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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 20:57

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2010/02/18/ghazi-mellouli-l-homme-qui-en-savait-trop_1307882_3212.html#ens_id=1245377


L'homme qui en savait trop

LE MONDE | 18.02.10 | 13h29  •  Mis à jour le 18.02.10 | 16h38

C'est un miraculé. L'homme d'affaires tunisien Ghazi Mellouli, 45 ans, n'aurait pas dû survivre à la tentative d'assassinat dont il a été victime, le 18 novembre 2009.

C'était le jour du match de football Algérie-Egypte qualificatif pour la Coupe du monde 2010, qui se jouait au Soudan. Mellouli regarde la télévision dans le salon de la villa qu'il a louée dans un complexe résidentiel de Tripoli (Libye), en bord de mer. Il parle en même temps au téléphone avec un marchand d'avions français, Yves D., à Genève. "Soudain, j'ai entendu des cris aigus, raconte au Monde ce témoin. Je n'ai plus reconnu la voix de Mellouli. Ça a duré une quarantaine de secondes avant que la ligne soit coupée. Je n'ai pas compris ce qui se passait."

De fait, quelqu'un s'est approché de Mellouli par-derrière, l'a ceinturé puis lui a porté plusieurs coups de poignard. L'agresseur, dit-il, n'est autre que son ancien chauffeur, un Tunisien qui a pris l'initiative inattendue de le rejoindre à Tripoli, quelques jours plus tôt.

Mellouli hurle : "Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu es devenu fou ?" L'autre répond : "Ne bouge pas ou je te frappe encore." L'agresseur relâche sa victime quelques secondes, le temps de sortir de sa poche une corde et de l'adhésif. "Il préparait une mise en scène pour faire croire à un cambriolage qui aurait mal tourné", pense Ghazi Mellouli.

L'homme d'affaires profite de ce bref répit pour reprendre l'avantage, malgré ses blessures. Dans le corps-à-corps qui va suivre, le poignard vole à l'autre bout de la pièce. Mellouli réussit à se relever. Il ouvre la porte de la villa et prend la fuite, chancelant, les entrailles à demi hors de l'abdomen. "Je les ai tenues, comme une boule sous ma chemise, jusqu'à l'arrivée des sauveteurs", se souvient-il.

Son agresseur, lui, s'enfuit vers la plage. Un complice l'attend, vraisemblablement dans une voiture. La frontière tuniso-libyenne n'étant qu'à une heure et demie de Tripoli par la route, il paraît plausible qu'il ait regagné la Tunisie, avant même que la police libyenne ait eu le temps de réagir.

Transporté aux urgences, Mellouli va passer cinq heures sur la table d'opération. L'estomac et le foie ont été sérieusement endommagés, mais aussi la vésicule biliaire, l'aine, la main, l'épaule... Le blessé reste plusieurs jours dans un état critique, mais, contre toute attente, il s'en sort. "On dit souvent le pire des médecins libyens, mais, ce jour-là, ils m'ont sauvé la vie !", remarque-t-il.

Mi-décembre 2009, Mellouli est transféré en France, grâce à l'intervention de son frère qui a la nationalité française. Il subit une seconde opération. A présent, en convalescence à Paris, il s'apprête à faire une demande d'asile politique à la France. A intervalles réguliers, il reçoit sur son portable des coups de fil et des SMS de menace de mort, en provenance de Tunisie. "Ton heure est venue !", "Adieu pour toi", ou encore : "Ta mère et ta soeur (restées en Tunisie) vont payer pour toi !"

Qui en veut à sa vie et pourquoi ? Sur ordre de qui, surtout, son agresseur a-t-il agi, le 18 novembre à Tripoli ? "Il n'a pas l'âme d'un assassin. Pour qu'il en soit venu là, c'est qu'on l'a menacé, j'en suis convaincu", affirme Ghazi Mellouli.

Pas un instant, l'homme d'affaires tunisien ne met en cause la Libye. Il se voit, dit-il, plutôt au coeur d'un règlement de comptes politico-mafieux orchestré par l'un des clans au pouvoir à Tunis. Sollicitées par Le Monde à plusieurs reprises, les autorités tunisiennes n'ont pas souhaité réagir à cette affaire.

L'agresseur de Mellouli, en tout cas, est libre de ses mouvements, en Tunisie, en dépit de la plainte déposée contre lui auprès des autorités libyennes et tunisiennes. Pour Thibault de Montbrial, l'avocat français de M ; Mellouli, il est évident que son agresseur a bénéficié de "solides complicités", depuis la Tunisie, pour mener son opération. "Il a fallu notamment qu'il paye les 1 000 dollars de visa d'entrée en Libye et qu'il quitte le secteur, dissimulé au fond d'une voiture, couvert du sang de sa victime", souligne Me de Montbrial.

Ghazi Mellouli en saurait-il trop ? Depuis toujours, ce faux dilettante baigne dans le milieu tunisien des affaires. Il connaît mieux que personne les clans qui s'accaparent les richesses de la Tunisie depuis des années. Et pour cause : il a fait partie de ce marigot avant d'en être chassé.

Quand il se lance dans les affaires, sa bonne étoile s'appelle Moncef Ben Ali. C'est un ami. Il est en outre le frère cadet de Zine El-Abidine Ben Ali, à l'époque ministre de l'intérieur. Après que Zine El-Abidine Ben Ali eut accédé à la présidence de la République, en 1987, Mellouli s'associe avec Moncef Ben Ali pour importer des matières premières industrielles. Ils touchent des commissions florissantes. Et les démêlés de Moncef Ben Ali avec la justice française ne les dérangent pas trop. Impliqué dans un réseau de trafic de drogue, dit la "Couscous Connection", le frère du président est condamné par défaut, en novembre 1992, à dix ans de prison par un tribunal parisien. Pendant plusieurs années, le tandem Moncef Ben Ali-Ghazi Mellouli fonctionne bien. Le nom de Ben Ali ouvre toutes les portes.

Le vent va pourtant tourner. Leïla Trabelsi, que le chef de l'Etat a épousée en 1992, est bien décidée à asseoir son pouvoir. Au fil du temps, la nouvelle première dame va écarter tous ceux qui ne sont pas de son clan ou de sa fratrie. Kamel Eltaïef, ami intime du président, est mis sur la touche. Moncef Ben Ali ne tarde pas à découvrir que les Trabelsi - Moncef Trabelsi en particulier - ne sont pas ses alliés, bien au contraire. Quant à Slim Chiboub, l'époux d'une fille née du premier mariage du président - jusque-là considéré comme le gendre préféré du chef de l'Etat -, il tombe en disgrâce, de même que ses amis.

"D'année en année, le clan des Trabelsi est monté en puissance. Sous la houlette de la présidente, les frères et soeurs (onze) se sont emparés des secteurs les plus lucratifs : aviation, transport maritime, télécommunications, agroalimentaire, hôtellerie, foncier... Rien ne leur a échappé", souligne Ghazi Mellouli. Ce sera bientôt au tour du nouveau "gendre préféré", Sakhr El-Materi, époux d'une fille née du second mariage du président, de faire une carrière aussi fulgurante qu'inattendue. La population tunisienne assiste, frustrée mais paralysée par la peur, à cette confiscation des ressources du pays.

Face à ce rouleau compresseur, le binôme Moncef Ben Ali-Ghazi Mellouli a du mal à résister. Un tournant se produit le 15 mai 1996. Ce jour-là, Moncef Ben Ali est retrouvé mort dans sa chambre à Tunis. Officiellement, le frère du président a succombé à une crise cardiaque. "Pour moi, les causes de ce décès restent obscures", lâche Mellouli, sans s'étendre davantage.

Le choc est rude. D'un coup, il a perdu un ami et un protecteur. Sa disgrâce est signée. Elle se confirme à l'été 2001. Du jour au lendemain, Mellouli se retrouve sous les verrous. "J'ai été condamné à huit ans de prison pour des supposés abus de confiance ou des dettes que je n'avais jamais contractées", raconte-t-il. Des amis interviennent. En appel, sa peine est réduite à quatre ans. Puis, en cassation, il est gracié.

