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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 16:06

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/08/15/turquie-trois-tribunaux-perquisitionnes-a-istanbul_4982944_3214.html

Le rédacteur en chef du journal Cumhuriyet démissionne

Le rédacteur en chef du quotidien d’opposition turc Cumhuriyet a annoncé sa démission, Lundi 15 Août 2016, expliquant ne plus croire en la justice de son pays. Au mois de mai 2016, Can Dündar avait été condamné en première instance à cinq ans et dix mois de prison pour divulgation de secrets d'état, dans une affaire qui avait provoqué la colère du président Recep Tayyip Erdogan. Il avait été autorisé à rester en liberté en attendant la décision de la cour d’appel.

Dans une tribune publiée Lundi 15 Août 2016 dans le quotidien Cumhuriyet, il a fait savoir qu’il ne se rendrait pas au tribunal « tant qu’il y aura l’état d’urgence », imposé à la suite du putsch manqué du Vendredi 15 Juillet 2016. Il estime que cette situation l’empêche d’avoir droit à un procès équitable, « faire confiance à un tel pouvoir revient à mettre sa tête sous la guillotine. Désormais, nous ne faisons pas face à la justice mais au gouvernement. Aucun tribunal supérieur ne pourra s’opposer au non-droit qui s’installe ».

Le journaliste a aussi annoncé qu’il continuerait d’écrire des tribunes en tant que chroniqueur.

Perquisitions dans des tribunaux à Istanbul

Le même jour, la police turque a mené des perquisitions dans trois tribunaux d’Istanbul à la recherche de plus de cent soixante dix juges, procureurs et employés, soupçonnés de liens avec le coup d'état avorté du Vendredi 15 Juillet 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan.

Selon l’agence de presse privée Dogan, des perquisitions ont été menées au sein du palais de justice de Caglayan ainsi que dans deux autres tribunaux d’Istanbul dans les quartiers de Gaziosmanpasa et Bakirkoy.

Les cent soixante treize mandats d’arrêt visaient des personnes soupçonnées d’avoir des liens avec prédicateur exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen, accusé par Ankara d’être le cerveau du coup d'état manqué, ce que l’intéressé nie. Le nombre de personnes arrêtées au cours de ces perquisitions n’a pas été précisé.

D’après les chiffres officiels, plus de trente cinq mille personnes ont été arrêtées à ce jour dans le cadre d’une vaste purge menée depuis le coup d'état qui a fait deux cent soixante treize morts. Parmi elles, onze mille cinq cent quatre vingt dix sept personnes ont toutefois été libérées, mais l’ampleur de la purge, qui a touché l’armée et la police mais aussi l’enseignement, les médias et la justice, a été vivement critiquée à l’étranger et dénoncée comme une chasse aux sorcières.

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 15:48

https://blogs.mediapart.fr/edwy-plenel/blog/140816/un-vetement-comme-les-autres

Un vêtement comme les autres

Par Edwy Plenel, président et cofondateur de Mediapart

Dimanche 14 Août 2016

Le propre des époques de transition comme la nôtre, de trouble et d’incertitude quand un vieux monde se meurt lentement et qu’un nouveau monde tarde à naître, c’est la perte des repères les plus élémentaires et notamment l’oubli des libertés fondamentales.

Ces libertés fondamentales pour lesquelles, en 1789, 1830, 1848, 1871, 1898, 1936, 1944 et 1968, pour ne prendre que les dates de surgissement des révoltes créatrices, notre peuple s’est battu contre des pouvoirs qui servaient les puissants et les dominants, au service en somme des injustices sociales. Parmi ces principes, qui sont ceux d’une république démocratique et sociale, il y a la liberté individuelle, l’égalité de droits pour toutes et tous, sans distinction d’origine, de condition, d’apparence ou de croyance, de sexe ou de genre, dont la seule limite est de ne pas imposer aux autres sa propre loi, celle d’une idéologie politique ou d’un dogme religieux.

Ainsi sur une plage, chacun d’entre nous peut penser ce qu’il veut des postures choisies par les autres estivants, selon leurs cultures, leurs convictions et leurs religions, mais aucun d’entre nous n’a le droit d’imposer autoritairement aux autres son choix, à la manière d’un uniforme obligatoire. Ainsi, de même que je m’opposerai demain de toutes mes forces à un pouvoir qui obligerait les femmes à couvrir leur corps dans l’espace public, de même je m’oppose aujourd’hui à ce qu’on interdise sur les plages une tenue qui les couvre parce qu’elle serait liée à une religion. Dans les deux cas, nous cédons nos libertés individuelles au profit d’une logique autoritaire et discriminatoire qui, dans le premier cas, vise les femmes en continuant d’en faire une minorité politique opprimée et, dans le second cas, vise les musulmanes en les constituant comme minorité à exclure.

La liberté ne se divise pas, et elle est donc aussi celle de ceux dont nous ne partageons pas les idées ou les préjugés. À condition, évidemment, qu’ils ne cherchent pas, à leur tour, à nous les imposer autoritairement et ce n’est certes pas le cas de ces femmes musulmanes qui, comme en témoignent nombre de reportages, vont vêtues à la plage en compagnie d’amies aussi dévêtues qu’on peut l’être, affichant ainsi la diversité et la pluralité qui anime les musulmans de France.

Faut-il rappeler à nos intolérants d’aujourd’hui qu’en 1905, lors du vote sur la loi de séparation des églises et de l'état, certains républicains conservateurs voulurent faire interdire le port de la soutane dans l’espace public ? Et qu’évidemment, Aristide Briand, qui portait la loi, fermement soutenu par Jean Jaurès, s’y opposa au nom de la liberté, celle d’afficher ses opinions, donc aussi sa croyance, avec le soutien de tous les républicains progressistes, lesquels hélas, comme les autres, oubliaient les femmes qui, alors, n’avaient pas voix au chapitre, ni droit de vote, avec parfois, ce prétexte, qui ne manque pas d’ironie rétrospective, qu’elles seraient sous l’emprise de l’obscurantisme religieux.

Les tenants de l’interdiction du « costume ecclésiastique », comme d’autres, aujourd’hui, qui veulent interdire tout « costume islamique », affirmaient qu’il s’agissait d’un habit de soumission et que le devoir de l’état républicain était d’émanciper par la loi, donc par la force de la loi, les prêtres de la soutane. Au passage, machistes affirmés, ils affirmaient que la soutane, qui est une robe, portait atteinte à la « dignité masculine ». Voici ce qu’Aristide Briand leur répondit, en refusant qu’une loi qui entend « instaurer un régime de liberté » veuille imposer aux prêtres « l’obligation de modifier la coupe de leurs vêtements, votre commission a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait se poser. Ce costume n’existe plus pour nous avec son caractère officiel. La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non ».

Autrement dit, et d’ailleurs Aristide Briand lancera, provocateur, à cette assemblée masculine qu’il était du droit de chacun, dans un régime de liberté, de se promener s’il le souhaitait « en robe », si, demain, des hommes, quels qu’ils soient, veulent se rendre en soutane à la plage et se baigner sous cette apparence, ils en ont le droit. De même, d’ailleurs, que l’on peut rencontrer, en feuilletant Paris Match de cette semaine, un homme nu se promenant sur une plage non naturiste de Biarritz qui, croisant Emmanuel Macron et son épouse, les salue, salut que le ministre lui rend avec le sourire. Mais les mêmes qui s’alarment des tenues de plage couvrantes de musulmanes ne se sont pas émus de cette transgression exactement opposée.

Dans les deux cas, nous sommes face à des choix relevant de la liberté individuelle. Si son exercice ne s’accompagne d’aucun prosélytisme, cherchant à contraindre la liberté d’autres individus, accepter qu’une autorité la contraigne, c’est ouvrir la voie à ces morales d’état qui ont toujours accompagné les régimes autoritaires, quels qu’ils soient et quelle que soit leur intensité.

