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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 18:56

 

http://www.rue89.com/2012/01/08/entre-damas-et-homs-un-monastere-syrien-pris-dans-la-revolution-228175

 

Mar Moussa, un monastère syrien pris dans la révolution

Par Nadia Braendle, journaliste à la retraite

L'avion pour Damas est plein. Etonnamment. Des familles, des travailleurs qui rentrent pour les fêtes, des soldats de l'ONU, du personnel d'ambassades, et une poignée de visiteurs – dont je suis – partis soutenir un monastère syrien pris dans le tourbillon des événements qui ébranlent la Syrie depuis mars 2011.

 

Un passage de douane sans encombre. Un peu sur nos gardes, nous nous attendons à être contrôlés sur la route stratégique qui mène de l'aéroport à Damas, mais nous ne rencontrerons aucun check point, ni de présence militaire visible.

 

Dans le quartier populaire de Damas où nous dormons, pas d'autres sons que les klaxons, les appels à la prière et les cloches de l'église voisine.

 

Dans le grand Damas, la vie se déroule, un peu ralentie, les yeux sont fatigués et les visages graves. Un marchand :

 

« L'an dernier, les rues étaient noires de touristes occidentaux, asiatiques, arabes. Depuis avril, il n'y a plus personne. Les hôtels restent vides. J'espère que tout va reprendre dans deux-trois mois. La plupart des commerçants arrivent au bout de leurs économies. »

 

Le mazout en bouteilles d’un litre

 

Dans les rues, des clochettes annoncent la livraison habituelle du mazout : deux chevaux tirent une citerne. Ce qui est nouveau, c'est qu'à l'arrière sont rangées des bouteilles remplies du précieux liquide. Le gouvernement n'a pas prévu de faire des réserves, et le mazout encore plus rare que les hivers précédents a vu son prix augmenter de trente pour cent.

 

Les habitants les moins fortunés achètent donc leur mazout… au litre. Et ne chauffent que deux heures par jour, de 19 heures à 21 heures. De quoi manger au chaud, et faire prendre leur bain aux enfants.

 

Une famille, de la petite bourgeoisie sunnite – le mari est vendeur de voitures occidentales, donc actuellement au chômage technique –, nous dit sa lassitude :

« Ce que nous voulons c'est la paix, avec ou sans Bachar el-Assad . Il faut que “ ça ” s'arrête. »

 

Que veulent-ils dire par « ça » ? :

 

« L'incertitude, la chaîne Al Jazeera ment, et la télévision syrienne ment. On ne sait pas ce qui se passe dans le pays. »

 

Au monastère de Mar Moussa, la vie au ralenti

 

Au monastère de Mar Moussa, monastère du désert syrien dédié depuis 1984 à la méditation, à l'accueil, à l'image d'Abraham, et au dialogue avec l'islam, c'est la vie au ralenti.

 

Nous y sommes accueillis avec impatience, car nous apportons des instruments d'analyse du lait qu'il est impossible actuellement de commander à l'étranger, vu les sanctions économiques qui interdisent toute relation économique avec la Syrie.

 

C'est un monastère que nous suivons de près et que nous visitons chaque année depuis huit ans. Dans ce lieu célèbre en Syrie et dans le monde, situé dans les montagnes entre Damas et Homs, d'habitude, chaque jour cent cinquante personnes montent à cet ancien ermitage ; ce vendredi, seules deux familles musulmanes de la région de Homs sont venues pour la journée et des étudiants de l'université voisine.

 

Une poignée d'étrangers resteront quelques nuits : une touriste chinoise de 22 ans qui fait le tour de l'Asie et du Moyen-Orient, des Hollandais, deux Allemands, un Français et cinq Suisses.

 

Le père jésuite, une icône de la contestation

 

Le responsable de Mar Moussa, le père Paolo, un jésuite italien parfaitement arabophone, a condamné fermement la violence de certains opposants et celle du régime el-Assad. Il a aussi déploré l'aveuglement du gouvernement qui n'a pas pris la mesure de la contestation et n'a pas mis en œuvre des réformes crédibles.

 

Le résultat ne s'est pas fait attendre. Une mesure d'expulsion a été décrétée contre le père Paolo, envoyée à l'évêque de Homs, dont dépend Mar Moussa. Heureusement l'évêque était en visite au Brésil, ce qui a donné au père Paolo le temps de tirer toutes les sonnettes, de remuer ciel, terre, et membres du gouvernement, pour obtenir une suspension de la décision.

 

Il s'est engagé à ne plus tenir de discours politique.

 

Il est actuellement au monastère, libre de ses mouvements, bien que le bruit court en Syrie (une rumeur de plus) qu'il se cache ailleurs. Cette mesure a eu un effet inattendu : le père jésuite est devenu une icône de la contestation. A Hama, des femmes voilées tenaient le portrait du religieux en scandant « Non à l'expulsion de Abouna (de notre père) ».

 

Six mille jeunes Syriens ont signé une lettre de soutien.

 

« Cent mille syriens prêts à tuer, cent mille qui se vengeront »

 

Les tensions et les difficultés influencent la vie de la communauté monastique :

 

« Nous sommes un monastère malade dans un pays malade. Les tensions du quotidien et de l'incertitude face à l'avenir rejaillissent sur les relations dans les familles, entre voisins, et entre nous aussi. »

 

Les dix moniales, moines et novices du monastère, connaissent les mêmes divergences que les habitants du pays. Mais ils sont unis sur trois points : pas d'ingérence étrangère, autodétermination du peuple syrien, préservation de l'unité du pays.

 

Ceci dit, le père Paolo explique :

 

« Il faudra peut-être une force d'interposition pacifique arabe et occidentale, car aujourd'hui il y a cent mille syriens prêts à tuer, et cent mille qui se vengeront. Les deux camps sont bloqués. »

 

Le monastère Mar Moussa se refuse à prendre à prendre position pour les uns contre les autres. Il veut jouer un rôle de médiateur. Voit-il venir l'ère d'une démocratie islamique ?

 

« L'islam n'est pas un, mais contradictoire, il faut une démocratie, oui, mais pas une démocratie d'une majorité qui écrasera les minorités. »

 

« Bachar, c’est fini, le temps joue pour nous »

 

Un jeune militant rencontré chez des connaissances participe chaque jour à l'organisation de « manifestation volante ».

 

« Nous la convoquons par Internet, nous nous rassemblons, sortons les pancartes, crions nos slogans. On nous filme et photographie, et on se disperse. »

 

Pourquoi milite-t-il ?

 

« Nous ne voulons plus de pauvreté, nous voulons des emplois pour les jeunes, nous n'avons plus confiance dans le président. Bachar c'est fini. Le temps joue pour nous. Nous voulons un changement. »

 

Et après ? Il hausse les épaules :

 

« Après on verra. »

 

Il a été blessé et n'a plus peur, mais refuse d'être photographié.

 

Avant de partir avec sa compagne, il me lance encore :

 

« Nous ne voulons pas remplacer un dictateur par un autre, ni par ce Conseil national syrien qui ne nous représente pas, qui n'a jamais pris contact avec nous, bien au chaud qu'ils sont à Paris, Istanbul ou Munich. »

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 22:17

 

 

Le Collectif Bellaciao poursuivi en diffamation par Mario Sandoval

 

Le 12 janvier 2012, Roberto FERRARIO, un des porte-paroles du Collectif BELLACIAO, comparaîtra devant le Tribunal Correctionnel d’Auxerre, assisté de son avocate, Maître France WEYL, suite à la plainte en diffamation que Mario SANDOVAL a déposée contre plusieurs médias, notamment Marianne2, Mediapart, Le Grand Soir, Courrier International, France Info, El Correo, Calpa...

 

Mario SANDOVAL, ancien fonctionnaire de police argentin, poursuit BELLACIAO pour la publication sur notre forum d’un article d’El Correo (sur la base d’un article de Pagina 12) mentionnant ses liens avec l’ancienne junte militaire au pouvoir en Argentine dans les années 1970, et le rôle qu’il y aurait joué à cette époque.

 

Après avoir initialement mis en cause une quarantaine de médias, Mario SANDOVAL décidait de restreindre sa plainte à une douzaine seulement parmi les médias concernés.

 

Mario SANDOVAL avait déjà fait l’objet d’un article du Monde Diplomatique de 2007 sur les soutiens internationaux dont auraient disposé les paramilitaires en Colombie.