A l'été 2003, Mellouli retrouve la liberté. Mais ce n'est plus le même homme. Lui, que la politique et la question des libertés n'ont jamais intéressé, a côtoyé pendant sa détention son exact opposé : Hamma Hammami, le dirigeant du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (POCT, interdit), mari de la célèbre avocate et défenseur des droits de l'homme Radhia Nasraoui. Etonnamment, les deux hommes ont fraternisé. "Avant de partager ma cellule avec lui, j'aurais juré qu'Hammami était le diable ! Or il est devenu mon ami et même mon frère", dit-il. Ghazi Mellouli découvre par ailleurs en prison une autre Tunisie. "J'ai vu des chambrées de 350 hommes entassés, dormant à même le sol ! J'ai vu des détenus qui se tailladaient les veines pour échapper à cet enfer ! J'en ai vu d'autres torturés. C'est là que j'ai compris qu'il ne s'agissait pas d'une invention des ONG", avoue-t-il.

Sorti de prison, Mellouli se lance dans le transport maritime des hydrocarbures. Il se heurte, dit-il, de nouveau au clan des Trabelsi et se voit l'objet d'interdictions répétées de sortie du territoire, sans motif. "J'ai essayé de composer avec eux. Rien à faire. J'ai été la cible d'un harcèlement indescriptible", raconte-t-il.

Pierre Bonnard, un homme d'affaires français avec lequel Mellouli a monté des opérations d'affrètement maritime, confirme ces propos. "On n'a pas cessé de le racketter. A chaque fois qu'il voulait entrer ou sortir de Tunisie, Mellouli devait verser des dizaines de milliers de dollars en liquide", raconte-t-il. Pierre Bonnard a, par ailleurs, été le témoin direct de l'animosité des Trabelsi à l'encontre de son associé. "En mars 2007, j'ai rencontré Moncef Trabelsi à l'aéroport d'Orly, se souvient-il. Il m'a parlé de Mellouli avec une véritable haine."

Lassé de ces intimidations, Ghazi Mellouli s'exile en 2008. Il s'installe en Libye où il décroche un contrat agricole. C'est là que ses ennemis le rattrapent... "Je ne cherche pas à me faire passer pour un saint, mais il est grand temps que je parle. C'est ma façon à moi de retrouver ma dignité, assure-t-il. Il règne aujourd'hui en Tunisie un climat de Far West, marqué par le racket, les règlements de comptes et l'impunité qu'impose le clan Trabelsi. J'en suis la preuve, heureusement vivante..."





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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 20:42

http://www.rue89.com/regionales-2010/2010/02/11/avec-ou-sans-foulard-nous-sommes-dabord-laics-137987


"Avec ou sans foulard, nous sommes d'abord laïcs"

By Ilham Moussaïd et Julien Salingue

Ilham Moussaïd, la militante voilée du NPA candidate aux régionales dans le Vaucluse, et Julien Salingue, qui milite au NPA en Seine-Saint-Denis, cosignent sur Rue89 une lettre ouverte aux militants de la gauche radicale .

Nous avons pris la décision d'écrire ce texte car nous trouvons que les discussions suscitées, au sein même de la gauche radicale, par l'annonce de la candidature d'Ilham se déroulent, jusqu'à présent, de manière peu constructive.

L'objectif de ce texte n'est donc pas de polariser encore un peu plus le débat, mais bien de l'apaiser. Il nous semblerait en effet paradoxal, pour ne pas dire dangereux, que notre camp social se déchire dans une période où les enjeux sociaux et politiques sont majeurs.

Les deux signataires de ce texte ont, comme chacun-e des militant-e-s du NPA, des histoires différentes, des centres d'intérêt divers et des convictions personnelles.

Nous nous retrouvons sur une orientation anticapitaliste

Nos deux parcours divergent, ainsi que nombre de nos préoccupations et références. Et pourtant nous sommes dans la même organisation, nous distribuons les mêmes tracts, nous vendons les mêmes journaux, nous défendons les couleurs du NPA car nous nous retrouvons sur son orientation anticapitaliste, écologiste, internationaliste, antiraciste, féministe et laïque.

Nous avons été sollicités pour figurer sur les listes aux élections régionales. Parce que chaque membre du parti est potentiellement un-e candidat-e, le NPA n'étant pas une organisation de politiciens professionnels mais une organisation qui refuse toute frontière étanche entre « simple militant-e » et « dirigeant-e » ou « candidat-e ».

Et parce que comme partout, nos comités et fédérations ont essayé de composer des listes qui sont non seulement à l'image du parti, mais aussi à l'image de celles et de ceux que nous voulons faire entendre lors de la campagne.

Nous voulons faire entendre la voix des opprimé-e-s, des exploité-e-s, de celles et ceux qui sont « sans-voix » dans le paysage politique et médiatique : jeunes, femmes, ouvrier-e-s, chômeur-euse-s, personnes issues des « quartiers populaires »… Parce que nous savons que le meilleur moyen de lutter contre les oppressions et l'exploitation, c'est encore que ce soient celles et ceux qui en sont les principales victimes qui se fassent entendre et s'organisent.

En France se développe aujourd'hui une « nouvelle islamophobie »
Selon les périodes, telle ou telle catégorie de la population est plus ou moins victime de discriminations et de stigmatisation. Et nul ne pourra nier que dans la France d'aujourd'hui se développe une stigmatisation de l'islam et des musulmans, une « nouvelle islamophobie », qui s'intègre à la rhétorique internationale de « guerre de civilisation ».

Des propos de Nadine Morano sur les « jeunes musulmans à casquettes » au débat nauséabond sur la Burqa en passant par les commentaires qui ont accompagné le referendum sur les minarets en Suisse, les exemples abondent malheureusement.

Pratiquant une politique volontariste dans les « quartiers populaires », engagé dans la lutte contre toutes les discriminations et tous les racismes, y compris l'islamophobie, le NPA a acquis une audience significative auprès de nouveaux publics, traditionnellement éloignés de l'extrême-gauche : parmi eux, des jeunes héritiers de l'immigration maghrébine, musulmans ou non. Et nombre d'entre eux-elles nous ont rejoints.

Un foulard qui suscite bien des peurs

Pourquoi, dès lors, être surpris ou choqués de la présence d'une jeune musulmane sur une de nos listes aux élections régionales ? Tout le monde aurait dû s'en réjouir !

Mais non, car il y a ce fameux foulard.

Un foulard qui suscite bien des peurs, des méfiances, des interrogations… Alors que la réalité est toute simple : nous avons tous les deux des convictions personnelles que nous estimons totalement compatibles, voire même complémentaires avec notre engagement au NPA.

Des convictions qui font la richesse de nos identités et qui n'invalident pas, bien au contraire, notre attachement aux principes et objectifs énoncés plus haut. Et pour l'une d'entre nous, ça se voit. Tout simplement. L'essentiel n'étant pas comment la société française ou les organisations politiques interprètent la signification cachée de ce « signe visible », mais ce que celle qui le porte lui donne comme signification concrète.

Les médias, qui relaient complaisamment les discours islamophobes ambiants, ont orchestré une campagne contre le NPA. Doit-on s'en étonner ? Nous rappelons ici que ce n'est pas la première fois que la gauche radicale est la cible d'une telle campagne : proche du terrorisme, complaisante vis-à-vis de l'antisémitisme…

Rien ne nous a été épargné, mais nous avons su tenir bon à chaque fois et défendre nos convictions, y compris à contre-courant, sans nous laisser enfermer par les médias et les politiciens réactionnaires dans des « débats » que nous n'aurions pas choisis. Alors continuons.

Il ne s'agit pas de nier les désaccords qui peuvent exister au sein de la gauche radicale, et il y en a, entre autres sur la question religieuse. Mais il s'agit de revenir à la raison et se concentrer sur l'essentiel : débattre, évidemment, mais en n'oubliant pas que l'objectif est d'agir ensemble afin d'en finir une fois pour toutes avec l'exploitation et toutes les oppressions.





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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 20:32

http://www.lci.tf1.fr/monde/moyen-orient/2010-02/assassinat-du-cadre-du-hamas-un-coup-a-double-tranchant-pour-le-5696159.html


Le Mossad et un coup à double tranchant

Par Denis BRUNETTI, correspondant permanent à Jérusalem, le 17 février 2010 à 10h26, mis à jour le 17 février 2010 à 12:48

Analyse - Pour la presse israélienne, il ne fait aucun doute que les services secrets de l'Etat hébreu sont à l'origine de l'opération parfaite qui a permis d'assassiner Mahmoud Al Mabhouh à Dubaï. Mais elle s'inquiète également des conséquences diplomatiques.

C'est un impressionnant film d'espionnage qu'a présenté et diffusé au public la police de Dubaï : grâce aux caméras de surveillance de l'aéroport, de la rue, de plusieurs hôtels et centres commerciaux, grâce aux écoutes téléphoniques et aux enregistrements électroniques, les enquêteurs montrent les allées et venues, les contacts et l'organisation par un groupe de 11 personnes de l'assassinat de Mahmoud Al Mabhouh.

