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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 18:57

 

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/14/trump-la-resistance-s-organise-aux-etats-unis_5030687_829254.html

 

La résistance s’organise aux Etats-Unis contre Donald Trump

Manifestations, pétitions et démonstrations de soutien aux minorités, les manifestants contre Donald Trump poursuivent leur mobilisation.

Par Corine Lesnes, correspondante du Monde à San Francisco

Cinq jours après l’élection de Donald Trump, à quoi sert de continuer à protester ? « Nous cherchons à montrer que nous ne sommes pas seuls », dit un ingénieur d’origine indienne venu de la Silicon Valley avec ses deux filles, participer Dimanche 13 Novembre 2016 à l’un des rassemblements organisés à San Francisco.

La résistance, selon le terme revendiqué par les intéressés, n’a pas faibli.

Tout le week-end, les manifestations contre Donald Trump se sont poursuivies aux Etats-Unis. Dans les grands centres, comme à New York, avec vingt cinq mille personnes, et Los Angeles, où près de deux cent manifestants ont été arrêtés. Et aussi dans des villes moyennes comme Erie ou Dayton. A Oakland, quelque six mille personnes ont entouré Dimanche 13 Novembre 2016 le lac Merritt en se tenant par la main, en signe de fraternité. On a même manifesté sur la plage d’Ocean Beach, à San Francisco, avec chiens et enfants, aux cris de « pas mon président ».

Les manifestants ne réclament rien et rien, surtout, que Donald Trump semble prêt à leur accorder, désavouer ses propos racistes de campagne. Ils sont surtout là pour se rassurer, se réconforter sur leurs valeurs inchangées. A un moment de « stress national », se faire entendre est une thérapie et un remède à l’anxiété qui s’est emparée d’une partie du pays depuis le Mardi 8 Novembre 2016. Beaucoup portent une épingle à nourrice sur la poitrine, symbole de la protection qu’ils s’engagent à fournir aux plus vulnérables. « Si vous êtes musulman, femme, homosexuel, personne de couleur, latino, transsexuel, immigrant ou handicapé, je suis avec vous », proclame un homme derrière une pancarte rédigée à la main.

La solidarité est une nécessité. Depuis l’élection de Donald Trump, des dizaines d’incidents xénophobes ont été signalés. Entre le Mardi 8 Novembre et le Vendredi 11 Novembre 2016, le Southern Poverty Law Center (SPLC), l’organisme de référence en matière de surveillance des extrémistes, a reçu plus de deux cent plaintes pour des faits racistes ou antisémites. Une église du Maryland, qui célèbre des offices en espagnol, a été barrée d’une inscription, « Trump Nation, Whites Only ». Des svastikas accompagnés du nom « Trump » ont été peintes sur les murs dans plusieurs universités. Des étudiants noirs ont reçu des menaces signées « Daddy Trump ».

« Les suprémacistes blancs pensent que leur homme a gagné la Maison Blanche », analyse le SPLC. Pour fêter la victoire, un groupe du Ku Klux Klan de Caroline du Nord a d’ailleurs annoncé un défilé le 3 décembre 2016 dans un lieu non encore révélé.

Pour les enfants d’immigrés, « l’élection de Donald Trump, c’est une sorte de 11 septembre 2001 », explique le journal Westword de Denver.

A San Francisco, une jeune américaine d’origine assyrienne a posté sur Facebook la vidéo d’une passagère du métro qui, l’entendant parler une langue inconnue, lui assure que Donald Trump va l’expulser. A Los Angeles, les deux vedettes de la série télévisée de HBO Silicon Valley, Thomas Middleditch et Kumail Nanjiani, ont été pris à partie dans un bar par des fans du président élu. « Je ne peux pas imaginer ce que cela doit être d’être quelqu’un qui a mon physique dans d’autres endroits », s’est alarmé le jeune comédien d’origine pakistanaise.

Pétition auprès des grands électeurs

Parmi les manifestants contre Donald Trump, certains ne désespèrent pas de revenir en arrière, sur le résultat de l’élection. Une pétition sur www.change.org , intitulée « faites d’Hillary Clinton la présidente le 19 décembre  2016 », a conquis les campus. Elle appelle les grands électeurs à porter leur voix non pas sur Donald Trump lorsqu’ils décideront formellement du vainqueur de l’élection, selon le rituel prévu par la constitution, mais sur celle qui a remporté le vote populaire, avec six cent trente huit mille sept cent cinquante voix d’avance, selon un décompte non définitif. Un scénario hautement improbable, mais réclamé par plus de quatre millions deux cent mille signataires.

D’autres mettent l’accent sur la vigilance. Dans une pleine page du New York Times, l’union américaine pour les libertés civiles (ACLU), a demandé Vendredi 11 Novembre 2016 à Donald Trump de désavouer ses promesses de candidat sur l’expulsion de onze millions de sans-papiers, la réautorisation du waterboarding, le simulacre de noyade, comme technique d’interrogatoire et toute une liste de celles qui violent le premier, le quatrième, le cinquième, le huitième et le quatorzième amendement à la constitution. « Si vous essayez de faire entrer ces promesses dans la réalité, vous vous trouverez à chaque pas confronté à la puissance de feu de l’ACLU », menace l’association, en rappelant qu’elle compte des millions de partisans et des juristes dans tous les états.

Les associations de soutien aux immigrés ont commencé à tenir des réunions pour rassurer les « dreamers », les jeunes clandestins arrivés avec leurs parents, qui ne doivent qu’à un décret de Barack Obama, facilement réversible, leur statut légal aux Etats-Unis. « S’organiser et protester contre l’administration de Donald Trump va être extrêmement différent », écrit Cesar Vargas, avocat au barreau de New York et proche de Bernie Sanders, dans l’hebdomadaire The Nation. « Mais nous allons montrer pendant les quatre prochaines années que nous sommes certes sans-papiers, mais aussi sans peur ».

Des manifestations sont déjà en préparation pour l’investiture du 20 janvier 2017 à Washington. Une marche « d’un million de femmes » est prévue le 21 janvier 2017. Une autre est organisée par la coalition contre la guerre Answer. Les afro américains prévoient, eux, de manifester le 16 janvier 2017 à l’occasion du Martin Luther King Day, le jour férié marquant l’anniversaire de la naissance du pasteur.

Maintenant que Donald Trump a, de fait, mis fin à la dynastie Clinton, l’aile progressiste a l’intention de prendre les rênes du parti démocrate.

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 19:37

 

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/11/11/securite-melenchon-en-quete-de-credibilite_5029308_4854003.html

 

Jean Luc Mélenchon en quête de crédibilité sur les questions de sécurité

Le candidat de la France Insoumise cherche des soutiens dans la justice et dans la police

Par Raphaëlle Besse Desmoulières

Sécurité et terrorisme, à trois jours de la date anniversaire des attentats du Vendredi 13 Novembre 2015, Jean-Luc Mélenchon a voulu montrer, Jeudi 10 Novembre 2016, que ces thématiques n’étaient pas taboues pour lui.

