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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 20:11

Les six pays fondateurs de l'Union Européenne pour un Brexit rapide (Reuters)

Les six pays fondateurs de l'Union Européenne, l’Allemagne, la France, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, ont adressé Samedi 25 Juin 2016 un message clair à la Grande-Bretagne afin qu'elle sorte de la structure communautaire sans tarder après le référendum favorable du Brexit.

« Nous attendons maintenant du gouvernement du Royaume-Uni qu'il fasse preuve de clarté et qu'il mette cette décision en application dès que possible », indique un communiqué commun de la réunion.

Le ministre français des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a réaffirmé la position de Paris sur la nécessité d'ouvrir le plus rapidement possible les discussions devant conduire à la séparation.

« L'urgence, c'est le respect du cinquantième article du traité de Lisbonne. Il n'y aucune raison de jouer au chat et à la souris », a-t-il dit à la presse à l'issue d'une réunion des ministres des affaires étrangères des six pays fondateurs de la communauté européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.

Le premier ministre britannique David Cameron a annoncé Vendredi 24 Juin 2016 qu'il laisserait le soin à son successeur, qui devrait être désigné au mois d’octobre 2016, d'invoquer le cinquantième article du traité de Lisbonne qui déclenchera jusqu'à deux ans de négociations sur la sortie de son pays de l'Union Européenne.

Jean-Marc Ayrault a cependant estimé « qu’il faut vraiment que ce processus de négociations s'engage le plus vite possible. Il y a une certaine urgence, parce qu'il en va des intérêts des britanniques comme des européens à ce qu'on ne laisse par une période d'incertitude qui aura des conséquences financières et qui peut avoir des conséquences économiques et politiques », a déclaré le ministre français des affaires étrangères lors d'un point presse aux côtés de ses homologues européens.

« Nous respectons la Grande-Bretagne, nous respectons le vote de son peuple, qui est un grand peuple, même si nous le regrettons, mais nous demandons à ce que l'Europe aussi et les vingt sept autres pays soient respectés aussi », a ajouté Jean-Marc Ayrault.

« Il ne s'agit plus de faire traîner les choses », a précisé le chef de la diplomatie française à la presse.

Selon lui, le message adressé à la fois aux britanniques et aux européens par les six ministres réunis dans la capitale allemande est le suivant, « vous avez fait votre choix, mais l'Europe que nous voulons, même s'il faut l'améliorer, même s'il faut la transformer et même s'il faut aussi être encore plus efficace, nous voulons la faire vivre ».

Dans leur communiqué commun, les six ministres déplorent les conséquences négatives du vote britannique qui se traduit non seulement par « la perte d'un état membre mais également d'une histoire, d'une tradition et d'une expérience ».

A Colmar, où il assistant au congrès de l’Union Nationale des Associations Familiales (UNAF), François Hollande a évoqué une « décision douloureuse, d’abord pour le Royaume Uni qui va en mesurer toute les conséquences mais c’est aussi, comme dans tout départ, comme dans tout divorce, douloureux pour ceux qui restent ».

La Grande-Bretagne ne doit pas se précipiter pour entamer la procédure de sa sortie de l'Union Européenne, a estimé cependant Samedi 25 Juin 2016 la chancelière allemande Angela Merkel, souhaitant laisser une marge de manoeuvre aux autorités britanniques après le référendum du Jeudi 23 Juin 2016.

« Tout à fait franchement, il ne faudrait pas que cela prenne des années, c'est vrai, mais je ne vais pas militer pour un calendrier serré », a dit la dirigeante allemande devant la presse lors d'une réunion de son parti, la CDU, près de Berlin.

« Les négociations doivent se tenir dans un bon climat de coopération », a commenté la dirigeante allemande, ajoutant que la Grande-Bretagne « restera un partenaire proche avec lequel nous sommes liés économiquement ».

Il appartient à la Grande-Bretagne de mettre en mouvement la procédure de sortie de l'Union Européenne en invoquant notamment le cinquantième article du traité européen de Lisbonne.

Il semble toutefois que les britanniques souhaitent avancer sans précipitation. Le chef de file du vote Leave, Matthew Elliott, a estimé Samedi 25 Juin 2016 que son pays devait d'abord entamer des négociations informelles sur un cadre complet fixant les futures relations avec l'Union Européenne avant d'invoquer le cinquantième article du traité de Lisbonne.

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 19:53

La Confédération Générale du Travail (CGT) va permettre aux accords de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) d'entrer en vigueur (Reuters)

La fédération des cheminots de la CGT a annoncé Jeudi 23 Juin 2016 qu'elle n'exercerait pas son droit d'opposition contre les accords d'entreprise et de branche sur un nouveau cadre social pour la SNCF et le secteur ferroviaire qui pourront donc entrer en vigueur.

La fédération des cheminots de la CGT et le Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) du Rail avaient fait des négociations sur ces accords un élément de leur bras de fer avec le gouvernement contre le projet de loi travail.

Ces deux organisations ont refusé de signer ces accords conclus par les deux autres syndicats de la SNCF, l'Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA) et la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT). Mais seul le Syndicat Unitaire et Démocratique du Rail a décidé de s'y opposer, ce qui ne suffit pas à empêcher leur mise en oeuvre.

S'opposer à la Convention Collective Nationale (CCN) de la branche et à l'accord d'entreprise serait prendre le risque de pénaliser les cheminots et de « remettre en cause le fruit de leur mobilisation », explique la fédération des cheminots de la CGT dans un communiqué.

« La fédération des cheminots de la CGT a donc de nouveau consulté ses instances et celles-ci ont décidé de ne pas exercer leur droit d'opposition », ajoute-t-elle, précisant que la « stratégie de la terre brûlée » n'est pas sa « conception du syndicalisme ».

Les vingt trois jours de grève à la SNCF ont coûté au moins deux cent cinquante millions d'euros à l'entreprise publique, a déclaré Mercredi 22 Juin 2016 son président, Guillaume Pepy.

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 19:40

L'Ecosse a entamé les préparatifs d'un référendum d'indépendance (Reuters)

Le gouvernement écossais se prépare à présenter une loi autorisant la tenue d'un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse et souhaite débuter au plus vite des discussions sur sa place au sein de l'Union Européenne, a déclaré Samedi 25 Juin 2016 la première ministre écossaise Nicola Sturgeon.

La chef de file du Scottish National Party (SNP), favorable à l'indépendance, a expliqué qu'il était de son devoir de rassurer ses concitoyens, qui ont voté à soixante deux pour cent en faveur du maintien dans l'Union Européenne lors du référendum britannique du Jeudi 23 Juin 2016.

« Nous sommes déterminés à agir sans hésitation afin de bâtir une unité dans toute l'Ecosse », déclaré Nicola Sturgeon devant la presse.

« L'option d'un second référendum sur l'indépendance est très clairement sur la table et nous allons prendre des mesures pour nous assurer que la législation nécessaire va être adoptée », a-t-elle ajouté, confirmant ses propos tenus la veille.

Nicola Sturgeon a expliqué qu'une commission consultative en vue d'un référendum serait mise en place « dans les prochains jours » et indiqué que les autorités écossaises souhaitaient parallèlement entamer au plus vite des discussions avec les institutions européennes.

La commission européenne a réagi avec prudence aux propos de la dirigeante écossaise, rappelant que l'Ecosse faisait constitutionnellement partie du Royaume-Uni et refusant de « spéculer plus avant » sur la question.

Une source proche du gouvernement écossais a déclaré ne pas être découragée par cette réaction qui était simplement « un constat de fait ».

Les écossais s'étaient prononcés à cinquante cinq pour cent contre l'indépendance de leur pays lors du référendum du mois de septembre 2014. Les autorités d'Edimbourg estiment que le vote en faveur du Brexit justifie la tenue d'une nouvelle consultation.

Nombreux obstacles

Sur le référendum du Jeudi 23 Juin 2016, les écossais se sont très largement prononcés en faveur du maintien de la Grande Bretagne dans l’Union Européenne qui a recueilli soixante deux pour cent des suffrages en Ecosse.

