s'effrite sous l'effet de la crise.

 

Et ce en dépit d'un système électoral complexe, résultant de la forte décentralisation de l'Etat espagnol, qui privilégie les partis nationalistes régionaux face aux petites formations nationales. En nombre de voix, Izquierda Unida est la troisième formation espagnole, derrière les socialistes.

 

Sous l'effet des nouvelles mesures d'austérité qui se profilent, la mobilisation sociale pourrait gagner en ampleur, alors que le chômage reste à un niveau record (21,52%). "L'axe central du discours de campagne d'IU passait par une opposition frontale aux politiques du gouvernement et aux coupes budgétaires à venir", souligne le politologue Anton Losada. "La période qui s'ouvre va voir les syndicats et les partis politiques de gauche jouer un rôle très actif", ajoute-t-il.

 

"Après le 20 novembre, la lutte se poursuit dans la rue", annonçait, comme en écho, une grande affiche placardée dimanche soir sur la Puerta del Sol, la place au centre de Madrid qui a vu naître les "indignés" au printemps. "Nous pouvons nous attendre à un grand mouvement social", assure Manolo Nolla, 64 ans, l'une des têtes les plus visibles de la commission économique des "indignés" madrilènes.

 

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 20:46

 

http://www.fr.news.yahoo.com/la-place-tahrir-envahie-par-les-partisans-du-174406373.html

 

La Place Tahrir envahie par les partisans du changement

 

LE CAIRE (Reuters) - Des dizaines de milliers d'Egyptiens réclamant un régime civil ont envahi vendredi la place Tahrir au Caire pour une journée "de la dernière chance", après une semaine de violences qui ont fait quarante et un morts.

 

La manifestation a coïncidé avec la nomination de Kamal Ganzouri à la tête d'un gouvernement de "salut national".

 

Avec le soutien des syndicats, les contestataires espéraient réunir un million de personnes dans les rues de la capitale égyptienne. Vendredi, jour de la prière, est traditionnellement la journée qui réunit le plus de monde lors des manifestations organisées dans les pays secoués par le "printemps arabe".

 

Dans le même temps, cinq mille personnes agitant des drapeaux égyptiens ont manifesté en soutien au conseil militaire dans le quartier cairote d'Abbassiya. "L'Egypte ne sera pas gouvernée depuis la place Tahrir", pouvait-on lire sur une banderole.

 

Le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, président du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir depuis la chute d'Hosni Moubarak en février, a chargé un ex-Premier ministre de l'ancien régime de former un gouvernement de "salut national", doté des "pleins pouvoirs".

 

Kamal Ganzouri, septuagénaire, ancien chef du gouvernement à la fin des années 1990, remplace Essam Charaf, qui a démissionné lundi face aux manifestations contre l'armée.

 

"J'ai demandé au maréchal de me laisser un peu de temps pour former un gouvernement qui satisfera toute la population", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

 

Il a précisé que le gouvernement ne serait pas annoncé avant lundi, jour du début de la première phase des élections législatives.

 

PRESSION DE LA MAISON BLANCHE

 

Si Ganzouri est considéré comme un homme politique intègre, ses responsabilités sous le règne du "raïs" sont mal perçues par la rue, qui s'inquiète aussi de son âge (78 ans).

 

L'annonce de la nomination de Ganzouri a été mal accueillie par la place Tahrir.

 

"Nous ne voulons pas de quelqu'un qui soit lié à l'ancien régime, on veut un transfert complet des pouvoirs au nouveau gouvernement", explique Mohamed Abdel Kerim, étudiant, qui pense que la nomination de Ganzouri est un stratagème destiné à diviser les manifestants.

 

L'Union européenne et les Etats-Unis ont demandé vendredi de transférer le plus tôt possible le pouvoir à un régime civil et d'organiser les élections selon le calendrier prévu.

 

Le CSFA a promis que les élections législatives débuteraient bien lundi. Mais les opérations de vote, lors des trois phases du scrutin, seront étalées sur deux jours au lieu d'un pour éviter "une trop grand affluence et des problèmes de sécurité".

 

Répondant à la principale revendication des contestataires, les militaires ont en outre promis d'accélérer le transfert du pouvoir aux civils en annonçant que l'élection présidentielle, qui parachèvera la transition, aura lieu en juin, six mois plus tôt que le calendrier initialement prévu.

 

CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES

 

Une masse imposante d'hommes, de femmes et d'enfants a convergé vers Tahrir avant les prières du vendredi. Atef Sayed, 45 ans, est venu pour la première fois, avec sa femme et ses enfants.

 

"Nous sommes venus demander que le conseil militaire remette le pouvoir aux civils et se concentre sur les affaires militaires. Neuf mois ont passé (depuis la chute d'Hosni Moubarak) et beaucoup de choses ont pris la direction inverse de celle voulue par les révolutionnaires", a-t-il dit.

 

La Fédération des syndicats indépendants avait invité les travailleurs à marcher sur Tahrir. Une autre organisation syndicale avait lancé un mot d'ordre de grève générale en signe de solidarité avec les manifestants. L''hiver dernier, les syndicats avaient joué un rôle important dans le mouvement populaire qui est venu à bout du régime d'Hosni Moubarak.

 

Les généraux ont par ailleurs présenté leurs excuses pour la mort des manifestants et promis des indemnités aux familles des victimes.

 

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les manifestants de la place Tahrir et les forces de l'ordre ont conclu une trêve qui a ramené le calme dans le centre de la capitale. Mais des barricades ont été érigées pour fermer la rue Mohamed Mahmoud, scène de violentes échauffourées ces derniers jours.

 

Au terme d'une semaine ou presque de tension, le retour de ce climat de violence fait craindre à nombre d'Egyptiens que l'économie du pays, où le tourisme joue une part importante, n'ait encore plus de mal à se relever.

 

Jeudi, la Banque centrale a relevé ses taux directeurs pour la première fois depuis deux ans mais la livre égyptienne est tombée à six livres pour un dollar, pour la première fois depuis janvier 2005. L'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la note souveraine à long terme du pays de B+ à BB-.

 

Ces difficultés économiques pourraient servir la popularité de Kamal Ganzouri. Lors de son passage à la tête du gouvernement, entre 1996 et 1999, il avait pratiquement ramené le budget à l'équilibre, réduit l'inflation et maintenu la stabilité des taux de change.

 

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 18:10

 

http://www.michelcollon.info/Calomniateurs-d-Indymedia-Paris-et.html

 

Calomniateurs d’Indymedia Paris et Compagnie, je vous propose un débat public

Par Michel Collon

Mardi 15 Novembre 2011

Depuis que j’ai publié le livre « Israël, parlons en », vous m’accusez d’antisémitisme et de collusion avec l’extrême droite. Mais vous n’avez jamais été capables de présenter la moindre critique concrète contre ce livre. Et pour cause, si on le lit, toutes vos calomnies tombent par terre.