Le candidat, qui se présente à la tête de son nouveau mouvement, la France Insoumise, avait réuni à son quartier général parisien plusieurs intervenants comme Laurence Blisson, secrétaire nationale du Syndicat de la Magistrature, ou Vincent Drezet, ancien dirigeant de la fédération des finances publiques de l'Union Syndicale Solidaire (USS). Tous, avait-il été stipulé, ne sont pas engagés dans sa campagne mais leur présence et leurs prises de parole avaient clairement pour but de crédibiliser sa démarche contre « l’affolement sécuritaire ».

A la fin du mois d'octobre 2016, le fondateur du Parti de Gauche avait dit « entendre la colère » des forces de l’ordre. Jean Luc Mélenchon veut le croire, « il existe parmi les policiers, les militaires et les juges, des gens qui ont fait le choix de rejoindre » son combat. « Je suis votre point d’appui », leur a-t-il lancé. « Nombre d’entre vous ont compris que les pareils au même et les pire en pire que sont les siamois du Parti Socialiste et des Républicains ont amené l’état à ce point de décomposition, ils ont gesticulé et ils ont utilisé si irresponsablement votre autorité, au point que la majorité d’entre vous n’a plus confiance en eux ».

Jeudi 10 Novembre 2016, il a dit récuser « l’idée qu’il n’y ait qu’un recours possible, on peut choisir d’opter pour la solution d’extrême droite dans la police et dans l’armée, mais je veux qu’on sache qu’on peut aussi choisir l’extrême république que j’incarne ». Dans son programme, le chapitre intitulé « sécurité, retour à la raison » comprend la mise en place du récipissé de contrôle d’identité ou encore la création d’une « garde républicaine citoyenne afin de mutualiser les différentes missions de la police dans un même corps ».

Le candidat, qui veut « mettre fin à la politique du chiffre », souhaite aussi recruter dix mille personnels supplémentaires, sortir de l’état d’urgence et revenir sur la fusion entre la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) et les Renseignements Généraux de 2008. Pour l’heure, aucun financement n’est précisé. Dans son discours, Jean Luc Mélenchon a assuré avoir « trop souffert qu’on laisse croire que nous serions ceux qui sont les désinvoltes sur ces questions. Ce n’est pas vrai, c’est le contraire, c’est nous les plus sérieux », a-t-il martelé.

Comme le montrait la liste de ses invités, le candidat peine à s’entourer sur ces sujets-là. Réunir ces personnalités n’a pas dû être facile et il aurait convenu de remettre à certains des étiquettes que l’équipe du candidat avait omis de préciser. Parmi les intervenants « extérieurs », Alexandre Langlois est bien « gardien de la paix au renseignement territorial », mais aussi secrétaire général du syndicat de la police ultra-minoritaire de la Confédération Générale du Travail (CGT). Il aurait sans doute été plus délicat de mentionner que Georges Knecht, secrétaire général du Syndicat National Indépendant des Personnels Administratifs, Techniques (SNIPAT) et scientifiques de la police nationale, est mis en examen pour subornation de témoin dans l’affaire des fuites d’informations et de corruption présumées qui a ébranlé la police juidiciaire parisienne en 2015.

Le public sera également resté sur sa faim en regardant la vidéo de François Pirenne, un spécialiste du renseignement qui, encore en activité, a témoigné de façon anonyme. Quant à l’analyste géopolitique Djordje Kuzmanovic, à aucun moment il n’a été fait mention de ses fonctions au Parti de Gauche comme secrétaire national à l’international et à la défense.

Un oubli, explique celui qui a notamment été mis en cause en début d’année par le journaliste Nicolas Hénin dans son livre « la France russe », aux éditions Fayard. Présenté comme la « muse de Jean Luc Mélenchon sur la question russe », ce dernier était situé sur « un axe rouge-brun ». Des « allégations complètement fausses » que l’intéressé dément formellement.

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 19:03

 

https://www.entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2016/11/07/alep-leur-dignite-notre-honte-contretemps

 

Leur dignité, notre honte

Lundi 7 Novembre 2016

Editorial du dernier numéro de la revue Contretemps consacré à la crise de la démocratie.

Par Francis Sitel

Une question décisive donc mais que nous abordons avec quelque honte à l’heure où Alep, écrasée sous le bombes, irradie une sombre lumière quant à ce qu’il en est en ces temps-ci de la démocratie.

De quel crime le peuple syrien, la jeunesse de ce pays et la population d’Alep-Est se sont-ils rendus coupables pour subir un tel châtiment ?

Des centaines de milliers de morts, des dizaines de milliers emprisonnés et mutilés, des millions d’exilés condamnés au déracinement et à l’errance et des villes de haute civilisation, comme Alep, assiégées, affamées et rasées.

Quel est-il ce régime qui pour préserver son pouvoir mène une guerre à outrance contre son peuple ? Une guerre qu’il s’acharne à gagner à tout prix, grâce à l’appui massif que lui apporte la Russie de Vladimir Poutine, avec son aviation et ses armes de terreur, et le régime iranien, avec ses régiments d’élite et ses milices du Hezbollah, au prix de la destruction du pays et de la multiplication des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Le peuple syrien s’est soulevé au nom de son droit à la justice, à la liberté et à la démocratie. À l’exemple d’autres peuples du monde arabe, il a voulu se débarrasser de la féroce dictature qui l’étouffe et qui le parasite depuis des décennies. Mais ce régime s’est révélé plus féroce que tous ses confrères du Moyen-Orient et aussi plus pervers.

Maître en manipulation, il a su se présenter hier comme anti-impérialiste et aujourd’hui en rempart face à une menace djihadiste qu’il alimente, frappant ainsi de sidération les opinions occidentales.

Depuis cinq ans, le peuple syrien résiste aux bombardements de toutes sortes. À Alep, il est victime de la destruction systématique par l’aviation russe des hôpitaux, des écoles, des boulangeries et des ressources en eau et il subit un siège de l’armée de Bachar al Assad visant à l’asphyxier et à l’affamer, pour l’obliger à capituler et à livrer les combattants qui s’opposent à Bachar al-Assad et à l'Etat Islamique.

Pourquoi les gouvernements qui se disent amis du peuple syrien et attachés à la démocratie s’autorisent-ils à l’abandonner à cet épouvantable destin ?

Par obsession du danger que représente l'Etat Islamique ? C’est ne pas voir que la tragédie qu’on laisse se dérouler est grosse de nouvelles pulsions de mort encore plus violentes.

