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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 18:37

 

http://www.fr.news.yahoo.com/mouammar-kadhafi-promet-poursuivre-la-lutte-154443200.html

 

Mouammar Kadhafi promet de poursuivre la lutte

 

TRIPOLI (Reuters) - Mouammar Kadhafi, qui n'a plus été vu en public depuis la prise de Tripoli par les insurgés libyens, a appelé jeudi ses partisans à poursuivre le combat et a promis une longue lutte qui "embrasera la Libye".

 

Selon un chef militaire des autorités provisoires à Tripoli, le dirigeant libyen se trouverait à Bani Walid, ville du désert à cent cinquante kilomètres au sud-est de Tripoli.

 

Quarante-deux ans jour pour jour après l'arrivée au pouvoir du "guide", une conférence internationale de soutien à la Libye nouvelle s'est ouverte à Paris en présence des dirigeants de l'insurrection, qui contrôle la majeure partie du territoire libyen après six mois de guerre civile.

 

Sur le front, le Conseil national de transition (CNT) a repoussé d'une semaine, jusqu'au 10 septembre, l'ultimatum lancé aux soldats et partisans de Kadhafi, notamment ceux qui défendent sa ville natale, Syrte, à quatre cent cinquante kilomètres à l'est de la capitale. Le CNT leur laisse ce délai pour déposer les armes, faute de quoi l'assaut sera lancé contre leurs positions.

 

Dans une déclaration diffusée sous forme écrite par la chaîne satellitaire syrienne Al Raï, Mouammar Kadhafi assure que les tribus qui lui sont restées fidèles à Syrte, sur la côte méditerranéenne, et à Bani Walid, à l'intérieur des terres, sont armées et qu'elles ne seront pas vaincues.

 

"NOUS NE SOMMES PAS DES FEMMES"

 

Affirmant que les forces de ses ennemis sont divisées, il demande à ses partisans de continuer à se battre même s'ils ne peuvent entendre sa voix. "Nous n'abandonnerons pas, nous ne sommes pas des femmes. Nous continuerons à nous battre", lance-t-il dans cette déclaration.

 

La chaîne al Raï précise qu'elle diffusera plus tard un message audio de Kadhafi.

 

Mercredi soir, l'un de ses fils, Saadi, déclarait pourtant à la chaîne de télévision al Arabia qu'il avait été mandaté par son père pour négocier avec le CNT afin de mettre un terme aux affrontements.

 

Le chef du conseil militaire installé à Tripoli, Abdoul Hakim Belhadj, a confirmé à Reuters avoir parlé au téléphone avec Saadi Kadhafi et lui avoir promis qu'il serait correctement traité s'il se rendait.

 

Mais un autre fils du "guide", Saïf al Islam, affirmant parler d'un faubourg de la capitale, a juré de poursuivre le combat et de libérer Tripoli.

 

Selon Abdel Madjid Mlegta, coordinateur des opérations militaires au CNT, Mouammar Kadhafi, Saïf al Islam et le chef des services de renseignements Abdallah al Senoussi ont gagné Bani Walid, ville d'environ cinquante mille habitants, trois jours après la chute de Tripoli la semaine dernière.

 

Tous trois sont recherchés par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour crimes contre l'humanité.

 

Les combattants du CNT ont déclaré mardi qu'ils ne se trouvaient qu'à une trentaine de kilomètres de Bani Walid.

 

Des poches de résistance demeurent et les pro-Kadhafi tiennent également, outre Syrte et Bani Walid, l'oasis de Sebha, dans le centre-ouest du pays.

 

DÉBLOCAGE D'AVOIRS LIBYENS

 

Mercredi, l'Otan a mené des raids aériens contre des batteries lance-roquettes près de Syrte. L'Alliance a également visé un dépôt de munitions et un centre de commandement près de Bani Walid, a annoncé un porte-parole à Bruxelles.

 

Selon le journal algérien El Watan, le dirigeant libyen déchu se trouverait dans la ville de Ghadamès, à la frontière de l'Algérie, qui a accueilli une partie de sa famille, et il aurait vainement demandé au président Abdelaziz Bouteflika de l'accueillir.

 

Sur le plan diplomatique, la Russie a finalement reconnu le CNT, juste avant l'ouverture de la conférence de Paris.

 

L'Union européenne a décidé pour sa part de mettre un terme à ses sanctions visant six ports libyens et plusieurs sociétés pétrolières et bancaires.

 

A Paris, la France et la Grande-Bretagne, fers de lance de l'opération qui a permis aux opposants libyens de renverser Kadhafi, sont parvenus à réunir les représentants d'une soixantaine de pays et d'organisations internationales.

 

L'aide d'urgence à un pays ravagé par les combats depuis six mois est au menu de la conférence, de même que la transition politique, Paris et Londres étant soucieux d'éviter en Libye les erreurs commises en Irak après la chute de Saddam Hussein.

 

Mais la reconstruction d'un pays riche en pétrole et gaz et en manque d'infrastructures est aussi dans tous les esprits.

 

La France a obtenu l'autorisation de débloquer un milliard cinq cent mille euros d'avoirs libyens gelés afin que le CNT puisse engager la reconstruction, a annoncé Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères.

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 18:15

 

http://www.fr.news.yahoo.com/affaire-bettencourt-le-renseignement-espionn%C3%A9-un-journaliste-094835914.html

 

L’espionnage d’un journaliste relance l’affaire Bettencourt

  

PARIS (Reuters) - L'affaire Bettencourt est relancée par des révélations sur l'espionnage d'un journaliste du Monde par les services de renseignement, parallèlement au démenti sur la mise en cause de Nicolas Sarkozy.

 

Une juge d'instruction parisienne, Sylvie Zimmermann, a découvert que la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) avait demandé en juillet 2010 par réquisition à l'opérateur Orange les factures détaillées de téléphone de Gérard Davet, journaliste au Monde.

 

La demande a été faite le lendemain de la publication par le quotidien d'un article embarrassant pour Eric Woerth, alors ministre du Travail, qui a dû démissionner en raison notamment de l'embauche de sa femme par le gestionnaire de fortune de l'héritière de L'Oréal.

 

Le Monde, qui a révélé l'existence de cette réquisition écrite dont il a eu connaissance en obtenant accès au dossier par une plainte, parle vendredi "d'affaire d'Etat".

 

"Ce qu'il faut bien désormais qualifier d'affaire d'Etat accrédite le soupçon de l'existence d'un 'cabinet noir' au sommet de l'exécutif", lit-on dans son éditorial.

 

Les agents de la DCRI ont eu accès, alors que Gérard Davet n'était soupçonné d'aucun délit, à la liste de tous les appels entrant et sortant de son téléphone, ainsi qu'aux données de géolocalisation, et ont donc pu connaître ses déplacements.

 

Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, admet qu'il y a eu enquête mais nie que Gérard Davet ait été visé.

"Il s'agissait de rechercher l'auteur de la divulgation - présent à l'intérieur de l'administration - de procédures judiciaires, ce qui est tout à fait scandaleux. Il s'agissait donc de rechercher l'auteur d'un dysfonctionnement administratif grave", a-t-il dit sur France Info.

 

CONFUSION SUR LA MISE EN CAUSE DE SARKOZY

 

David Sénat, source supposée de Gérard Davet, un magistrat en poste au ministère de la Justice, a été limogé.

 

Ces manoeuvres sur les journalistes, "affaire dans l'affaire" Bettencourt, ont fait l'objet de deux plaintes que le parquet de Paris avait d'abord classées.

 

Le Monde a relancé l'affaire par deux nouvelles plaintes avec constitution de partie civile, saisissant la juge Zimmermann qui a elle-même saisi la gendarmerie.

 

Bernard Squarcini, patron de la DCRI, est maintenant susceptible d'être entendu par la juge Zimmermann, estime Gérard Davet, qui est partie civile. Une possible violation de la vie privée et du secret des journalistes est en cause.

 

Cette affaire a ravivé le débat politique entre gauche et droite, à huit mois de l'élection présidentielle. "C'est un abus de pouvoir qui doit être poursuivi en justice. C'est une violation de la loi, et à l'évidence perpétrée au plus haut niveau de l'Etat", a dit sur Canal+ Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste.

 

Une autre candidate, Ségolène Royal, a estimé que ces pratiques relevaient "d'une forme de police politique".

 

Cécile Duflot, secrétaire national du parti Europe Ecologie-Les Verts, a parlé dans un communiqué de "naufrage moral" et demandé le départ de Bernard Squarcini.

 

Ce développement éclipse quelque peu la confusion sur la mise en cause de Nicolas Sarkozy par la magistrate Isabelle Prévost-Desprez, qui a enquêté sur un volet du dossier Bettencourt.

 

Cette juge assure dans un livre qu'un témoin, l'infirmière de la milliardaire, avait dit hors procès-verbal à sa greffière avoir assisté à une remise d'argent à Nicolas Sarkozy.

