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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 20:35

http://ouvalacgt.over-blog.com/article-sans-papiers-en-greve-mais-on-va-ou--39169319.html


Sans-papiers en grève : mais on va où ???

Pratiquement un mois de grève pour les 5000 sans-papiers sur 40 sites en région parisienne.

Un mois de mobilisation, de grève, de piquets dans le froid et sous la pluie.

Une détermination sans faille, même si certains commencent à fatiguer.

Le problème essentiel, c'est la conduite de cette grève massive et sur de multiples endroits. Nombreux sont les délégués qui commencent à s'interroger sur la manière dont la CGT verrouille l'affaire.

Pas de perspectives claires, en dehors de négociations dont personne ne mesure le contenu. C'est sur qu'on a vraiment l'impression que l'objectif de la Confédération est seulement d'obtenir une circulaire, celle dont elle avait annoncé faussement l'existence fin 2008 et qui n'a jamais existé... Quant à nous, les choses sont claires : "Circulaire ou pas, régularisation pour tous !"

Refus de centraliser, de regrouper, ne serait-ce que pour manifester en force. Pour les dirigeants CGT qui pilotent, "manifester, ce n'est pas lutter", entendu textuellement... On se pince, quand on se souvient des journées d'action sans lendemain de 2008 où la manifestation était le nec plus ultra de la lutte d'ensemble !!! Là, alors que les grévistes sont éparpillés sur 40 sites différents, alors qu'il y a une nécessité de regrouper, d'affirmer une force collective, alors que c'est la lutte des classes qui s'affiche, rien, surtout pas de regroupement, surtout pas du "Tous ensemble" !!! Et si samedi dernier, les grévistes du tramway (Porte des Lilas) ont manifesté dans le quartier, c'est que sur ce piquet, ce sont les militants de Solidaires qui en ont été à l'initiative...

Samedi 14 novembre a lieu une manifestation des sans-papiers, à l'appel de plusieurs associations, il faut que les piquets y participent massivement et collectivement !

Même les assemblées des délégués, qui ont lieu sous contrôle à la Confédé n'ont aucun rôle de décision, toutes les décisions sont prises par le petit comité CGT à la barre. Aucun gréviste ne participe aux négociations, alors que ce serait évidemment possible. Aucune consultation n'a lieu, par exemple pour discuter de refus à une AG, d'y recevoir le Collectif de Vitry, pourtant engagé dans la grève avec un mode d'action qui lui est propre : l'occupation devant le centre des impots de la ville. Les délégués n'ont pas eu leur mot à dire sur cette éviction. La grève, c'est celle des sans-papiers, c'est à eux de diriger, et à personne d'autre !

Quant à l'élargissement en province, malgré quelques frémissements, rien de lancé - ce qui manifeste évidemment l'absence de volonté de la Confédération pour une vraie généralisation, une vraie lutte d'ensemble.

Car si la CGT décidait réellement de mettre le paquet, on aurait le rouleau compresseur bien connu de notes, directives, soutien, modes d'emploi etc... pour être capables de démarrer, ne serait-ce que dans quelques villes symboliques. Faute d'impulsion, faute de volonté réelle, les militants CGT de terrain même motivés sont perdus, ne savent pas trop comment engager l'affaire et restent dans l'attente...

Aussi, les interrogations sont-elles de plus en plus nombreuses, les discussions agitées sur les piquets et dans les réunions de coordination... On en reparlera certainement très rapidement !

Par ailleurs, le premier journal de la grève vient de paraître, pour diffusion large.

Qu'en dire ? D'une part que c'est un outil qui peut être utilisé pour faire connaître la grève, alimenter le soutien. Les militants de classe ne se trahiront pas en vendant ce journal qui ne contient aucune véritable horreur...

Mais c'est bien l'histoire que l'on ré-écrit pour redorer le blason de la CGT (qui pilote évidemment la publication).

On y retrouve la fable de la prétendue circulaire de fin 2008, dont jamais personne n'a vu la moindre trace, mais voyez vous, quand on a fait arrêter le mouvement avec cet argument, il faut bien se justifier...

On notera de même l'amnésie générale sur les mesures anti-immigrés de la gauche au gouvernement (création des centres de rétention en 1984, charter Cresson en 1991, circulaire Chevènement de 1998, restriction du droit d'asile...), rendez-vous sur le site de la Cimade pour avoir les détails...

On notera enfin qu'on donne la parole à la CFDT, il n'y a vraiment aucune honte ! On ne peut pas lire sans réagir le texte du représentant de la Confédération CFDT syndicat qui n'a jamais rien fait, l'écrit d'ailleurs... Bref, même si ca peut être utile d'avoir leur appui formel c'est une autre chose de leur donner la parole dans un journal de grève pour qu'ils justifient leur inactivité. SUD-Rail avait des choses plus intéressantes à dire, par exemple sur la longue lutte des salariés sans-papiers de l'entreprise de gardiennage de la gare St Lazare. La CGT s'inscrit une fois de plus dans le syndicalisme rassemblé avec les plus mous...

Enfin, on ne va pas s'étendre outre mesure. Ce journal est là, il peut permettre d'élargir le mouvement lui-même et de renforcer le soutien, alors n'hésitons pas à l'utiliser !




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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 11:18

http://www.demosphere.eu/node/15125


Manifestation des sans papiers samedi 14 novembre a 14 heures à Paris

depart de la Place Denfert Rochereau vers le mnistere de « l'identite nationale »

Après le « ministère de l'identité nationale », voilà le débat sur « l'identité nationale » : Où va le pays?

Après la rafle des réfugiés Afghans dans la jungle de Calais, après la barbarie de la déportation vers un pays en guerre, après le lapsus révélateur quand il y en a un ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a problème, après la loi sur l'immigration choisie qui permet de trier les étrangers comme des marchandises, après la chasse aux sans papiers traqués, piégés, expulsés, après l'insulte de racaille adressée aux habitants des quartiers populaires, après le dénigrement qui discrimine la France, on l'aime ou on la quitte visant les Fadela, les Rama, les Rachida, les Ozgur et les N'Guyen Français(e)s, voilà la grande interrogation sur l'identité française agitée en cette veille d'élections régionales par une droite de plus en plus aux abois. En effet les mines trompeuses qui lui ont permis d'avoir la mainmise sur l'électorat xénophobe lepéniste font de moins en moins recettes.

Déjà le passé récent est rempli de délires qui montrent bien que le racisme, en plus d'être dans la loi un délit que l'on ne punit pas en France, c'est un « communautarisme » de « petit blanc ». Lisez vous mêmes : « Nous récusons l'image caricaturale faite de notre peuple qui serait xénophobe, mais il pourrait le devenir si on ne réglait pas le problème » François Léotard (UDF) Le Monde - 19 novembre 1997, Pierre André Taguieff du CNRS déclarait à la question « Islam et islamisme ? » : « Ce n'est pas la même chose, certes. Mais deux millions de musulmans en France, c'est deux millions d'intégristes potentiels », le même se fendait de « Face à une doctrine nationaliste forte, il faut repenser la nation à l'heure de la mondialisation, résorber le chômage, et réguler les flux migratoires » ( dans l'Évènement du Jeudi du 20 au 26 fév. 1997), Jaques Soustelle dans le Figaro magazine du 14 mars 1990, il y a presque 20 ans, disait : « On ne peut assimiler que ce qui est assimilable », le 14 octobre 1993, Charles Pasqua (RPR) déclarait : « Le plus difficile pour le creuset français, c'est l'intégration des populations venues d'Afrique et notamment d'Afrique du Nord », Pierre Mazeaud (RPR) disait : « Hier d'origine européenne, la population est aujourd'hui d'origine extra-européenne. L'intégration est d'autant plus difficile », Christian Estrosi (UDF) dans un débat parlementaire de juillet 1993 : « D'une immigration européenne proche culturellement donc facilement assimilable, nous sommes passés à une immigration plus difficilement assimilable justement en raison de différences historiques et culturelles profondes ».

En fait une partie de la droite, manifestement celle qui est aujourd'hui au pouvoir ne fait que singer Le Pen et le Front National (FN), lequel n'a cessé de propager que « les africains...c'est l'invasion », que les « hôpitaux parisiens sont occupés aux trois quarts par des étrangers, laissant aux parisiens, et donc à tous les français, le seul droit d'aller consulter les sorciers de Ouagadougou »(Le Pen cité par Le Monde du 21/07/85), qu'il faut des « tribunaux spéciaux pour les étrangers », Le Figaro Magazine prétendait même révéler « pour la première fois les chiffres secrets (!?) qui dans les trente années à venir mettront en péril les identités nationales et détermineront le sort de notre civilisation »; « serons-nous encore français dans trente ans? » se demandait-il.

Même la gauche socialiste n'a pas échappé à cette dérive quand elle répétait que « Le Pen pose un vrai problème, mais apporte de fausse solution » ou « la France ne peut accueillir toute la misère du monde » (Michel Rocard).

La CNSP déclare que : la nation, l'identité nationale est une catégorie historique de l'ère moderne qui n'est pas figée, fixée une fois pour toute, mais évolue en intégrant notamment un peuplement nouveau. Toute l'histoire de France le prouve et c'est ce qu'enseignait F. Braudel en disant que « la population Française est un tissu composé de plusieurs ethnies, de plusieurs peuples régionaux rassemblés, auxquels se sont joints, par les différentes immigrations depuis plus d'un siècle, des étrangers d'Europe ou de pays lointains ».

La seconde partie de sa définition est celle qui a été instrumentalisée par les élites pour diaboliser les Français et l'immigration les plus récents, celle issue des ex-colonies de la France : « tant d'immigrés ... ont réussi à faire naufrage sans trop de bruit dans la masse Française que l'on pourrait dire ..., que tous les Français... sont fils d'immigrés » (L'identité de la France, Arthaud, 1986).

En effet « l'assimilation forcée » a été un projet colonial Français vis à vis des peuples colonisés et qui a échoué. Donc la difficulté consiste justement dans le fait que les Français issus de la colonisation, ceux ghettoïsés dans les « banlieues » et dont les « pères » sont enterrés dans les cimetières des deux guerres mondiales transforment peu à peu la France en Nation multicolore, multiculturelle et multi-religieuse.

La laïcité est une conquête démocratique, progressiste dans une France alors « judéo-chrétienne » qui consiste dans la séparation entre l'Etat et la religion et qui à l'école s'appliquait aux programmes scolaires, aux locaux et aux adultes. Pourquoi donc vouloir l'appliquer de façon discriminatoire aux enfants des Français récents et de l'immigration récente de confession musulmane?

Le Président Sarkozy déclare que « la terre fait partie de l'identité nationale », alors les quartiers populaires font-ils partie de cette « terre d'identification »?

La devise Liberté, Egalité, Fraternité résulte de conquêtes démocratiques du peuple tant en 1789, 1793, 1871 lors de la Commune, 1936, dans la Résistance contre l'occupant Nazie et en 1968, etc. Mais à tous ces combats ont participé et payé un lourd tribut les immigrations successives.

Qui est plus « Français » entre l'Arménien Manouchian, le Polonais Politzer, le Malien Garang Kouyaté, tous fusillés par l'occupant Nazi et Pétain, Laval, Papon, Bousquet, etc. et tant d'autres Français collabos. Qui est donc plus « Français » entre De Gaulle, Möcquet, Duclos, Jean Moulin, Frachon, les dirigeants FTP et les « tirailleurs » musulmans ou bouddhistes morts pour la France? Qui peut se donner le droit de rayer de « l'identité Française » ces « étrangers » sans lesquels ceux qui délirent aujourd'hui hypocritement sur « l'identité menacée » ne seraient pas libres ?

La seule conclusion que l'on peut tirer de tout cela est : ce « débat sur l'identité nationale » reflète les résistances réactionnaires de l'élite gouvernante à ; accepter une France devenue de fait multicolore, multiculturelle et multi-religieuse. Cette provocation a un autre but : diviser les travailleurs de toutes couleurs, de toutes origines, de toutes cultures et de toutes religions, avec ou sans religion, avec ou sans papiers face à la broyeuse sociale patronale amplifiée par la crise systémique actuelle du capitalisme.

Voilà pourquoi la CNSP appelle à l'unité des travailleurs et du peuple de France, à l'unité des syndicats, des associations, des forces politiques pour dire : assez de poison raciste, nous voulons vivre ensemble dans l'égalité des droits pour tous :

Abrogation des lois racistes Pasqua/Debré/Chevènement/Sarkozy/Hortefeux/Besson - Arrêt de la c hasse à l'humain étranger et de la politique des quotas d'expulsions - Fermeture des Centres de Rétention - Arrêt des expulsions - Régularisation de tous les sans papiers - Suppression de l'appellation « Ministère de l'identité nationale » - Egalité des droits -

MANIFESTATION DES SANS PAPIERS

SAMEDI 14 NOVEMBRE A 14 HEURES

DEPART DE DENFERT ROCHEREAU VERS LE MNISTERE DE « L'IDENTITE NATIONALE »




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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 18:59

http://www.palestine-solidarite.org/communique.CBSP.121109.htm


Communiqué de presse Miles of Smiles

Succès pour l'opération Miles of Smiles : le CBSP annonce l'entrée du convoi dans Gaza hier dans la nuit

Immense satisfaction et grand soulagement pour les associations et organisations partenaires de l’opération Miles of Smiles for the children of Gaza : le convoi humanitaire a pu traverser la bordure frontalière de Rafah hier dans la nuit.

« Nous sommes à la fois soulagés et extrêmement fiers d’annoncer l’entrée des 100 minibus humanitaires à Gaza. Le CBSP qui en a financé 20, a participé à toutes les étapes de cette opération et en a vécu tous les rebondissements. Nous avions promis de faire preuve de ténacité et de persévérance pour acheminer le convoi jusque sa destination finale. Aujourd’hui, c’est chose faite. La rencontre avec le préfet en début de semaine a été déterminante. Nous allons maintenant procéder à la distribution du contenu des minibus et savourer la joie des enfants et des populations qui en bénéficieront. C’est une grande victoire, le CBSP remercie tout ceux qui ont concouru à la réussite du projet, d’une manière ou d’une autre », déclare Malik Sebihi, président du CBSP.

Une entrée dans Gaza effectuée en deux temps

Lundi, le préfet d’EL-Arish avait promis à la délégation que le convoi aurait l’autorisation d’entrer à Gaza le lendemain et avait tenu à accompagner lui-même la délégation aux portes de la frontière égyptienne. Une nouvelle qui avait été accueilli avec prudence après près d’un mois de négociations avec les autorités. Finalement, le déchargement des bateaux, qui aura pris deux jours, a été suivi mardi par un premier passage de la frontière pour 50 premiers minibus. C’est hier soir que les 50 autres véhicules ont pu à leur tour passer Rafah, accompagnés de la délégation européenne.

Les prochaines heures verront la distribution du contenu des minibus aux associations partenaires locales qui les affecteront aux populations dans le besoin. La délégation quant à elle, environ une centaine de personnes dont une dizaine de français, profitera d’un circuit pendant quelques jours au coeur de la bande de Gaza et des territoires occupés afin d’être aux prises avec la vie quotidienne des gazaouis et se rendre des difficultés permanentes de survie qu’ils rencontrent.



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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 20:19

http://lapenseelibre.fr/LapenseelibreN24.aspx


Une plongée au cœur de la police politique roumaine

Par claude Karnoouh*
     
Ce texte résonnera étrangement pour nos lecteurs. Il reparle de la Roumanie mais cette fois-ci à partir d'un autre Rapport. Le rapport secret de la police politique roumaine visant notre collègue de rédaction fabriqué dans les années du « socialisme réel ». Rapport qui aura permis ici à notre collègue non seulement de décortiquer les strates constitutives de certaines âmes humaines, mais également d'affiner son analyse de la réalité du régime alors en place en Roumanie, et des causes de sa métamorphose soudaine en capitalisme néolibéral tout aussi caricatural et profitant somme toute aux mêmes couches sociales parvenues.