Par refus de s’affronter à Vladimir Poutine ? Lequel, pour leur prouver que la Russie sous sa coupe est redevenue une grande puissance sans laquelle aucun problème international ne saurait trouver de solution, fait la démonstration de la puissance destructrice de son arsenal militaire.

Et aussi, sans doute, parce que, à leurs yeux, l’aspiration d’un peuple à la démocratie est suspecte lorsqu’elle est portée par une mobilisation révolutionnaire.

Toutes choses qui font que, malgré quelques belles paroles et de grandes indignations devant tant de sauvagerie et d’inquiétude quant à l’arrivée de vagues de réfugiés en Europe, on préfère détourner les yeux. Et regarder du côté de la prochaine élection présidentielle américaine, qui va se jouer entre Hillary Clinton qui, à la suite de Barack Obama, considère qu’il ne faut rien faire et un Donald Trump qui proclame son admiration pour Vladimir Poutine.

L’avenir de la démocratie se joue moins dans les élections américaines et européennes que dans les combats qui déchirent Alep.

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 18:33

 

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/10/27/avec-our-revolution-bernie-sanders-poursuit-la-lutte_5021591_829254.html

 

Avec son mouvement Our Revolution, Bernie Sanders continue le combat

Par Nicolas Bourcier

Jeudi 27 Octobre 2016

Bernie Sanders n’a pas remporté les élections primaires du parti démocrate face à Hillary Clinton, mais il a bouleversé l’échiquier politique. Au terme d’un âpre combat de plus de treize mois, l’indéboulonnable sénateur du Vermont « socialiste démocratique », comme il le revendique, a refaçonné la plate-forme du parti démocrate, laissant une marque indélébile sur le programme de gouvernement de l'ancienne secrétaire d'état.

Surtout, il s’est imposé, à soixante quinze ans, comme le porte-voix d’une nouvelle ­génération d’électeurs, libérant une parole de gauche que l’on croyait enterrée depuis la révolution reaganienne des années 1980.

Celui que les médias qualifiaient il y a encore peu de « populiste idéaliste » a obtenu soixante seize pour cent du vote des jeunes de moins de trente ans. Un score qui en fait probablement le candidat le plus populaire parmi cette frange de la population de l’histoire ­moderne des Etats-Unis.

La campagne de Bernie Sanders a été à l’origine des moments parmi les plus mémorables des élections primaires. Il a rassemblé les plus grandes foules de supporteurs au nom de sa « révolution ». Au mois de juillet 2015, quelque cent mille personnes l’ont suivi en direct par webcast.

Une dynamique qui s’est confirmée auprès des jeunes par le soutien du réseau as­sociatif ultra démocrate ­www.moveon.org, ­celui-là même qui avait joué un rôle important dans l’élection de ­Barack Obama. Sans Bernie Sanders, souligne Ted Devine, directeur de campagne du candidat, ces jeunes n’auraient très certainement pas participé à la course présidentielle.

Ce sont les fameux millenials, nés entre 1982 et 2000 et qui forment au­jourd’hui, avec plus de quatre vingt millions d’individus, une base électorale aussi vaste que celle des baby boomers, longtemps considérés comme les faiseurs de rois de la politique américaine.

Au cours de la convention du parti démocrate du mois de juillet 2016 à Philadelphie, le sénateur a soutenu sans état d’âme Hillary Clinton, s’imposant comme symbole d’unité. Il a ensuite repris son bâton de pèlerin, lançant son mouvement Our Revolution pour préparer l’avenir, comme il le dit. Déjà au mois de juin 2016, près de trois mille militants sanderistes s’étaient retrouvés à Chicago afin de créer les fondations de ce mouvement progressiste.

Plusieurs groupes ont été rassemblés. Ils se sont densifiés cet été. Vingt cinq mille personnes se sont enregistrées pour devenir candidat à un poste électif local.

Certes, à la fin du mois d'août 2016, au moment du lancement du collectif chargé de porter Our Revolution sur les fonds baptismaux, une partie de l'équipe dirigeante démissionna pour protester contre le management et les modes de financement du mouvement. Mais cette querelle interne n'a pas ému outre mesure le sénateur du Vermont.

« Le vrai changement ne vient jamais d'en haut vers le bas. Il survient lorsque les gens se rassemblent et demandent un changement fondamental dans ce pays ».

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 18:10

 

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/13/a-berlin-un-millier-de-personnes-manifestent-contre-donald-trump_5030236_829254.html

 

A Berlin, un millier de personnes manifestent contre Donald Trump

Deux rassemblements ont eu lieu Samedi 12 Novembre 2016 dans la capitale allemande, dans le quartier cosmopolite de Neukölln et au pied de la porte de Brandebourg.

Par Thomas Wieder, correspondant du Monde à Berlin

Les uns ont fait simple, « non à Donald Trump ». D’autres ont donné dans le conceptuel, « à bas l’hétéro normativité et le patriarcat ».

Certains ont apporté de grands drapeaux américains, sur lesquels ils ont écrit au feutre noir « nous disons non ». Mais la plupart avaient choisi de détailler les raisons de leur colère, « non à Donald Trump, au racisme, au sexisme, à l’homophobie et à la xénophobie ».

Deux rassemblements se sont tenus à Berlin Samedi 12 Novembre 2016 pour protester contre l’élection du candidat républicain à la Maison Blanche. Le premier sur Hermannplatz, dans le quartier populaire et cosmopolite de Neukölln, à l’initiative d’une irlando américaine de vingt quatre ans habitant à quelques rues de là et qui, « vingt minutes après l’annonce du résultat », a lancé sur Facebook un appel à manifester « par solidarité avec toutes les personnes queers, transgenres et de couleur, avec les musulmans, les mexicains, les femmes, les réfugiés et tous les opprimés de la planète ».

Le second, organisé par de jeunes américains un peu plus tard dans l’après-midi au pied de la porte de Brandebourg et de l’ambassade des Etats-Unis, pour dénoncer « l’injustice, l’intolérance, la haine et l’inégalité dont Donald Trump est l’incarnation ». Plus d’un millier de personnes y ont pris part, parmi lesquels beaucoup d'américains, ils sont environ seize mille dans la capitale allemande, la plupart âgés de vingt à quarante ans.

C’est le cas de Katya Salisbury. Etudiante en arts graphiques, cette californienne de vingt trois ans s’est installée à Berlin cet été pour quelques mois. Emmitouflée dans une grosse doudoune pour supporter le froid glacial qui s’est abattu sur la ville ce week-end, elle est venue avec une grande pancarte en carton, sur laquelle elle a résumé ce qu’elle ressent depuis trois jours, « j'ai peur de Donald Trump ». Peur en tant que « femme noire », dit-elle.