Toutes ces polémiques, qui n’ont pour effet que de tomber dans le piège tendu par l’Etat Islamique, stigmatiser les musulmans par quête de boucs émissaires à nos peurs, sont profondément ridicules quand on les confronte à un raisonnement logique. Va-t-on interdire, demain, au nom du refus de toute visibilité des convictions religieuses dans l’espace public, que des religieuses catholiques en coiffe se rendent à la plage ?

Ou que des juifs pratiquants s’y promènent avec une kippa sur la tête ?

Mais, demain, va-t-on également, au nom de la neutralité de l’espace public interdire des T-shirts affirmant des opinions supposées subversives ou des tenues juvéniles supposées dissidentes ? Faire la chasse aux cheveux longs, aux piercings et aux tatouages ?

Quand une liberté commence à tomber, sous un prétexte idéologique qui, en l’espèce, est sécuritaire, il est non seulement difficile de la reconquérir mais, surtout, elle en vient à être perdue pour tous et pas seulement pour ceux que sa restriction semble viser. Demain, selon les aléas de notre vie politique, des municipalités, des gouvernements et des entreprises prendront prétexte de la restriction idéologique d’une liberté visant les corps et les apparences pour s’en prendre à d’autres attitudes jugées non conformes à leurs préjugés, à leurs dogmes ou à leurs intérêts. Défendre nos libertés individuelles, parmi lesquelles celles de nos corps, de leurs vêtures ou de leurs nudités, c’est défendre la liberté de se battre pour nos droits et de ne pas être soumis à la servitude des pouvoirs, qu’ils soient étatiques, économiques, idéologiques, religieux ou sexuels.

La deuxième déclaration des droits de l’homme, la plus aboutie mais la plus éphémère, celle de la première année de la république, en 1793, énonce ceci, dans son sixième article, « la liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui. Elle a pour principe la nature, pour règle la justice et pour sauvegarde la loi, sa limite morale est dans cette maxime, ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait ».

J’ajoute à ce billet ce que j’ai récemment posté sur les réseaux sociaux, simple appel à la raison quand tant d’autres sujets, démocratiques, sociaux, écologiques, géopolitiques et scientifiques, devraient mobiliser nos énergies comme en témoignent les priorités éditoriales de Mediapart tout cet été.

À l’été 2014, il y a deux ans donc, avant les attentats de 2015 et 2016, j’ai écrit ce qui suit, dans « Pour les musulmans », aux éditions de la Découverte. Est-il besoin de souligner que cette mise en garde est toujours d’actualité, plus que jamais ? Et qu’il est de notre devoir de soutenir toutes celles et tous ceux qui sont stigmatisés non pas pour ce qu’ils auraient fait mais pour ce qu’ils sont, en raison de leur croyance ou de leur apparence ? Voici donc l’extrait.

Sous toutes les latitudes, le sort fait aux minorités dit l’état moral d’une société. Au-delà de mon pays, j’écris contre cette guerre des mondes dans laquelle on veut entraîner les peuples en fabriquant des haines identitaires dont la religion est l’alibi. Mais je suis en France, j’y vis et j’y travaille et c’est ici même que, pour nous, se joue ce sursaut des consciences. Jamais les crimes commis par de prétendus musulmans ayant eux-mêmes sombré dans ces guerres sans fin ne justifieront que, en retour, nous persécutions les musulmans de France. Jamais des dérives individuelles ou des conflits lointains n’autoriseront que, dans notre pays, on en vienne à assimiler en bloc des hommes, des femmes et des enfants à un péril qui menacerait l’intégrité, voire la pureté de notre communauté nationale, au prétexte de leur foi, de leur croyance, de leur religion, de leur origine, de leur culture, de leur appartenance ou de leur apparence. Jamais les désordres du monde ne sauraient excuser l’oubli du monde, de sa complexité, de sa diversité et de sa fragilité.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 15:59

https://socialistworker.co.uk/art/43215/Why+the+Labour+right+love+to+twist+the+truth+about+Trotsky

Pourquoi la droite du parti travailliste ne dit pas la vérité sur Léon Trotsky

Par Dave Sewell

Mercredi 10 Août 2016

Le leader des députés travaillistes Tom Watson est loin d'être le premier à utiliser le révolutionnaire russe Léon Trotsky comme une insulte pas chère.

C’est une manœuvre classique des pirates du parti travailliste quand ils doivent faire des manœuvres électorales ou travailler dans des syndicats bureaucratiques contre des « extrémistes effrayants ».

Ils poussent le ridicule jusqu’à la dénonciation d’une possibilité que les terrifie encore.

Léon Trotsky, avec Vladimir Lénine, était un leader clé de la révolution russe de 1917. Ils ont construit leur lutte sur les théories révolutionnaires de Karl Marx.

Mais contrairement à Vladimir Lénine ou Karl Marx, Léon Trotsky a vécu pour défendre la révolution contre la contre-révolution de Joseph Staline. Son nom est plus que tout autre lié à l'idée de la prise du pouvoir par la classe ouvrière elle-même.

De son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein, il a pris le pseudonyme de Trotsky qui était le nom d’un de ses gardiens de prison quand il a été emprisonné par la monarchie tsariste de la Russie.

Lorsque les travailleurs se sont soulevés à Saint Pétersbourg, qui était alors la capitale de la Russie, en 1905, ils ont élu Léon Trotsky, âgé de seulement vingt cinq ans, comme président de leur nouveau soviet, ou conseil ouvrier. Un militant d'origine juive a conduit la ville qui avait vu certains des pires pogroms antisémites de l'histoire.

Léon Trotsky a vu que les soviets étaient plus que des outils dans la lutte. Ils étaient des centres de pouvoir de la classe ouvrière pour concurrencer les organismes de l’état tsariste à travers lesquels les travailleurs pourraient diriger la société.

La révolution de 1905 a été écrasée, mais Léon Trotsky fut le premier à comprendre sa leçon.

La plupart des marxistes croyaient que les travailleurs ne pouvaient pas prendre le pouvoir dans la Russie arriérée avant que ses capitalistes n’entrent dans une démocratie moderne.

Mais Léon Trotsky a fait valoir que les restes de la société féodale coexistaient avec une intense industrie de pointe. La classe ouvrière de la Russie, bien que petite, avait un rôle important dans la société russe.

Cela a été prouvé lorsque les travailleurs se sont soulevés de nouveau en 1917 pour mettre fin au massacre de la première guerre mondiale et ont gagné.

Le nouveau gouvernement ouvrier envoya Léon Trotsky pour négocier avec l'Allemagne.

Mettant fin à des siècles de diplomatie secrète, il proposa une paix sans condition pour appeler à la solidarité avec les travailleurs allemands.

La révolte en Allemagne mit fin à la guerre. Mais les anciens dirigeants russes s’allièrent avec des armées étrangères pour écraser la révolution.

Léon Trotsky rallia les travailleurs pour former leur propre armée rouge pour repousser la revanche contre-révolutionnaire. Il a mené la guerre sur le front.

Contre toute attente, ils ont battu l’armée blanche réactionnaire. Mais la guerre civile de quatre ans a ravagé la société russe.

Les militants de la classe ouvrière sont morts dans l’action. La famine a dépeuplé les villes. La guerre civile n'a pas restauré le tsar, mais elle a miné la base du pouvoir des travailleurs et elle a créé un espace pour l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante.

Joseph Staline transforma le parti communiste qui avait mené la révolution en une parodie grotesque. Les révolutionnaires ont été emprisonnés, tués ou exilés. La terreur a été imposée à travers une industrialisation rapide et douloureuse.

Le stalinisme a pervertit les priorités des partis communistes à travers le monde.

Au lieu de se battre pour les révolutions, ils sont devenus les agents de l'impérialisme russe.