 

L'infirmière en question a démenti jeudi sur www.marianne.fr

 

La majorité s'est appuyée sur ce démenti pour dénoncer ce qu'elle voit comme une manipulation. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a parlé sur RTL de "politique de l'ordure".

 

Les juges d'instruction bordelais pourraient cependant entendre leur collègue et les protagonistes de l'affaire, dans les instructions toujours en cours sur le volet politique.

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 20:24

 

Compte rendu de l’Assemblée Générale du 24 aout 2011, arrivée à Montpellier de la marche des indignés espagnols vers Bruxelles 

Si vous avez des remarques, ou vous voyez des erreurs, n’hésitez pas, j’ai fait de mon mieux ! 

Présents : dans la soirée nous avons pu compter de cent trente à deux cent personnes présentes ! C’est une réussite 

Après le diner-banquet partagé, qui a finalement eu lieu avec un peu en retard, l’assemblée a pu commencer, avec une traductrice.

La lecture du témoignage du lieu ressource de Perpignan a suivi celle du tract qui présente la marche. Les marcheurs, dont la plupart espagnols, sont enchantés par l’accueil qu’ils ont reçu en France !

Nous avons rappelé les signes pour bien communiquer (avec quelques ajouts !), souligné que le plus important est d’écouter (nous avons besoin d’apprendre !) et décidé l’ordre du jour, qui a quand même été validé mais modifié en cours d’assemblée générale cause timing, explication de la marche et premier tour de parole ouvert, parole données aux personnes de Montpellier concernant les propositions à amener a Bruxelles et discussion en Assemblée générale pour voir si on dort sur la place

 Les marcheurs ont pu témoigner de leur parcours :

Ivan a connu le mouvement à Matarò (alentours de Barcelone), ils ont fait beaucoup de travail, avec une bonne organisation, maintenant c’est le moment que d’autres villages travaillent et s’organisent pour mettre en marche le mouvement. Au cours de la marche, qui passe de village en village, les Assemblées sont faites afin d’écouter les personnes, collecter les propositions, leurs problèmes et les amener à Bruxelles. Ils marchent beaucoup, dorment pas beaucoup, tous les soirs il y a les assemblées générales. Afin que le peuple s’organise, il faut continuer les Assemblées Générales, mener le mouvement. Il est désolé s’ils sont un peu fatigués. L’expérience de la marche est merveilleuse, parce que les espagnols sont Indignés mais les Français aussi !!  

Lecture des questions les plus fréquentes qu’ils ont entendues :

« Ici commence la révolution » c’est le cri du début du mouvement dans chaque ville.

Le mouvement a commencé il y a trois mois, il est arrivé jusqu’ici, c’est parce que le mouvement a des bases solides : la NON VIOLENCE ACTIVE ; ils ne cherchent jamais le conflit violent, ils  font des assemblées, des rassemblements, ils convoquent beaucoup de gens, font des actions pacifiques… cela leur a donné beaucoup de force parce que les gens se sont identifiées avec le mouvement et cela a alimenté encore plus de force le mouvement! La violence s’accroit rapidement, fait beaucoup de bruit, et rapidement disparaît. La non violence : c’est une vague qui s’accroit toujours plus, jusqu’à inonder le monde !

Premier tour de parole ouvert :

Quelqu’un demande s’ils pensent que la marche va changer les choses ? En France pas vraiment il n’y a pas beaucoup d’espoir

Ce n’est pas sur que ca va changer les choses, mais au moins on essaye. les choses sont déjà en train de changer ; cette petite organisation est déjà un changement : quarante villes se sont mobilisées en France depuis mai 2011, le mouvement existe même s’il est marginal : ça n’a pas encore pris en France parce que le contexte politique et social est différent de celui de l’Espagne mais le Plan d’austérité va arriver bientôt ici aussi. Il faut s’organiser même si nous ne sommes pas (encore) nombreux : le plus important est d’exister !

Une personne est enchantée de les recevoir ici a Montpellier, sur que malgré la fatigue, les marcheurs pourraient nous donner de la motivation, richesse d’expériences. Ne pouvant pas rejoindre la première manifestation nationale des indignés dans son pays (Italie) elle a décidé d’organiser quand même une manifestation, dans son village de vingt mille habitants, elle était toute seule, sous la pluie, mais ce n’est pas grave, le changement commencer avec une seule personne : ici ce soir nous sommes nombreux… allons y!

Le mouvement s’est un peu arrêté ici à Montpellier depuis un mois et demi, il faut remettre le mouvement en marche, se remotiver, continuer les Assemblées Générales  tous les soirs ici sur la place à 19 heures.

Qu’est ce que la liberté ? L’égalité ? La fraternité ? Ce monde ?

Juan un marcheur : il faut faire le point, créer un débat, écouter les nécessités de la France. On peut en profiter pour expliquer les difficultés de la marche, et avec les difficultés de la France, on s’unit plus. Ces nécessités ne sont plus (que) des pétitions, mais des EXIGENCES parce que ça fait longtemps qu’ils ne nous écoutent plus.

Témoignage d’un jeune de 18 ans, qui est à la rue depuis quatre ans, et personne ne l’aide, et il ne trouve pas cela normal ! Il faut aider les jeunes, qui sont tous seuls et se trouvent à la rue, car ce n’est pas normal

Pour connaître la situation des Français, il y en a beaucoup qui se retrouvent à la rue, avant leur 25 ans, sans possibilité de niveau social, ni de travail, c’est un problème social très important, à régler

Un pour cent de la population française possède le 33% des richesses immobilières : ok s’enrichir, sans limites, tant qu’il y en a de quoi nourrir tout le monde… mais là ce n’est plus le cas. Il faut limiter la propriété. Si s’enrichir nuit aux frères humains, il faudrait interdire d’atteindre cette limite et répartir les richesses

Proposition est faite par un marcheur au gens de la rue : qu’il y ait une prise de conscience un changement qui parte de ça : que le gens qui vivent dans la rue se mettent en marche, pour donner visibilité et se soustraire à la répression du système. Ça peut paraître une utopie, mais les gens aident, il y a de l’humanité !

Parmi les problèmes qu’il y a en France c’est que il n’y a pas beaucoup de monde à la rue, qui a faim ; beaucoup de personnes gagnent (encore) un salaire suffisant pour ne pas descendre dans la rue, la mobilisation n’est pas suffisante, il y a quelques personnes qui se motivent et prennent conscience du système. La plupart achètent et vivent en pensant d’avoir plus que les autres. Comment mobiliser en France ?

Une proposition pour des gens créatif, ouvert d’esprit, qui ont envie de changer les choses : quand une personne a la chance d’avoir un travail, un CDI, avec fiche de paye, qu’il aille faire un emprunt dans une banque, pour par exemple acheter une voiture, sans jamais la payer ni rembourse l’emprunt !  les banques perdent de l’argent, ne retournent pas au travail

Ici il y a trop d’argent mais c’est parce que les autres crèvent la faim de l’autre côté du monde

Comment trouver le consensus quand chacun de nous a ses idées et ses raisons, et chacun pense d’avoir raison ? Il n’y a pas de chef dans le mouvement, nous sommes tous acteurs et responsables, comment arriver alors a trouver le consensus parmi d’opinions différentes ?

En Espagne il y a beaucoup d’idées il faut lire les protocoles (compte rendus) ; il y a une idée basique : il faut savoir écouter, chacun pense différemment et a ses opinions, et nous devons inclure les différentes positions et en tenir compte ! Seulement générant une pensée collective, pensant en groupe, on peut trouver : important c’est inclure toutes les propositions dans une phrase finale, concilier les propositions en une

Que pense la France d’utiliser l’échange et non l’apport ? C’est la seule façon d’inclure les animaux et non seulement quatre personnes

Nous avons les mêmes problèmes dans le monde entier : la misère sociale, la précarité, le chômage. La meilleure façon d’être solidaires avec le tiers monde est l’annulation de la dette qui a été imposée au Tiers monde. Il y a une main mise sur ces pays de la part de l’UE, USA et de la Chine, ça s’appelle du néocolonialisme. Se battre pour mon droit ici, c’est lutter pour les droits universels

Le mouvement des indignés ce n’est pas un mouvement d‘idéologie mais de méthodologie. Le premier travail à faire est l’autogestion, comment fonctionner en Assemblée Générale : nous pouvons, parler, nous rencontrer. L’ Assemblée Générale permet ce travail d’autogestion, c’est un travail de chacun. Le fonctionnement en commission permet de travailler

Un conseil aux indignés de Montpellier. Les gens ont besoin de victoires, d’avoir une réussite, faut créer une alternative autogérée : créer des école autogérées, non autoritaires, alternatives connectées, coopératives de crédit , taxes de crédit, resto de quartier. Il faut soutenir toutes les alternatives qui existent ou en créer

Le problème dans le pays riches c’est nous, nous sommes le problème, notre consommation de tous les jours, les actions de tous les jours, il faut changer notre mode de vie, vivre différemment

Faisons que les choses ne soient pas des ALTERNATIVES mais que ce soir la NORMALITE

Nous avons dessiné un coeur sur la paume de la main pour montrer que nous sommes tous indignés

 

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 19:32

 

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article22028

 

Une brève histoire du syndicalisme égyptien

 

15 juin 2011

 

Le premier syndicat égyptien a été fondé au Caire en 1900, suite à une grève des rouleurs de cigarettes. Des syndicats se sont ensuite formés, notamment parmi les cheminots et traminots du Caire et d'Alexandrie. Étant donné la mainmise européenne sur le pays, syndicalisme et mouvement nationaliste ont le plus souvent été étroitement liés.