Pour notre rédaction par ailleurs, ce Rapport où notre collègue est soupçonné « d'extrémisme sémite » par un pouvoir « communiste » sonne comme une confirmation de la justesse des positions que nous avions prises au sein des organismes « intellectuels » dépendant d'un ex-grand parti révolutionnaire où la simple fréquentation de ce collègue nous avait valu l'accusation apparemment inverse de « suppôt du négationnisme ». Il en est ainsi : à l'Ouest, les flics de la pensée présents dans les organisations dites de gauche traquent les mêmes « déviances » radicales en utilisant un camouflage en apparence opposé à celui utilisé naguère à l'Est, mais finalement parallèle. Dans les deux cas, les méthodes sont les mêmes : mensonge, diffamation, calomnies, soumission aux verdicts des médias, des intellectuels à la botte et aux rumeurs nauséabondes amplifiées, refus de débattre ouvertement. Les adversaires de ces polices de la pensée sont les mêmes : la pensée créatrice et autonome, le courage intellectuel, le radicalisme social, l'internationalisme et l'opposition aux nationalismes ethniques, quelle que soit l'ethnie en question, y compris et surtout la sienne.

« Profonde est la haine qui brûle la beauté dans les cœurs abjects. »

Ernst Jünger, Sur les falaises de marbres.

Considérations personnelles

Je viens de terminer la lecture du dossier établi sur mon compte par la Securitate (police politique du régime communiste roumain) entre 1973 et 19841. J’en ressors non pas dégoûté d’y avoir découvert les délations de quelques bons collègues, lesquels, non seulement rapportaient nos conversations privées, mais en rajoutaient, et en rajoutaient beaucoup sur les étapes de ma vie, sur l’état de mes opinions, le linéament de mes pensées, comme s’il avait fallu qu’ils justifiassent leur bassesse en me transformant en un véritable vilain petit canard, nouvel ennemi du peuple roumain, et, last but not least en un anthropologue incompétent, incompétent et vendu aux Hongrois ! Tant et si bien que pendant cette lecture, je me suis souvent demandé si c’était bien de moi, de Claude Karnoouh, né le 25 mars 1940 à Paris dans le dix-huitième arrondissement, en France, dont il était question dans le décours de ces dizaines de pages de rapports, en tout huit cent vingt… Déjà une œuvre sérieuse ! Même s’il s’est écoulé environ trente-cinq ans depuis les premiers « faits » rapportés tout au long de ces pages, je ne peux m’empêcher de ressentir une forte impression d’étrangeté à moi-même, une sorte d’extranéité, d’aliénation, en lisant une partie de ma vie résumée et interprétée selon une grille organisée autour d’un seul critère, le soupçon d’espionnage et de malveillance à l’égard du pays. J’ai ainsi revu une partie de mon courrier intercepté, j’ai lu tant et tant de délations, tant et tant de rapports de filatures et de résumés de conversations téléphoniques, y compris des dialogues amoureux, en bref je me suis retrouvé dans une situation double en remontant de si longs moments d’une vie qui, en définitive, eussent été miens. Or, que ce soient les très nombreuses lettres que j’ai mandées naguère à celle qui, à cette époque, était mon épouse ou à mes deux amis les plus intimes, ou les dizaines de pages de mes carnets personnels, tous ces écrits témoignent exactement du contraire.

Chaque rencontre, chaque conversation, à tout le moins celles rapportées par les « bons » informateurs, les « bons » patriotes, les « défenseurs » de la patrie, tous bons arrivistes, « Maria », « Magda », « Sonia », « Cornelia », « Balint », « Apam », « Jean », « Gigi », « Pierre », « Coca », « Dimitri », « Rohianu », etc. ont été prises pour argent comptant par les officiers traitants qui s’occupaient de ce « dangereux espion », chercheur au CNRS et essentiellement intéressé par les rites de la paysannerie archaïque, et accueilli en connaissance de cause par le département des relations internationales de l’Académie des sciences de la République socialiste de Roumanie. Souvent, sachant l’atmosphère d’espionnite ambiante qui régnait dans le pays, il n’était de ma part que rhétorique du dialogue ou petites provocations, un style de conversation cherchant à déjouer les pièges et tenter de saisir ce que l’autre a dans la tête, si toutefois il a une tête. Et c’est bien ainsi que l’avait déjà écrit Nietzsche, puisque « la vie n’est que le théâtre de la vie », aussi sommes nous tous contraints à jouer un rôle eût ajouté Pirandello. Mais les canailles (je parle des informateurs-délateurs) ne pouvaient pas même concevoir un seul instant cette part de jeu qui anime toute conversation, la rend plus vivante, plus insaisissable, plus cryptique. Ils avaient peur, devançant même les demandes du maître, ils étaient (sont) habités d’une lâcheté abyssale qui leur tenaillaient les tripes, ils vendaient au pouvoir communiste dominé par un nationalisme exacerbé leur antisémitisme, ils auraient même vendu au pouvoir leur proches pour une promotion, vanitas vanitatum omni vanitas. Pourquoi ? Car, en ces années 1970-1980, le véritable temps du goulag roumain (1948-1962) était bien passé… De plus, d’autres ne l’ont pas fait, soit ils surent habilement l’éviter, soit, avec fermeté, l’ont refusé. J’en ai les preuves par l’absence de rapports, voire de références à des jugements qu’ils eussent prononcés en public sur mon compte. Combien de bêtises, que dis-je d’absurdités, n’ai-je pas lu à mon propos, mais surtout quel sentiment étrange de distance à moi-même que de me voir comme dans une glace dont le reflet me renverrait une sorte d’objet déformé en tous sens. « Objectivul » (l’« objectif ») souvent les rapports me désignaient ainsi, comme si j’avais été une cible à abattre, quoique les flics usassent aussi d’autres noms de code (numele conspirative !) à mon égard : « Carol », « Cucu », « Doctorandul »… Si la Securitate n’avait pas été l’institution du contre-espionnage de l’État, j’eusse crû me trouver au centre d’une sorte de jeu de piste un peu hard, comme il m’arriva d’y participer lorsque j’étais jeune scout.

Tous ces hommes, toutes ces femmes, environ une quinzaine d’individus dont j’ai en partie deviné les noms selon les situations précises qu’ils décrivent et dont je me rappelle fort bien. Tous ces « braves gens », apparemment honnêtes, moraux, sont à présent actifs dans leurs domaines de spécialité : certains ou certaines ont obtenu, après la pseudo-révolution de décembre 1989, d’importantes fonctions dans l’appareil culturel de l’État, d’autres ont quitté le pays, exerçant leurs talents à l’étranger, essentiellement aux États-Unis ou dans des institutions internationales, d’autres enfin sont retournés ad patres (Que Dieu ou la Divine Providence leur pardonne, sait-on jamais !). Dans ces pages que j’ai lues sans trop de dégoût – étant déjà protégé spirituellement par nombre de mes analyses du post communisme roumain –, mais avec un certain amusement teinté d’un profond mépris rétroactif pour ces êtres, on rencontre toute la misère humaine, toute la faiblesse humaine et ce d’autant plus visibles et notables que, pour ce qui concerne ma présence à Bucarest, les délateurs étaient uniquement des universitaires, des chercheurs et des intellectuels. Preuve, une fois encore, que l’érudition, le savoir et le savoir-faire, la capacité de lire et de comprendre des textes, de les classer, de les commenter, tout cela n’engendre pas simultanément le sens de la rigueur éthique. Il est vrai aussi, qu’en dehors d’une érudition fondée sur des connaissances locales, la plupart de ces universitaires et de ces chercheurs (mais pas tous loin s’en faut) n’étaient que des semi-doctes s’agitant en marge du monde réellement savant, mais il n’empêche, ils avaient aussi leur rôle, fût-il modeste, dans la construction de ce qui se présente comme la culture roumaine.

En revanche, pour ce qui concerne les informateurs des villages des Carpates où j’exerçais mes qualités d’anthropologue, plus précisément au Maramures, il en va autrement. D’une part, je savais que mon ami le pope Antal de Breb (2) était légalement obligé de résumer nos rencontres dont il me donnait une sorte de synopsis avant de les envoyer au colonel de la Securitate qui répondait de moi à la sous-préfecture, Sighet. C’est même le père Antal qui m’en fournit le nom, le colonel Bob (3), lequel ne cessait de lui demander des rapports sur mes pensées les plus intimes. Or, le pope Antal qui était tout sauf un imbécile, était doté d’une vivacité d’esprit fort plaisante pour toute personne qui savait dialoguer avec lui (il était même un peu féroce devant les interlocuteurs qu’il méprisait), aussi rappela-t-il un jour à ce brave imbécile de colonel qu’étant baptisé protestant, et de surcroît fort peu croyant, je ne me confessais, si d’aventure j’eusse dû le faire qu’à Dieu directement, sans intermédiaire aucun. Quant aux autres rapporteurs de mes faits et gestes, de mes opinions et comportements, j’ai deviné une institutrice de l’école élémentaire, un garçon du village ayant suivi l’université par correspondance (fàrà frecventa, fàrà sperantà, sans présence sans espoir (4), comme on le disait alors !), une sorte d’activiste local du Parti chargé des maisons de la culture dans les villages du rayon municipal, et, enfin, une belle et grosse paysanne chez laquelle il semble que le colonel susnommé venait passer des soirées bien arrosées de palinca (5) (les paysans ajoutaient aussi que ces soirs-là, qui se prolongeaient fort avant dans la nuit, étaient aussi des veillées de « baise » – sic !). De tout ce cloaque la seule exception qui m’attriste, c’est un jeune poète-philosophe qui se prétendait mon ami, mais qui, pour une promotion professionnelle, s’est offert informateur volontaire de la Securitate !!! Sic transit gloria mundi !

L'essence de la police politique

Voilà pour les rapporteurs, les délateurs, les informateurs. Mais il y a encore les rapports de synthèse des officiers de la Sécurité qui permettent de mesurer l’incommensurable stupidité de la politique de l’État communiste roumain du milieu des années 70 à la fin des années 80. On y voit comment ces bureaucrates du renseignement fabriquaient les ennemis de l’État, non pas de classe puisque moi j’étais un homme de gauche, marxiste – certes pas vraiment orthodoxe, mais néanmoins marxiste –, mais les ennemis nationaux du peuple-nation. Les exemples abondent dans leur dureté bureaucratique stupide. Ces tristes crétins, sous prétexte que j’avais donné à Budapest quelques conférences sur l’anthropologie de l’Europe centrale et orientale, et avais fait quelques comparaisons entre les coutumes rituelles de divers peuples circonvoisins (comparaisons classiques dans l’analyse anthropologique), eurent tôt fait de moi un agent des Hongrois (6). On comprend ainsi la manière dont ils défendaient bec et ongles leur petit commerce, en excipant de la prétendue protection du pays pour justifier de bons salaires et de gros avantages en nature qui en faisaient la caste privilégiée du régime… Outre qu’ils ne comprenaient rien à rien, leurs synthèses, de plus, tenaient d’une affabulation se situant entre le père Ubu (« cela se passait en Pologne donc nulle part ! ») pour l’aspect surréaliste, Kafka pour l’ineptie bureaucratique et Caragiale (7) pour l’humour involontaire. Mais la définition la plus extraordinaire donnée de ma personnalité profonde, la plus véritablement hors du commun et l’interprétation la plus étonnante que j’ai lue jamais sur mon compte, est résumée à la fin d’une note de synthèse de 1982 dans laquelle mon officier traitant à Bucarest rassembla ses connaissances où il précisait mes modes de pensée et mes opinions. Il écrivit exactement ceci :

« Claude Karnoouh est un homme difficile à manier, extrêmement têtu, de mauvais caractère. Il a des opinions tendancieuses à propos de la Roumanie. Il a beaucoup lu sur la Roumanie et connaît très bien le roumain, mais étant d'origine juive il a de puissantes conceptions sémites et est un adepte de l'extrémisme sémite. » (sic et resic !!!)» (8)

Une telle formulation fait souvenir et époque. Elle appartient au vocabulaire de tous les partis politiques et régimes racistes d’avant la Seconde Guerre mondiale, aux nazis, à la Garde de fer, aux Croix fléchées, comme à tous les mouvements xénophobes qui fleurirent en Europe Centre orientale en ce temps, mais aussi aux discours du KKK, du parti nationaliste anglais, etc. En définitive, ce qui, dans un régime prétendument communiste, permet une telle affirmation aux résonances très lourdes, c’est que le grand danger dû à ma présence en Roumanie nommée RSR (République socialiste roumaine) tenait au fait que j’étais resté fidèle à certains préceptes politiques énoncés par Karl Marx, et en particulier à l’internationalisme nécessaire au combat politique imposé par la modernité capitaliste. De fait, il y avait entre Marx et moi quelques similitudes : lui aussi était d’origine juive, lui aussi avait été baptisé protestant, lui aussi avait développé en quelque sorte un « extrémisme sémite » totalement laïcisé qu’il nomma « lutte de classe », un concept essentiel à la compréhension de la dynamique historique de la modernité qui avait toujours une réalité prégnante, dût-elle être détournée, occultée, masquée au sein des régimes communistes ? Il n’empêche elle était présente à qui savait voir et entendre la réalité des pratiques socio-économiques. Aveugle devant mes affinités évidentes avec Marx qu’il n’avait pas mêmes entrevues, et, en dépit de son éclatante bêtise et de son racisme exalté, cet officier ne s’était pas trompé. Preuve que la Divine Providence ou le Grand Hasard sait parfois bien faire les choses, en l’espèce permettre d’énoncer le réel, ou le vrai, à travers ceux qui croient pouvoir le refouler. La Roumanie des années 1970-1980 avait abandonné le matérialisme dialectique et historique comme grille d’interprétation historique du monde et de son présent politique au profit d’une version ethno-nationale des origines et d’une dictature hypernationaliste quant à l’exercice de son pouvoir. Certes, le régime pratiquait une économie socialisante qui fondamentalement travaillait au profit d’une classe dirigeante qui ne voulait en aucune façon perdre ses avantages. La preuve se trouve dans la manière dont le coup d’État déguisé en Révolution (quelles que soient les authentiques manifestations populaires qui éclatèrent ici ou là, et leur cortège de morts) quasi parfaitement organisé par la haute administration du Parti, de la Securitate, de la Milice et de l’armée a fait de la majorité de ses membres la classe politico-affairiste qui domine aujourd’hui le pays… Il est, parfois involontairement, sous la plume de fonctionnaires de police obtus, des rencontres ou des télescopages surprenants d’énoncés qui rencontrent la vérité du moment. Je ne doute pas que certains y verraient la preuve de l’existence de Dieu !