 

C’est donc à la justice française qu’il va revenir de trancher une question qui, dans le contexte argentin actuel de fin de l’amnistie des proches de la junte et de ré-ouverture des dossiers au pénal, peut se révéler d’une grande importance, pour les victimes, pour la justice et pour l’histoire.

 

Bien-sûr, la question est d’abord juridique : le Collectif, à travers son porte-parole, sera-t-il condamné ou non pour diffamation ?

 

Nous escomptons bien que non, vous l’imaginez, car nous revendiquons notre bonne foi et n’avoir rien à nous reprocher dans cette affaire.

 

Par ailleurs, de façon générale, notre position politique sur la diffamation a toujours été claire : cette loi ne devrait pas exister en l’état.

 

S’il nous semble juste qu’à une diffamation éventuelle soit accordé automatiquement un droit de réponse plein et entier de la personne mise en cause (dont le refus lui, serait l’objet d’une sanction) dans les colonnes du média concerné directement, ou indirectement (comme c’est notre cas en l’espèce), cette loi ne devrait pas pouvoir permettre à certains de masquer leurs forfaits, comme c’est malheureusement trop souvent le cas.

 

Cette loi ne devrait pas pouvoir servir aux règlements de comptes politiques, elle ne devrait pas pouvoir servir à museler la liberté d’expression ni le travail des journalistes ou l’activité de syndicalistes ou de sites militants indépendants.

 

Au-delà de la question de notre responsabilité juridique, c’est aussi une question politique que pose cette affaire, au-delà même du contexte argentin spécifique. C’est une question susceptible d’avoir un rayonnement international qui sera décidée sur le fond : les faits imputés à Mario SANDOVAL dans l’article incriminé sont-ils vrais ou faux ? Sont-ils vraisemblables ? Existe-t-il ou non des éléments matériels, historiques... qui pouvaient amener à penser que l’article d’El Correo n’était pas diffamatoire ? Qui est Mario SANDOVAL ?...

 

Le Collectif BELLACIAO soutient évidemment entièrement son porte-parole, Roberto FERRARIO, dans cette nouvelle poursuite et vous tiendra au courant des développements de cette affaire.

 

Chers amis et camarades, nous vous remercions par avance de tous les soutiens, politiques, moraux et financiers, que vous nous apporterez dans ce nouveau procès, comme vous nous soutenez depuis bientôt dix ans.

 

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE !

 

http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article124108

 

 

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 21:48

 

http://www.fr.news.yahoo.com/joly-m%C3%A9lenchon-et-poutou-r%C3%A9unis-contre-le-mal-200818351.html

 

Joly, Mélenchon et Poutou réunis contre le mal logement

 

PARIS (Reuters) - Trois candidats de gauche à l'élection présidentielle de 2012 en France ont plaidé lundi soir pour un plus grand encadrement des loyers et pour la construction de logements sociaux supplémentaires.

 

La candidate d'Europe Ecologie-les Verts (EELV) Eva Joly, celui du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon et le représentant du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) Philippe Poutou participaient à un rassemblement contre le mal-logement organisé par un collectif d'associations à l'appel du Droit au logement (DAL) et de la fondation Copernic au théâtre du Rond-Point à Paris.

 

"Il n'y a pas d'inégalité plus insupportable, d'injustice plus révoltante que le fait que les pouvoirs publics aient renoncé à réguler le marché des loyers, traitant le logement comme n'importe quel autre bien", a déclaré la candidate écologiste, se disant fière de compter dans son équipe des membres du collectif Jeudi noir, qui milite contre la flambée des loyers.

 

Dénonçant l'augmentation du nombre de sans-abris, la "hausse vertigineuse" des loyers, et la "précarité énergétique", Eva Joly a défendu, entre autres mesures, un moratoire de trois ans sur les prix des loyers.

 

Elle a dit vouloir créer cent cinquante mille logements sociaux par an et faire passer à vingt cinq pour cent sur l'ensemble du territoire et jusqu'à trente pour cent en région parisienne le quota de logements sociaux imposé dans les communes de plus de trois mille cinq cent habitants. Il est aujourd'hui de vingt pour cent.

 

L'ancienne magistrate a ajouté qu'elle entendait réhabiliter trois cent mille logements par an pour les mettre aux normes environnementales. Une mesure qui d'après elle devrait permettre de faire diminuer les factures énergétiques des familles.

 

Se différenciant de la candidate écologiste, Jean-Luc Mélenchon a pour sa part prôné une baisse des prix des loyers, suggérant de fixer le prix maximum au prix moyen dans chaque bassin.

 

"Il faut trancher le noeud gordien", a-t-il déclaré à la presse. "Maintenant, tout le monde est malheureux, ceux qui ne sont pas propriétaires parce que les loyers sont durs à payer et ceux qui sont propriétaires parce qu'ils croient qu'ils sont propriétaires, mais en réalité ils sont juste locataires de leur banque".

 

Le candidat du Front de gauche a également plaidé pour la réquisition des logements vides, la construction de deux cent mille logements sociaux par an pour atteindre le million d'ici cinq ans, et l'arrêt des expulsions locatives. Des propositions soutenues par le candidat anticapitaliste Philippe Poutou.

 

"Plus on est nombreux à défendre ce genre de cause, mieux c'est", a-t-il dit à la presse avant d'entrer dans le théâtre. "Ce qui est bien, c'est que quand il y a des stars qui viennent, ça aide à populariser un combat", a-t-il ajouté en référence à la présence d'Eva Joly et de Jean-Luc Mélenchon.

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:27

 

http://www.fr.news.yahoo.com/lopposition-syrienne-sceptique-sur-le-maintien-des-observateurs-154621511.html

 

L’opposition syrienne sceptique sur le maintien des observateurs

 

BEYROUTH (Reuters) - L'opposition syrienne a jugé lundi que le maintien par la Ligue arabe de sa mission d'observation sur place en dépit de la répression des manifestations antigouvernementales allait permettre au président Bachar al Assad de gagner du temps.

 

Les observateurs de l'organisation panarabe, qui sont arrivés en Syrie le 26 décembre pour vérifier l'application d'un plan de solution de la crise approuvé début novembre par Bachar al Assad, n'ont pas permis de mettre un terme à la répression qui a fait plus de cinq mille morts depuis mars selon l'ONU.

 

Réunis au Caire dimanche, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont estimé que le régime de Damas n'appliquait que partiellement le plan qui prévoit la fin de la répression, la libération des prisonniers politiques, le retrait des troupes déployées dans des villes et l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition.

 

Dans une déclaration, la Ligue arabe, dont l'efficacité de sa mission en Syrie a été mise en doute depuis son arrivée dans le pays, a annoncé l'augmentation du nombre de ses observateurs, actuellement de cent soixante cinq, et un renforcement de leurs ressources.

 

GAGNER DU TEMPS

 

Le rapport complet des observateurs est attendu le 19 janvier. Les ministres des Affaires étrangères des pays arabes se réuniront les 19 et 20 pour étudier leurs conclusions.

 

"Le rapport préliminaire est trop vague et, pour l'essentiel, ne fait qu'accorder davantage de temps au régime", a déclaré Rima Fleihan, membre du Conseil national syrien (CNS), qui regroupe des membres de l'opposition.

 

"Il faut savoir ce que la Ligue va faire si le régime continue sa répression en présence des observateurs. A un moment, il va falloir en référer au Conseil de sécurité de l'ONU."

 

Cette option, qui dans le dossier libyen avait ouvert la voie à une intervention aérienne permettant aux rebelles de renverser le régime de Mouammar Kadhafi, ne fait pas l'unanimité au sein de la Ligue arabe.

 

La Russie et la Chine, qui disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité de l'Onu, continuent de s'opposer à l'adoption d'une résolution sur la Syrie et les pays occidentaux émettent des réserves sur la répétition d'un scénario à la libyenne au vu de la position géographique de la Syrie.

 

"La poursuite de la mission des observateurs en Syrie va donner plus de temps au régime pour gérer la révolution syrienne", estime Rami Abdulrahman, de l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme, basé à Londres.

 

Les autorités syriennes ont dissimulé des chars de l'armée et ont repeint des véhicules blindés de l'armée aux couleurs de la police, ajoute-t-il. Seul un petit nombre de prisonniers, sur les milliers détenus dans le pays, ont été libérés et la Ligue arabe n'a pas pu entrer en contact avec des militants disposés à leur dresser un tableau de la situation, déplore-t-il.

