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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 19:16

www.liberation.fr

Le camp Coupat soigne son droit

Tarnac. Les avocats du suspect se battent pour que le juge antiterroriste soit dessaisi.

Jean-Claude Marin, le procureur de la République de Paris, est furieux. La sortie hypermédiatisée de Julien Coupat de la prison de la Santé ferait passer pour blanc comme neige le principal suspect de l’affaire de Tarnac. Dans un communiqué diffusé vendredi, il rappelle que «M. Julien Coupat demeure mis en examen [notamment pour le chef] de direction ou organisation d’un groupement formé en vue de la préparation d’un acte de terrorisme». Selon lui, «cette mise en examen repose sur des charges significatives». Quelques heures plus tard, Coupat réplique en faisant appel de son contrôle judiciaire, qui l’oblige à se tenir entre Montreuil (Seine-Saint-Denis) et Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), à payer 16 000 euros de caution et qui l’empêche de voir sa compagne, Yildune Lévy.

La bataille médiatique continue avec un net avantage pour Coupat et ses soutiens. Une bataille qui en masque une autre. Celle qui se joue dans les galeries du Palais de justice entre le juge d’instruction Thierry Fragnoli et le parquet d’un côté, les avocats de l’autre. Ils s’opposent sur la qualification de l’affaire en terrorisme.

Incompétence.

Le 2 avril, les avocats ont ouvert les hostilités. Après la révélation du contenu du dossier d’instruction (et de sa minceur), les avocats des mis en examen ont convoqué une conférence de presse. Objet : annoncer une requête en déclaration d’incompétence à l’intention du juge. En d’autres termes, demander au juge antiterroriste de se dessaisir de l’affaire pour qu’elletombe dans le droit commun.

Le 6 mai, par une ordonnance, le juge a répondu. Pas de raison de lâcher le dossier. C’est une affaire de terrorisme qui relève de sa compétence.

Pour demander la requalification, Mes William Bourdon et Irène Terrel se sont attaqués à «l’infraction d’association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste», à «l’infraction de direction ou organisation» de cette association de malfaiteur (qui vise Coupat), et à «la notion de terrorisme». Ils se sont appuyés sur des textes de l’ONU qui, selon eux, «doivent primer sur le droit national», affirmant qu’il y a terrorisme lorsque les actes sont «de nature à porter atteinte à l’intégrité physique d’autrui». Or, les sabotages de trains ne pouvaient en aucun cas tuer.

Côté parquet, on a répliqué en se fondant sur le droit français, dans lequel «destructions, dégradations et détériorations», justifient des mises en examen dans un cadre antiterroriste, «non sur la notion de terreur, mais sur celle de l’intimidation».

Une position que reprend à son compte Thierry Fragnoli, invité à trancher. Pour lui, la définition du terrorisme de l’ONU n’en est pas une. Reste «l’intimidation» avancée par le parquet. Il retient une définition d’un texte européen qui explique que le terrorisme «vise à intimider gravement une population, ou à contraindre indûment un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque, ou à gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d’un pays ou d’une organisation internationale». En résumé, pas besoin de tuer pour être un terroriste.

Jurisprudence.

Leur requête rejetée, les avocats indiquent avoir formé un appel qui sera examiné par la chambre de l’instruction. Pour Me Bourdon, s’il y avait une jurisprudence «Coupat-Lévy», cela serait «ouvrir une boîte de Pandore toxique pour l’Etat de droit». Me Terrel complète : «On relie des actes entre eux, comme une espèce de petite mosaïque. Quelques bouts de fers sur une caténaire finissent par devenir des dégradations dans une entreprise terroriste. Demain, un simple tag pourrait devenir du terrorisme.»



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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 20:49

http://www.wsws.org/francais/News/2009/mai2009/dict-m25_prn.shtml

Le « débat » Obama-Cheney et la menace de dictature aux Etats-Unis

Par Joe Kishore

L’incroyable confrontation publique entre le président Barack Obama et l’ancien vice-président Dick Cheney survenue jeudi matin a dévoilé la fragilité du gouvernement constitutionnel et la profonde crise de la démocratie américaine.

Lors de son discours public aux Archives nationales de Washington, Obama a accusé la précédente administration de violer la Constitution. Ce discours d’Obama, consacré à la défense de sa décision de fermer le camp de prisonniers de Guantanamo, avait été planifié à la dernière minute. L’objectif était clairement de contrecarrer l’attaque de Cheney, le président en ayant été averti. 

L’attaque est survenue seulement quelques minutes après la fin des remarques d’Obama. Cheney, s’adressant à des membres d’un groupe de réflexion de droite du renseignement, a dénoncé le président de façon provocatrice et acerbe. Tournant en dérision les critiques d’Obama sur la politique d’ « interrogatoire musclé » de l’administration Bush, autrement dit la torture, l’ancien vice-président a presque accusé le président de vouloir aider et encourager les ennemis des Etats-Unis.

Cheney se trouve au centre d’une campagne de plus en plus incisive visant à mobiliser l’opposition au Congrès et, encore plus inquiétant, parmi ses alliés politiques et sympathisants dans l’armée et la Central Intelligence Agency, contre l’administration Obama. Le développement de l’influence de cette campagne a été reflété par le vote écrasant mercredi au Congrès qui s’est opposé au plan d’Obama de fermer la prison de Guantanamo. Le Sénat, dont la plupart des démocrates, soutenu par le témoignage du directeur du FBI, Robert Mueller III, qui a soulevé la menace posée par le transfert potentiel de prisonniers vers les pénitenciers des Etats-Unis, a voté contre la proposition de fermeture de Guantanamo.

En tentant de défendre les politiques de son administration, Obama a présenté ses propres décisions comme un certain effort d’arrière-garde désespéré pour rétablir le gouvernement constitutionnel aux Etats-Unis après huit ans d’illégalité endémique de la part de l’administration précédente.

Il a souligné la gravité de la menace posée au pouvoir constitutionnel en faisant remarquer qu’il prononçait son discours dans un couloir qui affichait les documents fondateurs de la démocratie américaine : la Déclaration d’indépendance, la Constitution et la Déclaration des droits. Obama rappela à son auditoire qu’il avait « juré de préserver, protéger et défendre la Constitution », et déclara que « nous ne devons jamais, par opportunisme, tourner le dos à ces principes durables ».

Obama a affirmé que sous la précédente administration, « notre gouvernement a pris des décisions basées sur la peur plutôt que la prévoyance; et bien trop souvent notre gouvernement a changé les faits et les preuves pour les adapter aux prédispositions idéologiques ».

Appelant au rétablissement de « la loi et du jugement en bonne et due forme », Obama a déclaré que « les décisions prises au cours des huit dernières années ont établi une approche légale improvisée pour combattre le terrorisme qui n’était pas efficace et qui ne pouvait être soutenue : un cadre qui n’était pas basé sur nos traditions légales et institutions de longue date et qui ne s’est pas laissé guider par nos valeurs ». Les politiques de l’administration Bush, a-t-il dit, ont miné « la loi ».

Dans la section la plus significative de son discours, qui nous informe sur la nature des luttes politiques qui ont fait rage aux plus hauts échelons de l’Etat, Obama a déclaré que les opposants de sa politique « adopte une perspective qui peut être résumée ainsi : “Tout est permis”. Leurs arguments suggèrent que l’objectif de la lutte contre le terrorisme peut justifier tous les moyens et que le président devrait avoir toute l’autorité voulue pour faire ce qu’il désire, admettant qu’ils soient d’accord avec ce président. »

Ayant recours à des euphémismes contredisant le sérieux de ses déclarations, Obama a mis en garde contre la présence de puissantes forces qui étaient prêtes à rompre avec les normes constitutionnelles : « De temps en temps, a-t-il dit, certains pensent que la sécurité et le succès des Etats-Unis exigent que nous nous éloignions des principes sacrés enchâssés dans cet édifice. Nous pouvons entendre de telles voix aujourd’hui. »

La voix principale à laquelle il faisait référence était celle de Cheney. Le président ne se serait pas senti obligé de répliquer à l’ancien vice-président si Obama le percevait comme un excentrique de droite mécontent. En fait, Obama sait que Cheney, celui qui prenait vraiment les décisions dans l’administration Bush et l’homme qui avait dirigé un gouvernement secret, détient une énorme influence au Pentagone, à la CIA et dans d’autres sections moins connues de la bureaucratie du renseignement et de l’armée qui exerce un vaste pouvoir et qui n’est responsable devant personne.

Dans ses remarques devant l’American Enterprise Institute, Cheney est passé à l’offensive contre Obama, traitant personnellement avec mépris l’administration et le président.