 

Le syndicalisme n'a été explicitement légalisé qu'en 1942, mais sous un contrôle étroit de l'État.

 

Les salariés et les syndicats ont activement participé aux mobilisations qui se sont succédé entre 1945 et 1952, notamment dans l'industrie textile.

 

En janvier 1952, un congrès de fondation d'une confédération était prévu. Il n'a pas pas pu se tenir suite au déclenchement d'une vague de répression ayant suivi le grand incendie du Caire.

 

L'année 1952 marque une rupture décisive dans l'histoire de l'Égypte. En juillet, les "officiers libres", sous la direction de Nasser renversent la monarchie à la solde des Britanniques. Pour la première fois depuis 2 500 ans, l'Égypte est dirigée par des Égyptiens. De nombreux travailleurs soutiennent avec enthousiasme le régime militaire qui promet l'indépendance et la justice sociale. La popularité de Nasser se renforce considérablement en 1956 avec la nationalisation du canal de Suez.

 

Le nouveau pouvoir prend effectivement dès 1952 une série de mesures favorables aux salariés. Mais simultanément, il interdit les grèves et condamne à mort des grévistes. Il n'est pas question pour lui de tolérer un mouvement syndical indépendant et militant : "les travailleurs n'ont pas à revendiquer, c'est nous qui décidons de donner" explique Nasser. Les syndicats ne sont considérés par lui que comme des forums dans lesquels les travailleurs peuvent exprimer leurs opinions ainsi que des structures visant à stimuler la production et répartir des prestations sociales. Leur fonction n'est pas de permettre aux travailleurs de s'organiser, mais de permettre à l'État de les encadrer.

 

C'est dans ce cadre que voit le jour, en 1957, la confédération syndicale EWF, à laquelle succède, en 1961, l'ETUF. Les dirigeants de ces centrales sont nommés par le gouvernement et sont souvent simultanément des cadres du parti au pouvoir. Elles sont complètement intégrées à l'appareil d'État : de 1962 à 1986, le président de l'ETUF était en même temps ministre du Travail ! Les mobilisations ouvrières et politiques se heurtent au syndicalisme officiel, véritable courroie de transmission du pouvoir.

 

Toute structure syndicale était obligatoirement affiliée à l'ETUF, qui revendiquait en 2009 plus de quatre millions quatre cent mille membres. L'ETUF n'a jamais été conçue pour organiser les travailleurs du privé. Elle a été mise en place à l'époque où toutes les entreprises de plus de deux cent salariés étaient propriété d'Etat. Pour cette raison, la grande majorité des membres de l'ETUF appartiennent au secteur public ou aux administrations, et l'ETUF n'a jamais consacré des ressources importantes ou fait une priorité à l'organisation des salariés privés.

 

Après la mort de Nasser en 1970, les droits sociaux concédés aux travailleurs ont été progressivement remis en cause sous les présidences de Sadate et Moubarak, conformément à la politique néo-libérale impulsée par le FMI et la Banque mondiale. Il en a résulté une succession de conflits sociaux.

 

Après avoir protesté contre certaines mesures, la direction de l'ETUF s'est rapidement rangée aux côtés du pouvoir. Deux millions de salariés ont néanmoins pris part à trois mille grèves, sit-in et manifestations depuis 1998.

 

La vague de grèves qui s'est amplifiée à partir de 2004 a été un élément essentiel expliquant la chute de Moubarak. Trois luttes ont joué un rôle de premier plan : les travailleurs du textile de Mahalla en 2006 et 2007, les collecteurs d'impôts fonciers en 2007 et l’usine de lin de Tanta en 2009.

 

Les tentatives de créer des réseaux syndicaux se multiplient dans cette période. Certaines ONG et plateformes informelles font un travail considérable avec des réunions, des formations, des rapports, des périodiques, comme par exemple : le CTUWS, fondé en 1990 et animé par Kamal Abbas, un ancien ouvrier des aciéries chassé après la grande grève de 1989 et l'ECESR, crée en 2009 et animé par l'avocat Khaled Ali.

 

Voit aussi le jour, en 2000, le Comité de coordination pour les droits et libertés ouvrières et syndicales (CCTUWRL), coordination informelle réunissant chaque mois plusieurs dizaines de syndicalistes du Caire et de province, de sensibilités différentes, et qui cherche à faire émerger une voix autonome et combative.

 

Les luttes ouvrières servent de toile de fond à l'implication d'une partie de la jeunesse : le nom même du Mouvement de jeunesse du 6 avril est né de la solidarité avec les grèves du textile de Mahalla qui ne se limitaient pas à des demandes catégorielles mais se confrontaient directement au syndicalisme officiel.

 

Deux syndicats indépendants finissent par arracher leur reconnaissance légale : en 2008, le syndicat des collecteurs d’impôts fonciers et, en 2010, celui des techniciens de la Santé.

 

En janvier 2011, parallèlement aux luttes impulsées par la jeunesse, le pays connaît une vague impressionnante de grèves et de protestations des travailleurs. Au départ, les motifs de ces mobilisations sont souvent économiques avec des questions de salaires, de primes, de contrats de travail pour les précaires… Mais très vite, la question de la liberté syndicale et la dénonciation du syndicalisme officiel pointent (1).

 

Depuis la chute de Moubarak les autorités militaires ont essayé, à de multiples reprises, de mettre un terme aux luttes, avec le soutien actif des Frères musulmans.

 

Elles dénoncent les revendications des travailleurs comme "corporatistes" et contraires aux intérêts du pays. Le Conseil supérieur des forces armées utilise les media pour tenter de convaincre l’opinion publique que la poursuite de grèves et de protestations représente un danger pour la « transition démocratique ».

 

Les autorités tentent d'interdire les grèves et les réunions de travailleurs. Le pouvoir a mis en place, en mars 2001, une législation criminalisant la grève : elle permet d'infliger, pour incitation à la grève, un an de prison ainsi qu'une amende équivalant à six ans de salaire. Des travailleurs en lutte sont également traduits devant les tribunaux militaires en application de la loi antiterroriste.

 

Mais les mobilisations continuent, car pour les travailleurs en lutte, les revendications font partie intégrante de la révolution.

 

Le cadre légal dans lequel s'inscrit actuellement l'action syndicale est transitoire.

 

Une nouvelle loi syndicale devrait voir le jour à l'automne 2011. "Le nouveau ministre du Travail connaît bien les conventions en vigueur au plan international : il a en effet travaillé au Bureau international du travail. Il est possible de parvenir à un accord avec lui en ce qui concerne le respect des libertés syndicales" explique l'avocat-militant Khaled Ali.

 

L'ancienne centrale (ETUF) n'a pas été dissoute, mais son ancien secrétaire général est en prison et ses avoirs ont été gelés.

 

Dans l'immédiat, plus aucun obstacle légal n'existe à la création de syndicats indépendants : dès qu'un dossier de reconnaissance est déposé auprès du ministère, le nouveau syndicat peut commencer à fonctionner sans attendre la réponse officielle.

 

 

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 13:38

  

http://www.liberation.fr/politiques/01012356906-a-port-leucate-la-crise-de-la-quarantaine-du-npa

A Port Leucate, la crise de la quarantaine du NPA

Par Nicolas Chapuis, envoyé spécial à Port Leucate

Mardi 30 août 2011 

Le NPA le martèle haut et fort : «La France ne doit pas payer la dette.» Mais en interne, le parti, lui, n’a pas fini de payer le tribut de ses divisions. Après une conférence nationale en juin très tendue, l’université d’été du NPA devait marquer le début de la campagne et du rassemblement derrière le candidat désigné, Philippe Poutou. Sur la plage de Port-Leucate (Aude), les tenants de la position majoritaire, opposés à une alliance avec le Front de gauche, ont pu mesurer les conséquences douloureuses de leur victoire à la Pyrrhus. Parmi eux, Olivier Besancenot se veut quand même positif : «Quand on n’a pas le vent dans les voiles, nos divisions ressortent, mais il ne faut pas nous enterrer trop vite.»