Léon Trotsky a mené l'opposition, d’abord en Russie et ensuite en exil. Jusqu'à son assassinat par un agent de Staline en 1940, il était le principal théoricien mondial de la lutte révolutionnaire.

Il a gardé en vie l'héritage de la révolution russe, une véritable alternative socialiste à la dictature stalinienne et aux partis sociaux démocrates.

Léon Trotsky n’était pas infaillible. Il a écrit qu’il fallait se battre et qu’il ne fallait pas avoir un dogme.

Une grande partie de ce qu'il a écrit pendant la seconde guerre mondiale était faux. D'autres ont eu à théoriser les sociétés qui sont arrivées en Russie et en Europe orientale.

Mais le leader révolutionnaire Léon Trotsky a vu que la classe ouvrière n'a pas disparu. Il reste un exemple et une source d’inspiration pour tous ceux qui se battent pour réaliser le pouvoir de la classe ouvrière.

Si Tom Watson vous appelle un trotskyste, prenez cela comme une marque de fierté.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 15:05

http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2016/08/09/le-forum-social-mondial-en-quete-de-renouveau-a-montreal_4980526_1656941.html

Le Forum Social Mondial (FSM) en quête de renouveau à Montréal

Par Marine Forestier

Le douzième FSM s’ouvre Mardi 9 Août 2016 à Montréal, au Canada, où il se tient jusqu’au Dimanche 14 Août 2016. Pour la première fois organisé dans un pays du nord, ce grand rassemblement altermondialiste doit accueillir environ cinquante mille participants, réunis pour « construire des alternatives concrètes au modèle économique néo libéral et aux politiques fondées sur l’exploitation des êtres humains et de la nature ».

Le FSM est marqué cette année par le refus des autorités canadiennes de délivrer des visas d’entrée à près de deux cent conférenciers ou invités étrangers. C’est notamment le cas de la militante altermondialiste malienne Aminata Traoré, du président du syndicat palestinien des postiers Imad Temiza, ou encore de Rogerio Batista de la Centrale Unique des Travailleurs du Brésil.

Qu’est-ce que le FSM ?

Présenté comme un contre Davos, une alternative au forum économique mondial qui se tient en Suisse et où se rassemblent annuellement des grands patrons et des chefs d’état et de gouvernement, le premier FSM avait eu lieu du 25 au 30 janvier 2001 à Porto Alegre au Brésil.

Le rassemblement était toutefois enraciné dans des mouvements de contestation antérieurs. La manifestation de Seattle aux Etats-Unis en 1999 a, par exemple, constitué l’un des moments fondateurs du FSM. Des associations de consommateurs et des mouvements de défense de l’environnement et des petits paysans avaient alors arpenté les rues de la ville américaine pour dénoncer le projet d’accord sur la libéralisation du commerce international, qui y était négocié sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et auquel les pays pauvres et émergents n’avaient pas été associés. Ce sommet s’était soldé par un échec.

Cette victoire a ensuite encouragé d’autres militants, qui ont multiplié les contre-sommets et manifestations contre les institutions financières internationales, menant à la création du FSM.

Le forum de Porto Alegre avait été initialement organisé par plusieurs associations brésiliennes, dont l’association des hommes d’affaires pour la citoyenneté (CIVES) et l’institut d’analyses socio-économiques (IBASE), avec l’Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC).

Quels enjeux pour le FSM de Montréal ?

Les dernières éditions du FSM ont été marquées par une participation en baisse, cinquante mille personnes sont attendues à Montréal, alors que les inscrits étaient deux fois plus nombreux auparavant. En 2005, l’affluence avait même atteint un pic de plus de cent cinquante mille personnes, selon les organisateurs.

Par ailleurs, lors de la dixième édition, en 2010, les participants avaient exprimé leurs frustrations face à la difficulté de transformer leur réseau d’influence en un véritable contre-pouvoir planétaire, une question aujourd’hui toujours en suspens.

En choisissant pour la première fois une ville d’un pays du nord pour organiser l’événement, « nous essayons de donner un nouveau départ au mouvement », a expliqué à l’Agence France Presse (AFP) le coordonnateur du collectif du FSM, Raphaël Canet. « Les inégalités sociales sont partout, nous voulons dépasser l’opposition entre le nord et le sud et dire qu’il y a effectivement des problèmes mondiaux, mais qu’il y a aussi des pistes de solutions », dit-il.

Le FSM affirme avoir choisi Montréal en raison de la présence d’une société civile animée, mais aussi en tant que relais des mouvements ayant émergé ces dernières années comme le mouvement Occupy Wall Street, le mouvement des indignés ou le mouvement des Nuits Debout.

Une meilleure connexion avec ces groupes pourrait participer au renouvellement du FSM.

Les organisateurs y voient par ailleurs la possibilité d’impliquer d’avantage les mouvements nord-américains et de diversifier les origines des organisations portant le mouvement alter mondialiste, ainsi que de voir « comment la lutte peut être menée au nord ».

En quinze ans d’existence, le FSM s’est déroulé à quatre reprises à Porto Alegre. L’événement a aussi eu lieu au Mali, en Inde, au Pakistan, au Kenya, au Venezuela et deux fois en Tunisie.

Quel est le but du forum et qui le compose ?

Le FSM se veut un lieu d’échanges et de débat « visant à approfondir la réflexion d’instances et de mouvements de la société civile qui s’opposent au néo libéralisme ». A l’issue de la rencontre, aucune résolution finale n’est adoptée. Les différentes organisations participantes publient néanmoins des déclarations ou profitent de l’événement pour lancer des pétitions ou adresser des demandes précises à un gouvernement ou à une institution.

Le FSM est historiquement composé de mouvements écologistes, de mouvements féministes, de syndicats, de partis de gauche et de mouvements pacifistes, en partie issus du monde chrétien.

A Montréal, les participants pourront prendre part à plus d’un millier d’activités diverses, allant d’ateliers d’échanges solidaires à des conférences ou même des spectacles. Près de quatre vingt conférenciers ont été invités, des professeurs, des politiciens, des syndicalistes et également des militants alter mondialistes, comme la journaliste environnementaliste canadienne Naomi Klein, le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera ou le sociologue et philosophe français Edgar Morin.

Quels sont les combats du mouvement ?

Sécurité alimentaire, droits humains fondamentaux, lutte contre la pauvreté, rejet du libre-échange, justice climatique, droits des femmes ou encore création d’une taxe sur les transactions financières, les causes défendues par le FSM sont variées, à l’image des militants composant le mouvement.

Le premier rassemblement de Porto Alegre avait comme slogan « un autre monde est possible » et cinq principales revendications, l’annulation de la dette des pays les plus pauvres, la réforme des institutions financières internationales, la suppression des paradis fiscaux, la lutte contre la spéculation financière et la lutte pour de nouvelles règles du jeu pour le commerce international.

Les sujets évoqués lors des forums dépendent de l’actualité, mais aussi des enjeux propres au pays hôte. En 2003, les participants du rassemblement avaient multiplié les déclarations antimilitaristes contre la guerre, alors que les Etats-Unis s’apprêtaient à envahir l’Irak.

A Montréal, seront notamment abordées la question de l’auto détermination des peuples, la solidarité internationale et « les migrations et la citoyenneté sans frontières ».

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 14:09

Israël accuse le Hamas de détourner l'aide de l'Organisation des Nations Unies (ONU) à Gaza (Reuters)

Israël a une nouvelle fois accusé Mardi 9 Août 2016 le Hamas d'avoir détourné à son profit l'aide de l'ONU destinée aux civils palestiniens de la bande de Gaza.

Révélant l'arrestation au mois de juillet 2016 de Wahid Abdallah al Bourch, un ingénieur palestinien travaillant pour le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Shin Beth, le service de sécurité intérieur israélien, a déclaré que le suspect avait avoué avoir été recruté en 2014 pour aider le Hamas, le groupe qui dirige la bande de Gaza.