Ce cadre du Hamas en exil a été assassiné le 19 janvier dans sa chambre n°230 de l'hôtel Bustan Al Rotana à Dubaï. Ancien fondateur des brigades Ezzedine Al Qassam, responsable personnellement de l'enlèvement et de l'assassinat de deux soldats israéliens, il était surtout, selon Israël, le chef du trafic d'armes vers Gaza, et en particulier celui venant de l'Iran. 

27 minutes de vidéo

Dès le début de l'enquête, les yeux se sont tournés vers le Mossad, les services secrets israéliens. Ils auraient les moyens, les méthodes et le mobile pour une telle liquidation. Mais après de nombreuses rumeurs, la police de Dubaï a été bien au-delà d'une enquête de formalité. La police a donc diffusé les photos et surtout un incroyable document de  27 minutes  reprenant les principales images vidéos où tout un chacun peut voir  les moindres détails d'une organisation sophistiquée : 11 personnes, 10 hommes et une femme, ont préparé et perpétré l'élimination dans un calme et un professionnalisme absolu sous l'œil des caméras de surveillance. 

Et l'on voit tout ou presque : une équipe de surveillance attend  tout d'abord la cible à son arrivée à  l'aéroport de Dubaï. Il est ensuite suivi à la réception de son hôtel, puis dans l'ascenseur, par deux  joueurs de tennis. Un homme note alors le numéro de sa voiture et prévient les autres. Un  autre agent sort de son hôtel avec une perruque tandis que des équipes de surveillance, toujours par deux, se relaient dans l'établissement. On amène à ce moment du matériel dans une chambre voisine puis le coordinateur, "Peter" réserve une chambre en face de la victime.

"Kevin" ouvre la porte, sans doute grâce à un dispositif électronique, le coordinateur quitte quant à lui Dubaï avant la phase d'exécution. Une première équipe de tueurs arrive, puis une deuxième tandis que "Kevin" et "Gail" surveillent le couloir. Le meurtre a lieu entre 20h27 et 20h46 dans la chambre. Puis les membres du commando s'éparpillent dans des vols pour Paris, Hong Kong ou Johannesburg avec des passeports anglais, irlandais, allemand et français.

Méthodes du Mossad

Jamais le public n'avait pu ainsi voir les images d'une telle organisation. Les agents semblent très calmes, autonomes, ils se croisent discrètement dans les halls d'hôtel, dans les centres commerciaux, communiquent avec un réseau particulier. Ils portent des lunettes, casquettes ou moustaches mais ils semblent relativement identifiables. Ces visages d'Occidentaux, les passeports européens, une technologie avancée en télécommunications et en électronique plaident naturellement pour une signature israélienne.

Mais d'autres éléments sont venus s'y ajouter  depuis mardi : sept Israéliens ont déclaré qu'on leur avait "volé leur identité". Or sept noms indiqués sur les passeports sont bien vrais mais correspondent à de simples citoyens israéliens d'origine britannique, et donc détenteurs d'un deuxième passeport. Et ceux-là ont été stupéfaits mardi matin quand les noms des onze ont été affichés à la Une. Paul John Kooley, un réparateur du kibboutz Nasholim ou Melvyn Mildiner, un rédacteur de Beit Shemesh, se disent "furieux" et "désemparés" par ce qui leur arrive. On a "emprunté" leur nom, leur numéro de passeport ou leur lieu de naissance, afin de forger d'autres passeports, avec des photos légèrement différentes, pour les agents de Dubaï.

Et cela aussi ressemble aux méthodes du Mossad. En 1979, le Royaume-Uni s'était déjà plaint de l'utilisation de faux passeports britanniques par Israël. En 1997, c'est le Canada qui avait demandé des explications après qu'une tentative d'assassinat par un agent porteur d'un faux passeport canadien. Une autre fois, l'Etat hébreu avait même dû s'excuser auprès de la Nouvelle-Zélande.

Des Palestiniens impliqués

Les images de Dubaï ne sont pas le seul indice sur l'implication israélienne dans l'affaire. La police de Dubaï a en effet également annoncé que deux Palestiniens avaient été arrêtés en Jordanie et extradés. Or, au moins l'un d'entre eux aurait eu des contacts avec Peter, le "coordinateur" et... serait un membre de la police palestinienne. Aussitôt à Gaza, le Hamas y  a vu la preuve que l'Autorité palestinienne de Ramallah est peut-être complice du Mossad.  Réponse de Ramallah : les deux hommes seraient en fait des membres de la police palestinienne... de Gaza, c'est-à-dire des membres de la milice du Hamas. Nouvel imbroglio dans l'affaire, mais en tout cas, un nouveau soupçon sur une opération régionale.

Si les agents ont réussi à "exécuter" leur cible et à s'échapper, les médias israéliens s'inquiètent désormais des problèmes diplomatiques qui pourraient s'ensuivre. Haaretz déclare même que le chef du Mossad, Meir Dagan, devrait partir. Réputé pour ses méthodes expéditives, ce dernier insiste pour se maintenir à son poste. Mais le quotidien affirme que le Mossad ne peut outrepasser abusivement les lois sous sa coupe. Le Mossad a-t-il été trop loin ? Si les journaux israéliens parlent aujourd'hui d'une "réussite opérationnelle", il qualifie aussi l'opération d'"échec stratégique". La légende du Mossad, qui fut minée durant ces dernières années par des échecs piteux, en ressort en tout cas renforcée. "Toutes ces actions, qu'elles soient d'ailleurs du Mossad ou non, contribuent à son image dissuasive, à son image féroce d'un Mossad efficace et impitoyable", souligne la presse.




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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 18:36

http://www.fr.news.yahoo.com/3/20100216/twl-iran-opposition-droits-homme-ba66223.html


Les manifestations d'opposants sont "naturelles", selon le chef du Haut conseil iranien pour les droits de l'Homme (Associated Press)

Les manifestations de l'opposition doivent être autorisées en Iran car elles sont "naturelles" dans un Etat démocratique, a déclaré mardi le secrétaire général du Haut conseil iranien pour les droits de l'Homme.

Ces propos tranchent avec les efforts du régime iranien pour empêcher les manifestations des opposants qui protestent depuis des mois contre le résultat du scrutin présidentiel qui a vu la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en juin.

Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées et plusieurs dizaines tuées lors de violences en marge de ces défilés. Au moins deux manifestants ont été exécutés et plusieurs peines de mort prononcées, entraînant une vague de condamnations parmi les pays occidentaux et les organisations onusiennes de défense des droits de l'Homme.

Mardi, Mohammad Javad Larijani, secrétaire général du Haut conseil iranien pour les droits de l'Homme, a affirmé que "l'opposition doit pouvoir manifester". "Nous pensons que les manifestations sont naturelles pour un Etat démocratique", a-t-il dit depuis la mission iranienne au Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, à Genève.

Il a reconnu qu'il existait des "faiblesses" dans le système juridique de son pays. Mais, "ce qui compte, c'est que quand nous découvrons des faiblesses, nous nous en occupons immédiatement", a-t-il souligné.

Evoquant, le "Mouvement vert" qui a soutenu le candidat de l'opposition Mir Hossein Moussavi à la présidentielle, M. Larijani a évoqué des "citoyens respectables de notre pays" et a assuré qu'ils étaient fidèles à la Révolution islamique iranienne.

Les Iraniens estimant que leurs droits ont été bafoués peuvent se réfugier au siège du Haut conseil pour les droits de l'Homme, a-t-il ajouté. Le Haut conseil pour les droits de l'Homme est une organisation dirigée par le gouvernement iranien. AP

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 18:28

http://www.fr.news.yahoo.com/3/20100217/tfr-justice-regionales-npa-voile-342d366.html


Candidature d'une femme voilée : le tribunal rejette le recours (Associated Press)

Le tribunal administratif de Marseille a rejeté mercredi le recours en référé déposé par l'Association de solidarité avec les femmes arabes contre le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), qui présente une candidate voilée sur sa liste aux prochaines élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur, a-t-on appris auprès du tribunal.

La justice a estimé qu'il n'y avait pas de caractère d'urgence et a indiqué de surcroît n'avoir constaté aucune atteinte à une quelconque liberté fondamentale.

Me Philippe Vouland, au nom de l'association AWSA-France (Arab Women's Solidarity Association), avait invoqué lors de l'audience la défense du droit des femmes et le rejet de toute forme d'exclusion, ainsi que la violation du principe de laïcité.