Les critiques d’Obama des méthodes d’interrogatoire « sont très injustes envers ceux qui travaillent dans les renseignements et les avocats qui méritent beaucoup mieux pour leurs services dévoués, » a déclaré Cheney. « Le danger ici est la perte de l’emphase sur la sécurité nationale et ce que ça requiert. »

Sur un ton menaçant, Cheney ajouta : « Je conseillerais à l’administration d’être très prudente à l’avenir. »

L’ancien vice-président a pratiquement accusé Obama d’aider les terroristes et de commettre une trahison.

« Divulguer les mémos des interrogatoires étaient absolument à l’opposé des intérêts de sécurité nationale des Etats-Unis, » a-t-il déclaré. « De l’information top secrète se retrouvent maintenant dans les mains des terroristes, qui viennent de recevoir un important ajout dans leur manuel d’entraînement. Partout dans le monde, les gouvernements qui nous ont aidés à capturer des terroristes vont craindre que des opérations conjointes sensibles soient compromises. Et ceux qui travaillent à la CIA se demandent s’ils peuvent dépendre de la Maison-Blanche ou du Congrès pour obtenir un appui lorsque les choses vont se corser. »

Ces mots étaient particulièrement provocateurs et inquiétants, vu qu’ils évoquent délibérément des souvenirs des ressentiments de ceux qui travaillaient à la CIA contre l’administration Kennedy après l’invasion manquée de la baie des Cochons en 1961.

Cheney a joyeusement fait remarquer que la décision de divulguer les mémos a été opposée par des gens à la tête de l’administration Obama, incluant le directeur de la CIA, Leon Panetta, et le directeur du renseignement national, Dennis Blair.

Cheney s’est moqué de la « fausse indignation » de ceux qui ont critiqué les méthodes d’interrogation employées par l’administration Bush. « Au cours de ma longue expérience à Washington, peu de choses ont suscité autant d’indignation artificielle et de faux moralisme que les méthodes d’interrogation utilisées contre quelques terroristes capturés. » Il ajouta que les critiques de ces méthodes « ne sont pas dans une position pour sermonner quiconque sur les “valeurs” ».

Sans ambiguïté, l’ancien vice-président a défendu les techniques d’interrogation de l’administration Bush, insistant que « complètement exclure les méthodes d’interrogations musclées dans le futur est imprudent à l’extrême ».

Il a continué en dénonçant la décision d’Obama de fermer Guantanamo, en lançant un avertissement : « Je pense que le président trouvera, après réflexion, que d’amener les pires terroristes aux États-Unis sera cause de grands dangers et regrets dans les années à venir. »

Ce n’est pas une exagération que d’affirmer que cette confrontation publique entre Obama et Cheney n’a pas de précédent dans l’histoire américaine moderne. Croire que cet échange amer entre le président et l’ancien vice-président ne soulève pas d’importantes questions sur la viabilité de la démocratie américaine est le comble de la complaisance.

Soyons clairs : Cheney parle pour les sections puissantes de la classe dirigeante, soutenue par des sections substantielles de l’appareil militaire et des services du renseignement, qui sont profondément hostiles à la démocratie.

Quant à Obama, sa propre position est minée par des contradictions politiques profondes et insolubles. Son plaidoyer pour que la constitution soit respectée est complètement infirmé par le fait que son administration a accepté sans question les prémisses essentielles sur lesquelles étaient basées la politique étrangère de l’administration Bush : les Etats-Unis mènent une lutte desespérée contre le « terrorisme ».

Tout en s’opposant à certains gestes de l’administration Bush, Obama évite prudemment de défier le mensonge politique fondamental à l’origine de tous ses crimes.

« Al-Qaïda planifie activement une autre attaque contre nous » a déclaré Obama dans le même discours mardi. « Nous savons que cette menace planera sur nous pour longtemps et que nous devons utiliser tous les  composantes de notre pouvoir pour la défaire. »  Et en fait, a affirmé Obama, son administration mène cette lutte de façon plus cohérente en « luttant contre les extrémistes en Afghanistan et au Pakistan qui nous ont attaqué le 11-Septembre ».

Si Obama dit la vérité (que l’administration précédente a adopté une politique où « tout était permis »), alors les responsables doivent être poursuivis en tant que criminels politiques. Au lieu de cela, Obama est venu à leur défense en les décrivant comme étant trop zélés dans la poursuite d’une noble cause. « Confronté à des menaces incertaines, a-t-il dit, notre gouvernement a pris une série de décisions rapides. Et je crois que ces décisions étaient motivées par le désir sincère de protéger la population américaine. »

En deux occasions, Obama a insisté que personne ne serait amené en justice pour les politiques de huit dernières années. Il s’est opposé à la création d’une commission indépendante et a insisté qu’il n’y aurait aucune tentative de « se concentrer sur le passé ».

En indiquant qu’il ne poursuivra les conspirateurs autour de Cheney, Obama ne continue en fait que sa politique de couardise et d’accommodation qui a caractérisé son administration depuis sa mise en place. Chacune des ces concessions a encouragé les sections les plus à droite de l’Etat et a facilité la conspiration contre les droits démocratiques.

La temporisation d’Obama,  ses reculs constants, sont déterminés par les intérêts de classe qu’il représente. Peu importe les critiques qu’il fera de la politique de l’administration Bush, Obama a les mêmes objectifs essentiels. En termes de sa politique intérieure, il a continué à donner d’immenses sommes aux banques et aux investisseurs de Wall Street. En termes de  politique militaire, il continue l’occupation de l’Irak tout en élargissant la guerre en Afghanistan et au Pakistan. Sa défense de la légalité est contredite par le fait que son administration a remis sur pied les commissions militaires pour juger les prisonniers de Guantanamo, a refusé de publier les photos sur la torture et, en général, a maintenu les mesures antidémocratiques de son prédécesseur.

Malgré les avertissements que donne Obama sur l’érosion de la démocratie aux Etats-Unis, son administration, par ses actes mêmes, en facilite et en accélère l’effondrement. Il est impossible de combiner la guerre impérialiste avec la démocratie. La dernière ne peut survivre sans une opposition à  la première.

Obama est incapable d’exposer le véritable contenu social et politique de l’attaque de Cheney, parce que cela demanderait d’exposer les objectifs politiques et les intérêts de classe réactionnaires qui motivent la « guerre au terrorisme ». De plus, cela demanderait un appel à une large mobilisation du peuple américain en défense des droits démocratiques. Mais dans une époque où l’administration met en œuvre une politique intérieure qui défend les intérêts de l’élite financière, l’administration Obama n’a pas l’intention de soulever le mécontentement populaire.

La défense des droits démocratiques ne peut être entreprise  par aucune faction de la classe dirigeante. Les institutions de la démocratie américaine sont déjà dans un état avancé de désintégration.

La défense des droits démocratiques dépend de l’organisation politique indépendante de la classe ouvrière.

(Article original anglais paru le 22 mai 2009)



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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 20:27

En Guadeloupe, la tragédie de "Mé 67" refoulée

LE MONDE | 26.05.09 | 17h38  •  Mis à jour le 27.05.09 | 09h37

Pointe-à-Pitre, envoyée spéciale

Le jour se lève à peine. On a tiré toute la nuit dans Pointe-à-Pitre. Le feu ne s'est calmé qu'aux petites heures du matin, dans l'épuisement et la peur. Ce samedi 27 mai 1967, Max Jasor, 13 ans, le fils du libraire, est très tôt levé, dans l'appartement familial de la rue Barbès. Au no 25, devant la porte en fer grillagée, on a jeté un homme comme un sac. Il a plusieurs côtes brisées, la mâchoire enfoncée, des dents cassées. Du haut de l'escalier, l'adolescent ne voit qu'une masse informe, qui geint. Son père, Hubert Jasor.

La veille, vendredi 26 mai, des émeutes ont éclaté place de la Victoire, en début d'après-midi, puis se sont propagées dans Pointe-à-Pitre et ses faubourgs. Un millier d'ouvriers du bâtiment, en grève depuis le 24 mai pour obtenir une augmentation de salaire, se sont massés autour de la darse, dès la fin de la matinée.

Huit mois auparavant, le cyclone Ines a ravagé la Guadeloupe, faisant 32 morts et des millions de francs de dégâts. Les ouvriers du bâtiment ont du travail - mais peu de revenus. Ils attendent le résultat de négociations qui traînent à la chambre de commerce. Dans le petit bâtiment blanc de style colonial, au bord de la place - aujourd'hui office du tourisme -, patronat et syndicats se séparent sur un échec.

