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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 17:59

http://www.liberation.fr/futurs/2016/08/04/zaman-france-paie-tres-cher-la-situation-turque_1470284

Zaman France paie très cher la situation turque

Interview d'Emre Demir par Margaux Lacroux

Jeudi 4 Août 2016

Depuis la tentative de putsch en Turquie, Recep Tayyip Erdogan mène une campagne de purge sans précédent dans les médias. Par ricochet, le journal Zaman France en fait actuellement les frais.

Hebdomadaire franco-turc créé en 2008, Zaman France est une franchise du plus grand quotidien turc d’opposition, Zaman. Ce journal est associé au mouvement de l’imam Fethullah Gülen, ancien allié de Recep Tayyip Erdogan devenu son ennemi parce qu’il accuse le gouvernement de corruption. Installé aux Etats-Unis, il est soupçonné d’avoir orchestré un coup d'état raté pour renverser le président Recep Tayyip Erdogan. Emre Demir, fondateur et rédacteur en chef de Zaman France, déplore les répercussions de ces événements sur son journal.

Margaux Lacroux. Quels sont vos liens avec le quotidien Zaman en Turquie, qui a été mis sous tutelle au mois de mars 2016 ?

Emre Demir. Nous en partageons la ligne éditoriale initiale d’opposition mais Zaman France est une société française. C’est une franchise de Zaman et financièrement nous sommes indépendants. Au mois de mars 2016, au moment de sa mise sous tutelle, Zaman a perdu tout son lectorat, son audience et son influence. Le journal a été saisi par le gouvernement et tous les journalistes qui y travaillaient ont été mis à la porte. Zaman France a pu continuer son travail car c’est un média indépendant. Avant, nous bénéficions largement de la popularité de Zaman mais aujourd’hui nous payons très cher la situation turque, il y a une pression énorme.

Margaux Lacroux. Les partisans du parti de la justice et du développement (AKP), le parti fondé par Recep Tayyip Erdogan, accusent les anciens journalistes de Zaman d’avoir aidé à organiser le putsch.

Emre Demir. Ils n’avaient aucun moyen de faire ce qui leur est reproché. Quand on les a virés, ils ont été complètement écartés et ils ne pouvaient plus exercer leur métier. Ils n’ont pas eu d’indemnités, ils avaient du mal à retrouver du travail et ils étaient en grande difficulté financière. Comme le gouvernement accuse le mouvement de Fethullah Gülen, l’image de Zaman est assimilée à ces putschistes. Il y a une volonté de punir les journalistes de Zaman. En réalité, la totalité de ces journalistes avaient condamné le putsch. Nous, en France, nous pouvons heureusement continuer à exercer notre métier. Il y a cependant beaucoup de pressions, des désabonnements et des menaces. A partir du Vendredi 15 Juillet 2016, nous avons reçu des centaines de menaces par jour.

Margaux Lacroux. Les journalistes de Zaman France sont aussi accusés de complicité.

Emre Demir. Depuis la France, nous n'avons évidemment eu aucun rôle dans le putsch. C’est ironique, Zaman France est connu pour sa position dure contre les coups d'état et les régimes de l’époque militaire. Ce qui me dérange, c’est que nous avons été très clairs, nous avons publié un éditorial qui condamnait la tentative de putsch dès les premières heures. La une de Zaman France après le putsch raté était « la république sauvée par le peuple ». J’ai aussi déclaré dans les médias que je préférais un gouvernement élu plutôt qu’un régime de putschistes. Or, il y a actuellement une sorte d’hystérie collective en Turquie. Dès le début, le mouvement de Fethullah Gülen a été pointé du doigt. Je ne suis pas bien placé pour dire si c’est vrai ou pas mais, depuis, Recep Tayyip Erdogan inflige une punition collective. Nous n'avons pas vu de telles pratiques depuis des dizaines d’années. Toute personne considérée comme güléniste doit le payer très cher.

Margaux Lacroux. Pourriez-vous faire les frais des appels à la délation qui circulent sur les réseaux sociaux ?

Emre Demir. Oui, nous sommes ciblés. Le gouvernement d’Ankara soutient la délation même en France. C’est choquant. Mais il y a plus grave, des associations et des établissements éducatifs connus pour leurs liens avec le mouvement güléniste ont été ciblés de manière très violente. Des personnes en lien avec l’AKP appellent à attaquer et punir les gulénistes ici en France. Ils sont très organisés et partagent même les vidéos de leurs actions sur les réseaux sociaux. En tout, il y a eu seize cas de dégradations dans notre pays. J’espère que cela va se calmer mais l’ambiance est très délétère.

Margaux Lacroux. Des mandats d’arrêt ont été délivrés après le Vendredi 15 Juillet 2016. Etes-vous toujours en lien avec des journalistes de Zaman en Turquie ?

Emre Demir. C’est impossible. Tout contact avec un pays étranger est un grand risque. Tout est surveillé en Turquie actuellement. Mais personne ne sait s’il va être arrêté ou s’il est ciblé. Tout ce que je peux dire c’est que mes amis journalistes essaient de rester en vie. Une soixantaine de journalistes ont déjà été emprisonnés. Il y a probablement d’autres arrestations dont personne n’a entendu parler, surtout dans des médias locaux. Environ cent trente médias ont été fermés après le putsch. A part les médias de l'AKP, les médias libéraux et locaux ont été fermés. Il suffit de la décision d’un seul ministre pour fermer un média aujourd’hui, sans aucun recours. En résulte une certaine homogénéisation, les mêmes informations sont diffusées par tous les médias.

Margaux Lacroux. Déjà au mois de mars 2016, il y a eu une vague de désabonnements. Est-ce que cela continue ?

Emre Demir. Comme le gouvernement turc fait un appel à la délation aussi en France et en Europe, chaque abonné risque gros en ce moment. C’est un moyen de dire que cette personne, puisqu’elle lit Zaman, est un terroriste. Le gouvernement est en train de confisquer les biens et a suspendu les comptes bancaires de personnes qui étaient abonnées à Zaman Turquie. Au niveau financier, il y a aussi des répercussions. Nous n’avons pas encore eu le temps de vraiment nous pencher sur la question mais cela va être compliqué.

Margaux Lacroux. Faut-il s’inquiéter pour l’avenir de Zaman France ?

Emre Demir. Actuellement, nous réfléchissons à différentes options, changer le nom du journal ou passer en formule uniquement digitale. La situation est actuellement très grave et cela peut encore s’amplifier. J’espère que nous allons trouver une solution, nous sommes une petite équipe de neuf personnes qui n’a rien à se reprocher. Malgré toutes les pressions, nous avons quand même quatre cent mille visiteurs par mois sur notre site. Cela reste un média respecté et populaire. Nous allons trouver un moyen d’exercer notre métier et nous n'allons pas baisser les bras.

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 09:50

https://blogs.mediapart.fr/bruno-delannay/blog/030816/le-fmi-avoue-avoir-immole-la-grece-pour-le-compte-de-l-eurogroupe-yanis-varoufakis

Le Fonds Monétaire International (FMI) avoue avoir immolé la Grèce pour le compte de l‘Eurogroupe

Par Bruno Delannay

Mercredi 3 Août 2016

Justice ou impunité déplorable, corruption et toujours plus de corruption, ici se joue l'avenir de nos démocraties, pouvons-nous influencer et empêcher cette corruption qui consume le monde, seul point important pour les prochaines élections présidentielles en France.