De son côté, pour la défense du NPA, Me Dany Cohen avait contesté l'intérêt à agir de l'association auteur du recours. Il estimait que le port du voile ne portait atteinte à aucune liberté inscrite dans la Constitution. AP
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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 20:36

Tu as peut‐être été destinataire de courriels émanant de divers groupes qui dénoncent notre Parti sur toutes les boîtes départementales du PG, divers forums et toutes les adresses d’adhérents qu’ils ont pu récupérer. Nous sommes tous les uns et les autres totalement absorbés par les tâches en cours, notamment celle des régionales et le temps nous a manqué pour donner aussitôt les informations qui se rapportent à cette campagne. Cependant nous comprenons que tu souhaitais peut‐être avoir des informations sur les quatre groupes politiques qui écrivent à chacun d’entre vous et les contentieux qu’ils ont avec notre parti.

"Etre de Gauche 95". Il s’agit d’un groupe de vingtaine de personnes (dont dix réellement adhérents du PG) ayant annoncé qu’ils démissionnaient du Parti de Gauche à Argenteuil (95). Le responsable de ce groupe a été exclu du PG par une décision unanime de notre Bureau national. En effet cette personne a décidé de se présenter à une élection cantonale partielle en septembre 2009 contre le camarade investi. Après quoi il a encore décidé de refuser de se désister pour la candidate de gauche (PCF) arrivée en tête au premier tour. Entre les deux tours, il a même déclaré à la presse : « je ne peux pas appeler à voter » pour la candidate de gauche. Il a distribué un tract considérant que le candidat de droite avait « su mobiliser autour de lui au‐delà de la droite traditionnelle », dénonçant la gauche et appelant « à voter pour la personne qui est la mieux placée pour défendre les intérêts d’Argenteuil et de ses
habitants ». Cette candidature contre notre camarade Michel Févry et l’appui à la droite est une divergence politique radicale avec la stratégie de notre parti.

« Gauche en Mouvement ». Il s’agit d’un groupe fondé par quelques anciens adhérents des Hauts de Seine qui nous ont quitté suite à l’exclusion d’une adhérente prononcée a l’unanimité du bureau national. Cette exclusion est aussi exceptionnelle que le comportement qui l’a motivée. En effet cette personne avait dénoncé un journaliste comme étant membre du PG et cela sur le blog de son journal. Elle l’y mettait en danger professionnel en écrivant notamment qu’il ne fallait pas croire ses articles car ceux‐ci ne seraient que « des copier‐coller des circulaires du PG ». Il s’agit là aussi d’un comportement totalement incompatible avec l’idée que se fait notre parti des relations entre adhérents.

« Club socialisme maintenant » (ainsi que « Rassembler à gauche », dont il est une ramification). Il s’agit d’un groupe de militants dont beaucoup sont issus du Parti des Travailleurs (devenu le POI) dont quelques membres sont entrés au PG. Dès la création du PG, ce groupe a dénoncé notre volonté de créer un «Die Linke» à la française (caractérisé comme un « parti social‐démocrate keynésien de gauche »). Il s’agit là d’une divergence politique majeure avec nous. Mais nous ne sommes pas concernés par ses choix d’orientation dont il est évidemment libre et que nous
respectons.

Enfin, un groupe dit des « démissionnaires du 06 ». Une partie seulement de ces personnes ont réellement été adhérentes du PG. Leur démission fait suite à une mise sous tutelle du département. Celle‐ci a été demandée par des militants du 06 surpris par la hausse subite du nombre de cartes suite à l’entrée au PG d’un maire et conseiller régional, Edgar Malausséna, ancien des Verts. Le camarade du SN désigné pour la tutelle a été amené après un séjour sur place à rejeter la candidature d’Edgar Malausséna ou de son assistante pour nous représenter aux élections régionales. Le secrétariat du parti a été unanime pour cette décision. Suite à cela, Edgar Malausséna a rejoint le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI) d’Antoine Waechter dont il est dorénavant troisième de liste départemental. A noter que dans ce département, le MEI est allié dans de nombreuses communes à l’UMP. Il s’agit bien sûr d’une divergence politique majeure avec le PG.

Comme on le voit, ces groupes sont d’origine très disparate sur le fond. Mais ils convergent pour mener campagne contre le PG. Ils le font en concentrant leurs critiques sur des questions de fonctionnement plutôt que sur les divergences qui nous ont séparés. Sans illusions ni faiblesses sur le fait qu’il s’agit de prétextes, l’épreuve doit cependant nous faire réfléchir. Les conflits de personne et d’ambition sont sans doute inévitables dans tous les groupes humains. Cependant, dans la vie d’un parti ils fournissent un terreau qui favorise les manipulations. Il faut donc se donner des moyens rigoureux pour en diminuer l’impact.

Il faut bien voir que les désignations aux élections régionales ont créé des tensions très vives dans plusieurs départements entre personnes et entre comités. Des procédures trop imprécises ont suscité ou envenimé des conflits de personnes. Nous pouvons en tirer deux conclusions. D’abord Il nous faut donc établir des règles stables et plus claires pour l’investiture des candidats. Elles doivent être applicables dès les élections cantonales de 2011. Pour ces élections chacun a dû gérer ces difficultés localement. Dans la quasi‐totalité des départements le BN du PG s’est contenté d’entériner les décisions prises par les adhérents. Les interventions nationales ne sont intervenues qu’en cas de conflit local et à la demande d’une partie des camarades concernés.. De telles interventions sont très pénibles à mener, elles dévorent un temps précieux et de l’argent en transport. Elles laissent des blessures non seulement sur place mais aussi pour celui ou celle qui est chargé de cette pénible tache et n’est pas toujours traité avec la camaraderie qui lui est due. C’est pourquoi le Secrétariat national a chargé notre camarade Jean‐Charles Lallemand de préparer des propositions pour harmoniser, préciser et améliorer nos procédures internes de désignation.

Depuis notre fondation il y a un an, en dépit de l’extraordinaire diversité des situations, des parcours et de la totale liberté d’adhésion, nous n’avons prononcé que deux exclusions et enregistré seulement 160 démissions tous motifs confondus, personnels ou politiques. C’est toujours trop, quoi que ce soit parfois inévitable et mutuellement souhaité. Mais ce chiffre est à rapprocher des 250 nouvelles adhésions enregistrées chaque mois.

En ce qui concerne les courriels reçus nous déplorons le recours permanent à la violence verbale qu’ils cultivent. Nous avons en effet de graves désaccords politiques avec ces regroupements. Mais pourquoi nous injurier de la sorte ? Pourquoi nous traiter de « totalitaire », « stalinien » et « nazi » comme cela est fait régulièrement ? Nous invitons chacun d’entre vous à garder du sang froid pour deux. Nous recommandons de ne pas répondre. Mieux, demain lorsque ces groupes auront fusionné pour former un nouveau parti, nous entretiendrons un dialogue argumenté avec eux comme avec tous les partis et organisations qui se positionnent à gauche. Pas besoin de s’injurier pour se séparer. Pas besoin d’être identiques pour agir éventuellement ensemble. Un peu de respect humain facilite toujours les relations.

Le Secrétariat national du PG





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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 19:19

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/13/le-courage-du-present-par-alain-badiou_1305322_3232.html


Le courage du présent, par Alain Badiou

LE MONDE | 13.02.10 | 13h41  •  Mis à jour le 13.02.10 | 13h41

Le temps présent, dans un pays comme le nôtre, depuis presque trente ans, est un temps désorienté. Je veux dire : un temps qui ne propose à sa propre jeunesse, et singulièrement à la jeunesse populaire, aucun principe d'orientation de l'existence.

En quoi la désorientation consiste-t-elle précisément ? Une de ses opérations importantes consiste en tout cas à rendre illisible la séquence antérieure, la séquence qui, quant à elle, était bel et bien orientée. Cette opération est caractéristique de toutes les périodes réactives, contre-révolutionnaires, comme celle que nous vivons depuis la fin des années 1970.

On peut par exemple noter que le propre de la réaction thermidorienne, après le complot du 9 Thermidor et l'exécution sans jugement des grands Jacobins, avait été de rendre la séquence robespierriste antérieure illisible : la réduction de celle-ci à la pathologie de quelques criminels buveurs de sang en interdisait toute compréhension politique. Cette vision des choses a perduré pendant des décennies, et elle visait à désorienter durablement le peuple, qu'on tenait, qu'on tient toujours, pour virtuellement révolutionnaire.

