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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 21:55

Colombie: purge sans précédent de l'armée pour des disparitions

Mercredi 29 octobre, 20h08

www.fr.news.yahoo.com

 
Le gouvernement colombien a démis de leurs fonctions trois généraux et 24 autres officiers et sous-officiers pour leur implication présumée dans des exécutions extrajudiciaires, une purge qui intervient pendant la visite du Haut commissaire des droits de l'homme de l'Onu.

Le ministère colombien de la Défense a annoncé mercredi que le nombre de militaires limogés dans le cadre de cette affaire s'élevait à 27 et non 25 comme indiqué un peu plus tôt par le chef d'état-major interarmes Freddy Padilla de Leon.

Au total, trois généraux, 11 colonels, un capitaine, un lieutenant, quatre majors et sept sous-officiers ont tous été démis de leurs fonctions dans le cadre de l'enquête ouverte sur la disparition d'une vingtaine de jeunes dans des quartiers pauvres du sud de Bogota.

Le général Padilla a annoncé ces limogeages sans précédent dans l'armée depuis que le président Alvaro Uribe a été élu en 2002, après une conférence de presse à laquelle ce dernier et le ministre de la Défense Juan Manuel Santos participaient.

Une enquête menée depuis le 3 octobre par l'armée "a mis en lumière que des membres des forces armées avaient pu être impliqués dans des assassinats", a annoncé le président.

"Dans certaines instances de l'armée, il y a eu négligence et manque de respect des procédures (...) ce qui a permis que certaines personnes puissent être impliquées dans des crimes", a-t-il ajouté.

Les autorités ont notamment destitué le général de la septième division Roberto Pico Hernandez, le général de brigade Jose Joaquin Cortes, commandant de la IIe division, et le général de brigade Paulino Coronado Gamez, de la trentième brigade, comptant des bataillons déployés dans le nord-ouest du pays. Tous trois ont clamé leur innocence.

Les jeunes disparus avaient été déclarés morts au combat dans les rangs de la guérilla dans le département Norte de Santander (nord-ouest), à peine quelques jours après leur disparition signalée à Bogota.

Ces "morts au combat" ont paru peu vraisemblables à leurs proches, estimant peu crédible qu'ils aient pu en seulement quelques jours rejoindre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), recevoir une formation et participer à des opérations.

Lorsque le scandale a éclaté fin septembre - après la découverte de 19 cadavres dans des fosses communes du nord-ouest du pays, à Ocana - certains ont fait le rapprochement avec la pratique dite des "faux positifs", selon laquelle des unités de l'armée colombienne exécute des civils pour gonfler les chiffres de guérilleros tués et obtenir ainsi des récompenses.

Cette pratique a été amplement dénoncée par les organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty international, mardi.

En 2007, selon cette ONG, 330 exécutions extrajudiciaires par les forces de l'ordre ont été comptabilisées, contre 220 en moyenne en 2004-2006 et environ 100 en 2002.

"La plupart des victimes étaient des paysans ou des dirigeants communautaires que les forces de l'ordre ont présenté faussement comme des guérilleros morts au combat", a écrit Amnesty.

L'annonce de la destitution des généraux intervient alors que le Haut commissaire des droits de l'homme de l'Onu, Navi Pillay, arrivée dimanche soir, est en visite en Colombie.

Le cas de la Colombie fera l'objet d'un examen spécifique par le Conseil des droits de l'homme de l'Onu en décembre. La situation colombienne sur cette question soulève aussi la contestation parmi les congressistes démocrates du grand allié américain, dont la politique à l'égard de Bogota pourrait de ce fait se durcir si le candidat démocrate à la présidentielle Barack Obama était élu en novembre.




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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 21:51
« Bakchich » porte plainte contre Philippe Val


www.bakchich.info

Dans son dernier livre et sur RMC, le patron de « Charlie Hebdo », Philippe Val, a comparé notre site au journal raciste, antisémite, et pro-nazi, « Je suis partout ». Nous portons plainte.

Dans son livre paru ce mardi 28 octobre aux éditions Grasset, Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous, Philippe Val compare Bakchich à Je suis partout, un journal des années 1930 et 1940, fasciste, raciste, antisémite, et organe de propagande, en France, de l’idéologie nazie dont voici une couverture piquée ici.

Après un paragraphe où Val revient sur les affaires des caricatures de Mahomet et celle de Siné, il s’en prend aux sites internet d’information :

« Mais au fond, tout cela est anecdotique, l’affaire Siné révèle quelque chose d’autrement plus grave et plus profond.