Le texte tel que Yanis Varoufakis vient de le publier, il parle seul, il est édifiant et criant de vérité.

Cette semaine a débuté avec un débat au parlement grec, lancé par l’opposition officielle, le principal, mais pas le seul, supporter de la troïka à l‘intérieur de la Grèce, avec pour objectif final de me faire inculper pour avoir osé contrer la troïka lorsque je fus ministre des finances durant les six premiers mois de 2015. La troïka, qui avait organisé une panique bancaire avant même que je prenne pied dans mon ministère, qui m‘avait menacé de fermeture des banques trois jours après que j‘aie assumé ma charge ministérielle et qui avait mis en œuvre la fermeture de nos banques, avait à présent décidé de m’accuser d’avoir fermé les banques et imposé le contrôle des capitaux.

Comme tout bon harceleur, la troïka s’est montrée plus que prompte à blâmer ses victimes, à bafouer et à vilipender tout qui oserait résister à ses violences.

Ma réaction aux accusations de la troïka et à la menace d’être entraîné dans une enquête judiciaire fut simple, « allez y, je vous affronterai », les ai-je défiés, « dans l’arène que vous choisirez, dans un amphithéâtre, sur un plateau de télévision et même devant une cour de justice ». Au final, ils se sont dégonflés et la motion parlementaire a été rejetée lorsque quelques-uns d’entre eux, un petit parti qui est habituellement totalement inféodé à la troïka, ont fait le choix stratégique de voter contre elle.

Ensuite, pour parfaire la raclée essuyée par la troïka cette semaine, le rapport du bureau d’évaluation indépendante du FMI (IEO) a été publié. C’est une évaluation brutale qui ne laisse aucune place au doute quant à la théorie économique triviale et à la diplomatie à la canonnière utilisée par la troïka. Ce rapport met en difficulté le FMI, la Banque Centrale Européenne (BCE) et la commission européenne, soit ils restaurent un minimum de leur légitimité en admettant leurs erreurs et en se séparant de ceux qui portent le plus de responsabilité dans cette affaire, ou ils ne font rien, par la même décuplant le mécontentement des citoyens européens envers l’Union Européenne, accélérant ainsi la déconstruction de cette dernière.

Lorsque j’étais ministre, occupé à négocier avec ce genre d’individus, la presse dépendant de la troïka affirmait que j’étais indigne de conduire ces négociations parce que j’avais osé insinuer que, de 2010 à 2014, le FMI, la BCE et la commission européenne avaient soumis la Grèce à des simulations de noyade fiscale, provoquant une grande dépression inutile en raison de leur imposition violente de politiques macro économiques incompétentes. Les médias de l’establishment affirmaient que le ministre des finances d’une petite nation en faillite, soumise à des simulations de noyade fiscale par les fonctionnaires de la toute-puissante troïka, ne pouvait pas se permettre de dire, que ce soit en public ou même en privé, que l’on était en train de soumettre cette petite nation en faillite à des simulations de noyade fiscale.

Ma réponse fut que nous avions tenté le silence et l’obéissance de 2010 à 2014. Le résultat a été une perte de vingt huit pour cent du revenu national et les raisins de la colère qui « s’étoffaient et se faisaient de plus en plus lourd pour la récolte ». Il était donc temps de donner à la troïka des contre-propositions modérées et rationnelles, tout en refusant de continuer à hocher la tête devant leur tactique visant à faire comme si. Jamais on ne m’a pardonné d’avoir adopté cette position.

Un an après que la troïka ait réussi à me faire éjecter du gouvernement grec, en convaincant Alexis Tsipras à capituler devant eux contre les souhaits de soixante deux pour cent des électeurs grecs, le bureau des affaires internes du FMI confirme maintenant que ma position était totalement justifiée et non erronée ou peu diplomate. Dans son article du Vendredi 29 Juillet 2016 au sein du Daily Telegraph, Ambrose Evans-Pritcher a dit ceci à propos du rapport du bureau d’évaluation indépendante du FMI, « u sous-rapport sur la saga grecque révèle que le pays a été forcé de se soumettre à un resserrement écrasant, équivalent à onze pour cent du Produit Intérieur Brut (PIB) sur les trois premières années. Ceci a déclenché une spirale négative auto-alimentée. Plus la situation se dégradait, plus la Grèce était forcée de sabrer, ce que l’ancien ministre des finances Yanis Varoufakis a appelé simulation de noyade fiscale ».

À présent, la question est que va-t-il se passer ensuite ?

Quel intérêt y a-t-il à recevoir un mea culpa, si les politiques imposées au gouvernement grec sont les mêmes que celles pour lesquelles un mea culpa a été publié ?

Quel intérêt y a-t-il à avoir un mea culpa, si les officiels qui ont imposé des politiques aussi désastreuses et inhumaines restent en place et sont, en fait, promus en récompense de leur incompétence crasse ?

Pour résumer, il est urgent que des excuses soient adressées au peuple grec, pas seulement de la part du FMI, mais aussi de la part de la BCE et de la commission européenne, dont les officiels ont encouragé le FMI à procéder à la simulation de noyade fiscale de la Grèce. Mais des excuses et un mea culpa collectif de la part de la troïka seraient terriblement insuffisants. Cela doit être suivi du licenciement immédiat d’au moins trois fonctionnaires.

Le premier sur la liste est Poul Thomsen, le chef de la première mission du FMI en Grèce, dont l’échec retentissant, selon les propres rapports du FMI, jamais auparavant un chef de mission n’avait présidé à pire désastre macro-économique, a résulté en une promotion au poste de responsable pour l’Europe au sein du FMI. Le second, fort proche du premier sur cette liste, est Thomas Wieser, le président de l’Euro Working Group, qui a trempé dans toutes les politiques et tous les coups qui ont conduit à l’immolation de la Grèce et l’ignominie de l’Europe, qui sera, il faut l’espérer, rejoint dans sa retraite par Declan Costello, dont les empreintes se retrouvent partout au sein des instruments utilisés pour la simulation de noyade fiscale. Et, enfin, un gentleman que mes amis irlandais ne connaissent que trop bien, Klaus Masuch de la BCE.

Enfin, et c’est le plus important, ces excuses et ces licenciements ne serviront à rien s’ils ne sont pas suivi d’un revirement complet sur les politiques macro-économiques, fiscales et de réformes appliquées en Grèce et au-delà.

Est-ce que l’un au moins de ces éléments se produira ? Ou le rapport du bureau d’évaluation indépendante du FMI ne fera qu’illuminer le ciel un instant, avant d’être vite oublié ? Les signes penchent pour la seconde voie. Dans ce cas, les chances de l’Union Européenne de regagner la confiance de ses citoyens, chances qui sont déjà trop minces, s’échapperont des mains de nos dirigeants comme du fin sable blanc.

Citations supplémentaires du texte d’Ambrose Evans-Pritchard

« Le rapport du bureau d’évaluation indépendante du FMI (IEO) passe au-dessus de la tête de sa directrice, Christine Lagarde. Il ne répond qu’au conseil d’administration et les administrateurs d’Asie et d’Amérique Latine sont clairement révoltés devant la manière avec laquelle des initiés de l’Union Européenne ont utilisé le FMI pour sauver leur propre, riche union monétaire et leur système bancaire.