Peur de « la parole raciste et violente qui va se libérer aux Etats-Unis et ailleurs après cette élection », ajoute-t-elle. Peur, enfin, de « devoir rentrer à Los Angeles dans quelques semaines » et de retrouver un pays dans lequel elle « ne se reconnaît plus », confie cette partisane de Bernie Sanders, qui dit avoir voté pour Hillary Clinton parce qu’elle « n’avait pas le choix ».

Daniel Hundermark, lui, est allemand. Agé de trente huit ans, ce designer installé depuis quinze ans à Berlin n’est pas un grand habitué des manifestations. « Je n’ai jamais fait de politique, mais là j’ai ressenti un tel choc avec cette élection que je me dis que cela ne peut plus continuer ainsi et qu’il faut que les gens comme moi fassent quelque chose », raconte-il. Car pour lui « la victoire de Donald Trump est un enjeu mondial et pas seulement américain. Il y a cinq mois, nous avons eu le Brexit, maintenant nous avons Donald Trump, l’année prochaine nous risquons d’avoir Marine Le Pen en France et de voir le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne entrer au Bundestag. Quand nous voyons que la plus vieille démocratie du monde est capable d’élire un tel individu, nous nous disons que tout est possible », explique ce père de trois petites filles, qui a fabriqué pour l’occasion un gros cœur rouge sur lequel il a écrit « untrump the world ».

De la peur, de la colère, du dégoût et de la sidération, Lene Timochenko en ressent elle aussi depuis qu’elle a appris en allumant sa télévision Mercredi 9 Novembre 2016 que « le peuple américain a pris cette décision terrible d’élire à la Maison Blanche un homme raciste, lunatique, populiste et plein de haine ». Mais si cette danoise d’origine ukrainienne installée depuis vingt-quatre ans à Berlin est venue manifester devant la porte de Brandebourg, Samedi 12 Novembre 2016, c’est aussi pour le symbole que ce lieu représente.

« La porte de Brandebourg, pour le monde entier, ce sont les images de la chute du mur. A l’époque, les Etats-Unis symbolisaient la liberté. Vous n’imaginez pas l’émotion que c’est pour moi de venir ici aujourd’hui pour protester contre un président américain qui lui, justement, veut ériger un mur à la frontière avec le Mexique. Et dire que nous avons appris sa victoire Mercredi 9 Novembre 2016, le jour même de la chute du mur de Berlin, vraiment c’est incroyable », ajoute cette femme, pour qui « cela a un sens très fort que l’Allemagne se mobilise contre un individu comme Donald Trump, compte tenu de l’histoire du pays, qui a l’expérience des dictatures et sait ce qu’est la liberté ».

Si certains se disent « rassurés de voir les consciences s’éveiller », d’autres reconnaissent qu’ils sont « un peu déçus » de constater que seul un millier de personnes soient venues protester Samedi 12 Novembre 2016 à Berlin contre la victoire de Donald Trump. « Je me demande pourquoi nous ne sommes pas plus nombreux. Normalement, dans une ville comme Berlin, si progressiste et si cosmopolite, nous aurions dû être dix fois plus. J’espère que c’est seulement parce qu’il fait froid et que les gens ont préféré rester chez eux bien au chaud », estime ainsi Tobias Schreiber, un infirmier de trente et un ans.

Mais la météo n’explique pas tout. Agé de vingt cinq ans, Shqiprim Balazoski fait partie de ceux qui auraient très bien pu descendre dans la rue. Etudiant en sociologie à l'université libre de Berlin, cet américain originaire de l’Illinois, qui a « toujours voté pour des démocrates ou des écologistes », reconnaît volontiers que « Donald Trump incarne tout ce qu’il déteste ». Informé par les réseaux sociaux des deux manifestations organisées Samedi 12 Novembre 2016, il a cependant préféré passer la journée chez des amis. « Protester pour protester, je ne vois pas l’intérêt à part pour se donner bonne conscience. Donald Trump a été élu démocratiquement, aujourd’hui c’est trop tard. Et dire sa haine pour quelqu’un qui est lui-même plein de haine, je trouve cela contradictoire. Ce qu’il faut maintenant, ce sont des solutions, ce n'est pas de l’indignation ».

 

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 18:36

 

DE QUOI TRUMP EST IL LE NOM

 

Par Bernard Fischer

Samedi 12 Novembre 2016

L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis est une importante défaite du mouvement populaire et progressiste aux Etats Unis.

C’est aussi une importante défaite de la superstructure des médias et des instituts de sondage des Etats Unis et de leur incapacité totale de prévision de cette élection.

Cette élection vient de très loin.

Elle vient de la révolution conservatrice de Ronald Reagan au début des années 1980. Elle vient du projet pour un nouveau siècle américain des néo conservateurs en 1997 et de l’élection de George Bush Junior en 2000.

C’est la dernière conséquence de la longue crise du bipartisme aux Etats Unis et de l’alternance entre le parti républicain et le parti démocrate.

Depuis plusieurs années, nous assistons à l’infiltration, à la colonisation et à la domination du parti républicain par le Tea Party Movement, par l’Alternative Right et par des sectes millénaristes d’extrême droite. La candidature de Donald Trump était une candidature d’extrême droite. Il n’y a pas d’erreur quand les deux premiers messages de félicitations au nouveau président des Etats Unis viennent de Marine Le Pen et de Vladimir Poutine.

Le programme réactionnaire, protectionniste et isolationniste de Donald Trump est totalement contradictoire par rapport au célèbre mot d’ordre de sa campagne, Make America Great Again.

Le programme de Donald Trump, c’est l’expulsion de onze millions de migrants, la construction d’un mur à la frontière entre le Mexique et les Etats Unis, la taxation des échanges commerciaux entre la Chine et les Etats Unis et la dénonciation par les Etats Unis de l’accord nucléaire entre la communauté internationale et l’Iran.

Dans une situation de déclin de l’impérialisme américain, l’application de ce programme ne donnera pas une nouvelle grandeur à l’impérialisme américain, elle précipitera sa décadence.

De la même manière, la rupture de l’accord relatif au nucléaire iranien n’entraînera aucune amélioration des relations entre la Russie et les Etats Unis en raison de l’alliance entre la Russie et l’Iran.

Mais Donald Trump appliquera-t-il son propre programme ? Personne n’en sait rien.

La crise du bipartisme aux Etats Unis, c’est aussi la crise du parti démocrate.

Bernie Sanders était sénateur indépendant du Vermont pendant sept ans entre 2007 et 2015. Il faisait le choix de son adhésion au parti démocrate et de sa participation aux élections primaires du parti démocrate. Sa campagne rencontrait un succès populaire important.

Après sa défaite face à Hillary Clinton, Il faisait ensuite le choix de sa participation à la campagne d’Hillary Clinton et de la fondation d’un nouveau mouvement à l’extérieur du parti démocrate, Our Revolution.