 

RENFORCER LES OBSERVATEURS ?

 

L'avenir de la mission dépend de l'engagement de Damas à respecter le plan de sortie de crise et à mettre un terme au bain de sang, ont prévenu les responsables de la Ligue arabe.

 

"S'il ressort de ce rapport que les violences n'ont pas cessé, la Ligue arabe aura la responsabilité d'agir", a déclaré le Premier ministre du Qatar, le cheikh Hamad ben Djassim al Thani, lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion.

 

Le Qatar, qui préside le groupe de contact de la Ligue sur la Syrie et a critiqué le travail des observateurs, avait proposé que des experts de l'Onu renforcent la mission de la Ligue arabe. Il n'a pas été suivi par ses partenaires.

 

Damas impute les violences à des groupes "terroristes armés" et fait état de deux mille policiers et soldats tués depuis mars.

 

Le gouvernement syrien n'a pas officiellement réagi à la réunion de dimanche mais le mufti Ahmed Hassoun, la plus haute autorité musulmane du pays, a adressé une mise en garde.

 

"La Syrie ne sera pas humiliée", a-t-il dit lors d'une prière à Damas. "A ceux qui veulent faire de la Syrie leur arène pour leurs menées contre la volonté du peuple, je dis à la Ligue arabe et aux Nations unies que la Syrie a des anges (...) qui voleront jusqu'au jour de la résurrection", a-t-il dit.

 

Pour Nadim Houry, militant d'Human Rights Watch (HRW) à Beyrouth, "nul doute que les autorités syriennes font tout leur possible pour éviter toute forme de surveillance".

 

"Le problème avec ces missions, c'est que les erreurs coûtent cher parce que chaque jour des gens meurent".

 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 20:52

 

http://www.alencontre.org/ecologie/sommet-de-durban-%C2%ABplus-de-capitalisme-vert%C2%BB.html

 

 « Toujours plus de capitalisme vert »

 

Par Josep Maria Antentas et Esther Vivas

 

On va sauver les marchés et non le climat. C’est ainsi que nous pourrions résumer les constats sur la dix septième Conférence des Parties (COP17) de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC) qui s’est déroulée à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 10 décembre. Il y a un contraste saisissant entre la réponse rapide que les gouvernements et les institutions internationales ont donné lors de l’éclatement de la crise économique et financière de 2007 2008 en renflouant des banques privées avec de l’argent public et l’immobilisme dont ils font preuve face au changement climatique. Cela ne devrait pourtant pas nous surprendre, car dans un cas comme dans l’autre ce sont les mêmes marchés et leurs gouvernements complices qui sortent gagnants.

 

Au sommet de Durban, il y avait deux thèmes centraux: d’une part, l’avenir du Protocole de Kyoto qui prend fin en 2012 ainsi que la capacité de mettre en place des mécanismes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et, d’autre part, le lancement du Fonds vert pour le climat approuvé lors du précédent sommet de Cancun (Mexique) avec l’objectif théorique de soutenir les pays les plus pauvres face aux conséquences du changement climatique, cela au moyen de projets dits d’atténuation et d’adaptation.

 

Après Durban nous pouvons affirmer qu’une deuxième phase du Protocole de Kyoto est restée vide de contenu: on a reporté toute action réelle jusqu’en 2020 et on a refusé tout instrument contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est ainsi que l’ont voulu les représentants des pays les plus polluants, à la tête desquels se trouvent les Etats-Unis, qui plaidaient en faveur d’un accord de réductions volontaires et qui se sont opposés à tout mécanisme contraignant. Le Protocole de Kyoto était déjà insuffisant et son application stricte n’aurait conduit qu’à un ralentissement infime du réchauffement global. Mais maintenant, nous sommes engagés sur une voie qui ne peut que péjorer la situation.

 

En ce qui concerne le Fonds vert pour le climat, dans un premier temps, les pays riches se sont engagés à contribuer à hauteur de trente milliards de dollars en 2012 et cent milliards par année jusqu’en 2020. De toute manière, ces sommes sont considérées comme insuffisantes. Mais la provenance de ces fonds publics n’a pas été déterminée. Dès lors, les portes sont grandes ouvertes aux investissements privés et à une gestion par la Banque mondiale. Comme l’ont déjà fait remarquer les organisations sociales, il s’agit là d’une stratégie pour «transformer le Fonds vert pour le climat en un Fonds patronal vorace». Une fois de plus on prétend faire des profits avec le climat et avec la pollution environnementale [les banques d’investissement ont déjà mis au point toute une série d’instruments financiers pour intervenir sur ce qui est nommé le marché du carbone, des émissions, etc.].

 

Un autre exemple de cette marchandisation du climat a été l’aval donné par l’ONU au captage-stockage du CO2 en tant que mécanisme pour un développement dit propre, alors que cette procédure ne vise pas à réduire les émissions et contribuera à approfondir la crise environnementale, surtout dans des pays du Sud qui sont les candidats à devenir des futurs cimetières de CO2.

 

Les résultats du Sommet entraînent par conséquent un accroissement du capitalisme vert. Comme le dénonçait le militant et intellectuel sud-africain Patrick Bond: «La tendance à la marchandisation de la nature est devenue le point de vue philosophique dominant dans la gouvernance mondiale environnementale.» A Durban, on a répété le scénario des sommets précédents, comme ceux de Cancun en 2010 et de Copenhague en 2009, où les intérêts des grandes transnationales, des institutions financières internationales et des élites du monde financier, aussi bien du Nord que du Sud, ont la priorité sur les nécessités collectives des peuples et sur l’avenir de la planète.

 

A Durban, notre avenir était en jeu, mais aussi notre présent. Les ravages du changement climatique font déjà sentir leurs effets, dont la libération de millions de tonnes de méthane de l’Arctique, un gaz vingt fois plus puissant que le CO2 du point de vue du réchauffement atmosphérique, et la fonte des glaciers ainsi que des calottes glaciaires qui élève le niveau de la mer. Ces effets augmentent déjà l’ampleur des migrations forcées. Si en 1995 il y avait environ vingt cinq millions de migrants climatiques, ce chiffre a doublé aujourd’hui, avec cinquante millions. En 2050, ce nombre pourrait se situer entre deux cent millions et un milliard de personnes déplacées.

 

Tous les indicateurs montrent que nous allons vers un réchauffement global incontrôlé supérieur à deux degrés, et qui pourrait atteindre environ quatre degrés à la fin du siècle, ce qui déclenchera très probablement, selon les scientifiques, des impacts ingérables, comme une montée très importante du niveau de la mer. Nous ne pouvons pas attendre l’année 2020 pour commencer à prendre des mesures concrètes.

 

Mais face au manque de volonté politique pour juguler le changement climatique, les résistances ne tarissent pourtant pas. Parallèlement au mouvement Occupy Wall Street et à la vague d’indignation qui parcourt l’Europe et le monde, nombre d’activistes et de mouvements sociaux se sont rencontrés quotidiennement dans un forum à quelques mètres du centre où se tenait la conférence officielle. Ils ont placé leur initiative sous le titre «Occupy COP17». Ce point de rencontre a rassemblé nombre de participants allant des paysannes qui luttent pour leurs droits jusqu’aux représentants de petits Etats insulaires comme les Seychelles, Grenade ou la République de Nauru (Océanie-Micronésie) qui sont menacés par une montée imminente du niveau de la mer, en passant par des militant·e·s contre la dette extérieure qui réclament la reconnaissance ainsi que la restitution par le Nord d’une dette écologique au Sud.

 

Le mouvement pour la Justice climatique montre la nécessité de privilégier nos vies et la planète par rapport à la marchandisation de la nature et des biens communs. Le capitalisme et ses élites se montrent incapables de fournir une réponse d’ensemble à la crise socio-climatique à laquelle nous a conduit la logique productiviste et prédatrice du système. Si nous ne voulons pas l’exacerbation de cette crise climatique, avec toutes ses conséquences, il faut changer ce système à la racine. Le militant écologiste reconnu Nnimmo Bassey l’a dit très clairement: «Le sommet a amplifié l’apartheid climatique, où le un pour cent le plus riche du monde a décidé qu’il était acceptable de sacrifier le quatre vingt dix neuf pour cent restant. »

 

(Traduction A l’Encontre)

 

Cet article a été publié sur le site de Viento Sur et écrit par Josep Maria Antentas, professeur de sociologie de l’Université Autonome de Barcelona, et Esther Vivas est membre du Centre d’Etudes sur les Mouvements sociaux de l’Université Pompeu Fabra.