D’abord, la question des sites d’information sur Internet, qu’ils soient autonomes comme, par exemple, Médiapart, Rue 89 ou Bakchich, ou qu’ils soient les appendices des grands titres comme Le Monde, Marianne ou Le Nouvel Observateur.

Ne parlons même pas de Bakchich, qui actualise et adapte sur Internet les méthodes glorieuses de Je suis partout. Malheureusement, ce genre de site d’informations n’est pas l’exception, c’est la règle. » Et Philippe Val, dans son livre, de s’en prendre à nos confrères de Médiapart et de Rue 89.


Après ces déclarations, où Bakchich est comparé à ce journal symbole de la collaboration avec l’occupant nazi, Je suis partout, Philippe Val persiste et signe lors d’une émission, « Les grandes gueules », sur RMC, mardi 28 octobre.

« – Les Grandes Gueules, à Philippe Val : Vous avez des mots très durs envers les sites internet d’information, notamment Bakchich.info. Vous faites une comparaison entre Bakchich et Je suis partout, qui rappelons-le pour les plus jeunes était un journal collabo et antisémite, c’est fort ça ?

– Philippe Val : Bakchich, oui, c’est un site extrêmement médiocre, qui se permet d’écrire des choses sur les gens, encore une fois sans preuves, de répercuter des rumeurs. »

Cette comparaison est insultante et inadmissible. Elle n’entre pas dans le cadre normal du débat public. Bakchich a décidé de porter plainte, dès demain mercredi.




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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 21:50

http://www.survie-paris.org/agenda-survie-paris/article/jeudi-6-novembre-19h-reunion

Jeudi 6 novembre - 19h - Réunion mensuelle de Survie Paris Ile de France

La réunion mensuelle des adhérent-e-s et sympathisants de Survie Paris Ile-de-France est ouverte à tous.

Au programme, ce mois-ci

Echanges autour de l’actualité : procès Angolagate, etc

Lancement Campagne "Business & dictatures"

Bilan du Sommet citoyen sur les migrations

Lieu : Maison des Associations, 5 rue Perrée, M° République / Temple

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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 21:13

 

Note d’information et de mise au point


En date du 20 octobre, le Quai d’Orsay a publié un communiqué sur la situation de Salah Hamouri. Celui-ci appelle des mises au point factuels pour la clarté des choses.

1. Le Quai d’Orsay s’obstine à indiquer que Salah Hamouri « a choisi de plaider coupable ». Ceci est inexact. Il convient de rappeler que, après 3 ans passés en prison, Salah Hamouri n’était toujours pas jugé. La position de la France n’étant pas de demander, comme pour d’autres, la libération pour notre compatriote mais seulement un « procès rapide », cet unique message a été transmis par le Ministre des Affaires étrangères de France à ses homologues israéliens. Cela s’est passé très exactement le 17 février 2008, suite à sa rencontre de quelques minutes avec la famille de Salah au Consulat général de France à Jérusalem qui s’est déroulée la veille, le 16 donc, en soirée exactement.

Le 18 février, suite à cette demande française énoncée le 17, le procureur du tribunal militaire (notons ce point : jamais dans son communiqué le Quai ne parle de « tribunal militaire » mais de « justice israélienne »), faisait savoir par l’intermédiaire de l’avocate de Salah Hamouri que son procès pouvait déboucher rapidement et proposait un « arrangement ». Exactement le suivant : « Ou bien Salah accepte de plaider coupable et il sera condamné à 7 ans de prison ou bien il refuse et ce sera plus ». Telle est la stricte vérité.

Salah et sa famille, sur les conseils de l’avocate, a accepté cet « arrangement » (comme le font 95% des prisonniers palestiniens). Autrement dit, pour éviter une peine plus lourde, il s’est accusé faussement. On ne peut donc pas parler d’un choix de Salah de plaider coupable. Il s’agit d’autre chose que la France ne se résout pas à reconnaître : à savoir un chantage odieux qui n’a rien à voir avec la justice, telle qu’elle fonctionne du moins dans un Etat de droit.

2. Dans le même communiqué, il est indiqué que Salah « n’a pas souhaité faire appel » de la décision. Ceci est au minimum un non-sens puisque aucun appel n’est permis devant un tribunal militaire israélien d’autant qu’il y a un « accord » préalable sur la hauteur de la peine au terme du plaider coupable (7 ans en l’espèce). On ne peut dire tout et son contraire.

