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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 19:56

Comité pour la sauvegarde de la liberté intellectuelle des chercheurs et enseignants-chercheurs de la fonction publique

Chers signataires de notre appel à la sauvegarde de la liberté intellectuelle, chers lecteurs de cette newsletter,

Après les vacances et le relatif répit qui l'accompagne, voici quelques nouvelles:

Comme vous le savez, la Commission administrative paritaire réunie le 29 juillet avait décidé de ne pas infliger de sanction à Vincent Geisser. En août, celui-ci reçoit un courrier signé par le Directeur général du CNRS, M. Arnold Migus, lui infligeant un avertissement. L'autisme de nos institutions universitaires trouve là une nouvelle illustration. Ni presque 5.500 signatures, ni les conclusions de la Commission administrative paritaire (qui s'est réunie pendant pas moins de 14heures !), ni le soutien de différentes institutions scientifiques internationales n'auront fait bouger le Directeur général du CNRS. Vous pourrez lire la lettre notifiant la sanction, en cliquant ici. Vous avez aussi la possibilité de vous remémorer tout l'historique de l'affaire et d'accéder à un grand nombre d'autres documents en vous rendant sur le site www.liberteintellectuelle.net

Je vous propose de programmer une rencontre à l'automne, pour ceux qui en ont envie et qui ont un peu de temps, en vue de créer une " cellule de veille " ainsi que l'idée en avait émergé début août. De même, si vous avez une proposition concrète à faire pour attirer à nouveau l'attention de la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche sur cette dérive, n'hésitez pas à m'en faire part.

La liberté intellectuelle n'est pas bafouée seulement en France, mais aussi ailleurs. Notre collègue israélien Neve Gordon risque d'être licencié de l'Université Ben Gourion du Néguev pour avoir publié un article dans le Los Angeles Times dénonçant la politique de son pays et pour avoir appelé au boycott d'Israël. On peut tout à fait ne pas être d'accord avec ce qu'il propose, mais les mesures qu'on préconise pour le faire taire ne sont pas dignes d'un pays démocratique. Une pétition internationale circule pour le soutenir. J'ai fait un petit papier dans Rue 89 pour attirer l'attention sur cette pénible et inquiétante affaire. Vous pouvez le lire en cliquant ici. Vous y trouverez différents liens, y compris celui conduisant à la pétition de soutien à Neve Gordon.

Esther Benbassa



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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 19:43

http://fr.news.yahoo.com/4/20090901/tts-france-justice-continental-ca02f96.html


Prison avec sursis pour six ouvriers de Continental (Reuters)

Six ouvriers de l'usine Continental de Clairoix (Oise) ont été condamnés à des peines de trois à cinq mois de prison avec sursis pour le saccage de la sous-préfecture de Compiègne lors d'une manifestation en avril dernier.

Un septième ouvrier a été relaxé par le tribunal correctionnel de Compiègne.

Le leader du mouvement des « Conti », le délégué CGT Xavier Mathieu, a été condamné à cinq mois de prison avec sursis.

Le tribunal a renvoyé sa décision au 4 novembre pour le montant d'éventuelles amendes.

Des peines de trois à six mois de prison avec sursis pour « destruction en réunion de biens au préjudice de l'État » avaient été requises à l'audience par le parquet.

Tant la CGT que l'Union syndicale solidaires ont dénoncé après le jugement une volonté de criminaliser l'action syndicale et les luttes sociales.

« Alors que les salariés ont un impérieux besoin de sécurité dans leur emploi et dans leurs droits, d'un côté on criminalise ceux qui luttent face aux décisions unilatérales des actionnaires, de l'autre on fait preuve d'indulgence voire de connivence avec les dirigeants qui imposent leurs décisions stratégiques sacrifiant les entreprises et l'emploi », déclare la CGT dans un communiqué.

Pour l'Union syndicale solidaires, ces condamnations apparaissent « comme une revanche vis-à-vis de salariés qui ont mené pendant des semaines une lutte sans concession ».

Le 21 avril dernier, environ 200 ouvriers de Continental avaient pénétré dans la sous-préfecture de Compiègne et détruit des bureaux et des ordinateurs. Les dégâts avaient été évalués à plusieurs dizaines de milliers d'euros.

À l'audience, les ouvriers avaient reconnu « un dérapage », expliquant avoir agi « sous la colère de l'annonce de la fermeture de l'usine » de pneumatiques.

Les sept prévenus risquaient une peine maximale de cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende.

Le groupe Continental a annoncé en mars dernier la suppression de 1 900 emplois et la fermeture du site de Clairoix, qui employait 1 120 salariés.

Les ouvriers de Continental Clairoix avaient manifesté pendant des mois et obtenu une indemnité de 50 000 euros par salarié licencié.






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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 19:03


RÉPONSE DE ANNIE LACROIX RIZ À BERNARD FISCHER SUR LE PACTE GERMANO-SOVIÉTIQUE ET QUESTIONS LIÉES, 30 AOÛT 2009

Le tambour du pacte germano-soviétique a commencé à retentir, après celui de Katyn il y a quelques mois, et à toutes autres occasions possibles (on ne manque pas d’anniversaires et commémorations). Madame Marie Jégo, dont les jours et les nuits sont hantés par les bolcheviques, qu’ils soient ou non aux affaires, ironisait hier Le Monde sur « Moscou tenté de réhabiliter le pacte », tranchant ainsi: « Signé le 23 août 1939 par Viatcheslav Molotov et Joachim von Ribbentrop, les ministres des affaires étrangères de l'URSS et de l'Allemagne nazie, le pacte “de non-agression” s'est mué très vite en une alliance entre Staline et Hitler, prompts à dépecer l'Europe de l'Est et du Nord, de la Finlande aux pays baltes en passant par la Pologne. » Ce discours aussi catégorique qu’erroné est conforme à la prose que Le Monde a livrée de longue date à ses lecteurs, son dossier constitué pour le cinquantième anniversaire de la mort de Staline ayant en mars 2003 marqué un des sommets de cette activité notable du « quotidien de référence ». Mais il ne suffit pas à un employé du « quotidien des affaires Vedomosti […,] le journaliste Andreï Kolesnikov », de donner dans le genre psycho tragique («Le cocktail Molotov-Von Ribbentrop est à détonation lente. Il explose dans la tête des gens. Il mutile la conscience de la nation russe ») pour transformer une journaliste antisoviétique en historienne sérieuse.

J'ai dans Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 2006, 671 p., réédité en 2007, et dans De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2008, 408 p., longuement étudié les questions internationales soulevées par ton courrier de ce jour : ce que tu appelles « la question des conséquences effectivement [des] relations [germano-soviétiques] du point de vue d’un certain nombre de pays européens géographiquement intermédiaires, comme par exemple la Finlande, la Pologne et la Tchécoslovaquie, c’est la fameuse question de la signature des accords de Munich et de l’annexion de la région des Sudètes par l’Allemagne de Hitler. En Pologne, il y a une question de vérité historique importante par rapport à la question des massacres de Katyn. En Union soviétique, il y a la question des relations entre Staline et l’état major de l’armée rouge, par exemple un certain Toukhatchevsky » lequel fut incontestablement coupable de haute trahison (voir les tables des matières et index, et sur l’affaire Toukhatchevski stricto sensu, Le choix de la défaite, p. 393-399).

Sur Katyn, on lira avec profit l'interprétation de mon collègue britannique Geoffrey Roberts, dans Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953, New Haven & London : Yale University Press, 2006. Cet excellent ouvrage, comme tous ceux qu’il avait rédigés auparavant (The unholy alliance : Stalin’s pact with Hitler, Londres, Tauris, 1989, et The Soviet Union and the origins of the Second World War. Russo-German relations and the road to war, 1933-1941, New York, Saint Martin’s Press, 1995), n'est malheureusement pas traduit en français, alors que tous les livres accablant Staline (de sa naissance à sa mort) et son entourage sont traduits dans l'année qui suit leur publication : notamment les balivernes horrifiantes du publiciste Simon Sebag Montefiore sur La cour du tsar rouge ou Le jeune Staline). On en trouvera écho dans la longue recension, « Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953 : un événement éditorial », que j'ai mise sur mon site (www..historiographie.info) en 2007, ci-jointe, « Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars, From World War to Cold War, 1939-1953 : un événement éditorial ».

Tu trouveras aussi dans mon article « Le PCF entre assaut et mea culpa : juin 1940 et la résistance communiste » (www.historiographie.info) également joint à mon courrier électronique, des éléments de réponse à la polémique aussi inlassable qu’infondée sur le pacte germano-soviétique et ses conséquences sur le mouvement ouvrier international, en l'occurrence français. Cet article visait démontrer la malhonnêteté d’une énième opération médiatique vouée à un immense tapage, le livre, pitoyable par l’absence d’information et de documentation originale, de Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier : Juin 40, la négociation secrète. Les communistes français et les autorités allemandes. Vénéré par Le Monde et Libération (entre autres), il avait logiquement trouvé grand crédit auprès du PCF, accoutumé depuis qu’il a gagné sa respectabilité de membre de la « gauche européenne » (et renoncé du même coup à son identité communiste) à battre sa coulpe sur son très honorable passé. De Munich à Vichy, largement consacré aux questions intérieures (et notamment à la répression anticommuniste), traite de l’aspect « français » du pacte germano-soviétique pour la période qui précède celle de l’article.