 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:31

 

Quelques commentaires sur le vingt deuxième congrès de l'UGTT.

 

Union Syndicale Solidaire

 

Mardi 3 Janvier 2012

 

Une partie de l’avenir du processus ouvert il y a un an en Tunisie repose sur le rôle que joueront les luttes sociales, et donc le mouvement syndical. Une des particularités de ce pays est, en effet, la place centrale de l’UGTT, la centrale syndicale historique. Après avoir été la matrice du mouvement national pour l’indépendance, elle a ensuite oscillé périodiquement entre domestication par le pouvoir et rébellion contre celui-ci. D’où l’importance du congrès qui vient de se tenir entre le 25 décembre et le 28 décembre 2011.

 

Celui-ci s’étant tenu à huis clos, il est difficile de donner une appréciation très précise sur l’orientation future de la centrale avant d’avoir eu connaissance des textes adoptés.

 

Une chose est sûre, une grande partie de ce congrès a été consacrée à l’élection des treize membres du nouveau Bureau exécutif (BE), parmi plus de quatre vingt candidats.

 

La nécessité d’un grand coup de balai

 

Il est de notoriété publique qu’une partie de l’appareil de l’UGTT entretenait des rapports pour le moins courtois avec l’ancien régime, et en tirait un certain nombre d’avantages sonnants et trébuchants.

 

Si, en 2008, les syndicalistes de Redeyef qui avaient accompagné la révolte du bassin minier ont connu la prison et la torture, c’est parce que leurs mandats syndicaux leur avaient été retirés par la bureaucratie régionale et nationale. En désavouant dans la presse le rassemblement du 27 décembre 2010 devant le siège de la centrale, le secrétaire général Jrad exposait au même sort ses participants, à commencer par le secrétaire général du syndicat de l’enseignement secondaire qu’il avait dénoncé nominalement. Aucun syndicaliste tunisien n’a oublié que, le 13 janvier, des conciliabules avaient lieu entre Jrad et Ben Ali.

 

Plutôt que de faire le ménage dans la foulée du 14 janvier, le choix avait été fait d’attendre la fin de l’année 2011. La bataille de la gauche de l’UGTT était de contraindre le Bureau exécutif à respecter l’article 10 des statuts limitant à deux le nombre de mandats. Agir ainsi suffisait à faire « dégager » la quasi-totalité des corrompus. La gauche de l’UGTT expliquait qu’en attendant le congrès, ceux-ci seraient « sous camisole ».

Une réélection limitée de membres de l’ancien Bureau exécutif
 

 

Suite au strict respect de l’article 10, seuls quatre des anciens membres du BE pouvaient se présenter. L’un d’entre eux, considéré par beaucoup comme ayant un comportement bureaucratique ne l’a pas fait. Le Bureau est donc renouvelé à soixante dix pour cent.

 

Les trois membres de l’ancien BE qui se représentaient ont été réélus, respectivement à la première, la sixième et la neuvième place. Ils sont considérés comme des anciens minoritaires du BE sortant, plus ou moins proches de la gauche de l’UGTT.

 

La représentation des secteurs

 

En ce qui concerne les neuf nouveaux membres du BE, il était couru d’avance que les syndicats de l’enseignement secondaire et de l’enseignement primaire seraient tous deux représentés. Ils avaient, en effet, joué un rôle clé dans la solidarité avec la lutte de la population de Redeyef-Gafsa. Faisant partie des structures simultanément les plus importantes et les plus à gauche de la centrale, ces deux syndicats avaient joué un rôle clé dans les grèves ayant amené à la chute de Ben Ali, puis des gouvernements Ghanoucchi qui lui ont succédé.

 

La représentation des régions

 

Parmi les Unions régionales représentées au Bureau figurent celles dont les appels à la grève générale ont fait basculer la situation en janvier 2011 : Tunis, Benarous (banlieue industrielle de Tunis et fief de la gauche de l’UGTT), et Sfax (capitale industrielle de la Tunisie). La présence d’un deuxième représentant pour Sfax s’explique en partie par des raisons historiques : cette région, qui comprend l’ile de Kerkennah, est le berceau historique de l’UGTT.

 

L’invisibilité des femmes

 

Aucune des femmes qui étaient candidates n’a été élue, alors que quarante sept pour cent des membres de l’UGTT sont des femmes.

 

Pour remédier à cela, il aurait été décidé d’instituer ultérieurement un quota visant à permettre enfin à des femmes d’être présentes au sein de la direction nationale de la centrale.

Un pas décisif a été franchi
 

 

Les militants ayant participé aux luttes ayant fait tomber la dictature de Ben Ali sont désormais hégémoniques au sein de la nouvelle direction nationale. Il s’agit là d’un point d’appui pour transformer l’UGTT en l’outil dont les travailleurs et la population ont besoin pour la poursuite du processus ouvert il y a un an.

 

 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:07

 

http://www.alencontre.org/ameriques/americnord/usa/occupy-prets-a-occuper-nos-maisons.html

« Prêts à occuper nos maisons »

Par Blair Ellis et Laura Durkay

Les trois coups ont sonné pour l’ouverture de la pièce «élections présidentielles» aux Etats-Unis. Le mouvement Occupy, qui se développe de façon logiquement inégale, va devoir faire face à des initiatives venant de la «gauche» du Parti démocrate, d’autant plus que le candidat républicain va affirmer un profil virulent anti-Obama. Il ne s’agit pas de «gonfler» la dynamique du mouvement Occupy. L’important est de capter les divers types d’initiatives et d’objectifs sociaux et, de fait, politiques que ce mouvement a mis à l’ordre du jour. Les divers articles traduits et publiés sur ce site le sont dans cet esprit. Après voir insisté sur les actions d’une relative envergure qui se sont déroulées sur la côte Ouest, il nous semble important d’éclairer une action, certes limitée, contrecarrant la politique de saisie des logements. (Rédaction A l’Encontre)

Le 6 décembre 2011, le mouvement Occupy s’est engagé dans une nouvelle étape lorsque des manifestant·e·s ont occupé des maisons saisies lors d’actions et de résistance aux expulsions qui se sont déroulées dans plus de vingt cinq villes à l’occasion d’une campagne nationale en cours.

Beaucoup d’activistes du mouvement Occupy voient cette campagne comme ne se limitant pas seulement à une journée d’action, mais comme un nouveau front du mouvement. Un manifestant l’expliquait ainsi à New York au travers du «people’s microphone» sur le quai de la ligne 2/3 du métro aérien de Brooklyn: «Aujourd’hui, le mouvement Occupy va venir dans les quartiers et les régions qui ont le plus besoin de ce mouvement. Occupy Wall Street va rentrer à la maison.»

Les activistes d’Occupy Wall Street se sont associés avec des groupes de quartiers actifs dans l’est new-yorkais, une région à dominante noire et latino de Brooklyn, dont le taux de saisie des logements est cinq fois plus élevé que la moyenne de l’Etat. La journée a commencé avec une manifestation présentée comme une sorte d’alternative à une véritable «tournée immobilière», soulignant que les «maisons disponibles» ou inoccupées étaient possédées par des banques et qu’elles pouvaient donc être récupérées.

La marche s’est arrêtée devant quatre maisons dans le quartier, mais des cartes qui ont été distribuées montraient qu’il y avait quarante cinq maisons inoccupées dans le rayon de dix blocs où la marche est passée. A chaque arrêt, les habitant·e·s du quartier expliquaient la signification de cette journée pour eux et pourquoi ils/elles étaient là.

Un ancien sans-abri, maintenant animateur du groupe de défense des sans-abri Picture the Homeless, a déclaré: «Il a fallu des années avant que je puisse me loger. Il y a plus de maisons vides à New York que de personnes sans abri. Aujourd’hui, nous sommes en train de récupérer nos maisons. Nous ne nous arrêterons pas tant que nous n’occuperons pas chaque quartier de New York.»