Le SNP fait valoir que l'échec du référendum sur l'indépendance s'explique par l'idée que la présence de l'Ecosse dans le Royaume-Uni apparaissait alors comme le seul moyen de garantir son appartenance européenne.

L'Ecosse ne se laissera pas priver de son statut de membre de l'Union Européenne sans explorer des solutions de remplacement, a ajouté Nicola Sturgeon.

« Nous allons chercher à entamer des discussions immédiatement avec les institutions européennes et avec les autres états membres de l'Union Européenne pour examiner toutes les options possibles pour protéger la place de l'Ecosse dans l'Union Européenne », a-t-elle affirmé.

Elle a précisé qu'une commission d'experts allait être constituée afin de conseiller le gouvernement sur les questions juridiques, financières et diplomatiques liées au statut d’état membre de l'Union Européenne.

Des diplomates européens ont rappelé que de nombreux obstacles se dressaient sur la route d'une adhésion de l'Ecosse à une Union Européenne largement occupée à gérer la sortie de la Grande-Bretagne.

Plusieurs états membres disposant d'un droit de veto pourraient s'opposer à une telle procédure, à commencer par l'Espagne inquiète qu'une sortie de l'Ecosse du Royaume-Uni alimente les revendications des indépendantistes catalans.

« Nous avons pour le moment d'autres problèmes en tête que celui d'alimenter le nationalisme écossais », a dit un diplomate européen. « Ils n'ont qu'à commencer par consulter Madrid ».

« Il est encore trop tôt pour dit si et quand doit avoir lieu un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse mais, compte tenu du résultat du référendum sur l'Union Européenne, peu de gens doutent que cela doit être examiné », a dit un porte-parole du parti écologiste écossais, allié de Nicola Sturgeon au parlement.

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 19:16

http://www.terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=5843

Georges Clemenceau et l’interdiction des manifestations

Par Robert Bianco

Mardi 21 Juin 2016

Manuel Valls le reconnaît volontiers, son modèle politique est Georges Clemenceau. De fait, les événements actuels montrent que le premier ministre de l’état d’urgence permanent s’inspire volontiers des pratiques de celui qui se surnomma « premier flic de France » entre 1906 et 1909. Y compris lorsque celles-ci sont extrêmement violentes et antidémocratiques.

« La révolution qui vient », en ce 27 avril 1906, le titre barre la une du quotidien l'Echo de Paris, que cette perspective n’enchante guère.

Échaudées par deux mois de propagande du ministre de l'intérieur, les forces conservatrices du pays s’inquiètent du déroulement de la manifestation du premier mai 1906. L’ennemi numéro un s’appelle, déjà, la Confédération Générale du Travail (CGT), « sera-ce une journée rouge ? Les chefs de la CGT joueront-ils leur va-tout ? N’est-il pas préférable de prévenir l’émeute plutôt que d’avoir à la réprimer ? Quelle que soit l’intensité du mouvement révolutionnaire, l’ordre sera maintenu à Paris. Mais cet ordre aurait-il jamais dû être à ce point menacé ? La question, à la veille des élections, devra être posée à ceux qui, depuis dix ans, ont laissé faire, quand ils ne les ont pas encouragés, les partis révolutionnaires. On a permis à des syndicats de se constituer comme un état dans l'état et d’organiser la révolte ».

Ni cortèges, ni rassemblements, « la parole aux troupes »

Dans le même journal, l’un des bras droits du préfet de police Louis Lépine expose les « mesures de précaution et de sécurité » qui ont été prises et rappelle l’origine de la mobilisation ouvrière, la revendication d’une journée de travail de huit heures.

« Nous nous trouvons en présence d’une agitation de groupements ou de syndicats ouvriers, appuyés et encouragés par la CGT, qui ne se sont nullement organisés en vue de ce qu’ils méditent. Et que méditent-ils ? Primitivement, c’était l’obtention de la journée de huit heures par un chômage de toutes les corporations ouvrières. Depuis deux ans, une pancarte de toile, dont Louis Lépine, entre parenthèses, malgré tous ses efforts, n’a pu obtenir l’enlèvement de la façade de la Bourse du Travail où elle est exposée aux yeux de tous, annonce qu’à partir du premier mai 1906 les ouvriers ne travailleront que huit heures par jour. Louis Lépine connaît les points stratégiques de Paris qu’il faut occuper pour rendre impossible tout mouvement insurrectionnel, sur une centaine de points, d’accord avec l’autorité militaire qui va disposer, en dehors de la garnison ordinaire, de vingt mille soldats, dont cinq mille cavaliers pris dans les corps d’armée environnant Paris, nous répartirons une force de police et de sécurité de trente six mille hommes, tout compris. Vous supposez bien que si nous laissons dans la rue cinq cent manifestants déambulant au chant de l'Internationale, ce groupe sera bientôt grossi et fera la boule de neige, au point de former mille, deux mille dix mille ou cinquante mille. Ce pourrait être l’émeute et nous devrions nous résigner à faire donner l’artillerie. Nous n'en arriverons pas là. Les manifestants et les chômeurs ne circuleront, à aucun prix, en dehors du rayon que nous leur assignons ».

Le 30 avril 1906, la veille du rassemblement, le même journal annonce un durcissement des mesures de police. Il est désormais question d’interdire les manifestations et d’arrêter par avance les meneurs du mouvement, « on annonçait dans la soirée que, le matin même du premier mai 1906, des arrestations seraient opérées. Le gouvernement aurait décidé de faire appréhender plusieurs des meneurs de la CGT. Pour faire la balance, on arrêterait en même temps quelques bonapartistes et royalistes. Pour ce qui est des mesures générales qui seront prises pour maintenir l’ordre le premier mai 1906, la préfecture fait seulement savoir qu’aucun attroupement ne sera toléré et que toute manifestation bruyante sera immédiatement et vigoureusement réprimée. Une centaine de points, dans la capitale, seront occupés militairement et constamment reliés entre eux par des patrouilles ».

Dans le numéro daté du premier mai 1906, mais publié avant la manifestation, l’Echo de Paris explicite le sens de ces consignes, pour le lecteur qui n’aurait pas bien compris, « le préfet de police, qui a jusqu’ici dirigé l’organisation du service d’ordre, est décidé à ne pas laisser les manifestants se répandre dans Paris. Il a réuni hier les commissaires de police de Paris et de la banlieue et leur a ordonné de ne tolérer aujourd’hui ni cortèges, ni rassemblements sur la voie publique. Si, malgré tout, des groupes se forment, les commissaires feront les sommations, puis la parole restera aux troupes ».

« Frapper au cœur l’organisation syndicale »

Les arrestations préventives, qui touchent aussi bien des figures syndicales connues que des colleurs d’affiches antimilitaristes, s’ajoutent à d’autres mesures répressives initiées par Georges Clemenceau depuis le mois de mars 1906. Des poursuites ont notamment été menées à l’encontre de la CGT pour les propos tenus dans son journal, « la Voix du Peuple », ainsi qu’une affiche syndicale qui a déplu. Le journal « l’Ouvrier Syndiqué » du 15 mars 1906, publié dans les Bouches-du-Rhône, dénonce des lois scélérates, « les dirigeants rêvent de répression et de régime despotique. Mais, ne nous y trompons pas, le motif invoqué cache des raisons plus profondes. Ce que visent les dirigeants, c’est frapper au cœur l’organisation syndicale, dont ils redoutent la puissance grandissante et l’action revendicatrice, ce qu’ils veulent, c’est persécuter les militants syndicalistes, espérant ainsi enrayer le mouvement du premier mai 1906 en faveur de la journée de huit heures. Ces manœuvres scélérates n’aboutiront pas. L’organisation syndicale et confédérale a des racines profondes et vivaces. Travailleurs, le Comité Confédéral National (CCN), dans sa réunion du Vendredi 23 Février 1906, a décidé d’en appeler à l’opinion publique contre l’arbitraire républicain qui s’appesantit sur les militants des organisations syndicales ».