Comme je l'ai rappelé hier à un ami belge qui me sollicitait à propos du pacte germano-soviétique, non sans évoquer les « perversions » présumées du stalinisme (terme intellectuel minimal, dans la gamme des crimes et horreurs staliniens dont la population française, « européenne », etc. est abreuvée quasi quotidiennement), je n'ai pu faire publier la critique du livre très important de Roberts « dans les présumés Cahiers d’histoire critique, héritiers (dévoyés) des Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes que j’ai accompagnés naguère, au motif que ladite revue critique ne pouvait supporter de “couvrir” mon indulgence pour les Soviets : ce que j’ai écrit sur la Pologne des colonels et son rôle abominable dans l’entre-deux-guerres (Le choix de la défaite et De Munich à Vichy), ce que Roberts, Carley et moi-même montrons de l’isolement diplomatique et militaire de l’URSS à l'époque de la “guerre d’hiver” donne un tout autre éclairage à la “tuerie” alléguée que l’URSS aurait dû reconnaître et expliquer, si elle l’a bien commise (je conserve une sorte de doute, vu à la fois, d'une part, la nature de la décision et son caractère strictement unique, et, d'autre part, l’absence de toute information archivistique internationale sur ces événements du début de 1940 – mais j’ai peut-être “raté” les bons courriers); de même qu’elle aurait dû reconnaître et expliquer, au moins après la guerre, l’incontestable accord secret sur le “partage” germano-soviétique de 1939 des zones d'influence, Pologne incluse) » (extrait d’un courrier du 29 août).

Je visais ci-dessus aussi l’excellent ouvrage de l’historien américano-canadien Michael Jabara Carley, 1939, the alliance that never was and the coming of World War 2, Chicago, Ivan R. Dee, 1999, par bonheur traduit, 1939 : l’alliance de la dernière chance : une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Presses de l'Université de Montréal, 2001, au surplus disponible en ligne. Carley déteste le commissaire du Peuple aux Affaires étrangères Molotov, auquel il prête selon la mode du temps tous les caractères de l’affreux stalinien borné; il regrette beaucoup son prédécesseur Litvinov, remercié le 3 mai 1939 en raison à la fois du comportement des Anglo-Français et de ses propres illusions sur ces derniers; mais il reconnaît autant que Roberts (puis moi-même) l’absence de responsabilité des Soviets dans l’événement du 23 août 1939, et le maintien strict de la ligne extérieure soviétique à l’ère Molotov.

J'ai appris hier, après avoir rédigé le message cité ci-dessus, que les autorités russes venaient de publier une série de documents sur la politique extérieure polonaise depuis 1934. J’ai cru comprendre que ces textes comportaient les accords secrets entre Berlin et Varsovie, consécutifs à la signature de « l'accord d'amitié » germano-polonaise du 26 janvier 1934 (conclu pour dix ans). Je les lirai avec d'autant plus de plaisir que les archives françaises et allemandes (notamment) des années 1933-1939 m’en ont déjà livré bien des détails. Rappelons que, auprès de Pilsudski, le décisionnaire officiel polonais de l’événement, le colonel Beck, était un stipendié notoire de Berlin selon les archives originales diplomatiques et militaires françaises (c'est aussi clair dans les allemandes publiées), et qu’il le demeura au-delà même de la défaite ignominieuse de la Pologne (aussi ignominieuse que la débâcle française).

Pilsudski l’avait fait chef de la politique extérieure polonaise depuis l’automne 1932, et Beck recueillit en mai 1935 la succession de son bienfaiteur (alors décédé) à la tête de la dictature. Ces deux officiers d’une armée en ruines dès ses origines (voir le texte d’archives joint, « L’Armée polonaise au début des années vingt ») n’étaient que les mandataires des privilégiés polonais, tels que « le prince Janusch Radziwill, un des propriétaires fonciers les plus importants non seulement de Pologne, mais de l’Europe entière » : soudé non seulement aux Junker allemands mais aux grands sidérurgistes allemands, ce noble de naissance allemande fut un des principaux inspirateurs d’une politique pro-allemande qui signifiait la mort de la Pologne en tant qu’État, et d’une dictature parfaitement adaptée, surtout depuis le coup d’État de Pilsudski de 1926, à « l’intérêt des grands propriétaires » (EMADB, renseignement militaire Depas 866, 17 juin 1935, 7 N 3024; « Principales personnalités que pourra rencontrer » le MAE (Laval, lors de son voyage à Varsovie), note jointe à la lettre 247 de Laroche à Laval, Varsovie, 10 avril 1935, URSS 1918-1940, 982, archives du MAE).

La Pologne du trio infernal Beck Pilsudski Radziwill passait pour un pivot du « cordon sanitaire » franco-anglais, ce qui lui avait valu en 1920-1921 l’octroi, grâce à l’aide militaire française, via Weygand (et son adjoint de Gaulle), de la Galicie orientale pourtant promise par la « Ligne [ethnique] Curzon » à la Russie. Elle se mua en caniche du Reich hitlérien à partir de l'accord du 26 janvier 1934, sans abdiquer ses fonctions de chien de garde du « cordon sanitaire » utile à tous, « Alliés » occidentaux compris; ni de garant de la soumission du peuple polonais à une des dictatures (régime convenant à particulièrement à la mission de « cordon sanitaire ») comptant parmi les plus sanglantes de l’entre-deux-guerres : dans le riche attirail est-européen français, Varsovie se disputait à cet égard le premier rang avec Belgrade et Bucarest; on sait par ailleurs quel cas Paris, champion des « droits de l'Homme » alors comme aujourd'hui, fit de la « démocratie bourgeoise » régnant à Prague. Le rouleau compresseur de la propagande nous a cependant seriné depuis les années 1990 que l’Europe orientale avait «retrouvé » avec la chute de l’URSS et la libération consécutive des nations satellites esclaves « la démocratie » qu’elle avait perdue « depuis 1945 » (1918-1939, un paradis démocratique; 1939-1945, le nirvana démocratique).

On trouvera dans les deux ouvrages cités ci-dessus confirmation de mes affirmations qui peuvent sembler brutales, et notamment information documentée sur la participation directe des colonels polonais, Beck en tête « vautours » ou « hyènes » selon les aimables qualificatifs de leurs complices allemands, français, anglais, etc.  , à la liquidation de la Tchécoslovaquie, à celle de la Petite Entente (théoriquement) anti allemande qui groupait Tchécoslovaquie, Yougoslavie et Roumanie, et à la persécution des juifs de Pologne. J’y apporterai des précisions supplémentaires et présenterai de nouvelles sources dans ma contribution en vue du colloque international de Varsovie prévu à la mi-octobre sur la campagne de Pologne de 1939 (« La Pologne dans la stratégie politique et militaire de la France (octobre 1938-août 1939) », colloque auquel participera Geoffrey Roberts.

Que la politique polonaise ait été conduite en complicité totale avec le Reich hitlérien n'atténue en rien, comme le montrent les dits travaux, l'écrasante responsabilité des dirigeants économiques et politiques de la France, ivres d’antisoviétisme, aussi prompts à l'aplatissement devant l'Allemagne que leurs homologues polonais, et acteurs de premier plan dès 1938 de la persécution des juifs de Pologne réfugiés en France (entre autres juifs étrangers), question traitée dans De Munich à Vichy . Notons que les dirigeants « républicains » avait laissé toute liberté aux fascistes italiens et nazis allemands pour poursuivre leurs ennemis sur le territoire français respectivement depuis 1922-1923 et 1933 (voir Le choix de la défaite). Ceci vaut évidemment pour les Apaiseurs de Londres et de Washington. La Pologne était une petite puissance soumise aux grandes puissances impérialistes, France alors incluse, et les responsabilités qu’assumèrent ses dirigeants 1° dans les crimes commis contre les peuples
slaves (Polonais compris) et contre les juifs et 2° dans sa disparition en tant qu’État de 1939 à 1945 furent largement partagées par ses tuteurs étrangers. Pour ne citer qu’un exemple, ce n'est pas la Pologne qui avait seule le pouvoir d’interdire à l’armée rouge l’entrée du territoire polonais en 1938 (pour sauver la Tchécoslovaquie) ou en 1939 (pour sauver la Pologne elle-même) mais ses maîtres français et anglais, qui avaient en outre sur le papier « garanti » ses frontières en mars-avril 1939, et qui l’encouragèrent à traiter Moscou en « valet de ferme » selon l’expression de Jdanov (juin 1939). Exactement comme les élites tchécoslovaques cédèrent, par souci de classe et par effroi de voir sauver leurs frontières par l’armée rouge, aux pressions exercées par Paris et Londres pour obtenir d’elles la destruction de leur propre État.

Les dirigeants russes paraissent disposés, pour des raisons qui leur appartiennent, à aborder leur histoire nationale de l’entre-deux-guerres et de la Deuxième Guerre mondiale d’une façon plus sérieuse que ce ne fut le cas depuis, non pas même la fin de l’URSS, mais l’ère khrouchtchévienne. Laquelle traitait avec un haut degré de fantaisie l’histoire des années 1920-1950, ainsi que l’avait observé dès 1964 dans La Russie en guerre l’excellent journaliste et écrivain britannique Alexander Werth, père, longtemps russophile, du pape français d’une « soviétologie » érigée en histoire des « crimes de Staline », Nicolas. L’historienne que je suis se réjouit de ce tournant perceptible depuis quelque temps, et apprécie au moins autant que s’annonce la fin de la phase d’intoxication pure et simple qui a caractérisé les trois dernières décennies concernant l’URSS et son histoire. La citoyenne aussi. Les deux attendent avec impatience de savoir comment l’idéologie dominante va nous rendre compte en mai-juin 2010 du soixante dixième anniversaire de la Débâcle française de mai-juin 1940, sur laquelle il y a tant à dire.