De l'inefficacité du flicage

Une demi-journée me suffit pour achever ma lecture après cette merveilleuse découverte… J’ai refermé mon dossier, l’ai remis à la très aimable personne qui surveillait la salle de lecture et décliné poliment l’offre d’en avoir une photocopie… Après avoir signé tous les documents attestant ma présence et ma lecture, j’ai quitté le CNSAS (9) pour ne plus y revenir… La vie est courte, et à mon âge, banale remarque, plus courte encore, aussi ne faut-il pas perdre son temps avec ce qui pollue et la vue et la pensée…

Mais, et c’est en fin de compte l’ironie de l’histoire qu’il ne me faut pas omettre tant elle illustre la gabegie roumaine des années 1970-1980. Entre 1973 et 1984, j’ai fait dans le pays un certain nombre de voyages, au cours desquels il m’est arrivé des aventures et des péripéties qui sont demeurées inconnues des services de la Securitate. En effet, s’étant déroulées ailleurs qu’à Bucarest et au Maramures, c’est-à-dire hors des seules circonscriptions administratives où j’étais censé résider, et donc sans filatures, mais apparemment aussi sans délateurs, il semble que ma présence ne fut pas remarquée. Mais il convient de rappeler sans cesse que pendant les années 70-80 du siècle dernier, les services de la Securitate étaient au niveau de toutes les organisations et institutions roumaines : désorganisés, confus, dysfonctionnels, cafouilleux, irrationnels et, last but not least profondément corrompus. Aussi, cet état des choses humaines, très humaines, trop humaines, laissait-il un espace non négligeable de liberté à qui savait en user avec talent. Je dois dire que je ne m’en suis pas privé.

Considérations générales

Hormis le dégoût que chacun pourrait éprouver devant toutes ces phrases banalement abjectes, devant ce qui n’est rien moins que de la plus infâme délation, devant tous ces mots ignominieux et méprisables, devant ces dizaines de pages hideuses et avilissantes qui tentaient de m’enserrer dans une nasse pour donner de ma vie un sens qui n’a jamais été celui que j’ai tenté, avec plus ou moins de succès de construire.(10) Toutefois, et en dépit de ce dégoût, je perçois un aspect bénéfique à cette lecture, en effet, elle permet d’entrevoir plus précisément les enjeux tactiques et stratégiques du régime où ma présence servait, avec bien d’autres, de prétexte sans danger pour justifier ses finalités. Je dis bénéfique car cette lecture m’a permis de réévaluer, voire de modifier quelque peu mon analyse du communisme roumain en phase terminale, ce que la vulgate politologique définit comme l’ère ceausiste. Et, bien
au-delà de ma modeste personne, l’intérêt principal d’un tel dossier (comme celui de mes collègues et amies états uniennes, Gail Kligman et Katherine Verdery), c’est d’ouvrir vers une intelligence plus précise les visées idéologiques de la forme réelle du pouvoir « communiste » roumain après la promulgation des thèses de juillet 1971 sur le développement autonome du pays (dans le langage du Parti, sur le « socialisme multilatéralement développé » !).

C’est pourquoi, il me faut reconnaître une erreur d’appréciation. Je n’ai pas mesuré assez précisément l’écart entre la rhétorique banalement marxiste-léniniste du pouvoir et les déclamations nationalistes et autochtonistes, lesquelles prenaient parfois des accents quasi légionarisants.(11) À l’époque, je pensais que l’essentiel de la rhétorique nationale dont la figure emblématique de très haut niveau intellectuel était le philosophe Constantin Noica, tandis que pour les semi-doctes, apparatchiks de troisième ordre, courtisans sans vergognes, cyniques sans éthiques aucune, on trouvait une constellation de démagogues bas-de-gamme, l’écrivain Làncràngean, le troubadour de bistrot Pàunescu, les sociologues Achim Mihu ou Vadim Tudor, donc que l’essentiel n’était qu’une diversion spectaculaire pour maintenir une indépendance chèrement acquise, à laquelle la haute administration ne croyait guère. Mais ce
n’était pas cela. Le pouvoir communiste avait stimulé, sinon réactualisé le retour du refoulé xénophobe des années de l’Entre-deux-guerres. Chacun selon le rôle que le pouvoir lui attribua renvoyait à une sorte de critique très contrôlé de toutes les formes d’internationalisme –internationalisme communiste bien évidemment, internationalisme capitaliste. On avait donc affaire à une critique fade, formulée avec la lourdeur lexicale et grammaticale d’une inimitable langue de bois, afin de mettre en garde les populations contre toute forme de rapport avec l’étranger, car il s’agissait pour le pouvoir de repousser tout constat remarquant l’éradication des différences. Idéologie d’une sorte de simulacre de guerre civile essentiellement culturelle, on faisait accroire les populations que le monde entier souhaitait la destruction du pays, et la mise sous tutelle de n’importe quelle volonté d’indépendance économique.

Il est vrai, me semble-t-il, que ce dernier aspect de la dynamique du socialisme réel roumain, ne doive être ni nié ni moqué, car, après 1989, le nombre des réalisations techno-industrielles rachetées par des entreprises occidentales en témoigne. Pourtant, la lecture de mon dossier m’a prouvé que le but fondamental du pouvoir était, dans le cadre d’une économie fondée sur le socialisme d’État (rien de commun avec ce que l’on pourrait imaginer d’un communisme réalisé où les travailleurs seraient réellement propriétaires et gestionnaires des moyens de production organisés selon leurs intérêts et eux seuls !), la mise en marche d’un régime proche d’une version soft d’un type de socialisme national, où l’un des moteurs essentiels de la mobilisation des consciences pour accélérer la modernité, s’articulait sur la conception d’une xénophobie exacerbée, servant de déterminant aux relations avec les États nations circonvoisins.

D’où, en effet, la hantise, voire la haine de l’étranger, et le pire, de l’étranger de gauche, ou plutôt fidèle à une gauche communiste attachée à certains principes essentiels formulés tant par le marxisme politique et le luxemburgisme que par le léninisme. Un tel intellectuel était bien plus dangereux dans l’imaginaire des élites ceausistes que l’homme de droite occidental traditionnel (par exemple giscardien), auquel on pouvait toujours administrer une leçon de rhétorique socialiste sans qu’il se rende compte de la supercherie. À une époque de coexistence pacifique (et même pendant les rodomontades reaganiennes sur l’empire du Mal), on pouvait trouver un terrain d’entente économique (sous-traitances diverses, joint ventures industrielles avec l’Europe occidentale) et politique (par exemple comme intermédiaire dans les négociations entre Israël et l’Égypte), avec le bénéfice de la « nation la plus favorisée » aux États-Unis, en bref, des ententes fondées sur la finance, le commerce, les importations, les exportations et celui d’intermédiaire politique, etc. ! Pour l’apparatchik roumain des années 70-80 (et non seulement roumain) le rapport d’opposition avec l’homme de droite occidental était une relation clairement définie et donc politiquement rassurante. Car en politique, et nous le savons de longue date, rien n’est plus dangereux que les « amis », les « proches », les « camarades », les pays « frères », parce que les ennemis on s’en charge bien plus aisément ! Donc un chercheur occidental ne dissimulant pas son marxisme certes non-conformiste, représente un danger dans un pays communiste qui n’a jamais connu de dissidence de gauche, de critique marxiste de l’exercice du pouvoir communiste. En Roumanie la critique du communisme a été le fait soit des réfugiés politiques venus des partis traditionnellement bourgeois et nobiliaires conservateurs (Parti national paysan, parti libéral essentiellement), soit, plus clairement, de réfugiés (ou de citoyens en attente presque silencieuse dans le pays) purement et simplement fascistoïdes, d’anciens légionnaires ou d’esprits très proche des thèses les plus xénophobes de la Garde de fer ! L’étranger marxiste menace parce qu’il est culturellement et politiquement inclassable ; il menace ensuite parce que, assez rapidement s’il domine la langue, il perçoit parfaitement la nudité obscène du « roi » qui se prétend communiste, et, qu’entre sa rhétorique communiste et ses pratiques réelles il y a un hiatus bien plus large que le décalage toujours présent entre théorie et praxis.

Pourquoi donc, au-delà de ce que j’ai précédemment remarqué, d’une certaine étrangeté et d’une possible vision aiguisée de la réalité du pouvoir des apparatchiks et des hauts fonctionnaires en principe nourris de culture marxiste, d’une version assez réaliste de l’histoire et des pratiques de la politique et de l’économie, le pouvoir « communiste » roumain se méfiait-il tant d’un Occidental de gauche d’origine juive, quand les hommes de droite représentés par des ingénieurs, des représentants de commerce et divers diplomates qui nourrissaient pour les responsables du pays un profond mépris, une ignorance culturelle et historique hautaines, suscitaient beaucoup moins de suspicion ? Il me semble que la réponse à cette question soit à rechercher dans une procédure de la psyché mise à jour par la psychanalyse sous le nom de dénégation. La dénégation s’énonce intérieurement sur le mode interrogatif de la
suspicion : « Je sais bien, mais quand même… ». Dans le cas illustré précédemment, on peut traduire la dénégation ainsi : Je sais bien qu’untel, venu d’Europe occidentale, est un marxiste-léniniste, certes oui, mais, il n’empêche, cela n’est pas clair, car comment peut-il vraiment manifester une opposition radicale à ce monde d’abondance où le problème de la rareté semble avoir été résolu. S’il pense cela, c’est qu’il doit appartenir à un courant de pensée dangereux pour l’ordre des choses existant, à un courant de pensée propre à ces gens qui corrodent et détruisent les peuples et leurs cultures. Or, ce à quoi il ne faut surtout pas toucher, c’est à l’image idyllique du peuple et aux reconstructions nationalitaires et fantasmatiques de son histoire et de sa culture populaire, dussent-elles répondre parfois aux angoisses de populations rurales déracinées par un massif et extrêmement rapide processus
d’industrialisation.(12) Et, continuant la prosopopée, on peut ajouter sans erreur aucune : cet homme qui se prétend marxiste-léniniste est d’origine juive d’Europe orientale (d’Ukraine), et nous savons, par expérience, nous Roumains, que ces gens ne veulent qu’une chose, détruire l’ordre et l’existence historique des peuples. C’est là un refrain bien connu, une vieille antienne antisémite et anticommuniste. C’est grâce à la dénégation des apparatchiks que les clichés les plus éculés de l’antisémitisme fleurissaient à l’encontre des intellectuels qui avaient (et ont aujourd’hui) encore conservé leur fidélité aux analyses marxistes. Or, la génération de ces apparatchiks est le produit de ce même déracinement et de sa conséquence sociopolitique, la nationalisation du Parti communiste roumain entreprise massivement au milieu des années 1960, au détriment des gens d’origine juive roumaine, juive hongroise,
hongroise réformée ou catholique qui avaient représenté l’essentiel des cadres supérieurs et moyens du Parti, de la milice et de la Securitate durant les douze premières années de l’exercice de son pouvoir. Á l’évidence, la dénégation a fait ressurgir le vieux problème des minorités nationales en Roumanie, celui de la concurrence qui, avant l’arrivée du pouvoir communistes, se manifestait avec une grande férocité dans professions libérales, le journalisme, la médecine, à l’Université, dans le commerce, puis après 1948, dans la promotion aux postes de direction au sein du Parti communiste et de ses diverses institutions politiques et culturelles de prestige.

Apeurés par cette compétition impitoyable entre aspirants à la promotion sociale, la concurrence n’en fut pas moins implacable aux temps du véritable internationalisme du communisme roumain, entre 1948 et le début le début des années 1960. En effet, les militants qui détruisaient les traditions au nom de l’internationalisme révolutionnaire, de la modernité techno-industrielle dans son modèle communiste, étaient souvent des Non-Roumains, des juifs, des Hongrois, parfois des Grecs. Tous ces hommes ont été plus ou moins rassemblés sous le vocable interne de « Sémites », nouvelle langue de bois pour dire les « juifs » en tant que porteur d’un internationalisme qui était jadis celui du capital et, naguère, celui de l’internationalisme communiste. Or, la critique antisémite joue de fait sur le même registre, sur le nationalisme fascisant, sauf que dans un cas, pendant la période 1920-1944, il agissait ouvertement, clairement, sans détour, tandis que dans l’autre, celui qui m’intéresse ici, il apparaissait sous couvert, masqué dans les rapports secrets, comme le retour du refoulé dans le discours interne de l’élite. Si l’on poursuit ce raisonnement venu du point central de la dénégation, nous sommes conduits à y entendre une sorte de conscience malheureuse, laquelle se cache et s’occulte aux masses car les relations internationales obligent. Pour l’entendre il faut donc appartenir à l’élite politico-policière. Il semble donc que dans le secret d’une conscience du monde placée dans l’impossibilité de formuler ses référents, se tenait un double-bind engendrant chez les acteurs une authentique schizophrénie, car derrière la critique du capitalisme, se tient en embuscade l’admiration, l’envie, la convoitise de participer à ce capitalisme se donnant comme le « paradis déjà accompli sur terre », dût-il être celui des Sémites génériques. Conscience malheureuse et fausse conscience travaillent ensemble et, dans cette optique, au-delà de toutes les apparences énoncées dans le discours officiel du présent, le télos du marxisme-léninisme se trouve repoussé, mieux évincé comme futur possible accompli. On pourra, me semble-t-il, trouver la preuve la plus éclatante de ce que j’avance dans la vélocité, la férocité, l’arrogance et le cynisme avec lesquels, les anciens apparatchiks ont endossé, du jour au lendemain, les habits neufs du néolibéralisme sous les oripeaux de n’importe quel discours politiques, affichant toutes sortes d’associations où l’origine des gens ne comptait plus puisqu’ils avaient compris que dans la nouvelle donne de l’économie politique mondiale (celle du Global village), seul l’argent était devenu le facteur déterminant qui, en ultime instance, permettait de mesurer les avantages obtenus avec les pratiques réelles de tous les acteurs majeurs de la « transition », acteurs de « gauche », de « droite », du centre ou d’ailleurs ! Au bout du compte, et après quelques cafouillages encore un peu archaïques aux débuts de la transition (1990-1998), les élites roumaines ont remisé les origines ethniques, nationales ou religieuses pour simplement faire de l’argent.(13)

Tout ce monde était d’accord pour mettre le pays, c’est-à-dire la richesse collective, en coupe réglée sous diverses formes. La grande alliance planétaire (comme ailleurs en Europe de l’Est) s’établissait sur le vol de la propriété publique, sur le non-respect général des lois, sur la constitution d’une classe compradore, résultat d’une économie mafieuse issue d’une relation hautement incestueuse entre politiciens, hommes d’affaires et valetaille d’intellectuels stipendiée…

En lisant mon dossier après vingt ans de postcommunisme, j’ai pu mesurer combien cette suspicion de l’étranger, de l’étranger de gauche (je me suis souvenu aussi de la manière dont étaient surveillés les réfugiés communistes grecs dès 1949, et chiliens au début des années 70), était l’instrument, parmi d’autres, qui permettait aux apparatchiks des services de police de contrôler moins la population dans son ensemble que de se garantir le statut d’une élite indispensable à la défense du pays. Or, en dépit du montage de la propagande médiatique (en alliance avec l’Occident) des meneurs du coup d’État de décembre 1989, la Securitate y a prouvé très vite sa réalité. Non seulement elle été incapable, sinon de maintenir le pouvoir communiste, à tout le moins de le défendre sérieusement, mais, bien au contraire, comme partout ailleurs en Europe de l’Est, elle fut le principal acteur de l’implosion du régime, du
retournement des alliances et, à l’origine de la naissance d’une nouvelle et authentique bourgeoisie compradore…

Claude Karnoouh: Chercheur CNRS (retraité)  

1. Époque où l'auteur résidait en Roumanie en tant que chercheur ethnologue.

2 Nom du village où j’avais installé ma résidence principale.

3 Lors de mon dénier séjour en Roumanie (mars-juin 2009), de passage à Sighet pour une conférence et une réception officielle à la Mairie, je m’étais promis de rendre aussi visite au colonel Bob, retraité de la Securitate, pour lui coller deux claques bien méritées pour son imbécillité la plus crasse et son acharnement insensé. Malheureusement, lorsque j’arrivais, milieu juin, il y avait deux mois que son « créateur » l’avait rappelé à lui, et comme il n’est pas dans mon style de cracher sur les tombes, j’ai dû me contenter de rappeler sa sinistre mémoire ainsi que celle de ses informateurs lors d’une des conférences que j’y donnai.