Hubert Jasor n'a rien à voir avec cette grève. Le libraire a bien été inquiété plusieurs fois pour avoir, l'un des premiers, cru à l'avenir des écrivains antillais. C'est une époque où les livres de Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs ou Les Damnés de la terre, avec sa célèbre préface de Jean-Paul Sartre, sont saisis par la police.

Une époque où littérature se confond avec politique et se conjugue avec décolonisation. Le père aime aussi Voltaire et les encyclopédistes, Racine et les tragédies, Balzac et le roman, les six enfants ont intérêt à connaître leurs classiques. "Un peu comme Prométhée avait volé le feu aux dieux, il fallait voler la lecture aux Blancs", dit aujourd'hui Max Jasor.

Cet après-midi du vendredi 26 mai, Hubert Jasor se pointe sur la darse. Un bâtiment de la marine nationale est au mouillage, les marins en ville. Un matelot blanc est pris à partie par la foule, Jasor s'interpose, une balle lui frôle la nuque. Puis il est blessé par le coup de crosse d'un gendarme. Recousu à l'hôpital Ricou, le libraire rentre chez lui, quand une patrouille de "képis rouges" l'arrête. L'insulte. Emmené dans la cour de la sous-préfecture, il y est battu comme plâtre.

Caché sous des corps inertes, Hubert Jasor entend ces mots qui le glacent : "Les morts, on les fout à la darse ou à la Gabarre" - le pont qui sépare Grande-Terre de Basse-Terre. Vers 4 heures du matin, reconnu par les forces de l'ordre, il échappe à son calvaire. Conduit à la gendarmerie, il entend des têtes cogner contre les murs, lors d'interrogatoires où les aveux pleuvent à la vitesse des coups. "Ils l'ont arrêté puis l'ont jeté devant la maison", raconte son fils.

Depuis des heures déjà, la situation a dégénéré en une violence incontrôlable. Une phrase, que son auteur présumé jure ne jamais avoir prononcée, a fait en un éclair le tour des manifestants et déclenché l'émeute, en tout début d'après-midi : "Quand les nègres auront faim, ils se remettront au travail." Georges Brizard, le président du syndicat des entrepreneurs du bâtiment, patron de la Socotra, l'aurait prononcée. C'est lui qui négocie avec la CGT Guadeloupe. Le Savoyard, bonhomme costaud et fort en gueule, moustache en balai-brosse, a la réputation de ne pas mâcher ses mots. Les CRS devront l'évacuer en urgence, et le plus discrètement possible.

L'un des fils de cet ingénieur agronome, Michel Brizard, 62 ans aujourd'hui, patron d'une PME dans la zone industrielle de Jarry, raconte que son père a été mortifié de vieillir avec cette tache. "Non seulement parce que je ne l'ai pas dit, mais parce que même si j'en avais eu envie, je n'aurais pas osé", lui répétait ce dernier, désormais décédé.

Sur la place, deux sections de 25 CRS et un peloton de 14 gendarmes gardent la chambre de commerce et, en face, la sous-préfecture. Les gardiens de la paix, dépourvus d'équipement de protection, ont été retirés. Au bord de l'eau, où accostent d'ordinaire les bateaux chargés de sel de Saint-Martin ou de boeufs vivants de Porto-Rico - qui s'échappent parfois, semant la panique dans la ville -, des conques de lambis sont entassées. Ce mollusque, spécialité culinaire antillaise, est vendu sans sa lourde coquille, hérissée de six pointes. Les conques, dont les esclaves usaient comme d'une trompe pour communiquer, vont devenir une arme redoutable.

La première atteint un CRS en pleine tête : il a enlevé son casque pour s'éponger, à cause de la chaleur. Il s'écroule, évacué par deux collègues. Jean Chomereau-Lamotte, seul journaliste sur place, témoin de la scène, prend une photo. "Qu'est-ce que vous foutez là ?", lui a demandé le chef de la section de CRS. Il a brandi sa carte de presse, no 19797.

Après une sommation du commissaire Canales, qu'aucun témoin n'a entendue,

le feu se déclenche. "Ils utilisaient des MAT 49 (Manufacture d'armes de Tulle) qui ont beaucoup servi en Algérie", témoigne Chomereau-Lamotte. Il entend les balles ricocher sur la fontaine de la place, au milieu des gaz lacrymogènes, et tout à coup, un cri : "Yo pren Nestor !" Ils ont tué Nestor. Cette nouvelle va porter la tension à son paroxysme.

"Jacques Nestor, membre du GONG, et l'un des principaux meneurs", comme l'écrira le préfet Pierre Bolotte, vient de recevoir une décharge en plein ventre. Il meurt en arrivant à l'hôpital. Le GONG, Groupe d'organisation nationale de la Guadeloupe, est la cible désignée pour les autorités. Ce ne sont que quelques dizaines de personnes, mais très actives et très surveillées. Le groupe indépendantiste, créé en 1963 à Paris par une soixantaine de militants anticolonialistes, pour la plupart issus de l'AGEG (Association générale des étudiants guadeloupéens), est même devenu une obsession pour le préfet. Il produit sur ce sujet pléthore de notes pour sa hiérarchie.

Louis Théodore le sait bien, qui passera dix ans dans la clandestinité. Cet ex-militant de l'AGEG, membre du Front antillo-guyanais, organisation interdite, a rencontré Mao, le Che, Ben Bella, voyagé dans les pays de l'Est, au beau milieu de la guerre froide. Quand un camarade vient le trouver, à l'école de Gérard Lauriette - dit "Papa Yaya", figure de la créolité guadeloupéenne -, où il enseigne, il n'hésite guère. "Loulou, Jackie est mort", lui a dit son ami en lui montrant un mouchoir imbibé de sang. "Il y avait énormément d'arrestations. La répression commençait, et je savais qu'ils frapperaient tout le monde." Ces militants avaient été formés avec l'idée qu'ils devraient un jour se cacher, et ils avaient pris des dispositions. "On se déplaçait tout le temps. On a fait rentrer Sonny Rupaire (militant nationaliste et poète) de Cuba. On était un petit noyau." En une nuit, ils sont capables de mobiliser quarante personnes pour couvrir la Guadeloupe de tracts et d'inscriptions.

Mais, dans Pointe-à-Pitre, ils n'organisent rien, ces 26 et 27 mai. Près de 56 % de la population de l'île a moins de 20 ans, en cette fin des années 1960. Devant les CRS, les jeunes voient rouge. Des barrages sont érigés partout, des voitures incendiées, le supermarché Unimag, au bout de la rue Frébault, pillé, les pierres volent. Et surtout, l'armurerie Boyer, rue Delgrès, en centre-ville, a été dévalisée. Noir ou Blanc, il ne fait pas bon être dans les rues.

Le jeune Jasor a raccompagné chez lui l'un de ses copains du lycée Carnot pour le protéger, car il a la peau si claire qu'il pourrait passer pour un Blanc. Au retour, il observe, médusé, une femme noire, assez sophistiquée, que l'on questionne méchamment sur un barrage : "Tu es noire ou tu es blanche ?" Elle : "Je n'ai pas à répondre à cette question." Alors que son véhicule est secoué de plus en plus fort, elle se met à pleurer et dit en créole : "Zot pa ka voué an nwé ?" ("Vous ne voyez pas que je suis noire ?")

Serge Glaude, fils de notables guadeloupéens qui a participé à la fondation du GONG, est enseignant au collège de Sainte-Rose. Il a alors 32 ans. Le jeudi, il a conjuré en vain "Kiki" Nestor de quitter Pointe-à-Pitre. Ce dernier lui a raconté que, la veille, il est allé tirer du commissariat un vieux à qui la police avait pris son vélo et qu'il a été, à cette occasion, pris en photo "en long en large et en travers". Quand il apprend sa mort, Serge Glaude tente de se rendre à la veillée funèbre avec deux amis. Des gendarmes mobiles arrêtent son ID 19. "J'ai fait l'Algérie : ces gars étaient dopés au vin rouge et au bismuth. Ils sautillaient sur place en disant : "On va tirer."" L'enseignant assure que certains d'entre eux parlaient mal le français, des légionnaires. On lui intime l'ordre de descendre de voiture. "Le couvre-feu, on s'en fout. On a ordre de tirer sur les nègres comme sur des lapins." Il est aligné contre un mur quand arrive une Jeep de gendarmes, avec un chef de détachement. Les hommes baissent tout de suite leur arme.

Outre les CRS et les forces de police déjà sur place, le préfet Bolotte reçoit vers 1 heure du matin le renfort de deux pelotons venus de Martinique. Dans l'après-midi, il a aussi pris la décision de ramener sur Pointe-à-Pitre un escadron de gendarmes mobiles sur le point d'embarquer à l'aéroport du Raizet. Leurs armes sont déjà dans l'avion. Ce sont ces "képis rouges" qui ont laissé le pire souvenir. Ces hommes avaient été appelés en renfort au mois de mars, lors d'incidents qui avaient éclaté à Basse-Terre avec Srnsky, un militant de l'UNR, le parti gaulliste.