Parmi ses missions diverses effectuées pour le Hamas, l'ingénieur palestinien a aidé à construire une jetée maritime pour les combattants du groupe, « en utilisant les ressources du PNUD », dit un le communiqué du Shin Beth sans autre précision.

Walid Abdallah al Bourch, ajoute le Shin Beth, a également persuadé ses supérieurs de donner la priorité aux quartiers où vivent les dirigeants du Hamas en ce qui concerne les sommes allouées à la reconstruction de Gaza. L'enclave palestinienne a été dévastée par une guerre avec Israël il y a deux ans.

« Cette enquête prouve une fois encore la façon dont le Hamas exploite l'aide des groupes internationaux dans la bande de Gaza qui est prévue pour la population civile », déclare le Shin Bet, qui précise que Walid Abdallah al Bourch a été inculpé par la justice israélienne.

Dans un communiqué, le PNUD précise que l'accusé, un contractuel, a été interpellé par les autorités israéliennes le 3 juillet 2016 et se dit très préoccupé par les affirmations d'Israël. Le PNUD dit avoir « une tolérance zéro pour les infractions dans tous ses programmes et projets ».

Le PNUD précise que Walid Abdallah al Bourch a participé à son projet de déblaiement des décombres à Gaza et que les accusations israéliennes concernent trois cent tonnes environ du projet, lequel a permis de déblayer un million de tonnes de débris et près de deux mille huit cent obus non explosés.

La semaine dernière, un palestinien employé par l'association caritative américaine World Vision a été inculpé en Israël. Il est accusé d'avoir transmis des millions de dollars au Hamas à Gaza. Mohammed al Halabi nie les faits qui lui sont reprochés, de même que le Hamas. World Vision dit ne pas avoir encore vu les preuves étayant les allégations israéliennes.

Israël a informé le bureau du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, ainsi que le directeur du PNUD à New York de l'arrestation de Walid Abdallah al Bourch et du détail de son inculpation, a dit un porte-parole du ministère des affaires étrangères.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 13:38

http://tendanceclaire.org/breve.php?id=20086

Inquiétude sur le sort d'Abdullah Öcalan

Communiqué du Conseil Démocratique Kurde en France (CDKF)

Samedi 13 Août 2016

Vives préoccupations quant à la situation du leader kurde Abdullah Öcalan détenu en isolement total

Menaces pour la sécurité d'Abdullah Öcalan dans le contexte de tentative de putsch et de répression après la tentative de putsch en Turquie

La tentative échouée de coup d'état du Vendredi 15 Juillet 2016 a conduit à une légitimation accrue des politiques antidémocratiques et liberticides du pouvoir turc, en particulier à l’encontre des kurdes.

La Turquie a en réalité connu un coup d'état, réussi celui-ci, il y a un an, lorsque le président turc Recep Tayyip Erdogan a rejeté les résultats des élections législatives du 7 juin 2015, brutalement interrompu le processus de paix avec le mouvement kurde et semé la terreur dans tout le pays et en particulier au Kurdistan, ce qui a finalement permis à son parti, le parti de la justice et du développement (AKP), de remporter par la peur les élections anticipées du premier novembre 2015. Plusieurs villes kurdes ont été détruites par les bombes de l’armée turque, des centaines de civils ont été exécutés et de nombreux maires et élus locaux ont été destitués et emprisonnés. Et, en dernier lieu, l’immunité parlementaire des députés kurdes a été levée.

Ce sont ces atrocités et ces politiques anti-démocratiques imposées par l’AKP en Turquie et au Kurdistan qui ont préparé le terrain pour la tentative de coup d'état du Vendredi 15 Juillet 2016.

Si les résultats des élections législatives du 7 Juin 2015 avaient été respectés et si le processus de paix n’avait pas été interrompu, il n’y aurait pas eu de tentative de coup d'état. L’impasse de la question kurde et le déficit démocratique en Turquie ont toujours entraîné des coups d'état.

La tentative de putsch et le mécanisme répressif contre le coup d'état déclenché par Recep Tayyip Erdoğan suscitent de fortes préoccupations quant à la situation du leader kurde Abdullah Öcalan dont on n’a plus aucune nouvelle depuis le mois d'avril 2015. Avant cette date, à l’occasion de ses rencontres avec ses avocats, les représentants de l'état turc ou les délégations de députés du parti démocratique des peuples (HDP), Abdullah Öcalan avait à plusieurs reprises souligné le risque d’un coup d'état et les conséquences qui pourraient en découler pour sa sécurité.

C’est pourquoi le peuple kurde exprime les plus vives inquiétudes quant à l’état de santé d’Abdullah Öcalan qui est considéré par des millions de kurdes comme le principal représentant de leur volonté. Il est urgent et indispensable que les autorités turques permettent aux avocats du leader kurde ainsi qu’à la délégation du HDP de se rendre sur l’île-prison d’Imrali.

La Turquie traverse une phase cruciale dans laquelle la politique adoptée vis-à-vis de la question kurde sera déterminante pour l’avenir de ce pays.

Nous appelons toutes les instances internationales compétentes et toutes les personnes responsables, sensibles et susceptibles d’être influentes, à agir pour faire cesser l’isolement d’Abdullah Öcalan et à faire pression sur la Turquie pour la reprise des pourparlers de paix.

La solution à la question kurde et la démocratisation de la Turquie passent par la libération d’Abdullah Öcalan qui est un acteur incontournable dans les relations entre l'état turc et le mouvement kurde.

Une pétition lancée il y a quelques années pour demander sa libération a recueilli au moins dix millions de signatures. Aujourd’hui, partout au Kurdistan, en Turquie et dans le monde, les kurdes manifestent massivement pour dénoncer son isolement et demander sa libération.

Nous appelons les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et toutes les personnes attachées à la démocratie et au respect des droits humains à soutenir et relayer les revendications du peuple kurde

Halte à l'isolement, libération d'Abdullah Ocalan

Nous vous invitons à rejoindre la campagne « liberté pour Abdullah Öcalan » initiée par des syndicats anglais en signant la pétition en ligne disponible si vous consultez le site www.freedomforocalan.org

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 19:06

https://nuitdebout.fr/blog/2016/08/11/aide-aux-exiles-comment-faire

Aide aux exilés, comment faire

Un bref retour sur la situation à Paris

Jeudi 11 Août 2016

Des assauts quotidiens à Jaurès, rue de Flandre et à Stalingrad

Depuis plusieurs semaines, la répression policière, et plus particulièrement en quelques points clairement identifiés à Paris, a pris des proportions et un rythme sans précédents. Les autorités, à défaut de s’accorder sur des solutions de relogement, toujours reportées, semblent ne plus vouloir voir la misère sur les trottoirs parisiens. Ce sont tous les jours des dizaines, sinon des centaines de personnes en extrême détresse qui sont raflées, pour employer le terme que tous s’accordent à utiliser, conduites sans ménagement dans les commissariats, leurs affaires le plus souvent jetées dans le canal, les camps détruits et les familles parfois dispersées, rendant leur angoisse plus grande encore.

Associations, militants, avocats et le tribunal administratif, voire les pouvoirs publics eux-mêmes, sont dépassés par une politique qui ne mène à rien, ajoute de la misère et de l’incompréhension au désordre.

Une absence notable d’information dans les médias

Pas vu à la télévision, manifestations interdites, migrants et leurs soutiens nassés, violence quotidienne et expulsions abjectes, il est des aspects du maintien de l’ordre qui ne semblent pas avoir trouvé grâce aux yeux des médias. Il est de notre responsabilité à tous de ne pas fermer les yeux, de remonter ces informations et d’être les relais vigilants quand nul canal médiatique institutionnel n’a fait de ces traitements inhumains une raison suffisante de mobiliser ses moyens d’informer le plus grand nombre. Qui peut imaginer que des images quotidiennes et des débats répétés n’auraient aucune influence sur de telles politiques ?