Si les actions du FMI étaient compréhensibles au centre de la crise, la dure vérité est que le programme de sauvetage a sacrifié la Grèce au cours d’une mise en attente destinée à sauver l’euro et les banques de l’Europe du nord. La Grèce a enduré le traditionnel choc d’austérité amené par le FMI, sans les remèdes de compensation du FMI que sont la réduction de la dette et la dévaluation monétaire pour rétablir la viabilité du pays.

Les plus hauts fonctionnaires du FMI ont trompé leur propre conseil d’administration, commis une série d’erreurs de jugement calamiteuses en Grèce, sont devenus des défenseurs enthousiastes du projet de l’euro, ont ignoré les signaux avertissant du déclenchement imminent d’une crise et, collectivement, ils ont échoué à maîtriser un concept élémentaire de la théorie monétaire. De nombreux documents ont été préparés en dehors des canaux officiels connus. La documentation écrite sur certains sujets sensibles n’a pas pu être localisée.

Le rapport de l’IEO décrit une culture de la complaisance, encline a produire des analyses superficielles et mécaniques, et retrace un effondrement de gouvernance choquant au sein du FMI, dressant un tableau trouble dans lequel on ne sait pas qui décide ».

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 09:15

http://www.liberation.fr/debats/2016/08/02/il-faut-sauver-antonio-gramsci-de-ses-ennemis_1469922

Il faut sauver Antonio Gramsci de ses ennemis

Par Robert Maggiori

Mardi 2 Août 2016

La droite et l’extrême droite ont revendiqué le penseur du Parti Communiste Italien (PCI).

Récupération tactique de celui qui rappelait que la conquête du pouvoir passait par les idées. Mais pas n’importe quelles idées, aurait ajouté le penseur sarde.

Suivant les données de la bibliografia gramsciana, fondée par John Cammett, et de l’International Gramsci Society, il existe plus de dix huit mille études consacrées au philosophe, homme politique et révolutionnaire italien, publiées dans une quarantaine de langues, deux mille cinq cent en anglais et six cent en japonais. Preuve de la richesse de sa pensée, mais aussi de la difficulté à définir, sans trop de simplifications, « ce qu’Antonio Gramsci a vraiment dit ».

S’il est normal que son œuvre, dont il faut rappeler qu’elle a été pour une large part rédigée en prison, qu’elle a de ce fait un caractère non systématique, et qu’il a fallu plusieurs décennies pour en présenter une édition scientifique, fasse l’objet d’une multitude d’interprétations, il apparaît plus paradoxal qu’après avoir constitué l’une des assises fondamentales du marxisme d’après Karl Marx, elle soit, depuis le début des années 1980, annexée par la pensée d’extrême droite. Il y a même eu un Nicolas Sarkozy, philosophe bien connu, pour déclarer au Figaro « qu’au fond, j’ai fait mienne l’analyse d’Antonio Gramsci, le pouvoir se gagne par les idées ».

Antonio Gramsci est né le 22 janvier 1891 à Ales, en Sardaigne. Enfant, il fait une grave chute qui déforme à jamais son dos. Pour aider sa famille, le jeune Antonio Gramsci trouve un travail de transporteur de dossiers au cadastre de Ghilarza. Une bourse lui permet de partir pour Turin et de s’inscrire à la faculté de lettres. Membre des jeunesses socialistes, il entre, en 1916, à la rédaction de l’Avanti comme chroniqueur et critique théâtral. Il étudie l’idéalisme allemand, Friedrich Hegel, et découvre Karl Marx. Un an après, il dirige « le cri du peuple », c’est dans ses pages qu’il commente la révolution russe.

En 1919, il fonde l’Ordine Nuovo. Dans un article de cette revue, il lance l’idée des conseils d’usine, qui aussitôt se multiplient. Antonio Gramsci devient le leader du mouvement conseilliste, lors des grandes grèves des mois de mars et d’avril 1920. L’année suivante, il entre au comité central du PCI, juste né à Livourne, qui le délègue à l’internationale communiste. Il part pour Moscou à la fin du mois de mai 1922. Malade, il reste six mois au sanatorium de Serebryany Bor où il rencontre une jeune musicienne russe, Julia Schucht, qui deviendra sa femme.

Le cerveau à supprimer

En 1923, l’internationale communiste l’envoie à Vienne pour suivre de plus près la situation en Italie où le fascisme s’est installé. Chef effectif du PCI, Antonio Gramsci est élu député de Vénétie le 6 avril 1924. Revenu en Italie, il est, pour les mussoliniens, le « cerveau qu’il faut empêcher de fonctionner ».

Malgré son immunité parlementaire, il est arrêté par les fascistes le 8 novembre 1926. Il restera en prison jusqu’à sa mort, le 27 avril 1937. On sait aujourd’hui, il faudrait tout un livre pour en expliquer les sombres raisons, que les cadres du PCI n’ont pas fait grand-chose pour le libérer.

Du côté opposé, une certaine historiographie de droite, pour détruire l’idée qu’il aurait été le cerveau à supprimer, s’escrime désormais à montrer qu’en réalité Benito Mussolini a aidé Antonio Gramsci et a sympathiquement veillé à ce qu’il reçoive dans sa cellule les livres dont il avait besoin.

Toujours est-il qu’au début des années 1930, toute référence au fondateur du journal du PCI, l’Unitá, disparaît de la presse communiste. Ce n’est qu’après la guerre que sa mémoire devient objet de culte. Antonio Gramsci est le parti par antonomase, son héros, son label et sa philosophie. Son portrait est dans toutes les cellules et son effigie sur les drapeaux, les polos et les agendas.

Durant la période révolutionnaire, en union soviétique, il était, par l’action, Vladimir Lénine et, par sa pensée, Karl Marx. Mais lorsque, en Italie, le parti de Palmiro Togliatti, puis de Luigi Longo et d’Enrico Berlinguer, le transforme en théoricien de l’eurocommunisme, antidogmatique et antistalinien, à Moscou on l’efface des tablettes. Il sera réhabilité, comme les autres hérétiques György Lukács ou Nikolaï Boukharine, lorsque Mikhaïl Gorbatchev lancera la glasnost.

Au mois de juillet 1987, la revue Kommunist titre « actualité des idées d’Antonio Gramsci » et annonce la parution en russe des cahiers de prison. En Italie, grâce à l’hégémonie culturelle exercée par le PCI, Antonio Gramsci devient un auteur classique, étudié dans les écoles. La gauche française, en revanche, l’ignore ou le sous-estime. Une partie des raisons est éditoriale.

Les éditions Gallimard publient les lettres de prison en 1971 et, de 1974 à 1980, les écrits politiques, rédigés avant l’emprisonnement. Ce n’est qu’en 1984 que Robert Paris commence la publication des ouvrages de captivité, les cinq volumes des cahiers de prison.

Longtemps, autrement dit, nousn’avons guère disposé en France d’une édition fiable de l’œuvre gramscienne. Les autres motifs sont politiques et philosophiques. Le marxisme, en France, c’était en grande partie Louis Althusser. Nous lui devons probablement d’avoir introduit de force Antonio Gramsci dans le débat théorique. Mais d’une façon assez paradoxale, puisque, au nom de la scientificité du marxisme, mère porteuse de bien des catastrophes, il soumet à une violente critique toute la pensée gramscienne, réduite à une forme d’historicisme. L’opération ne réussit guère et, à mesure que les œuvres du philosophe sarde paraissent et que paraissent, de plus en plus nombreux, les commentaires et les études, Antonio Gramsci devient la coqueluche de la gauche française. « Le siècle sera gramscien ou ne sera pas », lance audacieusement un hebdomadaire.