Propriétaire du magasin de chaussures Sans Pareil, il avait lancé son berger allemand contre un cordonnier-cloutier ambulant, un Noir infirme nommé Balzinc, qui s'était installé sur le trottoir devant sa boutique. Le commerçant blanc, exfiltré par le préfet, avait échappé de peu au lynchage, et sa Mercedes avait fini à l'eau. L'affaire a surtout servi aux Renseignements généraux pour établir des listes de militants à surveiller, voire à arrêter, parmi lesquels le docteur Pierre Sainton, l'un des fondateurs du GONG.

En fin d'après-midi, le préfet reçoit la visite du maire communiste de Pointe-à-Pitre, Henri Bangou. Voici comment il le décrit à son ministre de tutelle, le général Pierre Billotte, avant une visite que ce dernier doit effectuer dans l'île : "Le docteur Bangou, c'est un problème que vous connaissez très bien. Vous le reconnaîtrez vite : il est très grand, une tête très intelligente, un aspect avenant et fort bien élevé." La description tient toujours la route. Au plus fort des troubles, le maire a ceint son écharpe et s'est rendu, accompagné d'une partie de ses adjoints, vers le marché central, où des groupes de jeunes font face aux CRS. "Je vais haranguer la foule, pour dire : calmez-vous", explique-t-il. Mais l'épisode tourne court, l'équipe municipale est obligée de battre rapidement en retraite. Lorsque le maire demande au préfet de retirer les forces de l'ordre, celui-ci refuse. "Il m'a répondu qu'il ne pouvait pas. Qu'il
avait été accusé de mollesse lors des événements de Basse-Terre."

La chasse à l'homme a commencé. Dès le 26 mai au soir, à 18 h 45, le préfet envoie un long télégramme au ministre, qui mentionne notamment ceci : "Ai ordonné arrestation principaux meneurs dont TOMICHE, secrétaire syndical employé de commerce et récemment exclu du comité central du Parti communiste STOP." Sur une radio amateur, Paul Tomiche capte les ondes de la police : il faut amener le propriétaire de "l'Opel Corsa 77 MV, Max, Victorine, mort ou vif à Petit Papa" (la gendarmerie de Petit-Pérou). Sa voiture. Il se cache à Bergevin, puis beaucoup plus loin, à Petit-Canal. Coupe sa barbe. Part au Moule. L'Etincelle, l'organe du PCG, titrera : "Les aventuriers ont pris la fuite." Il sera arrêté et fera onze mois de prison.

Le bilan officiel tiré par Pierre Bolotte pour le ministère, dans un télégramme daté du 30 mai, est le suivant : "Sept morts identifiés. Possibilité autres victimes non déclarées." Ce sont tous des manifestants. Il y a de nombreux blessés parmi les civils, mais combien ? Pour les forces de l'ordre : "Armée, un sous-lieutenant sérieusement blessé. Gendarmerie, six gradés et gendarmes, dont deux par armes à feu. CRS, vingt-sept gradés et gardiens, dont dix gravement et quatre blessés par armes à feu." Vingt-sept arrestations de droit commun ont lieu, et vingt et une inculpations. Dix inculpés écopent de peines de prison ferme. Les arrestations vont se poursuivre. Le dimanche 30 mai au soir, à la préfecture de Basse-Terre, les ouvriers, qui demandaient une augmentation de 2,5 %, en obtiennent une de 25 %.

Un autre procès a lieu, à Paris, du 19 février au 1er mars 1968, à la Cour de sûreté de l'Etat, où 18 indépendantistes guadeloupéens sont jugés pour atteinte à l'intégrité du territoire français. La raison ? Leur appartenance au GONG, supposé avoir organisé les émeutes de Pointe-à-Pitre, bien que le rapport du commissaire Honoré Gévaudan, en juin 1967, ait clairement écarté cette hypothèse. Aimé Césaire et Jean-Paul Sartre feront partie des témoins de la défense.

Le préfet Bolotte n'aura jamais à répondre de ses actes, il ne paraîtra dans aucun procès. Il a été enterré le 27 mai 2008. Le commissaire Canales n'ira pas non plus à la barre, prétextant une dépression nerveuse. Glaude, Makouke, Sainton et Théodore ont pris quatre ans avec sursis. Deux inculpés ont eu trois ans avec sursis. Tous les autres, dont Lauriette et Rupaire, ont été acquittés. C'est dans la préface des Damnés de la terre que Jean-Paul Sartre écrivit : "Les voix jaunes et noires parlaient encore de notre humanisme, mais c'était pour nous reprocher notre inhumanité." Depuis 1967, aucun CRS n'a remis les pieds dans l'île.

Béatrice Gurrey
Article paru dans l'édition du 27.05.09




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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 21:10

Le parquet de Paris ne s'oppose plus à la remise en liberté de Julien Coupat (Associated Press)

Le parquet de Paris ne s'oppose plus à la remise en liberté de Julien Coupat, présenté comme le chef d'une cellule soupçonnée de sabotages de caténaires SNCF, a-t-on appris mercredi soir de source judiciaire.

Ecroué depuis le 15 novembre dernier à la prison parisienne de la Santé, Julien Coupat a été entendu mercredi après-midi par le juge d'instruction en charge de cette affaire. Sa remise en liberté pourrait intervenir jeudi, précise-t-on de source judiciaire.

Julien Coupat est mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et "direction d'une structure à vocation terroriste", des chefs passibles de la cour d'assises. Il a toujours protesté de son innocence.

On explique de source judiciaire que le juge d'instruction avait demandé mardi au parquet de se prononcer sur une éventuelle remise en liberté de Julien Coupat. Le parquet ne s'y pas opposé à l'issue de l'audition mercredi, estimant qu'il n'y avait plus de risques de "concertation frauduleuse" entre les neuf personnes mises en examen ni de risques de pression sur les témoins.

Le parquet s'était jusqu'à présent opposé plusieurs fois à la remise en liberté de Julien Coupat. Ses avocats et ceux des autres mis en examen ont toujours dénoncé une "instrumentalisation politique" de ce dossier. Sur les neuf mis en examen, cinq sont soupçonnés d'avoir participé à des actes de malveillance ayant visé la SNCF. Proches de la mouvance qualifiée d'"anarcho-autonome" par la police, ces personnes sont suspectées d'avoir formé une "cellule invisible".

Dans un entretien publié lundi par "Le Monde", Julien Coupat a qualifié de "petite vengeance" la prolongation de sa détention. Répondant par écrit aux questions du quotidien, il a dénoncé une "fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au coeur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires".

Par ailleurs, Julien Coupat a nié être l'auteur du livre "L'insurrection qui vient", versé au dossier d'instruction, dont il dit être "un lecteur". "Il n'y a pas d"affaire de Tarnac', pas plus que d"affaire Coupat'", a-t-il poursuivi dans cet entretien. AP



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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 19:04

La gauche est au pouvoir en France

http://lesbourdins.chez-alice.fr/JY/Bulletin030.htm

Eh oui, la gauche est au pouvoir, et on ne vous l'avait même pas dit. C'est pourtant facile, un coup de Google, et hop la liste est partie. J'en ai trouvé 18, mais ce n'est pas complet. Il y a  Bernard Kouchner, Militaires Sans Frontières. Il y a Richard Descoings, directeur de Sciences-Po, chargé de mission de Xavier Darcos. Il y a Michel Rocard, ambassadeur aux pôles (arctique et antarctique). Il y a Jack Lang, émissaire spécial du Président de la République pour Cuba. Il y a Fadela Amara, auteure de "La Racaille de la République", Seuil 2006. Il y a Eric Besson, ministre des ratonnades. Il y a Brice Lalonde, ambassadeur chargé des négociations climatiques. Il y a Martin Hirsch, commissaire aux pauvres et aux jeunes. Il y a Jean-Marie Bockel, ancien combattant.

Il y a Jean-Pierre Jouyet : "Nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de l'Autorité des marchés financiers (AMF) le 14 novembre 2008. Par un arrêté ministériel du 19 janvier 2009 publié au Journal Officiel le 14 février 2009, l'indemnité de fonction à ce poste a été portée de 149 000 à 220 000 € avec effet rétroactif à la date de sa nomination."