Il y a eu des manifestations dans plus de deux dizaines d’autres villes. A Los Angeles, les manifestant·e·s se sont dirigés vers une maison où Wells Fargo [groupe financier américain, quatrième banque américaine en termes d’actifs] essaie d’expulser une personne souffrant d’une paralysie cérébrale, Ana Casas Wilson, son mari, son fils et sa mère âgée de 72 ans. «Ma fille m’a dit: ne te décourage pas, maman», a déclaré à un journaliste la mère, Becky Casas.

Dans la région de la baie [de San Francisco], environ mille manifestant·e·s ont marché vers une maison située dans l’ouest de la ville d’Oakland. Ils y ont réinstallé Gayla Newsome, une mère célibataire ayant trois filles. La maison de Newsome est restée inoccupée pendant six mois. «J’espère donner une visibilité à cette question et obtenir que la banque discute avec moi», a-t-elle déclaré.

A Atlanta, les manifestant·e·s Occupy se sont rassemblés devant un palais de justice et ont essayé de perturber une vente aux enchères de maisons.

Les manifestations, qu’elles aient été importantes ou petites, ont montré comment le mouvement Occupy pouvait continuer à défier les banques qui font des ravages dans la vie des quatre vingt dix neuf pour cent. L’une des manières les plus évidentes est de contester la frénésie de saisies en cours: plus de six millions de maisons ont été saisies par les banques depuis 2007, selon un rapport de la banque Merrill Lynch. Huit autres millions sont susceptibles de l’être dans les quatre prochaines années.

La manifestation de New York a eu un important impact sur les habitant·e·s. Lors d’un autre arrêt de la marche, un habitant du quartier, Quincy, a annoncé qu’il devait être expulsé durant l’après-midi. Environ cent manifestant·e·s ont quitté la manifestation pour occuper cette maison, résistant avec succès à au moins une tentative de la police de les faire partir.

Malgré la pluie intermittente, le nombre de participant·e·s à la manifestation est rapidement passé de deux cent à plus de mille. Elle était vivante, multi raciale. Elle a envahi la rue dans des blocs entiers alors que les habitant·e·s du quartier se penchaient au-dessus des fenêtres, agitaient leurs mains et souvent criaient leur soutien.

Akhenaton Burgess n’avait pas entendu parler de cette journée d’actions avant que la manifestation s’arrête devant une maison saisie en face de la sienne. Après avoir entendu plusieurs intervenant·e·s, il a déclaré: «Je pense que c’est génial, que c’est excellent! J’espère que vous poursuivrez des actions comme celle-ci. Quelqu’un doit essayer de trouver un logement pour les gens plutôt que de les jeter dehors!»

Lors du dernier arrêt de cette tournée, une femme s’est adressée à Jamie Dimon, chef exécutif de la banque JPMorgan Chase, qui a saisi sa maison et celle de sa famille: «Eh! Jamie Dimon ! Sors et vient marcher avec nous ! Tu pourras voir les maisons saisies. Les maisons d’où tu as foutu dehors les gosses. Les maisons d’où tu as foutu dehors les enfants et les personnes âgées… Nous t’invitons donc, Jamie Dimon, à venir au Queens. A venir à Brooklyn. A venir au Bronx. A venir à Harlem. A venir à Staten Island.»

Les manifestant·e·s portaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: « Des maisons à un prix abordable maintenant! » et « Saisissons les banques, pas les gens! » Le membre du Conseil municipal de New York Charles Barron, ancien militant des Black Panthers, animateur de quartier qui représente l’est new-yorkais, était présent ainsi qu’un autre conseiller municipal de la ville, Ydanis Rodriguez, qui a été frappé et arrêté par la police la nuit  de l’évacuation du Parc Zuccotti.

Lorsque la manifestation s’est arrêtée en face du lycée Jefferson, les manifestant·e·s ont acclamé les lycéen·nes qui leur faisaient des signes depuis la fenêtre du dernier étage et qui se sont joints au slogan «Nous sommes les quatre vingt dix neuf pour cent».

Bien que le lieu exact de la destination finale de la marche soit demeuré secret pour toutes et tous, connu seulement de la petite équipe des organisateurs, tout le monde devinait que le dernier arrêt serait une fête de quartier où l’on fêterait l’occupation d’une maison vacante, saisie, par une famille de sans-abri qui y ont emménagé avec l’aide de militant·e·s.

Lorsque nous avons tourné au coin de l’avenue Vermont et que nous avons vu que le numéro 702 était décoré de ballons et d’une immense banderole fixée sur le toit sur laquelle on pouvait lire «Saisissons les banques, pas les gens!», les applaudissements ont éclaté.

Il a été annoncé que la maison occupée du 702 de l’avenue Vermont était la nouvelle maison d’une mère célibataire, Tasha Glasgow, ainsi que de ses deux enfants. Le père des enfants, Alfredo Carrasquillo, était également présent et s’est engagé à risquer d’être arrêté en restant dans la maison. Il a été ému aux larmes alors qu’il s’adressait, au moyen du «people’s microphone», depuis une échelle à la foule des centaines de personnes présentes.

Alors qu’une fête de quartier vivante débutait, une équipe de nettoyage s’est rapidement mise au travail pour rendre la maison – qui est restée inoccupée pendant trois ans – adaptée à une habitation humaine. Un générateur électrique a rapidement été mis en marche. Des lumières de Noël ont été fixées à la porte d’entrée. La cuisine d’Occupy Wall Street a distribué de la nourriture et des bénévoles de la bibliothèque populaire d’OWS sont arrivés avec des caisses de livres pour les enfants.

Une équipe d’intervention rapide s’est mise en place, prête à défendre la maison d’une intervention policière, utilisant de grands boucliers sur lesquels étaient collées des photos de la famille. Au moins pour le temps que la foule et les médias étaient présents, la police a gardé ses distances. Environ une douzaine de militant·e·s avaient toutefois décidé de dormir à l’intérieur de la maison avec Alfredo cette même nuit pour défendre cette propriété «dé-saisie». Les militant·e·s se sont engagés à développer un soutien permanent pour la famille, des juristes les aidant pour les démarches légales en vue de faire en sorte que cette maison soit la leur.

La journée du 6 décembre à New York a été une grande réussite. Elle est parvenue à unir l’esprit et l’énergie du mouvement Occupy avec des groupes de quartier qui travaillent sur les questions de logement et la résistance aux expulsions à Brooklyn depuis de nombreuses années, souvent de manière non rendue publique.

Des militant·e·s de New York Communities for Change, Organizing for Occupation, VOCAL New York, Make the Road New York, FUREE (familles unies pour une égalité raciale et économique) ont uni leurs forces à un sous-comité du groupe de travail d’actions directes d’Occupy Wall Street pour planifier et réaliser cette action, ainsi que la construction du soutien à celle-ci lors de deux jours de tractage durant lesquels plus de cinq cent personnes du quartier se sont engagées à aider, d’une manière ou d’une autre, à l’occupation.

Tout le monde espère que cette action sera la première de nombreuses autres occupations, «dé-saisies» de maisons ainsi que de campagnes de défense contre les expulsions à venir dans les quartiers. Ainsi qu’un habitant de l’est new-yorkais le disait: «Nous sommes les quatre vingt dix neuf pour cent. Faisons reculer les un pour cent. Allez-vous-en, nous sommes ici et nous sommes là pour rester.»

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 15:30

 

http://www.mediapart.fr/journal/economie/221111/quand-le-proces-dun-chomeur-vire-au-proces-de-pole-emploi

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5905

 

Quand le procès d’un chômeur vire au procès de Pôle emploi

 

Mardi 22 Novembre 2011

 

Par Mathieu Magnaudeix

 

Etrange audience ce mardi au tribunal correctionnel de Paris. Un chômeur comparaissait pour "outrage à Pôle emploi". Une première. Le procureur n’a pas masqué son embarras et l’audience a viré au procès de... Pôle emploi !

 

Au moment de plaider, le procureur est un peu embêté. De toute évidence, il semble considérer que cette affaire n’aurait jamais dû atterrir devant la dixième chambre correctionnel du Tribunal de grande instance de Paris.