On pourrait supposer que les cahiers de prison ne sont pétris que de politique et de théorie marxiste. Ce n’est pas le cas. Ils représentent six ou sept années d’écriture dans la solitude d’une cellule ou d’une chambre de clinique, mais tout y est, réflexions personnelles, développements philosophiques, portraits, remarques psychologiques, études littéraires, notes bibliographiques, essais et traductions. Il voulait faire, écrit-il à sa belle-sœur, Tatiana Schucht, quelque chose pour l’éternité, qui pût l’absorber et centrer sa vie intérieure.

Une assise théorique

En entamant son premier cahier, le 8 février 1929, il dresse la liste, en seize points, des principaux thèmes qu’il se propose d’étudier, « théorie de l’histoire et historiographie, formations des groupes intellectuels italiens, littérature populaire des romans-feuilletons, le concept de folklore, la question méridionale et le sens commun ». Publiés à partir de 1948 en volumes thématiques, le matérialisme historique et la philosophie de Benedetto Croce, les Intellectuels et l’organisation de la culture et notes sur Nicolas Machiavel, les cahiers de prison feront d’Antonio Gramsci « le plus grand philosophe marxiste après Karl Marx ». Sa pensée, diversifiée et articulée, offre, en effet, une assise théorique à partir de laquelle il est possible de rendre compte de la complexité des sociétés occidentales avancées, dans lesquelles le dessein révolutionnaire ne peut reproduire les schémas du modèle soviétique, mais exige d’abord la direction intellectuelle et morale de la société civile et la conquête de l’hégémonie.

A la critique de l’économisme dominant, Antonio Gramsci ajoute donc les dimensions culturelles et éthiques de l’exercice du pouvoir politique. Son apport spécifique au marxisme, qu’il nomme philosophie de la praxis, tient à la façon dont il a repensé les liens entre l’infrastructure économique et la superstructure idéologique, à laquelle il donne une importance capitale. C’est dans ce cadre, l’analyse des conditions culturelles de l’action, qu’il a élaboré ses recherches sur les intellectuels et a forgé le concept, très opératoire, d’hégémonie.

A partir de là ont fleuri les études gramsciennes, en nombre infini, et dans tous les pays. Elles ont surtout proliféré au sein de la gauche intellectuelle, l’argentin Ernesto Laclau pour ne citer qu’un nom, qui, exploitant la philosophie de la praxis d’Antonio Gramsci, mais aussi sa vision de l’état et de la société civile, a tenté, comme le voulait Karl Marx, de faire l’anatomie des sociétés contemporaines, dont le mode de production a radicalement changé, où les notions de classe, de parti et de prolétariat, ont perdu de leur prégnance et où la politique a été dessaisie de son gouvernail par les puissances absconses de la finance.

Dans les pays anglo-saxons et aux Etats-Unis, où une anthologie des cahiers de prison figure parmi les lectures obligées des étudiants en philosophie, sociologie, sciences politiques et journalisme, la pensée gramscienne alimente les cultural studies, par l’intermédiaire de penseurs tels qu’Edward Said ou de l’anglo jamaïcain Stuart Hall, les post colonial studies, à travers la derridienne Gayatri Spivak, et les subaltern studies, nées en Inde du travail de l’historien Ranajit Guha et de son élève Partha Chatterjee, qui a interprété la lutte de libération indienne au moyen des catégories utilisées par Antonio Gramsci pour le risorgimento italien. Le penseur sarde est même devenu une sorte de drapeau de la lutte des minorités sexuelles ou ethniques sous la plume de l’afro américain Cornel West, « Councillor West », dans Matrix Reloaded des sœurs Wachowski.

En Amérique latine, et au Brésil en particulier, Antonio Gramsci continue, en revanche, à être lu, entre autres par Carlos Nelson Coutinho, Marco Aurélio Nogueira ou Marcos del Roio, comme théoricien politique révolutionnaire, dont les outils restent opératoires pour comprendre les dynamiques du monde globalisé et en sortir. On n’oublie pas, enfin, qu’Antonio Gramsci est une référence tant pour Aléxis Tsípras et les inspirateurs de Syriza en Grèce, ou pour Pablo Iglesias et les philosophes de l’université Complutense de Madrid, où est né Podemos. Dans tous les cas, il s’agit d’une exploitation légitime de la pensée gramscienne, qui en poursuit la visée émancipatrice, de gauche.

Gramscisme de droite

Plus paradoxale est sa récupération par les penseurs néo conservateurs ou d’extrême droite. C’est sans doute Alain de Benoist qui insista le premier, dès les années 1970, sur la nécessité de forger un gramscisme de droite qui puisse inciter les politiques droitières à faire davantage attention aux dimensions culturelles de l’action politique. En 1985, huit de ses textes sont réunis et traduits en allemand sous le titre « kultur revolution von rechts, Antonio Gramsci und die nouvelle droite » et la revue Junge Freiheit explicite encore le propos en appelant la droite et l’extrême droite à la reconquête de l’hégémonie sociale perdue contre la gauche, en travaillant sur la notion gramscienne de sens commun.

L’appel, depuis, a été entendu, des think tanks néo conservateurs américains au Front National lepéniste, même si l’on oubliait que, pour Antonio Gramsci, c’est le parti communiste qui devait construire l’hégémonie et, en tant qu’intellectuel collectif, donner cohérence au sens commun, afin que de là sourdent, majoritaires, les idées de justice sociale. A voir la façon dont il est aujourd’hui utilisé par ceux qui furent toute sa vie ses ennemis, Antonio Gramsci se retournerait dans sa tombe.

Là où il est, il a sans doute gardé avec plus d’émotion la vidéo lettre que lui envoya, en 1997, l’historien marxiste Eric Hobsbawm, « tu es mort depuis soixante ans, mais tu vis dans le cœur de ceux qui veulent un monde où les pauvres aient la possibilité de devenir de vrais êtres humains ».

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 19:43

Des élus allemands prônent le retrait des soldats d'Incirlik (Reuters)

Dimanche 10 juillet 2016

Plusieurs députés allemands estiment que les deux cent cinquante soldats allemands déployés sur la base aérienne turque d'Incirlik doivent être rappelés en Allemagne si les autorités d'Ankara continuent de refuser l'idée d'une visite de parlementaires allemands sur le site.

Quelque deux cent cinquante militaires allemands sont présents à Incirlik et participent aux opérations de l'Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) contre les combattants du groupe Etat Islamique en Irak.

Des députés allemands avaient demandé la possibilité de se rendre sur la base mais les autorités turques refusent, furieuses de l'adoption par le Bundestag le mois dernier d'une résolution qualifiant de génocide les massacres d’arméniens pour les forces ottomanes en 1915.

Les relations entre l'Allemagne et la Turquie se sont tendues depuis l'adoption de ce texte et Ankara a rappelé son ambassadeur à Berlin.

Pour le député écologiste Cem Ozdemir, d'origine turque, le refus de la Turquie à la venue des parlementaires est inacceptable.

