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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 15:44

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/olivier-le-cour-grandmaison/290311/immigration-sarkozysme-et-republique-breves-remarques

 

Immigration, «sarkozysme» et République : brèves remarques

 

Olivier Le Cour Grandmaison.

 

Pendant que sur la scène internationale, Nicolas Sarkozy cherche à redorer son petit blason terni par une impopularité record, et à revêtir enfin l'insaisissable costume présidentiel supposé lui permettre de regagner la confiance des Français –encore une histoire de batracien qui aurait fait la joie du regretté Jean de La Fontaine–, son très à droite bras droit, Claude Guéant, s'active sur le front intérieur pour montrer que la traque des «clandestins» ne faiblit pas. A la suite de l'arrivée de nombreux Tunisiens sur l'île de Lampedusa, il s'est précipité à la frontière franco-italienne pour s'assurer de l'efficacité du dispositif policier.

 

Quarante-huit heures avant le premier tour des cantonales, le même hantait la gare de Lyon à Paris pour vanter les mérites de la politique d'immigration impulsée par son mentor depuis 2007, et annoncer fièrement l'augmentation des effectifs des forces de l'ordre affectés à la surveillance de certains lieux jugés sensibles. Quelques jours plus tard, poursuivant la mise en œuvre du plan quinquennal d'expulsions établi par le gouvernement, il fixait ces dernières à vingt huit mille pour l'année en cours.

 

Conséquences pratiques : le préfet des Alpes-Maritimes, qui se distingue par un activisme exemplaire, entend multiplier par cinq les interpellations d'étrangers en les portant à six mille deux cent pour parvenir à mille quatre cent vingt «éloignements». Ce Stakhanov des «obligations de quitter le territoire français» devrait être décoré; il a bien mérité de la Sarkozye reconnaissante. Dans la capitale, des fonctionnaires de police contrôlent au faciès les voyageurs venus en train de Nice et de Marseille, comme l'a révélé Le Canard enchaîné sur la base de témoignages précis et concordants (1).

 

Stigmatisation des immigrés en situation irrégulière et abjecte «politique du chiffre» au sommet de l'Etat; «ciblage ethnique» à la base, comme certains policiers s'en sont émus ce qui, en des termes moins euphémisés, se nomme pratiques de type raciste. Celles-ci ne relèvent plus de «l'excès de zèle» imputable à quelques «éléments» isolés qui auraient mal interprété les consignes; ces pratiques anciennes, connues depuis longtemps, doivent être analysées comme les conséquences nécessaires des injonctions ministérielles et préfectorales, car la détermination des fins précitées appelle immanquablement le recours à ce genre de moyens. Tous le savent mais ils n'en ont cure, ce qui témoigne d'une dégradation remarquable mais sinistre des mœurs politiques puisque des hommes et des femmes, hauts fonctionnaires de la République qu'ils pensent servir lors même qu'ils en sapent les principes, acceptent que l'exception devienne la règle. Ce faisant, avec la bonne conscience de ceux qui affirment agir pour «protéger la France», selon la formule rituellement employée en ces circonstances, ils banalisent le racisme qu'ils disent combattre. Où l'on découvre, une fois encore, que cette formule grandiloquente est susceptible de justifier toutes les causes, même les pires.

 

Après avoir longtemps pactisé avec le dictateur Kadhafi, Nicolas Sarkozy se pose en héraut de la lutte du peuple libyen pour la liberté et il cherche à l'extérieur des succès diplomatiques destinés à faire oublier la faillite de ses ambitions économiques et sociales: le geste est classique mais son efficacité douteuse. Quant à Claude Guéant, il ne cesse de répéter que les immigrés venus d'outre Méditerranée sont un danger majeur que favorisent les bouleversements politiques au Maghreb. Après le long fiasco tunisien, très instructif au regard des pratiques de nombreux ministres, le premier pense écrire une page nouvelle de l'histoire du monde qui doit permettre au pays de retrouver une voix forte dans le concert des nations, comme on dit. Usant d'une rhétorique pesante et répétitive, accumulant poncifs éculés et mots creux empruntés au vocabulaire limité de la novlangue sarkozyste et lepeniste –respect du «pacte républicain», assimilation, intégration, communautarisme, islamisme et menaces diverses réputées peser sur «nos traditions»–, le second affirme veiller sur «la France» afin qu'elle «reste la France» conformément aux vœux des «Français». Si le style, c'est l'homme, l'un et l'autre sont de plomb.

 

Et de ce vaste programme, le chef de l'Etat et son ministre espèrent recueillir les dividendes électoraux nécessaires pour affronter les échéances de 2012 dans de bonnes conditions. Il y a quatre ans, Nicolas Sarkozy se vantait «d'aller chercher les électeurs du Front national un par un». Aujourd'hui, à défaut de pouvoir réitérer cette prouesse, qui a conduit le parti majoritaire à puiser dans le programme lepéniste de nombreux éléments en matière de politique sécuritaire et d'immigration, il faut au moins s'assurer que la majorité de ceux qui soutiendront l'extrême droite au premier tour des élections présidentielles accepteront de reporter leurs voix sur le candidat de l'UMP au second. La nomination de Claude Guéant doit permettre de réaliser cette opération essentielle et ses récentes déclarations prouvent qu'il s'acquitte de cette tâche avec un zèle qui relègue presque son prédécesseur place Beauvau au rang d'amateur velléitaire.

 

Une remarque: Claude Guéant semble souffrir de troubles auditifs sévères car seule son oreille droite entend les «inquiétudes» de ses «concitoyens» et, prenant la partie pour le tout, il s'érige en porte-parole des «sentiments des Français». Ce procédé discursif convenu lui permet de s'effacer au profit d'une France souffrante, silencieuse et profonde qui parle à travers lui et qu'il a pour seule ambition de servir. Admirable dévouement salué par un homme qui est l'incarnation même de la moralité publique: Charles Pasqua qui, de Claude Guéant, son directeur adjoint de cabinet au ministère de l'Intérieur de 1991 à 1994, affirme qu'il a «un sens de l'Etat et du devoir sans pareil». A l'insu de ceux qui les prononcent, il est des compliments qui sont assassins et inquiétants parfois; celui-ci en fait partie.

 

Aux commentateurs pressés, naïfs ou superficiels, qui pensaient que la disparition du ministère de l'Identité nationale, suivie quelques mois plus tard de l'éviction de Brice Hortefeux, auteur de deux exploits: être le premier ministre condamné pour avoir tenu des propos racistes et avoir continué à exercer tranquillement ses responsabilités gouvernementales, à ceux qui estimaient donc que ces changements institutionnels et personnels avaient sonné le glas de la politique xénophobe ayant présidé à la création de cette administration sans précédent dans les annales de la République, les déclarations de Claude Guéant sur l'immigration et l'islam apportent un démenti cinglant. En ces matières, ce Charles Martel en costume gris persévère dans la voie tracée par ses prédécesseurs qu'il a sans doute inspirés mais, pressé par la dégradation spectaculaire du rapport de force entre l'UMP et le Front national, il redouble d'efforts. De là, ces interventions nombreuses qui lui permettent de répéter, sous des formes diverses, un même discours sommaire qui se résume à une équation factuellement fausse, intellectuellement grossière mais jugée politiquement indispensable pour ne pas s'aliéner plus encore les nombreux électeurs qui ont voté pour l'extrême droite: «l'immigration incontrôlée» menace la «cohésion nationale» et «le mode de vie de nos concitoyens» qui ont «parfois le sentiment de ne plus être chez eux».

 

Ici, l'affirmation péremptoire et le coup de force rhétorique tiennent lieu de démonstration cependant que la réitération de ces mensonges, débités avec la morgue sentencieuse propre aux «grands commis de l'Etat», passe pour une observation de bon sens, comme le répètent en chœur de nombreux députés de l'UMP très heureux de pouvoir justifier leurs compromissions anciennes et à venir avec le Front national. A ceux qui s'interrogent sur la situation véritable du pays, rappelons que les enquêtes conduites par l'Insee et l'Institut national d'études démographiques (Ined) démontrent que la proportion d'étrangers en France a baissé entre 1982 et 2006 puisqu'elle est passée de 6,8% à 5,8%.

 

De deux choses l'une, soit ceux qui pérorent sur les «flux migratoires incontrôlés» ignorent ces chiffres, auquel cas ils font la démonstration éclatante de leur incompétence, soit ils les connaissent, et ils doivent être traités pour ce qu'ils sont: des idéologues sans scrupule qui manipulent ou congédient la réalité dès qu'elle est susceptible d'infirmer leurs discours et de porter atteinte à la légitimité des pratiques policières et des dispositions juridiques qu'ils défendent.

 

Dans tous les cas, les ministres et les parlementaires qui se comportent de la sorte mentent, par omission ou à dessein, pour mieux construire l'immigration comme problème sécuritaire, identitaire et politique majeur, et le transformer ainsi en une priorité de l'action publique puis de l'agenda électoral. Cela réalisé, ils peuvent alors adopter la posture avantageuse de ceux qui, proches de leurs «concitoyens», connaissent les «vraies préoccupations des Français» en faisant croire qu'eux seuls y sont attentifs, et qu'eux seuls disposent des solutions adéquates pour y répondre. Au terme de ce processus, ils nomment «vérité» ce qui n'est que bricolage idéologique motivé, hier par le désir de conquérir le pouvoir, aujourd'hui par la hantise de le perdre, et «courage» le fait de distiller d'un air grave des lieux communs xénophobes, islamophobes et racistes parfois. Et c'est ainsi que cette perversion du langage, et des comportements, favorise l'expression toujours plus décomplexée de préjugés présentés comme autant de constats de bon sens par un nombre croissant de responsables politiques auxquels s'ajoutent désormais des journalistes et des plumitifs qui se croient écrivains. Spectaculaire conversion de la «France d'en haut» qui, pour mieux laisser libre cours à ses désirs réactionnaires, autoritaires et mixophobes sublimés en défense de l'Occident, prétend parler au nom de «la France d'en bas».