Rendre une période illisible, c'est autre chose, c'est beaucoup plus que de simplement la condamner. Car un des effets de l'illisibilité est de s'interdire de trouver dans la période en question les principes mêmes aptes à remédier à ses impasses. Si la période est déclarée pathologique, il n'y a rien à en tirer pour l'orientation elle-même, et la conclusion, dont nous constatons chaque jour les effets délétères, est qu'il faut se résigner, comme à un moindre mal, à la désorientation.

Posons par conséquent, concernant une séquence antérieure et visiblement close de la politique d'émancipation, qu'elle doit pour nous rester lisible, et ce indépendamment du jugement final que l'on porte sur elle.

Dans le débat concernant la rationalité de la Révolution française, sous la IIIe République, Clemenceau a produit une formule célèbre : "La Révolution française forme un bloc." Cette formule est remarquable en ce qu'elle déclare la lisibilité intégrale du processus, quelles qu'aient été les péripéties tragiques de son développement.

Aujourd'hui, il est clair que c'est à propos du communisme que le discours ambiant transforme la séquence antérieure en pathologie opaque. Je m'autorise donc à dire que la séquence communiste, incluant toutes les nuances, du pouvoir comme de l'opposition, qui se réclamaient de la même idée, forme elle aussi un bloc.

Quel peuvent être alors aujourd'hui le principe et le nom d'une orientation véritable ? Je propose en tout cas de l'appeler, par fidélité à l'histoire des politiques d'émancipation, l'hypothèse communiste.

Notons au passage que nos critiques prétendent jeter aux orties le mot "communisme" sous prétexte qu'une expérience de communisme d'Etat, qui a duré soixante-dix ans, a tragiquement échoué. Quelle plaisanterie ! Quand il s'agit de renverser la domination des riches et l'hérédité de la puissance, qui durent depuis des millénaires, on vient nous objecter soixante-dix ans de tâtonnements, de violences et d'impasses ! En vérité, l'idée communiste n'a parcouru qu'une portion infime du temps de sa vérification, de son effectuation.

Qu'est-ce que cette hypothèse ? Elle tient en trois axiomes.

D'abord, l'idée égalitaire. L'idée pessimiste commune, qui domine à nouveau ces temps-ci, est que la nature humaine est vouée à l'inégalité, qu'il est d'ailleurs dommage qu'il en soit ainsi, mais qu'après avoir versé quelques larmes à ce propos, il est essentiel de s'en convaincre et de l'accepter. A cela, l'idée communiste répond non pas exactement par la proposition de l'égalité comme programme - réalisons l'égalité foncière immanente à la nature humaine -, mais en déclarant que le principe égalitaire permet de distinguer, dans toute action collective, ce qui est homogène à l'hypothèse communiste, et donc a une réelle valeur, et ce qui la contredit, et donc nous ramène à une vision animale de l'humanité.

Vient ensuite la conviction que l'existence d'un Etat coercitif séparé n'est pas nécessaire. C'est la thèse, commune aux anarchistes et aux communistes, du dépérissement de l'Etat. Il y a eu des sociétés sans Etat, et il est rationnel de postuler qu'il peut y en avoir d'autres. Mais surtout, on peut organiser l'action politique populaire sans qu'elle soit soumise à l'idée du pouvoir, de la représentation dans l'Etat, des élections, etc.

La contrainte libératrice de l'action organisée peut s'exercer de l'extérieur de l'Etat. Nous en avons de nombreux exemples, y compris récents : la puissance inattendue du mouvement de décembre 1995 a retardé de plusieurs années les mesures antipopulaires concernant les retraites. L'action militante avec les ouvriers sans papiers n'a pas empêché nombre de lois scélérates, mais a permis qu'ils soient largement reconnus comme une composante de notre vie collective et politique.

Dernier axiome : l'organisation du travail n'implique pas sa division, la spécialisation des tâches, et en particulier la différenciation oppressive entre travail intellectuel et travail manuel. On doit viser, et on le peut, une essentielle polymorphie du travail humain. C'est la base matérielle de la disparition des classes et des hiérarchies sociales.

Ces trois principes ne constituent pas un programme, mais des maximes d'orientation, que n'importe qui peut investir comme opérateur pour évaluer ce qu'il dit et fait, personnellement ou collectivement, dans sa relation à l'hypothèse communiste.

L'hypothèse communiste a connu deux grandes étapes, et je propose de dire que nous entrons dans une troisième phase de son existence.

L'hypothèse communiste s'installe à vaste échelle entre les révolutions de 1848 et la Commune de Paris (1871). Les thèmes dominants sont ceux du mouvement ouvrier et de l'insurrection. Puis il y a un long intervalle, de près de quarante années (entre 1871 et 1905), qui correspond à l'apogée de l'impérialisme européen et à la mise en coupe réglée de nombreuses régions du globe. La séquence qui va de 1905 à 1976 (Révolution culturelle en Chine) est la deuxième séquence d'effectuation de l'hypothèse communiste.

Son thème dominant est le thème du parti avec son slogan majeur (et indiscutable) : la discipline est la seule arme de ceux qui n'ont rien. De 1976 à aujourd'hui, prend place une deuxième période de stabilisation réactive, période dans laquelle nous sommes encore, et au cours de laquelle on a notamment vu l'effondrement des dictatures socialistes à parti unique créées dans la deuxième séquence.

Ma conviction est qu'inéluctablement une troisième séquence historique de l'hypothèse communiste va s'ouvrir, différente des deux précédentes, mais paradoxalement plus proche de la première que de la seconde. Cette séquence aura en effet en commun avec la séquence qui a prévalu au XIXe siècle d'avoir pour enjeu l'existence même de l'hypothèse communiste, aujourd'hui massivement déniée. On peut définir ce qu'avec d'autres je tente de faire comme des travaux préliminaires pour la réinstallation de l'hypothèse et le déploiement de sa troisième époque.

Nous avons besoin, dans ce tout début de la troisième séquence d'existence de l'hypothèse communiste, d'une morale provisoire pour temps désorienté. Il s'agit de tenir minimalement une figure subjective consistante, sans avoir pour cela l'appui de l'hypothèse communiste qui n'est pas encore réinstallée à grande échelle.. Il importe de trouver un point réel sur lequel tenir coûte que coûte, un point "impossible", ininscriptible dans la loi de la situation. Il faut tenir un point réel de ce type et en organiser les conséquences.

Le témoin-clé de ce que nos sociétés sont évidemment in-humaines est aujourd'hui le prolétaire étranger sans papiers : il est la marque, immanente à notre situation, de ceci qu'il n'y a qu'un seul monde. Traiter le prolétaire étranger comme venant d'un autre monde, voilà la tâche spécifique dévolue au "ministère de l'identité nationale", qui dispose de sa propre force de police (la "police aux frontières"). Affirmer, contre un tel dispositif de l'Etat, que n'importe quel ouvrier sans papiers est du même monde que soi, et en tirer les conséquences pratiques, égalitaires et militantes, voilà un exemple type de morale provisoire, une orientation locale homogène à l'hypothèse communiste, dans la désorientation globale à laquelle seule sa réinstallation pourra parer.

La vertu principale dont nous avons besoin est le courage. Cela n'est pas universellement le cas : dans d'autres circonstances, d'autres vertus peuvent être requises de façon prioritaire. Ainsi à l'époque de la guerre révolutionnaire en Chine, c'est la patience qui a été promue par Mao comme vertu cardinale. Mais aujourd'hui, c'est incontestablement le courage. Le courage est la vertu qui se manifeste, sans égard pour les lois du monde, par l'endurance de l'impossible. Il s'agit de tenir le point impossible sans avoir à rendre compte de l'ensemble de la situation : le courage, en tant qu'il s'agit de traiter le point comme tel, est une vertu locale. Il relève d'une morale du lieu, avec pour horizon la lente réinstallation de l'hypothèse communiste.





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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 21:36

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=17548


Des politiciens américains demandent la fin du siège de Gaza

Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient 

La lettre, co-parrainée par le représentant McDermott, exhorte Obama à exercer des pressions diplomatiques pour mettre fin à la "punition collective de facto" des habitants de Gaza.

Montréal, le 6 février. 

Cinquante-quatre membres de la Chambre des représentants des États-Unis ont signé une lettre adressée au président américain Barak Obama lui demandant « d'utiliser la pression diplomatique pour résoudre le blocus affectant Gaza ». La lettre, qui à l'origine fut rédigée par les démocrates Keith Ellison (Minnesota) et Jim McDermott (Washington), demande au président de faire pression pour un secours immédiat des citoyens de Gaza dans le cadre de ses efforts élargis de paix au Moyen-Orient.