« En tant que députés, nous dépêchons des soldats dans certains endroits, nous devons savoir où ils se trouvent, comment ils sont et pouvoir leur parler. Si cela n'est pas possible en Turquie, alors les soldats doivent revenir en Allemagne », a-t-il dit sur la chaîne publique ARD.

Les élus de plusieurs autres partis, dont les élus du parti social démocrate d’Allemagne (SPD), ont joint leurs voix à la demande de la chancelière Angela Merkel pour que puisse s'effectuer cette visite de parlementaires à Incirlik.

Angela Merkel a rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan en marge du sommet de l'OTAN à Varsovie Samedi 9 Juillet 2016 et a décrit la rencontre comme constructive bien que demeurent les divergences existantes.

« L'attitude du président turc Recep Tayyip Erdogan risque d'aboutir au retrait de l'armée allemande », a déclaré Andreas Scheuer, secrétaire général de l’union chrétienne-sociale (CSU), composante bavaroise de l’union chrétienne démocrate (CDU), au quotidien Tagesspiegel à paraître Lundi 11 Juillet 2016.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 15:24

Les supermarchés Marinopoulos se déclarent en faillite en Grèce (Reuters)

La chaîne grecque de supermarchés Marinopoulos s'est déclarée Mercredi 29 Juin 2016 en faillite, nouveau signe des difficultés économiques de la Grèce, plongée en récession depuis des années.

Marinopoulos, qui emploie plus de douze mille cinq cent personnes et dispose de plus de huit cent magasins, a demandé à la justice de lancer une procédure de sauvegarde pour lui donner le temps d'essayer de se restructurer.

Cette demande devrait être examinée Vendredi Premier Juillet 2016, précise le distributeur dans un communiqué.

« Le redressement judiciaire est la seule solution pour maintenir l'activité du groupe à l'heure actuelle et permettre une transition progressive vers un plan global qui assurera une viabilité de long terme », écrit Marinopoulos, dont les magasins continuent de fonctionner normalement.

D'après les médias grecs, la chaîne de supermarchés doit environ sept cent millions d'euros à deux mille fournisseurs.

Un représentant du personnel, Thomas Hortis, a dit craindre la fermeture d'environ la moitié des supermarchés du groupe et des suppressions d'emplois massives.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 15:12

http://www.france-palestine.org/Campagnes-BDS-boycott-desinvestissement-sanctions-Declaration-du-PCF

Déclaration du Parti Communiste Français (PCF) relative à la campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS)

Vendredi 22 Juillet 2016

Suite à un texte diffusé par le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF) faisant état de l’audition par sa commission « relations avec les élus » d’une conseillère communiste de Paris, des affirmations sans fondement ont circulé sur les réseaux sociaux quant à la position du PCF sur la campagne BDS et à la nature et les objectifs de cette campagne.

Le PCF tient à rappeler et réaffirmer son soutien sans équivoque depuis son origine à la campagne internationale pour le BDS et à l'appel de 2005 lancé par les partis politiques, syndicats, associations, coalitions et organisations palestiniennes représentant les trois parties intégrantes du peuple de la Palestine, réfugiés palestiniens, palestiniens sous occupation et citoyens palestiniens d’Israël.

Encore le 4 juin 2016, le PCF a publié une vidéo appelant à la mobilisation populaire pour une paix juste et durable entre israéliens et palestiniens et rappelant le sens de son engagement aux côtés des démocrates et des progressistes israéliens et palestiniens pour le respect du droit international, l’arrêt de la colonisation et de l’occupation israélienne, la reconnaissance de l'état palestinien dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale, la libération de Marwan Barghouthi et de tous les prisonniers politiques palestiniens, la levée du blocus de Gaza, la destruction du mur, le retour des réfugiés palestiniens et la coexistence pacifique entre palestiniens et israéliens.

Les forces progressistes et démocratiques israéliennes telles que le parti communiste israélien, Breaking the Silence, La Paix Maintenant, de nombreuses personnalités, y compris de droite et des membres de l'état major, appellent en Israël à mettre fin à l’occupation et la colonisation des territoires palestiniens, au respect des accords internationaux et à un règlement diplomatique pacifique d’une situation dont les gouvernements successifs israéliens, mais particulièrement celui de Benjamin Netanyahu, portent la responsabilité.

De nombreux militants communistes français participent aux actions pacifiques du mouvement pour le BDS, dont le PCF n’est pas signataire, et sont poursuivis en vertu des circulaires de Michel Mercier et de Michèle Alliot-Marie qui criminalisent l’action militante pacifiste et insultent les militants de la paix les accusant d’antisémitisme. Ce sont ces circulaires et l’interdiction du boycott citoyen qui sont illégales, pas l’action non violente des militants de la paix engagés pour la solution à deux états. Engagé à leurs côtés pour leur relaxe, le PCF milite pour l’abrogation de ces circulaires adoptées sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Ces dernières années, l’Union Européenne qui, elle-même, au regard du droit et des conventions internationales, « ne reconnaît pas la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés par le pays depuis juin 1967 qui sont le plateau du Golan, la bande de Gaza et la Cisjordanie y compris Jérusalem-Est », a exclu les produits issus des colonies illégales israéliennes de l’accès aux financements européens.

Cette position est la seule et unique position du PCF, elle est au coeur de son engagement pour la paix, la fraternité entre les peuples et la solidarité internationale.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 14:53

http://www.gisti.org/spip.php?article5454

Accord entre l'Union Européenne et la Turquie, la grande imposture

Rapport de mission dans les centres d'enregistrement et d'identification grecs de Lesbos et de Chios

Lundi 25 Juillet 2016

Depuis le 20 mars 2016, date d’entrée en vigueur de l’accord migratoire conclu entre l’Union Européenne et la Turquie, des milliers de personnes en besoin de protection sont abandonnées dans les prisons à ciel ouvert que sont devenues les îles grecques de Lesbos, Samos, Chios, Leros et Kos.

A l’issue d’une mission conduite dans deux d’entre elles, Lesbos et Chios, entre le 22 mai et le 30 mai 2016, le Groupe d'Information et de Soutien des Travailleurs Immigrés (GISTI) met en évidence non seulement les conditions de vie indignes, hébergement, nourriture et accès aux soins, auxquelles sont soumises les personnes retenues dans les îles mais aussi un traitement administratif et judiciaire contraire, à de nombreux égards, aux droits qui devraient leur être reconnus en application des textes qui engagent l’Union Européenne et ses états membres.

Les constats de la mission démontrent que ces droits sont bafoués de manière quasi-systématique, ce qui entraîne un manquement grave aux garanties procédurales qui, si elles étaient respectées, rendraient inapplicables et inopérants les objectifs de l’accord entre l'Union Européenne et la Turquie, à savoir le refoulement de personnes en besoin de protection par un pays signataire de la convention de Genève de 1951 sur les réfugiés.

À ces violations du droit d’asile s’ajoutent, à Lesbos, bien d’autres dénis de droits, dont l’internement arbitraire de personnes mineures.

La cause immédiate des manquements constatés est imputable à l’administration grecque, chargée à titre principal de la gestion de l’accueil des migrants et des demandeurs d’asile sur son territoire. Cependant, du fait de la combinaison d’un ensemble de circonstances, les difficultés économiques de la Grèce, le contexte migratoire méditerranéen, les effets de la politique européenne d’immigration et d’asile en vigueur depuis plus de quinze ans et enfin l’accord entre l'Union Européenne et la Turquie du 18 mars 2016, ce sont les états membres de l’Union Européenne, et l’Union Européenne elle-même, qui portent l’essentiel de la responsabilité des mauvais traitements et des violations de leurs droits subis par les migrants enfermés dans les centres d'enregistrement et d'identification grecs.