Donc, vous cachez soigneusement le contenu de ce livre à vos lecteurs dans le but de m’attaquer avec mauvaise foi. Vous avez pris bien soin de ne jamais me demander ce que j’avais à répondre à vos accusations délirantes. Et de temps en temps vous en ajoutez d’autres en déformant mes positions contre la guerre.

La semaine dernière, vous avez fait annuler une conférence à Paris en manipulant les responsables d’une salle avec de fausses informations pour semer la panique. Ce faisant, vous sabotez le travail de solidarité avec la Palestine, vous divisez, vous faites le jeu d’Israël et des Etats-Unis. Cela pose beaucoup de questions.

En fait, vous prétendez décider à la place des gens ce qu’ils ont le droit d’entendre. Vous pratiquez la chasse aux sorcières et une censure qui n’a rien « d’antifasciste ». Tout cela est très suspect d’autant que votre cabale a été mise en œuvre d’une façon lâchement anonyme par un soi-disant Collectif inconnu et incontrôlable.

Je vous propose de sortir de cet anonymat et de laisser le public trancher lui-même si je suis d’extrême droite ou bien si vous êtes des charlatans de mauvaise foi.

Aurez-vous le courage d’accepter un débat public à Paris en décembre ?

 

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 17:49

 

Vous trouverez ci-dessous la troisième et dernière partie du message de Stathis Kouvélakis relatif à la crise politique grecque. Le message est disponible en totalité si vous consultez le site ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.alencontre.org/laune/grece-coup-d%e2%80%99etat-europeen-face-au-soulevement-populaire.html

L’impuissance paradoxale de la gauche radicale grecque

Depuis le début de la crise de la dette, la gauche radicale grecque se trouve dans une position paradoxale. Elle se renforce sur le plan électoral, partant d’un niveau qui est déjà le plus élevé d’Europe (cf. encadré, plus bas). Ses militants sont très actifs dans les mobilisations, même si le «mouvement des places» a révélé ses difficultés à s’ouvrir à des secteurs sociaux extérieurs à ses sphères traditionnelles d’influence. Pourtant, elle peine à intervenir politiquement dans la situation, à proposer une alternative crédible aux politiques barbares mises en œuvre et rejetées par la quasi-totalité de la société. Elle n’arrive pas de ce fait à dégager une issue politique à la vague de colère populaire, qui risque de connaître une trajectoire «argentine»: un soulèvement populaire capable de faire chuter le pouvoir en place, mais dépourvu de solution politique de rechange.

Deux facteurs pèsent d’un poids particulier dans cet état de fait. Tout d’abord la profonde division, plus exactement l’ambiance de guerre intestine, qui règne entre ses deux principales composantes : le Parti communiste (KKE) d’une part, engoncé dans une ligne sectaire et nostalgique du passé stalinien, qui reste la force dominante aussi bien sur le plan électoral que militant, et la Coalition de la gauche radicale (Syriza), de l’autre, qui prône une démarche unitaire, mais qui peine à trouver une cohérence interne entre ses multiples composantes et tendances et tend à se replier sur une proposition d’unité «a minima», basée sur un simple refus de l’austérité. Nécessaire à l’unité d’action, une telle base s’avère toutefois insuffisante quand se pose la question d’une alternative de pouvoir.

Placées devant ce redoutable défi, ces formations ont le plus grand mal à formuler des propositions précises et un tant soit peu audibles sur les questions-clés où se jouent la légitimité des politiques menées et la possibilité d’une autre logique, à savoir la dette et la question de l’euro et, plus largement, des rapports avec l’UE. La ligne majoritaire au sein de Syriza, et, surtout de sa principale composante, Synaspismos, est de proposer une renégociation de la dette dans le cadre de l’UE et de la zone euro, sans recours à la cessation de paiement. La question de l’euro ou de la structure antidémocratique et néocoloniale de l’UE sont minimisées et/ou renvoyées à un futur indéterminé, lorsqu’un «mouvement social européen» aura changé la donne au niveau de l’UE tout entière, ou du moins de son noyau. Faut-il préciser que ces propositions paraissent en complet décalage par rapport à la situation, peu crédibles et suscitant une opposition interne croissante?

Devant cette impasse, des courants importants de Synaspismos (le « courant de gauche » dirigé par l’actuel porte-parole parlementaire de Syriza Panagiotis Lafazanis) ainsi que d’autres composantes de Syriza regroupées dans le Front pour la Solidarité et la Rupture (dirigé par l’ancien président de Synaspismos Alekos Alavanos) haussent le ton et rompent avec le consensus européiste. Ils prônent une renégociation de la dette «à la Kirchner», menée sous la pression d’une cessation de paiement à l’initiative du pays emprunteur, accompagnée d’une sortie de l’euro et de la nationalisation du secteur bancaire, qui permettraient une dévaluation de la monnaie et une sortie de la logique de la «dévaluation interne» (fondée sur la baisse drastiques du coût du travail) imposée par les cures d’austérité. En plus des arguments économiques, une rupture avec l’euro et la logique des institutions européens, sans sortie immédiate de l’UE, est également jugée nécessaire pour des raisons politiques : comment sortir le pays de la tutelle où il se trouve actuellement et relancer un fonctionnement démocratique sans accepter un découplage, fût-il partiel, avec l’UE et le rétablissement de sa souveraineté nationale?

Cet agenda est du reste déjà défendu par le regroupement des forces de l’extrême gauche Antarsya, qui a connu quelques succès électoraux lors des régionales et municipales de novembre 2010 (cf. encadré, plus bas), et qui défend la cessation de paiement, la sortie de l’euro et la nationalisation des banques comme socle d’un programme de rupture anticapitaliste. Toutefois, malgré d’importantes convergences, et une audience croissante, le «pôle anti-UE» de la gauche radicale peine à se coordonner et à acquérir une visibilité.

La situation est encore plus figée du côté du Parti communiste. Traditionnellement hostile à l’UE, partisan d’une sortie de la Grèce de l’Union, ce parti se montre pourtant très prudent sur ce terrain depuis le début de la crise, soulignant que tous ces problèmes, ainsi que celui de la dette, ne pourront être résolus qu’une fois «renversé le pouvoir du capital monopoliste» et instauré le «pouvoir populaire», sous la direction, naturellement, du parti. Cette rhétorique « gauchiste » sert en réalité à justifier une pratique quiétiste sur le plan des mobilisations, avant tout soucieuse de refuser toute forme d’unité d’action et accusant Syriza (et Antarsya) d’être des «forces opportunistes» jouant «le jeu de la bourgeoisie et de l’UE».