4 Il est bien évident que l’harmonie sonore de l’expression ne peut être conservée en français.

5 En Transylvanie, nom roumain et hongrois de l’eau-de-vie de fruit.

6 Cet attribut m’est resté dans les premières années de postcommuniste ; si bien que je me demande encore si au début des années 1990, quand j’enseignais à l’Université Babes-Boyai, certains intellectuels de Cluj n’avaient pas été instruits de ces rapports par le SRI, nouveau nom, postcommuniste, des services du contre-espionnage ?

7 Ion Luca Caragiale, au début du XXe siècle auteur d’un théâtre comique très féroce à l’encontre des nouveaux riches, des structure administres modernes et totalement réduite à fonctionner selon les critères traditionnels du clientélisme et de népotisme. Sa critique était si acérée qu’il fut obligé de s’exiler en Allemagne.

8 « Claude Karnoouh este un om dificil, are opinii tendentioase la adressa României. A citit mult despre România, cunoaste foarte bine limba româna (…) de origina evreiascà, are conceptii semite puternice, adept al extremismului semit… »  (sic et resic !!!).

9 Institution qui rassemble et conserve les archives de la police politique précédant le régime communiste (Siguranta) et celle de la Securitate. Elle est aussi un centre de recherche sur les différentes censures et exactions. Elle été fondée en 1999 par un vote du Parlement.

10 En France, il y a quelques universitaires qui pratiquent ce genre de traque avec des ouvrages qui ressemblent plus à des registres de police établissant des corrélations stupides, parfois crapuleuses, qu’à des enquêtes cherchant à saisir le sens complexe de vies qui sont aussi des aventures de l’esprit et de l’éthique.

11 Il s’agissait des références à certains thèmes nationalistes, xénophobes et franchement racistes propres à la Garde de fer, le mouvement fascisto-chrétien de la Roumanie des années 1930-1941.

12 Voir sur ce thème mon ouvrage de référence : Claude Karnoouh, L’Invention du peuple. Chroniques de Roumanie et d’Europe orientale, 2è. Edit., revue, corrigée et augmentée d‘une postface, L’Harmattan, Paris, 2008.

13 Que ce soit avec les hommes affaires israéliens, hongrois, étasuniens, européens, russes ou chinois, plus rien d’autre ne compte que le calcul des profits matériels escomptés.
 



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Published by FISCHER
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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 20:11


http://lariposte.com/Vingt-ans-apres-la-chute-du-mur-de-Berlin-1282.html


Vingt ans après la chute du mur de Berlin

L’année 2009 est riche en anniversaires : l’assassinat de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht, la création de l’Internationale Communiste et la Commune des Asturies. Aucun de ces anniversaires n’a trouvé d’écho dans la presse capitaliste. Mais il y a un qu’ils n’oublient pas : le 9 novembre 1989, la frontière séparant l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est était ouverte.

La chute du mur de Berlin est entrée dans l’histoire officielle comme le symbole de la fin du « Communisme ». Au cours des vingt dernières années, on a assisté à une offensive idéologique sans précédent contre les idées du marxisme, à l’échelle mondiale. La preuve était faite que le communisme, le socialisme et le marxisme étaient morts. Il n’y a pas si longtemps, certains parlaient même de la « fin de l’Histoire ».

Et pourtant, la roue de l’Histoire a tourné. A présent, l’idée que le capitalisme est le seul système possible est sérieusement remise en question. Vingt ans à peine après l’effondrement du Stalinisme, le capitalisme traverse sa plus grave crise depuis la Grande Dépression des années 30. Des millions de personnes sont menacées par le chômage, la pauvreté et « l’austérité ».

Dans ce contexte, la campagne anticommuniste s’intensifie. La raison en est évidente. La crise mondiale du capitalisme génère une remise en cause générale de l’« économie de marché ». Il y a un intérêt croissant pour les idées du marxisme, ce qui inquiète les capitalistes. L’actuelle campagne contre le « communisme » est un reflet de cette peur.

Caricature de socialisme

Ce qui a échoué en Russie et en Europe de l’Est n’était pas le communisme ou le socialisme tel que le comprenaient Marx et Lénine, mais une caricature bureaucratique et totalitaire de socialisme. Lénine expliquait que le mouvement vers le socialisme exige le contrôle de l’industrie, de la société et de l’Etat par la classe ouvrière. Le véritable socialisme n’est pas compatible avec le pouvoir d’une élite bureaucratique privilégiée – laquelle génère inévitablement de la corruption, du népotisme, du gaspillage et du chaos, dans des proportions colossales.

Les économies nationalisées et planifiées, en URSS et en Europe de l’Est, ont permis de grands accomplissements dans les domaines de l’industrie, de la science, de la santé et de l’éducation. Mais comme Trotski l’avait anticipé dès 1936, le régime bureaucratique a fini par miner l’économie planifiée, préparant le terrain à son effondrement et à la restauration du capitalisme.

Dans les années 80, l’URSS avait davantage de scientifiques que les Etats-Unis, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Allemagne réunis. Pourtant, l’URSS ne parvenait pas aux mêmes résultats que ces pays. Dans les domaines vitaux de la productivité et du niveau de vie, l’URSS était à la traîne. La raison principale était l’énorme fardeau de la bureaucratie qui pesait sur l’économie soviétique – ces millions d’officiels corrompus qui gouvernaient l’URSS sans le moindre contrôle par la classe ouvrière.

La dictature suffocante de la bureaucratie a fini par provoquer une chute sévère du taux de croissance de l’économie soviétique. Par ailleurs, les très fortes dépenses dans l’armement et dans le contrôle de l’Europe de l’Est pesaient lourdement sur l’économie.

L’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, en 1985, marqua un tournant majeur dans la situation. Gorbatchev représentait l’aile de la bureaucratie soviétique qui voulait réformer d’en haut dans le but de sauver l’ensemble du régime. Cependant, la situation ne cessait de se détériorer. La crise était inévitable, et elle a eu un effet immédiat sur l’Europe de l’Est, où la crise de la bureaucratie était exacerbée par la question nationale.

Fermentation en Europe de l’Est

En 1989, une vague de révolte passa d’une capitale à l’autre et balaya les régimes bureaucratiques, un par un. En Roumanie, Ceausescu était renversé par un soulèvement populaire et fusillé. La crise de l’URSS était un facteur clé dans la victoire de ces soulèvements. Par le passé, Moscou avait envoyé l’Armée Rouge pour écraser des soulèvements en Allemagne de l’Est (1953), en Hongrie (1956) et en Tchécoslovaquie (1968). Mais Gorbatchev comprenait que cette option n’était plus possible.

Les grèves de masse du début des années 80, en Pologne, étaient une première expression de l’impasse du régime. Si ce magnifique mouvement avait été dirigé par des marxistes, il aurait pu ouvrir la voie à une révolution politique, non seulement en Pologne, mais dans toute l’Europe de l’Est. Cependant, en l’absence d’une telle direction, le mouvement a été détourné par des éléments contre-révolutionnaires tels que Lech Walesa, dirigeant du syndicat Solidarnosc (Solidarité).

Dans un premier temps, les bureaucrates polonais tentèrent de réprimer le mouvement. En vain. Solidarnosc a dû être légalisé et autorisé à participer aux élections parlementaires du 4 juin 1989. Il s’ensuivit un séisme politique. Solidarnosc remporta tous les sièges qu’il était autorisé à briguer. Cela eut un énorme impact sur les pays voisins.

En Hongrie, le régime avait tenté de prendre les devants. En 1988, Janos Kadar avait été démis de son poste de Secrétaire Général du Parti Communiste, et le régime avait adopté un « paquet démocratique », y compris des élections. La Tchécoslovaquie fut très rapidement affectée, elle aussi, et le 20 novembre 1989, un demi-million de personnes manifestaient contre le régime, à Prague. Une grève générale de deux heures fut organisée, le 27 novembre.

Ces événements spectaculaires marquaient un tournant majeur dans l’histoire. Pendant près d’un demi-siècle, les bureaucrates avaient dirigé l’Europe de l’Est d’une main de fer. Il s’agissait de monstrueux Etats monopartistes appuyés par de puissants appareils répressifs : l’armée, la police, la police secrète et des « informateurs » dans chaque immeuble, école et usine. Il semblait que des soulèvements populaires étaient condamnés à se briser contre ces Etats totalitaires et leurs polices secrètes. Mais au moment de vérité, ces régimes apparemment invincibles se révélèrent des géants aux pieds d’argile.

L’Allemagne de l’Est

La République Démocratique d’Allemagne (RDA) était le plus avancé de tous les pays d’Europe de l’Est, sur les plans technologique et industriel. Le niveau de vie y était élevé – bien qu’inférieur à celui de l’Allemagne de l’Ouest. Il y avait le plein emploi, et tout le monde avait accès à un logement bon marché. L’éducation et la santé étaient gratuites et de qualité.

Cependant, les sources de mécontentement ne manquaient pas : l’Etat totalitaire et sa police secrète omniprésente (la fameuse Stasi), son armée d’« informateurs », la corruption et les privilèges de ses officiels, etc. Avant la construction du Mur de Berlin, en 1961, environ 2,5 millions d’Allemands de l’Est avaient émigré en Allemagne de l’Ouest – dont un grand nombre via la frontière entre Berlin Est et Ouest. Le Mur de Berlin était destiné à stopper cette hémorragie.

Le Mur et les autres fortifications, le long des 1380 kilomètres de frontière entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne, parvinrent à enrayer l’exode. Cela a sans doute permis de stimuler la croissance économique de la RDA. Mais cela a plongé de nombreuses familles divisées dans la détresse. Et c’était un cadeau pour les propagandistes de l’Ouest, qui dénoncèrent le Mur comme un nouvel exemple de la « tyrannie communiste ».

A la fin des années 80, la situation en RDA était explosive. Erich Honecker était implacablement opposé aux réformes. Son régime a même interdit la circulation de publications « subversives » en provenance d’URSS. Les 6 et 7 octobre 1989, Gorbatchev fit une visite officielle en Allemagne de l’Est, à l’occasion du quarantième anniversaire de la RDA. Il fit pression sur la direction du régime pour qu’elle s’engage sur la voie des réformes. Il aurait notamment déclaré : « Wer zu spät kommt, den bestraft das Leben » (La vie punit celui qui arrive en retard).

A ce stade, le peuple d’Allemagne de l’Est était dans un état de rébellion ouverte. Les mouvements d’opposition poussaient comme des champignons – dont Neues Forum (Nouveau Forum), Demokratischer Aufbruch (Réveil Democratique) et Demokratie Jetzt (Démocratie Maintenant). Le mouvement d’opposition le plus large fut créé à travers l’église protestante Saint-Nicolas, à Leipzig, où tous les lundis, après le service, les gens se réunissaient à l’extérieur pour demander des changements en RDA. Cependant, ces mouvements étaient confus et politiquement naïfs.

Particulièrement forte à Leipzig, la vague de protestation déferlait sur toutes les villes du pays. Des centaines de milliers de personnes participaient aux manifestations. La crise du régime provoqua la destitution d’Erich Honecker et la démission de l’ensemble du conseil des ministres. Sous la pression du mouvement de masse, le nouveau dirigeant du Parti, Egon Krenz, organisa des élections démocratiques. Mais les réformes proposées par le régime étaient trop modestes et trop tardives.

Les dirigeants « communistes » songèrent un moment à recourir à la répression, mais ils changèrent d’avis (notamment sous la pression de Gorbatchev). Les événements échappaient à tout contrôle. Les jours suivants, la situation était anarchique : les magasins ouvraient à toute heure, les passeports de la RDA servaient de carte d’accès aux transports publics, etc. Comme l’a rapporté un observateur de l’époque : « il y avait beaucoup plus d’exceptions que de règles, ces jours-là. » Le pouvoir était dans la rue, mais il n’y avait personne pour s’en saisir.

Confronté à une révolte de masse, cet Etat apparemment tout-puissant s’effondra comme un château de cartes. Le 9 novembre 1989, après plusieurs semaines de mobilisations massives, le gouvernement annonça que les citoyens de la RDA pouvaient entrer en Allemagne de l’Ouest. Ce fut le signal pour une nouvelle éruption des masses. Spontanément, une immense foule d’Allemands de l’Est passa de l’autre côté du Mur.

Contre-révolution

Le Mur de Berlin était un symbole et un point focal de tout ce que le peuple détestait, en RDA. La démolition du Mur commença assez spontanément. Au cours des premières semaines, il était dépecé par morceaux. Plus tard, des machines industrielles furent utilisées pour l’abattre presque complètement. Il régnait une ambiance de célébration, une véritable euphorie qui faisait davantage penser à un carnaval qu’à une révolution. Mais c’est vrai de toute révolution à ses débuts, y compris la grande révolution de 1789.

En novembre 1989, la population de la RDA était submergée par ses émotions – par un sentiment de libération et d’exaltation. C’était comme si toute une nation était en état d’ébriété, et donc ouverte aux suggestions et impulsions soudaines. Le renversement du vieux régime se révélait beaucoup plus facile que se l’étaient imaginé ceux qui avaient osé y songer. Mais une fois renversé, que fallait-il mettre à sa place ? Les masses qui avaient renversé le vieux régime savaient très bien ce qu’elles ne voulaient pas, mais n’avaient pas d’idées très claires sur ce qu’elles voulaient. Et personne ne leur montrait la voie.

Toutes les conditions d’une révolution politique étaient réunies. La grande majorité de la population ne voulait pas la restauration du capitalisme. Elle voulait le socialisme, mais avec des droits démocratiques, sans la Stasi, sans les bureaucrates corrompus et sans un Etat dictatorial et monopartiste. S’il avait existé une authentique direction marxiste, ces événements auraient pu déboucher sur une révolution politique et l’établissement d’une authentique démocratie ouvrière.

Cependant, la chute du Mur de Berlin n’a pas débouché sur une révolution politique. Elle a débouché, à l’inverse, sur une contre-révolution – sous la forme de l’unification avec l’Allemagne de l’Ouest. Cette revendication n’occupait pas une position dominante, au début du mouvement. Mais en l’absence d’un programme clair et d’une direction adéquate, le mot d’ordre de réunification est graduellement monté en puissance, jusqu’à devenir central.

La plupart des dirigeants de l’opposition n’avaient pas de programme, de politique et de perspectives clairs – mis à part une vague aspiration à des droits civiques et à la démocratie. Or, tout comme la nature, la politique a horreur du vide. L’Allemagne capitaliste de l’Ouest a joué un rôle déterminant pour combler ce vide.

Le Chancelier d’Allemagne de l’Ouest, Helmut Kohl, était un représentant agressif de l’impérialisme. Il a eu recours à la corruption la plus éhontée pour convaincre le peuple d’Allemagne de l’Est d’accepter la réunification. Il leur a offert d’échanger leurs Ostmarks contre des Deutschemarks sur une base de 1 pour 1. Mais ce que Kohl a omis de leur dire, c’est que l’unification ne signifierait pas que les Allemands de l’Est allaient avoir le même niveau de vie qu’à l’Ouest.

En juillet 1990, le dernier obstacle à l’unification de l’Allemagne fut levé lorsque Gorbatchev renonça à ses objections à ce processus – contre une aide économique substantielle de l’Allemagne à l’URSS. La réunification fut formellement scellée le 3 octobre 1990.