 

C’est pourtant bien ce qui est arrivé. Ce mardi 22 novembre, Laurent G., demandeur d’emploi parisien de 50 ans, était convoqué devant la justice. Le prévenu, militant de la Coordination des intermittents et précaires (CIP) d’Ile-de-France, comparaissait pour « outrage à Pôle emploi ». En octobre 2009, lors d’une action de ce collectif de chômeurs, Laurent G. aurait traité les agents de l’agence Pôle emploi de Vicq d’Azir dans le dixième arrondissement de Paris d’« incompétents, de fainéants » et de « bons à rien ». La directrice de l’agence avait porté plainte contre le militant. Plainte alors jugée recevable par le Parquet, qui a donc envoyé Laurent G. en correctionnelle pour « outrage à Pôle emploi, représenté par sa directrice ». En droit pénal, l’outrage envers un agent public peut être puni de sept mille cinq cent euros d’amende et de six mois de prison ferme.

 

On connaissait l’outrage à agent de police, l’outrage à magistrat, l’outrage au président de la République. Mais selon les associations de défense de chômeurs, « l’outrage à Pôle emploi » est une grande première. Mardi matin, deux ans après les faits, les amis, une vingtaine de militants et sympathisants de la CIP, étaient donc venus soutenir Laurent G. Mais bien vite, l’audience a viré en procès du service public de l’emploi, dont plusieurs témoins se sont appliqués à démontrer la cruelle incapacité de répondre à sa mission d’accompagnement des chômeurs. Après une affaire de conduite en état d’ivresse sur les Champs-Elysées vite expédiée, Laurent G. est appelé à la barre. Dans sa déposition devant les policiers, la directrice de Pôle emploi affirme qu’il « vient régulièrement avec un groupe d’intermittents pour se plaindre » du travail de Pôle emploi, et qu’il a créé le 19 octobre 2009 un « sentiment d’insécurité » en traitant les agents de noms d’oiseaux. D’une voix calme, Laurent G. se dit « surpris de comparaître aujourd’hui ». La CIP, dit-il, s’invite régulièrement dans les agences de Pôle emploi pour faire réviser des dossiers en carafe, accompagner des chomeurs radiés de façon abusive, faire débloquer des allocations non versées. « Oui, j’ai régulièrement critiqué le travail de Pôle emploi, reconnaît Laurent. Mais je n’ai pas outragé Pôle emploi, ni sa directrice. » Un peu plus tard, Laurent G. admettra bien avoir prononcé les mots qu’on lui reproche, mais sans viser un agent en particulier.

 

 « Violence institutionnelle »

 

Premier témoin cité par la défense, Philippe Sabater, le secrétaire général adjoint du SNU, le principal syndicat de Pôle emploi, décrit une« situation intenable », alors que plus de quatre millions trois cent mille français sont inscrits au chômage. « Ce qui produit la violence des deux côtés du guichet, c’est la violence institutionnelle créée par la fusion » de l’ANPE et des Assedic, une « funeste erreur » selon lui. Il dénonce les suppressions de poste (deux mille équivalents temps plein entre 2010 et 2011), la dégradation des conditions de travail, ou encore la décision récente de communiquer uniquement par Internet avec les demandeurs d’emploi.

 

« Du coup, les radiations administratives ont augmenté », soutient Philippe Sabater. Chaque mois, soixante pour cent des quatre cent quatre vingt mille sorties de Pôle emploi s’expliquent par des « cessations d’inscription pour défaut d’actualisation », des radiations administratives ou des sorties non expliquées. Le climat est de plus en plus tendu. Il y a quelques semaines, un demandeur d’emploi a pris quelques heures en otages deux responsables d’une agence parisienne. Mais selon la CIP, d’autres actes désespérés et pas médiatisés ont été recensés récemment – un demandeur d’emploi aurait ainsi tenté de se taillader les veines dans une agence de Seine-Saint-Denis pour obtenir une ouverture de droits, et un jeune intermittent menacé de se trancher la gorge dans l’agence Vicq d’Azir (une « action coup de poing » qu’il a même filmée).

 

Christine, responsable de l’accueil à la permanence de la CIP, se présente à la barre. La militante parle des refus de droits jamais motivés, des demandeurs d’emploi livrés à eux-mêmes quant à leurs droits, des queues qui se forment dans les agences pour parler au serveur vocal, le 3949 – car l’accueil des chômeurs est désormais minuté, et les entretiens en face-à-face sont devenus rarissimes, comme nous l’avons raconté dans une précédente enquête. Le juge l’interrompt d’un sourire las et lui lance une phrase qui montre qu’il n’apprend rien : « On suit la situation en lisant la presse... »

 

Après un troisième témoignage – une autre militante de la CIP –, Laurent G. revient à la barre. « Je ne sache pas que le droit d’exercer un droit à l’accompagnement des demandeurs d’emploi et de critiquer l’accueil qui leur est fait constitue un outrage ! »

 

Le jeune procureur se lève. Il ne masque pas sa gêne. « La poursuite du ministère public – qu’il représente pourtant en tant que magistrat du parquet – me semble d’un fondement juridique fragile », dit-il sans ambages. Et pour cause : le délit d’outrage ne s’applique en effet qu’aux personnes physiques (les agents publics), pas aux personnes morales comme Pôle emploi. En quelques mots, le représentant du Parquet vient de remettre en cause toute la procédure. Fait rare, il ne recommande aucune peine, et s’en prend même à Pôle emploi, dont aucun représentant n’a daigné pointer son nez au tribunal.

 

« Ce n’est pas si fréquent que le Parquet relève que des poursuites ne sont pas bien fondées légalement », se réjouit à la sortie du tribunal Elise Vallois, l’avocate de Laurent G. Pendant sa plaidoirie, l’avocate avait plaidé le « droit de critiquer l’action politique et administrative sans encourir de poursuite pénale ». Visiblement, la justice est du même avis qu’elle. A moins d’une grosse surprise, la relaxe semble la plus probable. Jugement le 13 décembre.

 

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 20:30

 

http://www.france-irak-actualite.com/article-etats-unis-depart-d-irak-sur-la-pointe-des-pieds-96014883.html

 

Etats-Unis : départ d’Irak… sur la pointe des pieds

 

par Gilles Munier (Afrique Asie – janvier 2012)

 

Comme la résistance irakienne le prévoyait, les troupes étasuniennes ont quitté l’Irak « la queue entre les jambes », sans tambour ni trompette. Cela dit, les Irakiens sont loin d’en avoir fini avec l’occupation américaine.

 

Barack Obama avait beau dire, le 12 décembre dernier, que les « derniers soldats américains » quittaient l’Irak « la tête haute et dans l’honneur », sur le terrain la réalité était toute autre. A part leurs obligés politiques et les trafiquants et proxénètes qui rodaient autour de leurs bases, personne ne les regrette. Pour les Irakiens, toutes tendances confondues, les G.I sont la lie de la terre, des « serial killers ». Les communicants du Pentagone se gardent bien de dire que l’armée US a dû payer cash plus d’une vingtaine de chefs de tribus sur la route du sud de l’Irak pour que les convois militaires parviennent au Koweït sans être attaqués.

 

Redéploiement militaire, plutôt que retrait

 

Dans un communiqué, l’Armée de l’Ordre naqshabandi, membre du front de libération dirigé par Izzat Ibrahim al-Douri, chef du parti Baas clandestin, fait remarquer que l’ambassade des Etats-Unis héberge « des milliers de mercenaires de sociétés de sécurité », que des consulats bourrés d’espions ont été ouverts dans chaque gouvernorat et que des officiers américains, baptisés « instructeurs », conseilleront les forces de répression du régime. Le porte-parole de l’organisation en conclut que l’occupation de l’Irak se poursuit sous une autre forme. C’est également le constat de Jason Chaffetz, Représentant  républicain de l’Utah au Congrès des Etats-Unis, qui note qu’Obama s’est livré à un « tour de passe-passe », après le refus du gouvernement irakien d’accorder l’immunité aux G.I’s, en augmentant le nombre des « contractors » haïs par la population. La résistance nationale et Al-Qaïda au Pays des deux fleuves ont donc de beaux jours devant eux.