En réalité, tout comme ceux de Syriza, les dirigeants du KKE manient un discours radical, mais désincarné, en ayant avant tout l’œil sur les sondages, qui créditent la gauche radicale de ses scores les plus élevés depuis les années 1970 (cf. encadré, plus bas). Ils semblent se contenter de ce rôle de réceptacle passif de la colère populaire, rôle partagé qui crée entre eux une sorte d’étrange complicité, par-delà la virulence des polémiques. Pour le dire autrement, ce qui se trouve exclu dans les deux cas, quoique par des cheminements opposés, c’est l’idée d’une alternative qui se construit sur des objectifs transitoires et répond concrètement aux problèmes cruciaux posés par la crise : dette, appartenance à l’euro, modèle économique, refondation démocratique, indépendance nationale et rapports avec l’UE.

C’est cette complicité perverse qui explique que la proposition de référendum de Papandréou a mis dans un premier temps aussi bien Syriza que le KKE dans l’embarras, surtout lorsqu’il est apparu que se poserait la question de l’euro et d’une rupture concrète avec la cage de fer imposée par l’UE. Au lieu du référendum, qu’ils ont fini par soutenir en appelant à un vote «non», Syriza et le KKE ont préféré mettre en avant le mot d’ordre d’élections anticipées. Et ils continuent de le faire, espérant transformer en sièges les scores que leur accordent les enquêtes d’opinion.

Cette gestion routinière d’une situation extra-ordinaire, dans tous les sens du terme, s’avère toutefois grosse de dangers. La formation du gouvernement Papadémos, qui scelle le front commun des classes dominantes grecques et européennes, place la gauche radicale grecque au pied du mur. Loin d’être une force marginale, condamnée à un rôle de témoignage, elle se voit désormais investie d’une responsabilité proprement historique : construire un front social et politique en mesure de relever le défi lancé par un adversaire déstabilisé mais d’autant plus dangereux, prêt à toutes les aventures. Si elle se dérobe, et s’avère incapable de changer la donne, elle pourrait fort bien être balayée de la scène, comme l’ont été toutes les forces politiques, y compris de la gauche radicale, des pays qui ont déjà subi la « stratégie du choc ».

Cette responsabilité est du reste loin d’être une responsabilité uniquement nationale. Dans un article retentissant, publié en juin dernier dans le New York Times, l’historien britannique et spécialiste d’histoire grecque contemporaine Mark Mazower, rappelait à tou·tes celles et ceux qui n’ont d’yeux que pour la gloire des Anciens, qu’au cours des deux derniers siècles la Grèce moderne s’est retrouvée à plusieurs reprises «à la pointe de l’évolution européenne» [18]. En s’engageant dans une guerre d’indépendance, que les Grecs eux-mêmes ont toujours appelé «la Révolution de 1821», ils furent les premiers à ébranler l’ordre de la Sainte Alliance. Par leur «non» de 1940, leurs victoires contre les troupes de Mussolini et leur lutte massive contre l’occupant, ils ont été aux avant-postes du combat antifasciste. En se soulevant, il y trente huit ans, contre la dictature des colonels, ils ont montré la voie à d’autres peuples, du Sud européen ou d’Amérique latine, qui subissaient une oppression comparable. Peut-être donc, que, renouant avec ce fil qui traverse son histoire moderne, la Grèce donnera une fois de plus le signal du soulèvement européen contre l’oppression, cette fois contre la dictature des financiers, des affairistes et de leurs pathétiques commissaires politiques.

Stathis Kouvélakis est enseignant en philosophie politique au King’s College de l’université de Londres.

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 20:47

 

http://www.tempsreel.nouvelobs.com/monde/20111117.OBS4767/interview-nous-ne-refusons-pas-une-intervention-militaire-en-syrie.html

 

Saleh al Hamoui est l'un des chefs de file clandestins de l'Union des coordinations de la révolution syrienne. Contacté par e-mail, il nous raconte en exclusivité son quotidien de militant dans la ville de Hama.

Par Sarah Halifa-Legrand et Céline Lussato.

Pourquoi vous êtes-vous engagé et comment expliquez-vous votre à la tête du mouvement de révolte ?

J’ai choisi ce chemin, comme tous mes frères de la révolution, pour nous libérer de la tyrannie. Par ses erreurs répétées, le régime n'a fait qu'accroître notre détermination à lutter. Si je suis à la tête du mouvement, ce n’est que le résultat d'une répartition des rôles entre nous : les uns ont choisi l’action dans la rue, d’autres l’information, d'autres encore, dont je fais partie, la planification de l'union des groupes. 

Sans vous mettre en danger, que pouvez-vous nous raconter vos conditions de vie actuelles ?

Mon travail se divise en deux parties : l'une sur le terrain, l'autre sur internet. Sur le terrain, je planifie les manifestations et je les organise. Je détermine le parcours des manifestations, je prépare les banderoles, je formule les messages à scander. J'encourage ceux qui ont encore peur d'exprimer leurs revendications de liberté à le faire. Je supervise les listes des martyrs, des blessés, des détenus, afin de distribuer à leurs familles des aides financières. J'avais installé dans ma maison un hôpital de fortune, où je prodiguais moi-même des soins. Mais l'armée est venue tout saccager et a emporté les médicaments. Bien sûr, je participais aussi aux manifestations, mais je ne peux plus le faire car je suis recherché par les services de sécurité. J'interviens sur les chaînes de télévision satellitaires et sur les radios pour témoigner de ce qui se passe dans mon pays, sans me montrer physiquement, car cette activité est considérée comme le crime le plus grave par le régime. Je communique et coordonne la résistance avec mes frères des autres villes, pour unifier nos efforts et nos conceptions afin de préparer la Syrie de demain, pour alerter les organisations des droits de l'homme sur les crimes du régime, et les documenter. 

Pouvez-vous nous donner les profils des membres des coordinations ? Que veulent-ils ?

L’Union des coordinations représente la majorité de la rue en révolte car elle regroupe plus de cent cinquante comités de coordination à travers toute la Syrie. Parmi ses nombreux membres, je peux vous citer : Abou Abdo et Abo Hassane, ils ont la trentaine et s’occupent des medias et de la communication ; Souhair al-Atassi, elle est l’un des piliers de l’Union des coordinations ; l’administrateur de la page la révolution syrienne sur Facebook ; Saba, un des plus important coordinateur administratif au sein de la coordination ; Sameh, le coordinateur administratif de la ville de Hama et le secrétaire de la coordination ; Guivara, il a la trentaine, il est membre du bureau politique ; Fayssal et Mohamad Doumani, ils ont la vingtaine et surveillent l’application des décisions ; Free Sham, également la trentaine, membre du conseil révolutionnaire et coordinateur général de la ville de Damas ; Oukba, le responsable du bureau médiatique… Ils ont tous la même volonté de servir la révolution. 

Quelles sont la nature et la philosophie de votre révolution ?