Quelques heures avant la manifestation, le secrétaire général de la CGT, Victor Griffuelhes, et son trésorier, Albert Lévy, sont arrêtés à leur tour par la police. Ils sont inculpés de « complicité de provocation aux crimes de pillage, de meurtre et d’incendie ». Victor Griffuelhes est présenté à un juge qui lui explique plus précisément le crime dont il est accusé, la collusion avec de dangereux anarchistes. Il en fait part à ses camarades sur un billet qui parvient à quitter les cellules de la Conciergerie et qui est publié dans l’Humanité du premier mai 1906, « j’aurais participé à une propagande anarchiste avec Bressolles, agent du comité de Beauregard. Je serais, paraît-il, en rapport avec ce personnage, dont j’entends parler pour la première fois. Et c’est cela, le complot ? Pas fort, Georges Clemenceau, cela manque d’esprit. Poignée de mains ».

Dans la foulée, un journaliste, dans l’Echo de Paris du premier mai 1906, interroge les membres du CCN sur ces événements, tous sont d’avis que c’est là une manœuvre policière.

« Quel effet les arrestations auront-elles sur les manifestations du premier mai 1906 », demandons-nous à un membre influent du CCN.

« Aucun, si ce n’est d’exciter davantage les ouvriers, déjà exaspérés par les perquisitions et par les mesures prises pour les empêcher de manifester », répond-il.

« Alors, vous croyez à des incidents graves », lui demandons-nous.

« Pas tout de suite, tout dépendra d’ailleurs de l’attitude de la police et des troupes. Le CCN va se réunir ce soir, d’urgence, pour examiner la situation. Mais, quoi qu’il arrive, il faut bien que l’on sache que si même nous étions tous arrêtés en masse, cela n’entraverait pas le mouvement, au contraire », répond-il.

« Les preuves », s’insurge le journal l’Humanité du premier mai 1906, « l’arrestation du secrétaire général de la CGT a jeté la stupeur dans le monde ouvrier. Fassent les événements qu’elle ne soit pas le prélude de provocations pires, de mesures plus insanes et que le gouvernement s’arrête dans la voie sans issue où il nous paraît s’être étourdiment engagé ».

Le 2 mai 1906, l’Humanité fait évidemment sa une sur un récit de la journée de fête des travailleurs, sous le titre « la police maîtresse de Paris ». Le premier mai 1906, dès 12 heures, alors qu’aucun incident n’a eu lieu, la police décide néanmoins de mener des arrestations « pour sauver les apparences », elle qui avait annoncé un déferlement de violence aveugle, « quelle n’est point notre surprise d’apprendre qu’à 12 heures, il y a déjà plus de cent cinquante arrestations. Cette anomalie s’explique en partie par ce fait que les mouchards qui pullulaient aux alentours de la Bourse du Travail se sont divertis à signaler parmi les passants les bonnes têtes que l’ont peut coffrer sans risques. Les arrestations étaient un véritable jeu. Et ceux qui avaient l’audace de rouspéter étaient menés rudement dans le poste de la caserne de la rue du Château d’Eau et passés à tabac avant d’être, après un bref interrogatoire, mis dehors ou jetés dans les paniers à salade. Il était nécessaire aussi de prouver aux gogos de Paris que Georges Clemenceau et son collègue de la guerre avaient eu raison de bonder la ville de troupes. C’est pourquoi, à diverses reprises, nous avons vu un bataillon du dix neuvième régiment d’infanterie et un autre du deuxième régiment s’en aller vers des émeutiers imaginaires ».

Le premier mai 1906, dans l’après-midi, les charges se font plus insistantes, « c’est miracle que ces actes d’inutile et sauvage brutalité, ajoutés à bien d’autres, n’aient pas surexcité la foule et déterminé des bagarres ». Ainsi, « les charges ont continué jusqu’à 19 heures 30 faubourg du Temple, rue de la Fontaine-au-Roi, rue de la Folie-Méricourt et quai Valmy. La foule des manifestants se reformait bientôt après. À plusieurs reprises, les sommations ont été faites, la troupe s’élançait alors et chargeait à l’arme blanche ». La police fait huit cent soixante arrestations. Il n’y a pas de mort parmi les manifestants, mais un très grand nombre de blessés, bien plus que les soixante annoncés par la police.

Par la suite, le pouvoir ne craindra plus de faire des morts dans le mouvement social. En juillet 1907, deux manifestants sont tués à Raon-l’Etape. En juin 1908, à Vigneux, les gendarmes ouvrent le feu sur des grévistes réunis dans leur permanence, en tuant deux et en blessant une dizaine. Le 30 juillet 1908, à Villeneuve-Saint-Georges, les dragons attaquent quatre cent manifestants, en tuent quatre et en blessent presque une centaine. Dans la foulée, Georges Clemenceau fait arrêter tout l’état-major de la CGT, dont à nouveau Victor Griffuelhes, au motif qu’ils seraient les « responsables moraux » des violences.

C’est cet homme qui fait tirer sur les manifestants dont Manuel Valls a un portrait dans son bureau.

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 20:20

Neuf arrestations après l'attaque contre le siège de la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT) (Reuters)

Neuf personnes ont été interpellées après une attaque Jeudi 23 Juin 2016 contre le siège parisien de la CFDT, qui a subi d'importantes dégradations, annonce Vendredi 24 Juin 2016 le ministre de l’intérieur.

Les locaux du syndicat, situés dans le dix neuvième arrondissement de la capitale, ont été pris pour cible dans la soirée par plusieurs dizaines de casseurs cagoulés qui ont brisé les vitres de la façade et tagué des inscriptions telles que « collaborateurs ».

« Neuf individus ont été aussitôt interpellés par les forces de l’ordre. L’enquête se poursuit pour établir les responsabilités et mettre les auteurs des faits à la disposition de la justice », déclare Bernard Cazeneuve dans un communiqué.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a dénoncé Jeudi 23 Juin 2016 sur Twitter « un coup direct porté à la démocratie ».

Vendredi 24 Juin 2016, sur plusieurs médias, il s'est inquiété de la rareté, selon lui, des réactions après cette attaque violente consécutive à une nouvelle journée de mobilisation des syndicats opposés à la loi travail, avec pour point d'orgue un défilé parisien qui s'est déroulé sans incident.

Laurent Berger a dit sur Europe Un avoir reçu un SMS du secrétaire général de la Confédération Générale du Travail (CGT), Philippe Martinez, « condamnant sans réserve ces attaques ». Sur Twitter, Jean-Claude Mailly, dirigeant de la CGT Force Ouvrière (FO) a écrit « qu’au-delà des divergences syndicales, dégrader des locaux syndicaux est inacceptable et condamnable ».

« Quand on entend parfois des attaques qui insultent la CFDT et les militants de la CFDT, on alimente ce qui peut se passer », a estimé Laurent Berger sur Europe Un, évoquant à mots couverts le congrès de la CGT du mois d’avril 2016, où Philippe Martinez avait qualifié d’erreur le rapprochement avec la CFDT et des militants avaient fustigé la « CFDT qui trahit ».

Le syndicat réformiste est favorable à la réforme du code du travail rejetée notamment par la CGT et par la CGT Force Ouvrière.

« Je n'attaque personne, je n'accuse personne, surtout pas d'autres organisations syndicales, mais je crois qu'il faut que chacun élève le débat », a dit le numéro un de la CFDT.

« Je suis inquiet du climat délétère qui se développe dans notre pays et qu'il n'y ait pas plus de voix pour condamner les violences et en appeler à la raison », a-t-il dit.

Le premier ministre, Manuel Valls, a condamné Jeudi 23 Juin 2016, dans un tweet, « une attaque intolérable contre la démocratie sociale ».