 

En effet, si les Etats-Unis ont construit à Bagdad une ambassade-bunker occupant une surface équivalent à celle de l’Etat du Vatican, ce n’est pas pour laisser les Irakiens maîtres de leur destin, mais pour tirer les ficelles des agents recrutés par la CIA ces neuf dernières années. Selon The Huffington Post, cinquante pour cent des seize mille personnes constituant le personnel de l’ambassade, sont des agents de sécurité. En d’autres termes des militaires et des espions. Ces chiffres ne comprennent pas les contractors – mercenaires - protégeant les consulats et le Bureau de coopération en matière de sécurité qui forme la nouvelle armée irakienne aux matériels en attente de livraison : hélicoptères, tanks, et dix huit F-16. Les contrats signés dans se domaine sont estimés à treize milliards de dollars. D’autres, d’une valeur de neuf cent millions de dollars, sont en discussion. Au total, pas moins de trois mille cinq cent « contractors » seront dispatchées à travers l’Irak, dans dix agences dépendant du Bureau de coopération. On comprend à l’énumération de ces chiffres que le Pentagone préfère parler de « redéploiement » militaire, plutôt que de « retrait » !

 

Vers  la dictature

 

Les troupes qui s’en vont laissent derrière elles un pays brisé en mille morceaux. En neuf ans, alors que le pétrole coule à flot, les gouvernements américano-iraniens successifs n’ont pas été capables de remettre en état les infrastructures détruites en avril 2003. Saddam Hussein, se rappellent les Irakiens, avait rétabli la distribution d’eau potable et d’électricité en six mois, et fait reconstruire à l’identique les bâtiments et ouvrages détruits. Mi-décembre, Salah al-Mutlaq, vice-Premier ministre irakien, s’est dit « choqué » d’entendre Barack Obama présenter Nouri al-Maliki en visite à la Maison-Blanche, comme « le chef élu d'un Etat souverain, autonome et démocratique », d’autant qu’il était accompagné par Hadi al-Amiri, ministre des Transports et ancien chef de la milice Badr, accusé d’enlèvements et de tortures par les Irakiens. Depuis les dernières élections législatives, le Premier ministre irakien a entre ses mains tous les organes de sécurité et a fait arrêter un millier de baasistes soupçonnés de complot. Une brigade chiite, acquise à sa cause, suffirait pour occuper la Zone verte et cueillir au saut du lit tous les dirigeants opposés à son régime. En fait, dit al-Mutlaq, l’Irak se dirige vers la dictature et la partition, c'est-à-dire vers de nouvelles guerres. Des vérités pas bonnes à dire, Maliki demande maintenant au Parlement de le démettre de son poste et s’en prend à Tarik al-Hashemi, vice-président de la République, chef du Parti islamique, les Frères Musulmans irakiens.

 

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 19:58

 

http://www.lemonde.fr/m/article/2011/11/18/javier-bardem-l-infant-terrible_1605157_1575563.html  

Javier Bardem, fils d’une famille qui dérange

Spécial Espagne. – En Espagne, le nom de Bardem était connu bien avant que Javier ne devienne une star internationale. Sa mère, son oncle, son frère sont des artistes, et des figures de la gauche radicale. Dans un pays où les clivages politiques restent très marqués, le clan fascine mais agace aussi. De la lutte contre le franquisme à la cérémonie des Oscars, histoire d'une tribu hors-norme.

19 novembre 2011 

Par Sandrine Morel

"Maman, [cet oscar] est pour toi, il est pour tes grands-parents, pour tes parents, Rafael et Mathilde, il est pour les comédiens d'Espagne qui ont apporté, comme toi, la dignité et la fierté dans notre profession." Ces mots, Javier Bardem les prononçait le 24 février 2008, en brandissant bien haut la statue de l'Oscar du meilleur second rôle masculin qu'il venait de remporter pour son impressionnante interprétation dans le film des frères Coen No Country for Old Men

Devant des millions de téléspectateurs et surtout devant le Tout-Hollywood, le plus célèbre des acteurs espagnols rendait hommage aux siens. A sa famille. A son clan. En quelques phrases, il résumait la saga des Bardem, une véritable tribu de comédiens et de cinéastes qui anime depuis près de cinquante ans la vie culturelle, mais aussi la vie politique espagnole. Pour les cinéphiles, le nom de Bardem évoque Javier, l'acteur devenu par la grâce de Woody Allen, des frères Coen et d'Alejandro Iñárritu, une des étoiles du cinéma indépendant américain et donc l'un des comédiens les plus respectés au monde.

Mais les Espagnols, eux, n'ont pas attendu Javier pour connaître ce nom. D'ailleurs il sonne différemment à leurs oreilles selon le prénom qui le précède. Et surtout le préfixe qu'on lui accole. Les Bardem, c'est une histoire espagnole...

 Comme dans toutes les familles, les présentations commencent chez eux par la mère, Pilar. Pour les Espagnols, c'est "la Bardem". Cheveux blonds courts, voix grave et verbe haut, cette actrice de théâtre, de télévision et de cinéma, présidente de la société des acteurs (AISGE), est la chef du clan. Ses coups de gueule, ses prises de positions politiques radicales et certains excès de langage proférés souvent sous le coup de la colère lui ont valu tout au long de sa carrière autant d'amis que d'ennemis. Dans une Espagne très divisée politiquement, la droite la plus conservatrice ne lui a jamais pardonné, par exemple, sa position contre l'engagement espagnol dans la guerre en Irak. C'était en 2003. Au printemps dernier, elle en payait encore les frais : le nouveau maire de Séville, le conservateur Juan Ignacio Zoido, affirmait son intention de débaptiser une rue de la ville qui portait son nom car, disait-il, "son unique mérite est d'avoir insulté tout le monde, y compris le chef du gouvernement".  

Entre-temps, cet ancien mannequin chez Balenciaga et Loewe, deux grandes maisons de mode espagnoles, devenue une pasionaria de la gauche la plus engagée, a participé à une multitude de manifestations et lancé de nombreuses campagnes de protestation. Dans le tableau de chasse de ses engagements, on trouve, entre autres, la défense des droits du peuple sahraoui, la mobilisation contre les violences faites aux femmes ou le soutien au juge Garzón, suspendu de ses fonctions pour avoir voulu enquêter sur les crimes du franquisme... Il est rare que "la Bardem" ne s'invite pas dans le débat public. Femme à poigne, elle a dû élever seule ses trois enfants après s'être séparée tôt de son mari, dans une Espagne qui n'autorisait pas encore le divorce. Pilar est "une combattante née", soutient Miguel Bardem, son neveu, cinéaste. "Elle a repris le flambeau à la mort de mon père. "  

Le père de Miguel, Juan Antonio Bardem, est donc le frère de Pilar et l'oncle de Javier. Pour tous, il est le patriarche du clan. C'est aussi l'un des plus grands réalisateurs du cinéma espagnol des années 1950 : il formait, avec Luis Berlanga et Luis Buñuel, le groupe des " trois B, " comme on surnommait ici les trois cinéastes antifranquistes. Avec sa moustache fournie et ses lunettes carrées, il fut membre du Parti communiste espagnol (PCE) de ses 20 ans jusqu'à sa mort, en octobre 2002. Militant véhément, "indigné" de la première heure, il a fréquenté plus d'une fois les geôles de la dictature. "Comme il était impossible de faire un cinéma politique sous Franco, Juan Antonio Bardem faisait des films avec une critique morale, qui dénonçaient le système capitaliste, l'hypocrisie et la mesquinerie de la bourgeoisie, l'Espagne machiste, conservatrice et catholique", explique Roman Guber, historien du cinéma espagnol.  

Dans Cómicos (1953), il rendait hommage à ses parents et notamment à son père, Rafael Bardem, acteur barcelonais de théâtre et de cinéma, qui dirigeait sa propre troupe dans les années 1940. Mais aussi à sa mère, Mathilde Muñoz, actrice madrilène, elle aussi issue d'une famille d'artistes. Tandis que dans ses films Grand-rue (1956) et Mort d'un cycliste (1955), il brossait des tableaux sans concession de l'Espagne franquiste. Puis il présidera l'Uninci, une boîte de production contrôlée par le PCE, qui produira Viridiana (1961) de Buñuel avant de s'attirer les foudres du régime et de subir la censure. Pour nourrir ses quatre enfants, il accepta alors des films de commande, qui eurent raison de son talent. Mais fidèle à lui-même, le "clan" et l'engagement sont restés les deux piliers de la vie de cet "ouvrier du cinéma", comme il se définissait.  