Les masses trompées

Les travailleurs de la RDA ont été trompés. On ne leur avait pas dit que le retour à l’économie de marché signifierait le chômage de masse, les fermetures d’entreprises, la destruction d’une grande partie des bases industrielles de la RDA, une forte inflation, la démoralisation d’une section de la jeunesse. On ne leur avait pas dit qu’ils seraient considérés comme des citoyens de seconde classe, dans leur propre pays. On ne leur avait pas dit tout cela, mais ils en ont fait l’amère expérience.

La réunification a précipité un effondrement catastrophique du PIB de l’Allemagne de l’Est : -15,6 % en 1990, puis - 22,7 % en 1991. Des millions d’emplois ont été détruits. De nombreuses entreprises d’Allemagne de l’Est ont été achetées par des capitalistes de l’Ouest, puis fermées. A partir de 1992, il y a eu quatre ans de reprise économique, puis une période de stagnation. Vingt ans après la réunification, le chômage est toujours deux fois plus important qu’à l’Ouest, et les salaires nettement plus faibles.

En RDA, il n’y avait pratiquement pas de chômage. Or, entre 1989 et 1992, quelque 3,3 millions d’emplois ont été supprimés. Le PIB de l’Allemagne de l’Est s’établit à peine au-dessus de son niveau de 1989, et le taux d’emploi se situe à 60 % de son niveau de la même année. Aujourd’hui, le taux de chômage officiel, pour toute l’Allemagne, est de 8 %, mais il est de 12,3 % en Allemagne de l’Est. En fait, certaines sources officieuses l’estiment à 20 %.

Les femmes, qui avaient conquis un haut degré d’égalité en RDA, comme dans les autres pays d’Europe de l’Est, ont été particulièrement frappées. Selon les statistiques officielles, 15 % d’entre elles sont au chômage, contre 10 % chez les hommes.

Entre 1991 et 1995, le PIB par habitant de l’Allemagne de l’Est est passé de 49 % à 66 % de celui de l’Allemagne de l’Ouest. Mais depuis, l’écart a cessé de se réduire. La croissance économique n’a pas créé d’emplois. En conséquence, l’Allemagne de l’Est se vide de ses habitants. Depuis la réunification, 1,4 million de personnes sont parties à l’Ouest, dont beaucoup de jeunes diplômés. Ajouté à une baisse sérieuse de la natalité, ce phénomène a provoqué un déclin de la population d’Allemagne de l’Est – et ce chaque année depuis la réunification.

Suprême ironie de l’histoire, vingt ans après la réunification, les gens quittent l’Est non pour fuir la Stasi, mais le chômage. Bien sûr, quelques-uns s’en sont bien sortis. Comme le rapporte un journaliste de la BBC, « de grandes maisons bourgeoises, qui jusqu’en 1989 étaient encore marquées par les balles de la seconde guerre mondiales, ont été restaurées dans leur vieille gloire ». Mais pour la masse de la population, l’avenir est sombre.

Le retour du marxisme

Hans-Juergen Schneider, un ingénieur de 49 ans, est sans emplois depuis janvier 2004. Il a répondu à 286 annonces – sans succès. « L’économie de marché ne peut pas résoudre nos problèmes », dit-il. « Les grosses entreprises prennent tous les profits sans assumer la moindre responsabilité ». Il n’est pas seul à penser ainsi. D’après un sondage publié par Der Spiegel, 73 % des Allemands de l’Est pensent que la critique marxiste du capitalisme est toujours valide.

D’après un autre sondage, publié en octobre 2008 dans Super Illus, 52 % des Allemands de l’Est pensent que l’économie de marché est « en déroute ». 43 % se disent favorables à un système économique socialiste, car « cela protège les plus faibles des crises financières et d’autres injustices. » 55 % des sondés rejettent les « plans de sauvetage » des banques par l’Etat.

En 2008, plus de 1500 exemplaires du Capital de Marx ont été vendus par les éditions Karl-Dietz-Verlag. C’est trois fois plus qu’en 2007, et beaucoup plus encore qu’au début des années 90. Joern Schuetrumpf, qui dirige cette maison d’édition, raconte : « Même des banquiers et des managers nous achètent Le Capital. Ils veulent comprendre ce qu’ils nous ont fait. Marx est clairement "in", ces temps-ci. »

La crise du capitalisme a convaincu de nombreux Allemands, à l’Est comme à l’Ouest, que le système capitaliste a échoué. « Je pensais que le communisme était mauvais, mais le capitalisme est encore pire », dit Hermann Haibel, un ancien forgeron de 76 ans. « J’avais une vie assez bonne avant la chute du Mur. Personne ne se souciait trop de l’argent, car cela ne comptait pas vraiment. On avait tous un emploi. L’idée communiste n’était pas si mauvaise ».

« Je ne pense pas que le capitalisme soit le bon système pour nous », dit Monika Weber, une employée municipale de 46 ans. « La répartition des richesses est injuste. On le voit, désormais. Les petites gens comme moi devront payer, par des impôts, pour le chaos financier provoqué par des banquiers avides. »

Le résultat des récentes élections, en Allemagne, est encore plus significatif que les sondages d’opinion. Le parti Die Linke y a fait une nette percée. Il a recueilli près de 30 % des voix en Allemagne de l’Est, où les partis bourgeois n’ont pas de majorité. Les travailleurs d’Allemagne de l’Est ne veulent pas le capitalisme. Ils veulent le socialisme – pas la caricature bureaucratique et totalitaire d’avant 1989, mais l’authentique socialisme démocratique de Marx, Engels, Liebknecht et Luxemburg.

Alan Woods

Publication : lundi 9 novembre 2009



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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 19:56

http://moissacaucoeur.elunet.fr/index.php/post/26/10/2009/Desobeissance%3A-Discours-prononce-par-Marie-George-Buffet-en-hommage-aux-27-de-Chateaubriant-18-octobre-2009-Merci-a-Ninon


lundi 26 octobre 2009, 16:43

Désobéissance: Discours prononcé par Marie-George Buffet en hommage aux 27 de Châteaubriant (18 octobre 2009) (Merci à Ninon)

En ces jours où l'institution veut nous imposer une mémoire frelatée de Guy Môquet, je me permet de vous transférer le discours de M.G. Buffet en hommage aux fusillés de Chateaubriant; elle y défend l'idée d'une désobéissance collective, d'une insurrection civique qui s'accompagne d'un réel hommage à Alain et aux désobéisseurs. Comme quoi, par delà les réticences syndicales, des soutiens politiques peuvent se construire autour de l'idée de désobéissance.

Le chant de La Marseillaise porté par les voix des 27 résonne encore dans les rues de Châteaubriant.

Ce jour là, le 22 octobre 1941, les camions de l'ennemi traversent la ville avec à leur bord des hommes au courage infini. Ils chantent. Ils chantent pour dire leur haine de la barbarie nazie, dire qu'ils n'ont pas peur de mourir, dire qu'ils n'ont aucun regret et que d'autres devront résister après-eux.

Certains Castelbriantais ont vu passé les camions, d'autres non. Mais tous se souviennent de ces hommes qui n'ont pas arrêté de chanter de leur départ de Choisel jusqu'à leur arrivée à la Sablière. Au camp, tous les détenus ont donné un écho puissant à leurs paroles.

Le bruit des véhicules devant les poteaux plantés dans la carrière ne réussira pas à étouffer les cris de liberté de Ténine et de ses camarades : «Vive la France», «Vive le Parti communiste», « Vive le peuple allemand » ont-ils lancé à ceux qui les pointaient de leurs fusils.

Les 27 sont morts. Et cette mort a tout de suite empli de colère la population de Châteaubriant. Beaucoup partageaient l'engagement de ces combattants infatigables. Certains prendront même le risque, dès le soir de la fusillade, de se rendre au château pour rendre hommage aux victimes.

Pendant la nuit, puis aux premières lueurs du jour, quelques-uns, avec courage, viendront fleurir la carrière.

Venue à vélo de Louisfert, Denise Caridel fut parmi les premières à se rendre sur le lieu de la fusillade pour y déposer des fleurs. Des fleurs pour rendre hommage à ses « p'tits gars », aux plus jeunes, Guy, Charles et Émile et à tous les autres. Des fleurs à l'image de la beauté de leur combat. Des fleurs au puissant parfum de désobéissance.

Aragon nous dira que le dimanche suivant plus de 5000 personnes défileront à la Sablière. Elles couvriront de fleurs un sol encore marqué par le sang de ceux qui, par leur courage, donnèrent la force à leurs survivants de faire fleurir, dans le pays tout entier, des actes de résistance. Merci.

Merci à toutes les femmes et à tous les hommes qui ont fait vivre la Résistance en Loire Intérieure comme on l’appelait autrefois. Je pense aux familles de ce pays qui ont accueilli des réfugiés espagnols fuyant le régime franquiste.

Je pense aux enfants qui dissimulaient dans leurs chaussettes des messages qu’ils passaient ensuite à leurs pères à travers les grillages du camp de Choisel.

Je pense aux femmes qui, venues visiter leur mari prisonnier, transféraient des marchandises.

Je pense aux agents des PTT qui, apportant du courrier, laissaient les sacoches de leur vélo ouvertes pour que des lettres échappent à la censure.

Je pense aux commerçants qui offraient le gîte et le couvert à ceux qui avaient réussi à s'évader.

Tous, dans la diversité de leurs pensées, de leurs engagements, ont bravé les interdits de l'occupation. Tous ont pris le risque de mourir sous les balles allemandes.

Tous ont désobéi comme les 27. Tous, et combien d'autres ?

L'action de ces résistants trouve un écho sans cesse grandissant aujourd'hui. Des femmes et des hommes ordinaires, comme eux, désobéissent aux ordres injustes, aux mesures inégalitaires, à tout ce qui empiète les droits et les libertés.

Refusant la chasse aux enfants sans-papiers, des hommes et des femmes ordinaires, -parents, enseignants-, écrivaient, il y a trois ans, dans un appel que nous étions nombreux à signer : «Nous ne laisserons pas détruire la vie de ces enfants, de ces adolescents et de leurs parents. Ils ont commencé d’étudier dans ce pays, ils en parlent la langue. S’ils décident d’échapper à une expulsion honteuse, nous les y aiderons». Ces mots nous rappellent l'action de Jean Grandel, maire et conseiller général communiste. Déchu de ses mandats le 21 janvier 1940, il ira s’occuper du sort des enfants évacués en province.

Défendre ces enfants, c'est aussi défendre avec force les missions de l'école. Je me souviens de cet instituteur de Colomiers, Alain Réfalo, qui en fin d'année dernière initiait un mouvement qu'il qualifie lui-même de « désobéissance pédagogique ». Il fut suivi depuis par 3000 de ses collègues. Pour lui, « nous ne pouvons pas brader notre conscience en acceptant des réformes qui font mal à l'école publique ». Il nous rappelle qu'un fonctionnaire peut « dire non à sa hiérarchie si l'ordre donné est de nature à compromettre gravement un intérêt public ». Ces mêmes principes étaient déjà défendus par l'un des 27, Raymond Laforge, qui enseignait à Montargis avant la guerre.

Ce sens de l'intérêt public et de l'importance des services publics, des médecins l'ont eux aussi rappelé récemment. Ils dénonçaient avec force une loi dans laquelle le maître-mot n’est plus la santé mais la rentabilité.

Et, ils annonçaient leur intention de désobéir : « Soyons clairs disaient-ils Si cette loi n’est pas amendée, elle s’appliquera sans nous, médecins et chirurgiens de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. ». Cet engagement fait écho à celui de Maurice Ténine qui créa en janvier 1941, le journal clandestin « Le Médecin français ».

Tant d'autres luttes mériteraient d'être évoquées. J'en évoquerai deux qui sont particulièrement d'actualité.

La lutte des femmes pour leurs droits, leur droit à la désobéissance face à l'ordre patriarcal rappelant le combat de toutes ces résistantes trop souvent anonymes.

Enfin, dès demain soir, les cheminots seront en grève. Leur but : promouvoir une autre politique pour le fret SNCF et gagner, par l’action collective, l’arrêt des suppressions d’emplois, l’amélioration des conditions de travail, l’abandon des réorganisations qui font tant de mal au transport public et à ses agents. Cette désobéissance, qui est celle de cheminots portant une certaine idée du service public et de ses valeurs, me rappelle celle de Léon Bronchart, un conducteur de train du Tarn-et-Garonne qui, il y a 67 ans, le 31 octobre 1942, décidait lui aussi de désobéir.

Il nous raconte : « J'assiste à l'évolution d'une rame que l'on ajoute au train que je dois emmener. Sur les marche pieds, des éléments de la Police d'État gardent les portières, j'effectue ma mise en tête et je m'enquiers auprès du sous-chef de gare de la raison d'un tel service d'ordre et de sécurité. Il m'apprend que ce sont des internés politiques que l'on transfère ... je refuse d'emmener le train. ... Malgré les conseils, les objurgations, les sommations, les menaces, j'ai continué à refuser ; quand j'en ai eu assez, j'ai coupé moi-même la machine ... Rentré au dépôt j'ai dit : « Si vous voulez, faites venir un médecin pour qu'il puisse constater que je ne suis ni fou, ni ivre ».

Tous ces résistants d'hier et d'aujourd'hui ont tous une chose en commun : ils considèrent que la désobéissance, plus qu'un droit, est un devoir quand l'ordre établi s'oppose à la devise de notre République: liberté, égalité, fraternité.

Face à l'ordre moral, la désobéissance est vitale car elle est un moyen d'irruption civique dans une démocratie étouffée, elle est un moyen d'action, de convergences, de rassemblement.

En France, comme ailleurs, la mondialisation capitaliste confisque progressivement les pouvoirs des peuples pour les confier aux mains de quelques financiers. La Loi du profit rejette les modes d’expressions, d’organisations et d’actions démocratiques qui pourraient contester sa logique. Face à cela, les institutions de la Ve République sont à bout de souffle, incapables de donner de la force aux citoyens et citoyennes. Il nous faut alors ici faire nôtre une idée qui accompagne l'action de tous les résistants, l'idée que l'essence de la démocratie réside bien moins dans le pouvoir de la majorité que dans les contre-pouvoirs que constituent des minorités. Cela nous indique un chemin à emprunter pour répondre à la crise actuelle : libérer les droits et donner de nouveaux pouvoirs aux élus, à tous les citoyens, citoyennes, aux salariés !__

Elle appelle la construction d'une nouvelle République où le Parlement retrouve sa légitimité, où l'intérêt général, le bien commun reprennent le dessus sur le tout marchand.

Cela appelle la construction d'une République sociale où les salariés pour faire respecter leurs droits puissent se mêler de la gestion des entreprises qu'elles soient publiques ou privées.

Construisons une République participative où les citoyens et citoyennes puissent, comme nous l'avons fait lors de la votation citoyenne sur la Poste, se saisir, à tout moment, des choix qui concernent leur vie et leur avenir.

Unissons nos forces pour porter une ambition démocratique pour notre pays comme celles et ceux qui nous ont précédés ont su le faire pour désobéir à l'occupant.

Les fleurs déposées par les milliers de Castelbriantais à la Sablière sont le témoin de la capacité d'un peuple à se rassembler autour de valeurs aussi fortes que celles promues par les résistants.

Dans la France occupée, la symphonie de leurs couleurs a marqué l'éclat de l'engagement de millions de cœurs qui haïssaient la guerre et le fascisme.

A la Libération, la puissance de leurs parfums a témoigné de la profonde humanité des femmes et des hommes que les nazis voulaient déshumaniser.

Cette humanité s'est traduite dans le programme du Conseil national de la Résistance.