3. Il est indiqué aussi que Salah n’a déposé « aucune remise de peine ». Il est à noter, et à savoir, qu’une remise de peine (rarissime au demeurant quant à son aboutissement s’agissant d’une condamnation prononcée par un tribunal militaire qui est installé à Ofer, dans les Territoires palestiniens) ne peut avoir lieu, dans ce cas, qu’une fois les 2/3 du temps de la condamnation effectué. Ce qui repousse à juillet prochain pareille éventualité.

3. Toujours dans le même communiqué, il est indiqué que Salah n’a pas demandé une « amnistie ». Il faut savoir que l’amnistie n’existe pas en Israël. On ne parle pas ici, car il ne s’agit pas d’une amnistie, des libérations décidées politiquement par vote du Cabinet israélien, comme cela s’est passé récemment avec la libération de 198 prisonniers palestiniens, décision politique qui passe outre le respect des décisions de justice israélienne alors qu’on on nous rebat les oreilles du côté français sur son caractère « indépendant » ce qui gênerait l’action de la France.   

Il existe par contre un système de grâce présidentielle. Bien avant l’existence de notre comité, nous avons demandé expressément que ce soit la France qui, à l’instar d’un autre cas bien plus sulfureux, fasse elle-même la demande auprès du Président Pérès.


On aura compris que ou bien elle ne l’a pas fait ou bien la démarche a été sans suite. Salah étant citoyen français c’est bien évidemment à l’Etat français de faire tout ce qui est en son pouvoir ce qui, en l’espèce, est autrement plus efficace qu’une demande de Salah. On ne peut lui demander qu’il implore la grâce alors qu’il n’a rien fait et qu’en plus il a plaidé coupable. On voudrait faire comprendre que Salah est l’objet d’un juste procès qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

4. Selon le texte du communiqué, « la France a également demandé à l’Autorité palestinienne de relayer auprès d’Israël son souhait que Salah Hamouri soit inclus dans la liste des prisonniers à libérer par Israël ». Il faut savoir que dès que les responsables israéliens ont fait savoir leur intention, à Paris, de procéder à un élargissement de prisonniers palestiniens, nous sommes intervenus auprès du Quai et autres pour que la France demande que Salah soit sur la liste.  Cela a été demandé le 7 août exactement. Si la France a bien exprimé « son souhait que Salah Hamouri soit dans la liste », on notera qu’elle n’a pas été entendue. On se demande bien comment on peut se retourner en pareille situation vers l’Autorité palestinienne qui est encore bien moins écoutée que la France (euphémisme) et qui, renseignements pris, n’ jamais son mot à dire sur le sujet. Les décisions israéliennes sont unilatérales en ce domaine aussi. Cette façon de se décharger sur l’Autorité palestinienne ne témoigne pas d’une hauteur de vue ainsi qu’à une certaine dignité de soi.

Tous ces éléments concrets pour que tout soit clair. Ce sont des faits. Uniquement des faits. On notera donc finalement que, en demandant aujourd’hui simplement la « clémence » pour Salah, la France s’inscrit dans une démarche qui consiste à considérer que tout ce qui arrive à Salah Hamouri est « normal », sinon que c’est de sa faute et celle de l’Autorité palestinienne, relativement à la situation qui prévaut en Israël, y compris en matière de « justice ». Le droit international qui souligne et condamne l’occupation israélienne et ses conséquences, les Conventions de Genève – tout cela tombe puisque, aux yeux des autorités françaises actuelles, Israël est un Etat de droit comme les autres.

Ce communiqué du Quai d’Orsay qui tente de faire contre-feu à l’action de notre Comité en confirme au contraire la nécessité et le bien-fondé. Ne pas dire la vérité est une toujours preuve de faiblesse et de gêne, d’embarras. Celles-ci ne sont pas de notre côté. 





Note d’information rédigée par Jean-Claude Lefort, le 22 octobre 2008




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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 21:06


http://marginales.free.fr/spip.php?article102

Dominique Grange

Appel à la libération de Rouillan
lundi 27 octobre 2008

Le texte qui suit a été rédigé à l’occasion de la conférence de presse pour la libération de Jean-Marc Rouillan qui s’est tenue le 15 octobre 2008, à Paris [1]. Ce texte de la chanteuse « engagée à perpétuité » a été partiellement reproduit dans le courrier des lecteurs de Siné Hebdo, le 22 octobre 2008.