C'EST DONC TOUT NATURELLEMENT DEBOUT, LE POING LEVÉ et en chantant l'Internationale que, en novembre 2002, ses proches ont dit adieu au patriarche, dont le cercueil était recouvert des drapeaux communiste et républicain et exposé sur la scène du Cine Doré, la cinémathèque espagnole. "Dans la famille, nous partageons tous l'esprit de lutte pour la justice et les valeurs de la République. Et nous avons tous un côté bagarreur dès qu'il s'agit de défendre les idées auxquelles nous croyons", souligne Miguel, son fils. Affable et souriant, il porte sur son visage les traits des Bardem : un visage long et brut, comme taillé dans la pierre, mais aussi des yeux plissés et brillants, prêts à rire.  

Réalisateur d'une adaptation de la bande dessinée espagnole Mortadelo y Filemón, Miguel prépare aujourd'hui un film politique... Mais il n'en dira pas plus : "C'est encore secret." Pas de secret en revanche pour Carlos, le frère aîné de Javier. Aux prochaines élections, l'écrivain et comédien votera à coup sûr pour les écolo-communistes d’Izquierda Unida (IU, Gauche unie). Très engagé, il ne manque pas une occasion d'affirmer son adhésion aux idées du parti et il est même apparu dans une vidéo de campagne. Nominé en 2010 pour le Goya du meilleur acteur dans un second rôle pour le film Cellule 211, de Daniel Monzón, il poursuit doucement mais sûrement sa carrière. Et se fait un nom, ou plutôt un prénom, à l'ombre de son frère.  

Tous les membres de la famille ne sont pas des artistes... Mais ceux qui ne le sont pas mettent à profit d'une manière ou d'une autre leur appartenance au clan. Ainsi, Monica, la soeur de Javier et Carlos, tient à Madrid, dans le quartier de Chueca, un restaurant au nom évocateur, La Bardemcilla. C'est un véritable temple dédié à la familla : les plats portent des titres de films et les murs des portraits de famille. Au menú, on trouve notamment les "croquettes Jamón, Jamón", en référence au film de Bigas Luna qui a marqué le début de la carrière de Javier.  

Voici donc le tour de Javier, le fils prodigue... En Espagne, "Bardem" suffit. Marié en juillet 2010 à l'actrice Penélope Cruz, qui est depuis longtemps installée à Hollywood, et désormais au faîte de la gloire et de la célébrité sur papier glacé, Bardem met un point d'honneur à ne pas oublier d'où il vient : la famille, comme une mêlée de rugby, ce sport que Javier pratiqua dans sa jeunesse ; l'engagement comme philosophie de jeu. Ainsi, après le succès de Jambon, Jambon, qui fit de lui une icône de la virilité, puis d'En chair et en os, de Pedro Almodovar, Hollywood lui proposa soit des rôles de latin lover, soit des rôles de narcotrafiquant latino que l'acteur refusa. A l'époque, Juan Antonio, son oncle, déclarait dans la presse : "Ce qui me remplit de fierté, c'est qu'il ne s'est pas laissé corrompre par l'industrie américaine. A Hollywood, ils sont restés stupéfaits de voir qu'il refusait des offres. Javier sait que, s'il rentre dans ce système, il ira mal."  

Prompt à défendre ses idées et ses idéaux, tout en refusant d'adhérer à un parti, il choisit ses rôles avec soin et pose volontiers en acteur-citoyen. Incarnant un poète cubain malade du sida dans Avant la nuit de Julian Schnable ; un chômeur dans une ville industrielle victime de la fermeture de ses chantiers navals dans Les Lundis au soleil de Fernando León ; un marin devenu tétraplégique qui, après trente ans passés allongé dans un lit, demande le droit de mourir dignement, dans Mar adentro d'Alejandro Amenabar ou, plus récemment, un père de famille en quête de rédemption dans le drame social Biutiful d'Alejandro Gonzalez Iñarritu.  

Mais toute règle a ses exceptions et on a pu le voir l'année dernière dans l'oubliable Mange, prie, aime avec Julia Roberts. Il se prépare aussi à jouer le rôle du méchant dans le prochain James Bond. Hollywood aurait-il eu raison des convictions de la star rebelle du cinéma indépendant ? Aussitôt, Bardem s'applique à démentir les soupçons tout juste naissants.  

Costume-cravate noir, lunettes fines sur le bout de son nez cassé et regard inquiet, il a pris la parole, le 4 octobre dernier, à la tribune du comité de la décolonisation de l'ONU à New York. "En tant que citoyen", précise-t-il. Son combat n'est ni glamour ni politiquement correct. Il ne venait pas parler, comme tant de stars de cinéma avant lui, de la faim en Afrique ou de la déforestation en Amazonie. Il défendait une cause dont il a fait un de ses chevaux de bataille : le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui au Sahara occidental, annexé par le Maroc après la décolonisation espagnole. Il dénonce les camps de réfugiés où vivent des gens "oubliés depuis des décennies". Et s'en prend aux gouvernements marocain, espagnol, français et américain qui font la sourde oreille à leurs revendications. Ainsi, il travaille depuis deux ans à un documentaire portant sur le conflit du Sahara occidental, Hijos de las nubes ("Enfants des nuages"). Et il est apparu ce jour-là, aux yeux du monde, en acteur engagé. Mais en Espagne, cette facette est au moins aussi connue que celle de comédien.  

LORS DE LA CÉRÉMONIE DES GOYAS 2003 , il profite déjà des minutes de gloire que lui confère le Prix du meilleur acteur pour son rôle dans Les Lundis au soleil pour s'adresser au gouvernement de José Maria Aznar : "Gagner les élections ne vous donne pas un chèque en blanc pour faire tout ce que vous voulez. Vous avez l'obligation d'écouter le peuple. Nous sommes la majorité et nous vous disons : Non à la guerre." L'acteur devient alors l'un des fers de lance du mouvement d'opposition à la guerre en Irak. Et sa mère prend la présidence de la plate-forme "La culture contre la guerre."

 En 2007, Javier Bardem devient ambassadeur de Médecins sans frontières, ONG avec laquelle il produit des courts-métrages pour dénoncer les conflits et les " épidémies invisibles " qui frappent le tiers-monde. En juin 2010, alors que Pilar, sa mère, s'est enfermée dans une faculté avec Pedro Almodovar, Almudena Grandes et d'autres artistes pour défendre le travail du juge Garzón, Javier Bardem apparaît dans une vidéo contre la loi d'impunité de 1977, qui empêche toute enquête sur les crimes du franquisme.

Son mariage avec Penélope Cruz et sa reconnaissance internationale auraient pu faire de lui une star consensuelle, et même un héros national dans une Espagne en crise qui a perdu confiance en elle. Cruz et Bardem avaient tout pour devenir des équivalents ibériques des "Brangelina" (le couple Brad Pitt et Angelina Jolie) et susciter l'admiration et la fierté du pays qui les a vus naître. Mais le comédien, dont personne ne nie le talent, agace, voire divise. Il est autant aimé qu'il est détesté. Et il ne se prive pas de critiquer son pays – qui le lui rend bien. Une page Facebook a même été créée par ses détracteurs.

Un site Internet "Tu blog de cine" l'a classé en deuxième position des acteurs les plus haïs d'Espagne pour ses prises de positions politiques et le secret dont il entoure sa vie privée, une pudeur mal perçue dans un pays où la "presse rose" et les "programmes du cœur" battent des records d'audience. Alors qu'il joue sans doute davantage le jeu avec la presse populaire américaine...

Les Bardem forment une tribu clairement à gauche. Or, dans ce pays qui n'a pas su régler les divisions idéologiques passées, le secteur le plus conservateur de la société les considère comme des rouges dangereux", avance l'historien du cinéma Roman Guber.  

Dans ses Mémoires, publiés en 2005, Pilar Bardem avoue qu'elle a pleuré, en février 2003, quand elle a vu son fils, manifestant contre la guerre en Irak, faire la une du journal conservateur La Razón qui accusait le jeune acteur de ne pas faire preuve d'autant de zèle pour dénoncer les attentats terroristes du groupe séparatiste basque ETA. "Pourquoi, entre tous ceux qui étaient là, avaient-ils choisi mon fils, le criminalisant ? J'ai beaucoup pleuré. J'ai parlé avec ma mère et je me suis souvenue de l'arrestation de mon frère... " " Javier représente un modèle, un idéal à l'extérieur. Mais pas ici, à cause d'une fracture de notre société qui vient de très loin", conclut le cousin Miguel.

 

 

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