Il y a Jacques Attali, président de la commission chargée des propositions pour enfoncer la France dans la crise. Il y a Marin Karmitz, animateur du conseil pour la création artistique. Il y a François Zimeray, ex-député européen socialiste, ambassadeur pour les droits de l’Homme. Il y a Philippe Val, le chien. Il y a Jean Daniel, celui qui déjeune.

Il y a Denis Olivennes, directeur de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur : "Il y a presque deux ans, Christine Albanel, en accord avec le président de la République, m’a chargé d’une mission qui consistait à obtenir un accord entre les parties concernées pour trouver une solution au piratage. Elle s’est adressée à quelqu’un de gauche car elle voulait que le sujet soit non partisan. On a abouti à un accord sur un dispositif de riposte graduée."

Il y a Bernard Tapie, futur PDG du Club Med avec nos sous. Il y a Dominique Strauss Kahn, représentant personnel de Nicolas Sarkozy au FMI. Et puis alors il y a Claude Allègre. Franchement, Sarko, il y en a déjà 18 avant lui, tu pourrais pas mettre Juppé à la place ? S'il te plaît, Monsieur le président, s'il te plaît !

Jean Yves Bourdin.





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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 18:45

www.socialisme-maintenant.org


www.wsws.org  

La faillite de Chrysler , par Tom Eley et Barry Grey
 
Ce jeudi, le président américain Barack Obama a annoncé lors d’une conférence de presse que Chrysler, le troisième constructeur automobile américain, était en faillite et se plaçait sous le chapitre 11 de la loi américaine sur la faillite. Obama a déclaré que ce processus permettrait de « sauver des emplois » et serait rapide et sans douleur.

Il n’a fallu que quelques heures pour que ses paroles se révèlent être mensongères. Toutes les usines de Chrysler seront fermées pour la durée du processus de faillite et au moins six d’entre elles sont définitivement fermées. Des analystes ont affirmé que la faillite de Chrysler pourrait traîner en cour et que la compagnie pourrait être liquidée. Beaucoup de travailleurs de Chrysler ne mettront plus jamais les pieds dans leur usine.

Dans ses commentaires de jeudi dernier, Obama a cherché à faire porter le blâme de la faillite à une poignée de fonds spéculatifs et autres détenteurs d’actions qui ont refusé de diminuer la dette de Chrysler. Cela est un écran de fumée. En fait, c’est l’administration Obama qui a mis Chrysler en faillite.

L’administration, en accord avec les Travailleurs unis de l’auto (United Auto Workers, UAW), Chrysler et Fiat, a soulevé la menace de la faillite pour forcer les travailleurs de l’auto à accepter d’immenses concessions. Une fois les concessions acceptées, Chrysler a été soumis au chapitre 11.

Les UAW ont joué un rôle clé dans cette conspiration en empêchant toute résistance des travailleurs.

Dans un communiqué de presse, les dirigeants des UAW n’ont donné aucune explication sur le reniement de leur promesse que l’acceptation de nouvelles et importantes concessions empêcherait la faillite et protégerait les emplois. Ils ont toutefois annoncé que les UAW chercheraient à utiliser les tribunaux de faillite pour officialiser les concessions qu’ils ont réussi à arracher aux travailleurs. « Les UAW vont se joindre au gouvernement américain, à Chrysler et à Fiat pour demander à la cour des faillites des Etats-Unis que les ententes contractuelles ratifiées par les membres des UAW soient immédiatement approuvées », peut-on lire.

Lorsque Chrysler sortira de la faillite, si même il en sort, les UAW en deviendront le principal actionnaire. Les UAW pourraient aussi bientôt avoir 40 pour cent des parts de General Motors, un autre grand constructeur automobile qui envisage déclarer faillite.

Ces événements démontrent que les UAW ne sont plus un syndicat que de nom. Ils sont une entreprise qui tire la plus grande partie de ses revenus de l’augmentation de l’exploitation de ses « membres », en plus des cotisations déduites automatiquement des chèques de paie du nombre décroissant de ceux qui travaillent encore.

La transformation des UAW en une entreprise est le résultat d’un processus historique ayant débuté il y a des dizaines d’années. Cette transformation tire sa source dans la perspective politique de droite sur laquelle sont basés les UAW ainsi que le reste du mouvement syndical officiel.

Dans leur lutte contre la destruction de leurs emplois, conditions de vie et conditions de travail, les travailleurs de l’auto ne trouveront pas d’adversaires plus acharnés que les UAW. Il est essentiel que ces luttes, qui doivent commencer maintenant avec l’organisation de comités de membres de la base indépendants des UAW, soient basées sur les leçons politiques des événements ayant mené au désastre actuel.

Plusieurs aspects de la perspective politique des UAW ont mené à son effondrement et à sa transformation en instrument d’exploitation des travailleurs.

* La défense du capitalisme et l’opposition au socialisme : Dans les luttes de masse qui ont mené à la création des UAW dans les années 1930, les travailleurs les plus militants étaient animés par les idéaux du socialisme. Mais la direction syndicale a très tôt rejeté toute lutte pour une restructuration radicale ou une réforme démocratique de la vie économique américaine, voire une transformation révolutionnaire sur la base de principes socialistes. Après la Deuxième Guerre mondiale, de laquelle les Etats-Unis sont sortis en tant que puissance capitaliste dominante, les UAW se sont ralliés à la campagne de l’élite dirigeante américaine visant à obtenir l’hégémonie mondiale. Ils ont ainsi soutenu la politique de la guerre froide à l’étranger et de la chasse aux sorcières contre les communistes aux Etats-Unis mêmes. Les UAW ont organisé une purge des éléments socialistes et radicaux qui avaient joué un rôle clé dans la création du syndicat.

La bureaucratie syndicale qui s’est consolidée sur cette base réactionnaire a identifié ses intérêts avec la rentabilité des trois grands constructeurs américains. Cela signifie que les emplois et les salaires des travailleurs dépendent entièrement de la suprématie économique et industrielle sans partage des Etats-Unis. Lorsque cette suprématie a commencé à s’éroder, les UAW ont adopté comme politique la collaboration avec les compagnies pour renverser les gains que les travailleurs avaient obtenus dans les luttes précédentes.

* Le nationalisme : L’identification des intérêts des travailleurs avec ceux des patrons est liée au nationalisme. Les UAW rejettent le principe fondamental que les travailleurs de tous les pays sont unis dans une lutte commune et qu’ils ne peuvent défendre leurs intérêts qu’en s’unissant internationalement avec leurs frères et sœurs de classe. L’économie mondiale devenant de plus en plus intégrée et dominée par des compagnies transnationales qui mènent leurs opérations à l’échelle mondiale et cherchent les salaires les plus bas sur la planète, il a été démontré que l’orientation nationaliste des UAW est une impasse pour les travailleurs.

Plutôt que faire pression sur les compagnies de l’industrie automobile pour qu’elles fassent des concessions aux travailleurs, les UAW ont plutôt commencé à faire pression sur les travailleurs pour qu’ils fassent des concessions aux compagnies. Les UAW ont cherché à monter les travailleurs américains contre les travailleurs canadiens, mexicains, européens et japonais, insistant qu’ils devaient accepter des salaires moins élevés et l’élimination d’emplois pour que « leurs » compagnies américaines soient plus concurrentielles. La spirale descendante des emplois et du niveau de vie qui en a résulté a mené au désastre que l’on connaît aujourd’hui.

* L’alliance avec le Parti démocrate : Lors des luttes de classe qui ont établi les UAW, comme les grèves d’occupation de Flint et d’autres villes, la direction des UAW a rejeté une lutte pour l’organisation politique indépendante de la classe ouvrière, attachant plutôt les travailleurs au Parti démocrate. C’était là l’expression au niveau politique de sa défense du capitalisme.

Ce soutien a privé les travailleurs de tout moyen de s’opposer de façon efficace à l’offensive que mène la classe dirigeante depuis trente ans maintenant (offensive qui a commencé en 1979-80 avec le sauvetage de Chrysler), tant sous les gouvernements démocrates que républicains.

Cette politique a abouti à l’élection d’Obama, avec le soutien des UAW, et la mise en place d’un gouvernement qui fonctionne comme l’agent direct de Wall Street. L’alliance des UAW avec les démocrates prend aujourd’hui la forme d’un front uni de l’administration Obama et des UAW pour imposer des salaires et des conditions de travail de misère que l’on ne connaissait plus depuis les usines non syndiquées des années 1930.

Il est urgent que les travailleurs tirent les conclusions de toute cette expérience qui a mené à la faillite de Chrysler et à celle imminente de General Motors.