Une répression constante, y compris des associatifs et militants

Toujours plus loin, cette semaine, ce sont les militants et les associatifs eux-mêmes qui ont été arrêtés et conduits en garde à vue. Et quand ceci ne finit pas en arrestation, ils subissent un harcèlement quotidien permanent des forces de l’ordre, police, gendarmerie et Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS). Peut-on admettre que tout soit mis en oeuvre pour que nul ne vienne en aide aux migrants sans logis ? Nous ne l’admettons pas et mettons la défense des droits humains au cœur de nos engagements.

Comment aider dans l’immédiat ?

Il est urgent d’écouter, d’apprendre et d’agir sans candeur, les personnes présentes auprès des migrants vous le diront toutes, les bonnes volontés ne suffisent pas et peuvent conduire à faire prendre davantage de risques aux familles, et pas seulement, déjà exposées au pire.

Rapprochez-vous des militants présents. Appuyez-vous sur ceux qui ont l’expérience de cette aide au plus démunis, plus qu’une addition d’initiatives nouvelles, c’est une concertation plus efficace qu’il est impératif de mettre en oeuvre. Relevons-nous les manches. Ceux qui luttent depuis des semaines, des mois et des années, sont parfois épuisés et ont besoin de forces vives, bienveillantes et attentives.

Identifiez et relayez les bonnes pratiques. Lors d’une interpellation, les migrants doivent absolument dire tout de suite, dès l’arrivée au commissariat que « je suis un réfugié politique, je demande l’asile ». Ils doivent demander à voir un médecin et à être accompagné d’un avocat ainsi que d’un interprète.

Pour ce dernier, plus la langue est rare et plus il est difficile à trouver, ce qui, en cas de placement en Centre de Rétention Administrative, et si cette demande à bien été notifiée dans le procès verbal, peut conduire le Juge des Libertés et de la Détention à ordonner la sortie immédiate pour vice de forme.

Des juristes et des avocats spécialisés en droit des étrangers ont conçu le pass, un formulaire destiné à aider les exilés en cas d’arrestation.

Pour retrouver le formulaire à imprimer et à remplir, et la notice à consulter pour bien utiliser l’utiliser, et pour en savoir davantage sur le pass, consultez l’article qui y est consacré sur le blog de Droit des Étrangers

N’hésitez pas à imprimer le pass pour le distribuer sur place

Si vous en avez la possibilité, n’hésitez pas à le traduire, en particulier dans les langues les plus fréquentes chez les exilés.

Et après, à l’échelle locale, il est fortement recommandé de se fédérer en comités locaux au besoin, en vous rapprochant des associations ou des Nuits Debout locales. Le soutien aux migrants doit se faire tout au long de leur parcours. Beaucoup de problèmes surviennent dans les centres d’hébergements, dans les suivis juridiques et des parcours de santé, quand ils n’ont pas des problèmes de nourriture ou d’insécurité, en particulier les femmes et familles isolées dans des hôtels. Ce soutien ne peut pas se faire que sur les campements, les dysfonctionnements sont partout.

Il est fortement d’interpeller vos élus. Il y a ici de la part des pouvoirs publics une dramatique logique d’invisibilisation. Eviter les campements, pour les autorités, c’est éviter que l’échec de leurs dispositifs ne soient trop visibles. Une fois placés dans des centres dédiés, une forme encore plus sournoise d’isolement peut subvenir, qui renforce cette logique d’invisibilisation. Certains centres ne permettent aucun accès à des tiers.

Ceci sans même parler de l’éparpillement, conscient ou non, des femmes isolées et des familles. Combattre cette invisibilisation, c’est aussi construire un rapport de force afin de rendre visible la situation indigne d’accueil des exilés en France et particulièrement à Paris.

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 18:11

https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/aug/11/trotskyists-on-the-march-chaos-ahead?CMP=share_btn_fb

Les trotskystes sont là, le chaos arrive

Par John Harris

Jeudi 11 Août 2016

Tom Watson met en garde contre la nouvelle infiltration de l’extrême gauche à l’intérieur du parti travailliste. Je sais par expérience personnelle la perturbation qu'ils vont causer.

Il y a un peu plus de vingt ans, je me suis rendu sur le lieu de l'assassinat de Léon Trotsky.

J'étais en vacances à Mexico, un voyage à son ancienne maison dans la banlieue de Coyoacán semblait à peu près obligatoire. Pratiquement rien n’avait changé, le bureau, laissé pratiquement dans l’état dans lequel il était quand l'agent stalinien Ramon Mercader a plongé le piolet infâme dans sa tête, les hauts murs, le tour de guet et la tombe, avec un énorme marteau et une faucille.

J'ai été intrigué d'apprendre que, pendant un certain temps, Trotsky avait pris l'habitude de fréquenter la maison voisine de l'artiste Frida Kahlo, heureux aussi d'apprendre que, après que le pic à glace ait fait son travail, il avait réussi à combattre son agresseur et permettre son arrestation. J'ai même acheté un T-shirt. Mais ce qui m'a frappé le plus était l'air du lieu de déclin poussiéreux et le sentiment que l'héritage de Trotsky était maintenant presque terminé.

Mais maintenant, regardez, soixante seize ans après sa mort, le pseudonyme de Lev Bronstein est à la première page du Guardian. Le leader des députés d’un parti qui a été récemment dans le gouvernement met en garde contre les entristes trotskystes. Tom Watson, en effet, a écrit à Jeremy Corbyn pour dénoncer les déclarations des soutiens du leader relatives aux théories du complot et citant des preuves que, parmi la grande vague de nouveaux supporters de Jeremy Corbyn, il y a des trotskystes du Socialist Party et de l’Alliance for Worker’s Liberty qui, dit-il, utilisent des tactiques essayées dans les années 1980 et s’organisent à l’intérieur du parti pour accroître leur influence.

Reconnaissons que, même si les personnes dont parle Tom Watson sont peu nombreuses, leur présence est bien réelle. J’en ai rencontré quelques unes, participant avec enthousiasme aux meetings de Jeremy Corbyn et parlant avec de vieux militants du parti travailliste complètement séduits par leur slogans. Et pour dire une chose absolument claire, la consternation au sujet de leur présence est limitée aux adversaires de l'actuel leader. Tom Watson dit qu'entre les vieux et les jeunes trotskystes, les membres de Momentum, le groupe des jeunes supporters de Jérémy Corbyn bien intentionnés, « il y a quelques vieilles mains tordant de jeunes bras ». Cela peut être ou ne pas être vrai, mais il y a beaucoup de personnes de Momentum qui n’ont rien à voir avec ces agitateurs aguerris, encore une fois, je leur ai parlé, et avec de bonnes raisons.

Les jeunes lecteurs peuvent se demander ce que tout cela veut dire. La réponse implique quatre vingt ans d’une histoire déconcertante de groupes dissidents et de cliques, de l’International Marxist Group, du Workers Revolutionary Party, du Socialist Workers Party et de la Revolutionary Socialist League. Nous n’avons pas d'espace pour les énumérer tous ici et cela n’interesse pas beaucoup de personnes.

Disons que beaucoup de l'agitation actuelle remonte à Militant, la tendance Militant, qui existait d’abord dans le Merseyside et dont les militants ont commencé à rejoindre le parti travailliste au début des années 1960. Une vingtaine d'années plus tard, encouragés par le fait que de nombreuses sections locales du parti travailliste étaient moribondes, qu’elles étaient repliées sur elles mêmes et que certaines personnes voulaient une politique beaucoup plus énergique, ils avaient beaucoup de choses pour eux, leur propre journal, une organisation clandestine à l'intérieur du parti travailliste et deux députés, ainsi que le contrôle du conseil de la ville de Liverpool, dont le plus important porte parole était le légendaire Derek Hatton, un homme qui a fini par être impliqué dans la grande activité prolétarienne du développement de la propriété. On appelait tout cela l’entrisme, qui remonte à l'une des tactiques de Trotsky dans les années 1930, par laquelle il a exhorté ses partisans en France à cesser leurs activités comme une unité politique distincte et à entrer dans le parti socialiste traditionnel.