 

Agitation verbeuse et législative enfin, destinée à compenser l'impéritie économique et sociale du gouvernement par la multiplication de dispositions, décrets et circulaires élaborés dans le domaine particulier de la politique migratoire. Plusieurs centaines depuis 2002 auxquels s'ajoutent, après 2005, pas moins de onze modifications du Code des étrangers désormais complétées par la loi Besson-Hortefeux récemment votées, et saluées comme il se doit par le nouveau ministre de l'Intérieur. Incessante frénésie juridique et sécuritaire qui prospère sur un procédé démagogique constamment employé par le chef de l'Etat et la majorité qui le soutient: chaque fait divers dramatique ou événement jugé inquiétant donne lieu à un projet de loi hâtivement rédigé puis proposé aux parlementaires dociles du parti présidentiel. De là, «la prolifération de textes législatifs relevant davantage de l'opportunité politique que du travail législatif réfléchi» et des «réformes» constantes dictées «par les événements et soumis aux pressions de l'opinion».

 

Qui sont les auteurs de cette condamnation sans appel? Des belles âmes angéliques et pour cela irresponsables? Non, il s'agit des membres de la très officielle Commission nationale consultative des droits de l'homme dans un rapport voté en assemblée plénière le 6 janvier 2011. Relativement aux dispositions de la loi Besson-Hortefeux, les mêmes estiment «qu'en l'état» elles «ne permettent pas un respect effectif des droits de l'homme». Le constat est sinistre et plus sinistre encore l'attitude du gouvernement et des députés qui passent outre en affichant un mépris souverain pour ces droits fondamentaux dès lors qu'ils sont perçus comme des obstacles à l'adoption de leurs projets. Au respect des Lois et de leur esprit, ils préfèrent la prolifération de textes liberticides et de circonstance même s'ils violent des principes majeurs de la République. Sombre époque.

 

Plus encore, Claude Guéant représente fort bien ce que certains appellent le «sarkozysme» en précisant que ce néologisme ne désigne pas ici un corps de doctrine stable et cohérent mais au contraire une absence totale de principe car l'une des caractéristiques du chef de l'Etat, de ceux qui le servent et l'inspirent, est de n'avoir aucun principe justement. Seule subsiste l'expression pure d'une ambition: conquérir le pouvoir et s'y maintenir. Là est le but, tout le reste n'est que moyen mobilisé pour répondre à une conjoncture donnée, satisfaire telle ou telle fraction de l'électorat ou déstabiliser l'adversaire en lui empruntant certains thèmes et grandes figures de son panthéon partisan. De là cette capacité à utiliser des références historiques et politiques d'une extraordinaire hétérogénéité car l'objectif n'est pas de produire, si peu que ce soit, un programme, moins encore un projet de société tenu pour une vieillerie d'un autre âge mais d'agir au gré des circonstances et des urgences du moment. Ceux qui se comportent ainsi pensent sans doute incarner le triomphe d'une modernité politique enfin émancipée de toute idéologie; ils réhabilitent en fait un très ancien personnage bien connu des philosophes classiques: le démagogue. Ce démagogue qui prétend défendre le peuple pour mieux parvenir à ses fins: satisfaire ses désirs de puissance, ses intérêts particuliers et ceux de ses proches en s'emparant de la Cité.

 

Les agissements et les déclarations du nouveau ministre de l'Intérieur témoignent exemplairement de cette situation puisqu'il peut tout à la fois affirmer qu'il n'a aucune valeur commune avec le «FN», que celui-ci n'est pas «la boussole» de la majorité et, comme Marine Le Pen, dénoncer les dangers de l'immigration, de l'islam et du «communautarisme».

 

De même, interrogé sur le déplacement de celle-ci à Lampedusa, il a estimé qu'il s'agissait d'instrumentaliser des problèmes migratoires ce à quoi il ne saurait évidemment s'abaisser, et cela vaut bien sûr pour le président et son «collaborateur» à Matignon. Quant aux «musulmans», Claude Guéant feint de se préoccuper de leur sort en récusant par avance toute stigmatisation ce qui ne l'empêche pas de les accuser de vouloir imposer des pratiques contraires à la République et à la laïcité. Se confirme ceci: les références incantatoires et rituelles à ces dernières n'engagent plus à rien. Ceux-là mêmes qui procèdent de la sorte peuvent, dans l'instant, se dédire, violer leurs paroles par des paroles contraires et, plus grave encore, par des actes en faisant de leur opportunisme sans frein une vertu majeure.

 

Concluons. Le chef de l'Etat, le gouvernement et l'UMP ont donc intégré une partie de la rhétorique frontiste laquelle est, depuis 2007, au fondement de la politique menée en matière d'immigration et de sécurité cependant que Marine Le Pen banalise avec succès l'organisation qu'elle dirige. A preuve, les résultats des cantonales et un sondage BVA-Les Echos du 28 mars 2011 où l'on découvre que 52% des personnes interrogées estiment que le FN est un parti comme les autres. Chacun ayant fait quelques pas l'un vers l'autre, tout en affirmant bruyamment le contraire pour ménager une partie de ses troupes, il n'est pas étonnant que convergences et compromissions prospèrent de la base au sommet. Dans ce contexte, l'appel à la constitution d'un «Front républicain», présenté comme une solution efficace pour faire barrage aux thèses xénophobes et islamophobes de l'extrême droite, témoigne d'une paresse intellectuelle et d'un aveuglement politique remarquables. De plus, une telle posture entretient sans fin le mythe rassurant mais trompeur selon lequel les forces qui se réclament de la République seraient, par essence, des obstacles à la stigmatisation des étrangers et des musulmans ce que démentent chaque jour les fidèles du chef de l'Etat, et une certaine histoire de France.

 

«L'islam» rend «la fusion des populations difficile et sans doute peu souhaitable» puisque «les résultats obtenus sont déplorables, tant pour la santé publique que pour la moralité générale» écrivaient en 1946 deux personnalités célèbres. Soucieuses de «garder au caractère et au type français ses meilleures qualités», elles militaient aussi pour la création d'un «ministère unique» chargé «de diriger et contrôler l'immigration» nord-africaine, notamment. Les auteurs de ses lignes sinistrement anticipatrices? Alfred Sauvy, directeur de l'Ined, plus tard professeur au Collège de France, et Robert Debré, fondateur de la pédiatrie moderne, dans un ouvrage intitulé Des Français pour la France, Le problème de la population publié par la très prestigieuse maison d'édition Gallimard.

 

Olivier Le Cour Grandmaison

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 20:26

 

http://www.respectmag.com/2011/03/30/rassemblement-samedi-2-avril-non-au-debat-de-la-honte-5081

 

http://www.saphirnews.com/Non-au-debat-de-la-honte-_a12376.html

 

Rassemblement samedi 2 avril à 14 heures 30 Place de la République à Paris, pour dénoncer le "débat" sur la laïcité et l'islam, organisé par l'UMP le 5 avril.


Communiqué

 

 Les Hybrides de la République, Saphirnews.com, Les Indivisibles et Respect Mag 

 

Nous, Les hybrides de la République, mouvement de citoyens, entrepreneurs et progressistes,   Saphirnews.com, premier média d’actualité des cultures musulmanes, Respect Mag, magazine urbain, social et métissé, et Les Indivisibles, association de lutte contre les préjugés, appelons le samedi 2 avril à 14 heures 30 Place de la République à Paris, à un rassemblement pour dénoncer et refuser le pseudo-débat sur la laïcité et l’islam orchestré par l’UMP (majorité présidentielle) du 5 avril prochain.

 

Nous réaffirmons ainsi le refus de l’instrumentalisation politique de la deuxième religion de France et la stigmatisation des citoyens français de confession ou de culture musulmane.Ce procès conforte le discours islamophobe et renforce la libération de la parole raciste et xénophobe.


Nous disons « Non au débat de la honte » et invitons tous les citoyens qui le refusent à se mobiliser et à nous rejoindre samedi 2 avril à 14 heures 30 Place de la République à Paris.


Venez nombreux ce samedi, entre amis ou en famille, pour dire "NON au débat de la honte" ! Faites suivre l'information autour de vous, la force est dans le nombre!

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 20:02

 

http://www.fr.news.yahoo.com/4/20110331/twl-libye-koussa-bd5ae06_1.html

 

Défection du chef de la diplomatie libyenne, arrivé à Londres (Reuters)

 

Moussa Koussa, ministre libyen des Affaires étrangères, longtemps chef des services d'espionnage libyens, a fait défection et est arrivé mercredi en Grande-Bretagne, en provenance de Tunisie.

 

Il s'agit là d'un "coup dur" pour le régime du colonel Mouammar Kadhafi, a-t-on déclaré à Reuters de source gouvernementale britannique. Moussa Koussa n'appartenait toutefois pas au cercle le plus rapproché du colonel Kadhafi.

 

Un ami de Koussa a déclaré à Reuters que le chef de la diplomatie libyenne avait démissionné en raison des attaques commises par les forces de Kadhafi contre des civils.

 

"Il a rompu avec le régime", a déclaré Noman Benotman, ami du ministre et analyste au sein du centre de réflexion britannique Quilliam. "Il n'était pas du tout content. Il ne soutient pas les attaques du gouvernement contre les civils", a-t-il poursuivi. "Il vient chercher refuge en Grande-Bretagne et il espère qu'il sera bien traité."

 

"Nous pouvons confirmer que Moussa Koussa est arrivé le 30 mars à l'aéroport de Farnborough en provenance de Tunisie. Il s'est rendu ici de son plein gré. Il nous a dit qu'il démissionnait de ses fonctions", a déclaré le Foreign Office.

 

Peu après son arrivée, il a été interrogé par des responsables du Foreign Office et des agents des services de renseignement britanniques.