Les travailleurs doivent revenir aux traditions militantes des générations passées. Ils doivent lutter pour jeter les patrons des UAW hors des usines, tout comme les pionniers des syndicats industriels des années 1930 ont rompu avec l’AFL pour organiser la résistance des travailleurs au despotisme industriel et aux conditions de travail de misère. Ils doivent élire des comités d’usines pour organiser des manifestations, des grèves et des occupations d’usine contre les mises à pied, les fermetures d’usine et les concessions imposées par les UAW. Ils doivent faire appel à tous les travailleurs de l’automobile aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en Europe et en Asie, pour qu’ils s’unissent dans une lutte commune.

Cette lutte est avant tout une lutte politique. Elle doit être guidée par une nouvelle perspective politique. Les travailleurs doivent rompre avec le Parti démocrate et le système des deux partis et lutter pour la construction d’un parti socialiste de masse de la classe ouvrière. Ce n’est qu’avec son propre parti, un parti luttant pour un gouvernement ouvrier que la classe ouvrière peut mettre de l’avant sa solution à la crise économique.

Au cœur de cette politique défendant les intérêts des travailleurs — des emplois stables et des salaires décents, un système de santé, des retraites, la démocratie industrielle et des conditions de travail décentes — se trouve la revendication que l’industrie de l’auto et les banques soient nationalisées et placées sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière. Il faut lutter pour cette politique socialiste aux Etats-Unis mêmes et à l’échelle internationale.

Il est nécessaire de retirer le contrôle de l’industrie des mains des oligarques financiers pour l’organiser internationalement selon les besoins humains, pas le profit privé.

(Article original anglais paru le 2 mai 2009)
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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 21:10

http://www.palestine-solidarite.org/actualite.TEC.250509.htm


Entrée de 40 camions et 22 personnes dont des parlementaires européens

Le convoi européen « espoir pour Gaza» organisé par « la campagne Européenne pour mettre fin au siège de Gaza »  est entré à Gaza suite à un accord conclu avec les autorités Egyptiennes

Genève le 25 mai 2009 à 20 :30

Le convoi européen « espoir pour Gaza » est entré le lundi soir à Gaza (25 mai 2009 ) par le passage frontalier de Rafah suite à un accord conclu entre les responsables du convoi et les autorités Egyptiennes qui refusaient de laisser entrer le convoi malgré que toutes les procédures administratives aient été accomplies.

Les responsables du convoi avaient auparavant décidé de rebrousser leur chemin et de rentrer en Europe suite au refus des Autorités Egyptiennes et aux pressions qu’elles avaient exercé sur des dizaines d’activistes afin de les obliger à quitter la zone frontalière située entre Gaza et L’Egypte.

Rappelons par ailleurs, que le convoi qui avait été organisé grâce à la coopération de plusieurs organisations et associations dans le continent européen, avait commencé son voyage au début du mois de mai suite à la tenue du 7ème congrès européen sur le droit de retour des palestiniens.

Genève, le 25 mai 09

Anouar Gharbi +41792465703

Porte parole de la campagne Européenne pour mettre fin au siège de Gaza

 






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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 20:31

Julien Coupat : "La prolongation de ma détention est une petite vengeance"

LE MONDE | 25.05.09 | 14h10

Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour "terrorisme" avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et à Paris, il est soupçonné d'avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. Pour des raisons de place, Le Monde a coupé une question et sa réponse dans la version imprimée, mais publie l'intégralité de l'entretien sur lemonde.fr. M. Coupat a demandé à ce que certains mots soient en italiques.

Comment vivez-vous votre détention ?

Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion (ancien patron de la police antiterroriste) dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène. Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.

Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu'en dites-vous ?

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu'elle voudrait nous attribuer, d'autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d'outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au coeur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public. Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s'agissait simplement de protester contre le transport vers l'Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension".Quel tact, tout de même, chez ces "terroristes" !

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance anarcho-autonome" et d'"ultragauche" ? Laissez-moi reprendre d'un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure - sur les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'elle n'ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l'état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l'organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du nouveau président. Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée, d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

Il importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle ait jamais existé. A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et française aux abois, l'utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d'"anarcho-autonome" ou d'"ultragauche" emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte que tout justifie.

La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous ?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme ?

Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d'expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré" de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine. Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s'exécutera avec promptitude. Qui n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex - "terroristes" devenus l'un premier ministre d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme", l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l'on peut, elle, très bien définir : l'antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L'antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester poli. L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit, positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste. Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'"action psychologique", de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive" en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur.

L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des coeurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. "La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l'arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu'une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l'effort de guerre de la façon la plus discrète possible", conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson, (ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionnelle) qui en savait quelque chose.

Une fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un four. On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec ; comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades.

Combien cette logique de représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le petit coeur des juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat". Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer (criminologue), d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini (directeur central du renseignement intérieur), d'autres encore la crédibilité qu'ils n'ont jamais eue et qu'ils n'auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

Vous êtes issu d'un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction...

"Il y a de la plèbe dans toutes les classes" (Hegel).

Pourquoi Tarnac ?

Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l'expliquer, je le crains.

Vous définissez-vous comme un intellectuel ? Un philosophe ?

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d'Héraclite comme échappée d'un monde révolu. A l'heure de l'intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier "l'intellectuel", sinon l'étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l'aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir ?

Etes-vous l'auteur du livre "L'insurrection qui vient" ?

C'est l'aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d'instruction, des interrogatoires où l'on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L'insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L'insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d'Etat bolchevique d'octobre 1917, puisqu'il est mentionné dans L'insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes. De mémoire française, il ne s'était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d'un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l'accusation de terrorisme, nous concernant, c'est le soupçon de la coïncidence d'une pensée et d'une vie ; ce qui fait l'association de malfaiteurs, c'est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l'héroïsme individuel, mais serait l'objet d'une attention commune. Négativement, cela signifie que l'on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions ; l'injure est de taille.

Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de L'insurrection qui vient - et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur. J'en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j'ai mieux compris la hargne hystérique que l'on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c'est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s'avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s'avère, sous les dehors d'une "crise économique", d'un "effondrement de la confiance", d'un "rejet massif des classes dirigeantes", c'est bien la fin d'une civilisation, l'implosion d'un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident - le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l'ordre politique, la religion ou l'organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n'offrira de remède.

Ce n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d'interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l'on fera s'évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

Comment analysez-vous ce qui vous arrive ?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac" pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" (éditeur de L'insurrection qui vient>. Ce qu'il y a, c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que la haine et le mépris. Ce qu'il y a, c'est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique : soit nous passons d'un paradigme de gouvernement à un paradigme de l'habiter au prix d'une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s'instaurer, à l'échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d'une gestion "décomplexée", une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s'est jamais vu qu'une classe dominante se suicide de bon coeur.

La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité. La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie, à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l'anesthésie n'opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manoeuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage.





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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 20:15


Le créancier du FN "s'amuse" avec la liste de Dieudonné

LE MONDE | 26.05.09 | 09h07

La "Liste antisioniste" menée par Dieudonné en Ile-de-France a fait appel pour son matériel de propagande officielle à un imprimeur bien connu à l'extrême droite, un ancien cadre du Front national devenu la bête noire du parti de Jean-Marie Le Pen, Fernand Le Rachinel. En effet, ce dernier a fait condamner le FN à lui verser près de sept millions d'euros en remboursement de diverses dettes contractées par le parti frontiste auprès de lui.

Après avoir claqué la porte du Front, M. Le Rachinel a rejoint la dissidence du Parti de la France de Carl Lang, avec qui il fait campagne dans la circonscription Nord-Ouest face à Marine Le Pen.

"Marc George [un proche d'Alain Soral et de Dieudonné] me connaissait du temps où il était au FN, du coup ils m'ont demandé des devis, ils savent que j'ai du savoir-faire et que je tiens les délais", raconte Fernand Le Rachinel. "J'ai fait les affiches pour 8 300 panneaux en Ile-de-France, ainsi que les documents officiels. Ils sont solvables, ils m'ont réglé d'avance et comptant, cela doit représenter entre 200 000 et 300 000 euros. Dans la mesure où je pense qu'ils vont faire 3 %, je vais leur rendre leur chèque et c'est l'Etat qui me paiera", ajoute l'imprimeur.

Du côté de la "Liste antisioniste", on confirme avoir fait appel aux services de M. Le Rachinel, via sa société Ulfima, domiciliée à Meudon (Hauts-de-Seine). "On a mis plusieurs imprimeurs en compétition. M. Le Rachinel a l'habitude de travailler avec des gens qui ne sont pas dans le système, indique un ancien membre du FN aujourd'hui pièce centrale du staff de campagne de Dieudonné. Il fallait quelqu'un d'expérimenté et qui nous garantisse qu'il imprimerait le matériel et qui nous offre des tarifs compétitifs."