La présence des agences européennes, FRONTEX, EUROPOL et bureau européen de l’asile (EASO), à l’intérieur des centres d'enregistrement et d'identification ne fait que souligner cette responsabilité. Cela est particulièrement visible dans le cas de l'EASO, étroitement impliqué dans le processus d’examen des demandes d’asile, et par conséquent des dysfonctionnements décrits dans le rapport.

Le nouveau contexte turc, intervenu depuis la tentative avortée de coup d'état du Vendredi 15 Juillet 2016, rend encore plus intenable la position des états membres de l’Union Européenne.

Face à un régime renforcé dans son autoritarisme, ils devront louvoyer entre condamner les atteintes croissantes aux libertés et aux droits de l'homme en Turquie et ménager un partenaire utile, un jeu dangereux dont on ne saurait prédire qui sortira gagnant, mais dont on peut craindre que les migrants, otages de l’égoïsme européen, ne soient une fois de plus les victimes.

Les faits parlent d’eux-mêmes, pour mettre fin aux graves violations des droits des migrants enfermés dans les centres d'enregistrement et d'identification grecs et sous la menace d’une expulsion en Turquie, il est indispensable que l’Union Européenne et ses états membres, à tout le moins, renoncent à appliquer la déclaration du 18 mars 2016 et revoient en profondeur le système de responsabilité d’un état membre de l’Union Européenne pour l’examen d’une demande d’asile afin que la demande soit examinée dans le pays du choix du demandeur.

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 14:30

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/28/la-pression-s-accentue-sur-les-campsde-refugies-du-nord-de-la-france_4975770_3224.html

La pression s’accentue sur les camps de réfugiés du nord de la France

En attente d'évacuation, les migrants de Norrent Fontes ont obtenu de la justice un court répit

Par Geoffroy Deffrennes, correspondant du Monde à Lille

Après les évacuations de Chocques, Mercredi Premier Juin 2016, et de Steenvoorde, Lundi 11 Juillet 2016, celle du camp de Norrent-Fontes, implanté au bord de l'autoroute entre Reims et Calais, semble programmée. Même si les réfugiés installés ont obtenu Mercredi 27 Juillet 2016 quelques semaines de répit avant leur expulsion. Convoqués au tribunal de Béthune, les soudanais, les érythréens et les éthiopiens, accompagnés de Bruno Dubout, l’un des deux avocats apportant leur aide juridictionnelle à l’association Terre d'Errance, se sont vu signifier le report de l’audience au 14 septembre 2016.

Selon la préfecture du Pas-de-Calais, on compte actuellement quatre mille cinq cent migrants à Calais, trente migrants à Angres, près de Liévin, et cent cinquante migrants à Norrent-Fontes.

Selon l’association Terre d'Errance, ils seraient en fait deux cent cinquante migrants dans cette dernière commune.

Dans le Nord, la préfecture ne décompte plus que Grande-Synthe, « soit six cent trente quatre personnes à la Linière au Mercredi 20 Juillet 2016, contre sept cent quatre vingt quinze personnes au Mardi 28 Juin 2016 », selon le maire écologiste Damien Carême.

Mercredi 27 Juillet 2016, avant l’audience, Terre d'Errance avait organisé un pique-nique anti stress place Lamartine, face au tribunal de Béthune.

« Certains ont l’expérience de plusieurs expulsions », reconnaît Nathalie, jeune institutrice qui s’est mise en disponibilité un an au profit de l’association. « Je suis amie avec un soudanais qui en a déjà vécu deux à Calais. Il a vingt six ans et, depuis dix ans, il n’a connu que des camps, en commençant par le Darfour. Depuis deux ans, c’est en Europe ».

Autour des sandwiches, pêches et gâteaux maison, une soixantaine de migrants évoquent leur sort. « J’ai peur de la guerre et aussi parce que je suis chrétienne orthodoxe, ce qui commence à poser problème », raconte ainsi Sara. Cette érythréenne de vingt cinq ans espère bien pouvoir étudier un jour en Angleterre. Dukla, un éthiopien, a quitté son emploi à l’aéroport de Dire Dawa, fuyant également l’instabilité. Lui aussi veut aller à Londres, pour rejoindre son frère, « en France, c’est plus dur pour un éthiopien d’obtenir l’asile, on me considère comme moins menacé qu’un érythréen ».

Tous survivent autour d’une carrière, sur un terrain municipal, mais aussi, depuis l’incendie de deux baraquements au mois d'avril 2015, sur des terres privées. « Officiellement, c’est la mairie, invoquant des rats, et les propriétaires qui ont fait passer un huissier », indique Daniel, bénévole.

Mais il sous-entend une pression de la préfecture. En attendant, la solidarité demeure. On vient de Belgique et d’Angleterre pour aider. Des habitants de Dordogne ont apporté une yourte.

« Outre les douches hebdomadaires à Isbergues, nous organisons des douches réservées aux femmes à Lillers, et aussi bientôt à Burbure », expose Dominique, retraitée de la mission locale du département.

Nan Suel, une militante d’Isbergues, ironise, « évacuer Norrent-Fontes ne sera pas plus efficace que les fermetures de Steenvoorde et de Chocques. Ils montent dans le bus pour le Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO) mais s’échappent dès que possible ». Ancien abbé de la paroisse de Steenvoorde, désormais à Dunkerque, Bertrand Lener aide encore Terre d'Errance.

« A Steenvoorde, l’accueil de jour paroissial demeure ouvert aux migrants de 8 heures à 20 heures. Je l’avais créé en 2008. Sur les soixante cinq évacués, la plupart se sont enfuis lors du premier arrêt toilette sur l'autoroute entre Lille et Paris. Beaucoup sont déjà revenus, disséminés dans les champs et dans des bosquets. On a remis une couche à la misère ».

Les autres sont partis gonfler la jungle de Calais et y augmenter les tensions entre africains et afghans. A Calais, lors d’une rixe dans la nuit du Mardi 26 Juillet au Mercredi 27 Juillet 2016 entre migrants, un éthiopien de trente sept ans a été tué. Une première depuis la formation de cette jungle au printemps 2015.

Les contrôles administratifs et judiciaires portant sur les commerces à la sauvette qui ont mobilisé cent cinquante policiers le Mardi 19 Juillet 2016 n’ont rien arrangé. « Ces commerces reproduisaient une rue commerçante, apportant de la convivialité au camp », note le blogueur Philippe Wannesson, du blog des passeurs d’hospitalité. « Et la destruction d'une moitié du camp compresse les nationalités sur l'espace restant alors que les afghans restent numériquement majoritaires ».

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 13:42

http://www.liberation.fr/planete/2016/06/27/carles-puigdemont-monsieur-catalexit_1462406

Catalexit

Par François Musseau, correspondant permanent de Libération à Madrid

Lundi 27 Juin 2016

Séparatiste, le président de la Catalogne espère que le nouveau pouvoir espagnol permettra l’indépendance.