 

Né en 1950, Koussa, qui est diplômé de l'Université du Michigan et parle couramment anglais, avait été nommé en mars 2009 à la tête de la diplomatie libyenne, en remplacement d'Abdourrahman Mohamed Chalgham, lui-même nommé ambassadeur aux Nations unies. Koussa était devenu en 1994 chef du renseignement extérieur libyen et, de l'avis de nombreux diplomates, il avait conservé ses fonctions au sein des services d'espionnage après son arrivée au ministère des Affaires étrangères.

 

Koussa est à l'origine du revirement spectaculaire de la diplomatie libyenne au début des années 2000, lorsque Kadhafi a négocié sa renonciation aux armes de destruction massive contre sa réintégration au sein de la communauté internationale.

 

DÉJÀ EN DISGRÂCE?

 

De concert avec l'un des fils de Kadhafi, Saïf al Islam, Koussa joua ainsi un rôle de premier plan dans les tractations permettant, en 2004, la levée des sanctions internationales contre la Libye. Depuis lors, il a fourni à Washington des renseignements sur les activités du réseau Al Qaïda en Libye et plus généralement en Afrique du Nord.

 

Voici une douzaine de jours, Koussa était apparu lors d'une conférence de presse à Tripoli pour annoncer l'arrêt immédiat de toutes les opérations militaires contre les insurgés libyens. Cette annonce n'avait pas été suivie d'effets.

Avant le déclenchement de l'insurrection libyenne, certains signes montraient que Koussa n'était plus en odeur de sainteté dans l'entourage de Kadhafi. Des informations, non confirmées, ont même fait état d'une altercation physique, devant plusieurs personnes entre le ministre et l'un des fils de Kadhafi.

 

Et lors d'un sommet international en décembre, à Tripoli, il avait passé beaucoup de temps à fumer à l'écart, seul et le visage triste, pendant que les proches collaborateurs de Kadhafi étaient cloîtrés dans une salle.

 

Le ministre libyen des Affaires étrangères était arrivé lundi en Tunisie et il a pris un avion mercredi après-midi à l'aéroport de Djerba pour se rendre à Londres, selon l'agence de presse tunisienne Tap. Il était entré en Tunisie à bord d'un convoi de limousines blindées, comme l'avait constaté un photographe de Reuters présent à la frontière.

 

"Koussa est l'une des plus hautes personnalités du gouvernement de Kadhafi et son rôle était de représenter le régime sur le plan international, ce qu'il ne souhaite plus faire", a indiqué le Foreign Office en ajoutant que Londres encourageait les membres de l'entourage de Kadhafi à le quitter.

 

Le régime libyen a assuré que le ministre des Affaires étrangères n'avait pas fait défection et qu'il était en mission diplomatique.

 

Si l'arrivée de Koussa en Grande-Bretagne ne manquera pas d'être présenté comme un triomphe par la diplomatie occidentale, elle risque de poser des questions embarrassantes au gouvernement britannique. Car nombreux sont ceux qui pensent que Koussa a joué un rôle dans l'attentat contre un Boeing de la Panam au-dessus de la localité écossaise de Lockerbie, en 1988. Tout comme dans la mort d'une policière britannique, Yvonne Fletcher, tuée à Londres en 1984.

 

Mercredi, quelques heures avant l'arrivée de Koussa, la Grande-Bretagne avait annoncé l'expulsion de cinq diplomates libyens, en signe de protestation contre les actes du régime de Tripoli et en estimant qu'ils constituaient une menace pour la sécurité du Royaume-Uni.

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 19:52

 

 

http://www.fr.news.yahoo.com/4/20110331/twl-cote-divoire-monde-bd5ae06_2.html

 

Les forces pro Ouattara atteignent Abidjan, combats en ville (Reuters)

 

Alassane Ouattara a annoncé jeudi que ses forces étaient "aux portes" d'Abidjan après une progression rapide visant à évincer son rival, le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo.

 

Ouattara, considéré par la quasi-totalité de la communauté internationale comme le vainqueur du scrutin présidentiel du 28 novembre, a appelé les derniers partisans de Gbagbo à se rallier à lui pour éviter "de nouvelles souffrances aux populations".

 

"Aujourd'hui, (les Forces républicaines de Côte d'Ivoire - FRCI) sont aux portes d'Abidjan", a déclaré Ouattara dans une allocution prononcée sur sa chaîne de télévision.

 

Peu après, des journalistes de Reuters présents sur place ont fait état de tirs d'armes lourdes dans le centre d'Abidjan, où les forces de Gbagbo étaient déployées dans les rues proches du palais présidentiel dans le quartier du Plateau.

 

Des militaires français se sont déployés en certains points de la ville pour prévenir d'éventuelles attaques de ressortissants français par des partisans de Gbagbo, a-t-on rapporté de différentes sources.

 

Les militaires français de la force Licorne ont simplement renforcé leur dispositif de surveillance dans certains quartiers où opèrent des groupes crapuleux, a précisé à Paris l'état-major français des armées.

 

Quatre patrouilles renforcées comprenant des soldats à bord de véhicules blindés ont circulé notamment dans la zone quatre et le quartier des Deux Plateaux pour prévenir d'éventuels incidents.

 

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les partisans de Ouattara avaient pris le contrôle de San Pedro, port d'exportation du cacao, après s'être rendus maîtres de Yamoussoukro, la capitale administrative du pays.

 

DÉFECTION DU CHEF D'ÉTAT-MAJOR IVOIRIEN

 

Autre revers pour Gbagbo, le général Philippe Mangou, chef d'état-major de l'armée, s'est réfugié à la résidence de l'ambassadeur de Pretoria à Abidjan, a annoncé le gouvernement sud-africain.

 

Ce dernier a démenti des rumeurs selon lesquelles Gbagbo lui-même serait en route pour l'Afrique du Sud. Ces rumeurs ont aussi été démenties par Toussaint Alain, conseiller de Laurent Gbagbo contacté par Reuters à Paris.

 

Des habitants ont vu jeudi après-midi des combattants pro-Ouattara avancer vers le quartier abidjanais de Cocody, où se trouvent le siège de la télévision nationale et la résidence de Gbagbo. Des hélicoptères de combat de l'Onu survolaient la ville et des véhicules blindés français ont été signalés dans certaines rues du centre, près du palais présidentiel.

 

Résistant aux pressions de l'Union africaine et des pays occidentaux, Gbagbo refuse de se retirer depuis le scrutin de novembre, dont les résultats validés par l'Onu font apparaître qu'il a été battu de huit points par Ouattara.

 

Les forces de Ouattara ont déclenché lundi une offensive sur trois fronts vers le sud. Les villes sont tombées entre leurs mains une par une, la plupart du temps sans résistance.

 

Des habitants de Sassandra, entre San Pedro et Abidjan, ont rapporté que les pro-Ouattara avaient traversé leur ville jeudi. D'autres combattants pro-Ouattara progressent depuis le nord-ouest et le nord-est du pays.

 

"Je vous demande de vous mettre à la disposition de votre pays et de rejoindre ainsi la légalité. Il est encore temps de rallier vos frères d'armes des Forces républicaines", a déclaré Ouattara jeudi en s'adressant aux forces de Gbagbo.

 

POUR GUILLAUME SORO, LA PARTIE EST TERMINÉE

 

Guillaume Soro, Premier ministre du gouvernement formé par Ouattara, a déclaré jeudi à Reuters que Gbagbo ne resterait pas plus de quelques heures au pouvoir et que la partie était terminée.

 

Soro a aussi affirmé à la chaîne France 24 que "plusieurs généraux" pro-Gbagbo avaient rejoint le camp du président élu et que les pro-Ouattara donnaient "la possibilité au maximum de gens de faire des ralliements" pendant quelques heures.

 

A Washington, le département d'Etat a lancé un appel à la retenue à toutes les parties au conflit et averti que Gbagbo et son épouse auraient à rendre des comptes au cas où de graves violences éclateraient.

 

Des diplomates ont indiqué jeudi que les sanctions de l'Union européenne contre le gouvernement de Gbagbo, qui comprennent un embargo sur les livraisons de cacao à partir de San Pedro, resteraient en place et que si des exemptions étaient envisagées, leur application prendrait de quatre à cinq jours.

 

Si Gbagbo est en mesure de résister aux forces de son rival, les pro-Ouattara risquent de s'enliser dans des combats de rue sanglants à Abidjan, où l'armée recrute parmi les jeunes partisans de Gbagbo.

 

A New York, le Conseil de sécurité de l'Onu a adopté mercredi une résolution rédigée par la France qui impose de nouvelles sanctions à Gbagbo et à son entourage.

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 19:56

 

FRANCE: une énormité judiciaire : je suis mis en examen et convoqué à Paris dans le cadre de l'Affaire Geisser/Illand.   Je tente de vous tenir au courant des suites de cette affaire étonnante et détonante, comme je l’ai promis. 

 

Pour rappel, le 14 mars 2011, j’ai publié le texte ci-dessous sur ma liste “paix_socialisme_communisme” sur Yahoo, à l’adresse suivante: http://fr.groups.yahoo.com/group/romain/message/21785

 

Je dois et je souhaite, comme je l’ai promis, tenir informés des suites de cette affaire, en premier lieu les 159 adhérents actuels de ma liste.

 

“paix_socialisme_communisme” est une liste de diffusion, que j’ai créée en  vers 2002, et où les adhérents VOLONTAIRES, munis d’un mot de passe personnel et secret que je ne connais pas, échangent, publient, commentent,  des articles, des infos, des commentaires, des analyses, des documents.  Ce sont principalement des gens de gauche, démocrates, progressistes, communistes, anti racistes, pacifistes, écologistes, de toutes tendances. Yahoo offre en effet la possibilité d’ouvrir de telles listes à tous ... Certains adhérents publient directement sur ma liste, d’autres sont modérés par moi, s’ils publient beaucoup, voire trop... Car je ne peux laisser tout passer sans déplaire à une partie des autres adhérents. On essaie de cohabiter, de s’enrichir mutuellement,  dans la tolérance et dans le respect de l’avis de chacun...