FAIRE ENRAGER "FIFILLE"

Serait-ce une façon pour les amis de Carl Lang, qui ne se présentent pas en Ile-de-France, de donner un coup de pouce à une liste concurrente du FN ? Fernand Le Rachinel le nie. "J'imprime tous ceux qui veulent venir chez moi", tout en reconnaissant que la situation l'"amuse effectivement", car elle peut faire enrager "Dubois [tête de liste FN en Ile-de-France] et “Fifille” [Marine Le Pen]".

Celui qui fut le plus important bailleur de fonds du Front national entend plus que jamais obtenir son dû. Faute d'avoir un remboursement via la vente de l'ancien siège du FN à Saint-Cloud, M. Le Rachinel veut désormais récupérer en garantie de paiement "les parts de la SCI".

Abel Mestre et Caroline Monnot

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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 20:07


http://www.socialisme-maintenant.org/


Notes prises sur le rapport introductif de la réunion du 2 mai 2009


Dans les premières notes éditoriales écrites en octobre 2008 pour la naissance de notre club, et au moment où venait d’éclater la crise financière mondiale, nous écrivions ceci :

« Au vrai, la véritable réponse à la crise financière internationale n’est pas économique. Certes, les économistes -qui veulent aider le salariat- peuvent évaluer, proposer des techniques. Mais la réponse à une crise plus grave que celle de 1929 (Mr Greenspan ancien président de la FED) est, ne peut être que politique. La politique peut certes se traduire en revendications, en mots d’ordre de transition. Mais d’abord, il faut éclairer le cadre général, l’expliquer et stigmatiser le système.  L’effondrement du système financier international, à commencer par Wall Street, devra être payé par une classe sociale. La bourgeoisie ou le salariat. Si c’est le capitalisme « refondé » grâce à l’unité nationale dans les principaux pays qui l’emporte, c’est le salariat qui payera la note. Pas seulement sur le plan « économique ». 1929 a enfanté 1933 en Allemagne, le militarisme nippon, le fascisme en Espagne, au final la seconde guerre mondiale. »

Nous projetions alors une caractérisation sur nouvelle situation mondiale qui procédait plus de nos habitudes de penser que d’une analyse réelle. Précisons.

En 1929 on sort d’une première guerre mondiale, qui, volontairement ou par impuissance, n’est pas une sortie par le haut. Vous savez comme moi, le Traité de Versailles, prépare, Clémenceau le dira, un nouveau conflit international. Ce Traité d’ailleurs, sera rejeté par le Sénat américain.  Deuxièmement à partir de la fin de la première guerre mondiale, la révolution victorieuse développe la guerre civile en Europe. Aujourd’hui, il n’y a ni révolution d’Octobre victorieuse, il n’y a surtout ni guerre civile en Europe. En 1936, c’est la victoire de Franco en Espagne. Vous avez la grève générale en Grande Bretagne, qui est un événement politique majeur avec la création du comité anglo-britannique syndical, qui prend une importance formidable dans l’affirmation de Staline et de la politique de la bureaucratie en URSS. Vous avez des guerres civiles en Pologne et en Roumanie, avec des milliers, des milliers de morts au combat. Vous avez enfin l’installation de Salazar au Portugal. 1933 en Allemagne c’est la suite de 1919 et de l’échec de la révolution socialiste de 1918, l’assassinat de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht, pas seulement des deux dirigeants mais de l’ensemble des responsables du groupe spartakiste.

En Europe, c’est vraiment une classe ouvrière qui est saignée à blanc. La situation du prolétariat européen, c’était une situation relativement apathique. La classe ouvrière recule, elle ne résiste pas. C’est ainsi. Je choque peut être les uns et les autres, mais je sais que la lucidité conduit à la raison révolutionnaire et à l’ouverture d’authentiques perspectives. Ce qui différencie fondamentalement la situation de 1929 avec la situation présente réside dans le fait que, sur la base d’une révolution victorieuse, les classes ouvrières européennes montent à l’assaut des citadelles des Etats capitalistes. Il n’était pas écrit que le prolétariat devait être vaincu ; en Espagne, il s’en est fallu de peu qu’il ne le soit pas. Il a fallu une coalition incroyable impulsée par Staline, pour que avec la non-intervention, Franco l’emporte. Il n’était même pas écrit que Hitler prenne le pouvoir. Il a fallu que Staline et la troisième Internationale appelle à voter pour Hitler, pour que les hordes nazies l’emportent en Allemagne. Il faut ces événements considérables, pour qu’un état d’esprit fataliste s’instaure dans cette période. Enfin je soulèverai un dernier point, que Léon Trotsky développe beaucoup plus talentueusement que moi lorsque qu’il écrit « Europe-Amérique », il rappelle que la révolution socialiste peut trouver une solution en Europe et en Amérique.

Aujourd’hui, dans un premier temps, les problèmes se passent en Chine semble t il. C’est la situation chinoise qui va avoir une influence majeure à l’échelle du globe. Tout ceci nous amène à dire que la crise qui a éclaté il y a un an, est une crise considérable, qui va être longue, grave, violente, et qui jusqu’alors n’a pas provoqué de grandes luttes des classes, c'est-à-dire la volonté exprimée d’une classe de se débarrasser de la classe dominante de manière plus ou moins insurrectionnelle.

 

On a tous vu passer la manifestation du premier mai, c’était comme disait un camarade une manifestation familiale, et même si ses participants ont tenu à témoigner contre le gouvernement, on est loin de la guerre civile, même si on ne peut exclure que des événements sociaux de grande ampleur interviennent. En écrivant la note éditoriale du club l’autre jour, je me suis rendu compte que si la France bouge, elle fait dans une Europe qui reste globalement apathique. Elle pourrait être en avance, ce n’est pas le cas. Dans la presse étrangère, en Allemagne il y a une tradition pour le premier mai, il y a une partie de Berlin où il y a toujours des bagarres avec l’extrême gauche, pour le reste rien de particulier. S’ il faut insister là-dessus, il ne s’agit pas de démoraliser, c’est pour être lucide. Les combats sont devant nous. Et s’ils mettent tellement de temps à éclater, c’est qu’il y a une raison dans l’inconscient collectif. Tout ce qui a été tenté sur le terrain de l’action sociale extra-parlementaire jusqu’à maintenant n’a pas abouti. Et ce souvenir dans l’inconscient de millions de femmes et d’hommes joue comme un frein. Si on essaie pas de répondre dans la quotidienneté à cette interrogation, le sentiment du « à quoi bon ! » fuse et s’impose. Jamais depuis que nous sommes nés à la politique, jamais depuis la seconde guerre mondiale, nous n’avons connu ce qui se passe aujourd’hui. Chaque revendication, sur les salaires par exemple, pose le problème : qui dirige et pour quelle société ? Nous remarquions dans les notes pour cette réunion et cela a choqué beaucoup de camarades, que les séquestrations étaient limitées et s’opéraient dans un esprit purement défensif. Les salariés ne réclament plus, comme ils l’ont fait durant 50, 60, 70 ans, l’arrêt des licenciements, ils réclament de bons plans sociaux, de bonnes indemnités. Ils ne parlent pas de faire reculer le patronat sur sa politique. ET ça pour nous, c’est très important, car c’est dans la réalité de la lutte des classes que nous apprécions notre capacité à nous exprimer, à accompagner, à formuler. La lutte contre les licenciements pose le problème de la société dans laquelle on vit, la lutte contre tel ou tel plan du gouvernement pose cette question.

 

Un éminent professeur de médecine, disait à la radio en gros « moi j’ai abandonné la conception d’un certain engagement politique, je me rends compte aujourd’hui qu’on ne peut combattre la réforme de madame Bachelot que si on a une autre conception de l’organisation de la société, ce qu’il veulent instaurer c’est la destruction du service public où on ne pourra plus soigner les pauvres et les riches sur un pied d’égalité ». C’est d’autant plus intéressant qu’il faisait le distinguo avec le député UMP Debré, il disait : « avec lui on est dans la même grève, on est dans le même collectif. Il est pas d’accord avec moi, même s’il a voté contre la loi à l’Assemble, mais moi je me rends compte qu’on ne peut plus combattre revendication par revendication, il faut poser un cadre plus général. » Dans quelle société ? Pour qui et pour quoi ? Ces choses là les salariés peuvent les entendre. Mais quand nous avons vu dans telle usine occupée, un salarié de la CGT, militant de LO, au lieu d’appeler les salariés à élargir la grève à toute la région, à la population, à aller à la préfecture, de dire la vérité…on l’ a vu se contenter de s’en prendre à des bureaux et à des ordinateurs de la préfecture…quelle tragédie! Il faut faire attention aux effets de la lutte, comme il y a des effets de communication. La vérité c’est de donner la dimension politique, il faut chasser ce gouvernement… ils organisent la catastrophe. C’est une classe dirigeante, qui non seulement est incapable de faire face à ses responsabilités, mais en plus elle menace la civilisation.