Nous luttons pour la dignité d’un peuple fier et pour sa liberté. Une liberté qui repose sur les droits de l’Homme, la justice. C’est une révolution humaine et sociale par excellence, elle ressemble aux révoltes des esclaves. Auparavant, très peu d’opposants s’exprimaient ouvertement. La liberté a été le premier mot que nous avons crié – et il l’est toujours. Les manifestations ont ensuite pris le tournant de la revendication politique, elles se sont transformées en révolution pour l’indépendance, contre l’occupation. Une occupation qui nous est imposée par la force des armes et par les chars dans nos villes. 

Après huit mois de bras de fer entre manifestants et régime, comment envisagez-vous l'avenir immédiat ? Quelle est votre stratégie ?

Nous voyons que le régime est en train de tomber. Mais plus il se rapproche de sa chute, plus nous craignons qu’il commette toujours plus de crimes. Il commence à sentir la force de cette révolution et à comprendre qu’il ne pourra pas l’arrêter. Cela se voit dans les nombreuses concessions, bien qu’elles soient mensongères, auxquelles il se dit prêt : modifier la constitution, remanier le gouvernement,  accepter que certains opposants organisent des réunions, etc. Economiquement, le pays va de plus en plus mal : la livre syrienne a perdu quinze pour cent de sa valeur, les réserves monétaires commencent à s’épuiser et les hommes d’affaire encore loyaux au régime commencent à avoir peur pour leurs intérêts et ne sont plus aussi confiants qu’au début. N’oublions pas les coups que l’Armée syrienne libre porte au régime en défendant les manifestants.

Pour toutes ces raisons, nous pensons que la répression va s’accroître. Notre stratégie, pour y faire face, consiste à dispatcher les manifs sur plusieurs quartiers pour contraindre les forces de sécurité à se disperser, à organiser davantage de grèves et à initier un mouvement de désobéissance civile générale. 

Quels rapports entretenez-vous avec cette "armée syrienne libre", créée en juillet par des dissidents de l'armée syrienne ?

Il n’y a d’autre lien entre l’Union des coordinations et l’armée libre que le soutien moral que nous lui apportons. Nous coopérons avec eux uniquement pour les prévenir des lieux de rassemblement afin qu’ils nous protègent. 

Pris entre cette "armée syrienne libre" et la répression armée exercée par le régime, comment pensez-vous pouvoir continuer à maintenir un mouvement pacifiste ? Parmi les manifestants, certains ne sont-ils pas tentés de prendre les armes ?

L’armée libre nous sert justement à protéger ce caractère pacifique de la révolution. Plus il y a de soldats qui rejoignent cette armée, plus elle est à même d’assurer la sécurité des manifestants. Car nous savons que les forces de sécurité du régime n’attaquent plus les manifestations protégées par l’armée libre. En réponse à la deuxième partie de la question : oui, il y a eu des positions réactionnelles à la répression sanglante et au sentiment d’abandon. Mais ce n’étaient que des réactions, qui ne modifient donc pas véritablement les convictions de nos membres. En revanche, nous pouvons craindre un glissement dans cette direction si le conflit perdure encore longtemps. 

Pourquoi tous les anti-Assad ne parviennent-ils pas à s’entendre ? Qu’est-ce qui, par exemple, vous empêche de collaborer avec Michel Kilo ?

Les opposants traditionnels se distinguent des révolutionnaires par un aspect très important : ils classent les Syriens en islamiques, laïques, Frères musulmans… et, de ce point de vue, nous ne pouvons pas nous entendre. Pour les révolutionnaires, le classement est simple : soit tu poursuis les objectifs entiers de la révolution soit tu ne les poursuis pas. C’est pour cette raison que nous nous éloignons de quelqu’un lorsque lui-même s’éloigne des buts fixés par la révolution. Et l'un des principes de la révolution est de ne pas dialoguer avec le régime. Si l'on ne collabore pas avec Michel Kilo, ce n'est pas en raison de ses convictions idéologiques, mais en raison de ses positions envers les objectifs et les principes de la révolution.

Pourquoi refusez-vous d'entrer dans le Conseil national syrien (CNS) tout en lui apportant votre soutien ?

Nous sommes la conscience de la révolution, comme les peuples qui surveillent les gouvernements. Nous ne voulons pas faire perdre ce garde-fou à la révolution. Si nous soutenons néanmoins le CNS, c'est parce que nous considérons que la révolution a besoin d’une représentation politique. Or, c'est le rôle que tient le CNS. 

Certains membres du Conseil national affirment que des places sont occupées par des personnes se revendiquant des coordinations. Qu'en est-il ?

On ne peut répondre à cette question que par la carte du mouvement de révolte syrien : il est divisé en quatre parties. Premièrement, il y a les cent cinquante coordinations faisant partie du comité des coordinations générales. Deuxièmement, il y a le haut conseil de la révolution syrienne. Je ne connais pas exactement le nombre de coordinations qui l’ont rejoint. Il fait partie du CNS. Troisièmement, il y a des comités de coordinations locales. Ils sont entre dix et quinze et eux aussi ont rejoint le CNS. Quatrièmement, il y a des coordinations encore indépendantes, elles sont peu nombreuses. Donc, il se peut que les membres du CNS parlaient des trois premiers points, et non de nous. Il n'y a pas de différents entre nous. Les coordinations ont le libre choix de travailler avec un partenaire, nous travaillons tous dans le même but et avec les mêmes méthodes. 

Qu'attendez-vous de la communauté internationale ? Pourquoi refusez-vous toute intervention militaire ?

En tant que peuple syrien faisant partie d'une communauté internationale qui a fixé des lois pour protéger les peuples, nous attendons que ces lois soient mises en application. Nous refusons donc toute ingérence et toute opération en dehors du cadre de l’ONU et des lois internationales. Nous ne refusons pas une intervention militaire si elle approuvée par ces lois. De toute façon, est-ce que leur application repose sur notre accord ou notre refus ? 

Le régime vous accuse d'être manipulés par des pays étrangers. Que lui répondez-vous ?

L’Occident n’a pas cessé de traiter le régime syrien d’assassin et de criminel. Et pourtant, les relations diplomatiques et politiques n'ont pas été rompues. N’est-ce pas une contradiction ? Ces accusations portées contre nous sont les mêmes que celles répétées par Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et Ali Saleh contre leur peuple. Si nous étions soutenus par des pays étrangers, nous aurions pu aider les enfants des martyrs qui dorment le ventre vide et nous n'aurions pas manqué de médicaments pour soigner les blessés. Le régime syrien menace les pays du Golfe avec les chiites, la Turquie avec le PKK, les alaouites avec la vengeance des sunnites, les druzes avec les tribus et les clans, l'Irak avec le trafic d’armes, le Fatah avec le Hamas, les chrétiens avec les Frères musulmans, Hariri avec le Hezbollah, les manifestants avec les chabiha, les Etats-Unis avec la sécurité d’Israël, la famille Makhlouf avec les fils de Rifat el-Assad, le Liban avec la fermeture des frontières. Il menace même les forces de sécurité avec les gardiens de la révolution iranienne, et son peuple en l’assiégeant, en le bombardant… il menace, menace encore… et continue de parler de complots!!!!!!!!! 