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 20:06

https://www.mediapart.fr/journal/france/230616/paris-la-manifestation-est-cadenassee-par-la-police?onglet=full

http://tendanceclaire.org/breve.php?id=19418

A Paris, la manifestation est cadenassée par la police

Par Dan Israel, Rachida el Azzouzi, Christophe Gueugneau et Karl Laske

Entre vingt mille et soixante mille personnes ont manifesté Jeudi 23 Juin 2016 à Paris contre la loi sur le travail et pour la défense du droit de manifester, après la semaine de cafouillage gouvernemental qui a failli aboutir à une interdiction. L'impressionnant dispositif de sécurité déployé, avec notamment des fouilles sévères à tous les accès, a abouti à une manifestation morne et sans vie.

Ce n’est pas un mais deux barrages qu’il fallait passer, Jeudi 23 Juin 2016, pour parvenir place de la Bastille et espérer pouvoir manifester. Vers 13 heures, une heure avant le départ officiel du cortège, du côté de la rue du Faubourg Saint-Antoine, une file de véhicules de police est déjà garée le long du trottoir sur plus de cinq cent mètres. Un premier barrage filtrant se tient au niveau de la station de métro Ledru-Rollin. Les sacs sont systématiquement fouillés, les casques, lunettes et masques chirurgicaux, pour éviter de respirer les gaz lacrymogènes, sont interdits.

Ailleurs dans Paris, en arrivant par un autre côté, deux journalistes, Alexis Kraland et Gaspard Glanz, sont eux tout bonnement arrêtés, sur le motif d’attroupement en vue de commettre un délit. Ils ne sortiront que vers 17 heures, après avoir passé plus de quatre heures au commissariat de l’Evangile, dans le dix huitième arrondissement, en compagnie d’une cinquantaine d’autres personnes arrêtées préventivement.

Un cycliste tente de vainement d’expliquer à un fonctionnaire d'une Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) qu’il habite vingt mètres après le barrage et qu’il veut juste rentrer chez lui. Le ton monte. Le cycliste est obligé de renoncer. Une jeune fille avec des béquilles se voit refouler. Un membre des streets medics, ces manifestants qui viennent aux défilés avec une trousse de premier secours, est obligé de faire demi-tour, son masque en papier chirurgical est interdit.

« C'est comme en boîte de nuit, contrôle au faciès et à la tenue. Mais j’ai mis des baskets aujourd’hui. Allez vous me laisser passer ». Un couple d’étudiants charrie gentiment un policier qui leur demande d’ouvrir leurs sacs à dos. « On se croirait sous une dictature », lance un vieux routard de la Confédération Générale du Travail (CGT), beaucoup moins souriant avec les forces de l’ordre.

Derrière ce premier rideau policier, d’autres CRS font le pied de grue, certains avec des fusils. Un second barrage se trouve cent mètres plus loin, nouvelles fouilles. Des grilles portées par des camions sont installées sur toutes les grosses avenues. Des cars de CRS et de gendarmes sont parqués tout le long des rues. Les voies les plus larges sont barrées de rubans bicolores, le passage étant réduit à un ou deux mètres de large, devant lequel sont postés gendarmes ou policiers, qui fouillent systématiquement tous les sacs.

A un autre accès, des journalistes photographes sont obligés de longuement se justifier pour pouvoir garder leur matériel. Un policier prend la carte professionnelle de l’un et veut la photographier. Il renonce devant les protestations mais note le nom du journaliste et il part la comparer avec une liste. Laquelle, on ne saura pas. Cent personnes avaient été interdites de manifestation à Paris, contre cent trente sur tout le territoire pour celle du Mardi 14 Juin 2016. La plupart parce qu’elles avaient été interpellées lors de précédents défilés. Interpellées, mais pas forcément condamnées.

Etrange ambiance à ce début de manifestation, dans la matinée, un journaliste de Mediapart, qui avait passé plusieurs années là-bas, expliquait que le dispositif ressemblait à ce qui se fait en Russie, où les manifestations doivent être déclarées à l’avance avec le nombre de manifestants prévus, ceux-ci sont fouillés à l’arrivée, voire doivent passer sous des portiques détecteurs de métaux, et sont strictement encadrés par la police.

Il manquait les portiques Jeudi 23 Juin 2016 à Paris. Mais pour le reste, il y a bien un ou deux membres des forces de l’ordre qui tentent de prendre leur mission à la rigolade. « Les bébés sont interdits, madame, c’est le ministère de l’intérieur qui l’a dit », lâche un CRS à une femme avec sa poussette. « Un conseil, les lunettes de soleil, cela passe et, avec du chatterton pour bien les coller sur le visage, cela marche contre les gaz lacrymogènes », sourit-il encore face à des jeunes qui voulaient passer avec un foulard pour se protéger au besoin. Mais souvent, l’ambiance est tendue. A l’angle de la place et du boulevard Richard-Lenoir, les esprits s’échauffent facilement. Cécile Duflot et Esther Benbassa, députées et sénatrices écologistes, passent sans encombre, avec le sourire, tout comme Marie-George Buffet, députée et ancienne dirigeante du Parti Communiste Français (PCF). Mais qu’un manifestant se fasse embarquer son drapeau et les autres qui patientent crient immédiatement au « fascisme ». Qu’un autre se fasse embarquer sans ménagement, « parce qu’il est fiché depuis une autre manifestation et qu’ils ne le laissent plus passer », expliquent ses camarades et plusieurs groupes entonnent un chant contre « l'état policier » et l’état d’urgence.

« Blouson confisqué car de couleur noire »

Un jeune, énervé, entame une grande discussion avec un couple de sexagénaires qui revendiquent avoir fait mai 1968. Il leur explique pourquoi il ne condamne pas les casseurs. La dame est ravie, « voilà, dites bien cela à mon mari. Je ne comprends pas, lui il se laisse influencer par les médias, il a peur des casseurs. Il est intelligent, pourtant ». Les journalistes sont tolérés, pas toujours, dans la zone de contrôle et les autres sont invités fermement à déguerpir. Quelques mètres plus loin deux gendarmes gradés s’emportent contre un couple de hipsters qui vient de les prendre en photo avec un téléphone, « nous sommes visés, monsieur. Si vous mettez notre visage sur les réseaux sociaux, nous sommes en danger ».

Les drapeaux ne passent pas toujours, même lorsque leurs hampes sont en plastique, démontées et rangées dans les sacs. « N’oubliez pas de raconter cela, c’est totalement indigne », s’agace un manifestant qui s’extirpe difficilement des contrôles avec un groupe de collègues.

C’est Hervé Quillet, le secrétaire générale de la fédération de la chimie de la CGT Force Ouvrière. « Il y a moins de monde que celle du Mardi 14 Juin 2016, c’est normal, ce n’est qu’une manifestation régionale et non nationale », dit-il. « Mais nous ne lâcherons pas avant le retrait total de la loi travail. Nous remettrons le couvert la semaine prochaine, Mardi 28 Juin 2016. Et s’il le faut, nous recommencerons à la rentrée, même si la loi a été votée entre temps à l’assemblée nationale. Nous ne lâcherons pas ».

Place de la Bastille, au rassemblement des streets medics, l’un d’eux a pu faire passer un casque. Il le sort le temps d’arranger ses affaires, mal lui en a pris, trois CRS arrivent et l’entraînent du côté de la rue de la Roquette, contrôle d’identité et fouille en règle. Un de ses camarades, qui l’avait suivi, filme la scène. Pas de chance, un CRS ne prend pas bien le geste.

Le second est à son tour soumis à une fouille. Il ressort quelques minutes plus tard sans son blouson, confisqué car de couleur noire.

Depuis quatre mois de mobilisation contre la réforme du code du travail, jamais une manifestation n’avait été aussi étroitement encadrée et aussi courte, un kilomètre et six cent mètres, plié en quelques cinquante cinq minutes avec un final où le serpent se mord la queue, les premiers croisant les derniers place de la Bastille. Vu le dispositif et comparé aux précédents défilés, elle fut « très calme », c’est-à-dire sans débordements, ni gaz lacrymogènes, ni blessés.