La pratique de la politique trotskyste a longtemps été construite autour de l'idée des revendications transitoires, une manœuvre plutôt cynique dans laquelle on encourage les gens à s’agiter pour ceci ou cela, une augmentation énorme du salaire minimum, peut-être, ou la fin de tous les contrôles de l'immigration, sachant très bien que c’est impossible dans l'ordre actuel des choses mais que, lorsque l'impossibilité devient apparente, les travailleurs se réveillent. En d'autres termes, les masses vont se mobiliser à propos de quelque chose que vous savez qu’elles n’auront pas, alors que vous êtes assis tranquillement en espérant que, si tout se passe bien, une autre fissure apparaîtra dans le grand édifice bourgeois. Pour les non trotskystes, ce que ce genre de jeu implique est évident, comme conséquence de l'entrisme ci-dessus, cela signifie que vous ne savez jamais à qui vous avez affaire.

Je connais bien cette situation. En 1986, j’avais des passions socialistes qui venaient de musiciens tels que Billy Bragg et Paul Weller et j’ai participé à la fondation d’une section de jeunesse du parti travailliste dans le foyer socialiste bien connu de Tatton, alors représenté par le député Neil Hamilton, et qui est devenue la maison adoptive de George Osborne. Mais les Labour Party Young Socialists, comme ils s’appelaient alors, ont ensuite été contrôlés par Militant et bientôt quelques-uns de leurs militants ont surgi dans la circonscription, gagnant rapidement le contrôle de la section et les deux sièges du comité de direction générale de la section. Dieu sait ce qu'ils pensaient, aujourd'hui Wilmslow, Knutsford et Northwich, demain le monde ?

Ce qui m’est arrivé à ce moment là était sinistre, à plusieurs reprises, j’ai été accusé de « ne pas connaître mon histoire », c’est vrai, j'avais seize ans, cela provoquait un mélange de comportement désagréable et d’arrière-pensées et un soir je suis rentré d'une réunion en fondant en larmes. Après une dernière tentative de militantisme dans une circonscription voisine où Militant n’était apparemment pas actif, je passais dans le parti travailliste la meilleure partie de mes quinze ans.

Telle était une très petite manifestation d'une phase brève mais sombre de l'histoire du parti travailliste. Mais ce qui est encore pertinent, c’est le fait que, bien que la direction du parti ait exclu Militant, qui réapparaîtra sous le nom de Socialist Party, parmi les gens qui se sont opposés à son exclusion, il y avait Jeremy Corbyn.

Les détails sont dans une édition récente d’un livre de Michael Crick. Quand les expulsions ont commencé, Jeremy Corbyn a écrit un message de solidarité de sa tendance de la gauche travailliste, « si les expulsions sont à l’ordre du jour pour Militant, elles devraient s’appliquer à nous aussi », et il a même été le « coordonnateur provisoire » de quelque chose qui s’est appelé la défaite de la campagne de chasse aux sorcières. Sa position reflétait la position de son gourou Tony Benn, qui défendait la vieille maxime, « nous n’avons pas d'ennemis à gauche ».

Au-delà de la position officielle selon laquelle le Socialist Party reste une « organisation interdite », le fait que le leader du parti travailliste croit encore à ces choses est plutôt clair, nous pourrions bientôt le voir, je suppose.

Il y a quelque chose de noble dans le fait que les trotskystes sont toujours là. Ils peuvent même avoir eu leur propre processus de New Labour, c'est-à-dire de révision et de réforme, les militants que je connaissais m’ont toujours assuré que leur plan révolutionnaire était basé sur rien de moins que la nationalisation des deux cent plus grandes entreprises mais, quand je consulte le site internet du Socialist Party, je vois que cela a maintenant été réduit à cent cinquante entreprises.

Mis à part tout cela, le fondateur de Militant Peter Taaffe estime que, non seulement il a une bonne chance d’être bientôt réadmis dans le parti qui l’a exclut il y a de nombreuses années mais, quand il parle de l’insurrection de Jeremy Corbyn, il écrit que « la lave de la révolution est encore chaude » et que les adversaires du nouveau leader « n’arrêteront pas les vents de l’histoire qui soufflent en ce moment ». Il est maintenant devenu un partisan de Jeremy Corbyn, ou peut être simplement un partisan « transitoire ». C’est le problème à propos des trotskystes, on ne sait jamais.

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 16:45

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/08/12/la-lutte-pour-le-controle-du-labour-sombre-dans-les-reglements-de-compte_4981645_3214.html

La lutte pour le contrôle du Labour sombre dans les règlements de compte

Par Eric Albert, envoyé spécial du Monde à Newcastle

Jude Grant regarde par-dessus son épaule et baisse la voix. Dans l’élection primaire pour la direction du parti travailliste, elle, simple membre du parti travailliste depuis vingt ans, soutient Owen Smith, l’un des deux candidats. Mais, Jeudi 11 Août 2016, assise au milieu d’une salle à Newcastle acquise à la cause de Jeremy Corbyn, le leader sortant, elle préfère ne pas le dire trop fort.

Dans quelques minutes, les deux hommes vont s’affronter dans un débat qui sera tendu, acrimonieux. « Le parti travailliste est dans un état catastrophique », explique Jude Grant.

« L’équipe dirigée par Jeremy Corbyn n’a aucune chance d’arriver au pouvoir. Ses supporters sont des gens qui se parlent entre eux. Ils ne touchent absolument pas le reste de la population. Le fait que je ne me sente pas à l’aise au milieu de cette foule, qui m’intimide, en dit long sur les tensions qui règnent », ajoute-t-elle.

De fait, la bataille pour la direction du parti travailliste est en train de dégénérer en luttes intestines, dans une ambiance délétère. Jeremy Corbyn, élu à la surprise générale au mois de septembre 2015, fait face aux instances dirigeantes de son propre parti.

Motion de défiance des députés contre Jeremy Corbyn

Accusé d’avoir soutenu trop mollement le maintien du Royaume-Uni de Grande Bretagne dans l’Union Européenne lors de la campagne pour le référendum du Jeudi 23 Juin 2016, il est considéré comme partiellement responsable du Brexit. Les trois quarts des députés du parti ont voté une motion de défiance contre lui, ce qui a finalement forcé la remise en cause de son mandat.

Il fait aujourd’hui face à Owen Smith, un député gallois de quarante six ans, qui était presque inconnu il y a deux mois.

Depuis, incapables de s’entendre, le leader sortant et le National Executive Committee (NEC) du parti travailliste se disputent sur tout. Et pour régler leurs différends sur les règles de l’élection primaire, ils sont obligés d’avoir recours aux tribunaux. Le NEC voulait limiter le corps électoral à ceux qui sont adhérents depuis au moins six mois, excluant ainsi cent trente mille nouveaux membres considérés comme favorables à Jeremy Corbyn. Ce dernier a porté l’affaire devant la justice, qui lui a donné raison en première instance. Mais le NEC a fait appel, et le verdict devait être rendu Vendredi 12 Août 2016.

Entre Jeremy Corbyn et Owen Smith, les couteaux sont tirés. « Tu n’es pas capable de nous faire revenir au pouvoir », a martelé, Jeudi 11 Août 2016, le challenger. « Tu n’es pas capable de tenir ensemble la coalition que représente le parti travailliste ».