La campagne de Bernie Sanders était manifestement la suite du mouvement Occupy Wall Street. A chaque étape de son action, Bernie Sanders avait-il raison ou bien avait-il tort ? Personne n’en sait rien.      

La dernière question est la question raciale aux Etats Unis. L’élection de Barack Obama en 2008, du premier président noir de l’histoire des Etats Unis, suscitait un immense espoir. La communauté noire y voyait la lointaine conséquence du mouvement des droits civiques de Martin Luther King, de Malcolm X, d’Angela Davis et des Blacks Panthers dans les années 1960.

Les dernières années de la présidence de Barack Obama voyaient la multiplication des assassinats de citoyens noirs américains par des policiers blancs et la création du mouvement Black Lives Matter.

C’est bien le sens de l’élection de Donald Trump, une nouvelle actualité de la question raciale et la plus importante polarisation raciale aux Etats Unis depuis les années 1960.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 17:54

 

http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/11/12/eutelsat-accuse-de-bloquer-des-televisions-kurdes_5030059_3234.html

 

Eutelsat accusé de bloquer des chaînes de télévision kurdes

L'opérateur privé, dont l'état français est actionnaire, a agi à la demande de la Turquie, suscitant la polémique

Par Dominique Gallois

Samedi 12 Novembre 2016

Depuis plus d’un mois, la France se trouve mêlée à l’offensive sans précédent de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan contre les médias. A la demande d’Ankara, l’opérateur français de satellites Eutelsat a fait suspendre la diffusion de deux chaînes de télévision Med Nuçe Télévision et Newroz Télévision. Ces chaînes kurdes ont alors saisi en référé le tribunal de commerce de Paris. Les audiences se sont déroulées le 27 octobre 2016 et le 2 novembre 2016.

L’ordonnance est attendue Lundi 14 Novembre 2016. Mais, ce n’est que le début d’un long processus. Avec cette affaire, la liberté d’expression en Turquie se retrouve empêtrée dans un invraisemblable imbroglio juridique européen.

Tout commence le 22 septembre 2016 quand Eutelsat reçoit une lettre du RTÜK. L’autorité administrative indépendante chargée de réglementer la radio et la télévision en Turquie lui demande une suspension immédiate de Med Nuçe Télévision. Le motif avancé est que cette chaîne d’information serait soutenue par le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un mouvement inscrit sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne. Quelques jours plus tard, le 5 octobre 2016, un autre courrier intime, pour les mêmes motifs, la suspension de trois autres télévisions, Newroz Télévision à destination des kurdes d’Iran, Ronahi Télévision et Sterk Télévision.

En tant que membre du Conseil de l’Europe et adhérent à la Convention Européenne sur la Télévision Transfrontière (CETT), la Turquie demande l’application du dixième article de la Convention Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) et du septième article de la CETT. Il est stipulé que « tous les éléments des services de programmes doivent respecter la dignité de la personne humaine et les droits fondamentaux d’autrui », en particulier « ils ne doivent pas mettre en valeur la violence ni être susceptibles d’inciter à la haine raciale ».

Sans se prononcer, ni connaître le contenu des programmes, ce qui n’est pas dans ses attributions, Eutelsat a demandé aux sociétés diffusant ces chaînes de les suspendre provisoirement, le temps qu’un régulateur européen examine leur nature et se prononce. En prenant cette mesure de précaution, l’opérateur ne veut pas risquer d’être accusé, éventuellement, de complicité avec une organisation terroriste.

Il s’appuie sur un jugement de la cour d’appel de Paris de 2012, lui donnant raison d’avoir suspendu la chaîne kurde Roj Télévision diffusée depuis le Danemark.

Le 3 octobre 2016, le distributeur belge Belgium Satellite Service (BSS) a obtempéré et coupé la diffusion de Med Nuçe Télévision et de Newroz Télévision. En revanche, le slovène STN, qui diffuse Ronahi Télévision et Sterk Télévision, ne l’a pas toujours pas fait. Eutelsat n’a aucun moyen d’intervenir, car les sociétés diffusent de nombreuses chaînes sur un même canal à partir de son satellite Hot Bird. En bloquant l’un d’entre eux, il empêcherait la diffusion de nombreuses autres télévisions.

Reste à attendre la décision du régulateur européen. Et c’est là que le bât blesse. Selon la CETT, l’instance compétente est celle du pays dans lequel la chaîne opère.

Med Nuçe Télévision, dont le siège est en Italie et ses locaux à Denderleeuw, une commune située en Belgique, dépend du régulateur de ce pays. Or Bruxelles n’a pas signé la CETT. C’est donc au bon vouloir du régulateur flamand, le Vlaamse Regulator voor de Media (VRM). Dans un courrier en date du 24 octobre 2016 avec copie au régulateur wallon, le directeur général d’Eutelsat, Rodolphe Belmer, lui demande de se prononcer sur ce dossier.

En cas de réponse négative, il faudra trouver une autre autorité. La CETT prévoit que ce sera celle du pays où est installé l’opérateur de satellites.

Dans ce cas, Eutelsat ayant son siège en France, le dossier serait confié au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA).

Depuis un mois, la décision d’Eutelsat est vivement critiquée et l’attitude de la France aussi, l'état français détenant vingt six pour cent du capital de cette société privée par le biais de la Banque Publique d’Investissement France.

« C’est un des nombreux épisodes de Recep Tayyip Erdogan pour museler les voix kurdes à l’étranger et lui laisser les mains libres pour les exterminer », s’indigne l’écrivain Patrice Franceschi, engagé de longue date aux côtés des kurdes syriens, tout en insistant sur la concomitance de cette demande avec l’invasion de la Syrie par les turcs. « A la fin, il ne restera que des chaînes islamiques pour la Turquie ou pour l’Etat Islamique ».

Pour lui, « l’enjeu, c’est la liberté d’information face à un tyran. D’ailleurs, un pays n’a pas à céder au diktat d’un autre », d’autant que cette position est en contradiction avec la politique française. « La main gauche ignore ce que fait la main droite », ajoute-t-il, rappelant que le président François Hollande a reçu les kurdes au mois de février 2015 pour leur apporter son soutien. Nul doute, « des lobbys industriels et commerciaux turcs ont pesé sur la décision car, si ces télévisions étaient financées par le PKK, elles auraient été suspendues depuis longtemps ».

Kendal Nezan, président de l’institut kurde de Paris, dénonce « la logique commerciale à court terme d’Eutelsat » pour conserver la diffusion de chaînes turques. « C’est inexcusable dans le contexte actuel où, depuis le mois de juillet 2016, cent trente et un organes de presse ont été interdits, deux mille journalistes ont été mis au chômage et cent trente trois journalistes ont été incarcérés ». Cette stratégie est d’autant plus risquée « que les turcs possèdent leur propre satellite Turksat. Ils peuvent s’ils le souhaitent se retirer à tout moment ». De son point de vue, l’interdiction de Med Nuçe Télévision est incompréhensible. Les informations, les reportages et la parole donnée aux intellectuels contribuaient à la diversité. Le ton y était bien plus modéré que certaines autres dans la région. « Dans ce cas, il faut interdire toutes les télévisions dans le golfe », dit-il.