 

Fin octobre/début novembre 2010, un adhérent (Bernard Fischer), me téléphone de Paris. Il m’informe qu’il est mis en examen à Paris pour 2 articles qu’il a publiés, sur son site perso et sur ma liste et que je suis donc impliqué également. Un autre adhérent aurait aussi publié ces articles sur mon site, mais aussi disparus, je l’ ai appris et constaté au cours de mes recherches ultérieures.

 

Ces articles portent les numéros 15600 et 15628 et les dates du 10 avril 2009 et 16 mai 2009.

 

Vous pouvez chercher: ils ont mystérieusement disparu: par qui, sur ordre de qui, pourquoi ? Mystère et boule de gomme !!! Je ne me rappelle évidemment de rien. Depuis lors, à ce jour, sept mille messages se sont en effet ajoutés sur ma liste ...

 

A partir de la fin 2010, je lance une recherche sur Google et je constate que tout cela se relie à l’affaire “Geisser/Illand/Sabrina/CNRS”. Une affaire politico-administrative qui se déroule entre fonctionnaires en France et qui touche à l’Islam.

 

Vous tapez ces mots sur le moteur Google et vous arriverez sur des tas de sites et de liens qui y font état. De quoi déjà vous forger une idée et/ou une opinion, tant la chose est publique. Mais personnellement, n’étant pas Français, mais Belge, elle était passée au-dessus de ma tête. Elle a fait l’objet d’articles dans la presse “l’Humanité, le Monde, Télérama, etc...”, d’au-moins une pétition réunissant cinq mille signatures d’appui à Vincent Geisser, une ministre, Valérie Pécresse, a même été saisie de l’affaire, etc, etc...

 

Sur Google, sur pouvez trouver tout un historique de l’affaire à l’adresse suivante et en savoir déjà plus qu’assez, car les liens vous permettront de voyager de site en site, si vous êtes curieux : http://fr.wikipedia.org/wiki/Vincent_Geisser (sans que je sache évidemment si une mise en examen est lancée à ce jour contre les responsables de Google et de Wikipédia ???) Vous apprendrez donc qui est Vincent Geisser: un chercheur, politologue, sociologue, enseignant, attaché notamment au CNRS, qui dénonce une certaine islamophobie, ce qui au sein d’une certaine société française sarkozyste et Lepéniste ne doit pas être très bien vu, très bien noté, en haut-lieu.

 

Vincent Geisser est donc l’auteur des deux écrits incriminés sur mon site (disparus) et beaucoup d’autres (toujours existants). Je n’ai pas dit “expéditeur”. Il s’explique à l’adresse suivante : http://www.telerama.fr/idees/temoignage-de-vincent-geisser,43919.php

 

En bref, on notera que Vincent Geisser explique qu’il a envoyé à Sabrina Trojet une lettre privée et intime. Mais qu’il y a eu fuite et que son écrit s’est retrouvé sur un site Internet (lequel?) et entre les mains d’un comité de soutien (lequel?). Mais il développe aussi l’ambiance autour de son travail, de ses recherches, et explique l’attitude d’un certain fonctionnaire-défense (FD) à son égard, à son encontre. Cette fuite lui vaudra une convocation devant le Conseil de discipline du CNRS.

 

Le fonctionnaire Fd mis en cause lui veut rectifier quelques contre-vérités à l’adresse suivante: http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2009/07/12/2195-affaire-geisser-joseph-illand-rectifie-quelques-contre-verites et dans le Journal Le Monde du 10 juillet 2009.

Au chapitre 6     “14 avril, pendant mes congés, ... “, il reproduit in extenso, à la lecture de centaines de milliers de lecteurs, les termes “offensants” de Vincent et qui motifie son courroux. S’il souhaite ainsi laver son honneur offensé, je trouve que c’est plutôt raté, à côté de la plaque. Il étend le débat et la curiosité.

 

Finalement, Vincent Geisser a donc des ennuis professionnels avec sa direction du CNRS.

A noter, qu’il reçoit l’appui de cinq mille chercheurs, scientifiques, etc,... qui le défendent et qui doivent se dire quelque chose ne tourne pas tout à fait quand à l’ambiance au sein du CNRS.

 

Finalement, j’apprends que, tout comme mon adhérent Bernard Fischer (et d’autres), Vincent Geisser serait mis en examen également depuis le premier octobre 2010. Mais, je pense, si rien n’a changé que l’avocat de Vincent Geisser, n’ est autre que  Michel TUBIANA, un excellent avocat du Barreau de Paris.  http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article611


Intéressant à savoir: il fut notamment Président de la Ligue française des Droits de l’homme.


Et je constate que la “diffamation de Vincent Geisser, qui a fuité et qui fut relayée sur Internet, n’aurait toujours pas été jugée sur le fond par la Justice française, si Joseph Illand s’obstine.


Pour ce qui concerne, et les internautes-lampistes qui ont relayé les lettres en cause, volontairement ou non, je lis ceci sur: http://www.alterinfo.net/GEISSER-CONTRE-ILLAND_a32505.html


Je dirai que je suis dans le même cas qu’Alterinfo, mais que Anne COUSIN, avocate de Joseph Illand ne m’ a jamais contacté, sans quoi et sans attendre, DE MOI-MEME, j’ aurais supprimé les deux textes litigieux.


D’autres remarques complémentaires vont suivre au fur et à mesure de mes constations et recherches personnelles. Mille excuses auprès de mes amis, mais ce sujet va sans doute gonfler et durer

 

Roger Romain

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 19:22

 

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/quand-le-chef-des-rebelles-libyens-oeuvrait-pour-kadhafi_977428.html#xtor=AL-447

 

Quand le chef des rebelles libyens oeuvrait pour Kadhafi

 

De notre correspondant Alexandre Lévy, publié le 29/03/2011 à 15:57

 

Pendant huit ans, cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien ont été retenus prisonniers en Libye. Qui a confirmé la peine de mort des infirmières ? Moustapha Abdeljalil, aujourd'hui chef des insurgés.

 

Dans son appartement de Sofia, la capitale bulgare, lorsqu'il regarde des images venues de Libye, Guéorgui Milkov tombe souvent sur des visages connus: "Voici, Idris, Khoreibi, Omar, Fitouri", dit-il en pointant son doigt vers des rebelles qui s'époumonent devant la caméra, à Benghazi, pour dénoncer les crimes de Kadhafi...  

 

Lorsque Guéorgui avait commencé à les photographier, il y a une douzaine d'années, ils manifestaient déjà, mais pour exprimer leur fidélité au régime et demander la pendaison des infirmières bulgares accusées d'avoir inoculé le HIV à des centaines d'enfants de Benghazi sur ordre d'Israël et des Etats-Unis.  

 

Reporter pour le quotidien 24 Tchassa de Sofia, ce journaliste arabisant à suivi depuis 1999 le douloureux feuilleton de ces cinq femmes (et un médecin palestinien) qui n'ont été libérés qu'en 2007 après l'intervention de l'Union européenne, et notamment de la France. "Une immense manipulation destinée à racketter l'Occident à travers la petite Bulgarie", explique-t-il, dans une allusion aux contreparties obtenues alors par le régime de Kadhafi.  

 

Moustapha Abdeljalil, "un fidèle parmi les fidèles" du colonel Kadhafi

 

Comme d'autres, en Bulgarie, Guéorgui n'a pas manqué de relever que parmi les dirigeants de cette opposition libyenne, représentée par le Conseil national de transition (CNT), plusieurs personnes sont fortement impliquées dans cette affaire. A commencer par le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil, ancien ministre de la Justice du colonel.  

 

"Pour nous, souligne le journaliste, il reste le président de la cour d'appel de Tripoli qui, à deux reprises, a confirmé la peine de mort des infirmières. Un fidèle parmi les fidèles qui, en récompense de son intransigeance dans ce procès, a été nommé ministre en 2007."  

 

Idris Laga, "un homme avide et sans scrupules"

 

Vu de Sofia, un autre "acteur" de cette manipulation est Idris Laga. Cet homme, qui se présente aujourd'hui comme le coordinateur militaire du CNT, est surtout connu en Bulgarie comme le président de l'Association des parents d'enfants infectés, très active pendant toute l'affaire des infirmières.  

 

"Officiellement indépendante, cette organisation a été crée par le régime pour faire monter les enchères en instrumentalisant la douleur des victimes", estime l'universitaire Vladimir Tchoukov, l'un des meilleurs spécialistes du monde arabe en Bulgarie. Et le portrait qu'il dresse d'Idris Laga n'est pas flatteur non plus: "Il s'agit d'un homme avide et sans scrupules, animé par une haine profonde de l'Occident, ajoute le chercheur. Je souhaite que la France sache qui elle soutient en Libye."  

 

La Bulgarie condamne la reconnaissance du CNT par la France

 

Le 11 mars, à Bruxelles, le Premier ministre bulgare a violemment réagi à la décision, défendue par la France , de considérer le CNT comme un interlocuteur politique digne de foi. "Dans ce conseil il y a des gens qui ont torturé nos infirmières", s'est insurgé Boïko Borissov, après une sérieuse prise de bec à ce sujet avec Nicolas Sarkozy.  

 

Sans donner de noms, il a certainement visé encore un transfuge de poids, le ministre de l'Intérieur du régime de Tripoli, Abdel Fattah Younis. Accueilli par une foule en délire à Benghazi, à la fin de février, le général Younis est devenu la coqueluche des Occidentaux - le Quai d'Orsay relate sur son site une conversation téléphonique entre lui et Alain Juppé le 5 mars - qui espèrent que son ralliement va permettre aux insurgés de reprendre du poil de la bête sur le terrain militaire.  

 

A Sofia, la presse l'avait surnommé le "tortionnaire en chef" à cause des mauvais traitements dont se sont plaintes les infirmières - viols, électrochocs et morsures de chiens notamment - commis par ses hommes et destinés à leur faire avouer des crimes qu'elles affirment n'avoir jamais commis.  