Bien cordialement,

Annie Lacroix-Riz

 

MESSAGE DE BERNARD FISCHER POUR LE FORUM DE DISCUSSION DU SITE DU COMITE VALMY

 

Vous trouverez ci dessous un message pour le forum de discussion du site www.comite-valmy.org suite à la publication par le site d'un message d'un journaliste russe relatif au soixante dixième anniversaire du pacte germano soviétique.

  Le 3 septembre 1939, il y a soixante dix ans, une semaine après la signature du fameux pacte germano soviétique, c'est l'invasion de la Pologne par l'Allemagne de Hitler, c'est le début de la deuxième guerre mondiale.

  Toute l'histoire de la deuxième guerre mondiale est contestable. Depuis soixante dix ans, il y a suffisamment de versions relatives aux principaux évènements de cette guerre, la signature du pacte germano soviétique est effectivement un évènement important de cette guerre. Aucune nouvelle version ne sortira cette année ni de RIA Novosti ni de ce site ni de nulle part ailleurs et aucun jugement moral dans aucun sens ne changera rien à l'histoire.

   De mon point de vue, les questions les plus importantes sont les questions des causes de la deuxième guerre mondiale, la question de la situation politique en Allemagne entre 1933 et 1939, la question de la lutte contre le fascisme, la question de la politique du parti communiste allemand entre 1933 et 1939, la question des relations entre l’Allemagne et l’Union soviétique entre 1933 et 1939 et la question des conséquences effectivement de ces relations du point de vue des gouvernements d’un certain nombre de pays européens géographiquement intermédiaires, comme par exemple la Finlande, la Pologne et la Tchécoslovaquie, c’est la fameuse question de la signature des accords de Munich et de l’annexion de la région des Sudètes par l’Allemagne de Hitler. En Pologne, il y a une question de vérité historique importante par rapport à la question des massacres de Katyn. En Union soviétique, il y a la question des relations entre Staline et l’état major de l’armée rouge, par exemple un certain Toukhatchevsky.

  Vous connaissez certainement ces questions et vous en avez certainement une opinion particulière. Ma seule question est la suivante. Combien d’historiens travaillent aujourd’hui par rapport à ces questions, en Russie, en France ou bien dans d’autres pays ? Posons la question par exemple à Annie Lacroix Riz ou bien à Bruno Drweski.

  Salutations militantes

  Bernard Fischer   

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 20:31

http://www.liberation.fr/economie/0101587960-un-homme-en-colere


La lutte des «Contis» de Clairoix a révélé le bouillant délégué CGT, 44 ans, qui défie aussi la direction de son syndicat.

«Salut, vous êtes sur le portable de Xav’, un des 1120 futurs chômeurs de chez Continental. Ben j’suis pas là. Laissez un message.» Tout y est, dans ces quelques notes de répondeur. Le ton gouailleur, la voix assurée, le langage franc. Xavier Mathieu, on a l’impression de le connaître depuis longtemps. Sans doute parce que d’entrée, il tutoie. Et pose sur vous ce regard engageant, un chouia malicieux, qui fait frissonner les femmes et enhardit les hommes. Il faut dire, aussi, que depuis six mois il est abonné aux manchettes des journaux. Un jour meneur de lutte des «Contis» de Clairoix, une autre fois prévenu au tribunal de grande instance (TGI) de Compiègne, ou encore délégué CGT qui fait trembler Bernard Thibault et consorts. L’homme est entier mais aussi multiple.

S’il y a un bien une chose que ne conçoit pas Xavier Mathieu, c’est qu’on veuille le ranger dans une case. Quand on tente de lui coller l’étiquette Lutte Ouvrière ou Nouveau Parti Anticapitaliste, il voit rouge. Non qu’il ait une dent contre l’extrême gauche. Au contraire. Mais il craint de se sentir «parqué». Dit vouloir rester un «électron libre». «Attention, je ne suis pas une girouette. J’ai des idées», tient à préciser l’admirateur de José Bové, qui vote Verts à chaque scrutin. Seule exception: aux élections européennes, il a glissé un bulletin Lutte Ouvrière dans l’urne pour remercier Roland Szpirko, ancien élu régional LO de l’Oise, devenu son mentor lors du conflit chez l’équipementier automobile. «J’ai demandé qu’on l’appelle dès la fermeture de l’usine, le 11 mars, car il avait mené une lutte exemplaire avec les Chausson dans les années 1990. Tout seul, je ne me sentais pas capable de faire face au conflit», avoue Xavier Mathieu. Et d’égrener les «bonnes décisions» prises grâce à celui qui est devenu un ami : mise en place d’un comité de lutte, «AG» chaque jour, manifs à Paris et à Hanovre ou encore prime de 50000 euros par salarié.

Lutte Ouvrière qui fricote avec les ouvriers, ce n’est pas du goût de la CGT. Encore moins quand Olivier Besancenot, leader du NPA, s’affiche dans les manifs des Contis alors que Bernard Thibault ne s’est pas déplacé. Pendant quatre mois, Xavier Mathieu ronge son frein. Le divorce est consommé le 17 juillet. Avec six collègues, le délégué comparaît pour avoir, le 21 avril, saccagé la sous-préfecture de l’Oise à Compiègne aux côtés de 200 salariés furieux de la fermeture de leur usine. «Thibault a refusé de demander notre relaxe. La seule réponse qu’on a eue, c’est que la CGT ne soutient pas les voyous», fustige Mathieu. Le 17 août, au micro de France Info, il se lance dans une violente diatribe contre sa hiérarchie : «Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille.» Deux semaines plus tard, la colère n’est pas retombée.

Comme un boxeur qui monte sur le ring, il a préparé une définition du mot racaille («un élément méprisant dans une organisation»), en rajoute une couche («c’est un parasite»), annonce qu’il pourrait rendre sa carte si Thibault est réélu lors du congrès de la CGT en décembre. Puis le visage se relâche et le ton change. Naïf : «Je ne pensais pas que mes propos auraient un tel poids.» Provocateur : «L’interview de France Info, je l’ai réalisée devant le match PSG-Montpellier.» Inquiet : «Comment ont réagi les secrétaires fédéraux?» Mathieu vient en tout cas d’enregistrer un premier retour de bâton : il est déprogrammé de la Fête de l’Huma, le 12 septembre.

Ses sorties intempestives ont fait sa réputation. Sa compagne Florence, jolie brune d’origine vietnamienne, institutrice dans l’Oise où vit le couple, confirme qu’«il a la langue plus rapide que son ombre». Avant de confier : «Il se prend facilement la tête avec les gens, même s’il sait reconnaître ses erreurs.» Ces derniers mois, Xavier Mathieu a beaucoup appris. A commencer par s’accepter tel qu’il est. «C’est plus fort que moi, je dis les choses et je réfléchis après. Mais avec les responsabilités, j’ai eu très peur de me tromper. Cela a dû me rendre moins arrogant.» Une mutation qu’a perçue Fabrice Queniez, délégué CFDT de l’usine : «Avant, il s’emportait à tout-va, foutait toutes les réunions en l’air. Pendant le conflit, j’ai découvert un bonhomme plus réfléchi.»

Sa grande gueule, Xavier Mathieu la tient de son père, un Auvergnat qui pose ses valises à Tracy-le-Val (Oise) en 1968, pour gérer un chantier de charbon. «C’était l’emmerdeur public numéro 1», s’amuse le fiston. Les Mathieu auront quatre garçons en trois ans et demi, des jumelles huit ans plus tard et une petite dernière, aujourd’hui âgée de 23 ans. Xavier, 44 ans, est le quatrième rejeton de la famille. Son père lui transmet le goût du militantisme écolo; sa mère, des valeurs religieuses qui désarment ceux qui croisent sa route. L’air sérieux, il s’interroge: «Si Jésus revenait sur la Terre, je me demande de quel côté politique il serait.» La religion et la politique, pour lui, c’est du pareil au même : il refuse de s’adonner à un culte en particulier. Prie juste une force supérieure afin «d’être guidé».

Petit, Xavier n’aime pas l’école, incapable de rester assis ou de se taire. A 16 ans, il obtient un peu par hasard un CAP de boucher. De la même façon, il entre sans trop réfléchir chez Continental sept ans plus tard, comme confectionneur. Premier souci à l’atelier : la direction veut augmenter les cadences. Le jeune homme, pas encore encarté, rouscaille. On l’invite à rejoindre la CGT. Mais le premier gros combat de la centrale, en 1994, il le manque en raison d’un arrêt de travail. «Je m’étais écrasé la main dans une machine. J’ai vécu les trois semaines de grève chez moi, regrette-t-il. Ça a été dur.» Alors, le 11 mars dernier, il ne manque pas l’occasion de se rattraper. Au point de s’investir corps et âme dans la lutte. «Au début, je ne dormais que trois heures par nuit. Je marchais au Lexomil, raconte-t-il. J’ai perdu six kilos.» La carapace du dur à cuire abrite un «bileux», comme il se qualifie.

A Port-la-Nouvelle (Aude), où ses parents possèdent une petite résidence secondaire, il tente d’oublier les quatre mois de lutte en pêchant, «la seule activité pour laquelle je peux rester assis des heures». Il ressent un vide. Pas lié à l’absence des caméras ou à la peur de retomber dans l’ombre. Non, ce sont les copains qui lui manquent, avec lesquels il a vécu sa «plus belle histoire» - après la naissance de ses trois enfants. Et de se remémorer la virée à six Contis, le 31 juillet à Châtellerault, pour soutenir les New Fabris. «Le putain de pied qu’on a pris!», s’exclame-t-il, les yeux brillants.