Devant la baisse d’affluence (huit cent cinquante personnes contre plus d’un millier les années passées) un photographe s’amuse : «C’est marée basse ici.» Beaucoup d’adhérents ont quitté le parti pour rejoindre le Front de gauche ou d’autres formes de militantisme. Philippe Poutou l’admet : «Le NPA n’est pas en forme, mais il ne faut pas bousiller ce qu’il reste. Il y a eu des espoirs déçus sur les luttes sociales. La crise détruit le collectif. On peut presque établir un lien direct avec notre crise interne, on se sent impuissant, et donc on s’engueule.»

Pour l’un des membres de la minorité, «la direction est dans le déni par rapport à la gravité des divisions. La campagne, je la sens très mal. Philippe Poutou est sympathique, mais il n’a pas une personnalité qui transcende. Je ne suis pas très optimiste. On ne peut pas être prêt en bouffant des fiches pendant deux mois».

L’hémorragie des adhérents ne semble même pas endiguée. Une militante accoudée à la terrasse au bord de la mer semble résignée : «Je n’ai pas payé ma cotisation depuis mars. Je crois que je vais partir et rejoindre Attac. Je n’ai pas digéré qu’on ait deux femmes porte-parole, et qu’on finisse par choisir un homme comme candidat.»

En mettant l’accent sur l’annulation de la dette, les dirigeants espèrent fédérer les militants autour du programme. «Cette dette est illégitime», scande inlassablement Poutou. Pour se redonner espoir, certains regardent ce qui se passe ailleurs en Europe. «Je suis allé samedi en Espagne voir les Indignés, ils s’éclatent», s’enthousiasme Besancenot. Celui qui assure être «en paix», depuis qu’il a laissé la candidature à un autre, regrette que le «souffle» de ce mouvement ne prenne pas encore en France. «L’échec de la contestation sur les retraites pèse sur nous, les gens s’étaient mobilisés en masse, ils ont besoin d’une victoire concrète.»

A la vue de la foule éparse sur la grève de Port-Leucate, l’élan de la création du parti en 2009 et du mouvement des retraites semble bien s’être essoufflé. Dans la crise, le mouvement anticapitaliste s’est révélé incapable de faire fructifier son propre capital.

 

 

 

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 13:12

 

http://www.ptb.be/nieuws/artikel/comment-les-travailleurs-belges-ont-fonde-la-securite-sociale.html

Comment les travailleurs belges ont fondé la sécurité sociale

« Votre prénom est wallon ou flamand. Votre nom de famille est travailleur ». Il y a soixante quinze ans, après l’assassinat de deux socialistes anversois, une grève d’une incroyable ampleur éclatait dans tout le pays.

Thomas Blommaert

5 juillet 2011 

Lorsque, tôt le matin du 25 mai 1936, Albert Pot et Theo Grijp se lèvent, la chaleur est déjà forte sur les avenues anversoises. Les deux hommes se débarbouillent, disent au revoir à leur épouse et partent vers leurs réunions respectives qui durera jusque tard dans la soirée. En effet, ils sont actifs dans le syndicat socialiste : Albert Pot est le chef de la propagande de la jeunesse syndicale, et Theophiel Grijp, membre du Conseil de la ligue des travailleurs du port.

Les temps sont houleux. Dans le pays, le mécontentement à propos des économies décidées par le gouvernement libéral-catholique-social-démocrate Van Zeeland ne cesse de croître. En Espagne, les fascistes préparent leur coup d’état et, en France, une vague de grèves dans la métallurgie met sens dessus dessous le reste du pays. Il y a des centaines de milliers de chômeurs, et pourtant les travailleurs doivent prester chaque jour des heures supplémentaires. C’en est assez, et les gens redressent l’échine.

Le même été, le journal socialiste Vooruit interviewera une travailleuse française venue passer ses premiers congés payés au Kemmelberg. Elle résume sa vie au journaliste : « Quinze ans de mariage, trois enfants et, comme mon mari, le boulot quotidien à l’usine. Travailler, manger, dormir. Et puis, d’un coup, la semaine de 40 heures, les congés payés, des contrats collectifs obligatoires ! »

Les deux héros de notre histoire, Pot et Grijp, doivent certainement en avoir entendu, de ces histoires qui racontent le combat pour obtenir nos droits. Peut-être même en parlent-ils ce jour-là, qui sait. Peut-être discutent-ils des élections en Belgique, des fascistes de Rex et du VNV qui ont le vent en poupe, ce qui donne de l’audace aux chemises brunes. Ce dernier sujet va tristement s’illustrer ce soir-là. Des fascistes du groupuscule De Realisten – plus tard absorbé par le Rex de Degrelle – mettent le feu à un calicot accroché au local de la jeunesse syndicale du Paardenmarkt, où Albert Pot a son bureau. Dans Schets van de arbeidersbewing tot 1998. Leve Lahaut-Vive Lahaut (Esquisse du mouvement ouvrier jusque 1998. Vive Lahaut), l’ancien docker Bert Struyf relate cette soirée : « Nous étions à la réunion lorsque quelqu’un est entré en courant et a crié : «Ils s’y mettent à nouveau !» » Toute l’assemblée s’est ruée dehors. Sur la Italiëlei, quatre fascistes sont en train de coller des affiches. Nous avons alors vu un homme brandir soudain un revolver et tirer. Albert Pot est tombé », se souvient Struyf. Ensuite, lors de l’échauffourée suivante, c’est Theo Grijp qui est abattu. Pot et Grijp : depuis lors, leurs noms sont indissociables…

L’étincelle des funérailles

C’est une marée de dizaines de milliers d’Anversois ordinaires, portant des drapeaux rouges bordés de noir, qui accompagne le duo pour leur dernier voyage depuis la Breydelstraat jusqu’à la Brederodestraat. Les funérailles se muent en marche de protestation contre les fascistes qui, la veille, comme on le craignait, ont gagné les élections. « Ce fut le premier dimanche noir, et ces hommes faisaient la fête pendant que l’on enterrait Pot et Grijp », a déclaré récemment Jos Vandervelpen, avocat et président de la Ligue des droits de l’homme, lors de la commémoration de cet assassinat.

Le jour de l’inhumation, les dockers anversois arrêtent le travail pour 24 heures. L’agitation ne cesse plus et, rapidement, il ne s’agit plus seulement du meurtre de Pot et Grijp. Le 2 juin à 17 heures, les dockers occupent plusieurs bateaux : ils exigent une augmentation de 14 francs par jour. Bientôt les réparateurs de bateaux, les ouvriers diamantaires et les travailleurs des transports se joignent à eux. Un jour plus tard, dix mille travailleurs se rendent au Sportpaleis pour écouter les discours des « agitateurs communistes », comme les désignent plusieurs journaux. Les syndicats hésitent, les sociaux-démocrates appellent au calme.

Mais la grève fait boule de neige et continue à s’amplifier. Le 12 juin, une bonne partie de la Belgique est à l’arrêt. Les mineurs déposent leurs outils et les femmes de la FN d’Herstal occupent l’entreprise : une première. Le 15 juin, la Belgique compte cent cinquante mille grévistes, le 16, deux cent cinquante mille, le 17, plus de quatre cent mille, le 18, cinq cent mille, tant au nord qu’au sud du pays. Car, comme il est écrit sur une affiche des grévistes : « Votre prénom est Wallon ou Flamand. Votre nom de famille est travailleur. »

Le mouvement débouche sur une Conférence Nationale des Travailleurs, clairement inspirée du Front Populaire français qui, quelques semaines auparavant, avait organisé une marche de 600 000 personnes devant le Mur des Fédérés où, en 1871, les derniers Communards avaient été fusillés. « Les travailleurs voyaient la reprise économique qui succédait à la crise mondiale, écrivent Els Witte et Jan Craeybeckx dans leur Politieke geschiedenis van België (histoire politique de la Belgique). Ils exigeaient leur part du gâteau, et certains même toute la boulangerie. »

La répression est pourtant lourde. Le 16 juin, la gendarmerie tire durant une demi-heure sur les grévistes qui se sont rassemblés dans la maison du peuple de Quaregnon. Le 21 juin, Vooruit décrit comment une horde à cheval disperse femmes et enfants dans l’étroite Donkersteeg de Gand : « On entend partout : «Ce sont des salauds ! Si seulement nous avions des armes !» Pleurant de colère, les travailleurs nous interpellent «Que pensez-vous de ça ? Et toi, Balthazar (le successeur d’Eedje Anseele, dirigeant du POB – Parti Ouvrier Belge - de Gand, NdlR), tu vois maintenant, toi qui hier encore nous appelais au calme !»