Après sept mois de manifestations, le mouvement n'a pas pris d'ampleur. Il reste notamment très faible à Damas et Alep. De quoi, selon vous, la population a-t-elle peur ?

Elle a surtout peur des rumeurs que le régime a réussi à répandre. Mais y a-t-il un quartier à Damas qui n’a pas connu de manifestations ? Midane, Aljozdanié, Alkaboune, Barzeh la ville, avenue Bagdad, Bab Sreijeh, Alhamidiyeh, Bab Almsalah, Alkadame, et d'autres encore. Il est vrai qu'à Alep le mouvement est plus faible. La présence des forces de sécurité est très forte dans ces deux villes. La population craint de se faire écorcher, électrifier les organes, violer, arrêter. Je vais vous dire quelque chose : les coups de bâtons, même des bâtons électriques, c’est ce qui nous effraie le moins. Si on laissait les gens s'exprimer en toute sécurité, vous auriez vu toute la Syrie dans la rue en quelques jours, comme cela s'est passé à Hama, quand le préfet a interdit de s’attaquer aux manifestants pendant un mois et demi. Les manifestations étaient alors incessantes, et elles réunissaient à chaque fois cinq cent mille personnes, sachant que Hama compte huit cent mille habitants en comptant les vieux et les tout petits qui, bien sûr, ne sont pas sortis. Toute la ville était dans la rue. 

Comment imaginez-vous la Syrie d'après-Assad ? Quel rôle pensez-vous y jouer ?

La Syrie après l’indépendance sera un pays que personne ne fuira par peur ou ne quittera par besoin. Les expatriés voudront y retourner. Ce sera un pays où l'on n'aura pas peur de dire ses convictions et ses idées ou de pratiquer sa foi. Un pays où nous aurons le droit de choisir qui nous gouverne. Notre rôle, le vrai, commencera après la révolution. En fait, nous, les Syriens, nous allons vivre une période de convalescence qui peut durer. Nous sommes les malades de la tyrannie et de la répression. Et comme tous les malades, après guérison, nous aurons une convalescence pour récupérer la bonne santé de notre humanité. Quant à nous, nous resterons les gardiens de la révolution jusqu’à la réalisation de tous nos objectifs : la liberté basée sur les droits de l’homme, la justice, et la dignité d’un peuple fier.

 

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 20:16

 

 http://www.fr.news.yahoo.com/les-portugais-en-grève-générale-contre-laustérité-113117331.html

 

Les portugais en grève générale contre l’austérité

 

LISBONNE (Reuters) - Les salariés portugais ont entamé jeudi une grève générale, la première en un an, pour protester contre la cure d'austérité imposée par le gouvernement en échange d'une aide financière de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI).

 

Les avions sont restés au sol, les trains à quai et les services publics tournaient au ralenti dans le pays de onze millions d'habitants, où le chômage affecte 12,4% de la population active, au plus haut depuis les années 1980.

 

Le budget 2012 concocté par le gouvernement de centre droit de Pedro Passos Coelho, arrivé au pouvoir en juin, prévoit de nombreuses mesures profondément impopulaires en échange d'une aide de soixante dix huit milliards d'euros.

 

Tous les vols internationaux au départ ou à l'arrivée de Lisbonne et Porto ont été annulés pendant la grève, qui doit durer vingt quatre heures, indique l'autorité aéroportuaire ANA sur son site internet. Un service minimum a été maintenu sur les liaisons entre la métropole et les îles de Madère et des Açores.

 

"La grève est générale, l'attaque est mondiale", scandaient jeudi matin les membres d'un piquet de grève installé à l'aéroport de la capitale, par allusion à ce que les syndicats présentent comme une offensive mondiale contre les droits des travailleurs.

 

La justice a ordonné le maintien des services publics de base. A Oeiras, en banlieue de Lisbonne, la police a ainsi escorté les camions-poubelles pour qu'ils parviennent à franchir des cordons de grévistes. Aucun incident n'a été signalé.

 

SENTIMENT D'INJUSTICE

 

Le Portugal est le troisième pays de la zone euro à avoir bénéficié d'un renflouement UE-FMI, après la Grèce et l'Irlande.

 

Le précédent gouvernement socialiste s'est effondré en mars dernier après avoir tenté de mener son propre programme d'austérité sans aide internationale.

 

Le pays est désormais confronté à sa plus grave récession depuis le retour de la démocratie en 1974. Les projections actuelles du gouvernement prédisent une contraction du produit intérieur brut de 2,8% en 2012, contre 1,9% cette année.

 

Afin de diminuer le déficit budgétaire et l'endettement, qui atteint environ 80% du PIB, le gouvernement a ordonné la réduction des primes de fin d'année, la suppression des primes de congés et de fin d'année 2012 pour les fonctionnaires, la baisse des dépenses dans tout le secteur public, des hôpitaux à la télévision, et l'allongement de la durée de travail d'une demi-heure par jour.

 

Le Premier ministre Pedro Passos Coelho explique qu'il n'y aucun autre choix qu'une cure douloureuse d'austérité. "C'est à moi d'essayer de mobilier les Portugais pour agir chaque jour et contribuer à la transformation du Portugal", dit-il.

 

Des rassemblements sont prévus toute la journée dans le pays mais les commentateurs soulignent que contrairement à un pays comme la Grèce, le mouvement social n'a eu jusqu'ici qu'une ampleur limitée et n'a pas basculé dans la violence.

 

La perspective de nouvelles mesures d'austérité, qui entreront pleinement en vigueur l'an prochain, pourrait cependant mobiliser davantage la population.

 

"Même si les gens acceptent en général la nécessité des mesures d'austérité, il y a un profond sentiment d'injustice concernant la répartition des sacrifices, en particulier dans le secteur public", note Elisio Estanque, sociologue à l'université de Coimbra.

 

Selon le plan élaboré par la "troïka" - UE, FMI, Banque centrale européenne -, le Portugal doit ramener son déficit budgétaire à 5,9% du PIB cette année, contre près de 10% en 2010, puis à 4,5% du PIB en 2012.

 

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 18:58

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième partie du message de Stathis Kouvélakis relatif à la crise politique grecque. Le message est disponible en totalité si vous consultez le site ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.alencontre.org/laune/grece-coup-d%e2%80%99etat-europeen-face-au-soulevement-populaire.html

Le soulèvement populaire

La grève générale de 48 heures des 19 et 20 octobre [voir documentaire sur A l’Encontre TV] a confirmé que le cycle de mobilisation entamé dès le vote, le 5 mai 2010, du Mémorandum entre le gouvernement grec et la désormais fameuse «Troïka» (UE, BCE, FMI) était entré dans une nouvelle phase. L’ampleur et la combativité des manifestations, leur diffusion dans l’ensemble du territoire [5], la composition sociale élargie des participants (salariés du public et du privé, chômeurs, jeunes, petits commerçants et entrepreneurs, retraités), mais aussi la préparation de ces deux journées par toute une série d’actions aux formes souvent inédites (occupations de bâtiments publics, y compris des sièges de ministères et de préfectures, refus de payer les nouvelles taxes, grèves prolongées dans certains secteurs comme les éboueurs ou le personnel hospitalier), tous ces éléments dressent le tableau d’une mobilisation ouvrière et populaire ascendante, disposant d’importantes réserves et de l’appui majoritaire du corps social.