Xavier Mathieu dit ne rien regretter mais espère ne pas payer trop cher son exposition. Son prochain combat : retrouver un boulot. Peut-être dans l’environnement. A la question d’un éventuel engagement politique ou syndical, il retrouve sa verve. «Les calculs et la langue de bois, c’est pas dans ma nature, s’emporte-t-il. Et avec le temps, tu fais le tri dans les combats.» Première échéance : le jugement du TGI de Compiègne, demain. Le bagarreur est plutôt serein. Mais ajoute :«Ma maman m’a toujours dit: "C’est la vie qui te mate".»




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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 19:46

http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html


« Nous avons les meilleures relations avec les ONG, qui sont un tel multiplicateur de forces pour nous, une part si importante de notre équipe de combat. (...) Car [nous] sommes tous engagés vers le même but singulier, aider l’humanité, aider chaque homme et chaque femme dans le monde qui est dans le besoin, qui a faim (...), donner à tous la possibilité de rêver à un avenir qui sera plus radieux » disait Collin Powell (1). « Les Etats démocratiques doivent se mobiliser et exiger ce qui n’est au fond que le début de la démocratie, que des personnels humanitaires d’autres pays puissent porter secours à des populations innocentes » renchérit Nicolas Sarkozy à l’occasion du 90ème anniversaire de la Croix Rouge (2). « Ensemble pour l’humanité : 90 ans et au-delà » lui répond Juan Manuel Suárez del Toro son président. Bernard Kouchner, lui, parle de « l’idéologie occidentale des droits de l’homme » et du « droit d’ingérence humanitaire ». Mais ce droit n’est, en fait, que le droit du plus fort c’est-à-dire du non droit.

L’humanitaire, quelques soient sa forme et ses acteurs, sert de prétexte et de couverture à des visées hégémoniques et impérialistes. Il est strictement au service du capital et des classes dominantes.

Hier on envoyait les missionnaires pour civiliser les « sauvages » en leur apportant lumière et civilisation, aujourd’hui on « s’ingère humainement » pour leur offrir démocratie et liberté. L’humanitaire a remplacé le missionnaire.

Un homme comme Bernard Kouchner, principal promoteur du « droit d’ingérence humanitaire », symbolise très bien l’hypocrisie, le cynisme et la violence de cette vision « humanitaire » du monde utilisée par les pays riches. Il est l’incarnation vivante de ce que représente ce droit. Payé par Total, il rédige un rapport niant, si l’on peut dire, totalement le travail forcé et les traitements inhumains infligés par le groupe pétrolier aux ouvriers birmans. Kouchner l’humanitaire, était également un farouche partisan de la guerre contre l’Irak (3) dont le nombre de victimes dépasse le million de morts. Kouchner, après Bush et Sarkozy, préparait aussi le monde au « pire » c’est-à-dire à « la guerre » contre, cette fois, l’Iran (4). Son amour pour l’humanitaire n’a d’égal que son admiration pour la guerre !

L’humanitaire et la guerre sont deux moyens contradictoires mais complémentaires avec un seul objectif :servir les intérêts des classes dominantes. Il est difficile de distinguer clairement l’humanitaire du militaire tellement les deux instruments sont imbriqués l’un dans l’autre. On fait la guerre au nom de l’humanitaire et on invoque l’humanitaire pour justifier la guerre. Mais l’humanitaire reste souvent subordonné au militaire comme le rappelle Stéphane Sisco membre du Conseil d’administration de Médecins du Monde, « La coopération s’opère à tous les niveaux sous la conduite du Pentagone, seul capable d’assurer le rôle de leader. Comme nous le voyons en Irak les forces armées fixent l’ordre des priorités et maîtrisent le déroulement de la mission, du pré-déploiement à la sortie de crise (exit strategy). Le contrôle est laissé au militaire, subordonnant l’acteur civil et humanitaire » (5). Idem en Afghanistan : « La militarisation de l’aide, les ERP [Equipes de reconstruction provinciales dirigées par l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord, OTAN], le trop grand nombre de services de sécurité et la confusion croissante des rôles ont contribué à réduire l’espace humanitaire et à véhiculer de fausses images sur le travail des ONG », confiait à l’IRIN (un département d’informations humanitaires des Nations Unies) Ashley Jackson, chercheur pour Oxfam à Kaboul (6). Les mêmes raisons engendrent les mêmes comportements au-delà des convictions des militants. C’est au nom du droit d’ingérence humanitaire que les pays occidentaux (États-Unis, Union Européenne notamment) souvent avec l’aide de l’OTAN, leur bras armé, que le Kurdistan irakien fut envahi en 1991, l’opération « Restore hope » menée en Somalie en 1992, ou l’envoi d’une force d’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999 etc. Quant à l’opération « Turquoise » menée par la France au Rwanda en 1994, toujours au nom de l’humanitaire, après le génocide des Tutsi auquel elle a largement contribué, voilà ce qu’en pensent les prêtres catholiques rescapés de cette tragédie humaine : « Les responsables du génocide sont les soldats et les partis politiques du MRND et de la CDR, à tous les échelons, mais plus particulièrement aux échelons supérieurs, appuyés par la France qui a entraîné leurs milices. C’est pourquoi nous considérons que l’intervention soi-disant humanitaire de la France est une entreprise cynique » (7).

Ainsi le droit d’ingérence, sous des prétextes humanitaires, permet et facilite l’ingérence impérialiste. Le droit d’ingérence est le droit du plus fort. Seuls les États les plus puissants peuvent intervenir et envahir militairement les pays pauvres sous la bannière humanitaire pour mieux piller leurs richesses. C’est pourquoi les pays du sud ont rejeté ce « droit d’intervention humanitaire » à la Havane en 2000 lors du sommet du G77 (qui représente tout de même environ les 4/5 de l’humanité).

Les pays capitalistes ne font appel au droit d’ingérence humanitaire que pour mieux servir leurs propres intérêts. Dans le cas contraire, ils invoquent le droit de non ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Cette vision sélective de l’humanitaire conduit ces États à intervenir massivement par exemple au Kosovo et à rester passif face aux massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza. C’est de l’humanitaire à géographie variable !

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et autres associations liées à l’humanitaire, quelque soit par ailleurs la sincérité de leurs militants, ne peuvent que se mouvoir dans les limites de ce cadre général tracées par les intérêts économiques des classes dominantes. La plupart des ONG humanitaires dépendent financièrement de leurs propres États, des instances européennes comme le service d’aide humanitaire de la Commission Européenne (DG-ECHO) ou des institutions internationales. Ainsi par exemple Save the Children USA, International Rescue Committee et World Vision ont reçu un financement de 2 millions de dollars de USAID, l’agence américaine pour la coopération et l’aide humanitaire, pour « soulager » la population irakienne (8). C’est le cas également des ONG humanitaires scandinaves, belges et hollandaises où la part du financement public reste prédominante (9). Et même lorsque ces ONG et associations sont financées essentiellement par des fonds privés comme c’est le cas de Médecins sans frontières(MSF), Médecins du monde(MDM), La Fédération internationale de la Croix-Rouge, Action contre la Faim etc (10), l’influence de l’État reste déterminante ne serait-ce qu’à travers les très généreuses exonérations d’impôts liées aux dons.

La collecte de dons justement (fundraising comme elles disent) devient, de plus plus, l’une des priorités pour ne pas dire la priorité des grandes associations humanitaires. Pour atteindre cet objectif vital pour elles, les ONG humanitaires recourent aux mêmes techniques de gestion que les entreprises privées. Pour séduire le généreux donateur, toute une panoplie de techniques est utilisée : marketing (humanitaire ?), publicité commerciale, recours aux agences spécialisées dans les techniques de communication, alliance avec les fondations comme celle du milliardaire bill Gates par exemple et surtout avec les multinationales (on dit partenariat cela fait plus moderne) qui à leur tour instrumentalisent ces associations pour améliorer leur image de marque etc. (11). Mais au-delà de ces techniques, ce qui est frappant c’est cette marchandisation croissante et sans scrupules des principes même de l’humanitaire. Celui-ci, là encore, se révèle un outil intéressant au service de l’entreprise et, partant, du capital.

Les entreprises se servent volontiers également de la loi du 4 février 1995 sur le congé de solidarité internationale qui leur permet d’envoyer leurs salariés en mission humanitaire à l’étranger. Le Crédit Agricole, le Club Méditerranée, Price Waterhouse Coopers, IBM, L’Oréal, SFR, Areva etc. (12) ont bien compris l’intérêt de cette opération de relations publiques qui leur permet, à peu de frais, de redorer leur blason bien terni par des scandales sociaux, écologiques et éthiques liés à leur recherche effrénée du profit.

L’humanitaire et les grands médias notamment la télévision entretiennent des relations intimes, voire incestueuses. La misère du monde est régulièrement projetée sur la scène médiatique non pas pour expliquer aux citoyens ses véritables causes et dénoncer ses responsables, pourtant connus, mais pour augmenter l’audimat en exploitant les bons sentiments altruistes du téléspectateur. La souffrance humaine se transforme en spectacle. Artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques etc. sont ainsi utilisés dans ce show médiatique. Le malheur des autres, l’émotion, la détresse humaine attirent le public et, par conséquent, augmentent les recettes publicitaires des chaînes télévisuelles.

Les acteurs de l’humanitaire, eux, avec leur rationalité capitaliste de gestion, tentent de « vendre » les souffrances des victimes, à travers les médias, aux précieux donateurs qui sont en quelque sorte leurs « clients ».

L’humanitaire ne fait que soulager, dans le meilleur des cas, très momentanément la détresse humaine. Il ne s’attaque pour ainsi dire jamais aux racines des malheurs des hommes c’est-à-dire au capitalisme et son fonctionnement. Dans ce sens, il est non seulement au service de l’ordre établi, mais il le perpétue. L’humanitaire dans un système inhumain, est donc une illusion pour ne pas dire une absurdité.