Nouvelles recrues

L’argument ne concerne pas tant la substance, Owen Smith se décrit comme socialiste, tout comme son opposant, que la question de l’éligibilité de Jeremy Corbyn. « Il faut être honnête. Nous sommes très loin derrière dans les sondages, autour de vingt huit pour cent, contre quarante pour cent aux conservateurs, notre popularité est catastrophique. Je n’ai pas moins de principes que Jeremy Corbyn, mais nous devons reprendre le pouvoir, sinon, nous ne pourrons pas mettre en pratique nos idées ».

Jeremy Corbyn réplique que les problèmes de popularité actuels viennent des coups portés contre lui par la machine du parti. Il en veut à Owen Smith d’avoir quitté le cabinet fantôme. « Si tu veux te battre contre les conservateurs, pourquoi as-tu démissionné », a-t-il lancé, sous les applaudissements nourris de la foule. « Nous sommes une force formidable si nous sommes ensemble ».

Surtout, Jeremy Corbyn possède un atout maître, une foule qui l’acclame partout où il passe.

Les nouvelles recrues affluent par milliers. Le parti travailliste compte aujourd’hui cinq cent quinze mille membres, trois cent mille de plus qu’après la défaite aux élections législatives du mois de mai 2015. Un tel engouement est historique. Au pic de la popularité de Tony Blair, en 1997, le parti travailliste ne comptait que quatre cent cinq mille adhérents.

A Newcastle, plusieurs dizaines de supporters attendaient leur héros à l’extérieur de l’hôtel où se déroulait le débat, tandis qu’Owen Smith est entré en catimini par une porte dérobée, dans l’indifférence générale.

« J’admire la décence, l’intégrité de Jeremy Corbyn », explique Tony Pierre, un infirmier psychiatrique pour enfants, qui a adhéré au parti travailliste il y a dix mois. « C’est un vrai socialiste. Pour la première fois, j’ai l’impression que quelqu’un exprime vraiment mon opinion ».

Infiltration trotskiste

Cet engouement fait de Jeremy Corbyn le grand favori de l’élection primaire, dont le résultat sera connu le 24 septembre 2016. Le problème est que cette foule, composée en particulier de vieux militants radicaux et de jeunes étudiants, ne touche pas nécessairement l’électorat populaire traditionnel du parti travailliste. « Le problème n’est pas le T-shirt qu’on porte ou le badge qu’on arbore, mais le pouvoir », a tancé Owen Smith, sous les huées.

Tom Watson, le numéro deux du parti, met en doute la réalité du mouvement populaire. Il estime que la base travailliste est progressivement infiltrée par des trotskistes, avec l’approbation tacite de Jeremy Corbyn. Il soupçonne particulièrement les activistes de Militant, un groupe exclu du parti travailliste dans les années 1980, de chercher à revenir dans la course.

Devant l’hôtel de Newcastle où se tenait le débat, plusieurs membres du groupe, désormais rebaptisé Socialist Party, étaient effectivement présents, tenant des panneaux de soutien. Mais ils réfutent toute tentative de noyautage.

« Pour l’instant, je ne peux pas devenir adhérent du parti travailliste parce que je n’ai pas le droit d’être dans les deux partis à la fois, mais je soutiens Jeremy Corbyn et j’espère que, à terme, nous pourrons devenir affiliés », explique Norman Hall, qui avait été exclu du parti travailliste en 1982. A la sortie du débat, Michael Mordey, un élu local qui hésite encore entre les deux candidats, se tenait la tête dans les mains. « Il y a un vrai risque que le parti se scinde en deux », assure-t-il.

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 14:22

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/08/11/fethullah-gulen-si-les-accusations-dirigees-contre-moi-sont-etablies-je-m-engage-a-retourner-en-turquie_4981128_3232.html

Je demande une enquête internationale sur le putsch raté en Turquie

Accusé par le président turc Recep Tayyip Erdogan d'être l'instigateur de la tentative de coup d'état du Vendredi 15 Juillet 2016, le fondateur du mouvement Hizmet annonce qu'il se pliera aux conclusions d'une commission internationale indépendante et il dénonce une dérive autoritaire du pouvoir turc.

Par Fethullah Gülen, prédicateur et fondateur du mouvement turc Hizmet.

Vendredi 12 Août 2016

Le soir du Vendredi 15 Juillet 2016, la Turquie a connu la plus grande catastrophe de son histoire récente, le pire acte terroriste perpétré sur son sol. Le peuple, qui pensait que l’ère des interventions militaires était définitivement close, a pris son courage à deux mains et s’est dressé contre la rébellion pour sauvegarder la démocratie. J’ai moi-même condamné dans les termes les plus fermes la tentative de coup d'état.

Malheureusement, vingt minutes à peine après le soulèvement, et alors que les têtes du coup de force n’étaient pas encore identifiées, le président turc Recep Tayyip Erdogan m’a désigné comme le responsable.

La célérité avec laquelle le coupable a été annoncé, alors même qu’aucun détail ni aucune motivation n’avaient pu être encore trouvés, suscite des interrogations. L’accusation ne pouvait pas tomber plus mal pour quelqu’un comme moi, qui ai été victime de tous les coups d'état depuis cinquante ans. Je rejette catégoriquement toutes les accusations qui sont portées contre moi.

Depuis dix-sept ans, je vis reclus dans un petit village aux Etats-Unis. Prétendre que j’ai pu, à dix mille kilomètres de distance, pousser l’armée à mener un putsch contre son gouvernement est une diffamation.

D’ailleurs, l’accusation n’a pas été prise au sérieux par l’opinion mondiale. En revanche, si des militaires qui se disent sympathisants du Hizmet ont trempé dans cette conjuration, je le dis sans aucun état d’âme, ce sont des félons qui ont ébranlé l’unité et l’intégrité du pays, des individus qui ont trahi mon idéal et qui ont fait des centaines de milliers de victimes.

Un procès équitable

Si d’aucuns ont été sous l’influence du penchant interventionniste de l’armée et ont préféré piétiner les valeurs du Hizmet au nom de ce réflexe, ce que je ne pense pas, leurs fautes ne peuvent être imputées à tous les sympathisants du mouvement. Que dieu les punisse.

Personne, ni moi ni un autre, n’est au-dessus du droit. Je souhaite que tous les coupables, quelle que soit leur affiliation, soient condamnés aux peines qu’ils méritent dans le cadre d’un procès équitable.

Mais, depuis le mois d'octobre 2014, le système judiciaire est sous la tutelle du pouvoir. La probabilité d’obtenir un procès équitable est donc quasi nulle. C’est la raison pour laquelle j’ai appelé à la création d’une commission internationale et annoncé que j’accepterais ses conclusions.

Malheureusement, le pouvoir a préféré incriminer et punir collectivement les centaines de milliers de sympathisants du Hizmet. Des sympathisants qui, depuis cinquante ans, n’ont pas été associés une seule fois à des actes de violence.

Malgré la chasse aux sorcières, pour reprendre l’expression que Recep Tayyip Erdogan a lui-même employée, il ne leur est pas venu à l’idée de manifester pacifiquement dans la rue et d’affronter les forces de l’ordre. Face aux discours de haine et à la répression féroce, ils n’ont fait que recourir au droit et tenter, de manière légitime, de s’opposer aux dérives du régime.

Discours de haine

Depuis trois ans, tout l’appareil d'état est mobilisé pour dénicher ce que Recep Tayyip Erdogan appelle la structure parallèle à la tête de laquelle je me trouverais. Au mois de décembre 2013, lorsque des affaires de corruption avaient éclaté au grand jour, le pouvoir avait déjà parlé d’un coup d'état. Depuis, quatre mille personnes ont été arrêtées, des dizaines de milliers d’autres ont perdu leur emploi et des centaines d’entreprises et d’associations ont été confisquées.

Résultat, aucune preuve n’a été trouvée. Celui qui, au mois de mai 2013, voyait la perspective de me rencontrer comme une bénédiction du ciel en est arrivé à employer un discours de haine et à traiter les sympathisants du mouvement de « vampires, sangsues et membres de la secte des assassins ».