Nous avons été très nombreux à nous mobiliser, en 2007, pour la libération des militants d’Action Directe emprisonnés depuis plus de vingt ans, et c’est le 6 décembre de cette année-là, que la nouvelle de la « libération » de Jean-Marc Rouillan s’est propagée à la vitesse de l’éclair sur nos téléphones portables et dans les médias.

La liberté, pour Jean-Marc, enfin… on n’osait pas y croire ! Jean-Marc sortit pourtant de sa geôle de Lannemezan, puis débarqua à Marseille, dûment escorté. C’est là qu’il allait prendre ses nouveaux quartiers d’hiver et revêtir un étrange costume, celui d’un homme soudain coupé en deux, libre le jour, reclus la nuit. Libre le jour, en apparence, travaillant, marchant dans la rue comme un passant ordinaire, cassant la croûte avec des copains dans un bistrot, puis, le soir venu, regagnant seul sa cellule pour y passer une énième nuit de captif derrière des portes verrouillées, à l’image des quelques 7.600 nuits que représentèrent ses presque vingt et une années d’enfermement… Voilà donc comment on la lui avait aménagée, cette liberté tant attendue, ou plus exactement cette « semi-liberté », dans l’attente d’une autre encore, conditionnelle, celle-ci, qui lui serait peut-être consentie plus tard, à condition que, bien docile, il accepte de se châtrer de l’être pensant qu’il est, un être doué de cette parole qui nous différencie des animaux et qu’on lui interdit aujourd’hui en le renvoyant à la solitude et au silence d’un cachot. Jean-Marc a répondu, comme tous nous aurions pu le faire, aux questions d’un journaliste. En homme libre, concerné par le monde qui l’entoure, et sans jamais franchir les limites imposées par la justice quant à l’évocation de son passé de militant d’Action Directe. Il a simplement réaffirmé qu’il est un homme engagé dans son temps, que sa conscience politique ne s’est pas émoussée, malgré les années d’isolement, les grèves de la faim, les brimades, et cette « mort lente au fil des jours », si bien décrite dans son premier roman Je hais les matins… Il a revendiqué sa révolte face aux injustices, aux violences faites aux plus faibles, aux précaires, aux sans-papiers, aux sans-voix, et s’en est exprimé avec sincérité pour expliquer son nouvel engagement politique au sein du Nouveau parti anticapitaliste.

Voilà son crime, voilà ce qui lui a valu, en arrivant un soir aux Baumettes comme à l’accoutumée, de se voir pris comme une souris au piège de l’arbitraire. Voilà l’absurdité d’un système qui, non content des 21 ans d’une peine accomplie, voudrait l’emmurer encore dans un silence servile, le décérébrer et emprisonner jusqu’à sa pensée même. Chaque mot prononcé par Jean-Marc Rouillan dans cette interview a été l’objet d’un véritable procès d’intention de la part de ceux qui le guettaient depuis sa sortie dans l’attente d’un faux pas…

L’interdiction de parole : voilà donc l’issue perverse à ces vingt et un ans de mort lente, le coup de grâce, en quelque sorte ! Au moins, en montant à l’échafaud, avait-on le droit, avant d’être raccourci, de revendiquer jusqu’au bout ses convictions et de les crier haut et fort une dernière fois vers la foule assemblée, afin qu’elles vous survivent… Ici, la double peine pour Jean-Marc Rouillan, militant révolutionnaire qui ne s’est jamais renié, a été minutieusement programmée. Un simulacre de liberté, perpétuellement sous surveillance, les projecteurs des miradors braqués sur chaque mot prononcé, épiant le moindre glissement de la pensée, la moindre entorse à la sinistre logique d’une justice qui fait de lui aujourd’hui un détenu sans aucun motif pénal, parce qu’il s’est exprimé publiquement et ne s’est pas laissé réduire à devenir ce que le pouvoir voudrait qu’il soit : un fantôme, un militant vidé de sa substance, une ombre à jamais interdite de parole.

Tous les être humains naissent libres et égaux en droits. Parmi ceux-ci figure ce droit à la parole qu’il nous faut défendre bec et ongles : pour Jean-Marc Rouillan, dont la réincarcération actuelle constitue une mesure sans précédent dont nous avons le devoir de dénoncer le caractère arbitraire, mais aussi pour nous tous, citoyens de ce pays, avant que l’arbitraire, qui est le sinistre apanage des régimes autoritaires, n’y devienne la règle pour tous.

C’est pourquoi nous exigeons aujourd’hui la liberté de parole et la remise en liberté immédiate et sans condition de Jean-Marc Rouillan.

Dominique Grange, chanteuse engagée à perpétuité

P.-S.