Mohamed Belaali



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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 19:08

 


Communiqué du Collectif contre les patrons voyous et licencieurs

http://www.frontsyndical-classe.org/article-35403530.html

Fermetures de sites, licenciements, suppressions d’emplois, départs prétendument volontaires… : la vague de licenciements commencée en début d’année a continué cet été. Elle marquera certainement la rentrée de septembre, rendant encore plus urgente la nécessité de ne plus se battre seul chacun dans notre coin et celle d’une riposte commune et d’ensemble..

Pour la préparer, il est plus nécessaire que jamais de coordonner les luttes et, dans un premier temps, celles des entreprises directement menacées, comme l’ont proposé les salariés de New Fabris en appelant fin juillet, lors de la manifestation de ces entreprises à Châtellerault, à la création d’un collectif contre les patrons voyous et licencieurs.

La riposte commune commence évidemment par la solidarité avec ceux qui sont menacés par la répression pour avoir entrepris le combat. Le TGI de Compiègne doit rendre son jugement contre 7 camarades de Continental le premier septembre. En soutien aux “Conti”, nous appelons donc à être le plus nombreux possible dès 8 heures devant le TGI de Compiègne (Place du Château) ce mardi 1er septembre 2009.

Par ailleurs, la CGT de Ford Blanquefort organise une rencontre entre les salariés et les militants syndicaux des entreprises victimes de suppressions d’emplois, dans le but de renforcer leurs liens et d’avancer vers la coordination des luttes et d’un collectif. Cette initiative prolonge l’appel des New Fabris. C’est pourquoi ceux qui ont lancé cet appel et ceux qui y ont déjà répondu appellent à participer largement à cette rencontre. Rendez-vous : samedi 5 septembre 2009 à 14 heures – salle polyvalente Fongravey – 26, rue Jean Moulin – 33290 Blanquefort (banlieue Nord de Bordeaux).

Collectif contre les patrons voyous et licencieurs – 29 août 2009

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 16:49

Michael Hudson : Démantèlement de l’empire militaire et financier US ?

La ville Russe de Iekaterinbourg, la plus importante à l’est de l’Oural, pourrait désormais être connue comme le lieu où sont morts non seulement les tsars mais aussi l’hégémonie américaine.

Non pas uniquement l’endroit où le pilote américain Gary Powers a été abattu en 1960, mais aussi celui où l’ordre financier international dominé par les USA a été mis à bas.

La remise en cause de l’Amérique sera le thème principal des réunions élargies de Iekaterinbourg, en Russie (ex-Sverdlovsk) des 15 et 16 Juin rassemblant le président chinois Hu Jintao, le président russe Dmitri Medvedev et les représentant les six pays de l’ Organisation de Coopération de Shanghai (OCS).

Cette alliance regroupe la Russie , la Chine , le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan.

L’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie y ont le statut d’observateurs. Mardi le Brésil s’y joindra pour les discussions commerciales entre les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). 

Les participants ont assuré à des diplomates américains que leur objectif n’était pas le démantèlement de l’ empire financier et militaire des États-Unis. Ils veulent simplement discuter de l’aide mutuelle, indépendamment du rôle des États-Unis, de l’OTAN ou du dollar américain en tant que support du commerce international.

Les diplomates américains se demandent ce que cela signifie vraiment, si ce n’est une étape visant à rendre l’hégémonie américaine obsolète. C’est ce que signifie « monde multipolaire », après tout.

Pour commencer, en 2005, l’OCS avait demandé à Washington d’établir un calendrier de retrait de ses bases militaires en Asie centrale. Deux ans plus tard, les pays de l’OCS se sont ralliés officiellement à la position des ex-républiques de la CEI appartenant à l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), qui avait été fondée en 2002 en tant que contrepoids à l’OTAN. 

Pourtant, la réunion n’a suscité que le désintérêt collectif de la presse aux États-Unis et même en Europe, bien que l’ ordre du jour y soit de remplacer le standard mondial du dollar par un nouveau système financier, ainsi qu’un nouveau système de coopération pour la defense. Un porte-parole du Conseil des Relations Extérieures (Un institut d’études géopolitiques américain, ndt) a déclaré qu’il pouvait difficilement imaginer que la Russie et la Chine puissent surmonter leurs rivalités géopolitiques [1], suggérant que l’Amérique peut pratiquer le « diviser pour régner » que la Grande-Bretagne a si habilement utilisé durant de nombreux siècles pour fragmenter les opposition dans son propre empire. Mais George W. Bush ( qui déclarait « Je suis un rassembleur, non un diviseur ») s’est placé dans la continuité de l’administration Clinton pour pousser la Russie , la Chine et leurs voisins à trouver un terrain d’entente, lorsqu’il s’agit de trouver une alternative au dollar, et du même coup à la possibilité pour les Etats-Unis de prolonger indéfiniment leur déficit de la balance des paiements.

Cette séquence, qui pourrait représenter les dernières manifestations de l’hégémonie américaine, a débuté dès le mois d’avril lors de la conférence du G-20, et est devenue encore plus explicite à Saint-Pétersbourg au Forum économique international du 5 Juin, lorsque M. Medvedev a demandé à la Chine , la Russie et l’Inde de « construire un ordre mondial de plus en plus multipolaire. » Ce qui signifie en clair : nous avons atteint nos limites en ce qui concerne les subventions à l’encerclement militaire de l’Eurasie par les Etats-Unis, tout en les laissant s’approprier nos exportations, nos entreprises, les actifs et les biens immobiliers en échange d’une monnaie de papier de valeur douteuse. 

« Le système unipolaire maintenu artificiellement » dont a parlé M. Medvedev [2], est fondé sur « un seul grand centre de consommation, financé par un déficit croissant, et donc de plus en plus de dettes, une monnaie de réserve jadis forte et une domination dans le système de l’évaluation des actifs et des risques. » A la racine de la crise financière mondiale, a t-il conclu, il y a le fait que les États-Unis produisent trop peu et dépensent trop. Leurs dépenses militaires sont particulièrement choquantes, comme par exemple le renforcement de l’aide militaire américaine à la Georgie annoncé la semaine dernière, le bouclier de l’OTAN en Europe de l’Est, et la mainmise des États-Unis dans les régions riches en pétrole comme le Moyen-Orient et l’Asie centrale. 

Le point de friction avec tous ces pays est celui de la capacité qu’ont les États-Unis de faire fonctionner indéfiniment la planche à billets. Le surplus de dépenses d’importations des consommateurs américains par rapport aux exportations, les rachats par les USA de quantités de sociétés étrangères et de biens immobiliers, les dépenses que le Pentagone effectue à l’étranger : tous ces dollars aboutissent dans les banques centrales étrangères. Elles sont ensuite confrontées à un choix difficile : soit recycler ces dollars aux États-Unis en achetant des bons du trésor américains, soit laisser le « marché libre » déterminer le cours de leur monnaie par rapport au dollar - et par là même à déterminer le prix de leurs exportations sur les marchés mondiaux, créant ainsi du chômage et provoquant la faillite d’entreprises.

Lorsque la Chine et d’autres pays recyclent leurs flux de dollar US en achetant des bons du Trésor pour « investir » aux États-Unis, cette accumulation n’est pas vraiment volontaire. Cela ne reflète pas une foi en l’économie américaine qui rémunèrerait l’épargne des banques centrales, ni une quelconque préférence d’investissement, mais tout simplement un manque d’alternatives. Les « marchés libres » à la mode des USA piègent les pays dans un système qui les obligent à accepter indéfiniment des dollars. Mais désormais, ils veulent en sortir.

Cela implique la création d’une nouvelle alternative. Plutôt que de faire simplement « des changements cosmétiques comme certains pays et peut-être les organisations financières internationales pourraient le vouloir », comme l’a dit M. Medvedev à Saint-Pétersbourg : « ce dont nous avons besoin, ce sont des institutions financières d’un type tout à fait nouveau, où ne domineraient ni les problèmes politiques et les motivations [sous-jacentes] , ni aucun pays en particulier. »

Lorsque les dépenses militaires à l’étranger ont provoqué le déficit la balance des paiements US et ont conduit les Etats-Unis à abandonner l’étalon or en 1971, les banques centrales se sont trouvées démunies de cet actif traditionnellement utilisé pour solder les déséquilibres des paiements. La solution par défaut a consisté à investir les flux issus des paiements ultérieurs en obligations du Trésor américain, comme si celles-ci étaient « aussi fiables que l’or ». Les banques centrales détiennent maintenant pour 4 000 milliards de dollars de ces obligations dans leurs réserves internationales. Ces prêts ont également financé la plupart des déficits budgétaires du gouvernement américain depuis maintenant plus de trois décennies ! Etant donné que la moitié environ des dépenses discrétionnaires du gouvernement américain est consacrée aux opérations militaires - dont plus de 750 bases militaires à l’étranger et dans des opérations de plus en plus coûteuses dans les pays producteurs de pétrole et ceux qui permettent son transit - le système financier international est organisé de manière à financer le Pentagone, ainsi que les rachats par les États-Unis d’actifs étrangers censés rapporter beaucoup plus que les bons du Trésor que les banques centrales étrangères détiennent.

La principale question à laquelle sont confrontées les banques centrales mondiales est donc de savoir comment éviter d’ajouter encore plus de dollars US à leurs réserves et, par conséquent, de financer encore plus les dépenses qui creusent le déficit des États-Unis - y compris les dépenses militaires à leurs propres frontières ? 