Pour le dire autrement, ce à quoi nous avons assisté dans les rues d’Athènes et des villes du pays, c’est à la convergence du «peuple des places» du printemps dernier (dont la masse se composait d’électeurs révoltés des deux «partis de gouvernement», PASOK et ND) et du mouvement populaire organisé. Le renforcement du rôle joué par ses composantes traditionnelles, syndicales et politiques, a joué dans ce sens, notamment la mobilisation du Parti Communiste Grec (KKE) et de son front syndical (PAME). Sous la pression de sa base et de son environnement social, ce parti s’est démarqué de la routine qu’il affectionne, qui consiste à faire défiler ses propres cortèges de façon soigneusement distinctes du reste des manifestants, et a voulu occuper le terrain de façon visible et prolongée, en organisant l’encerclement du Parlement le 20 octobre 2011. Certes, il s’y est pris avec son sectarisme coutumier, refusant une fois de plus toute unité d’action avec les autres forces de la gauche radicale. Cela ne saurait toutefois justifier en aucune façon l’attaque militarisée, à visée meurtrière (cocktails molotov lancés contre le service d’ordre et les cortèges du PAME), dont il fut la cible de la part d’une partie de la mouvance Black Bloc et qui s’est soldée par la mort d’un ouvrier du bâtiment, militant du PAME, et par l’hospitalisation d’une quarantaine de manifestants issus de ses rangs, dont trois dans un état grave [6].

Malgré ces incidents, qui ont laissé un goût amer, une dynamique d’action de rue s’était mise en place, qui a resurgi lors des manifestations qui ont éclaté à l’occasion des commémorations du 28 octobre [7]. Des manifestations que l’on peut considérer comme l’équivalent sur le plan symbolique d’une «prise de la Bastille» à la grecque. En ce jour de confirmation des autorités de l’État dans leur rôle de représentant de la nation, appelée à défiler sous leur regard, celles-ci sont un peu partout chassées de leur place physique et symbolique, à savoir des tribunes officielles [8], aussitôt envahies par la foule. Une foule qui déclare de la sorte qu’elle est la seule incarnation légitime du tout social. Cette conquête symbolique de la place vide, ou plutôt vidée, du pouvoir par le peuple «en personne» s’est également exprimée par la multiplicité des significations qui ont marqué cette journée : slogans liant le «non» de 1940 avec la situation présente et assimilant les gouvernants actuels aux «collabos», reprise de chants de la Résistance et de la lutte contre la dictature des colonels, drapeaux allemands et de l’UE brûlés devant des foules en liesse. Comme a pu le constater le correspondant du Monde, «la journée s’est transformée en journée du non à la « Troïka » et à l’austérité»[9]. Tout cela indique que pour de larges secteurs sociaux émerge un récit national et populaire alternatif à celui du pouvoir, qui fait converger la dimension sociale et la dimension nationale de la protestation et relie le présent avec la mémoire populaire de la «longue durée» historique.

Un seuil symbolique a ainsi été franchi et il semble peu probable de voir la mobilisation retomber, même si sa reprise passera par une période d’adaptation à la situation nouvelle crée par le bouleversement au sommet de l’État. D’autant que la situation économique du pays, déjà dramatique, ne cesse d’empirer: le taux de chômage a officiellement atteint 18,4%, mais est plus proche des 25% dans la réalité; les salarié·e·s et les retraité·e·s ont perdu environ un tiers de leur revenu; les taxes exorbitantes récemment votées achèvent de saigner les ménages; les services publics sont en ruine; le taux de suicide, traditionnellement l’un des plus faible d’Europe, a bondi de 40 % en un an; tandis que la situation sanitaire de la population se détériore de façon dramatique, comme le révèle une étude publiée dans la prestigieuse revue médicale The Lancet [10], qui conclut à une «tragédie grecque».

Dans ces conditions, il apparaît tout simplement impensable qu’un gouvernement s’apprêtant à administrer à une population exsangue une nouvelle potion d’austérité puisse tenir longtemps.

L’approfondissement de la crise politique

Par son ampleur et son aspect inédit, à savoir l’entrée en scène de masses jusqu’alors relativement passives et dépourvues de culture politique cohésive, le «mouvement des places» du mois de juin créait les conditions de la transformation de la crise économique et sociale en crise politique généralisée. Une crise que nous pouvons, en référence aux analyses de Gramsci, qualifier de «crise organique». La montée en puissance de la protestation populaire révélait un moment de rupture des rapports établis de représentation entre les principaux groupes sociaux et leurs formes d’expression partidaire qui se traduit par «le passage soudain [de ces groupes] de la passivité politique vers une forme d’activité et de revendication qui, dans leur unité non-organique constituent une révolution». Cette crise, poursuit le révolutionnaire italien, devient alors «une crise de pouvoir, et c’est en cela exactement la crise d’hégémonie ou crise de l’État dans son ensemble»[11].

Confronté à une situation de crise généralisée, le système politique tend à s’autonomiser des rapports de représentation et des règles de l’alternance parlementaire. Gramsci parlait de tendance au «bonapartisme» ou au «césarisme», qui peuvent s’imposer même «sans César, sans personnalité héroïque et représentative». Dans un régime parlementaire, ces solutions prennent la forme de gouvernements de «grande coalition», qui lient de façon directe des intérêts économiques et sectoriels des classes dominantes avec des fractions du personnel politique détachées de leurs attaches partidaires antérieures. Différentes en cela du phénomène bonapartiste personnalisé et circonscrit au XIXe siècle, ces solutions offrent bien plus de souplesse au prix, cependant, d’une instabilité chronique. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit de formes de construction d’un bloc de pouvoir qui contournent (et/ou altèrent très significativement) les médiations de type représentatif et la légitimation électorale, sans toutefois rompre explicitement avec le cadre parlementaire existant, même si elles peuvent, le cas échéant, préparer le terrain à une telle évolution [12].