La lettre soulève un certain nombre de points: premièrement, elle rappelle que les droits des Gazaouis à des normes minimales de sécurité alimentaire, à la santé, à l'éducation et à la liberté de mouvement sont protégés par le droit international. Ensuite, elle met en évidence l'appauvrissement extrême de la population de Gaza, avec un taux de chômage de 40%, une itinérance endémique et une infrastructure dévastée, sans espoir de reconstruction. La lettre montre que plutôt que d'affaiblir le Hamas, le siège international a renforcé celui-ci et a entraîné l'augmentation des tensions conduisant à la violence dans la région.

« Le caractère courageux de cette lettre fondée sur des principes est source d'inspiration », a déclaré Thomas Woodley, le président de Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO). « Ces politiciens, tout en soutenant des solutions pacifiques au Proche-Orient, ont néanmoins adopté une position de principe pour protéger les droits les plus fondamentaux des citoyens de Gaza ». La lettre, tout en soutenant le besoin de sécurité pour tous les peuples de la région, demande une cessation des politiques de fermeture et de siège imposées par Israël et d'autres, lesquelles ont provoqué la crise humanitaire à Gaza.

Certaines organisations, dont les Amis de Sabeel - Amérique du Nord et d'autres, ont souligné la manière avec laquelle la lettre est sortie au mépris des puissantes organisations du lobby pro-israélien dans la capitale américaine. L'ancien membre du Congrès de l'Illinois Paul Findley a loué les membres du Congrès qui ont signé la lettre pour avoir eu le courage de résister aux intérêts du lobby pro-israélien. Les organisations du lobby pro-israélien suivent attentivement les actions et déclarations des politiciens américains sur Israël et sur le Moyen-Orient et protestent vigoureusement lorsque les politiciens américains entrent en désaccord avec la politique du gouvernement israélien.

Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient (CJPMO) est une organisation séculière, sans but lucratif, regroupant des hommes et des femmes d'horizons divers qui œuvrent pour que la paix et la justice renaissent au Moyen-Orient. Elle a pour vocation de responsabiliser les personnes d'influence à traiter les protagonistes avec équité et à favoriser l'essor durable et équilibré de la région.





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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 21:22

http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=872


Foutez donc la paix à Ilham Moussaïd !

Mais qu’a donc Ilham Moussaïd de si spécial ? Pourquoi les journalistes se jettent-ils sur elle comme si elle était la Vénus Hottentot ; vous savez, cette « négresse » qu’on baladait de fête foraine en parc d’attraction comme une bête de foire et qui a fini empaillée dans un musée [1] ? Ilham a un nom pas très souchien, certes, mais elle n’est pas la première dans ce cas. Depuis les révoltes de l’automne 2005, on a vu se multiplier les candidats de la dite « diversité », bien encadrés par les candidats « universels ». Le NPA avait eu également son candidat « beur » aux dernières européennes ; mais la désignation de Omar Slaouti comme tête de liste en Ile-de-France n’avait pas provoqué un tel tintamarre. Quelle est la différence entre Omar Slaouti et Ilham Moussaïd ? Eh bien, Omar Slaouti ne porte pas le voile et Ilham Moussaïd le porte. Omar est peut-être musulman et très croyant. En tous cas, il ne le dit pas. Ilham, elle, est musulmane et l’affirme. Plus, elle considère que l’islam lui recommande de se couvrir la tête. Et pire, elle a l’arrogance de vouloir représenter les Français, les vrais, au sein d’un conseil régional. Ça, évidemment, c’est un scandale, LE scandale [2] !

Bien sûr, derrière le fracas médiatiques qui a suivi l’annonce de sa candidature, se cache - à peine - la volonté d’ébranler le parti dirigé par Olivier Besancenot. Mais l’assaut contre le NPA n’a été possible que dans la mesure où existe d’abord un large consensus islamophobe au sein du champ politique blanc. Martine Aubry a d’ailleurs fait savoir, que pour sa part, elle n’aurait « pas accepté que, sur les listes socialistes, il puisse y avoir une femme voilée ». En entérinant la candidature d’Ilham Moussaïd, les militants anticapitalistes du Vaucluse - qu’ils soient félicités pour cela - ont contraint le NPA à franchir une ligne rouge et ébréché le consensus officialisé lors de l’adoption de la loi interdisant le voile à l’école. Mieux encore, alors que la question dite de la « burka » avait permis de relancer l’offensive contre les musulmans, ils ont donné, en pratique, une légitimité au port du voile. Ce qui est tout bonnement impardonnable.

Le coupable de ce crime de lèse-République, c’est donc le NPA. Bien à contre-coeur, semble-t-il. Au moins, pour une partie non négligeable de ses adhérents. A l’annonce de la candidature d’Ilham, beaucoup y ont vu un signe encourageant. Plus ouvert que la LCR dont il est issu, le nouveau parti a naturellement accueilli en son sein des jeunes militants eux-mêmes plus ouverts, dont quelques militants issus des immigrations coloniales.

On pouvait donc espérer que les résistances indigènes depuis la révolte de novembre 2005 avaient eu un impact positif sur les positions d’une partie de ses militants. De manière un peu simpliste, d’autres y ont vu plutôt une volonté de « récupération », un pur calcul tactique : en présentant une jeune femme voilée aux élections régionales, le NPA aurait escompté gagner en crédibilité auprès d’une frange des habitants des quartiers. Une telle manœuvre était-elle possible, cependant, alors que ce parti ne pouvait ignorer qu’en présentant une candidate voilée, il risquait de perdre le soutien d’une large fraction de l’électorat « gauche de la gauche », bien souvent méfiant, pour parler par euphémisme, vis-à-vis de l’islam ? Un tel choix n’était-il pas, en outre, susceptible de provoquer des ruptures en son propre sein au profit du conglomérat de forces républicanistes, regroupées autour du socialiste Mélenchon. De fait, l’annonce de la candidature d’Ilham Moussaïd a suscité des remous parmi les membres du NPA, dont certains n’ont pas hésité à exprimer publiquement leur désaccord avec la décision prise dans le Vaucluse. Ainsi, dans une tribune libre publiée par Le Monde du 4 février, François Bourgeade qui se présente comme sympathisant et électeur du NPA, va jusqu’à mettre en doute l’adhésion réelle d’Ilham Moussaïd au programme du NPA. « Je crains, écrit-il notamment, que son anticapitalisme ne soit que le rejet d’une identité occidentale ». On croirait lire du Fourest ! Dans un long article qui reprend tous les poncifs laïcards de gauche pour diaboliser l’islam, il semble tellement dégoûté par Ilham qu’il ne la nomme pas une seule fois ! Elle est « la camarade qui porte le voile », rien d’autres, et gageons qu’employer ici le mot « camarade » doit lui faire mal au ventre.

Si on doit souhaiter que la candidature d’Ilham Moussaïd révèle néanmoins une évolution des rapports de forces internes, défavorable aux courants républicano-laïcards (la formule est très moche, mais elle leur ressemble...), lesquels confondent l’internationalisme dont ils se réclament avec un universalisme européocentrique, il est clair aujourd’hui que la direction du NPA s’est en quelque sorte laissée prendre au dépourvu par les militants du Vaucluse. Elle n’a pas eu d’autre choix que de gérer a posteriori une décision embarrassante. C’est ce que montrent les prises de positions officielles publiées par ce parti depuis le début de l’« affaire Ilham ».

Ainsi, alors qu’il aurait dû présenter cette candidate comme tous ses autres candidats, sans se soucier des polémiques nauséabondes suscitées par son voile, le NPA a jugé bon de s’expliquer dans un communiqué en date du 3 février, dans lequel il souligne que la décision a été prise par les instances du Vaucluse « après un débat sérieux et complexe ». Autrement dit, comme tout indigène, Ilham Moussaïd est un « problème ». Plus encore, dans les quelques lignes qui composent ce communiqué, il est précisé à deux reprises que ses choix religieux n’infèrent pas sur son engagement politique. Elle est, insiste lourdement le communiqué, une « militante féministe, anticapitaliste, internationaliste » et elle peut participer à l’action du NPA, dès lors que, à l’instar de ses autres membres, « les fondamentaux laïcs, féministes et anticapitalistes de notre parti sont sincèrement partagés. » Adoptée le 8 février dernier à l’unanimité de ses membres (moins une abstention), la déclaration du Comité exécutif national du NPA est même en retrait par rapport au communiqué du 3 février. Elle est l’expression caricaturale d’un compromis boiteux, destiné à rassurer à l’extérieur et à colmater les brèches à l’intérieur. La direction du parti n’est pour rien dans la décision de présenter la candidature d’Ilham, nous dit-on ; elle incombe aux « camarades du Vaucluse » et « ne peut faire office de position pour l’ensemble du NPA ». C’est donc une décision qui n’engage pas le nouveau parti et ne saurait faire sens pour lui. En outre, peut-on lire encore, « elle ne crée aucune “jurisprudence” en la matière.