Pour commencer, les six pays de SCO et les pays du BRIC ont l’intention de commercer dans leurs propres monnaies afin de bénéficier mutuellement du crédit que les États-Unis avait monopolisé jusqu’à présent à son profit. À cette fin, la Chine a passé des accords bilatéraux avec l’Argentine et le Brésil pour effectuer leur échanges commerciaux en renminbi, la monnaie chinoise, plutôt qu’en dollar, en livre sterling ou en euros [3] . Il y a deux semaines, la Chine a également conclu un accord avec la Malaisie pour que les deux pays commercent en renminbi [4]. L’ancien Premier ministre, le Dr. Tun Mahathir Mohamad, m’a expliqué en janvier qu’en tant que pays musulman la Malaisie voulait éviter de faire tout ce qui pourrait faciliter l’action militaire américaine contre les pays islamiques, y compris la Palestine. La nation a trop d’actifs en dollars, ont expliqué ses collègues. Le gouverneur de la Banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, a écrit officiellement sur son site Internet que l’objectif est maintenant de créer une monnaie de réserve « indépendante d’une nation particulière » [5]. C’est l’objet des discussions à Iekaterinbourg.

En plus d’éviter de financer la prise de contrôle par les États-Unis de leur propre industrie et l’encerclement militaire américain de la planète, la Chine , la Russie et d’autres pays voudraient certainement se développer comme l’Amérique l’a fait. En fait, ils considèrent les États-Unis comme une nation hors-la-loi, financièrement et militairement. Comment caractériser autrement une nation qui promulgue un ensemble de lois pour les autres - sur la guerre, le remboursement de la dette et le traitement des détenus - mais n’en tient pas compte elle-même ? Les États-Unis sont maintenant le plus grand débiteur mais ont évité la punition des « ajustements structurels » imposés à d’autres pays endettés. Les taux d’intérêt US et les réductions d’impôt, alors les déficits commerciaux et budgétaires explosent, sont considérés comme le comble de l’hypocrisie, lorsqu’ils sont comparés à l’austérité que les programmes de Washington imposent aux autres pays par le biais du FMI et des officines de Washington.

Les États-Unis demandent aux pays endettés de vendre leurs services publics et leurs ressources naturelles, d’augmenter leurs taux d’intérêts et d’augmenter les impôts au détriment de la paix sociale pour dégager un maximum d’argent et payer les créanciers.

Et aux USA, le Congrès a empêché la société Chinoise CNOOK d’acheter Unocal pour des raisons de sécurité nationale, tout comme il a empêché Dubaï d’acquérir des exploitations portuaires américaines et empêché des fonds souverains d’acheter des infrastructures clés. Les étrangers sont invités à imiter les japonais qui avaient investi dans des « éléphants blancs » comme le Rockfeller Center, sur lequel les investisseurs ont rapidement perdu un milliard de dollars puis ont fini par se retirer. 

À cet égard, les États-Unis n’ont pas vraiment laissé à la Chine et aux autres pays en situation d’excédent de la balance des paiements d’autres choix que de devoir trouver un moyen d’éviter de nouvelles accumulations de dollars. À ce jour, la Chine tente de diversifier ses avoirs en dollars ailleurs qu’en bons du Trésor US, qui ne se sont pas révélés très fructueux. Hank Paulson, qui venait de la banque Goldman Sachs, avait conseillé à la banque centrale chinoise d’investir dans les titres à haut rendement émis par Fannie Mae et Freddie Mac, en expliquant que ceux-ci étaient de facto des obligations publiques. Ces titres se sont effondrés en 2008, mais au moins, le gouvernement américain a repris ces deux organismes de prêt hypothécaire, augmentant de facto de 5 200 milliards de dollars la dette nationale. En fait, ce renflouement a été rendu nécessaire en grande partie à cause des investissements effectués par les Etats étrangers.

Infliger des pertes aux investisseurs gouvernementaux étrangers aurait quelque peu atteint la réputation des bons du Trésor, non seulement en détruisant la crédibilité des États-Unis, mais aussi parce que les émissions d’obligations par le gouvernement étaient insuffisantes pour absorber les dollars qui coulaient à flot dans l’économie mondiale avec la montée en flèche du solde déficitaire de la balance des paiements des États-Unis. 

En recherchant de nouveaux actifs pour protéger la valeur de leurs avoirs en dollars alors que la bulle de crédit de la Réserve fédérale se traduisait par une baisse des taux d’intérêt, les fonds souverains chinois ont cherché à se diversifier à la fin de 2007. La Chine a pris des participations dans les fonds d’ investissement Blackstone et Morgan Stanley à Wall Street, Barclays en Grande-Bretagne, dans la Standard Bank d’Afrique du Sud (qui fut affiliée à la Chase Manhattan du temps de l’apartheid dans les années 1960) et dans le conglomérat financier belge Fortis proche de l’effondrement. Mais le secteur financier américain s’écroulait sous le poids de sa dette phénoménale, la valeur des actions des banques et des firmes d’investissement a plongé dans le monde entier.

Les étrangers voient le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce comme les représentants de Washington dans un système financier soutenu par les bases militaires américaines et les porte-avions qui entourent la planète. Mais cette domination militaire est un vestige d’un empire américain qui n’est plus en mesure de régner par sa force économique. La puissance militaire américaine est basée davantage sur des armes atomiques et les frappes aériennes à longue distance que sur les opérations au sol, qu’il est devenu politiquement trop impopulaire de monter sur une grande échelle. 

Sur le front économique, on ne voit pas comment les États-Unis pourraient trouver les 4 000 milliards de dollars qu’ils doivent aux gouvernements étrangers, à leurs banques centrales et aux fonds souverains mis en place pour écluser la surabondance de dollars. L’Amérique est devenue un mauvais payeur et de fait, une mauvais payeur agressif sur le plan militaire, car elle cherche à conserver le pouvoir sans pareil jadis gagné sur le plan économique. La question qui se pose est de savoir comment peser sur son comportement. Yu Yongding, un ancien conseiller de la banque centrale de Chine désormais membre de l’Académie des Sciences chinoise, a proposé de faire remarquer au secrétaire américain au Trésor Tim Geithner que les États-Unis devraient « épargner » d’abord et avant tout en pratiquant une réduction de leur budget militaire. « Les recettes fiscales des Etats-Unis ne sont pas susceptibles d’augmenter à court terme en raison de la faible croissance économique, de la rigidité des dépenses et du coût de mener deux guerres. » [6] 

À l’heure actuelle, c’est l’épargne étrangère, et non pas celle des américains, qui finance le déficit budgétaire américain en achetant la plupart des bons du Trésor. Cela se traduit par un impôt levé sans la contrepartie d’une représentation des électeurs étrangers sur la manière dont le gouvernement des États-Unis utilise leur épargne forcée. Pour les « diplomates » du système financier , il est donc nécessaire d’élargir le champ d’application de leurs politiques, au-delà du seul marché de secteur privé. Les taux de change sont déterminés par de nombreux facteurs, en plus de celui des « consommateurs brandissant des cartes de crédit » , pour reprendre l’euphémisme habituel qu’utilisent les médias américains à propos du déficit de la balance des paiements. Depuis le 13ème siècle, la guerre a été un facteur dominant dans la balance des paiements des grandes nations - et de leurs dettes. Les obligations d’Etat financent essentiellement des dettes de guerre, dans la mesure ou en temps de paix les budgets ont tendance à être équilibrés. Ceci relie directement le budget de la guerre à la balance des paiements et aux taux de change. 

Les pays étrangers se voient encombrés de reconnaissances de dette qui ne seront pas honorées - dans des conditions telles que s’ils agissent afin de mettre fin au festin américain, le dollar va plonger et leurs avoirs en dollars vont chuter par rapport à leur monnaie nationale et aux autres devises. Si la monnaie chinoise s’apprécie de 10% par rapport au dollar, sa banque centrale enregistrera l’équivalent de 200 milliards de dollars de pertes sur ses 2 000 milliards de dollars.

Cela explique pourquoi, quand les agences de notation envisagent que les titres du Trésor des États-Unis puissent perdre leur notation AAA, elles ne veulent pas signifier que le gouvernement ne serait pas en mesure d’imprimer des dollars papier pour honorer ses dettes. Elles indiquent plutôt que la valeur du dollar va se déprécier internationalement. Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment. Lorsque M. Geithner prit un visage grave pour déclarer devant un auditoire à l’Université de Pékin au début du mois de Juin qu’il croyait en un « dollar fort » et que les investissements de la Chine aux États-Unis étaient sûrs, il a été accueilli par des rires sarcastiques [7]. 

L’anticipation d’une hausse des taux de change de la Chine incite les spéculateurs à chercher à emprunter des dollars pour acheter du renminbi et bénéficier de la hausse. Pour la Chine , le problème est que ce flux spéculatif deviendrait une prophétie auto-réalisatrice en faisant grimper sa monnaie. De ce fait, le problème des réserves est intrinsèquement lié à celui des contrôles de capitaux. Pourquoi la Chine devrait-elle voir ses compagnies rentables vendues pour des dollars fraîchement créés, que la banque centrale doit utiliser pour acheter à faible taux des bons du trésor américain ou perdre encore plus d’argent à Wall Street ? Pour éviter ce dilemme, il est nécessaire d’inverser la philosophie de l’ouverture des marchés de capitaux que le monde a adopté depuis Bretton Woods en 1944..

A l’occasion de la visite de M. Geithner en Chine, « Zhou Xiaochuan, directeur de la Banque populaire de Chine, la banque centrale du pays, a déclaré que c’était la première fois depuis que les pourparlers semestriels ont commencé en 2006, que la Chine avait besoin d’apprendre des erreurs de l’Amérique tout comme de ses succès » lorsqu’il fut question de la déréglementation des marchés de capitaux et du démantèlement des contrôles. 