 

 

 

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 19:10

 

http://www.rougemidi.fr/spip.php?article5735

 

La bataille de Madison (Wisconsin)

 

mercredi 16 mars 2011

 

Un combat syndical historique et exemplaire aux USA. Depuis le 15 février tous les regards sont tournés vers le Madison, la capitale de l’état américain Wisconsin, où se joue l’avenir du syndicalisme aux États-Unis. Scott Walker, le nouveau gouverneur républicain cherche non seulement à faire des économies sur le dos des travailleurs, mais aussi à vider de leur substance les négociations de conventions collectives.

 

Un exemple peu connu de l’influence du mouvement des travailleurs arabes ou quand la Tunisie et l’Égypte font école jusqu’aux USA...

 

Les syndicats bien conscients que ces mesures ont pour objectifs d’écraser complètement les organisations des travailleurs jettent toutes leurs forces dans la bataille, car le Wisconsin n’est que le banc d’essai, le premier pas dans une offensives généralisé que les Républicains veulent lancer contre les organisations syndicales.

 

Le Wisconsin, état du nord des USA, ne reçoit pas souvent l’attention des média, si ce n’est pour leur équipe de football américain, les Packers, fondée jadis par les ouvriers d’une conserverie, qui a remporté le Super Bowl 2010. L’économie repose sur l’agriculture, en particulier les produits laitiers, l’industrie et les services. Parmi les dix plus gros employeurs de l’état, huit sont dans les secteurs de l’enseignement, la santé et les services publics. Wisconsin est aussi un état relativement progressiste et le berceau du syndicat des employés de la fonction publique AFSCME, un des plus grands syndicats des USA avec plus de un million quatre cent mille membres.

 

Scott Walker s’en prend aux syndicats

 

Scott Walker, gouverneur Républicain fraîchement élu entend frapper un grand coup : sous prétexte de réduire le déficit et relancer l’économie sans augmenter les impôts , il veut offrir des réductions des taxes pour les entreprises et faire payer la note aux travailleurs du secteur public. Sa ‘recette miracle’ : retirer aux syndicats quasiment toute possibilité de négocier collectivement. Une telle loi auraient des conséquences dramatiques pour les travailleurs, mais aussi pour les syndicats qui seraient amputés de leur moyens d’actions et condamnés au déclin. Un déclin qui se répercuterait sur le Parti Démocrate qui bénéficie du soutien financier et de l’influence des syndicats. Walker veut aussi réduire la contribution de l’État au Medicaid, le programme d’assistance médicale aux plus démunis et aux personnes souffrants d’handicaps.

 

Des enjeux nationaux et une détermination à la hauteur

 

Le Parti Républicains à le vent en poupe après les élections de Novembre 2010, poussé par le mouvement de droite populiste Tea Party, et entend frapper un grand coup : imposer une législation anti-sociale exemplaire dans un des bastion du syndicalisme, pour ensuite l’appliquer partout ailleurs où les Républicains disposent d’une majorité. Une proposition de loi similaire a déjà déclenché des manifestations dans les états de l’Ohio. Conscient de ces enjeux, les travailleurs du Wisconsin sont fermement décidés à défendre leurs acquis sociaux becs et ongles, soutenus en cela par les syndicats à travers tout les USA et au delà. Les images de soulèvements et la détermination des peuples du monde arabe agissent aussi comme un encouragement. Quand les travailleurs du Wisconsin et leurs alliés investissent la rotonde du Capitole (le parlement), un espace généralement ouvert aux manifestations publiques, c’est pour organiser une occupation durable, improvisant dortoirs, atelier de fabrication de panneaux, centre d’information. Lorsque la capacité maximum des lieux est atteinte ils forment une file à l’extérieur, encerclant le bâtiment.

 

Solidarité au delà des frontières

 

Très vite le mouvement prend de la vitesse et de la force. Les enseignants et les employés sont rejoints par les étudiants. Dès le début du mouvement le gouverneur roule les mécaniques et annonce qu’il fera appel aux militaires de la Garde Nationale si besoin en est, pour garder les prisons, par exemple, une déclaration qui aura un impact négatif. Des athlètes des Packers, véritable héros du Wisconsin et syndiqués eux aussi, se déclarent solidaires du mouvement. Alors qu’ils sont épargnés pas les mesures d’austérité, les policiers et pompiers joignent le mouvement. Alors que les législateurs veulent interdire l’accès au Capitole, un syndicat de la police a appelé publiquement ses membres à passer leurs nuits avec les manifestants qui occupent les lieux. Les message de soutiens arrivent de partout, de groupes religieux ou d’artistes reconnus. Des liens informels se créent avec le soulèvement égyptien : à Madison les manifestants multiplient les références aux évènement du Caire, alors que sur la place Tahrir des manifestant affichent leur soutien à ceux du Wisconsin. Le grand absent est Obama, qui en 2007 affirmait que si jamais le droit des travailleurs à s’organiser ou à négocier était remis en cause, on le verrait aux piquets de grève. Encore une promesse qu’il ne tiendra pas.

 

Guerilla parlementaire et canular téléphonique

 

L’opposition au Sénat essaye de gagner du temps en empêchant le vote : les 14 sénateurs Démocrates ont quitté le Wisconsin, empêchant les 19 Républicains de voter des mesures budgétaires qui requièrent la présence d’au moins 20 sénateurs. Le 23 février un journaliste a appelé le gouverneur Walker, se faisant passer pour David Koch, un milliardaire finançant la droite antisociale. Dès lors le gouverneur abandonne la langue de bois, parle d’aller négocier avec les Démocrates « avec une batte de baseball », de comment il a considéré infiltrer des provocateurs parmi les manifestants ou introduire des propositions de lois pour forcer les Démocrates à revenir.

 

Le mouvement s’étend

 

Début mars, l’agitation a gagné les États voisins du Michigan, de l’Indiana, de l’Ohio et du Minnesota. Chaque fois, des dizaines de milliers de personnes y ont manifesté devant le parlement local. Richard Berg, un manifestant de l’Illinois, déclare : « Si la loi passe au Wisconsin, ils feront ensuite pareil ailleurs. »


Partout en Amérique, les syndicats se rendent compte de l’enjeu de la lutte dans le Midwest. Le centre de la résistance est toujours le Wisconsin et, plus spécialement, l’occupation du Capitole. Le 25 février, les autorités avaient bien décidé de le faire évacuer, mais l’Association professionnelle des policiers annonçait qu’elle se rallierait à l’occupation. Le bras de fer continue. Dans ce mouvement des prises de conscience se font comme en témoigne l’ovation qui a suivi l’intervention de Ramirez, un jeune latino-américain dénonçant le fait que "Wall Street vit luxueusement et témérairement pendant que nous nous retrouvons à payer la facture" et insistant sur la nécessité pour les Afro-Américains et Latinos de rester unis dans la lutte et que tous doivent s’opposer aux attaques venant en sens inverse sur les immigrants avec ou sans-papiers.

 

Le 10 mars le gouverneur a réussi à faire adopter sa loi mais cela n’a pas arrêté le mouvement puisque le 12 avait lieu la plus grosse manifestation depuis le début du conflit. Malgré le vote l’issue de ce combat est donc incertaine.

 

Curieusement la CSI, dont pourtant les syndicats américains sont à l’origine de sa création, reste pour l’instant silencieuse sur ce conflit d’une ampleur que l’on n’avait pas connue depuis des décennies et dans lequel se joue pour partie l’avenir du syndicalisme américain.

 

Quelques dates

25 janvier : La majorité Républicaine vote soixante sept millions de dollars en exemption de taxes pour les entreprises

 

15 février : Début des manifestations de masse, plusieurs dizaines de milliers de manifestants


16 février : Les enseignants se font porter malade en masse pour manifester, de nombreuses école doivent fermer pour un ou plusieurs jours. Les étudiants joignent le mouvement. Début de l’occupation du Capitole. Trente mille manifestants.


19 février : À l’issue d’une semaine d’action et de manifestation, le samedi rassemble soixante dix mille personnes.


20 février : L’occupation du Capitole s’organise pour durer. ADAPT, une association d’handicapés occupe le siège du Parti Républicain à Madison.


21 février : La fédération des syndicats locaux décide d’enclencher la procédure en vue d’une grève nationale


26 février : Deuxième manifestation du samedi, environ cent mille participants. Des manifestations en face du Capitole dans d’autres états réunissent des milliers de supporters


27 février : Les occupants refusent de donner suite à l’ordre de quitter les bâtiments à seize heures et se disent prêts à être arrêtés. Les autorités font marche arrière et annonce qu’il n’y aura pas d’expulsion.


10 mars : Vote de la loi sans discussion et à la hâte. Dehors des milliers de manifestants protestent.


12 mars : Ils sont cent cinquante mille à Madison à participer à la plus grosse manifestation depuis le début du conflit.

 

D’après des articles de Tom Burke, Brad Sigal, Jacob Flomsur et Héléna Jansen parus sur Solidaire et sur fightbacknews

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 20:07

 

http://www.lariposte.com/spip.php?page=newsletter&id_article=1585

 

Jean Luc Mélenchon et la guerre en Libye

 

Jean-Luc Mélenchon a pris position en faveur de l’intervention militaire en Libye. Dans une interview publiée par Libération, le 21 mars, il affirme que si le Front de Gauche était au pouvoir, il aurait adopté la même démarche que Sarkozy : « Si le Front de gauche gouvernait le pays […] serions-nous intervenus directement ? Non. Nous serions allés demander à l’ONU un mandat. Exactement ce qui vient de se faire. Je peux appuyer une démarche quand l’intérêt de mon pays coïncide avec celui de la révolution. »


Jean-Luc Mélenchon répète les mensonges de l’ONU et des gouvernements impliqués dans les bombardements : « Kadhafi tire sur sa population. Au nom du devoir de protéger, l’ONU demande d’intervenir », affirme-t-il. Or la « protection des civils » n’est en réalité que le prétexte de cette guerre. Il permet de masquer ses véritables objectifs, à savoir la protection des intérêts des puissances impérialistes en Libye. Il faut expliquer cette vérité à la population et déchirer le voile d’hypocrisie et de mensonges qui la dissimule. Cette guerre ne vise pas à appuyer la révolution des exploités, mais à la contrecarrer et l’étouffer. C’est une guerre réactionnaire et impérialiste, de tous les points de vue. D’ailleurs, Mélenchon devrait nous expliquer comment il se fait que des réactionnaires notoires comme Sarkozy et Cameron veulent soutenir une révolution, de l’autre côté de la Méditerranée.