Les acquis de la grève

La gendarmerie boit du petit lait lorsque la population doit battre en retraite. Mais, le 24 juin, le Premier ministre Van Zeeland lit une déclaration sur un vaste plan de réforme. Le mouvement ouvrier a arraché une augmentation salariale de 7 %, la semaine des 40 heures, des congés payés de minimum six jours par an, une assurance-maladie et une augmentation des allocations familiales. Ces acquis constituent la base de notre actuelle sécurité sociale

 

 



 

 

 

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 19:34

 

http://www.liberation.fr/monde/01012355921-dans-le-xinjiang-les-ouigours-contre-les-bulldozers-de-pekin

 

Dans le Xinjiang, les ouigours contre les bulldozers de Pékin

 

Dans la province chinoise, la minorité musulmane tente de résister à la politique d’assimilation du régime.

 

Par Philippe Grangereau, envoyé spécial à Kashgar, Khotan et Urumqi

 

Jeudi 25 août 2011

 

 

Le soleil focalise ses derniers rayons de la journée sur la statue en ciment de Mao Zedong qui trône en plein Kashgar. La solide effigie symbolise l’emprise chinoise sur ces terres d’islam en lisière du désert du Taklamakan, à plus de trois mille kilomètres à l’ouest de Pékin. Non loin, dans le lacis de la ville ouïgoure en passe d’être entièrement détruite par les bulldozers, de paisibles foules musulmanes s’accroupissent sur le sol, en rangs ordonnés, à l’entrée de petites mosquées aux frontons ornés. Les femmes en longue jupe chamarrée portent un foulard, et parfois un voile qui dissimule leur visage. Tous ont une assiette de viande de mouton et une tranche de pastèque sur les genoux. C’est bientôt la fin du jeûne du ramadan : les fidèles attendent sereinement le signal lancé dans leur langue proche du turc par le arong («imam») pour entamer leur repas du crépuscule. 

 

Le Xinjiang n’a pourtant rien de placide. Le mois dernier, les colons hans (Chinois de souche) ont été la cible de trois attentats qui ont fait quarante morts. Un groupe de jeunes Ouïgours a attaqué au couteau des commerçants chinois ; un autre a poignardé des passants après avoir jeté un camion sur la foule. A Khotan, c’est un commissariat chinois qui a été attaqué, là encore au couteau. La police a arrêté quelques suspects, et tué les autres. De semblables attentats se multiplient au Xinjiang depuis les émeutes ethniques d’Urumqi à l’été 2009, qui se sont soldées par près de deux cent morts, surtout des Hans. La vague d’exécutions qui a suivi a envenimé la situation. Il ne se passe guère de mois sans que des colons chinois soient poignardés, même si la presse tend à passer ces incidents isolés sous silence. «On est terrorisés par les Ouïgours. Plus personne n’ose sortir la nuit, ou même poser un pied dans leurs quartiers», reconnaît Liu Jianmin, un homme d’affaires du Zhejiang (sud-est). Les entrées des villes et toutes les routes de la «région autonome» sont jalonnées de postes de contrôle : les hommes ouïgours doivent descendre des bus pour présenter leur carte d’identité. Sur les cinq cent kilomètres de la route Khotan- Kashgar, on a compté dix check-points. Une loi martiale qui ne dit pas son nom est en vigueur.

 

Filature. Autour de la grande place de Kashgar, une artillerie de caméras de surveillance est braquée sur les passants. Trois camions remplis de militaires chinois en treillis de combat, arme automatique au flanc, sont parqués en posture dissuasive. Sur les ridelles, flottent des banderoles rouges de slogans exaltant «l’union entre les ethnies». Face à la mosquée Id Kah, un écran digital géant diffuse un film à gros budget que le Parti a fait tourner pour célébrer ses 90 ans. On y voit un Mao jeune, doublé en langue ouïgoure, exécuter les prouesses que lui prête l’histoire officielle. La voix de l’acteur, amplifiée par les haut-parleurs, se mêle au vacarme de l’avenue. Des escadrons de paysans des oasis avec leur baluchon ainsi que de farouches vigiles ouïgours forment un parterre autour de l’écran qui magnétise tous les regards. Des grappes de jeunes Ouïgours et Kazakhs désœuvrés sur des scooters électriques faisant office de taxis épient le client. «Vous voyez, marmonne Noori, un architecte, tout est là : leur volonté de nous assujettir et de nous laver le cerveau.» En parlant à un journaliste étranger, Noori prend un grand risque. Par-dessus l’épaule, coup d’œil sur les deux hommes au tee-shirt blanc, un téléphone à la main, qui enquillent nos pas depuis le matin. On les a semés dans un cimetière, mais les revoilà. Tous les reporters étrangers sont systématiquement pris en filature par la police dès le premier pied posé au Xinjiang.

 

Peu après les derniers attentats, les autorités chinoises ont accusé, sans apporter de preuves, «des groupes terroristes islamistes» dont le leader aurait été «entraîné au Pakistan». Une version des faits à laquelle personne ne croit ici. Pour Rahile, une Ouïgoure à la retraite qui occupait naguère de hautes fonctions, ces violences sont plutôt «le symptôme d’un profond malaise dû à la migration massive de colons chinois, à la discrimination à l’emploi et aux brimades.»«La police, poursuit-elle, réprimande ceux qui se promènent dans la rue en habits traditionnels. Les fonctionnaires ne peuvent porter ni la barbe ni la moustache et toute activité religieuse leur est interdite sous peine de graves sanctions. Pour les étudiants, observer le ramadan vaut une expulsion immédiate.» Noori chuchote : «Rien ne les arrêtera… Tout est fait pour nous faire plier. Nous serons assimilés comme les Mandchous, et bientôt les Mongols et les Tibétains.» Son pessimisme, ajoute-t-il, fait écho à celui des 8 millions d’Ouïgours. «On peut être arrêtés n’importe quand… La peur fait partie de notre quotidien, alors faut bien répéter les slogans pour éviter les ennuis, mais au fond de leur cœur, tous les Ouïgours veulent l’indépendance.» Il poursuit avec amertume : «Nous avons raté l’occasion qui s’est présentée en 1991, lorsque les Républiques d’Asie centrale se sont déclarées indépendantes, après l’éclatement de l’Union soviétique.»

 

Amat, un écrivain de Khotan, aura recours à une allégorie : «Nous sommes comme un chien attaché à un arbre : autrefois, l’arbre était frêle, et il était possible de l’arracher en tirant fort, tandis qu’aujourd’hui cet arbre est devenu énorme.» «La politique officielle à l’égard des Ouïgours est "duoyuan yitihua" [intégration, ndlr], ce qui en pratique signifie la mort de notre culture et de notre peuple.» C’est un professeur d’université qui parle. Il est membre du Parti communiste «pour se protéger». Du primaire jusqu’à l’université, l’enseignement en ouïgour est proscrit depuis plusieurs années, dit-il. Des dizaines de milliers d’enseignants ont été licenciés. Dans les villages, les paysans doivent envoyer leurs enfants dans des maternelles où l’on ne parle que chinois. Ceux qui refusent voient leurs terres confisquées. Mais la coercition est combattue.

 

«Les jeunes refusent d’apprendre le chinois maintenant, et comme tous les cours, mathématiques, physique, etc. sont en chinois, ils ne comprennent rien. Ça a fait chuter considérablement le niveau d’instruction des Ouïgours, déplore le professeur. Certes, on peut encore enseigner la langue ouïgoure, mais seulement cinq heures par semaine, ce qui est trop peu.»«Les autorités disent qu’on trouvera facilement du boulot si on parle bien chinois, renchérit Tomur, un étudiant de 22 ans. Bien sûr qu’on pourrait apprendre le chinois, mais je ne connais presque aucun Ouïgour qui en a vraiment l’envie. On préfère apprendre l’anglais.» 

 

Poèmes. Sur la route entre Kashgar et Khotan, un slogan écrit avec des pierres sur une dune : «Pour permettre le développement économique, respectons le planning familial.» Mot d’ordre incongru s’il en est en plein désert. Les huit millions d’Ouïgours, exemptés de la politique de l’enfant unique il y a dix ans encore, ne sont plus autorisés à n’avoir que deux enfants, parfois trois dans les zones rurales. «L’étau se resserre sur nous, soupire Tohti, un poète. A la fin des années19 80, Ouïgours et Chinois de souche s’entendaient très bien, car nous étions très majoritaires et les Chinois se comportaient bien. Mais c’est fini. La grande majorité des postes de responsabilité naguère occupés par des Ouïgours sont aujourd’hui presque tous tenus pas des Hans. Des centaines d’ouvrages sur notre culture et notre histoire sont désormais proscrits.» En 2002 à Kashgar, les autorités ont brûlé en place publique Uyghurlar, un ouvrage sur les «six mille ans d’histoire des Ouïgours» de l’historien Turghun Almas (mort en résidence surveillée en 2001). Aujourd’hui, il existe toujours une centaine de mensuels littéraires ouïgours, «mais ces revues, comme les romans et poèmes, sont toutes sévèrement censurées pour démontrer que le Xinjiang n’a jamais eu de culture ou d’histoire indépendante de celle de la Chine».