Aujourd'hui, ces fleurs nous rappellent que la désobéissance est le bourgeon d'une démocratie véritable, le bourgeon de la prise du pouvoir par un peuple à présent libéré de la barbarie nazie, libéré par nos 27 camarades, libéré par tous les résistants !

Marie Georges Buffet

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 21:46

Il y a 48 ans, les massacres du 17 octobre 1961 à Paris : La Seine aussi témoignera…

L'Algérie commémore aujourd'hui le 48e anniversaire des massacres du 17 Octobre 1961 à Paris, alors que l'Etat français continue d'opposer une fin de non-recevoir à l'exigence de reconnaître les crimes commis durant la longue nuit coloniale. Ce jour-là, plus de 80. 000 Algériens déferlaient sur les grandes artères parisiennes dans une marche pacifique, à l'appel des dirigeants de la Révolution algérienne, pour protester contre le couvre-feu imposé aux seuls Algériens par le préfet de police, Maurice Papon. Les manifestants, hommes, en majorité des ouvriers, femmes et enfants, étaient venus de Nanterre, Aubervilliers, Argenteuil ou Bezons ou dans les quartiers les plus miséreux de Paris comme la Goutte d'Or ou Ménilmontant, pour défendre leur dignité et leur liberté, "mises à mal par un décret dans une démocratie occidentale" , rappellent les historiens. "Cette manifestation pacifique se soldera, le 17 octobre et les jours qui suivront, par " plusieurs centaines de morts et autant de disparus et plus de 1.000 blessés alors que 14.094 Algériens furent arrêtés par la police française", témoigne Ahmed Arrad, ancien militant de la Fédération de France du FLN. Pour Ali Haroun, ancien dirigeant au niveau de cette structure, il y a eu "200 morts au minimum", parmi les manifestants. Haroun relève cependant "la difficulté d'avoir un chiffre exact des victimes de ces manifestations, car, dit-il, de nombreux Algériens comptaient parmi les disparus". Acteurs, historiens et chroniqueurs de presse de ces journées sombres sont unanimes à dénoncer le chiffre de 2 tués, annoncé quelques jours après, par Papon, qui avait commandité et suivi de très la répression. L'historien français, Jean Luc Einaudi, relève pour sa part, qu'"officiellement, les registres du service médico-légal ne signalent aucun mort pour la journée du 17 octobre 1961".

Il ajoute néanmoins, que "les cadavres acheminés vers la morgue étaient tout simplement jetés dans la Seine à partir des fenêtres du bâtiment abritant la morgue". L'historien rappelle que "cette pratique de noyade a été largement utilisée en 1958 lors d'un premier couvre-feu imposé à Paris sur les Algériens, arrêtés puis torturés au Vél d'Hiv". 48 ans après, cette tache sombre demeure toujours chez les rescapés du massacre, encore vivants. "Même les femmes et les enfants n'ont pas été épargnés puisque près de 1.000 épouses, mères et sœurs ont été interpellées ainsi que 500 enfants", témoigne Haroun.

De nombreuses associations aujourd'hui, en France même, n'oublient pas ces sombres évènements qu'elles commémorent régulièrement, par des rassemblements sur les lieux même du crime, mais aussi dans d'autres villes de France, où se sont déroulées aussi, des manifestations pacifiques similaires. Cette année également, elles sont 20 organisations françaises, des ONG, associations et partis politiques, a avoir appelé à un rassemblement aujourd'hui samedi au pont Saint-Michel à Paris, en hommage aux victimes. Ces organisations se rassembleront "pour exiger la reconnaissance officielle par la France de ces crimes d'Etat perpétrés par les forces de police", selon le texte de leur appel. Elles déplorent à cet égard, que "48 ans après, la France n'a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales" menées, en particulier en Algérie. Elles déplorent également le fait que "certains osent encore aujourd'hui continuer à parler des `'bienfaits de la colonisation' ' et des honneurs `'officiels' ' sont rendus aux criminels de l'OAS. Malgré un discours, parfois ambigu et contradictoire, sur le passé colonial de la France, la politique menée par le président Sarkozy témoigne d'une réelle volonté de sa réhabilitation" , selon le texte. Les signataires du texte, qui rappellent qu'"un certain nombre de collectivités locales ont baptisé des places à la mémoire des victimes du 17 Octobre 1961", appellent au "développement de ces lieux de mémoire ainsi que la mobilisation de la population" sur ces places, pour demander notamment l'accès effectif aux archives pour tous, historiens et citoyens et le développement de la recherche historique sur ces questions". La recherche de la vérité "s'impose pour cette période sombre de notre histoire comme elle s'est imposée pour la collaboration vichyste avec l'Allemagne nazie", relève une association basée à Lyon qui a appelé à un rassemblement aujourd'hui. "Ce n'est qu'à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la guerre d'Algérie, à savoir le racisme dont sont victimes aujourd'hui nombre de citoyens ou de ressortissants d'origine maghrébine ou d'anciennes colonies", conclut-elle. En Algérie, le 17 Octobre baptisé, Journée de l'émigration, sera commémorée par différentes activités, notamment un hommage au philosophe français et fondateur du réseau des "porteurs de valises", Francis Jeanson, décédé en août dernier et une journée consacrée à des témoignages de moudjahidine, à l'APN, sur ces évènements.

L'histoire retiendra

Le 17 Octobre 1961 restera une date liée à la répression sanglante qui a suivie une manifestation pacifique de milliers d'Algériens sortis dans les rues de Paris pour protester contre le couvre-feu décrété par le préfet de police de l'époque, le sinistre Maurice Papon.

Préfet de police de Paris depuis 1957, Maurice Papon, qui a déjà exercé ses talents de tortionnaire à Constantine en tant qu'inspecteur général de l'administration en mission extraordinaire sous la IVème République, a appliqué dans la capitale française, des méthodes depuis longtemps en vigueur en Algérie

Il a décidé, avec l'aval des autorités politiques, d'imposer un couvre-feu aux seuls Algériens, poussant le FLN à organiser plusieurs rassemblements pacifiques en plusieurs endroits de Paris pour protester contre cette mesure raciste.

L'appel du FLN a été largement suivi par les Algériens qui étaient près de 30.000 à manifester ce jour-là, selon un très officiel rapport du conseiller d'Etat, D. Mandelkern, achevé en janvier 1998, qui indique que 14.000 personnes sont arrêtées puis détenues au palais des Sports, au parc des Expositions et au stade Courbertin, notamment, transformés en centre de détention.

Dans ces lieux, les Algériens sont parqués dans des conditions effroyables, battus et longtemps laissés sans soin, particulièrement ceux qui souffraient de blessures ou de maladies.

La barbarie des forces de police a atteint son paroxysme dans la nuit du 17 octobre et dans les prochains jours, au cours desquels une véritable chasse à l'arabe a été menée. Des enquêteurs et des historiens, se basant sur des rapports confidentiels, avancent le chiffre de près 200 manifestants frappés à mort, tués par balles et noyés dans la Seine après y avoir été jetés par des policiers.

Le nombre de disparus est également élevé. Le sort réservé à de dizaines d'algériens n'est pas connu jusqu'à présent, comme le signale l'historien Jean-Luc Einaudi. Ces massacres ont été prémédités et minutieusement préparés. Selon l'historien Olivier Le cour Grandmaison, dans une note datée du 5 septembre 1961 adressée au directeur du service de coordination des affaires algériennes et directeur de la police municipale, Papon avait ordonné que les manifestants les plus actifs soient "abattus sur place".

Pour justifier ces crimes, les policiers avaient avancé l'argument de la légitime défense, du fait des attaques dont ils auraient les cibles. Or, les forces de police n'ont essuyé aucun coup de feu, contrairement aux rumeurs colportées pour justifier le massacre au moment même où il se déroulait.

Les historiens et les chercheurs qui se sont penchés sur ces tragiques évènements sont unanimes à considérer qu'au regard du contexte de l'époque et de ses missions, Papon n'a pu agir sans l'aval de son supérieur hiérarchique, le ministre de l'Intérieur, Roger Frey qui deviendra plus tard président du Conseil constitutionnel.

"Qui peut croire, enfin, que le premier ministre, Michel Debré, n'ait pas été informé de cette mesure et du massacre perpétré en ces jours d'octobre 1961", s'est interrogé, dans un texte publié il y a plus de deux années, Olivier Le cour Grandmaison, estimant que "c'est donc en recourant à ce type de moyens que la toute jeune Cinquième République a organisé une répression sanglante" et "couvert des policiers après qu'ils eurent exécuté sommairement des personnes, organisé de nombreuses disparitions, pratiqué la torture dans la capitale et commis des actes inhumains pour des motifs politiques et raciaux".

48 années après ces massacres, de nombreuses ONG, associations et formations politiques ne cessent de réitérer leurs revendications dont, la reconnaissance officielle de ces crimes d'Etat.

La tâche est loin d'être aisée au moment où certains courants politiques et voix continuent à s'élever en France pour louer "les bienfaits de la colonisation" ou rendre les honneurs à des criminels de guerre.

"La France doit faire des excuses pour les crimes et atrocités commis contre le peuple Algérien" affirme le porte-parole du RND à Béchar

''La France doit faire des excuses pour les crimes et les atrocités commis contre le peuple algérien durant la période coloniale'', a déclaré hier, à Bechar le porte parole du parti du Rassemblement national démocratique (RND), M. Miloud Chorfi.

"Aujourd'hui, et 48 ans après les massacres du 17 Octobre 1961 à Paris, la France poursuit son silence sur les vérités historiques et sur les crimes qu'elle à commis contre les Algériens qui se sont révoltés pour le recouvrement de leur souveraineté' ', a indiqué M. Chorfi, en marge d'une rencontre régionale sur l'emploi des jeunes, organisée par sa formation politique.

''Elle (France) doit faire des excuses à ce peuple et mettre fin à son jeu de glorification des harkis et des mercenaires, et d'atteinte à la dignité du peuple algérien'', a-t-il ajouté.

Pour le représentant du RND, ''le peuple algérien n'oubliera jamais l'ampleur des massacres du 17 Octobre 1961 commis sous sanguinaire Maurice Papon et ses collaborateurs. ..''.

Le combat de Jean-Luc Einaudi face à Papon

Le 20 mai 1998, Jean-Luc Einaudi écrit dans Le Monde : " En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon. " En juillet 1998, Papon porte plainte pour diffamation contre un fonctionnaire public. " Pour préparer sa défense, Jean-Luc Einaudi compte sur les documents officiels dont il a demandé communication, trois mois plus tôt, aux Archives de Paris. Le directeur des Archives de Paris a effectivement transmis sa demande au procureur de la République, assortie d'une mise en garde "sur l'opportunité de lui réserver [...] une issue positive" (12 février) ! C'était solliciter un refus."

Faute de pouvoir produire des documents écrits attestant de la responsabilité de la préfecture de police, dirigée par Maurice Papon en octobre 1961, l'historien sollicite le témoignage de deux conservateurs des Archives de Paris, qui acceptent et témoignent, l'un par écrit et l'autre à la barre, les 4, 5, 11 et 12 février 1999. Maurice Papon, présent, est défendu par l'avocat Jean-Marc Varaut, et fait témoigner en sa faveur entre autres l'ancien Premier ministre, Pierre Messmer, tandis que Jean-Luc Einaudi fait venir à la barre des témoins directs des événements de 1961. Le 26 mars 1999, Maurice Papon est débouté de sa plainte et l'historien relaxé au bénéfice de la bonne foi.

Deux archivistes sanctionnés pour avoir témoigné

Les deux archivistes qui ont témoigné expliquent ainsi la situation : " En charge des séries des archives judiciaires aux Archives de Paris, depuis vingt-cinq ans, nous avons effectivement accès aux documents dont Jean-Luc Einaudi a besoin pour assurer sa défense face à Maurice Papon, mais nous ne pouvons pas les lui communiquer puisqu'il n'a pas obtenu la dérogation nécessaire. La seule solution permettant de conjuguer le respect de la déontologie de notre profession et notre conscience de citoyen, est donc d'accepter d'être cités comme témoins.

Nous ne pouvions passer sous silence l'existence des documents dont nous avions assuré le versement, le classement et la conservation, sachant que, face à la thèse défendue par Maurice Papon, ces documents apportaient la preuve incontestable du massacre opéré à Paris par les policiers le 17 octobre 1961 et les journées et semaines suivantes. Nous taire eut été commettre une faute au regard du code international de déontologie des archives. Nous avons toujours considéré que notre mission de conservateurs du patrimoine était à la fois technique et politique."

Les deux fonctionnaires sont sanctionnés pour leur témoignage par une mise à l'écart complète, se voyant retirer par notes de service du directeur des Archives de Paris leurs activités et équipements de bureau, interdire tout contact avec le public, etc.

Horizons consacre un dossier spécial aux massacres du 17 Octobre 1961

Notre confrère le quotidien national Horizons a tenu à consacrer pour son édition d'aujourd'hui un spécial de 24 pages sur les massacres du 17 Octobre 1961 . " Il y a par moment dans l'histoire des peuples, des destins formidables. Cruels, mais ô combien héroïques ", souligne dans son éditorial consacré à cet évènement Mme Naâma Abbas, directrice générale du journal en faisant allusion à Fatima Bedar, cette enfant de 15 ans, violentée en cette journée du 17 octobre 1961 par les bourreaux de Maurice Papon et jetée dans les flots de la Seine. Aussi, l'on y retrouve dans ce dossier de notre confrère, à côté des analyses d'historiens algériens et de témoins, en exclusivité, un entretien avec Jean Luc Einaudi, l'éminent historien français qui avait témoigné en 1997 devant la cour d'assises de Bordeaux, sur le massacre d'Algériens du 17 octobre 1961, lors du procès de Maurice Papon pour son action de 1942 à 1944. A la recherche de preuves judiciaires du massacre d'Algériens du 17 octobre 1961, Jean-Luc Einaudi dépose le 8 février 1998 aux Archives de Paris une demande de dérogation pour accéder aux registres d'information du parquet.

http://www.elmoudjahid.com/accueil/histoire/44200.html




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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 21:21

http://www.initiative-communiste.fr/wordpress/?p=6608#more-6608



Sortir de l’anticommunisme. Par Georges Gastaud

« Anti-totalitarisme »… totalitaire !

Ce serait comique si ce n’était si grave pour la liberté de pensée : c’est en effet au nom de « l’anti-totalitarisme » (!) que, sans presque jamais disposer du moindre droit de réponse, les défenseurs du communisme historique, et plus généralement, tous ceux qui continuent le combat de Babeuf et de Varlin, de Marx et de Lénine, de Manouchian et de Guevara, sont inlassablement cloués au pilori par les médias du Parti Unique Maastrichtien, très « laïquement » relayés par l’histoire officielle de l’école « républicaine » : concélébrée par les pontifes de la droite dure et de la fausse gauche, benoîtement servie par le chœur jamais las des « communistes repentis », la grand-messe bleue-rose-brune de l’anticommunisme à jet continu a déjà battu tous les records d’anathèmes et d’excommunications dont furent respectivement abreuvés par les contre-révolutionnaires de leur temps, Spartacus et les Gracques, Robespierre et Marat, Varlin et Louise Michel…

Parachevant ce harcèlement médiatique, une batterie législative de textes européens et/ou hexagonaux prétend criminaliser l’histoire du communisme : « élu » par 40% d’ « Européens », le « Parlement » de Strasbourg prétend ainsi amalgamer le IIIème Reich génocidaire de Krupp et Thyssen à l’URSS ouvrière et paysanne de Lénine, la Wehrmacht des Einsatzgruppen aux héros de Stalingrad, les tortionnaires nazis aux « terroristes rouges » de Chateaubriant et de la Citadelle d’Arras qui tombèrent pour nous, Marseillaise et Internationale aux lèvres, sous les balles allemandes.