L’offensive a pris une ampleur insupportable depuis la tentative de coup d'état. Le pouvoir turc s’est lancé dans une surenchère verbale, usant et abusant d’un vocabulaire biologique pour me dénigrer et stigmatiser les personnes qui se sentent proches de mon idéal.

Nous serions des virus et des cellules cancéreuses qu’il faudrait éradiquer.

Toute une rhétorique de déshumanisation a été mise sur pied contre des centaines de milliers de personnes qui ont soutenu les structures et associations créées avec l’encouragement du Hizmet.

Un régime civil autocratique

Les biens sont confisqués, les comptes sont bloqués et les passeports sont annulés. Victimes d’une chasse aux sorcières, des centaines de milliers d’individus vivent un véritable drame humanitaire. Près de quatre vingt dix mille personnes ont perdu leur emploi, vingt et un mille professeurs se sont vu retirer leur autorisation d’enseigner.

Que souhaite le gouvernement ? Affamer ces gens qui ne peuvent plus exercer leur métier et qui sont frappés d’une interdiction de sortie du territoire ? Quelle est alors la différence avec les mesures pré génocidaires de l’histoire européenne ?

J’ai vécu tous les putschs que la Turquie a connus. J’ai été emprisonné après l’intervention du 12 mars 1971. J’ai fait l’objet d’un mandat d’arrêt et j’ai vécu dans la clandestinité pendant six ans après le putsch du 12 septembre 1980. J’ai été accusé « d'entreprise terroriste individuelle » après le coup d’Etat du 28 février 1997 et la peine de mort a été requise contre moi. Mais j’ai été blanchi par la justice dans tous ces procès. Bref, harcelé hier par des régimes militaires autoritaires, je le suis aujourd’hui par un régime civil autocratique.

Par le passé, j’ai entretenu une amitié aussi bien avec le libéral Turgut Özal, premier ministre de 1983 à 1989 et président de la république de 1989 à 1993, qu’avec le conservateur Süleyman Demirel, président de la république de 1993 à 2000, et même le social-démocrate Bülent Ecevit, premier ministre de 1999 à 2002.

J’ai apporté mon soutien à toutes leurs politiques. Ils m’ont toujours porté une estime du fait de l’importance qu’accordait le Hizmet à l’éducation et à la paix sociale. Bien que j’aie toujours été réservé vis-à-vis de l’islam politique, j’ai également soutenu Recep Tayyip Erdogan et le parti de la justice et du développement (AKP) dans les débuts, lorsque de grandes réformes démocratiques ont été lancées.

Propagande sans pareil

Je me suis opposé toute ma vie aux interventions militaires. Lorsque j’ai déclaré, il y a vingt-deux ans, que la démocratie et la laïcité n’étaient pas négociables, j’ai été abondamment critiqué par les partisans de l’islam politique proches du pouvoir.

Je reste fidèle à cette position. Plus de soixante dix livres qui regroupent mes prêches et mes écrits depuis quarante ans peuvent être consultés. On n’y trouvera aucune référence aux coups d'état. Au contraire, on verra que je me suis employé à défendre les valeurs humaines universelles qui constituent le fondement de la démocratie.

Malheureusement, dans un contexte où la presse d’opposition a été soit interdite soit domestiquée, une grande partie du peuple turc, soumis à une propagande sans pareil, a été convaincue que j’étais derrière la tentative de coup d'état. Or, ceux qui, à l’étranger, ont l’occasion d’avoir une approche plus objective, ne voient qu’une chose, une chasse aux sorcières destinée à renforcer le régime.

Ce qui importe, ce n’est pas ce que pense la majorité, c’est la vérité qui sortira d’un procès équitable. Cette tentative de coup d'état est l’occasion pour le pouvoir turc de prouver toutes les allégations qui sont dirigées contre moi. Mais, depuis le mois d'octobre 2014, avec la mainmise du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire, nous n’avons plus les moyens de nous défendre pour clamer notre innocence. Or, confrontés à de telles accusations, les sympathisants du Hizmet et moi-même devrions avoir le droit de nous défendre.

Je lance un appel au pouvoir turc et je lui promets une collaboration totale. Je demande qu’une commission internationale indépendante mène les investigations sur cette tentative de coup d'état. Si le dixième des accusations dirigées contre moi sont établies, je m’engage à retourner en Turquie et à subir la peine la plus lourde.

Bien que des centaines de gouvernements, d’agences de renseignement, d’universitaires et d’associations de la société civile du monde entier suivent le mouvement depuis plus de vingt-cinq ans, aucune illégalité n’a été jusqu’alors établie.

Aucune preuve

La principale particularité du Hizmet est de ne pas prétendre au pouvoir. Il se focalise sur les problèmes sociaux qui menacent l’avenir des peuples.

Dans un contexte où l’islam est devenu synonyme de terreur, il veut faire émerger des générations bien éduquées et ouvertes au dialogue, qui contribuent activement au bien de la communauté. Ceux qui partagent mon idéal ont enjambé les continents et ouvert des écoles, des hôpitaux et des associations humanitaires dans cent soixante pays.

En France et dans les pays francophones, j’ai encouragé les membres du Hizmet à lutter contre les groupes radicaux et à épauler les autorités politiques dans ce combat. Je n’ai voulu qu’une seule chose, que les musulmans deviennent des individus dotés d’une libre volonté, qu’ils soient synonymes de paix et qu’ils ne soient pas vus comme des gens qui causent des problèmes. Au prix de nombreuses menaces, j’ai condamné les groupes comme al Qaida et l’organisation Etat Islamique, qui salissent l’islam par leurs actes terroristes.

Et c’est à ces ambassadeurs de la paix que le gouvernement turc a imputé la tentative de putsch. Il est allé jusqu’à les dénoncer et demander l’interdiction de leurs écoles dans le monde entier. J’appelle ces gouvernements à ignorer ces accusations sans fondement et à rejeter ces requêtes irrationnelles.

Car les structures que le pouvoir a fermées en Turquie sont des écoles, des hôpitaux et des associations humanitaires. Les dizaines de milliers de personnes qui ont été placées en garde à vue sont des enseignants, des entrepreneurs, des médecins, des universitaires et des journalistes.

Aucune preuve n’a été trouvée pour accuser ces dizaines de milliers d’individus d’apologie de coup d'état ou d’un quelconque acte de violence.

Intimider la société civile

Je ne comprends pas le lien qu’il peut y avoir entre un coup d'état et le fait d’incendier un centre culturel en France, de prendre en otage les membres de la famille quand on ne trouve pas la personne recherchée, de placer en garde à vue des journalistes âgés et malades, de fermer trente-cinq hôpitaux et une Organisation Non Gouvernementale (ONG) et d’évincer tous les doyens de facultés. Il faut ajouter à cela, le rapport d’Amnesty International qui évoque des cas de torture.

Le pouvoir turc, sous des dehors de lutte contre le Hizmet, essaie d’évincer tous ceux qui refusent de lui prêter allégeance et d’intimider la société civile qui oserait protester.

La date du Vendredi 15 Juillet 2016 correspond, sans conteste, à un événement historique, car elle symbolise la résistance du peuple contre une intervention antidémocratique dirigée contre un gouvernement sorti des urnes.

Mais l’échec du coup d'état n’est pas suffisant pour parler d’une victoire de la démocratie. Ni la domination de la minorité, ni celle de la majorité, ni l’autoritarisme élu, ne représentent la vraie démocratie. Celle-ci n’existe pas sans l'état de droit, la séparation des pouvoirs, la liberté d’expression et les droits fondamentaux.

Si la Turquie veut prospérer, elle n’a qu’une seule solution, l’approfondissement de la culture démocratique et de la conception étatique fondée sur le mérite. Ni un coup d'état ni un régime civil autocratique ne représentent un remède. La réelle victoire pour la Turquie passera par la restauration de ces valeurs fondamentales.

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