 

Pour Pékin, seul le développement économique peut résoudre les «rapports complexes» entre les Hans et les «minorités ethniques». Kashgar a été propulsé «zone économique spéciale» à coups d’investissements. Mais, là encore, une forme de résistance s’organise. «Les Ouïgours qui s’enrichissent deviennent très religieux et font construire des mosquées, parfois à coups de millions - non sans donner des pots-de-vin aux autorités pour les permis de construire», remarque Tohti. Après un silence, il ajoute : «Pour les Ouïgours, la religion est devenue un moyen de sauver notre langue et notre culture, une grande muraille contre la Chine.»

 

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 17:25

 

http://www.rougemidi.org/spip.php?article4999

 

Kronstadt, la troisième révolution ?

 

Jeudi 24 juin 2010

 

Par Michel Peyret

 

Devant le dixième congrès du parti communiste bolchevik de Russie, en mars 1921, Lénine déclare : « Une légère déviation syndicaliste ou semi-anarchiste n’aurait rien eu de terrible : le parti en aurait pris conscience rapidement et se serait énergiquement appliqué à la corriger.

 

Mais elle se manifeste dans un pays à forte prédominance paysanne, si cette paysannerie est de plus en plus mécontente de la dictature prolétarienne, si la crise de l’économie paysanne est au paroxysme, si la démobilisation d’une armée paysanne jette sur le pavé des centaines et des milliers d’hommes brisés, qui ne trouvent pas de travail, qui sont habitués uniquement au métier des armes et qui répandent le banditisme, ce n’est pas le moment de discuter de déviations théoriques.... »

 

La dictature du prolétariat en péril

 

Lénine poursuit : « Nous devons dire carrément à ce congrès : nous n’admettrons plus les discussions sur les déviations, il faut y mettre fin. Le congrès du parti peut et doit le faire, il doit tirer la leçon qui s’impose, l’adjoindre au rapport politique du Comité Central, la fixer, la consacrer, en faire une obligation, une loi pour le parti. L’atmosphère de discussion devient dangereuse à l’extrême, elle met manifestement en péril la dictature du prolétariat... » « Nous tirerons à présent de ces leçons une conclusion politique, et pas seulement une conclusion indiquant telle ou telle erreur, mais une conclusion politique touchant les rapports entre les classes, entre la classe ouvrière et la paysannerie. « Ces rapports ne sont pas tels que nous le pensions. Ils exigent du prolétariat une cohésion et une concentration des forces infiniment plus grande, et en régime de dictature du prolétariat, ils représentent un danger bien plus grand que tous les Dénikine, Koltchak et Ioudénitch réunis. Personne ne doit se faire d’illusions à ce propos, car ce serait l’illusion la plus fatale... »

 

Démasquer les falsificateurs et les tricheurs

 

Pour Joseph Vansler, alias Wrigtht, « durant les années de montée révolutionnaire, les anarchistes, les mencheviks, les Socialistes Révolutionnaires et consort étaient sur la défensive. Aujourd’hui, le stalinisme leur a fourni un prétexte démagogique pour mener l’offensive contre les principes mêmes qui ont permis Octobre. Ils cherchent à compromettre le bolchévisme en l’identifiant au stalinisme. Ils se saisissent de Kronstadt comme point de départ. Leur théorie est des plus « élémentaires » : Staline tire sur les ouvriers uniquement parce que c’est l’essence du bolchévisme de tuer les ouvriers ; par exemple Kronstadt ! Lénine et Staline ne font qu’un. CQFD.

 

« Tout leur art consiste à torturer les faits historiques, en exagérant monstrueusement chaque question secondaire sur laquelle les Bolchéviks ont pu se tromper, et en jetant un voile pudique sur le soulèvement contre le pouvoir soviétique et sur le programme et les objectifs de l’insurrection.

« Notre tâche est avant tout de démasquer les falsificateurs et les tricheurs à l’oeuvre sur des « faits » historiques qui leur servent de base pour leur acte d’accusation du bolchévisme. »

 

La valeur et la gloire de la Russie révolutionnaire

 

Pour la Coordination Gauche Alternative du Hainaut le 6 mars 2009, « au début de l’année 1921, le pays est ruiné par sept ans de guerre. Dans la campagne comme dans les villes, éclatent des protestations populaires contre le pouvoir du parti bolchévique.

 

Dans certaines villes, des vagues de grèves éclatent, entre autres à Petrograd, qui connait régulièrement la famine du fait de la guerre et des restrictions, et où les ouvriers des principales usines se mettent en grève en février 1921.

 

Le 26 février, informés des évènements de Petrograd, les équipages des navires de la marine soviétique « Petroparlovsk » et « Sébastopol » à quai à Kronstadt, tiennent en urgence une réunion et se mettent d’accord pour envoyer une délégation chargée de se renseigner et de faire un rapport à propos de la situation sur le continent ».

 

Kronstadt est une ville de garnison, sur l’île Kotline, dans le golfe de Finlande, à vingt kilomètres de Petrograd dont elle constitue un poste de garde avancé.

 

Les marins de Kronstadt avaient été dans l’avant-garde des révolutions de 1905 et de 1917.

 

En 1917, Trotski appelait ces marins « la valeur et la gloire de la Russie révolutionnaire ». De par leur histoire révolutionnaire, les habitants de Kronstadt furent très tôt partisans et praticiens du « pouvoir aux conseils » : formant dès 1917 une commune libre relativement indépendante de l’autorité centrale, ils pratiquaient une forme de démocratie directe à base d’assemblées ou de comités réunis dans le cadre de la forteresse dans un espace public énorme servant de forum populaire pouvant contenir plus de trente mille personnes.

 

Les revendications de Kronstadt

 

Lors de son retour de Petrograd, les membres de la délégation dont on a parlé informent leurs camarades marins des grèves et de la répression que le gouvernement bolchévique exerce contre elles. Les participants au rassemblement approuvent alors une résolution et quinze revendications :

 

Organiser immédiatement des réélections aux soviets, avec vote secret, et en ayant soin d’organiser une libre propagande électorale pour tous les ouvriers et paysans, vu que les soviets actuels n’expriment pas la volonté des ouvriers et des paysans ;

 

Accorder la liberté de la parole et de la presse pour les ouvriers et les paysans, pour les anarchistes et les partis socialistes de gauche ;

 

Donner la liberté de réunion et la liberté d’association aux organisations syndicales et paysannes ;

 

Organiser, pour le 10 mars au plus tard, une conférence sans-parti des ouvriers, soldats rouges et matelots de Petrograd, de Kronstadt et du district de Pétrograd ;

 

Libérer tous les prisonniers politiques appartenant aux partis socialistes, ainsi que tous les ouvriers et paysans, soldats rouges et marins emprisonnés ^pour des faits en rapport avec des mouvements ouvriers et paysans ;

 

Elire une commission pour la révision des cas de ceux qui sont détenus dans les prisons ou les camps de concentration ;

 

Supprimer tous les « politotdiel »(Sections politiques du parti communiste existant dans la plupart des institutions d’Etat ), car aucun parti ne peut avoir de privilèges pour la propagande de ses idées, ni recevoir de l’Etat des ressources dans ce but. A leur place, il doit être créé des commissions culturelles élues, auxquelles les ressources doivent être fournies par l’Etat ;

 

Supprimer immédiatement tous les « zagraditelnyé otriady » ( détachements policiers créés officiellement pour lutter contre l’agiotage, mais qui en fin de compte confisquaient tout ce que la population affamée, les ouvriers compris, amenaient des campagnes pour la consommation personnelle ) ;

Fournir à tous les travailleurs une ration égale, à l’exception de ceux des métiers insalubres qui pourront avoir une ration supérieure ;

 

Supprimer les détachements de combat communistes dans toutes les unités militaires, et faire disparaître dans les usines et fabriques le service de garde effectué par les communistes. Si on a besoin de détachements de combat, les désigner par compagnie dans chaque unité militaire ; dans les usines et fabriques les services de garde doivent être établis conformément à l’avis des ouvriers ;

 

Donner aux paysans le droit de travailler leurs terres comme ils le désirent, ainsi que celui d’avoir du bétail, mais tout cela par leur propre travail, sans aucun emploi de travail salarié ;

 

Demander à toutes les unités militaires ainsi qu’aux camarades « koursanty » ( Elèves officiers ) de s’associer à cette résolution ;

 

Exiger qu’on donne dans la presse une large publicité à toutes les résolutions ;

 

Désigner un bureau mobile de contrôle ;

 

Autoriser la production artisanale libre, sans emploi de travail salarié. Comme les ouvriers de Pétrograd, les marins de Kronstadt exigèrent l’égalité des salaires, la fin des barrages routiers limitant la liberté de circulation et la possibilité pour les ouvriers d’introduire de la nourriture dans la ville.