Surtout Kendal Nezan y voit « un mauvais message » envoyé par la France dans cette partie du Moyen-Orient où il ne reste que deux pays francophiles partageant ses valeurs de liberté et de démocratie, une partie du Liban et le Kurdistan. « Si nous ne pouvons pas favoriser l’expression démocratique, il faut au moins ne pas contribuer à la censurer », insiste-t-il « Quelles que soient les justifications d’Eutelsat, la France risque d’être perçue localement par une partie de la population comme étant l’auxiliaire du pouvoir turc pour censurer les médias kurdes », regrette-t-il. Le mal est fait et « c’est dévastateur en termes d’image ».

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 16:43

 

http://blogs.publico.es/pablo-iglesias/1091/trump-y-el-momento-populista

http://www.gaucherepublicaine.org/etats-unis/trump-et-le-moment-populiste/7399510

 

Donald Trump et le moment populiste

Par Pablo Iglesias

Mercredi 9 Novembre 2016

Un fasciste a gagné. Ce n’est pas banaliser le fascisme que de l’affirmer. Le fascisme n’est pas un phénomène exclusivement italien et allemand des années 1930, c’est une façon de construire le politique.

Certains politologues espagnols essayèrent de délimiter le phénomène hors de nos frontières, pour éviter d’avoir à parler de fascisme en Espagne. Seuls auraient été fascistes en Espagne les vieilles chemises de la minuscule Phalange de José Antonio Primo de Rivera. Ce n’est pas vrai. Le fascisme s’est construit en Espagne avec le matériau idéologique disponible pour un projet de masse, le catholicisme le plus réactionnaire. Ce que certains appelèrent le national-catholicisme est la version espagnole du fascisme. Et il y a eu des fascismes dans nombre de pays d’Europe et d’Amérique, avec des combinaisons discursives singulières de pseudo-patriotisme, xénophobie, revendication d’un passé national glorieux, religion, phraséologie anti-élites, chauvinisme et zéro mise en question des relations de propriété. Donald Trump est un fasciste viable aux Etats-Unis. Il ne fait pas le salut romain et n’arbore pas de svastikas, mais il a reçu l’appui explicite de fascistes imprésentables, depuis le Ku Klux Klan jusqu’à différentes milices armées des Etats Unis.

Ceux qui disent que le courant de Donald Trump est du populisme de droite ont raison. Y a-t-il meilleure façon de décrire le fascisme si ce n’est comme un populisme de droite ?

Le populisme n’est pas une idéologie, ni un ensemble de politiques publiques, c’est une modalité de construction du politique depuis un « dehors » qui se répand dans les moments de crise. Ce dehors est celui qui a mobilisé la white american working class avec Donald Trump, de la même façon qu’il a mobilisé la classe ouvrière britannique en faveur du Brexit. Le mépris aristocratique si politiquement correct envers les rednecks américains, les chavs britanniques ou les habitants de Badalona qui firent du réactionnaire Xavier Garcia Albiol leur maire, ce mépris révèle la myopie d’un certain progressisme cosmopolite qui n’est rien d’autre qu’une sorte de ringardise urbaine à la mode.

Les populistes sont des outsiders et peuvent être de droite, de gauche, ultralibéraux ou protectionnistes. Cela ne signifie en aucun cas que les « extrêmes » se toucheraient ou qu’ils se ressembleraient.

Répéter ce mantra n’enlève rien au ridicule de cet argument qu’utilise un extrémiste du centre pour s’auto-identifier comme étant le moyen terme vertueux, affirmant en un triple saut périlleux que les points les plus opposés seraient en fait les plus proches. Donald Trump n’est pas proche de Bernie Sanders, il est proche des politiques migratoires de George Bush et de l’Union Européenne. Donald Trump, multimillionnaire, est proche du monde bâti par les présidents qui l’ont précédé, y compris Barack Obama, qui ont laissé au vent mauvais les classes populaires américaines. Simplement, Donald Trump a su profiter du moment.

C’est qu’en réalité le populisme ne définit pas les options politiques, mais les moments politiques. Il y eut le moment populiste de Silvio Berlusconi, le moment de Vladimir Poutine, le moment de Juan Perón et les Etats-Unis viennent de vivre le moment de Donald Trump. Mais il ne s’agit pas d’un moment isolé.

Le crash financier de 2007 a été l’antichambre de la crise d’une grande partie des systèmes politiques occidentaux. N’oublions pas que ces systèmes, étayés par l’amélioration des perspectives de vie de la classe ouvrière, la consommation de masse, la redistribution et les droits sociaux, naquirent dans l’esprit de l’antifascisme et dans un contexte géopolitique bipolaire. Tout entra en crise avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan et pris fin définitivement avec la chute du mur de Berlin. Ce que la crise financière de 2007 a mis au jour, c’est un ensemble de vérités économiques qui devaient, tôt ou tard, trouver une traduction politique, l’appauvrissement des classes moyennes et salariées et la détérioration des services publics et des droits sociaux.

La traduction politique s’appelle Donald Trump aux Etats-Unis, elle s’appelle Marine Le Pen en France et, en Espagne, « grâce à la vierge » dirait Esperanza Aguirre, elle s’appelle Podemos. En quoi nous ressemblons-nous ? En rien, ce sont les moments politiques qui se ressemblent.

L’important, dans les moments politiques populistes, c’est qu’ils dépouillent la politique de ses atours parlementaires et, en passant, mettent à la mode, même parmi les politologues mainstream, Carl Schmitt selon la lecture qu’en fait Chantal Mouffe. Donald Trump, c’est cela, la nudité obscène, face à la candidate de Wall Street.

Comme tout aurait été différent si Donald Trump avait eu en face quelqu’un qui, sans obscénité fasciste, parle au peuple en appelant les choses par leur nom. Ce rival existe, c’est Bernie Sanders. Les populistes peuvent aussi être socialistes, car en vérité le populisme ne définit que les moments. Le moment des Etats Unis était celui de Donald Trump et de Bernie Sanders, pas celui de la candidate de l’establishment. Y a-t-il eu moment plus populiste que celui au cours duquel, voici quatre vingt dix neuf ans, quelqu’un appela à réclamer du pain et la paix ?

J’insiste sur le fait que ce sont les moments politiques qui se ressemblent, pas les options politiques qui en profitent. Pensons maintenant à l’Espagne. Posons-nous la question, quel a été le fait politique le plus important de l’année ? D’aucuns diront que c’est le blocage politique. Mais c’est Juan Villar Mir, l’un des principaux grands patrons espagnols, qui l’a clairement défini, « ce qui est vraiment important, c’est que Podemos ne soit pas au gouvernement, cela aurait déréglé l’économie ».