« C’est la preuve que la police peut sécuriser une manifestation si elle en reçoit l’ordre », pointe un manifestant fatigué de « la casse dans les dernières manifestations qui desservait le mouvement » et content de ne pas avoir les yeux qui piquent sous les gaz lacrymogènes.

Il aimerait en revanche que les forces de l’ordre utilisent les canons à eau tant il fait chaud. C’est la blague qui a circulé dans tous les rangs. « C’est la preuve qu’on vit sous un gouvernement devenu fou », dénonce un autre manifestant qui trouve honteux que les syndicats aient accepté à l’arraché ce compromis avec le gouvernement après une cacophonie au sommet du pouvoir qui avait vu la manifestation interdite puis autorisée.

Etonnamment, cette mini manifestation autorisée sur un parcours imposé par l’état ridiculement petit, place de la Bastille et le tour du bassin de l’Arsenal, « une sacrée régression démocratique tout de même », remarque un syndicaliste, a été selon les chiffres de la préfecture de police très suivie, dix neuf mille à vingt mille manifestants à Paris, soixante mille selon la CGT Force Ouvrière, et entre soixante dix mille et deux cent mille personnes dans toute la France. C'est beaucoup. La semaine dernière, la manifestation dite nationale du Mardi 14 Juin 2016 avait été, selon la police, suivie par soixante quinze mille personnes, quand les syndicats annonçaient un million trois cent mille personnes. Mais pour les deux dernières manifestations dites régionales, il y avait moins de monde à Paris, dix huit mille à dix neuf mille le 26 mai 2016 et treize mille le 19 mai 2016. A Paris toujours, les plus gros cortèges régionaux étaient le 9 mars 2016, la première grande manifestation où la police avait compté un peu moins de trente mille, et le 31 mars 2016, entre vingt six mille et vingt huit mille personnes.

« Est-ce que si on fait dix tours, on a droit à un pompon », ironise Sabrina, hôtesse de l’air et membre de la section des personnels navigants commerciaux de la CGT Force Ouvrière. Venue avec deux collègues, elle assure qu’elle continuera à manifester « tant que la loi ne sera pas abrogée ». Véronique, militante à la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT), oui, la CFDT, aussi, promet de revenir aussi manifester.

Elle est fonctionnaire dans un ministre régalien mais elle a revêtu le gilet orange de la CFDT métallurgie, une fédération vent debout contre la loi travail et la position de son secrétaire national Laurent Berger. Elle raconte les unions locales vandalisées comme celle de Limoges, comme si c’était des annexes du Parti Socialiste, que le quotidien des militants de la CFDT est devenu difficile depuis quatre mois dans les entreprises et qu’ils essuient des insultes, même dans les manifestations pour la minorité qui défile. « J’ai vu des gens brûler des drapeaux de la CFDT. Moi, en près de quarante ans de syndicalisme à la CFDT, je n’ai jamais brûlé un seul drapeau d’un syndicat concurrent ».

« Ils nous ont tout fait »

Sur les marches de l’Opéra, des manifestants qui ont terminé leur « petite ronde », ont hissé une gigantesque banderole sans équivoque, « qu’elle soit nationaliste, républicaine ou socialiste, virons la droite ». « Il faut se rendre à l’évidence. L’ennemi de François Hollande n’était pas la finance mais le code du travail. Il faut n’avoir jamais travaillé même si on est de gauche et un peu libéral pour oser une telle loi », lance Denise, une retraitée de l’enseignement qui a toujours voté socialiste sauf en 2002 la droite pour faire barrage au Front National.

Elle dit qu’elle ne votera plus jamais socialiste, même pas pour contrer l’extrême-droite qu’elle sent monter autour d’elle dans les conversations, « Ils nous ont tout fait ». En 2017, elle pense voter blanc, « on prend les mêmes qu’en 2012 et on recommence. C’est terrifiant ». Jacques, son mari, penche pour Jean-Luc Mélenchon même si « le personnage l’agace, « ce sera le moins pire, le moins soumis ». Le 6 mai 2012, le couple avait passé la soirée place de la Bastille pour fêter la victoire de François Hollande, le retour de la gauche. Sans imaginer que quatre ans plus tard, ils reviendraient avec une banderole, « Hollande, dehors ».

Adrien, Paul-Antoine, Coralie et Corentin ont la vingtaine, sont en fin d’étude, à la recherche d’un emploi ou professeur. Leurs motivations pour venir manifester tous ensemble sont diverses. « On a voulu nous interdire de manifester, c’est un bon argument pour venir », justifie Adrien, le professeur, par ailleurs plus libre de ses mouvements avec les vacances de ses élèves et ravi du beau temps. Paul-Antoine et Coralie sont quant à eux là principalement pour protester globalement contre la politique du gouvernement, et Corentin tient à manifester contre « l’utilisation abusive du quarante neuvième article ». Il tient aussi à faire passer un message, « on peut être à la fois contre la loi travail, contre les violences policières et contre celles qui visent les policiers. Défendre les travailleurs et les policiers, cela va de pair, ils sont tous pris dans un même système ».

Cédric et Guillaume, éducateurs, venus avec un ami, Hugues, intérimaire. Ils disent « se méfier des syndicats, on ne croit pas qu’ils nous représentent, même si ce qu’ils font contre la loi travail, c’est bien pour l’instant ». D’ailleurs, Guillaume faisait partie du cortège autonome le Mardi 14 Juin 2016, devant le carré officiel des syndicats. « Je suis pacifiste, je ne suis pas un casseur, mais j’y suis plus à l’aise, je ne me sens pas défendu par un syndicat ». Hugues explique qu’il survit grâce aux heures supplémentaires, payées vingt cinq pour cent de plus, et craint que ce tarif baisse jusqu’à dix pour cent, comme l’autoriserait la loi. Tous sont peu optimistes sur l’issue du combat, « à la fin, ils se coucheront ».

Même opinion pour Lisa, Anouk et Robin, étudiants parisiens qui sont loin d’avoir fait toutes les manifestations, mais tenaient à être là aujourd’hui, après la quasi-interdiction du rassemblement.

« C’est triste à dire, mais à part si quelqu’un meurt dans un cortège, le gouvernement maintiendra son texte », pronostique Anouk. Robin voit d’un assez mauvais œil le filtrage sévère à l’entrée de la place, « ils se donnent le beau rôle en offrant finalement la liberté de manifester, mais ils décident qui vient et comment on doit se comporter ». La casse sur les banques et les abribus Decaux, systématique lors des précédents défilés, ne le choquent pas franchement. « Je serai toujours plus du côté d’un manifestant, quoiqu’il fasse, que d’un policier », complète Anouk.

Peu avant 18 heures, il ne reste plus que quelques centaines de personnes, nassées autour de la colonne de juillet, au centre de la place de la Bastille, par le double voire le triple de forces de l’ordre. Quelques personnes sont arrêtées, les autres sont relâchées progressivement, par groupes de dix.

Dans les rues adjacentes, les véhicules policiers sont toujours là, avec des policiers en tenue anti émeutes qui ont l’air de prendre leur mal en patience. Alors que leur fatigue était mise en avant pour interdire la manifestation entre la place de la Bastille et la place de la Nation que demandaient les syndicats, pas sûr que ces six heures à faire le planton, harnachés pour la guerre urbaine, les aient reposés.

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 19:14

https://socialistworker.co.uk/art/42964

Après le vote contre l’Union Européenne et la démission de David Cameron, unité pour la révolte contre l'établissement

par Charlie Kimber

Vendredi 24 Juin 2016

David Cameron a démissionné et le vote pour quitter l’Union Européenne a plongé le parti conservateur et les institutions britanniques et européennes dans une crise profonde.

Le pari désespéré du référendum de David Cameron a échoué et son parti est divisé en deux.

Les cours de la livre sterling et des bourses mondiales sont en baisse et les « maîtres du monde » ont senti le souffle du rejet.