Si vous souhaitez signer la pétition pour la libération de Jean-Marc Rouillan, c’est ici.

Notes
[1] Conférence de presse pour la libération de Jean-Marc Rouillan, le 15 octobre 2008 au Centre International de Culture Populaire, 21ter Rue Voltaire, Paris.




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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 20:39

Collectif Unitaire pour un Front Syndical de Classe (fondé en 2005 par des militants CGT et FSU afin de regrouper les efforts pour la défense du syndicalisme de classe)

 Soutien à l'UL CGT de Douai

 A mesure que l'offensive antisociale et anti-démocratique s'accentue contre les travailleurs sous l'égide de Sarko-Medef et d'une Union européenne d'autant plus décidés à "accélérer les réformes" que leur crise entame encore un peu plus leur légitimité à casser tous les acquis populaires, les directions syndicales rivalisent d'attentisme alors que les luttes se développent à la base dans l'automobile, dans l'Education, à la poste, chez les ouvriers du Livre...  et que rien n'est fait pour les renforcer par la construction d'un combat d'ensemble contre leur adversaire commun. Va-t-on continuer encore longtemps à laisser les mobilisations sectorielles s'épuiser face à un adversaire qui a déclaré la guerre à l'ensemble du monde du travail ?

 Pire, la confédération CGT semble désormais avoir franchi un cap en décidant d'ouvrir la chasse aux syndicalistes combatifs et d'attaquer les organisations qui refusent une évolution vers le syndicalisme d'accompagnement si contraire à l'histoire et à l'héritage de la grande CGT. A Dreux, à Saint-Raphaël ou à Toulouse, des UL CGT subissent ainsi d'importantes pressions (en particulier financières par l'intermédiaire du système Cogetise qui sert à faire rentrer dans le rang les organisations "récalcitrantes" à l'image de ce qui s'est passé à la CFDT il y a plusieurs années). Mais c'est l'UL de Douai qui connaît la situation à la fois la plus difficile et la plus emblématique.

 Alors que cette UL est fortement ancrée dans son territoire avec des dirigeants légitimes et reconnus par les travailleurs, elle est victime d'une offensive concertée de l'UD et de la Confédération qui cherchent à lui casser les reins au seul motif qu'elle conserve des positions de classe et refuse l'accompagnement de la "rupture sarkozyste". L'UD vient ainsi de saisir les tribunaux afin de : faire défense au secrétaire général de l'UL de tenir le congrès de l'UL de  Douai sous astreinte de 20000 euros en cas d'infraction ; suspendre toute opération ou acte statutaire de l'UL CGT de Douai ;  de désigner un administrateur ad hoc afin d'organiser un congrès selon des dispositions décrétées par l'UD CGT NORD.

 Il s'agit purement et simplement d'un déni de démocratie syndicale et d'une tentative d'obtenir par voie judiciaire ce que l'UD et la confédération ne peuvent obtenir par la voie syndicale normale.

 Les militants syndicaux CGT du CUFSC, qui sont pour beaucoup dans le lancement et le succès de la "lettre ouverte de masse aux états-majors syndicaux", s'indignent des manœuvres de la confédération CGT qui trouve davantage d'énergie pour attaquer des organisations démocratiques de la CGT que pour combattre le gouvernement aux ordres du MEDEF et de l'UE. Ils assurent l'UL de Douai, ses dirigeants et son secrétaire général Jacques Leclercq, de leur plein soutien. Ils appellent l'ensemble des militants syndicaux, des syndicats et collectifs syndicaux à manifester leur solidarité et à se regrouper dans le combat contre la casse anti-sociale et ceux qui ont choisi de l'accompagner.

 

Le 27 Octobre 2008

 

 

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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 19:59


Nous vous faisons parvenir cet appel afin de vous demander de prendre position pour l'écrivain Jean Marc Rouillan dans la lutte qu'il mène depuis sa cellule pour retrouver la liberté. Lutte contre l'hypocrisie de l'État français qui après lui avoir fait payer ses actes lui refuse le droit de tourner la page et voudrait lui dicter un repentir qui ne permet pas de 'faire le bilan critique' de la question ainsi occultée.

 

Jean Marc pense que la question de la liberté d'expression est la seule capable de faire sauter le verrou qui le maintient en détention. Nous avons besoin de votre soutien et de vos écrits critiques pour que cette révocation de la semi liberté dont il bénéficiait apparaisse aux yeux de tous (et sans pouvoir compter sur les medias qui ont déformés ses propos) pour ce qu'elle est un déni de justice et un acharnement. Nous avons besoin de votre liberté de parole pour qu'un homme ne soit pas puni de prison pour ce qu'il n'a pas dit.