 

Message aux ouvriers du monde entier

 

Les « insurgés » envoient le 6 mars un message radio « aux ouvriers du monde entier » où ils déclarent :

 

« Nous sommes partisans du pouvoir des soviets, non des partis. Nous sommes pour l’élection libre de représentants des masses travailleuses. Les soviets fantoches manipulés par le Parti communiste ont toujours été sourds à nos besoins et à nos revendications ; nous n’avons eu qu’une réponse : la mitraille...

 

« Camarades ! Non seulement ils vous trompent, mais ils travestissent délibérément la vérité et nous diffament de la façon la plus méprisable...

 

« A Kronstadt, tout le pouvoir est exclusivement entre les mains des marins, soldats et ouvriers révolutionnaires...

 

« Vive le prolétariat et la paysannerie révolutionnaires !

 

« Vive le pouvoir des soviets librement élus ! »

 

Vers la troisième révolution

 

Le soviet de Kronstadt écrit encore :

 

« Il est clair que le parti communiste russe n’est pas le défenseur des travailleurs qu’il prétend être. Les intérêts des travailleurs lui sont étrangers. S’étant emparé du pouvoir, il n’a qu’une seule crainte : le perdre et c’est pourquoi il croît que tous les moyens lui sont bons : calomnie, violence, fourberie, assassinat, vengeance sur la famille des rebelles...

« Ici, à Kronstadt, nous avons posé la première pierre de la troisième révolution qui fera sauter les dernières entraves des masses laborieuses et ouvrira toute grande la voie nouvelle de la créativité socialiste...

 

« Sans coup férir, sans qu’une goutte de sang ait été versé, le premier pas a été franchi. Les travailleurs ne veulent pas de sang. Ils ne le versent que réduits à l’autodéfense...

 

« Les ouvriers et les paysans ne cessent d’aller de l’avant, laissant derrière l’Assemblée constituante et son régime bourgeois, la dictature communiste, sa Tchéka et son capitalisme d’Etat. »

 

La répression

 

On sait que dès le début le gouvernement refusa la négociation comme le laissaient entendre les propos de Lénine au Congrès. Dans le même esprit, il n’accepte pas les propositions de médiation qui furent formulées de plusieurs sources. Pour lui, la victoire de l’insurrection de Kronstadt ne pouvait que conduire à brève échéance à la victoire de la contre révolution, indépendamment des idées qui pouvaient être présentes dans la tête des marins révoltés.

 

Aussi, agissant en tant que Président du Conseil militaire révolutionnaire de l’armée et de la marine de la République, Trotsky commanda la réforme et la mobilisation de la septième Armée « pour supprimer le soulèvement de Kronstadt le plus rapidement possible. » Kronstadt la rouge était devenue Kronstadt la blanche !

 

La démocratie prolétarienne, un souvenir

 

Pour Paul Avrich, dans « La tragédie de Kronstadt, 1921 », en réalité, aucun parti, aucune organisation – et pas même les anarchistes – n’est à l’origine d’un mouvement qui a surgi spontanément des violentes tensions qui, au cours de la guerre civile, se sont développées entre les masses ouvrière et paysanne et l’Etat.

 

Il constate qu’une fois les armées blanches défaites, la paysannerie ne supporte plus qu’avec une impatience croissante les lourdes réquisitions auxquelles les bolchévicks ont été contraints d’avoir recours pour ravitailler les villes affamées. Dès la fin de 1920, des révoltes agraires secouent les régions de la Volga, la province de Tambov, le nord du Caucase, la Sibérie occidentale, et il faut livrer de véritables batailles rangées contre des bandes qui regroupent jusqu’à cinquante mille à soixante mille paysans. Pour Paul Avrich encore, désormais isolé de la paysannerie, le régime ne l’est pas moins du prolétariat ou de ce qui en reste dans ce pays où la guerre civile et le blocus ont entraîné la fermeture de centaines d’entreprises.

 

En 1921, la démocratie prolétarienne dont avaient rêvée les ouvriers en 1917 n’est plus qu’un souvenir : la Révolution n’a apporté que le froid, la faim, le typhus et le lourd autoritarisme des communistes qui, dans les quelques fabriques qui fonctionnent encore, dans l’armée immensément lasse de trois ans de guerre civile, imposent leur « discipline de fer ».

 

Faire renaître la démocratie des soviets

 

Il y a au début de 1921 un réveil des activités revendicatives et politiques du prolétariat qui se manifeste à Moscou, puis à Pétrograd où Zinoviev évite de justesse que les grèves et l’agitation ne tournent à l’insurrection comme à Kronstadt.

 

Ce qui est en cause, c’est d’abord l’insuffisance du ravitaillement, les contraintes du communisme de guerre, mais aussi le pouvoir dictatorial des communistes, ainsi que le formulèrent très clairement les « insurgés » de Kronstadt en réclamant « le pouvoir des soviets sans les bolchéviks. » Il y a, dit Paul Avrich, indiscutablement dans le mouvement du printemps 1921 une aspiration à faire renaître la démocratie des soviets en détruisant tout ce qui est déjà bureaucratisme, abus de pouvoir et privilèges dans l’Etat bolchévik.

 

L’éclair qui illustre la réalité

 

Ce n’est pas ce chemin qui a été emprunté.

 

Tout était prêt le 16 mars, dit Bernard Féron dans un article paru dans le Monde le 3 février 1991.

 

 

« Contre quinze mille « insurgés » dont le ravitaillement et les munitions étaient plutôt maîgres, Toukhatchewski disposait de cinquante mille hommes...Les « insurgés » tinrent jusqu’au soir du 27...

 

« Ainsi s’acheva, après seize jours la « Commune » de Kronstadt qui fut, dira Lénine, « l’éclair qui mieux que tout autre illustre la réalité ». Epreuve plus redoutable sans doute que la guerre civile, puisque cette fois c’est de l’intérieur du camp révolutionnaire que fut allumée cette « iskra », l’étincelle qui risquait d’embraser le continent si la troupe n’avait pas agi avant le dégel. »

 

Des conséquences durables

 

 « L’évènement eut des conséquences durables, poursuit Bernard Féron. Le 10ème congrès du parti « mit fin au communisme de guerre et adopta la NEP ( Nouvelle Politique Economique ) : les réquisitions arbitraires de céréales étaient remplacées par un impôt en nature. Ce n’était là qu’une pause de sept ans.

 

« Le congrès interdit aussi les factions et les tendances à l’intérieur du parti.

 

« Le régime n’a pas fini d’expier ses fautes commises dans les années 20 : la dénonciation stalinienne de la NEP, et la collectivisation, ont empêché le redressement de l’agriculture, et le maintien, au moins jusqu’à une date récente, d’un parti unique monolithique a fait obstacle aux réformes.

 

« Sitôt après avoir écrasé la « Commune » de >Kronstadt, les bolchéviques reprirent leur train-train révolutionnaire. Ils célébrèrent même, le 18 mars 1921, le cinquantième anniversaire de la Commune de Paris en fustigeant ces « Thiers et Gallifet qui avaient osé assassiner de glorieux révolutionnaires. »

 

Le choix productiviste et l’échec

 

L’approche de François Iselin apparaît donner quelque profondeur nouvelle à l’évènement.

 

Dans un article du 25 juillet 2007 de « Europe Solidaire sans frontières », il montre qu’une à une « les grandes révolutions socialistes se corrompent, s’épuisent et s’effondrent. Les immenses espoirs qu’elles suscitaient jadis se sont évanouis...La cause première de ces échecs a été que leurs directions révolutionnaires aient voulu conserver le redoutable modèle productif capitaliste

 

« Si ces directions ont bien arraché le pouvoir formel des classes dominantes, elles en ont épargné le fondement de leur pouvoir : l’exploitation de la force physique et mentale des êtres humains dans un but contraire à leur libération du travail et, partant, de leur épanouissement...

 

« Bien que les directions de l’Etat soviétique les aient ignorés, discrédités et même liquidés physiquement, les dénonciateurs des dérives productivistes n’ont cessé de donner l’alarme.

 

« Leurs mises en garde apparaissent aujourd’hui aussi prémonitoires que désespérées.

« Parmi d’autres « avertisseurs d’incendie », celle des communards de Kronstadt peut être prise comme exemple.

 

« En 1921, les quelques cinquante mille habitants, en grande majorité masculins, de cette ville soviétique de la Baltique s’élevaient contre l’orientation du pouvoir central qui, après les avoir discrédités et dénigrés, les réprima violemment, les anéantit militairement et en expurgea la substance de la mémoire des peuples...