Une ère est donc arrivée à son terme. Face à des dépenses démesurées des Etats-Unis, la dé-dollarisation menace de forcer les pays à revenir aux doubles taux de change, qui furent fréquents entre les deux guerres mondiales : un taux de change pour le commerce des produits, un autre pour les mouvements de capitaux et les investissements, tout au moins pour les économies de la zone dollar [8]..

Même sans contrôle des capitaux, les pays réunis à Iekaterinbourg prennent des mesures pour éviter de recevoir involontairement de plus en plus de dollars. Voyant que l’hégémonie globale des États-Unis ne peut pas se poursuivre en l’absence du pouvoir d’achat qu’ils leur procurent eux-mêmes, ces gouvernements cherchent à hâter ce que Chalmers Johnson a nommé dans son ouvrage « les douleurs de l’empire » : la faillite de l’ordre mondial financier et militaire américain. Si la Chine , la Russie et leurs alliés non-alignés suivent leur propre chemin, les États-Unis ne pourront plus vivre grâce à l’épargne des autres (sous la forme de leurs propres dollars recyclés), ni disposer de cet argent pour financer des dépenses militaires illimitées. 

Des responsables américains voulaient assister à la réunion de Iekaterinbourg en tant qu’observateurs. On leur a répondu : non. C’est un mot que les américains vont entendre beaucoup plus souvent à l’avenir.

Article original en anglais, De-Dollarization: Dismantling America’s Financial-Military Empire, The Yekaterinburg Turning Point, publié le 13 juin 2009.

Traduction Madeleine Chevassus pour Contre Info. .

Michael Hudson est un économiste spécialisé dans le domaine de la balance des paiements. Il a été le conseiller économique en chef du candidat Démocrate à la présidentielle Dennis Kucinich. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont : « Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire ».

Michael Hudson

http://www.mondialisation.ca:80/index.php?context=va&aid=14089 

 



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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 16:40

43 chambres et 42 000 euros par jour pour les vacances de Paul Biya

Le président camerounais aime la thalasso à La Baule. Facture estimée pour trois semaines de détente : près d'un million d'euros.

Après les biens mal acquis [1], voici les vacances à tout prix ! France Inter [2] et Radio Fidélité Nantes [3] ont révélé vendredi matin que le président du Cameroun se repose dans un palace de La Baule. Paul Biya et sa suite : soit 43 chambres occupées pour un montant journalier de 42 000 euros. Mieux que les vacances de Sarkozy, Bush et Obama réunis.

La chic clientèle des habitués de La Baule connaît bien les deux palaces. L'Hermitage, un cinq étoiles [4] en bord de mer avec ses colombages normands et le Royal, juste quatre étoiles [5], mais une thalassothérapie à vous déstresser n'importe quel chef d'Etat surmené. En fait, Paul Biya a découvert La Baule grâce à une amie qui y possède un appartement et il y revient pour la qualité des soins thalassos…

Comme en 2006, Paul Biya et sa suite ont donc pris le chemin de la station balnéaire, le 15 août, pour prendre leur quartier dans ces deux hôtels du groupe Lucien Barrière, dont le PDG, Dominique Desseigne, est un ami de Nicolas Sarkozy.

Honoré par la médaille de la ville

Paul Biya n'est pas venu seul : d'après France Inter, sa suite occupe 43 chambres dans les deux établissements, pour un montant global estimé à 42 000 euros par jour. Soit une facture totale qui devrait approcher le million d'euros, puisque la délégation présidentielle reste trois semaines sur place.

A 13h, le président Biya, son épouse Chantal et quinze personnes de la délégation ont fait leur apparition à l'hôtel de ville. Discours, échange de cadeaux (une statue africaine contre un livre illustré sur le partrimoine architectural et arboré de la ville). Devant quelques journalistes de la presse locale, Paul Biya a assuré :

« Votre ville est très confortable. Je reviendrais sans doute. »

Pourquoi Paul Biya aurait-il hésité ? Il a reçu le meilleur accueil des autorités locales. A commencer par le maire UMP de La Baule, Yves Metaireau, qui ce vendredi a décoré en personne son présidentiel touriste de la médaille d'honneur de la ville en tant que « nouveau résident secondaire ».

Le maire, comme tous les commerçants du coin, apprécient ces généreux touristes qui ne lésinent pas à la dépense. Pas négligeable en temps de crise.

Evidemment, pas question à la Baule de rapprocher cette information de la crise sociale et économique qui ravage le Cameroun ces dernières années. Inutile de rappeler que les émeutes de Douala, en février 2008 [6], avait démarré suite à la baisse jugée trop faible (un centime d'euro) du litre d'essence…

D'autres présidents africains ont senti le vent tourner

Paul Biya serait-il devenu une exception parmi les dictateurs africains ? Ces deux dernières années, le défunt président gabonais Omar Bongo comme le président congolais Denis Sassou N'guesso et l'équato-guinéen Téodoro Obiang boycottent la France.

Tout trois ont pour point commun d'avoir été la cible de l'enquête sur les biens mal acquis, réalisée par les limiers de l'Office central de lutte contre la grande délinquance financière. Hôtels particuliers, châteaux, appartements et belles voitures : tout le patrimoine de ces chefs d'Etat et de leurs proches a été répertorié.

Résultat : ils s'arrêtent désormais au Maroc, où le soleil est plus chaud et les palaces tout aussi confortables.

http://www.rue89.com/2009/08/28/43-chambres-et-42-000-par-jour-pour-les-vacances-de-paul-biya


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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 16:31

Remanier ? Sarkozy "ne le sent plus" mais n'oublie pas "Fred"

Frédéric Lefebvre [1] a bien fait partie du gouvernement… l'espace de quelques instants sur le site de Matignon [2]. En lettres capitales, son nom est apparu, aux cotés de ceux d'Axel Poniatowski [3] et de Paul Giacobbi [4], comme le montre cette capture d'écran du site de France Info [5]. Mais sans portefeuille associé.

Une boulette qui a contraint le service d'information du gouvernement (SIG) [6] à fournir un explication. Selon l'agence Associated Press citée par le JDD.fr [7], voici ce qui se serait passé :

« Une collaboratrice du SIG, en prenant des notes personnelles sur son interface, en relevant des informations lues dans la presse, a vraisemblablement publié les trois noms. »

Les services de François Fillon auraient ajouté que les noms ne figurent nulle part dans la communication du gouvernement et qu'ils ne sont restés que très peu de temps en ligne. Assez pour que des médias le remarquent et s'en amusent.

Trois raisons au moins pour un remaniement

La collaboratrice gaffeuse aurait donc pris des notes électroniques depuis des rumeurs circulant dans la presse [8], en particulier cette semaine.. En effet, ce petit remaniement aurait permis au chef de l'Etat de résoudre trois équations d'un coup :

Trouver un maroquin à Frédéric Lefebvre : depuis le départ du secrétaire d'Etat à la Fonction publique André Santini [9] dont il était le suppléant à l'Assemblée, Frédéric Lefebvre ne siégait plus au Palais Bourbon. Le nom du tonitruant porte-parole de l'UMP avait un temps circulé en face d'un secrétariat d'Etat à la culture, puis à Bercy comme secrétaire d'Etat à la consommation.

Répondre à un besoin d'ouverture à l'approche des régionales : l'entrée de Paul Giacobbi président PRG du conseil général de Haute-Corse Paul Giaccobi, comme nouvelle prise à la gauche était également citée.

Elargir encore le champ de l'Ecologie : Axel Poniatowski, député du Val-d'Oise, était pressenti pour remplacer Dominique Bussereau aux Transports.

Ce qui aurait permis à Jean-Louis Borloo d'étendre à ce champ son super-ministère de l'Ecologie. Et aurait libéré la présidence de la commission des Affaires Etrangères, qui aurait ainsi pu être confiée à un membre du nouveau Centre.

« On a autre chose à faire »

Mais comme l'écrit l'AFP [10], le mini-remaniement pourrait bien être l'Arlésienne de cette rentrée. Prévu le 29 juillet et confirmé par le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant qui parlait d'un « micro-ajustement », il avait du être reporté en raison du malaise du président lors de son jogging [11].

Le Figaro [12] croit savoir le sort que le président réserve à Frédéric Lefebvre :

« 'Nicolas ne le laissera pas tomber », indique un conseiller. Dans la confidence du président, un ministre assure que « Fred devrait prendre la tête d'une agence gouvernementale ». Cette solution lui permettrait en tout cas de rester porte-parole de l'UMP. »

Pour le quotidien, le président a déjà renoncé à ce remaniement :

« 'Je ne le sens plus. Ce n'est pas le moment d'augmenter le nombre de ministres. On a autre chose à faire », a-t-il donné pour explication avant de repartir au cap Nègre où il termine ses vacances avec son épouse, Carla. »

Avec trois non nominations, l'équipe n'est pour autant pas aussi resserrée que promis.

Au fait, qui s'apercevra qu'il manque un ministère à la Fonction publique [13] ? Pas Eric Woerth, qui reprendra du coup le job.

http://www.rue89.com/2009/08/29/remanier-sarkozy-ne-le-sent-plus-mais-noublie-pas-fred




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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 16:21

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2009/08/29/robert-bourgi-veteran-de-la-francafrique_1233308_3212.html


Robert Bourgi, vétéran de la Françafrique

LE MONDE | 29.08.09 | 14h10  •  Mis à jour le 29.08.09 | 14h43

La Maserati est garée à trois pas de ses bureaux, dans le 16e arrondissement de Paris. Lorsque Robert Bourgi se rend en Afrique, c'est presque toujours dans un avion privé affrété par une grande entreprise intéressée par son carnet d'adresses au Gabon, au Congo-Brazzaville, en Côte d'Ivoire ou par un chef d'Etat africain auquel il vend la promesse de contacts politiques de haut niveau en France. Cet entregent est manifestement la source de cette vie confortable, bien plus que son statut officiel d'avocat, lui qui avoue en rian t : "C'est ma femme, Catherine, qui traite les dossiers et plaide. Moi, j'apporte les affaires. D'ailleurs, je n'ai passé la robe que le jour de ma prestation de serment."