Le refus de poser ces problèmes est commun au POI, au NPA, sans repli sectaire de ma part, si demain le POI, ou le NPA prennent une initiative intéressante, je l’appuierai. Ils se battent sur une bonne technique de lutte face aux propositions des appareils syndicaux. Qu’est ce que c’est que ça ? Chasser ce gouvernement et s’attaquer directement au patronat, ce n’est pas du gauchisme, c’est exactement le programme minimum. C’est là-dessus qu’il faut travailler.

Travaillant sur le problème de la démocratie je suis en train de relire Rosa Luxembourg dans le détail, il y a une intelligence politique de cette femme que nous avons intérêt à prendre en compte aujourd’hui, car elle a une actualité formidable. Rappellons dans quel cadre elle écrit sa célèbre brochure sur la Révolution russe. Elle écrit en combattant la bourgeoisie allemande (et de quelle manière !), elle sort de prison, elle va y retourner. En combattant la direction du SPD allemand, Scheidemann qui va l’assassiner, en polémiquant en permanence et quotidiennement avec Lénine et Trotsky sur la révolution russe. On a là un incroyable personnage de l’histoire du mouvement ouvrier, d’une intelligence et d’une culture remarquables. Il y a un problème qui me travaille de plus en plus : comment se fait-il que tous les regroupements nouveaux qui se font aujourd’hui soient tous viciés fondamentalement sur une question, le problème du fonctionnement et de la démocratie ? Comment se fait-il que des organisations qui se fondent sur la perspective du socialisme, ne mettent pas en œuvre ce qui est le moteur du combat politique ? Croient elles au socialisme ? Dans ce cas elles n’auraient pas alors le fonctionnement qu’elles ont. Il faut relire ce que dit Rosa sur ces problèmes, au moment de la Constituante russe : « …La liberté pour les seuls partisans du gouvernement, pour les seuls membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement. Non pas par fanatisme de la "justice", mais parce que tout ce que la liberté comporte d'instructif, de salutaire et de purifiant aux dépens de ce principe tient à cela et perd de son efficacité quand la"liberté" devient un privilège.

Les bolchéviks ne sauraient nier qu’il leur aura fallu marcher à tâtons pour faire des expériences de tous ordres et qu’une bonne partie des mesures qu’ils ont prises, ne sont pas des perles, c’est ce qui nous arrivera certainement à notre tour.

La condition que suppose tacitement la théorie de la dictature selon Lénine et Trotsky, c'est que la transformation socialiste est une chose pour laquelle le parti de la révolution a en poche une recette toute prête, qu'il ne s'agit plus que d'appliquer avec énergie. Par malheur- ou, si l'on veut, par bonheur -, il n'en est pas ainsi. Bien loin d'être une somme de prescriptions toutes faites qu'on n'aurait plus qu'à appliquer, la réalisation pratique du socialisme en tant que système économique, juridique et social, est une chose qui reste complètement enveloppée dans les brouillards de l'avenir. Ce que nous possédons dans notre programme, ce ne sont que quelques grands poteaux indicateurs qui montrent la direction générale dans laquelle il faut s'engager, indications d'ailleurs d'un caractère surtout négatif. Nous savons à peu près ce que nous aurons à supprimer tout d'abord pour rendre la voie libre à l'économie socialiste. Par contre, de quelle sorte seront les mille grandes et petites mesures concrètes en vue d'introduire les principes socialistes dans l'économie, dans le droit, dans tous les rapports sociaux, là, aucun programme de parti, aucun manuel de socialisme ne peut fournir de renseignement. C’est la démocratie… »

Ces problèmes sont des problèmes majeurs, sur lesquels notre club devrait vraiment s’investir, réfléchir. La bourgeoisie a vidé la démocratie de son contenu. Bureaucraties stalinienne et social-démocrate ont fait de même. Personnellement je crois à la République si je m’inspire de 1793, de 1848 et de la commune de Paris. Pas la république franc-maçonne, vieillotte et social- démocrate. Je crois à la République purifiée par la démocratie, par la lutte des classes, par la vie. Je crois à la République de la démocratie directe. C’est un débat qu’il faut mener. Militants révolutionnaires, si nous ne nous attachons pas à cette question, ce que nous avons souvent pris pour un problème de méthode, nous conduira aux mêmes erreurs. Je crois vraiment au socialisme, comme une possibilité d’activité humaine. Il est nécessaire que l’action contrôlée des hommes, élisant leurs représentants, les révoquant, en élisant d’autres, dans une activité permanente soit mise en œuvre.

J’ai commencé mon rapport en disant que en Europe, aux Etats-Unis, en Chine je ne voyais aucune grande lutte des classes, je vois des luttes des classes, surtout en France. Cela ne veut pas dire qu’elles ne vont pas venir à l’ordre du jour parce que je crois que l’ampleur de la crise est totalement sous-estimée. Nous voyons des gens comme Alain Minc qui commencent à aborder les problèmes sous l’angle politique. Minc est inquiet par la faiblesse de sa classe, pour faire face à ses responsabilités sur la durée d’un processus. Nous, nous avons à aider notre classe à faire face à ces problèmes-là. Laissons tomber les affrontements factices sur les meilleures formes de lutte, alors que personne ne nous le demande.

Notes sur la réponse à la discussion

(…) En écoutant la plupart des intervenants, chacun expose les problèmes qu’il rencontre tant dans le NPA comme dans PG . C’est l’affaire des camarades de régler avec leur conscience les problèmes qu’ils ont. (…). On ne peut pas nous demander de régler les problèmes de ces partis. On est un club, on respecte les opinions de chacun, pour le reste c’est très difficile de rentrer dans ces problématiques. Ce qui est intéressant c’est de dégager les grands éléments politiques. A mes yeux, il y a deux choses qui sont essentielles ; en 2002 le PS a engagé le début de son calvaire, Le Pen au second tour et Jospin éliminé dès le premier tour, c’est le début de la fin. Rien ne peut arrêter cette tendance. Il peut y avoir encore quelques moments d’embellie, mais la courbe descendante est impossible à inverser. Sur le plan des organisations syndicales, le pouvoir ne manque jamais de se féliciter publiquement combien il peut compter sur le rôle raisonnable des secrétaires confédéraux. Les élections prudhommales ont signifié quelque chose de profond, un recul des organisations syndicales, de certaines en particulier, mais un recul de toutes les organisations syndicales. C’est un élément de température. Les véritables rapports sont donnés par cet élément. C’est pourquoi je dis à Emile, si les éléments que vous avancez sont vrais sur le grand nombre de remises en question de l’ appareil confédéral par des sections, Unions locales et fédérations , c’est un événement politique nouveau. Je n’ai pas ce sentiment.

Un élément politique est proprement stupéfiant : 24 parlementaires (de droite et de gauche) qui depuis deux mois travaillent à l’Assemblée Nationale pour réfléchir sur la manière de faire face à la crise économique, on n’ a jamais vu ça. (…) C’est très important, c’est un signal politique sur l’état de la société, des rapports entre les classes… et à ces problèmes-là il faut être extrêmement sensible. Dans la hiérarchie des problèmes, il y a cet élément là, que les camarades soient au PG ou au NPA. Je ne crois pas que cela ne serve à rien, je crois que cela ne serve pas à grand-chose. C’est mon point de vue. Je n’ai aucune raison d’avoir raison. Je ne pense pas qu’il y aura un parti révolutionnaire démocratique construit à froid. Je crois à des collectifs qui nourrissent la vie politique. Dans des événements sociaux de grande ampleur, l’émergence de formes politiques nouvelles émanant de ces collectifs, oui. Je crois au débat, à l’élaboration politique.

Maintenant deux propositions. On devrait organiser ces réunions, ces discussions avec nos amis de Prométhée, en définissant l’ordre du jour, chacun développant son point de vue. Deuxièmement nous devrions préparer une lettre, qui soit comparable à la lettre d’Alain Minc, mais une lettre que nous élaborerions, aux militants, à ceux d’en bas, pour soulever les problèmes politiques de fond. Ce qui nous semble être de fond, quelle que soit l’appartenance politique. C’est difficile à écrire, mais cela peut être quelque chose qui peut nourrir, qui peut permettre aux camarades de la génération qui monte en politique de s’en saisir. (…)

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