 

Dans une note publiée sur son blog, le 24 mars, Mélenchon rejette l’idée que cette intervention puisse être liée aux intérêts économiques et stratégiques des puissances impérialistes. Il cite un article de l’association « Mémoires de luttes » : « L’action armée en cours contre les cibles militaires libyennes ne vise pas à s’approprier le pétrole du pays, pour une raison bien simple : c’est déjà le cas ! Total (France), ENI (Italie), Repsol (Espagne), OMV (Autriche), Petro Canada (Canada), Wintershall (Allemagne) etc., exploitent déjà des gisements. » Ce serait risible si le sujet n’était pas aussi sérieux. Il ne vient pas à l’esprit de Mélenchon que les impérialistes puissent vouloir protéger leurs intérêts. Il n’a pas compris – ou fait semblant de ne pas comprendre – que les révolutions arabes, y compris la révolution libyenne, menacent les énormes intérêts des impérialistes dans cette région hautement stratégique. Pour eux, toutes ces révolutions sont autant de cauchemars. Ils feront ce qu’ils peuvent pour y mettre un terme et stabiliser des régimes dociles garantissant l’exploitation des travailleurs et des ressources naturelles de la région au profit des grandes multinationales américaines, françaises, britanniques, etc. Tel est leur objectif fondamental en Libye.

 

Selon Mélenchon, l’intervention militaire serait « conforme à l’intérêt de la France ». L’intérêt de quelle France ? Celle des capitalistes, des banquiers et des spéculateurs ? Ou celle des travailleurs ? Il n’y a pas vraiment d’intérêt national, puisque la « nation » est divisée en classes aux intérêts diamétralement opposés. L’approche de Mélenchon fait totalement abstraction de la lutte des classes et de leurs intérêts contradictoires.

 

Un peu plus loin, Mélenchon précise son idée : « la politique menée [par Sarkozy] est conforme à l’intérêt de la France : être lié avec le monde maghrébin. Il n’y a pas de futur possible pour la France si elle est opposée au sentiment majoritaire des populations au Maghreb. » On croit rêver. Sarkozy et sa clique ne cessent d’alimenter le racisme à l’égard des travailleurs d’origine maghrébine, en France. Sous couvert de « débat sur l’Islam », ils vont encore stigmatiser les jeunes et travailleurs arabes. Au Maghreb, l’impérialisme français a toujours soutenu, financé et armé les dictatures. Aujourd’hui même, Sarkozy soutient les régimes réactionnaires au Maroc et en Algérie. Il couvre d’un silence complice la répression, les arrestations et la torture qui frappent les militants de gauche, dans ces pays. Voilà comment Sarkozy et le capitalisme français sont « liés au monde maghrébin » !

 

Le rôle de l’ONU

 

Mélenchon soutient l’idée, véhiculée par les impérialistes, selon laquelle l’ONU est une institution progressiste oeuvrant au bien de l’humanité. Il ne jure que par l’ONU. « Je suis partisan d’un ordre international garanti par l’ONU », dit-il. « Depuis vingt ans, mes positions ont toujours été fermes et constantes : je me suis toujours opposé à ce qui n’était pas l’ONU. » Mais là encore, Mélenchon fait abstraction des intérêts de classe que représente l’ONU. Cette institution n’est pas neutre. Elle est l’instrument des grandes puissances impérialistes qui la contrôlent et qui s’en servent comme une couverture légale et « humanitaire » à leurs interventions. Par exemple, l’ONU a justifié la première guerre du Golfe (« protéger les Koweitiens »), la guerre en Serbie (« protéger les Kosovars ») et la guerre en Afghanistan (« lutter contre le terrorisme »). L’ONU a également justifié et organisé l’embargo de l’Irak qui, en douze ans, a fait plus d’un million de victimes irakiennes. Est-ce là « l’ordre international » que Mélenchon appelle de ces vœux ?

Mélenchon pousse jusqu’au ridicule son soutien à l’ONU : « Si la Russie et la Chine avaient mis leur veto à la résolution et que l’OTAN avait décidé d’intervenir, j’aurais été contre l’intervention » en Libye, explique-t-il dans Libération. Face à une guerre impérialiste, Jean-Luc Mélenchon détermine sa position en fonction de ce qu’en pensent… les régimes réactionnaires de Pékin et Moscou. Soit dit en passant, le Front de Gauche est censé élaborer une « programme partagé » avec la population, mais nous n’avions pas compris qu’il était question de le « partager » aussi avec Poutine et Hu Jintao !

 

La référence à l’OTAN ne vaut pas mieux. L’ONU est aussi réactionnaire que l’OTAN – et aussi dominée par l’impérialisme américain. Il est complètement absurde de prétendre que l’intervention en Libye changerait de nature si elle était dirigée par l’OTAN. Les impérialistes s’efforcent – non sans mal, du fait de leurs rivalités – de s’entendre pour passer à l’OTAN tout ou partie de la direction des opérations militaires. Mélenchon y voit la main des Américains et s’en offusque. Mais pour l’information du dirigeant du Parti de Gauche, la résolution de l’ONU était déjà conforme aux intérêts des impérialistes américains, qui ont dès le premier jour dirigé les opérations militaires. Que les bombes larguées sur la Libye portent le sigle de l’ONU ou de l’OTAN ne change strictement rien au caractère réactionnaire de cette guerre.

 

Le 23 mars, Mélenchon écrivait sur son blog : « La résolution 1973 de l’ONU concernant la Libye doit être fidèlement appliquée. Son objet est clairement délimité. Il s’agit de mettre en place une zone d’exclusion aérienne, actuellement effective, pour protéger les civils libyens. La résolution 1973 n’a pas d’autre objectif et exclut clairement toute autre intervention militaire. » Or, premièrement, il n’est pas vrai que la résolution 1973 exclut « toute autre intervention militaire » que la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne. Au contraire, l’ONU autorise « toutes les mesures nécessaires » pour prétendument « protéger les civils » – à l’exclusion d’une intervention terrestre (pour le moment). Mélenchon devrait savoir que le bombardement de blindés et de soldats loyalistes ne relève pas d’une zone d’exclusion aérienne. Les chars ne volent pas, à notre connaissance. Mais abstraction faite de ce petit détail, ce qu’il y a de plus scandaleux, dans le propos de Mélenchon, c’est le soutien qu’il apporte une fois de plus au prétexte mensonger de cette intervention impérialiste : « protéger les civils ».


Risques d’enlisement

 

L’intervention impérialiste en Libye présente les mêmes risques que les guerres en Irak et en Afghanistan. C’est ce risque d’enlisement, conjugué à la rivalité entre puissances impérialistes, qui explique les réticences de l’Allemagne, de la Russie et de la Chine. Le gouvernement des Etats-Unis était réticent à s’embarquer dans une nouvelle guerre. Sarkozy, par contre, voulait que la guerre commence dans les plus brefs délais. Il y a quelques semaines, les diplomates français du « groupe Marly » condamnaient publiquement « l’impulsivité et l’amateurisme » qui caractérisent la politique internationale de Nicolas Sarkozy. Ces diplomates ne sont certainement pas du même bord politique que nous, mais il faut reconnaître qu’ils ont raison, sur ce point. Après la chute de Ben Ali et Moubarak, les insurrections qui ont eu lieu à Benghazi et ailleurs, en Libye, ont convaincu Sarkozy que Kadhafi tomberait très rapidement, lui aussi. Critiqué pour sa « lenteur » à abandonner ses amis dictateurs en Tunisie et en Egypte, il a voulu prendre les devants en Libye. Il a hâtivement exigé le départ de Kadhafi et reconnu le Conseil National de Transition comme le seul « gouvernement » légitime du pays. Selon les calculs de Sarkozy, une chute rapide de Kadhafi lui permettrait de redorer son image aux yeux de l’électorat français – tout en protégeant les intérêts du capitalisme français en Libye.

 

Les événements, cependant, ont pris Sarkozy à contre-pied. Kadhafi a résisté. Ayant conservé le contrôle d’une partie importante des forces armées, le dictateur a lancé une contre-offensive. Or, si Kadhafi se maintient au pouvoir, Sarkozy risque gros. D’où son activité frénétique pour une intervention militaire visant à renverser Kadhafi. Malgré des réticences, Sarkozy a fini par obtenir le soutien de l’ONU. La résolution 1973 était une déclaration de guerre contre le régime libyen. Elle prévoit non seulement une zone d’exclusion aérienne, mais aussi des opérations contre des forces terrestres.

 

Rien n’est plus imprévisible que le déroulement des guerres. Mais le risque d’un enlisement de la coalition est évident. Moins d’une semaine après le début des opérations, des voix se levaient déjà, dans les milieux gouvernementaux, pour évoquer cette perspective. Les frappes aériennes peuvent détruire un certain nombre de blindés et d’avions au sol. Elles peuvent détruire des bunkers et des dépôts d’armes. Elles peuvent également gêner des convois de troupes et d’autres manœuvres militaires en dehors des villes. Mais il est très difficile de renverser un régime au moyen de bombardements aériens. Les impérialistes espèrent que sous la double pression des frappes aériennes et des offensives menées par les insurgés, ce qui reste du régime de Kadhafi finira par se disloquer. Mais ce n’est pas garanti.