Le but de ces textes scélérats est de doter d’une base juridique l’euro-maccarthysme qui se développe dans toute l’Union européenne ; une UE dont  les dirigeants veulent, au moyen de l’anticommunisme et de l’antisoviétisme à retardement, faire diversion au rejet populaire profond qui, de Lisbonne à Bucarest, hante la « construction européenne » capitaliste .

CNR connais pas !

D’ailleurs, combien  de lycéens, dressés dès l’enfance à confondre dans un même opprobre « anti-totalitaire » l’Allemagne nazie et l’URSS de Stalingrad, Mussolini et Lénine, connaissent-il la phrase prononcée par De Gaulle à Moscou en 1966 : « les Français savent  que la Russie soviétique a joué le rôle principal dans leur libération » ? Et combien de manuels d’histoire rappellent-ils à leurs jeunes lecteurs que les principaux acquis sociaux de notre pays, -ceux-là même que M. Denis Kessler a cyniquement félicité Sarkozy de casser en « démantelant le programme du CNR » -, ont pour l’essentiel été mis en place de 1945 à 1947 par le gouvernement à participation communiste présidé par Charles De Gaulle ? Dans ce gouvernement d’unité patriotique, l’ex-déporté communiste Marcel Paul nationalisait EDF et Renault ; Maurice Thorez rédigeait le statut des fonctionnaires et celui des mineurs ; H. Wallon et Joliot-Curie reconstruisaient l’Education nationale, le CNRS et le CEA sur des bases démocratiques ; Ambroise Croizat (PCF) instituait, excusez du peu, les retraites par répartition, les conventions collectives, les comités d’entreprise… et la « Sécu » : bref, tous ces acquis de civilisation que la « rupture » sarkozyste, applaudie par l’UE et par le MEDEF, s’efforce d’araser, en imposant à notre pays un suicidaire plan d’alignement structurel.

Au reste, pourquoi l’oligarchie capitaliste se retiendrait-elle de prendre enfin sa revanche sur la « France rouge », maintenant que la victoire de la contre-révolution de Berlin à Vladivostok a re-mondialisé l’exploitation capitaliste, que l’Europe socialiste et la RDA ont été re-colonisées par l’Europe du capital pilotée par Berlin, et que, concernant la France, la mutation-reniement du PCF et l’euro-formatage de l’état-major CGT laissent les salariés à la merci d’une « french’ telecomisation » générale de leurs conditions de vie ? Car les nouveaux Metternich de l’Europe contre-révolutionnaire ont peu à redouter d’une semi-critique « alter-capitaliste » et « alter-européiste » qui partage sur le fond ces fondamentaux de la pensée unique que sont l’anticommunisme, l’antisoviétisme, l’anti-marxisme et leurs sous-produits hexagonaux, l’anti-jacobinisme primaire et la sordide autophobie nationale que distille l’oligarchie financière « française » dirigée par « Sarko l’Américain »...

Les héros au banc d’infamie, les héritiers des bourreaux dans le rôle de l’Inquisiteur !

Dans le climat néo-vichyste actuel, on ne s’étonne même plus que les résistants communistes de France qui, des maquis de Corrèze à la guérilla urbaine des FTP-MOI en passant par l’insurrection parisienne de 1944, furent le fer de lance de notre Résistance armée , soient odieusement traînés sur la sellette : à l’inverse, les héritiers des partis qui investirent Pétain en livrant à l’Allemand les juifs et les résistants, reprochent aujourd’hui aux combattants communistes de ne pas avoir risqué leur peau assez tôt ! Qu’importe à ces faussaires que, de l’héroïque manif communiste organisée à l’Etoile le 11 novembre 40 par l’Union des Etudiants Communistes  (interdite depuis 39 !) aux premiers sabotages effectués dans le Var dès 1940 par le communiste Roger Landini, en passant par la grève minière du Pas-de-Calais dirigée en mai-juin 41 par Michel Brûlé et par le prisonnier ukrainien évadé, le bolchevik Vasil Porik, les communistes et les cégétistes aient assumé le gros de la lutte armée et du combat de masse antifasciste  ? Qu’importe qu’ils soient tombés en nombre sous les fusillades nazies, des maquis de Corse aux poteaux d’exécution du Mont Valérien, au double cri de Vive la France ! et de Vive le communisme ! ?

L’anticommunisme, ombre portée de la crise capitaliste

Il serait pourtant naïf de croire que le but principal des Inquisiteurs est seulement de noircir le passé communiste pour rompre l’ancrage révolutionnaire du mouvement ouvrier. Si le spectre de l’anticommunisme hante plus que jamais la crépusculaire Europe de Maastricht, c’est que, bien que devenu mondialement hégémonique, le capitalisme en crise est sur la défensive. Il n’en finit pas de précariser la classe travailleuse et de ruiner les paysans, de secréter du même pas la misère la plus poignante et les fortunes les plus scandaleuses, de multiplier les guerres néo-coloniales (hier l’Irak, demain l’Iran ?), tandis que le commerce des armes et de la drogue règne sur le « libre-échange mondial » organisé par l’OMC et par le FMI des P. Lamy (PS) et autres Strauss-Kahn (PS) à coups de privatisations, de délocalisations et de crise alimentaires organisées.

Pendant ce temps, rythmée par le double envol de la Bourse et des licenciements, la « sortie de crise » annoncée promet d’être aussi insupportable que la crise elle-même. Dès lors, les honnêtes gens s’interrogent : l’humanité survivra-t-elle à ce système fou et cruel, où le profit privé de quelques-uns prive de tout sens humain l’histoire des peuples et la vie des individus, alors que, sous le masque « libéral », se profile une dictature euro-atlantique porteuse d’une pensée, d’une économie, d’une langue et d’une politique uniques, dont les pires despotes d’hier n’osèrent jamais former le projet « globalitaire » !

Renaissance de l’idée communiste

D’autant que l’idée communiste refait son chemin : relayée jusqu’à nous par Cuba, qui a tenu bon alors que Gorby et Eltsine croyaient l’avoir livrée toute crue à l’Oncle Sam, l’aspiration à un « socialisme du 21ème siècle » renaît sous des formes diverses, notamment en Amérique latine.

Cette aspiration s’articule au principe anti-impérialiste du droit des peuples à créer eux-mêmes leur propre destin. Car enfin, n’est-il pas irrationnel que des nations, des langues, des cultures séculaires, soient broyées par les incultes mercantis de Mac Do et d’Eurodisney ? N’est-il pas suicidaire qu’à notre époque de socialisation planétaire des échanges, l’anachronique propriété privée des grands moyens de production confère « démocratiquement » à quelques milliardaires un droit de vie et de mort sur la vie des peuples ? A l’inverse, n’est-il pas vital que, planifiant leur coopération internationale dans le respect de leur souveraineté, les peuples s’assurent de la maîtrise publique des grands moyens de production et que le monde du travail occupe enfin dans la vie politique la place centrale qui revient de droit aux producteurs de richesses ? Oui, il urge que la solidarité internationale des nouveaux prolétaires en cols bleu ou blanc, s’allie au patriotisme républicain pour résister à la barbare mondialisation capitaliste ainsi qu’à ses sanglants complices, le racisme, l’intégrisme et le communautarisme. Car s’il est vrai que l’exploitation de l’homme par l’homme a historiquement perdu toute force propulsive, si l’exterminisme est bien la phase suprême d’un système impérialiste qui mène l’humanité à la mort par délitement sociétal, déprédation écologique ou extermination nucléaire, alors la construction d’un communisme de seconde génération, dans lequel le « développement de chacun sera la clé du développement de tous » (Marx), devient objectivement une question de vie ou de mort pour tous les hommes qui veulent construire rationnellement leurs rapports avec l’autre homme… et avec la nature.

Pour une assimilation critique de l’héritage communiste

Cela n’exige nullement d’idéaliser la première expérience socialiste de l’histoire. L’expérience issue d’Octobre 1917 n’eût pas connu la défaite si, pour des raisons que l’outillage théorique marxiste permet largement d’éclairer, les travailleurs de ces pays s’étaient toujours, comme à Cuba, sentis les maîtres effectifs de leur pays. Cette autocritique exclusive de toute auto-flagellation, les révolutionnaires doivent la mener sans céder à la diabolisation de leur histoire par un système capitaliste dont les crimes ne mériteraient pas un « livre noir » mais… des dizaines de bibliothèques brunes ! Cela n’exclut pas moins d’avaler l’eau sale des déviations politiques passées sous prétexte de sauver l’enfant socialiste que de renier l’enfant socialiste sous couleur de vidanger l’eau du bain ; il faut plutôt partir de l’arriération initiale dans lesquelles une expérience historiquement inédite dut se construire en distrayant une part considérable de ses ressources pour faire face à la course aux armements, à la guerre idéologique et aux invasions exterminatrices inlassablement venues de l’Ouest. Il convient en un mot de saisir les conditions profondément contradictoires dans lesquelles s’est édifiée ce premier effort de l’humanité travailleuse pour bâtir durant des décennies une société débarrassée de la Bourse et du capital. Il importe aussi de refuser catégoriquement la déshonorante équation communisme=nazisme, qui criminalise la révolution sociale tout en banalisant le fascisme.

Les peuples de l’Est ont fait une expérience historique de masse : écoutons-les !

Et tout d’abord, prenons conseil auprès des peuples de l’Est ; non pas auprès de ces anticommunistes professionnels qui osent parler au nom de leurs peuples respectifs après les avoir grugés et ruinés, mais auprès des ouvriers, des paysans, des retraités de Russie, de RDA, de Hongrie, de Roumanie, etc., qui ont vécu et évalué dans leur vécu quotidien la restauration capitaliste travestie en « démocratisation » : car, expérience faite, et sans avoir le moins du monde oublié les répressions arbitraires et les aspects bureaucratiques qui caractérisèrent à des degrés très divers l’époque précédente, les peuples font leurs comptes ; ils comparent les « mérites » de l’euro-capitalisme (paupérisation galopante des masses, enrichissement fabuleux des maffias) à ces acquis bien réels du socialisme qui avaient nom plein emploi, éducation de bon niveau, culture, sport, vacances et soins médicaux accessibles à tous, logement assuré à bas prix, faible criminalité, sécurité de l’existence, esprit de solidarité dans la vie quotidienne. C’est ce retour raisonné du socialisme dans les mémoires qu’attestent tous les sondages réalisés en RDA, en Hongrie ou en Russie, et mieux encore, ce sondage continental grandeur nature qui a récemment vu les peuples de l’Est boycotter encore plus massivement que les peuples de l’Ouest ces élections européennes à l’occasion desquelles le Parti Maastrichtien Unique somme périodiquement le bon peuple de « choisir librement » entre la version droite et la variante de « gauche » de la casse sociale et du déclin national...

Sortir de l’anticommunisme pour engager une rupture progressiste !

Sortir de l’anticommunisme permettrait enfin aux progressistes de penser de manière conséquente la rupture révolutionnaire indispensable pour triompher de la sarko-« rupture » thatchéro-fascisante ; libérés du complexe contre-révolutionnaire qui plombe leur pensée, bride leur action et plombe leur réorganisation, les vrais progressistes pourraient enfin comprendre et clamer qu’il faut sortir la France du broyeur européen qui la tue et qui la dénature, qu’il faut extraire à 100% l’humanité d’un système capitaliste qui ne crée la richesse « qu’en épuisant la Terre et le travailleur » (Marx). Pour toute l’humanité travailleuse, l’enjeu est d’émerger à temps de cette « fin de l’histoire universelle » que la mondialisation contre-révolutionnaire peut à chaque instant transformer, si de nouvelles révolutions ne viennent pas la briser à temps, en histoire universelle de la fin.

« 1989 ! », clame la réaction célébrant la contre-révolution anticommuniste et anti-jacobine qu’elle croit éternelle : « 17 et 89 ! », répondront les héritiers de Gavroche et de Guy Moquet, bien résolus à triompher ensemble des Blancs et des Bruns de tous les pays, vainement coalisés pour emmurer les Lumières ! 






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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 21:30

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/antisemitisme-francois-cluzet-64705

Antisémitisme : François Cluzet accusé ?

par William Castel

François Cluzet est dangereux, qu’on se le dise. C’est le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme qui le dit. Après Dieudonné et Jacques Attali, l’association communautaire juive fait du comédien sa nouvelle cible.

François Cluzet antisémite ! L’accusation paraît surréaliste, et pourtant... Le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA) accuse l’acteur, dans un communiqué paru le 8 novembre, de "désinformation caractérisée et d’incitation à la haine", suite à son apparition, dimanche, dans le 13h15 de France 2.

Profitant du débat sur l’identité nationale, l’acteur a dénoncé le mur de silence qui entoure l’histoire du Franco-Palestinien, Salah Hamouri, emprisonné depuis 2005 en Israël pour, d’après lui, un simple "délit d’opinion".

"Il est franco-palestinien et il est en prison depuis quatre ans en Israël pour délit d’opinion, simplement parce qu’il a dit qu’il était contre la colonisation. Personne n’en parle !", a-t-il lancé, dans une colère à peine contenue, en direct dans le magazine de Laurent Delahousse.

Deux versions des faits

Selon le BNVCA, qui a immédiatement réagi, François Cluzet désinforme le public. En effet, Salah Hamouri aurait "été arrêté le 13 mars 2005, jugé et condamné par la justice d’Israel pour avoir en sa qualité de leader d’une faction du FPLP, -organisation dont le but est la destruction d’Israel- préparé et planifié avec 2 complices, un attentat terroriste, contre la personne du Grand Rabbin OVADIA YOSSEF, considéré comme le plus grand décisionnaire contemporain, en matière de règles concernant le judaïsme, d’envergure internationale, suivi et respecté par tous les juifs dans le monde entier." On est loin ici du simple délit d’opinion... et le BNVCA a justement saisi le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour rétablir la vérité... ou plutôt sa vérité.

En effet, la version des faits est sensiblement différente si l’on se réfère au comité de soutien de Salah Hamouri, qui compte parmi ses membres des personnalités aussi diverses que Marie-George Buffet, Jean-Louis Bianco, Jack Lang, Christiane Taubira, Clémentine Autain, Olivier Besancenot, Albert Jacquard, Rony Brauman, Edgar Morin, Monseigneur Jacques Gaillot, Mouloud Aounit du Mrap, le journaliste Richard Labévière ou encore... François Cluzet. Selon ce comité de soutien, "le jeune franco palestinien de 23 ans (...) est parfaitement innocent. (...) Ce qu’on lui reproche ? Être passé 3 mois avant son arrestation devant le domicile de Yossef Ovadia, chef du parti Shas, rabbin connu pour ses positions extrêmes. Ce fait banal, joint à l’accusation - du reste non fondée - de son appartenance au FPLP, ont conduit le tribunal militaire israélien installé en territoire palestinien à considérer que Salah Hamouri avait « l’intention » d’attenter à la vie de cette personne. Alors qu’aucune preuve concrète n’a pu être présentée et que son habitation a été fouillée au peigne fin par les services spéciaux israéliens qui n’ont rien trouvé y compris dans le disque dur de son ordinateur, Salah Hamouri, bien qu’innocent, a été ainsi condamné à 7 ans de prison pour un “délit d’intention”. Notre jeune compatriote français est donc un otage."