C’est dans ce cadre qu’il faut situer le processus de constitution d’un gouvernement d’«entente nationale», tel que celui dirigé par Papadémos. L’idée était dans l’air depuis un certain temps, et elle fut brièvement testée, nous l’avons vu, en juin 2011. Mais l’urgence d’une telle issue ne s’est imposée qu’avec la tournure explosive prise par la protestation populaire lors la séquence insurrectionnelle qui s’est déployée entre le 19 et le 28 octobre. Des indices comme la paralysie quasi-complète de l’administration d’État, accentuée par la vague d’occupations de bâtiments publics, ou le soudain remplacement de la totalité de l’état-major militaire, qui ne faisait pas un secret de son opposition aux coupes budgétaires qui affectent profondément l’armée, ont également poussé en ce sens, révélant que le fonctionnement de la machinerie étatique était atteint en son cœur même.

Il est d’usage, dans de telles circonstances, que les pouvoirs chancelants prennent des initiatives qui finissent par répandre le feu qu’elles étaient censées contrôler, sinon éteindre. L’annonce d’un référendum par Papandréou, censé porter sur l’accord conclu lors du sommet européen du 27 octobre, était l’exemple-type d’un tel geste qui, indépendamment des intentions de son auteur, a néanmoins fonctionné comme un test de vérité pour le système politique grec et pour l’UE tout entière. Le défi lancé par le dirigeant du PASOK a semé la panique sur les places boursières et provoqué la colère du directoire franco-allemand, qui, de façon tout à fait explicable, bondit au seul énoncé du mot de «référendum», l’UE n’étant guère sortie grandie des précédents épisodes du genre, et ce dans des conditions incomparablement plus favorables que celles offertes par la situation de la Grèce. L’humiliation subie par Papandréou au sommet de Cannes [début novembre], sans précédent pour un dirigeant de pays européen, était la conséquence logique de cette fausse, car bien trop tardive, naïveté démocratique.

Sur le front intérieur, le geste de Papandréou, suivi par les pressions directes exercées par les dirigeants européens, a sans doute davantage apporté le résultat escompté. Il a certes révélé que le Premier ministre sortant était contesté au sein de son propre parti «sur sa droite», par une aile d’intégristes néolibéraux regroupés autour de ce que l’on qualifie de «talibans du Mémorandum» ou de «troïka interne» [13], qui a immédiatement rejeté l’idée du référendum et mis en avant l’idée d’un gouvernement d’«unité nationale». S’il a sapé un peu plus la cohésion de son propre parti, Papandréou a toutefois marqué des points face à l’opposition de droite.

Placée devant la quasi-certitude d’une victoire du «non» aux accords du 27 octobre et du chantage exercé par l’UE (un «non» équivaut à la sortie de l’euro), la droite a vigoureusement combattu la proposition de référendum. Mais, dans la foulée, elle s’est également vu contrainte de céder aux exigences de « consensus » formulées dès le début de la crise de la dette par les milieux d’affaires et les dirigeants européens. De son côté, l’extrême droite, championne dès le printemps 2010 d’une «entente nationale» pour mettre en œuvre de façon musclée la «thérapie de choc», s’est sentie triompher. Son leader, Giorgos Karandzaféris, s’est posé ouvertement comme le «parrain» du nouveau gouvernement d’«unité nationale», qui lui permet d’accéder à la respectabilité institutionnelle tant désirée. Les formations périphériques du centre-droit (la petite formation ultra-libérale et européiste Alliance Démocratique de Dora Bakoyanni, challenger de Samaras à la direction de la ND en novembre 2010) et du centre-gauche (la Gauche démocratique, issue d’une scission droitière de Synaspismos, et les écologistes) leur ont emboîté le pas, avec quelques réserves de formes pour ces dernières. La voie était de la sorte ouverte pour le processus qui a abouti à la constitution d’un gouvernement dirigé par le banquier Papadémos, incarnation naturelle d’un bloc au pouvoir entièrement dominé par les intérêts de la finance européenne.

L’UE en tant que puissance néocoloniale

Le rôle de l’UE dans cette affaire mérite assurément quelques remarques spécifiques. À supposer en effet qu’il subsistât encore en Grèce quelques apparences de souveraineté nationale et de fonctionnement démocratique, fût-il «formel», des institutions parlementaires, celles-ci appartiennent désormais à un passé révolu. La façon dont Papandréou fut contraint de se rétracter sur le référendum, après s’être vu dicter de la façon la plus humiliante les termes de la question qui serait posée (et même la date de sa tenue !), les conditions de son départ du pouvoir ainsi que les manœuvres qui se sont déroulées dans l’opacité la plus totale afin de constituer le gouvernement d’« entente nationale » constituent au sens le plus strict un «coup d’État blanc», le premier dont la conception et la mis en œuvre se sont faites sous la houlette de l’UE.

Faut-il souligner à quel point ce gouvernement est dépourvu de la moindre légitimité démocratique, dans le sens le plus banal du terme, telle qu’elle s’est notamment exprimée dans le scrutin d’octobre 2009? Et pourtant, la tâche qui lui est explicitement confiée (application des accords du 27 octobre, avec des mesures d’austérité encore plus graves que toutes les précédentes, accompagnées de la mise sous tutelle permanente et de la vente à l’encan de la quasi-totalité du patrimoine public restant) engagera le pays pour les décennies à venir.

Deux éléments donnent une idée du radicalisme néolibéral qui anime Papadémos et ceux qui l’entourent. Dans un article publié simultanément dans le quotidien grec To Vima et le Financial Times le 23 octobre [14], l’actuel Premier ministre avait récusé la proposition de décote de 50% de la dette grecque détenue par les banques et autres institutions privées, qui fut finalement adoptée par le sommet européen du 27 octobre, et voulait s’en tenir à la seule décote de 21% prévue par le sommet du 21 juillet, sous la pression de Sarkozy, et quasi-unanimement jugée scandaleusement favorable aux banques et totalement insoutenable pour le pays. Mieux vaut donc miser sur la «générosité», ou le réalisme, d’Angela Merkel en matière de paiement de la dette grecque que sur l’actuel Premier ministre. Par ailleurs, l’une des principales exigences de Papadémos et de ses soutiens européens, dans la lignée de leur refus obstiné du référendum, a consisté à écarter l’idée d’élections anticipées qui étaient pourtant l’une des conditions que Samaras et la ND avaient posé pour leur soutien à un éventuel gouvernement d’«unité nationale». La confusion continue de régner à ce sujet, Samaras ayant repris dans sa déclaration postérieure à la formation du gouvernement la date du 19 février qu’il avait initialement annoncé. Assumant pleinement la logique bonapartiste évoquée auparavant, Papadémos et l’UE ne veulent pas d’une simple équipe de transition, chargée d’une mission limitée. C’est bien un gouvernement de combat qu’ils entendent mettre en place, comme le souligne, sous couvert d’anonymat, l’un des anciens collègues du Premier ministre à la BCE : «à la tête du gouvernement grec, il devra apprendre cependant à trancher durement, à faire des mécontents» [15]. Nul doute que, flanqué de ses ministres du LAOS et des zélateurs de la «troïka interne», il apprendra très vite…