La politique, quand c’est pour de vrai, est viscérale, agonique et dure. Les nuances, la courtoisie, la mesure et les manières nobles et soignées se donnent parfois à voir au sein des parlements et dans les réceptions officielles, mais dès que l’on parle de ce qui est vraiment important, alors finies les bonnes manières. Il n’y a pas plus élégant que la diplomatie, mais quiconque est au fait des relations internationales sait que, derrière la diplomatie, il y a des divisions blindées et d’immenses pouvoirs économiques. C’est pour cela que l’élection de Donald Trump est déjà un événement géopolitique qui transcende son propre moment.

En Espagne, nous autres de Podemos pouvons goûter, ces jours-ci, à cette friandise au goût de caramel amer, être une opposition constituant une véritable alternative et qui peut gagner.

Rien à voir avec les débats parlementaires, quand bien même on peut nous y traiter de crétins ou de canailles ou nous y accuser de travailler pour des dictatures. Ne vous y trompez pas, à côté de Juan Villar Mir, Rafa Hernando, porte-parole du Parti Populaire, le parti de la droite au pouvoir, aux propos toujours agressifs et virulents, c’est un ours en peluche, son obscénité est simplement candide. Au parlement, bien que l’arbitre n’y soit pas impartial, au moins pouvons-nous parler librement et nous faire plaisir en disant depuis la tribune des vérités que presque personne n’y a dites avant nous.

Mais il est faux que le parlement soit la scène la plus importante de la politique, comme il est faux de dire que sur les bancs du gouvernement s’assoient les femmes et les hommes les plus puissants du pays. Ruben Juste, dans un article courageux publié l’autre jour dans Contexto CTXT, l’a montré, « il y a un état parallèle, privé ou semi-privé, avec son nom propre, société anonyme ». L’auteur précise ce qu’est ce parlement privé de cet état espagnol dans l’ombre, formé de quatre cent dix sept conseillers, parmi lesquels seulement soixante quatorze femmes, et il donne les noms de ses ministres, Juan Villar Mir et Pedro Miguel Landiribar, les propriétaires de Repsol, Telefonica, ACS, Inditex, OHL et Santander, les anciens de Goldman Sachs et les propriétaires de quasiment tout ce que les espagnols peuvent regarder, écouter ou lire pour s’informer.

C’est cela la politique pour de vrai et le caractère exceptionnel du moment que nous vivons a aussi à voir avec la nudité où apparaissent les propriétaires de l’opinion. Jamais le vieux proverbe « un chien ne mange pas de la viande de chien » n’aura été aussi éloigné de la réalité. Nous avons pu voir le propriétaire d’un groupe de médias licencier puis traîner devant les tribunaux des journalistes coupables seulement d’informer sur lui, politique de vérité à l’état pur.

La victoire de Donald Trump nous laisse une leçon importante, qui a beaucoup à voir avec nos débats actuels au sein de Podemos.

L’antidote à Donald Trump, à Xavier Garcia Albiol et à Marine Le Pen, l’antidote au fascisme et à l’autoritarisme financier, c’est la politique qui interpelle et organise le peuple en assumant l’ennemi comme tel. C’est très risqué. Cela déchaîne la colère des puissants et de leurs appareils et c’est bien plus rugueux que la politique parlementaire. Cela présente de nombreuses difficultés, car cela implique de doter la société civile et les mouvements populaires d’instruments de pouvoir et d’auto-organisation. Des types tels que Donald Trump ne peuvent se frayer un chemin que là où ils ne sont pas arrêtés par les tranchées de la société civile organisée, là où règnent la perte de socialisation et la solitude des dépossédés et là où l’on peut dresser l’avant-dernier contre le dernier.

Mais cette politique qui interpelle, qui parle clair et qui donne des instruments pour l’organisation populaire, est la seule qui touche les consciences et qui peut gagner.

 

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 16:09

 

Les manifestants contre Donald Trump veulent se mobiliser sur la durée (Reuters)

 

Les manifestants contre Donald Trump, qui sont entrés Vendredi 11 Novembre 2016 dans leur troisième journée de mobilisation dans plusieurs villes des Etats-Unis, assurent préparer un mouvement de longue haleine pour s'opposer à Donald Trump et au congrès à majorité républicaine dans les quatre prochaines années.

Vendredi 11 Novembre 2016, les rues de Miami et d'Atlanta ont vu des manifestants défiler tandis que, à New York, des rassemblements ont à nouveau eu lieu à Washington Square et devant la Trump Tower, sur la cinquième avenue, où habite le futur président américain, vainqueur surprise de l'élection du Mardi 8 Novembre 2016.

D'autres manifestations ont été signalées à Philadelphie, à San Francisco, à Los Angeles ou encore à Portland dans l'Oregon.

A Portland, des protestataires ont lancé des objets en direction des policiers anti émeutes. Dans les rues de Los Angeles, ils étaient des centaines à paralyser la circulation sur certains axes en scandant « nous rejetons le président élu ».

Un homme a été blessé par balles pendant la manifestation de Portland alors que, en compagnie de plusieurs dizaines d'autres protestataires, il franchissait le pont Morrison. Selon la police, un homme est sorti d'un véhicule sur le pont et a ouvert le feu. La victime a été hospitalisée mais ses jours ne sont pas en danger. Le suspect, quant à lui, est toujours en fuite, a ajouté la police.

Jeudi 10 Novembre 2016, les rassemblements, essentiellement composés d'adolescents et de jeunes adultes, semblaient faiblir par rapport au Mercredi 9 Novembre 2016, malgré des incidents constatés à Portland et à Oakland.

Samedi 12 Novembre 2016, de nouveaux rassemblements sont prévus à New York et à Los Angeles tandis que, à Washington, une manifestation est déjà organisée pour le jour de l'investiture de Donald Trump, le 20 janvier 2017. Mais ce n'est que le début, préviennent plusieurs organisateurs dans une série d'interviews.

Al Sharpton, célèbre figure new-yorkaise de la cause des noirs aux Etats-Unis, estime que les manifestants devront emprunter aux républicains les techniques d'obstruction utilisées contre le gouvernement de Barack Obama.

Citant en exemple le mouvement du Tea Party comme celui qui aura amené l'homme d'affaires républicain à la Maison Blanche, Al Sharpton prévoit de lancer Samedi 12 Novembre 2016 une nouvelle initiative dans le cadre du National Action Network, le mouvement des droits civiques qu'il a fondé.

« Nous n'allons pas être aussi affreux qu'eux, mais nous allons être tout aussi persévérants », a-t-il déclaré.