Le congrès du NPA est souverain. » Faut-il comprendre : ne craignez rien, cela ne se reproduira pas ; le Congrès saura y mettre bon ordre ? Sur d’autres questions, aurait-il été nécessaire de rappeler que le congrès est souverain ? Mais peut-être certains s’inquiètent-ils encore ? Ilham est-elle parfaitement hallal du point de vue de la gauche française ? Oui, répond la déclaration, elle se dit fidèle aux principes fondateurs du NPA « dont la dimension féministe et laïque » ; tiens, c’est justement les principes auxquels on soupçonne les musulmans d’être particulièrement rétifs ! Et, pour être bien sûr que rien n’a changé au NPA, son Comité exécutif nous ressert les vieilles positions de la LCR, agrémentées de quelques formules destinées à nous convaincre qu’il n’ait fait aucune distinctions entre les différentes croyances : « le foulard est non seulement un symbole religieux visible mais il est également un instrument de soumission des femmes utilisé sous diverses formes et à diverses époques par les trois monothéismes même si Ilham ne le vit pas comme tel et elle n’est pas la seule dans la société. » Le voile est « visible » et, par conséquent, d’autant plus condamnable. Surtout, il a une signification univoque transhistorique : c’est un instrument de soumission, point à la ligne. Il ne peut être l’expression d’un chemin spirituel et encore moins l’expression d’une résistance. D’ailleurs, le NPA défend sa candidate voilée - il n’a plus trop le choix - mais nulle part, dans cette déclaration, n’est affirmée la défense du droit à porter le voile alors même qu’est spécifié la solidarité avec les « femmes qui résistent à ceux qui veulent leur imposer le voile. » Quant à Ilham,nous dit encore la déclaration, cette imbécile ne le sait pas mais elle est opprimée. Pas par la colonialité de la République mais par sa... foi ! Qu’elle se console, cependant : « elle n’est pas la seule dans la société », la stupidité est largement partagée. Enfin, cette perle : « Quant au PCF, il ferait mieux d’être plus prudent, lui qui, aux côtés du PS, a accepté sur ses listes une candidate qui portait le foulard pendant la campagne et continue de le porter au sein du conseil municipal d’Echirolles. » Autrement dit, au lieu de profiter de nos bourdes, le PCF ferait mieux de balayer devant sa porte !

Bien que plus sympathique, l’appel à constituer un comité de soutien à Ilham Moussaïd lancé par des militants et des cadres du NPA [3]], n’évite pas sur certains points les travers des déclarations officielles de ce parti. On y lit ainsi qu’« Ilham est une militante engagée avant tout contre un système économique menant aux plus grandes inégalités (...). Ilham trouve dans ses convictions personnelles des raisons de militer contre un système stigmatisant les opprimés qu’ils soient musulmans, femmes, privés d’emploi, habitants de quartiers populaires ou homosexuel-le-s. Ilham est d’abord et avant tout une jeune militante anticapitaliste, écologiste, internationaliste et féministe. Par son engagement et son courage, elle représente un modèle d’émancipation. Elle prouve que l’on peut être femme, immigrée, habitant un quartier populaire, croyante et en même temps se battre pour la liberté, la laïcité et la démocratie, pour l’émancipation. » On ne peut que se féliciter que les rédacteurs de cet appel ne craignent pas de reconnaître en Ilham « un modèle d’émancipation » ; on n’apprécie aussi que ce texte reconnaisse que ses « convictions personnelles » - formule pudique pour parler de l’islam - peuvent être porteuses d’un engagement émancipateur. Mais alors pourquoi affirmer avec insistance qu’elle est « avant tout », « d’abord et avant tout », anticapitaliste, écologiste, féministe, opposée à l’homophobie, favorable à la liberté, la laïcité, la démocratie, l’émancipation ? Ilham est-elle tout cela « avant » d’être musulmane ou, pour elle, militer pour ces causes est-elle sa manière d’être musulmane ? Par ailleurs, ces thématiques font partie du programme du NPA et elle est membre du NPA, donc nous savons bien qu’elle les partage ! Alors pourquoi le rappeler ?

Pourquoi quand on défend une femme voilée, faut-il avec tant d’insistance souligner ce qui est de l’ordre de l’évidence quand on parle d’un autre membre du NPA ? Serait-ce que cela ne va pas de soi pour Ilham ? Serait-ce une façon involontaire de suggérer qu’il ne va pas de soi d’être musulman et de partager les objectifs du NPA ? Serait-ce que quand on « élève » un indigène au statut de citoyen, il faut d’abord s’assurer - et rassurer les autres - que malgré ses apparences, c’est un être humain comme tout le monde ? Sous le drapeau rouge, Ilham reste-t-elle finalement une indigène ?

La candidature d’Ilham Moussaïd n’avait pas à être justifiée. Les polémiques islamophobes qu’elle a suscitées n’auraient pas dû avoir qu’une simple réponse embarrassée. Certes, on ne peut qu’apprécier que le NPA ait dénoncé le caractère islamophobe de la stigmatisation dont est victime Ilham. Cela reste cependant très défensif et, comme nous l’avons vu, la déclaration de son Comité exécutif est particulièrement inquiétante. Le NPA aurait dû au contraire saisir l’occasion pour mener une offensive qui mette en cause le sous-bassement racial et colonial des accusations à l’encontre de sa candidate et, plus généralement, du traitement de l’islam et des musulmans. Il s’agissait non pas de défendre Ilham, en tant que féministe et anticapitaliste, musulmane seulement au sommet de son crâne, ni de dire « rassurez-vous, sous son voile “léger”, elle est comme nous », mais de dénoncer les inégalités criantes, institutionnelles, dont sont victimes tous les musulmans en France. Il s’agissait de rappeler dans quel contexte de lutte contre les indigènes et les quartiers populaires et de guerre impériale à l’échelle internationale, prend sens le regain d’islamophobie auquel on assiste en France depuis quelques années. L’enjeu est là ; il n’est pas dans la question dont on nous annonce qu’elle sera débattue au NPA, en l’occurrence le rapport entre « religion et émancipation ». Le problème aujourd’hui n’est pas la religion en général, même si cette question n’est évidemment pas sans importance au sein d’une gauche française, engluée dans l’héritage du vieux combat contre une Eglise catholique toute puissante, clé de voûte des anciens modes de domination. Le débat porte désormais sur l’oppression sociale, politique et culturelle des musulmans en particulier, dans le cadre de la persistance de l’hégémonie blanche-européenne-chrétienne. Voilà le débat qui devrait s’ouvrir au sein du NPA comme au sein de tous les partis qui se réclament de l’égalité.

Peut-être la candidature d’Ilham Moussaïd permettra-t-elle de l’engager. Nous l’espérons.

En attendant, bon courage, Ilham...

Sadri Khiari

[1] L’Afrique du sud post-apartheid a fini par obtenir qu’elle soit enterrée en terre africaine.

[2] Le PCF et le PS avaient déjà fait élire une candidate voilée dans un conseil municipal. Cela était alors passé inaperçu, cette « ouverture » apparaissant dès l’abord comme justifiée dans le cadre de la politique clientéliste que mènent tous les partis de gouvernement.

[3] [http://ajcrev.over-blog.com/article-soutien-large-a-la-candidature-de-ilham-44357127.html->http://ajcrev.over-blog.com/article-soutien-large-a-la-candidature-de-ilham-44357127.html




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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 20:49

http://www.rue89.com/2010/02/13/le-npa-la-gauche-et-la-candidate-voilee-un-etrange-debat-138278


Le NPA, la gauche et la candidate voilée : un étrange débat

By Laurent Levy

Une musulmane candidate n'est pas une « candidate musulmane » et il n'est pas habituel qu'on s'intéresse à ce point à la vie privée des candidats aux élections, surtout lorsqu'ils ne sont ni des « têtes d'affiches », ni des personnalités connues.. Si la candidature de Ilham Moussaïd aurait dû se passer de commentaires, le débat que cette candidature a pu entraîner est par contre riche d'enseignements.