 

L’objectif des impérialistes engagés dans cette guerre est de renverser Kadhafi pour lui substituer un gouvernement stable qui sauvegarde leurs intérêts. Dans ce domaine, ils comptent sur le Conseil National de Transition, qui n’a rien à voir avec la révolution. L’insurrection à Benghazi et d’autres villes du pays était le fait des travailleurs et de jeunes. Inspirés et encouragés par les révolutions en Tunisie et en Egypte, ils se sont révoltés dans l’espoir d’en finir avec Kadhafi. Mais l’insurrection n’a été que faiblement suivie dans la capitale – et, à la différence de Ben Ali ou de Moubarak, Kadhafi a pu compter sur une grande quantité de soldats fidèles – sans parler d’un nombre impressionnant de mercenaires. Le Conseil National de Transition a pris forme par-dessus la tête de l’insurrection, à laquelle la plupart de ses membres n’ont pas participé. Ce Conseil est dirigé par Mustapha Mohamad Abdeljalil, l’ancien Ministre de la « Justice » de Kadhafi – autrement dit, l’ancien bourreau-en-chef du régime. Devant la multiplication des soulèvements, des transfuges de ce genre – diplomates, ministres, hommes d’affaires – ont quitté le navire qu’ils croyaient en perdition. Ils ne valent pas mieux que Kadhafi. Leur objectif est de prendre sa place, d’être « Calife à la place du Calife », avec l’aide des grandes puissances impérialistes. Ils ont été rejoints par des « intellectuels » et des hommes d’affaires qui vivaient aux Etats-Unis ou en Europe. Depuis des décennies, des « opposants » libyens en exil ont été démarchés par les services secrets. Un certain nombre d’entre eux ont accepté leurs propositions. Ceux qui se trouvent « spontanément » au CNT en font partie. Le CNT est une coalition d’anciens kadhafistes et d’agents impérialistes. De toute évidence, les impérialistes ne soutiendraient pas le CNT s’ils n’avaient pas de bonnes raisons de penser qu’il défendra leurs intérêts.

 

La position du PCF

 

Dans l’interview du 21 mars à Libération, Mélenchon affirme avoir « voté la résolution du Parlement européen [favorable à une intervention] en accord avec la direction du PCF et de la Gauche unitaire, en accord avec mon collègue eurodéputé communiste Patrick Le Hyaric. » Il est exact que la position de Patrick Le Hyaric, telle qu’il la défend dans l’Humanité Dimanche du 24 mars, est proche de celle de Mélenchon. Mais quelle est la position de la direction du PCF ? Ce n’est pas très clair. Dans son communiqué du 8 mars, le PCF exprimait son « opposition totale à une intervention militaire en Libye ». Mais le 18 mars, un nouveau communiqué du parti appelait seulement à la « vigilance » et rangeait, à tort, le Conseil National de Transition parmi les « forces qui agissent pour la démocratie en Libye ». Par contre, Jacques Fath, membre de l’exécutif national du parti et responsable aux relations internationales, condamnait l’intervention et la résolution de l’ONU, dans l’Humanité du 25 mars (ici).

 

La direction du PCF doit prendre clairement et formellement position contre cette guerre impérialiste. Les militants communistes ne soutiennent pas Kadhafi. Ils sont solidaires des révolutionnaires en Libye et dans les autres pays arabes. Mais il ne fait pas de doute que dans leur immense majorité, les militants communistes s’opposent à cette intervention impérialiste, tout comme ils s’opposaient à la guerre en Irak. Les déclarations de Mélenchon n’engagent que lui. Ce n’est pas à lui de déterminer la politique internationale du Front de Gauche. Le PCF est, de loin, la composante la plus importante du Front de Gauche. En outre, de nombreux militants du Parti de Gauche ne sont pas d’accord avec Mélenchon, sur cette question. Le PCF doit adopter une position indépendante. Il doit s’opposer à l’intervention, expliquer ses véritables objectifs, se dissocier du Conseil National de Transition et autres « faux amis » de la révolution, comme Bernard Henri-Lévy – et soutenir la cause révolutionnaire en Libye et à travers le monde arabe.

 

Greg Oxley et Jérôme Métellus (PCF Paris)

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 19:54

 

http://www.liberation.fr/monde/01012328104-un-monde-de-bandits-dialogue-philosophique

 

Un monde de bandits, dialogue philosophique

 

Par Alain Badiou, philosophe

 

Vous admettez, me dit un jour mon ami le philosophe des rues, qu’aujourd’hui le principe de toutes choses, qui n’est plus discuté par aucun des puissants de ce monde, est le profit ?

 

J’admets, répliquais-je. Mais où voulez-vous en venir ?

 

Quelqu’un qui dit ouvertement «je n’existe que pour mon profit personnel, et je liquiderai mon ami de la veille s’il s’agit de garder ou augmenter mon train de vie.» C’est… ? C’est… ? Allons, un effort…

 

Un bandit. C’est une subjectivité de bandit.

 

Excellent ! s’exclame le philosophe des rues. Oui, notre monde est ouvertement un monde de bandits. Il y a les bandits clandestins et les bandits officiels, mais ce n’est qu’une nuance.

 

Convenons-en. Mais que tirez-vous de cette remarque ?

 

Que nous avons le droit de parler de tout ce qui se passe en nous servant d’images tirées du banditisme, dit le philosophe des rues d’un air rusé. Les parrains, les lieutenants, les petits caïds, les tueurs…

 

Je voudrais bien voir ça ! dis-je, très sceptique.

 

Voyez ce qui se passe en ce moment : dans de nombreux territoires, les gens se rassemblent en masse, pacifiquement, pour dire jour et nuit la vérité, à savoir que ceux qui depuis des décennies les commandent ne sont que des bandits. Le problème, c’est que ces caïds locaux dont les gens rassemblés exigent le départ ont été installés, payés, armés, par les plus puissants des parrains, par les bandits supérieurs, les bandits raffinés : l’Etasunien et ses lieutenants, les Européens. Les territoires où les gens se soulèvent ont pour ces suprêmes parrains un intérêt stratégique et les caïds locaux étaient les gardiens brutaux de cet intérêt supérieur. Que faire ? Contre les gens rassemblés et massés par millions, désarmés, mais qui parlent, qui savent ce qu’ils veulent et qui disent la vérité, les tueurs ne suffisent pas. L’Etasunien et les Européens sont même obligés de faire profil bas. Du bout des lèvres, ils approuvent la lessive populaire.

 

Mais dites-moi, dites-moi : serait-ce le début de la fin du banditisme planétaire qui nous tient lieu de monde ? dis-je, plein d’espoir, au philosophe des rues.

 

Si les gens savent organiser au long cours l’illumination qui est la leur dans l’événement, l’Histoire peut changer de direction. Mais les parrains civilisés ont trouvé un truc. Vous savez que dans un coin de désert à pétrole, il y a un petit caïd qui est là depuis quarante-deux ans.

 

Ah ! Le colonel ! Mais il est mal parti lui aussi. Une partie du peuple réclame sa tête.

 

Les choses ont commencé là-bas comme ailleurs, mais elles ont pris peu à peu un tour très différent. Des gens armés ont pris la direction des événements. Ce ne sont plus de vastes rassemblements qui disent la vérité, mais des petits groupes qui se promènent en quatre quatre en brandissant des mitraillettes, qui sont dirigés par un ex-lieutenant du petit parrain local, et qui traversent le désert à toute allure pour aller s’emparer de bourgades défendues par personne.


Et bien entendu, dis-je, le chef local mafieux, le colonel hystérique, envoie ses tueurs contre eux. Mais en quoi cette situation est-elle une aubaine pour les grands parrains raffinés ?

 

C’est là le coup de génie, s’exclame le philosophe des rues. Les Etasuniens et les Européens vont se charger de liquider eux-mêmes le colonel du désert.

 

Mais, dis-je, c’est très dangereux pour eux ! Il leur a rendu de grands services ! Il a fait sans broncher les plus sales besognes exigées par les Européens. Il est intervenu de façon effrayante contre les ouvriers africains qui veulent venir en Europe en traversant son territoire. Il est devenu le concierge féroce de la douce maison européenne.

 

On n’a rien sans rien, chez les bandits. Quand leurs intérêts sont en cause, les grands parrains savent être sans pitié à l’égard de ceux qui les servaient hier. Civilisation oblige !

 

Et quels sont leurs intérêts, alors, quand ils envoient leurs tueurs civilisés contre leur grossier protégé d’hier ?

 

Considérables. Premièrement, ils s’introduisent enfin dans le jeu politique des territoires où les gens, depuis des semaines, se rassemblent et disent le Vrai. Ils étaient presque décomposés, les parrains, d’être hors jeu, spectateurs de leur propre désastre. Deuxièmement, ils rappellent à tout le monde que la force, c’est eux, et personne d’autre. Les authentiques tueurs, que tout le monde doit redouter, c’est eux. Troisièmement, ils font comme s’ils agissaient au nom du Droit, de la Justice, et même, n’hésitons pas, de la Fraternité et de la Liberté. Puisqu’ils viennent tuer le petit bandit local n’est-ce pas ? Alors qu’il était leur client chéri. N’est-ce pas de la grandeur d’âme, ça ? Quatrièmement, ils espèrent qu’à grands coups de bombes, ils vont revenir au bon vieux temps où la seule distinction qui vaille est : ou bien vous êtes avec le monde tel qu’il est, ses lois inégalitaires, ses élections insignifiantes, ses codes commerciaux, ses tueurs internationaux et le profit comme unique principe. C’est parfait ! Ou bien vous êtes contre tous les parrains, tous les codes vermoulus, pour la fin du banditisme universel, et c’est très mauvais.

 

Terrible. Comment alors expliquer que presque tout le monde approuve l’expédition de l’Etasunien et de ses affidés européens contre leur ex-associé le caïd du désert ?

 

La peur des masses, dit sombrement le philosophe des rues. Dans nos pays nantis, où l’oligarchie dominante a les moyens d’acheter d’innombrables clients directs ou indirects, on désire vivement que les puissants Etats parrains, sous les noms coquets de «communauté internationale» ou d’«Organisation des Nations unies», règlent les affaires. Voyez-vous, «nous» - je parle de notre «nous» public, électoral, médiatique - sommes trop corrompus. Notre principe demeure «mon train de vie d’abord». Nous ne nous résignons pas sérieusement à voir ce principe battu en brèche par les pouilleux du monde enfin rassemblés pour dire le Vrai.