Bien que le Remain avait le soutien du parti conservateur, du parti travailliste, du Scottish National Party (SNP), de Plaid Cymru, des libéraux démocrates, des Verts, du Sinn Fein, de pratiquement tous les patrons et de tous les corps de la finance internationale, des milliers de « cadres supérieurs » et des dirigeants de dizaines d’états, y compris des États-Unis, plus de la moitié des électeurs ont voté pour quitter l’Union Européenne.

Il est temps pour tous les militants de gauche et antiracistes, quel que soit leur vote, de s’unir et de lutter contre l'austérité, la destruction des services publics, les attaques contre les réfugiés, l'islamophobie et les fascistes qui ont créé les conditions pour l'assassinat de Jo Cox .

Les politiciens, les riches et les puissants qui sont tellement habitués à suivre leur propre voie ont subi une défaite massive.

Révolte

Tout comme dans beaucoup d'autres parties du monde, il y a une révolte en cours du peuple contre le sommet de la société. Elle peut aller à gauche ou à droite. C’est notre travail de la diriger.

La droite va essayer d'utiliser le résultat du référendum pour approfondir le racisme. Ceci est un danger, mais il est loin d'être inévitable.

C’est un mensonge de dire que les millions de travailleurs qui ont voté pour quitter l’Union Européenne sont tous des racistes. La campagne pour quitter l’Union Européenne a été dirigée par les racistes et les forces horribles de droite, mais une grande partie du vote pour quitter l’Union Européenne était très différent.

Un sondage effectué juste avant le vote a montré que la majorité des électeurs du vote Leave pensent que l'immigration a eu un bon impact ou pas d'impact dans leurs régions et que l’immigration était positive pour la Grande-Bretagne dans son ensemble.

Un autre sondage a révélé qu'un tiers des électeurs travaillistes aux élections générales de 2015 et un tiers des électeurs écologistes ont voté pour quitter l’Union Européenne.

Il y a beaucoup d’amertume et de frustration partout en Grande-Bretagne.

Le vote Leave était pour beaucoup un rejet de l'Union Européenne anti démocratique et contrôlée par les entreprises et des élites politiques en Grande-Bretagne. Cette révolte contre les riches et les puissants doit être construite.

Démocratie

C’est une tragédie que le parti travailliste n’ait pas appelé au vote Leave. S’il l'avait fait, la campagne aurait porté sur la démocratie et contre l’austérité, plutôt que pour le pouvoir des entreprises et sur le racisme.

Au lieu de cela, en faisant campagne aux côtés du parti conservateur pour le Remain, certains députés travaillistes se sont eux-mêmes coupés de sections importantes de travailleurs.

Au cours de la campagne, plusieurs personnalités du parti travailliste, comme Tom Watson, Ed Balls, John Mac Donnell et Len Mac Cluskey, ont remis en question le droit existant des citoyens européens à venir en Grande-Bretagne.

Jeremy Corbyn n'a pas fait cela. Il devrait maintenant appeler ouvertement à des actions contre l'austérité et le racisme et demander à ce que les dirigeants syndicaux fassent la même chose.

Ceci est la meilleure chance de forcer les élections générales auxquelles il dit que le parti travailliste est prêt.

Socialist Worker a fait campagne pour un vote Leave contre le racisme, contre l’austérité et pour le socialisme. Nous sommes heureux de la victoire du vote Leave. Nous savons que la Left Leave Campaign dont nous faisions partie n’a eu qu'un effet marginal.

Mais nous avons réussi à faire en sorte qu'il y ait un vote Leave anticapitaliste qui n'a pas encourager le racisme.

Racisme

Nous reconnaissons qu'une partie substantielle de ceux qui ont voté Remain l’ont fait parce qu'ils estimaient qu'il était le meilleur moyen de repousser le racisme de Nigel Farage et Boris Johnson.

D'autres étaient persuadés que l'Union Européenne était en faveur des droits des travailleurs et que le vote Leave renforcerait les forces de droite.

Nous ne sommes pas d'accord, mais il est essentiel que toutes les forces de gauche s’unissent pour faire tomber le parti conservateur et pour lutter contre le racisme.

Nous devons nous unir dans les combats contre le racisme, contre l'islamophobie, pour soutenir les réfugiés, pour construire la manifestation contre la conférence du parti conservateur à Birmingham le 2 octobre 2016, pour soutenir les grèves des enseignants en Angleterre et toutes les autres grèves, pour défendre le NHS, pour la lutte contre la dégradation de l'environnement, contre la fracture hydraulique et bien plus encore.

Nous ne devons pas laisser le parti conservateur récupérer et nous devons nous battre pour assurer que cette crise se termine par la défaite de la droite et une gauche antiraciste plus forte.

Dans cette époque de crise, nous avons besoin d’actions, pas seulement de déclarations. Plus il y aura de grèves, de manifestations et d’occupations, plus grande sera la victoire de ce vote Leave.

A bas les tories, à bas l'austérité, vive les migrants, élection générale maintenant !

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 18:10

Le Brexit ébranle l'Union Européenne, le Royaume-Uni et les marchés (Reuters)

Le choix des électeurs britanniques de sortir de l'Union Européenne a déclenché Vendredi 24 Juin 2016 une tempête politique et financière qui dépasse largement les frontières de l'Union Européenne et ouvre une phase d'incertitude sans précédent pour la construction européenne comme pour la cohésion du Royaume-Uni.

Alors que les sondages et les premiers résultats donnaient le maintien dans l’Union Européenne gagnant, Jeudi 23 Juin 2016, la tendance s'est retournée pendant la nuit et la victoire du Leave a été annoncée officiellement par la commission électorale en début de matinée. Près de cinquante deux pour cent des électeurs se sont prononcés en faveur de la sortie du pays de l'Union Européenne.

L'issue du scrutin a déclenché sur les marchés financiers un mouvement de panique sans précédent depuis la crise financière de 2008.

La livre sterling, qui a perdu jusqu'à dix pour cent face au dollar et est tombée à son plus bas niveau depuis 1985, cédait encore 7,5% face au billet vert Vendredi 24 Juin 2016 vers 15 heures 45 GMT. Après Tokyo, qui a clôturé en recul de 7,92%, les bourses européennes ont également plongé. La bourse de Londres a fermé en baisse de 1,66%, la bourse de Paris a chuté de 8,04% et la bourse de Francfort a chuté de 6,82%. Wall Street a ouvert sur un repli moins marqué et le Dow Jones cédait 2,59%.

L'heure était à la mobilisation dans les grandes banques centrales de la planète, la banque d'Angleterre, la Banque Centrale Européenne (BCE) et la réserve fédérale américaine se sont déclarées prêtes à injecter si nécessaire des liquidités sur les marchés. De son côté, la banque nationale suisse est intervenue sur le marché des changes pour freiner la hausse du franc suisse, dopé par son statut de valeur refuge.

David Cameron va démissionner

Le premier ministre britannique, David Cameron, qui avait promis le référendum en 2013 dans l'espoir d'enrayer la montée des eurosceptiques au sein du parti conservateur mais a vu cette manoeuvre se retourner contre lui, a annoncé Vendredi 24 Juin 2016 en début de matinée qu'il démissionnerait d'ici le mois d’octobre 2016.

« Je ne crois pas qu'il soit opportun que je sois le capitaine qui mène notre pays vers sa prochaine destination », a-t-il expliqué.

L’ancien maire de Londres Boris Johnson, principal animateur de la campagne du Leave, est donné favori pour lui succéder au dix Downing Street.

David Cameron a précisé qu'il laisserait à son successeur le soin d'enclencher la procédure de divorce avec les européens. Boris Johnson a estimé qu'il n'y avait « aucune raison de se précipiter à invoquer le cinquantième article » du traité européen de Lisbonne qui encadre le retrait d'un état membre que seul ce dernier peut solliciter.