Terroriste pour les uns, otage pour les autres. Leader d’une faction du FPLP (Front populaire de Libération de la Palestine), ou simple sympathisant... Compatriote français, ou futur ex-Français... Le BNVCA réclame en effet "aux Ministres de l’Intérieur et de la Justice d’engager une procédure de déchéance de la nationalité française de Salah HAMOURI pour les faits qui lui sont reprochés". Quant au rabbin visé, il est présenté tantôt comme une figure éminente et unanimement respectée, tantôt comme un dangereux extrémiste... qui a, il est vrai, tenu des propos assez radicaux lors de son prêche de Pessah (la Pâque juive) en 2001, lorsqu’il préconisa l’extermination pure et simple des Arabes afin d’en finir avec la question palestinienne et l’Intifada : "Il faut, a-t-il dit, depuis la chaire de sa synagogue de Jérusalem, anéantir les Arabes. Il ne faut pas avoir pitié d’eux, il faut leur tirer dessus avec des super missiles, les anéantir, ces méchants, ces maudits." On le voit, entre le BNVCA et le comité de soutien de Salah Hamouri, les appréciations divergent.

Cluzet coupable ?

Mais qu’en est-il alors des accusations lancées contre François Cluzet ? Peut-on dire qu’il nous a désinformé ? L’accusation paraît excessive. Disons plutôt qu’il n’a pas été très précis : en effet, Salah Hamouri n’a pas été condamné (comme il le prétend) pour délit d’opinion, mais pour délit d’intention. Non parce qu’il s’opposait aux colonisations israéliennes, mais parce qu’on a considéré qu’il avait l’intention de tuer un rabbin. On pardonnera à l’acteur, dans une séquence télévisée d’une minute à peine, et sous l’emprise peut-être de l’émotion, de s’être ainsi mépris, d’avoir manqué à la rigueur journalistique la plus irréprochable. D’autant que dans les deux cas, opinion ou intention, le motif de condamnation paraît pour le moins léger.

Quant à la deuxième partie de l’accusation - incitation à la haine -, elle ne serait recevable que si Cluzet avait pris la défense d’un homme clairement reconnu comme un dangereux terroriste, et dont l’objectif ultime serait la destruction d’Israël. Or nous avons vu que ces points sont fortement contestés : selon ses soutiens, Salah Hamouri n’appartient pas au groupe du FPLP et n’a jamais eu l’intention de tuer le grand rabbin Ovadia Yossef. François Cluzet, qui défend un homme qu’il estime innocent, n’incite donc nullement à la haine.

Odieuse insinuation

Le BNVCA, dans la suite de son communiqué, joue la concurrence victimaire : "Nous rappelons à Mr CLUZET qui parait si sensible aux droits de l’homme, qu’un jeune homme franco israelien Guilad SHALIT est lui innocent et l’otage depuis 3 ans des terroristes palestiniens du Hamas à GAZA. Contrairement à HAMOURI, il ne bénéficie d’aucun droit de visite ou autre droit, en infraction avec les conventions internationales. Cela ne semble en rien dérager la conscience de Mr CLUZET défenseur des droits de l’homme sauf peut-être de l’homme juif ou israélien." Cette insinuation finale est terrible. Parce qu’il n’a pas songé à défendre Guilad Shalit en même temps qu’il défendait Salah Hamouri, François Cluzet serait peut-être... antisémite. L’homme universel de la Déclaration qu’il défend exclurait peut-être... l’homme juif. Cette accusation à peine voilée fait froid dans le dos.

Mais, on va le voir, si Cluzet a négligé de parler de Guilad Shalit dimanche midi sur France 2, c’est peut-être tout simplement parce que le gouvernement français s’en est déjà préoccupé bien suffisamment lui-même, sans qu’on ait besoin d’en rajouter, alors qu’il paraît beaucoup moins concerné par le sort de Salah Hamouri.

Deux poids deux mesures

Sur Bakchich, Jacques-Marie Bourget a réagi à ce nouveau chantage à l’antisémitisme - pratique devenue courante -, et dénoncé le deux poids deux mesures : "Alors que le Franco-israélien Gilad Shalit, détenu par le Hamas, est l’objet de toutes les attentions à Paris, le cas de Salah Hammouri, Franco-palestinien emprisonné sans raison en Israël, ne semble pas passionner notre délicieuse secrétaire d’Etat."

Ainsi Bourget rappelle-t-il : "Le président de la République, Bernard Kouchner, Bertrand Delanoë, tout ce qui compte dans la politique française demande la libération de Shalit. Mais mettre dans la balance Hamouri, ça casse l’ambiance. La preuve : à la question posée lors d’un point de presse, « la libération d’Hamouri est-elle aussi nécessaire que celle de Shalit », Kouchner a répondu « Nécessaire n’est pas le mot. »"

En mars dernier, sur Politis, c’est Denis Sieffert qui remarque qu’avec Shalit et Hamouri, la France invente les droits de l’homme asymétriques ! Il rappelle que Hamouri est emprisonné pour "des faits qu’il n’a pas commis, et qu’on ne lui reproche même pas, puisque c’est d’avoir eu l’intention de les commettre qu’il est accusé." Or, le délit d’intention n’existe dans aucune démocratie, et aucun élément ne corrobore la volonté prêtée au jeune homme. Il n’est donc "pas exagéré de parler de prise en otage pour Salah Hamouri". "Dans le traitement totalement inégal réservé par la France aux deux jeunes hommes - Shalit a 22 ans, Hamouri aura 24 ans au mois d’avril -, qui l’un et l’autre ont la double nationalité, il semble décidément que Paris ait inventé les droits de l’homme asymétriques", observe Denis Sieffert.

Même constat de Chouikha sur AgoraVox en août dernier, dans un article intitulé "La scandaleuse incarcération de Salah Hamouri" : "Le caporal Gilat Shalit est un soldat franco-israélien ; il a été arrêté les armes à la main et emprisonné à Gaza lors d’une "opération militaire de routine" contre des palestiniens. La diplomatie française s’est entièrement mobilisée (...). Désormais, son portrait flotte sur le fronton de plusieurs édifices publics français. La famille Shalit a bénéficié de tous les égards de la part des médias, de la mairie de Paris, et même de Nicolas Sarkozy qui les a reçu à plusieurs reprises en grandes pompes à l’Elysée. Le président de la République a même dépêché le conseiller diplomatique Jean-David Levitte auprès du président syrien Bachar Al Assad pour plaider la cause du caporal. (...) Rien de tel pour Salah Hamouri qui est aussi un français..."

Le 16 décembre 2008, le conseil de Paris décide de distinguer Gilad Shalit comme citoyen d’honneur de la Ville de Paris. Les Verts avaient bien déposé un voeu demandant que la citoyenneté d’honneur de la Ville soit aussi accordée à Salah Hamouri, mais il a été repoussé par l’assemblée municipale. En réponse à ce geste à sens unique, le maire de Grigny René Balme fera de Salah Hamouri, le 16 mai 2009, le citoyen d’honneur de sa ville.

Naissance d’un buzz

De son côté, le Président de la République n’aurait pas été complètement inactif : selon lepoint.fr, "Nicolas Sarkozy a adressé un courrier à Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien, afin de réclamer un "geste de clémence" envers le Franco-Palestinien. Mais manifestement ce geste ne suffisait pas à François Cluzet, qui a jugé utile de braquer un peu plus fort les projecteurs sur cette douloureuse affaire. Un coup de projecteurs sans doute pas inutile quand on voit que Jean-François Copé lui-même s’est dit ignorant du cas Hamouri...

Une prise de parole amplifiée, de manière inespérée, dimanche, par le communiqué outrancier du Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme, qui, par son horrible insinuation (qui va forcément créer un énorme buzz...), va définitivement porter l’affaire Hamouri dans la lumière. A partir d’aujourd’hui, l’affaire Hamouri, qui n’intéressait personne, devient l’affaire Cluzet, et nul doute que de celle-ci, tout le monde va parler !

Le BNVCA s’était déjà fait remarquer, en juin dernier, en appelant à l’interdiction du parti de Dieudonné et de sa liste pour les Européennes ; il avait aussi condamné, plus récemment, "les récidives négationnistes du président iranien", qualifié de "clone oriental d’Hitler de ce 21e siècle", et "ses provocations injurieuses envers le Présdent Sarkozy". Jusque là, rien que de très attendu... Plus surprenant, le 19 octobre, il a condamné "les propos délirants de Jacques Attali qui fait preuve d’ignorance, de négationnisme en assurant que les juifs mentent sur l’antisémitisme qu’ils subissent, laissant croire qu’il s’agit d’une propagande d’Israël". Accuser Jacques Attali de pratiquer un "négationnisme caractérisé" a au moins le mérite de l’originalité... Il fallait oser !

Il est clair qu’une telle outrance dans les jugements ne peut avoir qu’un effet hautement improductif - voire contre-productif. C’est sans doute tout bénef pour la cause que défend François Cluzet.




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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 21:13

http://www.frontsyndical-classe.org/article-de-l-interview-de-bernard-thibault-donnee-au-journal-le-monde-39141314.html


De l’interview de Bernard Thibault donnée au journal Le Monde

Le Front Syndical de Classe, en la personne de son président Roger SILVAIN, s’élève contre les propos tenus par Bernard Thibault dans son interview donnée au Monde le 9 novembre 2009.

Malgré une pique bien inoffensive à destination de la CFDT accusée de remettre le changement social à un peu trop loin (comme si l’état-major CFDT n’était pas missionné pour trahir chaque lutte et chaque revendication), tout dans cette interview confirme l’ancrage dans le syndicalisme rassemblé du principal dirigeant de la CGT.

S’accrochant à une lecture superficielle des résultats aux prud’homales (marquée avant tout par une abstention massive faisant figure de désaveu et par l’engagement massif des militants de terrain et de lutte CGT reconnus à la base permettant à la CGT de limiter les dégâts), B. Thibault débute son interview en balayant la candidature de JP Delannoy : « C’est une candidature individuelle, elle n’a pas été présentée suivant les règles statutaires, elle ne sera donc pas prise en compte. Jean-Pierre Delannoy veut incarner une autre orientation pour la CGT. Ce débat sera réglé au congrès.»

Alors le congrès de la CGT n’est normalement nullement à la botte de l’équipe sortante mais bien le congrès des syndicats, souverains durant son déroulement, B. Thibault refuse de reconnaître le courant important que représente Delannoy, en particulier dans les bases syndicales. Outre les prises de position de plus en plus nombreuses de militants et organisations de base, l’ampleur de la rupture entre les bases syndicales et l’appareil confédéral est pourtant confirmée par l'enquête diligentée par la Confédération elle-même en juillet auprès des UD et des Fédés et dont les remontées sont très claires : si la ligne est approuvée par l'appareil permanent, elle ne passe pas dans les syndicats : « nous avons du mal à être écoutés », déploraient les cadres intermédiaires.

C’est donc dire le peu de cas fait ici à la démocratie syndicale, déjà sérieusement mise à mal par la préparation du congrès (sans même parler des mises à l’écrit, mesures administratives ou même exclusion pure et simple de syndicats ou d’UL) : la désignation des délégués a principalement eu lieu avant même la parution des documents officiels et très peu de syndicats ont été réunis pour désigner les délégués et candidats à la future commission exécutive.

Mais elle sera encore bien plus en danger si passent les projets confédéraux au cours d’un congrès qui paraît donc joué d’avance.

Derrière les discours sur la nécessité de syndiquer davantage, ce que nul syndicaliste ne conteste, le document d'orientation propose en effet la remise en cause des syndicats d'entreprise et du fédéralisme et programme leur remplacement par de nouvelles structures « à la carte » validées par une commission confédérale d'affiliation en fonction de leur adaptation à la ligne confédérale. Adieu donc à ce qui a fait la richesse de la CGT : la conf' n'est plus la coordinatrice mandatée par la base mais, depuis Montreuil et les bureaux de la CES à Bruxelles, elle dirige, valide ou exclut : la démocratie syndicale est supplantée par le centralisme bureaucratique.

Ainsi serait définitivement verrouillé le recentrage confédéral et, après la mise en place du Cogetise au congrès précédent, l'état-major confédéral disposerait de tous les moyens pour mettre au pas les organisations de base encore largement imprégnées de lutte de classes – avant de les exclure.

L'enjeu est de taille pour les syndiqués CGT et, au-delà, pour l'ensemble des travailleurs.

Il recouvre la bataille sur le bilan et l’orientation de la direction confédérale alors que Bernard Thibault fait, toujours dans cette interview, un plaidoyer pour le « compromis » (en cette période, on aurait pu espérer qu’il parle de lutte voire de lutte de classe) et, dans le droit fil des documents préparatoires au congrès, évacue l’enlisement par les directions syndicales de la mobilisation du premier semestre 2009 et le bilan pour les travailleurs de ces 20 dernières années de syndicalisme rassemblé.

Or chaque militant syndical sait ce que signifie « compromis » et qu’il n’est en même temps de compromis utile aux travailleurs qu’appuyé sur un rapport de force : alors que la confédé a renoncé à construire ce rapport de force, de quel compromis utile aux travailleurs B. Thibault peut-il se réclamer sur les 20 dernières années?

Sur les salaires ? Depuis 20 ans, la masse salariale nationale est amputée annuellement de 180 milliards d'euros : où est le compromis ? Sur les retraites, où est le compromis ? Concernant la sécu et l'accès au soins, où est le compromis ? La casse du service public et de l'éducation ? L’emploi, les délocalisations et la casse industrielle ? Les droits et les libertés syndicales ? C'est du 120% de satisfaction pour le capital aux affaires.

Depuis 20 ans, les travailleurs encaissent coups sur coups et subissent reculs sur reculs de la part d’un pouvoir patronal décidé à mener et à gagner la lutte de classe. Pendant ce temps, la direction confédérale a passé son temps à liquider l’héritage de classe qui fit la force de la CGT et des travailleurs, et à construire le syndicalisme rassemblé au sommet dans l’accompagnement du patronat et dans la défaite pour les travailleurs, en France et au niveau international (CES-CSI).

En dépit de ce qu’affirme B.Thibault, elle flirte désormais en permanence avec la compromission, à l’Elysée, dans les salons feutrés du Medef ou de l’UE, dans des associations comme Confrontations-Europe ou Dialogues, dans le refus de construire le tous ensemble en même temps seul capable de battre le grand capital et ses institutions.

C’est pourquoi il est vital pour la CGT et pour l'ensemble des travailleurs que soit clairement posée la question de l'orientation syndicale et des directions qui la portent : poursuivre avec le syndicalisme perdant de ces 20 dernières années ou redéfinir l'orientation de la grande CGT par la renaissance du syndicalisme de classe et de masse qui lutte au quotidien pour la satisfaction des revendications et à long terme pour la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme et la socialisation des moyens d'échange et de production ?

C’est pourquoi le FSC soutient la candidature de Jean Pierre Delannoy comme secrétaire général de la CGT contre Bernard Thibault, susceptible de favoriser le débat et le rassemblement entre syndiqués de lutte afin de sauver la grande CGT et la replacer sur ses fondamentaux. Le mécontentement populaire face à la casse sociale et la colère militante face aux directions syndicales est important. La direction CGT le sait bien et mise sur le verrouillage, l’exclusion pour accélérer et rendre définitive la dérive.

Mais la CGT, notre CGT, c’est celle des camarades et des militants du terrain. On ne veut pas la perdre et la laisser aux mains de ceux qui n’ont que des défaites comme bilan et la poursuite du naufrage comme proposition.

Roger SILVAIN, ex-secrétaire général CGT Renault Billancourt, ex-coordinateur CGT groupe Renault, président du Front Syndical de Classe.

76% d’abstention ! On ne peut pas dire pour les élections politiques que 60% d’abstention, c'est catastrophique pour la démocratie et évacuer la question lorsque que le monde du travail est concerné !




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