 

C’est comme ça, cher ami, que vous expliquez que chez nous tant de gens, soudain, trouvent des mérites à nos dirigeants, hier encore partout conspués ?

 

Exactement. On a même ressorti, pour la circonstance, le Bavard de Haute Lignée. Il a déjà servi pour le dépeçage de la Yougoslavie à coups de bombardiers, autrefois. Il est un peu usé, mais il sert encore. A l’occasion.

 

Qui toujours fait le larron.

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 19:31

 

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Tariq_Ramadan.280311.htm

 

http://www.tariqramadan.com/De-l-Indigence-des-Debats.html

 

De l’Indigence des Débats Politiques Français

lundi 28 mars 2011, par Tariq Ramadan 

Un frisson nous traverse et la peur nous gagne. Que se passe-t-il donc en France qui puisse expliquer l’indigence caractérisée et continue des débats politiques. Que l’on considère la politique intérieure ou étrangère, le constat est alarmant. Au gré des coups médiatiques des uns, et de la réaction jouée ou/et instrumentalisée des autres, les débats s’enlisent et se perdent dans une atmosphère lourde, malsaine et particulièrement inquiétante. La France - qui se targue encore de donner des leçons d’intelligence et de rationalité au monde - perd son âme, et clairement son honneur. La France va mal, aussi mal que son Président, sa majorité, et son opposition.

 

Incapable de regarder sa diversité culturelle et religieuse en face, la classe politique - toutes tendances confondues - a accepté d’en faire le cœur d’un débat du futur, pourtant déjà bien dépassé. Du débat sur l’identité nationale aux affaires de "voile intégral", en passant par les "fidèles en prière colonisant les rues", ou "l’islam", ou encore la question réchauffée de la "laïcité"… comme thème de campagne présidentielle. Le disque tourne en boucle jusqu’à l’overdose.

 

Six ans après les émeutes sociales de novembre 2005, le débat est enlisé et les acteurs politiques toujours aussi aveugles et sourds.... Ou sont, disons-le, obnubilés par le pouvoir, voire simplement incompétents. La France n’a aucun problème avec la religion, l’islam ou "les cultures d’origine" : elle n’a pas de problème d’intégration, d’identité ou de diversité. Elle a un problème de distribution de pouvoir, un problème d’égalité et de justice sociale, un problème de racisme, marié à un déficit de mémoire. Le mal est effectivement profond et nécessite un engagement politique courageux et une vision claire des enjeux d’avenir.

 

Au lieu de cela, le pays s’enlise depuis près de vingt cinq ans dans le même débat avec une terminologie rafistolée mais des conclusions toujours plus dangereuses et finalement normalisées. Les populistes et les tendances d’extrême droites ont gagné un terrain politique conséquent que les sondages révèlent sans pouvoir évaluer à leur juste mesure leur nette progression. Leurs thèses sont partout présentes et elles s’imposent dans les débats politiques français, au gré des angoisses sociales et sécuritaires des citoyens. Que l’on accepte ou que l’on refuse l’idée de déchoir un citoyen français de sa nationalité - parce que pas assez bon Français - ; l’idée qu’il existe des "bons" et des "mauvais" Français est la norme informelle qui a colonisé les débats français. On y mettra telle ou telle formulation, la substance reste la même. Le populisme l’emporte dans la symbolique, autant que dans la réalité. La politique intérieure menée au gré des coups médiatiques répond à la même logique : il s’agit non d’imposer une vision de politique sociale mais de créer l’événement à instrumentaliser, à "capitaliser" médiatiquement et politiquement.

 

C’est au fond la même attitude à gauche comme à droite. Le Président Nicolas Sarkozy s’est montré mieux équipé que la gauche jusqu’à ce jour mais voilà que Marine Le Pen parait tirer un meilleur profit de l’environnement politico-médiatique que la droite classique et la gauche réunies. Qui peut s’en étonner ? Face aux circonlocutions et aux contorsions verbales des femmes et des hommes politiques de droite comme de gauche, comment ne pas comprendre que les Français se sentent rassurés et en phase avec le franc parler, la détermination, le leadership incontesté dans son camp et l’habilité de la Présidente du Front National de rebondir à chaque péripétie médiatique.

 

L’air du temps frileux et populiste convient à merveille aux....populistes. Le Président Nicolas Sarkozy a joué l’ouverture à gauche au début de son mandat et l’opération a échoué. En tant qu’agent de la normalisation des thèses populistes depuis tant d’années, il aurait dû savoir que son réel concurrent viendrait de sa droite. La seule "ouverture" logique aurait été d’intégrer Marine le Pen dans son gouvernement : le choix aurait eu le mérite d’être clair et cohérent.

 

Élu ou non, au-delà des questions de personnes et de visibilité, force est de constater que le Front National a déjà gagné aux points et que ses thèses ont été lentement légitimées. Le Front National s’est inscrit - par ses slogans comme par sa politique émotionnelle victimaire - dans la conscience collective et politique de la France de même qu’il habite désormais son avenir. Y résister exigera de l’engagement, du courage, du temps et, surtout, d’élaborer et de construire une vision. Or, force est de constater que ni la droite dite classique, ni les socialistes, désormais ignorants des questions sociales, n’ont fait preuve d’une intelligence et d’un courage politiques propres à provoquer un sursaut populaire et à offrir une nouvelle politique d’avenir. Les Français sont aussi las que les partis sont lassants avec leurs politiciens férus de gesticulations politiciennes : point de politique, point de vision… une obsession des coups, et des coups vicieux, « tordus » et, au demeurant, très bas.

 

Le tableau est le même quand il s’agit de politique étrangère. Si l’Europe est absente, la France n’est nulle part. Au-delà (encore !) des coups médiatiques, on ne peut que constater la déroute de la France au cours des événements en Tunisie, en Egypte et au Moyen-Orient. Après avoir soutenu les dictatures pendant des décennies, le gouvernement français fut incapable d’accompagner les mouvements populaires de libération. Timorés, frileux, attentistes, le chef de l’Etat et toute la classe politique semblaient perdus tant tous ces responsables avaient, indifféremment, été compromis avec les dictatures. Que faire ? Que dire ? Alors que les Américains avaient l’intelligence d’être non seulement présents, mais également audibles (jusque dans leurs maladresses et leurs hésitations, parfois réelles, parfois clairement jouées, comme ce fut le cas en Egypte), la France se cherchait.

 

Il a fallu attendre la Libye pour que la France donne le change, et une impression de leadership. Sans vision politique clairement française - mais au fond très inspiré par les analyses de Washington, autant que de Tel-Aviv qui voue une haine féroce à Kadhafi - voilà que le gouvernement français s’affirme avec courage face à un colonel Kadhafi honni de tous. Quelle aubaine ! Comme si le seul souci humanitaire l’emportait, le gouvernement qui n’avait pas réagi aux massacres d’Irak ou de Gaza - voire les avait soutenu lorsque le Président Sarkozy demandait au ministre israélien de la culture de "combien de temps avait-il besoin [le gouvernement israélien] pour finir le travail" - devenait soudain l’ami, à bon compte, des Arabes. Quelle ironie !

 

Un autre coup médiatique qui révèle l’absence de politique nord-africaine et moyen-orientale de la France. C’est enfin Bernard-Henri Levy, en mission, qui va révéler au monde la prise de position "courageuse" de la France reconnaissant le conseil libyen de l’opposition au grand dam du ministre des affaires étrangères Alain Juppé dont le retour annonçait pourtant une réconciliation avec un grand projet de réalignement politique de la France. Ce dernier apprend à Bruxelles que son gouvernement s’engage auprès des « insurgés » libyens et les médias français d’applaudir le retour de la France au-devant d’une scène diplomatique laissée libre, à dessein, par une administration américaine prudente qui suit les événements et laisse la France – à la tête du G20 – prendre les commandes d’une opération à risque.

 

L’administration américaine, sous le président Barack Obama, a beaucoup appris des errances de l’ère George Bush… la France beaucoup moins. Cet apparent succès ponctuel passera très vite aux oubliettes avec la prise de contrôle de l’OTAN et surtout la redéploiement des forces politiques et armées en Afrique du Nord et au Moyen –Orient.

 

Quelle vision politique offre donc la France aujourd’hui ? Hormis le suivisme atlantiste et le soutien sans faille à Israël, que reste-t-il de l’apport français ? Le Président Sarkozy fait sa place sur la scène internationale à coups de « coups médiatiques » et il inquiète ce faisant les autres responsables de gouvernements qui ne savent plus s’ils doivent sourire de ses gesticulations ou s’alarmer de ses incohérences. La France fait peur par sa prétention et son arrogance affichées alors que l’on assiste en direct au délitement progressif de son statut, désormais dépassé. Avec un tel Président, le pays est davantage craint, et doucement moqué, qu’aimé et respecté. Bernard-Henri Levy ou Marine le Pen peuvent bien se rendre en Libye ou sur l’ile italienne de Lampedusa au cours de périples médiatiques : ils sont, en cela, bien à l’image de la France contemporaine et de son gouvernement ... experts en politique de la caméra, obsédés par les images et les couvertures médiatiques. Qu’importe si l’on parle du vide, puisque l’essentiel est de parler et de faire parler.

 

Parlons. De l’identité nationale, de l’islam, de la laïcité, des foulards, de la longueur des robes, des poils de barbe ou de l’unité de la République. Parlons. De la France qui aime les Arabes libyens et leur pétrole et moins les Arabes palestiniens et leur résistance ; de la France qui a peur des immigrés autant que des démocraties du Sud ; qui aime une « Union de la Méditerranée » des gouvernements sécurisés et blindés plutôt que des peuples libres et responsables. Parlons. Parlons donc. Parler et faire parler… quatorze mois encore pour se préparer aux élections en faisant perdre au peuple sa conscience pour gagner un nouvel ancien Président. Et s’il est nouveau… ce sera encore un ancien. Un frisson nous traverse et la peur nous gagne, vraiment.

 

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