Il est arrivé en retard, bien en retard, alors il s’excuse à plates coutures. Carles Puigdemont est un homme poli et policé, épris de bonnes manières et d’une naturelle courtoisie. Il ne faut pas lui en vouloir, en cette fin d’après-midi, le président de la Catalogne se trouve coincé dans l’hémicycle du parlement régional. Le combat dont il est le protagoniste n’a rien de très réjouissant. Les députés de son camp tentent de ficeler le délicat budget annuel et doivent pour cela négocier le moindre chiffre avec leurs alliés contre-nature de la Candidature d'Unité Populaire (CUP), une coalition anticapitaliste et antisystème. On lui pardonnera donc, et de bon cœur. D’autant que cet homme qui ressemble comme deux gouttes d’eau au sélectionneur allemand, Joaquim Löw, cinquantaine fringante et chevelue, bien plus poivre que sel, énergie contagieuse et un quelque chose de juvénile dans le regard, semble de prime abord s’excuser d’exercer la fonction suprême de son pays. Précisons que, pour les nationalistes catalans, une bonne moitié des sept millions d’habitants, a fortiori les séparatistes comme lui, la notion de pays est aussi émotionnelle qu’indiscutable. Le monologue est le suivant, « je suis d’essence catalane et de circonstance espagnole. Autrement dit, j’appartiens, bien malgré moi, à un état que je n’ai pas choisi ». Carles Puigdemont semble s’excuser, oui, il est par nature timide et modeste. Il a beau arborer d’élégantes lunettes et un impeccable veston noir sur chemise blanche, c’est comme si l’habit de président de la Generalitat, l’exécutif catalan, à Barcelone, était trop grand pour lui. « En tout cas, il faut s’y faire et apprendre. C’est un grand honneur ».

Il ne s’y attendait pas. En janvier, le « normal » Carles Puigdemont, maire de Gérone, est catapulté à la présidence de la Catalogne. On a pensé à lui pour remplacer le sulfureux Artur Mas, calife régional depuis 2010 qui ne faisait pas l’unanimité dans les rangs de la coalition indépendantiste au pouvoir. Casier judiciaire vierge, sympathique et dialoguant, il a tout pour plaire. Le voici donc intronisé et le paradoxe n’est que plus flagrant. Il n’a rien du « Moïse catalan » aux harangues messianiques qu’était Artur Mas. Et pourtant, Carles Puigdemont est entré en fonction avec un mandat clair, obtenir enfin l’indépendance de cette région pas comme les autres, où depuis un bon millénaire les velléités n’ont jamais manqué de se tailler un destin propre. « Cent vingt neuf présidents de la Generalitat m’ont précédé au cours de notre histoire. Mais je suis le premier choisi pour conduire mon pays vers la liberté ». Il prononce une phrase, pas une sentence. Pas étonnant, si Artur Mas s’est converti au séparatisme par calcul politique, Carles Puigdemont est tombé lui dans la marmite depuis tout petit. Anti franquiste dès l’âge de douze ans, ce fils et petit-fils de pâtissiers rêva vite de divorce avec l’Espagne. Adolescent, dans son village d’Amer près de la très catalanophone Gérone, son oncle Josep Puigdemont l’emmène à des meetings sécessionnistes. « Je ne ressens pas de haine contre l'état espagnol, mais un immense amour pour ma patrie. Dans les couples en conflit, la séparation est souvent la meilleure solution ». Carles Puigdemont est un vrai de vrai, acquis à la cause.

Après avoir voulu décoller dans l’espace, il se voyait astronaute, et dans les sons, longtemps bassiste amateur, il adhère à sa terre. Linguiste militant, il décroche un diplôme en langue catalane, monte une association culturelle et prend racine à Gérone.

Cette idéologie sentimentale qui arrive aujourd’hui à défier Madrid, Carles Puigdemont y a largement contribué. Depuis 2006, lorsqu’il devient député de Convergència, une formation de centre droit qui ne cessera de se radicaliser contre le diktat espagnol, il a connu toutes les étapes de cette dynamique centrifuge qui terrifie une majorité d'espagnols. Lui-même psalmodie les étapes de cette passion. D’abord le refus du tribunal constitutionnel, en 2010, d’accorder une nouvelle autonomie à la Catalogne. Ensuite, les marches monstrueuses de la diada, fête régionale annuelle dans les rues de Barcelone, depuis 2012.

Et puis le référendum illégal de l’automne 2014, reflétant un désir majoritaire de rupture, même si la participation fut basse. Sans oublier le défi sécessionniste de l'association des municipalités catalanes, dont il a été élu président en 2015. Et encore, au mois de septembre 2015, le scrutin régional donnant une courte victoire à la coalition séparatiste.

« En 2012, nous avions quatorze députés pour la rupture. Aujourd’hui, nous en avons soixante douze. Il faudrait peut-être nous prendre au sérieux ». Arithmétiquement, son parti serait idéal pour construire une coalition au niveau national après les élections législatives du Dimanche 26 Juin 2016. Mais, politiquement, pour les autres, c’est un casse-tête.

Après le Brexit, le Catalexit, « le Brexit est la preuve qu’on peut parfaitement prendre en Europe des décisions souveraines », réagit-il.

« Les voyages soignent le nationalisme », dit-on souvent à Madrid pour moquer le virus sécessionniste. La maxime ne s’applique pas à lui. Carles Puigdemont a parcouru beaucoup de pays pour rédiger un livre sur « les nations sans état ». Il a cheminé en curieux viscéral, dans toutes les aires du journalisme, de simple reporter à rédacteur en chef du journal catalan el Punt. Il a bourlingué comme entrepreneur médiatique, créateur de l'Agència Catalana de Noticies (ACN) en 1999, une agence de presse, puis à la tête de Catalonia Today, un journal anglophone. Il a voyagé en Roumanie, pays d’origine de sa compagne, Marcela Topor, journaliste de télévision de quinze ans sa cadette qui s’exprime dans un très bon catalan.

Il l’a rencontrée à Gérone lors d’un festival de théâtre. Ils ont deux filles, Magali, huit ans, et Maria, six ans. Il accepte, pour faire plaisir à cette croyante fervente, d’observer les Pâques et le Noël orthodoxe. Fan de nouvelles technologies, twitto incontinent, Carles Puigdemont dit voir loin.

Dans son entourage, on aime le définir comme un visionnaire efficace. Il le sait, la séparation d’avec l’Espagne est un projet fou. De Jean Claude Juncker à Angela Merkel, les grands d’Europe ferment leurs portes à ce trublion centrifuge. Lui persiste et signe. Pragmatique, « avant d’organiser un référendum, il faut consolider une majorité sociale favorable à la rupture ».

Courageux, peut-être, « s'il le faut, j’y laisserai ma peau. Je ne suis en politique que pour cela ».

Inconscient, sûrement, « si je dois choisir entre l’obéissance à une décision du tribunal constitutionnel espagnol, corrompu et espagnoliste, ou à la volonté du peuple catalan, je n’hésiterai pas une seconde ». Quitte à risquer le cachot. En catalan, Puigdemont signifie « cime de la montagne ».

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 09:49

LE PRINTEMPS FRANÇAIS

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie d’un discours de Stathis Kouvelakis dans un meeting d’Unité Populaire à Athènes.