 

L’écologie et l’organisation de la société

 

François Iselin poursuit :

 

« La priorité donnée à une production écologique, contraire au productivisme, avait cependant des implications sur l’organisation de la nouvelle société, le rôle politique de la paysannerie, le pouvoir de décision des producteurs et le statut de la direction bolchévique, de l’Etat et des syndicats... »

 

Parmi les quinze revendications de Kronstadt, François Iselin distingue, sans aucunement négliger les autres concernant les libertés démocratiques, les revendications « offensives », la onzième et la quinzième, qui sont les plus importantes car elles remettent en cause l’orientation de la révolution en réclamant que le droit d’initiative des producteurs agricoles et artisanaux soit respecté :

 

« Nous résolvons...d’accorder aux paysans l’entière liberté d’action sur leur terre – le droit de travailler leur terre - , comme aussi le droit d’élever du bétail, à condition qu’ils se débrouillent par leurs propres moyens – par leur propre travail - , c’est-à-dire en l’absence de toute main d’oeuvre salariée...d’autoriser la production artisanale individuelle – libre, sans emploi de travail salarié. »

 

C’est pour cela que Lénine peut dire de Kronstadt qu’il fut l’éclair qui, mieux que tout autre, illumina la réalité.

 

Mais, dit François Iselin, le choix productiviste était déjà fixé, il n’était plus question pour l’Etat de remettre en question la priorité donnée à une prolétarisation massive dans un monstrueux appareil industriel.

 

 

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 16:54

 

http://www.europalestine.com/spip.php?article6416

Le convoi Africa to Gaza est arrivé à destination

Vendredi 26 août 2011

Après deux mois sur la route, après avoir traversé sept pays, le Botswana, le Zimbabwe, la Zambie, la Tanzanie, le Kenya, l’Ethiopie et le Soudan, après avoir chargé ses douze camions sur un bateau à Khartoum via al Arish (et les vingt et un militants en avion de Khartoum au Caire), puis déchargé le bateau à al Arish où les militants ont retrouvé leurs camions, le Convoi Africa to Gaza est entré jeudi soir A Gaza.

 

Le site ISM France précise qu’il est arrivé vers 21 heures et a reçu un accueil mémorable. Tous phares allumés, les camions se sont faufilés parmi la foule et les motocyclistes qui brandissaient le drapeau sud-africain. Alors que le terminal ferme officiellement à 17 heures, les officiers de la frontière sont restés très tard pour attendre l’équipe et ont facilité l’entrée, qui s’est passée très rapidement.

 

Avec à sa tête Walid Al Saadi, président de la Relief Society d’Afrique du Sud, il apportait de la nourriture, des équipements médicaux, des générateurs et le matériel pour construire dix maisons.

 

Tous les véhicules seront donnés à la municipalité de Gaza.

 

Les militants resteront quatre jours dans la bande de Gaza, seront reçus par le ministre des Affaires étrangères et s’entretiendront en particulier des problèmes des prisonniers palestiniens et de leurs familles.

 

Ce convoi, dont les médias occidentaux ont très peu parlé, a pris la route à Durban, Afrique du Sud, le 30 juin dernier et a traversé toute l’Afrique dans le but d’attirer l’attention de la population de ce continent sur le sort de ceux qui vivent dans l’enclave assiégée.

 

 

 

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 19:11

 

http://www.m-pep.org/spip.php?article2343

 

Le commencement de la fin

 

Par Frédéric Lordon, texte du 11 août 2011 diffusé par le M’PEP avec l’autorisation de l’auteur.

 

Résumé

 

Pour l’auteur, la certitude de la catastrophe finale commence à se profiler. Le néolibéralisme, en effet, est un régime d’endettement généralisé : ménages, institutions financières, États. La crise menace de mettre à bas tout le système des institutions financières, car si la puissance publique a pu sauver les banques de la crise de la dette privée, il n’est pas certain qu’elle puisse y parvenir pour les dettes publiques.

 

Les agences de notation font de la politique. Car ce que l’agence Standard & Poor’s a noté, ce n’est pas la solvabilité des États-Unis dont chacun sait qu’ils règleront leurs dettes. Ce que cette agence a noté, c’est le dissensus politique aux États-Unis sur la question de la dette. Autrement dit, le fait de ne pas être d’accord politiquement, entre la Maison blanche et le Congrès, devenait un problème pour cette agence. D’ailleurs, contrairement à ce qui se passe habituellement, les taux d’intérêt des titres de l’État American n’ont pas augmenté, ils ont baissé après cette dégradation !

 

La dégradation de la note des États-Unis, qui étaient la meilleure signature du monde, va être interprétée par les marchés comme le fait que toutes les autres signatures sont moins bonnes. Dans ce cadre, le candidat le plus sérieux à la prochaine dégradation est la France.

 

Le système européen actuel touche à l’absurde. D’un côté, les marchés financiers, pour être « rassurés », exigent l’austérité pour que toutes les sources des pays leurs soient versées au travers du remboursement des dettes ; mais d’un autre côté, l’austérité empêche la croissance qui seule peut générer les recettes fiscales permettant de rembourser les dettes… Les plans européens continuent à fabriquer des surendettés futurs pour « sauver » les surendettés présents. Deux sérieux candidats s’avancent au guichet : l’Espagne et l’Italie. Avec 440 milliards d’euros, l’EFSF ne fait pas le poids puisqu’il faudra au minimum 800 milliards d’euros.

 

Les euro-réjouis, ceux-là mêmes qui ont répété pendant deux décennies que l’Europe n’avait rien de libéral, qu’elle était même le bouclier contre la mondialisation, que jamais main de l’homme n’avait produit construction institutionnelle si merveilleusement agencée, fondent leurs derniers espoirs d’éviter la ruine finale sur un miraculeux sursaut politique qui au tout dernier moment accoucherait enfin du « fédéralisme ». Mais cet espoir-là ne vaut pas mieux que tous ceux qui avaient précédé.

Car le fédéralisme politique sera encore très incomplet – le plus probablement consistera-t-il en la fusion des dettes publiques européennes, ou d’une part d’entre elles, en eurobonds communs et indifférenciés.

 

Mais c’est faire l’hypothèse peu vraisemblable que les marchés oublieraient instantanément que sous la surface commune des eurobonds se tient toujours une pluralité d’émetteurs d’inégales signatures.

 

Mais surtout : pour que le « saut fédéral » soit à la hauteur du problème, il faudrait bien davantage, et notamment une intégration si poussée qu’elle ne laisserait aux nations membres qu’une importance financière résiduelle, le poids relatif de l’État fédéral et des États fédérés basculant jusqu’à atteindre des proportions équivalentes à celle des États-Unis, ou de l’Espagne dans ses rapport avec ses régions. Qui peut imaginer le surgissement d’un État fédéral européen pesant budgétairement autant que les États-membres réunis (comme aux États-Unis) avec tout ce qu’il appelle de « progrès » politiques : de vraies institutions politiques fédérales, la constitution d’une citoyenneté politique européenne unique, primant sur les citoyennetés nationales, etc., seules avancées capables de soutenir une politique financière commune ? Ou, plus exactement, qui peut imaginer qu’un authentique processus constituant puisse survenir avant que nous ne finissions au milieu des ruines fumantes ?

 

Il n’y a plus qu’une voie de recours : on ne sortira de pareil effondrement que par une gigantesque opération de création monétaire. Incapables de faire face à leurs engagements de paiement interne, les États qui sont en déficit se tourneront vers la banque centrale pour financer leur solde. Mais, sans même s’attarder à la lettre des traités, la BCE est-elle capable de répondre favorablement à une demande de ce genre ? Poser la question c’est y répondre. Tout l’habitus du banquier central européen s’y oppose. Dans ces conditions, les pays concernés reprendront barre sur leur banque centrale nationale, de fait extraite du SEBC (le Système Européen de Banques Centrales), pour lui faire émettre des euros en quantité ad hoc. A ce moment précis, constatant l’apparition dans la zone euro d’une source de création monétaire anarchique, affranchie des règles du SEBC, donc susceptible de mélanger ses euros impurs aux euros purs (et par là de les corrompre), l’Allemagne considérera que le point de l’intolérable a été atteint et, faute d’avoir les moyens d’exclure le(s) contrevenant(s), jugera que sa propre conservation monétaire lui fait devoir de quitter les lieux. Fin du voyage pour l’euro, en tout cas dans sa forme originelle.

 

Le néolibéralisme pourrait donc bien mourir par sa dénégation préférée : la dette – dont il n’a cessé de crier les dangers… quand tous ses mécanismes conduisaient à son emballement généralisé. Jamais un groupe d’intérêt aussi puissant que celui qui s’est constitué autour de la finance ne renoncera de lui-même au moindre de ses privilèges, seuls peuvent le mettre à bas la force d’un mouvement insurrectionnel – puisqu’il est bien clair par ailleurs qu’aucun des partis de gouvernement, nulle part, n’a le réel désir de l’attaquer –, ou bien la puissance dévastatrice d’une catastrophe que son système aura lui-même engendré.

 

Sur les ruines, enfin, tout rebâtir.

 

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