Un ancien volontaire de la campagne d’Hillary Clinton et organisateur d'une manifestation Jeudi 10 Novembre 2016 devant le Trump International Hotel à Washington, près de la Maison Blanche, espère que le succès de ses premières manifestations spontanées s'inscrira dans la durée.

« Du jour de son investiture à celui où il sera démis de ses fonctions, nous devons nous assurer que, s'il y a quelque chose qu'il veut faire passer, avec laquelle la majorité des américains qui ont voté pour Hillary Clinton ne sont pas d'accord, nous soyons fermes là-dessus ».

Des milliers de femmes, inquiètes des conséquences sur leurs droits de l'élection de Donald Trump, prévoient une grande marche à Washington au lendemain de son entrée en fonction, le 21 janvier 2017, ont annoncé les organisateurs, Vendredi 11 Novembre 2016.

Sur Facebook, la Million Women March a réuni trente cinq mille personnes dans les vingt quatre heures suivant sa création, selon un des ses organisateurs à New York, Bob Bland.

Sur le front environnemental, les associations projettent également d'être actives contre Donald Trump pendant les quatre prochaines années, dans une posture défensive pour préserver a minima les acquis du gouvernement de Barack Obama.

« Nous serons au congrès, dans les tribunaux, dans les salles de conférences et dans les rues », assure Gene Karpinski, président de la League of Conservation Voters, un lobby de défense de l'environnement basé à Washington, soutien et mécène des démocrates en 2016.

Donald Trump s'est proposé pendant sa campagne de revenir sur l'accord de Paris, relancer les énergies fossiles aux Etats-Unis et a désigné un climato-sceptique notoire, Myron Ebell, en vue de réformer l'Environmental Protection Agency (EPA), agence gouvernementale chargée de la sauvegarde de l'environnement.

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:58

 

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/11/deuxieme-journee-de-manifestations-anti-trump-dans-des-grandes-villes-aux-etats-unis_5029168_829254.html

 

Selon Donald Trump, les manifestants sont « incités par les médias » à défiler contre lui

De San Francisco à New York, des centaines de personnes se sont réunies pour le deuxième jour de suite, Jeudi 10 Novembre 2016, afin de protester contre l’élection du magnat de l’immobilier.

De nouvelles manifestations ont eu lieu, Jeudi 10 Novembre 2016, dans plusieurs grandes villes américaines, pour protester contre l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Les défilés ont concerné tout le pays, même s’ils étaient parfois plus clairsemés que la veille.

Pour la première fois, le président élu a réagi, sur Twitter, « nous venons d’avoir une élection présidentielle couronnée de succès et transparente. Et maintenant, des manifestants professionnels, incités par les médias, manifestent. C'est très injuste ».

Les défilés ont commencé Jeudi 10 Novembre 2016 dans la matinée. A San Francisco, plus de mille étudiants ont fait l’école buissonnière dans le quartier financier de la ville en agitant des drapeaux arc-en-ciel représentant les communautés Lesbiennes, Gays, Bisexuelles et Transgenres (LGBT), mais aussi des drapeaux mexicains et des pancartes hostiles au président élu.

Des centaines d’étudiants ont défilé sur le campus de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) en brandissant des pancartes où on lisait « dump Trump » et « l’amour écrase la haine » puis, aux cris de « j'emmerde la suprématie blanche » et « ne déniez pas le réchauffement climatique », en référence à la proposition de Donald Trump de revenir sur l’accord de la vingt et unième conférence climat, plusieurs manifestants se sont dirigés vers la mairie.

Le maire de Los Angeles, Eric Garcetti, a salué ces rassemblements, tout en appelant les manifestants à ne rien vandaliser et à ne pas s’aventurer sur les autoroutes. « Ce fut une élection traumatisante », a-t-il dit. « Il y a beaucoup de divisions et d’accusations des deux côtés, mais certaines choses qui ont été dites n’étaient pas partisanes, sur les femmes, nos frères et sœurs musulmanes et les immigrants ».

Dans la soirée, un nouveau défilé a parcouru le centre-ville, tout comme à San Francisco, où une autoroute a été bloquée, à Oakland, également en Californie, et à Portland, dans l’Oregon. Dans cette dernière ville, la police a averti que la manifestation serait désormais considérée comme une « émeute », en raison de la généralisation d’un « comportement criminel et dangereux ».

A Los Angeles, les forces de police ont menotté plusieurs manifestants avant de les faire monter dans des bus.

Plusieurs centaines d’étudiants de l’université de l’état du Texas, à San Marcos, se sont aussi rassemblés sur le campus. Des défilés ont eu lieu à Baltimore, à Philadelphie, à Grand Rapids, devant la tour Trump de Chicago ou encore à Minneapolis, où une autoroute a été bloquée pendant plusieurs heures. A Denver, les manifestants ont été dispersés à l’aide de gaz lacrymogènes alors qu’ils occupaient une autoroute.

« Ce n’est pas mon président »

A New York, une manifestation a rassemblé plusieurs centaines de personnes à Washington Square, dans Manhattan. Une rangée de plots de béton a été installée pour mettre à distance les passants de la Trump Tower. Ce dispositif n’a toutefois pas empêché plusieurs dizaines de manifestants de se réunir à nouveau devant le bâtiment.

La veille, des rassemblements contre Donald Trump avaient déjà rassemblé des milliers de personnes dans un grand nombre de métropoles et de villes universitaires. Les participants scandaient « ce n’est pas mon président » et « non à Donald Trump » et, dans certains cas, ils ont bloqué temporairement la circulation automobile.

Jeudi 10 Novembre 2016, plus de vingt personnes ont été arrêtées aux premières heures de la journée pour entrave à la circulation lors des manifestations qui se sont produites à Los Angeles et à Richmond.

« Crétins de gauchistes »

Rudy Giuliani, ancien maire républicain de New York et partisan de Donald Trump, il est pressenti pour faire partie du futur cabinet du président élu, a parlé de « tas d’enfants gâtés et de pleurnichards. Les véritables crétins de gauchistes sur les campus, ce sont les professeurs, ce ne sont pas les étudiants », a-t-il ajouté, Jeudi 10 Novembre 2016, sur la chaîne conservatrice Fox News. « Aussi sont-ils d’autant plus influencés par les professeurs. Qu’ils se calment, les choses ne vont pas aussi mal qu’ils le pensent ».

A Washington, Barack Obama a fait savoir, Jeudi 10 Novembre 2016, via son porte-parole, Josh Earnest, qu’il croyait au droit des américains à protester pacifiquement contre l’élection de Donald Trump, mais qu’il souhaitait que les gens comprennent que « nous sommes américains et patriotes » avant d’être des démocrates ou des républicains.

Des appels à manifester ont été lancés également pour le week-end, mais aussi pour le 20 janvier 2017, jour de l’investiture du nouveau président.

 

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