Initiatives européennes

Mais les principaux responsables des institutions européennes ont souligné vouloir entamer rapidement les négociations avec Londres.

François Hollande a quant à lui annoncé des initiatives françaises en vue de provoquer un sursaut européen. « Le vote des britanniques met gravement l'Europe à l'épreuve », a-t-il dit en soulignant une « perte de confiance des peuples dans le projet qu'elle porte. Aujourd'hui, c'est l'histoire qui frappe à notre porte, ce qui se joue c'est la dilution de l'Europe », a-t-il dit.

Angela Merkel, François Hollande, l'Italien Matteo Renzi et Donald Tusk, le président du conseil européen, se retrouveront Lundi 27 Juin 2016 à Berlin, avant le conseil européen des vingt huit pays européens, Mardi 28 Juin et Mercredi 29 Juin 2016.

« L'Allemagne a un intérêt particulier et une responsabilité particulière à faire en sorte que l'unité européenne soit un succès », a déclaré la chancelière allemande.

Dès Samedi 25 Juin 2016, les ministres français et allemands des affaires étrangères proposeront une union plus flexible à leurs homologues des quatre autres pays fondateurs de la communauté européenne, réunis à Berlin, a-t-on appris de source diplomatique. Le projet préparé par Frank-Walter Steinmeier et Jean-Marc Ayrault envisage notamment d'offrir un espace aux pays qui ne sont pas prêts à approfondir l'intégration.

La Lettonie, qui prendra la présidence tournante de l'Union Européenne dans quelques jours, a dit vouloir organiser un sommet extraordinaire le mois prochain.

Chez les eurosceptiques, l'euphorie est de mise. « L'Union Européenne est en train de mourir », s'est félicité Nigel Farage, chef de file du parti anti-européen UKIP, après avoir dit « oser rêver que l'aube se lève pour un Royaume-Uni indépendant ».

En France, Marine Le Pen, la présidente du Front National, parlant sur Twitter de « victoire de la liberté », a demandé l'organisation du « même référendum en France et dans les pays de l'Union Européenne ». Le néerlandais Geert Wilders, dont le parti est en tête des intentions de vote en vue des élections législatives du mois de mars 2017, a annoncé qu'il ferait du Nexit l'axe central de sa campagne.

Les écossais et les nord irlandais veulent rester

L'Union Européenne sortira donc forcément affaiblie, tant politiquement qu'économiquement, d'une procédure de divorce longue et difficile qui la privera d'un état membre représentant environ quinze pour cent de son poids économique.

En quittant l'Union Européenne, dont elle est membre depuis 1973, la Grande-Bretagne perdra pour sa part l'accès au marché unique européen et devra négocier de nouveaux accords commerciaux bilatéraux avec ses partenaires dans le monde entier.

Sur le plan politique, au-delà du sort de David Cameron, le résultat du vote risque de déchirer durablement le parti conservateur britannique.

Après quatre mois d'une campagne violente, marquée par de fortes divisions et le meurtre de la députée travailliste et pro-européenne Jo Cox, le camp du Remain aura été impuissant à empêcher la vague anti-système et les désillusions envers une Europe jugée distante, bureaucratique et engluée dans des crises sans fin.

Désormais, comme le montrent les cartes électorales et les premières réactions, c'est la cohésion même du Royaume-Uni qui est en question.

En Ecosse, où soixante deux pour cent des électeurs ont voté pour le maintien dans l'Union Européenne, la première ministre, Nicola Sturgeon, s'est prononcée en faveur de la tenue d'un nouveau référendum d'auto détermination, moins de deux ans après l'échec de la consultation du mois de septembre 2014.

La situation est comparable en Irlande du Nord, où le Remain a obtenu cinquante six pour cent des suffrages et où le Sinn Féin, principal parti nationaliste irlandais, a réclamé un référendum sur l'unification de l'Irlande.

Le parti travailliste britannique, majoritairement pro-européen, se voit lui aussi divisé par l'issue du référendum, deux de ses membres ont déposé une motion de défiance contre leur chef de file, Jeremy Corbyn, en mettant en cause sa gestion de la campagne.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 20:11

http://www.contretemps.eu/lectures/à-lire-extrait-ce-cauchemar-qui-nen-finit-pas-pierre-dardot-christian-laval

Un extrait de « ce cauchemar qui n'en finit pas », de Pierre Dardot et Christian Laval

Une crise historique de la gauche

La gauche dite de gouvernement a toute sa responsabilité dans la radicalisation néo libérale. Elle n’est pas, comme elle voudrait le faire croire, l’innocente victime des méchants marchés financiers ou de l’abominable doctrine ultra libérale des anglo saxons. Elle a organisé son propre sabordage intellectuel et politique plutôt que de résister à la puissance de la droite néo libérale.

Lorsqu’elle fut majoritaire en Europe, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, certains ont pu croire que l’Europe sociale et politique allait enfin prendre le dessus sur « l’Europe des banques ». Las, l’occasion d’une réorientation de la politique européenne fut complètement gâchée par la conduite de la plupart des dirigeants de la sociale démocratie. Avec Gerhard Schröder, la solidarité européenne est passée totalement à la trappe et priorité fut donnée à la compétitivité de la seule Allemagne par la compression des salaires et la flexibilisation du marché du travail.

Pour comprendre cet alignement, il faut remonter un peu plus loin dans le temps. Si les politiques d’austérité ont pu si facilement s’imposer en Europe, la sociale démocratie européenne en est la première responsable.

Loin de constituer une contre-force, elle a en effet préféré faire alliance avec la droite sur ce terrain. Mieux, elle a voulu prouver à quel point elle était encore plus zélée quand il s’agissait de faire peser le poids de la crise sur la population en augmentant les impôts, en réduisant les retraites, en gelant les traitements des fonctionnaires et en s’attaquant au code du travail. La gauche de gouvernement a ainsi cessé d’incarner une force de justice sociale dont l’objectif était l’égalité civile, politique et économique et dont le ressort était la lutte des classes. L’extrême droite n’a eu qu’à braconner dans les terres ouvrières en déshérence pour instrumentaliser la colère sociale d’une fraction de l’électorat populaire et la diriger contre les immigrés et le « système » supposé les favoriser.

Le pourrissement politique actuel est le produit direct de ce retournement de la sociale démocratie, mais aussi des défaites subies par le mouvement social et démocratique dans son opposition au néo libéralisme. À se briser contre un mur, une grande partie de ses forces s’est démobilisée. Une fraction de l’électorat de gauche, gagnée par le ressentiment, a même été captée par une extrême droite jouant habilement d’une posture « anti système ». L’opération a été largement facilitée par le ralliement ouvert du pouvoir socialiste à la logique de la compétitivité et à un sécuritarisme débridé. Cédant à une surenchère malsaine dictée par le calcul électoral, un républicanisme conservateur entend ainsi doubler sur sa droite la droite la plus dure et même l’extrême droite. Cette soumission décomplexée a, qu’on le veuille ou non, affecté de proche en proche toutes les composantes de la gauche tant elles paraissent également compromises dans ce virage. Rien ne sert de se réconforter à peu de frais en rappelant avertissements et critiques adressés de l’intérieur de la gauche au gouvernement. Ce qui est en cause, au point que sa prochaine disparition n’est plus inimaginable, c’est l’existence même de la gauche, de toute la gauche. L’indigence théorique, la paresse intellectuelle, la stéréotypie des discours, les appels grandiloquents à retrouver les grandes valeurs et les positionnements mesquins dictés par le calendrier électoral sont assurément en cause. Mais, plus que tout, c’est d’une complète panne d’imaginaire que souffre la gauche. La faillite historique du communisme d’état n’a à cet égard rien arrangé. Or il n’est d’alternative positive au néo libéralisme qu’en termes d’imaginaire. Faute de cette capacité collective à mettre au travail l’imagination politique à partir des expérimentations du présent, la gauche n’a aucun avenir. Il y va de la compréhension de la nature même de l’imaginaire néo libéral dont l’une des formes aujourd’hui les plus frappantes est l’ubérisation.