Quoi qu’il en soit, les masques sont tombés: l’UE apparaît pour ce qu’elle est, une menace mortelle pour les règles démocratiques les plus élémentaires, celles-là même du régime parlementaire libéral. Car il ne faut pas se tromper : la simultanéité des changements de gouvernement en Italie et en Grèce, la prise du pouvoir dans les deux cas par des fondés de pouvoir des banques, sortis des entrailles de l’Union Européenne (BCE pour Papadémos, Commission Européenne pour Monti), cultivant les liens directs avec les milieux d’affaires, n’a rien d’une coïncidence. Depuis que la crise des dettes souveraines a éclaté, la Grèce est bien un cobaye de la «thérapie de choc» que les classes dominantes sont décidées à mettre en œuvre, et cela, comme Naomi Klein l’a très bien vu [16], ne peut se faire dans le cadre politique et institutionnel existant (du moins pour les normes d’un pays d’Europe de l’Ouest). Les «thérapies de choc» sont indissociables des «désastres», conduisant à l’instauration d’un «état d’urgence» de plus en plus banalisé. Et, dans le cadre européen des 27 pays qui en font partie, c’est bien l’UE, ses institutions et son directoire franco-allemand (plus allemand que français à vrai dire) qui en sont les maîtres d’œuvre. Pourtant, au sein de la gauche européenne, y compris ses ailes radicales, on s’obstine à vouloir contourner cette réalité ou à ne pas en mesurer les conséquences [17], en cultivant par exemple l’illusion d’une «réformabilité» des institutions de l’UE ou d’un bouleversement sociopolitique simultané dans les principaux pays européens qui permettrait de se dispenser d’affronter la machinerie de l’UE en tant que telle.

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 18:40

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un très long message de Stathis Kouvélakis relatif à la démission de Papandréou en Grèce et à la formation du premier gouvernement d’union nationale de Papadémos. Je publierais ce message en trois parties distinctes. Le message est disponible en totalité si vous consultez le site ci-dessous.

Bernard Fischer

 

http://www.alencontre.org/laune/grece-coup-d%e2%80%99etat-europeen-face-au-soulevement-populaire.html

Coup d’Etat européen face au soulèvement populaire

Par Stathis Kouvélakis

 À l’heure où ces lignes sont écrites, Loukas Papadémos vient de former le nouveau gouvernement dit «d’entente nationale» appelé à succéder à celui du démissionnaire Georges Papandréou. Il a fallu plusieurs jours de tergiversations et d’âpres négociations entre le PASOK (social-démocrate), toujours majoritaire au Parlement, et la Nouvelle Démocratie (ND, opposition de droite), sans oublier le rôle particulièrement actif de l’extrême droite du LAOS [Rassemblement Populaire Orthodoxe], pour arriver à ce résultat.

Au final, un gouvernement dont les principaux portefeuilles économiques et sociaux restent aux mains du PASOK, la droite se cantonnant à deux ministères «régaliens» (Défense, Affaires étrangères). Un gouvernement également marqué par la participation de l’extrême-droite, pour la première fois depuis la chute du régime militaire (1974), qui se voit attribuer un ministère (Transports et Travaux publics) et trois secrétariats d’État.

Mais, bien plus que ces manœuvres politiciennes, ce sont les pressions des gouvernements allemands et français et de ce qu’on appelle les «marchés» qui ont permis d’aboutir à ce résultat. Ancien vice-président de la Banque Centrale Européenne (BCE), de 2002 à 2010, Papadémos, membre de la Commission Trilatérale, fut directeur de la Banque Centrale de Grèce entre 1994 et 2002 et, de ce fait, l’un des architectes de l’entrée de la Grèce dans l’euro, aux côtés de son mentor en politique, l’ancien Premier ministre social-démocrate «moderniste» Costas Simitis, le principal architecte du néolibéralisme en Grèce, considéré comme particulièrement proche des milieux d’affaires allemands.

Autant dire qu’avec ce nouveau Premier ministre, ce sont de façon quasiment directe les milieux financiers européens, et secondairement grecs, ainsi que les pays du directoire de l’Union Européenne (UE) qui gouvernent le pays, au mépris de tout mandat populaire, dans ce qui peut être considéré comme le premier «coup d’État blanc» conçu et mis en œuvre par cette même UE et les banquiers dont elle est le fondé de pouvoir. Les formulations de Marx à propos de la monarchie de Juillet, selon laquelle cette dernière est le «règne d’une fraction seulement de la bourgeoisie, l’aristocratie financière» et le régime tout entier une «société par actions pour l’exploitation de la richesse nationale» [1] retrouvent ainsi une nouvelle jeunesse. À ceci près que cette aristocratie financière est à présent essentiellement multinationale, et avant tout européenne, les spéculateurs et profiteurs d’aujourd’hui siégeant dans les conseils d’administration des banques (et institutions financières) allemandes, françaises et de la BCE [2].

Comment comprendre de façon plus profonde ce bouleversement spectaculaire du paysage politique, qui a vu en une dizaine de jours l’ex-Premier ministre Papandréou annoncer un référendum, se rétracter, gagner un vote de confiance au Parlement pour finalement démissionner et laisser la place à un gouvernement d’« entente nationale » aux ordres des financiers et de l’UE?

Précisons d’entrée de jeu ceci: contrairement à une impression largement répandue dans et par les médias internationaux, ce n’est pas l’annonce d’un référendum portant sur les décisions du sommet européen du 27 octobre 2011 qui a précipité les événements, mais la situation pré-insurrectionnelle dans laquelle la Grèce a plongé depuis les journées du 19 et 20 octobre et, de façon encore plus nette, depuis les émeutes qui ont accompagné les commémorations de la fête nationale du 28 octobre. C’est du reste précisément à cette situation que venait répondre l’initiative à haut risque, et qui s’est révélée fatale pour son sort, de Papandréou [3].

En ce sens, les derniers événements doivent être compris comme le prolongement logique des tendances qui sont apparues en juin dernier, lorsque la mobilisation du «peuple des places» atteignit un pic et déclencha la première phase de la crise politique [4]. Papandréou s’est alors placé pour quelques heures en position de démissionnaire à la recherche d’un accord de gouvernement d’«entente nationale» avec le dirigeant de l’opposition de droite Antonis Samaras [de la ND]. Si cet épisode s’est rapidement clos par un simple remaniement gouvernemental, il n’en a pas moins mis en évidence les trois principaux déterminants de la séquence qui débouche sur la situation présente.

Premièrement, il y a une montée des mobilisations, qui prennent l’allure d’un véritable soulèvement populaire.

Deuxièmement, il y a l’accentuation de la crise du système politique et sa transformation en crise de l’État».

Troisièmement, il y a le rôle de type néocolonial de l’UE devenue acteur de premier plan de la scène politique du pays.

Une brève analyse de ces trois facteurs s’avère donc nécessaire avant d’aborder la question des perspectives de la gauche radicale dans cette conjoncture nouvelle.

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