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site d’Unité Populaire en français à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

https://www.unitepopulaire-fr.org/2016/07/26/stathis-kouvelakis-au-meeting-d-unite-populaire-a-athenes-brexit-europe-grece

Le printemps français ou le retour du mouvement révolutionnaire

J’en arrive à présent au deuxième désaccord auquel j’ai fait référence au début, la crise politico-sociale qui a éclaté en France depuis ces cinq derniers mois. S’il fallait résumer en quelques mots le sentiment qui fut le mien au cours de cette période, que j’ai eu la chance de vivre en direct presqu’au jour le jour, je dirais qu’il existe en France un parfum de printemps grec de 2011.

L’obstination de François Hollande et du gouvernement de Manuel Valls à faire passer la réforme de la législation sur le travail qui n’est rien d’autre qu’un transfert d’une grande partie de l’acquis mémorandaire au cadre français, a déclenché la crise. Ces dispositions sont par ailleurs celles que soutient l’Union Européenne dans tous les pays européens où elle estime que des bribes du droit du travail subsistent encore, comme nous l’avons vu avec le Jobs Act de Matteo Renzi en Italie et le nouveau cycle sur le travail qui attend la Grèce. Outre l’opinion publique, opposée à une écrasante majorité, François Hollande et Manuel Valls ne disposent même pas de la majorité au parlement pour faire passer la loi qui porte la signature de la ministre du travail Myriam el Khomri. Une grande partie des députés du Parti Socialiste au pouvoir refusent non seulement de voter cette loi, mais ont même essayé de déposer une motion de censure contre le gouvernement de Manuel Valls, sans malheureusement réunir le nombre de signatures nécessaire malgré la diligence des députés du Parti Communiste Français (PCF).

Pour surmonter l’écueil, en interne et en externe, du rejet par le parlement, François Hollande et Manuel Valls ont dû avoir recours aux procédures de dérogation. Au parlement, ils ont appliqué le quarante neuvième article de la constitution qui autorise l’approbation de projets de loi sans qu’ils soient soumis au vote, avec comme unique possibilité de rejet la déposition et le vote d’une motion de censure à l’encontre du gouvernement. Mais surtout, François Hollande et Manuel Valls ont imposé une répression policière inouïe pour le contexte de toute la période d’après mai 1968, dans le but évident de créer un climat de peur et de tension. La seule chose qu’ils ont réussi à faire jusqu’à présent, c’est la destruction de la base sociale survivante de leur parti, avec pour résultat des sondages montrant à l’unisson un François Hollande inexistant au second tour des élections présidentielles de l’année prochaine, avec un pourcentage inférieur à quinze pour cent des voix. À partir des termes qui reviennent le plus souvent dans les commentaires des politiques quand ils font référence au futur qui se dessine pour le parti socialiste, s’est formée l’expression « pasokisation ».

Ce n’est pas seulement la violente offensive néo libérale, la répression et l’avancée auto destructrice d’une sociale démocratie abâtardie qui donnent un parfum grec de 2011 à la conjoncture française. C’est surtout l’apparence impétueuse d’un mouvement social étendu, polymorphe, éminemment révolutionnaire, profondément social et soutenu par la majorité. Dans cet élan a convergé le mouvement syndical ouvrier, qui a lutté avec des grèves longues et dures, particulièrement dans les secteurs portuaires et des raffineries, ainsi qu’une grande partie de la jeunesse étudiante et lycéenne, laquelle a développé, tout au moins concernant les mesures françaises, de nouvelles formes d’actions collectives.

Cette jeunesse est descendue dans la rue, a occupé les places, a participé à la défense des grèves et a débattu, en dépit des difficultés et des réserves mutuelles, avec les syndicats et le mouvement ouvrier. Elle s’est soulevée non seulement sur ce point spécifique, c’est-à-dire la loi travail, mais comme l’affirmait l’un des slogans principaux repris sur les places, « le monde produit par la loi travail ».

Le monde de l’absolutisme patronal, la commercialisation sans limites et le désastre environnemental, l’autoritarisme et la violence raciste.

Depuis plusieurs décennies, c’est sans doute la première fois qu’a retenti aussi fort le discours anticapitaliste ascendant, « mis en situation », porté par les segments les plus avancés du mouvement ouvrier et de la jeunesse.

La préparation politique et l’expression de ce mouvement sont indubitablement la clé des évolutions des prochains temps. Sans aller plus vite que la musique, notons cependant la dynamique que semble acquérir la candidature de la personnalité la plus en vue de la gauche révolutionnaire française, celle de Jean-Luc Mélenchon, lequel, selon les sondages, bénéficierait d’un net avantage sur François Hollande.

Ce n’est naturellement pas un hasard si la figure montante de Jean Luc Mélenchon brandit de plus en plus l’étendard de la confrontation avec l’Union Européenne.

Depuis qu’il a salué le Brexit comme une évolution positive, qui ouvre grand la voie à la question de l’Union Européenne et de sa légitimité, Jean Luc Mélenchon aime à se présenter comme « le candidat de la sortie des traités européens ». Et il fait clairement savoir que, si l’Allemagne et ses satellites en bloquent le réexamen, alors un futur gouvernement français de gauche n’aura pas d’autre choix que le recours au référendum pour pouvoir sortir de l’Union Européenne.

L’autre référence de Jean Luc Mélenchon qui explique l’évolution de sa position est la Grèce. L’enseignement qu’il a tiré de la capitulation d’Alexis Tsipras et de son gouvernement est que toute confrontation avec l’Union Européenne n’a aucune perspective sans un plan B comprenant l’option de la sortie de la zone euro et de l’Union Européenne. À l’initiative de Jean Luc Mélenchon et d’Oscar Lafontaine, le débat a été lancé par deux conférences à Paris et à Madrid, auxquelles ont participé des personnalités et des forces issues en majorité de la gauche européenne révolutionnaire.

La crise frappe le centre de l’Europe

La seconde et dernière conclusion est donc que l’épicentre de la crise s’est désormais déplacé des pays de la périphérie, qui étaient les maillons faibles de ces dernières années, vers les pays du centre de l’Europe. L’accentuation des tensions entre classes sociales, les heurts dans la construction de l’ensemble européen et la crise de légitimité du plan stratégique des classes dirigeantes européennes ouvrent de nouvelles possibilités d’intervention ascendante. En Angleterre, ce phénomène a pris l’apparence de la révolte des urnes pour le Brexit. En France, comme il sied à sa tradition révolutionnaire, il a pris la forme d’un soulèvement des travailleurs et de la jeunesse, le premier conflit social de grande ampleur qu’ait connu un pays important en Europe depuis le début de la décennie.

Cette double brèche définit aussi le défi que la gauche, et plus particulièrement les forces qui livrent le combat anti-mémorandaire dans notre pays, doivent relever. Les évolutions que connaît le centre de l’Europe renforcent et préparent le terrain pour la contre-offensive, après le désastre auquel le peuple grec a été conduit par l’infâme trahison d’Alexis Tsipras et de Syriza.

C’est là le double message envoyé par les urnes britanniques et la rue et les places de France, le temps du deuil et des larmes touche à sa fin, un nouveau cycle commence.

En l’honneur du Brexit, je terminerai sur ces vers universellement connus du poète et révolutionnaire anglais, philhellène et ami intime de George Gordon Byron, Percy Shelley.

Ce sont les derniers vers d’un poème qu’il composa le jour qui suivit le carnage de Peterloo, en 1819, lorsque les gendarmes massacrèrent des ouvriers rassemblés pour exiger le droit de vote. « We are many, they are few », « nous sommes nombreux, ils sont peu nombreux ».

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