Car la singulière force du néo libéralisme est de se nourrir des réactions qu’il suscite, parce que ces réactions ne sont justement que des réactions.

La réaction doit ici s’entendre comme le contraire de l’action. Il s’agit d’une réponse à une action première qui a avant tout une valeur adaptative. La réaction n’a pas l’initiative, elle emprunte à ce à quoi elle réagit. Elle lui est en ce sens subordonnée et c’est en quoi elle est passive. Il n’est nullement innocent que le néo libéralisme célèbre la réactivité, pour lui, savoir s’adapter à une situation qui nous est imposée est la vertu première de ceux qui sont exposés à la concurrence dans la mesure où elle leur fait intérioriser la concurrence. Mais pour qui entend contester en bloc le système, pareille attitude est intellectuellement et politiquement suicidaire.

Or la crise de la gauche vient avant tout de son impuissance à surmonter la logique d’une auto définition purement réactive. Si le néo libéralisme s’est renforcé dans et par la crise, il ne peut en aller de même de ceux qui le combattent, loin de les renforcer mécaniquement en raison de son approfondissement, la crise ne peut que les affaiblir et les paralyser. Pour réunir les conditions d’un affrontement avec ce système, la gauche doit cesser d’être une gauche de réaction. Elle doit se rendre capable d’une véritable activité. Elle doit reprendre l’initiative. Elle doit contester directement le néo libéralisme comme forme de vie. Elle doit ouvrir l’horizon d’une vie bonne, sans rien céder à un pseudo-radicalisme libertarien qui récuse toute norme et toute institution et qui, par son refus de toute limite posée au désir, consacre en réalité l’illimitation du marché.

Mais il lui faut également cesser une fois pour toutes de ramener le néo libéralisme à un ultra libéralisme conçu comme un projet d’affaiblissement des états au profit du marché, ou même de faire de l’ultra libéralisme l’aboutissement d’un néo libéralisme abandonné à lui-même. Contrer un tel projet ultra libéral impliquerait alors de réhabiliter la puissance publique et le prestige du droit public. L’erreur est encore largement partagée. Alain Supiot parle ainsi de globalisation ultra libérale qui aurait pour aboutissement le dépérissement de l’état, amalgamant au passage ultra libéralisme et revendications libertariennes. Cette vision rend aveugle au phénomène majeur de ces dernières décennies, non pas le dépérissement de l’état, mais sa transformation profonde dans un sens qui est celui non d’une simple « restriction du périmètre de la démocratie », mais d’un évidement de celle-ci à l’initiative de l’état.

Nous n’avons certes pas affaire à un totalitarisme, mais nous n’avons certainement plus affaire à l’état de droit classique. Et pour cause, tout le registre des fondements a basculé du côté de la compétitivité et de la sécurité, deux principes qui sont le secret de plus en plus éventé de la constitution néo libérale. C’est pourquoi il ne suffit plus, comme le faisait Jacques Rancière il y a dix ans, de parler d’états de droit oligarchiques.

Qu’ils soient oligarchiques, il n’y a pas à en douter, mais qu’ils soient de droit suppose au minimum une précision. Ces états seraient, selon Jacques Rancière, ceux où « le pouvoir de l’oligarchie est limité par la double reconnaissance de la souveraineté populaire et des libertés individuelles ».

Cette définition convient peut-être aux démocraties libérales classiques mais sûrement pas à nos systèmes politiques néo libéraux. La souveraineté populaire et les libertés individuelles y sont précisément les cibles récurrentes de mises en cause, de dénonciations et de restrictions. Plus exacte serait donc l’affirmation selon laquelle le pouvoir de l’oligarchie limite de plus en plus la souveraineté populaire et les libertés individuelles. Mais il ne faut surtout pas oublier que, dans la langue de l’oligarchie néo libérale, l’état de droit renvoie précisément à la supériorité du seul droit privé et, pour aller au cœur des choses, à la prévalence du droit de propriété. Et c’est bien d’ailleurs ce que Jacques Rancière relève quand il souligne que « le pouvoir social de la richesse ne tolère plus d’entraves à son accroissement illimité et ses ressorts sont chaque jour plus étroitement articulés aux ressorts de l’action étatique ». En d’autres termes, les états oligarchiques érodent l’autorité du droit public au seul profit des normes du droit privé.

La reconstruction de la gauche a pour préalable une juste compréhension du rôle actif de l’état dans l’offensive destinée à défaire la démocratie sous toutes ses formes, y compris libérales. La défiance à l’égard de l’état est donc de mise. Fiction fondamentale de l’étatisme, « l’état instrument », ou levier immédiatement disponible pour l’action publique, vient fort opportunément jeter un voile sur la réalité déplaisante d’un état qui n’est plus le correcteur des marchés ni même le garant extérieur de leur fonctionnement, mais qui est devenu un acteur néo libéral à part entière.

L’imaginaire néo liberal n’est pas l’utopie libertarienne, il ne condamne pas l’état à l’inexistence, il l’enrôle dans la logique de la concurrence, ce qui est tout autre chose. On ne fera pas pièce à cet imaginaire en préconisant le grand retour de l’état ou la restauration de la loi. On ne ferait ainsi que renforcer son emprise. Le retour des schémas nationaux et étatiques ne fait en ce sens que trahir la subordination intellectuelle persistante de la gauche.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 19:49

Des diplomates américains veulent frapper le régime syrien (Reuters)

Vendredi 17 Juin 2016

Une cinquantaine de responsables du département d’état ont signé une note interne très critique sur la position américaine en Syrie et appellent à des frappes contre le régime de Bachar al Assad afin d'arrêter ses violations chroniques du cessez-le-feu.

La note, signée par cinquante et un fonctionnaires de la diplomatie américaine impliqués dans l'élaboration de la stratégie en Syrie, a été dévoilée par le Wall Street Journal.

Elle appelle à des « frappes militaires ciblées » contre le gouvernement syrien au vu du non respect de la trêve mise en place à la fin du mois de février 2016, rapporte le quotidien américain qui s'appuie sur des copies du câble diplomatique qu'il a pu consulter.

Des frappes militaires contre le gouvernement de Bachar al Assad représenteraient un changement majeur dans la politique du gouvernement de Barack Obama qui concentre pour l'instant ses opérations aériennes en Syrie contre les positions de l'Etat Islamique, via la coalition internationale.

Un responsable américain, qui n'a pas signé le câble mais l'a lu, souligne que la Maison Blanche reste opposée à une implication militaire plus poussée dans le pays.

En visite à Copenhague, le secrétaire d’état John Kerry a estimé que cette note constituait un « document important » qui serait discuté à son retour à Washington.

« C'est un document important et je respecte très fermement le processus. J'aurai l'occasion de rencontrer les auteurs à mon retour », a ajouté John Kerry précisant ne pas avoir consulté le document.

La note utilise un canal de communication interne habituel qui permet aux fonctionnaires du département d’état d'exprimer des vues différentes, explique John Kirby, porte-parole du département d’état.

« Nous sommes en train d'examiner la note, parue très récemment, et je ne vais pas commenter les commentaires », a-t-il déclaré dans un courriel.

Pour Robert Ford, qui a quitté son poste d'ambassadeur des Etats-Unis en Syrie en 2014 en raison de désaccords stratégiques, la note comporte « un nombre stupéfiant » de signatures.

« Depuis quatre ans, le niveau opérationnel du département d’état appelle à davantage de pression contre le gouvernement de Bachar al Assad en vue d'aller vers une solution négociée », a poursuivi l’ancien diplomate, désormais employé par le groupe de réflexion Middle East Institute.

Le directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), John Brennan, a estimé jeudi devant le congrès américain que Bachar al Assad bénéficiait d'une position plus favorable qu'il y a un an de cela, grâce notamment aux frappes russes menées contre l'opposition. Il a également indiqué que la capacité terroriste de l'Etat Islamique n'avait pas été entamée.

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