A table, il est volubile, amusant, grand amateur de chablis bien qu'il s'affirme "musulman chiite" et plus encore de femmes "sauf des Africaines avec lesquelles (il n'a) même jamais dansé". Du vivant d'Omar Bongo, il régnait sur l'Hôtel Meurice, le palace parisien où le président gabonais recevait lors de ses séjours en France. Les hommes d'affaires de toutes sortes faisaient antichambre. Pas lui. Bongo était tout à la fois son client, peut-être son ami, et en tout cas le parrain de la petite fille qu'il a eue, tardivement, d'une liaison adultérine assumée, y compris par son épouse- Bourgi étant lui-même le parrain de l'un des fils de Bongo.

Robert Bourgi a toujours appelé Omar Bongo, à l'africaine, "papa".. Le secrétaire d'Etat français chargé de la coopération, Alain Joyandet, se souvient de l'avoir vu entrer sans frapper dans la suite du président pour s'introduire sans façon au milieu de leur conversation.

Autant dire que la mort du chef d'Etat gabonais et l'élection présidentielle du dimanche 30 août sont un enjeu majeur pour celui qui se targue d'être le fils spirituel de Jacques Foccart - grand ordonnateur du gaullisme en Afrique et des réseaux qui s'assurèrent après les indépendances de la soumission des anciennes colonies africaines aux intérêts de la France.

C'est Robert Bourgi qui a laissé filtrer, le 7 juin, d'un coup de fil au Point, la nouvelle de la mort d'Omar Bongo. "Ce soir-là, il était mort cliniquement. Je ne sais même pas s'il n'était pas parti avant", glisse-t-il tranquillement. Quelques heures plus tard, malgré les démentis farouches de l'Etat gabonais, l'AFP confirmait la mort du doyen de la Françafrique, citant "une source proche du gouvernement français", qui, à en croire Bourgi, n'était autre que... lui-même.

Existe-t-il plus haut attribut du pouvoir que de décider de l'heure de la mort d'autrui ? Ce fut, en tout cas, la façon la plus efficace de signifier au plus haut sommet des Etats français et gabonais un message clair : il faudrait compter avec lui pour gérer la succession.

Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, le franc-tireur Robert Bourgi est partie prenante de la politique africaine de l'Etat. Dans la galaxie foisonnante des intermédiaires et des communicants qui vendent leur influence aux dirigeants africains, il occupe une place à part. "Je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy", insiste-t-il.

Cet été, il a mis toute son énergie au service de l'élection de son poulain, Ali Ben Bongo, fils et héritier du président défunt qu'il présente comme "le meilleur défenseur des intérêts français dans tous les domaines". Mais son candidat est aussi son client : "Si Ali Bongo n'est pas élu, Bourgi perd l'un de ses derniers gros marchés", résume un haut diplomate.

D'où vient que ce sexagénaire chaleureux, né à Dakar dans une famille de grands commerçants libanais et "initié à l'Afrique par M. Foccart", ait gardé tant d'influence à droite, notamment auprès d'un Nicolas Sarkozy qui, lors de sa campagne, promettait d'en finir avec ces réseaux parallèles à la diplomatie ?

D'un sens aigu de la psychologie du pouvoir. D'un charme à la fois viril et désuet. D'un goût affirmé de la discrétion. Et d'un très solide réseau. Car Robert Bourgi, fils d'un riche importateur de textile, a su faire fructifier ses connaissances. Son père a noué des relations d'affaires avec Jacques Foccart. Le conseiller de De Gaulle, puis de Georges Pompidou, dirige alors une société d'import-export de tissu, la Safiex, "en relation d'affaires avec papa, un richissime importateur de textile" à Dakar.

Mahmoud Bourgi, gaulliste de la première heure, est l'un des premiers inscrits au Rassemblement du peuple français (RPF). Son fils écrit donc à Foccart, lorsque, après des études de droit en France, il cherche une situation. Sa thèse de doctorat d'Etat a porté sur "Le général de Gaulle et l'Afrique noire". Il enseigne le droit comme coopérant à Cotonou, Nouackchott puis Abidjan. Il rêve de mieux.

A la faculté d'Abidjan, il a rencontré Laurent Gbagbo, alors professeur d'histoire, qui deviendra en 2000 président de la Côte d'Ivoire. Jacques Foccart n'a pas de successeur. Mais il introduit Bourgi auprès de Jacques Chirac. et surtout, en 1978, auprès de l'homme-clé de l'Afrique de l'époque, l'inventeur du concept de Françafrique, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Les relations avec le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, puis avec Omar Bongo suivront.

Avec tous, Robert Bourgi copie ce mélange de déférence apparente et de familiarité propre à Foccart et y ajoute son humour et sa chaleur orientale. En France, il s'est immiscé avec le même entregent dans les milieux politiques, auprès de Jacques Chirac, de Charles Pasqua - avec lequel il se fâchera - et de Nicolas Sarkozy, rencontré en 1983 au siège du RPR, "un gamin brillantissime", dit-il.

En 1997, la mort de Jacques Foccart menace soudain de le fragiliser. Il va jouer son coup de maître. Le jour de l'enterrement, alors qu'il pleure comme un enfant la mort de ce "second père", Chirac le prend dans ses bras et le convie à passer le soir même à l'Elysée. Il y a là son secrétaire général Dominique de Villepin. Et Jacques Chirac adoube Robert Bourgi : "Vous allez travailler ensemble, Dominique et vous. Si je ne suis pas disponible, c'est lui qui vous recevra." Désormais, Bourgi initiera Villepin à l'Afrique.

Cela ne va pas sans résistance. Le Quai d'Orsay est révulsé par les méthodes de Bourgi. Le conseiller officiel pour l'Afrique de Jacques Chirac, Michel de Bonnecorse, affirme que le président lui a répondu, alors qu'il lui demandait que faire des demandes de rendez-vous de Bourgi : "Vous ne le prenez pas au téléphone, vous ne le recevez jamais à la présidence. S'il a des choses à dire, qu'il les dise au ministère des affaires étrangères."

Il n'empêche, Robert Bourgi rencontre Dominique de Villepin une fois par mois. Il lâchera cependant le protégé de Jacques Chirac le jour où il comprendra que celui-ci n'a aucune chance de l'emporter à la présidentielle. "Bourgi a ramené à Sarkozy la ration d'aide financière prévue pour Villepin de la part de Bongo et de Sassou", assure aujourd'hui un chiraquien.

Son rôle auprès de Nicolas Sarkozy ? "Du trafic d'influence", pestent les diplomates qui assurent qu'il crée de faux conflits entre la France et les chefs d'Etat africains afin de monnayer sa capacité à les réconcilier. "Je travaille à la fois pour les présidents africains et pour le président français, explique-t-il tranquillement. Je ne suis pas conseiller, plutôt missi dominici. Mais je ne me déplace jamais sans informer Sarko et Guéant."

Le secrétaire d'Etat à la coopération, Alain Joyandet, ne l'ignore pas. "Il ne fait pas la politique de la France en Afrique, affirme-t-il, mais il exprime parfois des choses que nous ne pourrions pas dire." Claude Guéant explique qu'il "aime bien bavarder avec lui des réalités africaines". "Il perçoit l'importance des phénomènes tribaux, des croyances, argumente le secrétaire général de l'Elysée. Mais nous ne lui confions aucune mission. Et s'il prétend avoir vendu aux pouvoirs publics sa préférence personnelle, il va au-delà de son rôle." Bruno Joubert, le conseiller Afrique du chef de l'Etat, voudrait pour sa part ne lui voir jouer qu'un rôle d'informateur sur la vie privée des chefs d'Etat africains, comme lors de l'hospitalisation d'Omar Bongo, que la France n'a pas apprise par les canaux diplomatiques officiels.

Robert Bourgi tourne cela autrement : "Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo, explique-t-il en souriant. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l'électeur le comprendra."

Il a en tout cas su se faire adouber symboliquement par le nouveau président français en figurant dans le cercle réservé à la famille, lors de la cérémonie d'investiture, le 16 mai 2007. Puis se faire remettre la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy, le 27 septembre 2007. Obtenir, au nom d'Omar Bongo, le renvoi du ministre de la coopération Jean-Marie Bockel, coupable d'avoir déclaré mettre fin à la Françafrique. "Il a gravi un à un une échelle qui a accrédité l'idée de sa surpuissance et augmenté le nombre de dirigeants prêts à payer ses services", reconnaît l'écrivain Jean-Christophe Rufin, ambassadeur de France au Sénégal. Il appartient aujourd'hui au premier cercle des donateurs de l'UMP, ceux qui peuvent donner au maximum 7 500 euros et apporter les contributions de leurs amis.

Sur le plan politique, la puissance de Robert Bourgi est cependant plus fluctuante qu'il le laisse croire. Il ne monnaie plus son entregent que dans cinq ou six pays sur les cinquante-trois que compte l'Afrique. Mais nombre de diplomates craignent que son influence auprès de Nicolas Sarkozy reflète l'idée que le président se fait de l'Afrique, celle d'"un continent qu'on ne tient que par les barbouzes".

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