Une décision prise dans le lointain Vaucluse…

Si l'on en croit le NPA [1], ce débat est antérieur à à la candidature : dans un communiqué du 3 février [2], quand l'« affaire » commence à mobiliser la presse, il insiste : « Le choix du NPA du Vaucluse » a été effectué « après un débat sérieux et complexe ». Sérieux, pourquoi pas ? Mais complexe, on se demande en quoi.

Le 8 février, le parti anticapitaliste illustre dans un nouveau communiqué [3] la « complexité » du débat par les explications tellement emberlificotées qu'on est impressionné par la rapidité de sa réaction. D'abord, il explique que la décision de présenter Ilham Moussaïd ne lui appartenait pas, mais qu'elle a été prise dans le lointain Vaucluse.

Ensuite, pour illustrer le sérieux et la complexité du débat sur l'éventuelle présentation aux élections [4] de cette jeune militante, il révèle qu'une minorité de membres du NPA du Vaucluse s'étaient opposés à cette désignation.

Est-ce qu'une femme voilée a le droit de distribuer des tracts ?

On ignore, et c'est dommage, si les mêmes s'étaient préalablement opposés à ce que leur camarade soit investie des responsabilités de trésorière départementale. Car si le port de ce que Pierre-François Grond, porte-parole national de la campagne du NPA et maître de la langue de bois jésuitique, appelle « un léger foulard » leur semble trop incompatible avec les valeurs vestimentaires de leur organisation pour que celle qui s'en rend coupable soit investie d'un mandat de ladite organisation, anticapitaliste et cheveux aux vents, il serait naturel qu'on ne distingue pas entre les mandats internes et externes.

On ignore également s'ils s'opposent à ce qu'elle distribue des tracts du NPA ou prenne la parole dans ses réunions.

Voilà pour la minorité du NPA du Vaucluse.

Le NPA « assume » cette candidature

Quant à la majorité, le communiqué « adopté à l'unanimité moins une abstention des présents » par le comité exécutif national ne va pas jusqu'à l'accuser d'avoir vraiment choisi de présenter Ilham Moussaïd sur sa liste : elle s'est apparemment bornée à « acter » cette candidature.

De son côté, l'exécutif national est on ne peut plus clair : « quoi que l'on puisse penser de cette candidature, elle est statutaire ». Il lui faut donc s'y résigner et même « l'assumer ». Une première précaution avait été prise quelques lignes plus haut :

« La décision prise par les camarades du Vaucluse ne peut faire office de position pour l'ensemble du NPA, puisqu'il n'a pu en discuter avant à quelque niveau que ce soit. »

Une autre est prise plus loin : « La décision prise dans le Vaucluse ne crée aucune “jurisprudence” en la matière. » De quelle décision s'agit-il ? De quelle « position » susceptible d'engager « l'ensemble du NPA » ? De quoi aurait-il fallu discuter avant ? Quel principe risquerait si l'on n'y prenait garde de « faire jurisprudence » dans le parti d'Olivier Besancenot [5] ? La légitimité particulière de cette candidate particulière ?

Non, bien sûr.

On parle même d'en discuter au prochain congrès ; mais ce congrès ne passera sans doute pas l'ensemble des candidatures du NPA à la revue de détail. La direction nationale du NPA « assume » également les termes du débat absurde qui s'est engagé à son sujet : il ne s'agit pas d'une candidature « comme une autre », même si l'insistance sur le caractère « léger » de son foulard et l'affirmation, à toutes fins inutiles, qu'il ne s'agit pas d'une « burqa », même légère, tend à minimiser son originalité.

Un acte dont elle ne semble pas mesurer la portée.

Entre les lignes des déclarations et communiqués de la direction du parti anticapitaliste apparaît donc cette affirmation : présenter Ilham Moussaïd aux élections n'allait pas de soi, pour cette raison qu'elle est une musulmane qui couvre ses cheveux.

Or, pour les dirigeants de son parti, couvrir ses cheveux est en effet un acte grave dont la jeune femme ne semble pas mesurer la portée ; et l'on peut compter sur eux pour la lui expliquer.

Car si la candidate « n'y voit pas de contradiction avec les principes fondateurs dont la dimension féministe et laïque constitue une des clés de voûte et affirme son attachement à ces valeurs ainsi qu'à l'ensemble des principes fondateurs du NPA », continue le communiqué, telle n'est pas l'opinion quasi unanime des présents à la réunion de l'exécutif national.

Le communiqué toujours :

« Le foulard est non seulement un symbole religieux visible mais il est également un instrument de soumission des femmes utilisé sous diverses formes et à diverses époques par les trois monothéismes même si Ilham ne le vit pas comme tel et elle n'est pas la seule dans la société. »

Le NPA d'accord avec le reste de la gauche

Heureusement, semble-t-il, qu'elle soit plus isolée sur ce point parmi les professionnels de la politique.

Ainsi, sur le fond -et c'est en définitive cela qui rend le débat public si remarquable-, la direction quasi unanime du NPA est sur la même longueur d'onde que la classe politique presque aussi unanime qui a dénoncé la candidature de la jeune militante vauclusienne.

Comme le socialiste Benoît Hamon, expliquant que le port du voile [6] islamique « est une marque de distinction entre les hommes et les femmes, notamment dans l'espace public, qui justifie aujourd'hui qu'au nom de l'égalité homme-femme on y soit opposé », et qui ajoute, à propos d'une candidature marquée de cette distinction : « Nous ne l'aurions pas fait ».

Ou Martine Aubry qui n'aurait « pas accepté » une femme voilée sur les listes socialistes. Ou encore Jean-Luc Mélenchon, qui dit explicitement ce que le communiqué du NPA se borne à suggérer : « On ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale ».

Quant à François Hollande, il entend faire bénéficier le NPA de son expérience de dirigeant politique à succès et le conseiller :

« Ce qui est incompréhensible et inadmissible, c'est que le NPA, parti qui se veut laïc, qui lutte contre l'aliénation, la soumission des femmes, les manquements aux principes d'égalité […] puisse lui-même créer cette confusion. […]

Ce parti qui devrait être exemplaire […] commet une confusion très grave [entre] l'appartenance à une religion et l'appartenance à une liste et à un parti. »

Les accusations lancées contre le NPA de faire avec cette candidature un « coup » politique ou médiatique sont assurément sans fondement, et l'on voit bien à ses propres réactions que la direction de ce parti se serait bien passée de cette encombrante candidature.

Le porte-parole du NPA avait soutenu l'exclusion des lycéennes voilées

Le noyau de cette direction, qui est originaire de la LCR, sait que ce genre de débat est difficile en son propre sein. La LCR s'était déchirée sur la question du foulard à l'école, et les mêmes sophismes y avaient été entendus jusqu'à la nausée.

Mais le NPA n'est pas la LCR. Dans l'organisation trotskyste, l'hypothèse d'une candidate « voilée » ne risquait pas d'être posée, puisque l'adhésion de femmes portant le foulard y était systématiquement refusée. Le cas était arrivé dans la propre cellule d'Alain Krivine à Saint-Denis ; et la croisade pour éviter l'adhésion d'une femme voilée avait été menée par la militante qui est aujourd'hui tête de liste du NPA en Seine-Saint-Denis. Le Vaucluse fait figure d'exception dans le paysage.

Le sang neuf recherché par la LCR -et trouvé avec la création du NPA- modifie sans doute la donne au corps défendant de sa direction. Pour les jeunes gens des quartiers populaires, comme celui dont est originaire la candidate, la preuve du pudding est qu'on le mange. Et la preuve qu'on peut militer pour l'émancipation humaine en ayant, par ailleurs, des convictions religieuses, est dans leur propre engagement.

Ce renouvellement de la « question du foulard » est semble-t-il vécu par ceux qui, à la LCR, avaient non sans succès bataillé pour l'exclusion scolaire des filles voilées comme un dégât collatéral du renouvellement social et générationnel du NPA.

Ainsi, lorsque Pierre-François Grond explique que le NPA « assume » la candidature de Ilham Moussaïd, c'est à l'évidence avec un moindre enthousiasme que celui avec lequel il avait « assumé » l'exclusion définitive de lycéennes voilées dans son lycée d'Aubervilliers en 2003. La différence est qu'alors, il avait été l'un des organisateurs de cette exclusion, alors que dans l'affaire du Vaucluse, il assume ce qui lui est imposé, faisant en somme contre mauvaise fortune bon cœur.





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