NB: Déjà près de 100 signataires en une journée témoignent de l'émotion que suscitent les conditions de cette réincarcération.

 

Parmi les premiers signataires :  André Schiffrin, François Bouchardeau, Francis Combes, Éric Hazan, Cédric Demangeot, Catherine et Dominique Fagnot (éditeurs), Dominique Grange (chanteuse), Serge Quadruppani, Jean-Pierre Bastid, Jérémy Beschon, Jean-Baptiste Couton (écrivains),Louise Ottini (traductrice), Nicolas Offenstadt (historien),Jean-Pierre Berlan (chercheur), Pierre Carles(cinéaste), Xavier Montanya (journaliste), Jean-Jacques Gandini(avocat), des militants et des responsables politiques...

N'hésitez pas à renvoyer ce mail à vos contacts et à imprimer les tracts ci-joints.


Pour signer c'est ici !

http://marginales.free.fr/spip.php?article94#sp94

--

 

Jean Marc Rouillan vient de voir son régime de semi-liberté révoqué par le tribunal d’application des peines. En le réincarcérant au motif d’avoir commenté la contrainte dont il fait l’objet – ne pas s’exprimer sur les faits pour lesquels il a été condamné –, c’est en réalité toute possibilité d’expression que l’État français lui refuse. La procédure d’appel étant aujourd’hui engagée, il est urgent de se mobiliser pour sa libération.


Depuis2001, Jean Marc Rouillan a publié neuf ouvrages (récits et romans) qui sont l'expression politique d’un écrivain et d’un individu revendiquant son appartenance à la classe des opprimés et à une littérature prolétarienne dont Henry Poulaille disait : « Il nous suffit de puiser dans nos souvenirs, de montrer, sans rien y changer, la réalité telle qu’elle nous est apparue à notre entrée dans le monde pour faire œuvre révolutionnaire. » La condamnation renouvelée de Rouillan est emblématique de cette volonté du pouvoir, maintes fois démontrée dans l’histoire lointaine et proche, d’empêcher l’expression libre de la parole du peuple. Et le monde intellectuel ne laisserait pas, sans se mettre lui-même en danger, bafouer la liberté d’expression. Comment ne se rallierait-il pas à ce qu’écrivait le suédois Stig Dagerman sans cesse cité par le nouveau prix Nobel J.M.G. Le Clézio ?
 

«Il existe un reproche qui est bien plus fondé que les autres : celui qui porte sur l’absence de prise de position de l’écrivain dans la lutte sociale. Le poète doit comprendre qu’il ne suffit pas de dire que la littérature est un monde à part. Il ne saurait non plus proclamer, avec des trémolos dans la voix, qu’il désire rester libre car personne ne peut être «libre» au point d’être dispensé de prendre position pour les opprimés dans leur lutte contre des oppresseurs qui, malgré tout ce que l’on pourra dire, resteront un fait indéniable tant que durera l’actuel système social. Parler de liberté dans ce contexte est synonyme de paresse, de lâcheté ou d’indifférence. […] Toutes les réformes et les utopies sociales paraissent futiles dans un système mondial où la faillite paraît la seule chose certaine. Et pourtant, il s’agit de se défendre contre cet ordre-là, voire de l’attaquer, même si l’on est tragiquement conscient du fait […] que cette défense comme cette attaque ne peuvent être que symboliques, mais qu’elles sont indispensables si l’on ne veut pas mourir de honte. »
 

Nous appelons les écrivains, les philosophes, les éditeurs, les cinéastes, les artistes, les journalistes, toute personne confrontée à la censure, à prendre position sur cette interdiction de parole dont est frappé aujourd’hui un écrivain français en signant et en diffusant cet appel. Faites-nous également parvenir votre soutien par des textes courts, qui seront mis en ligne avec cet appel.
 

Nous considérons que les conditions de la remise en détention

de Jean Marc Rouillan sont une atteinte au droit de libre expression.

 

Nous sommes révoltés par l’interprétation des propos de Jean Marc Rouillan

faite par certains medias et par le tribunal d’application des peines.

 

Nous nous élevons contre sa remise en détention et demandons sa libération sans condition.

 

Site internet : http://marginales.free.fr/spip.php?article94


Adresse postale : Les Billardes - 04300Forcalquier.


 

 

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 21:52

«Il est temps de donner leur chance aux démocrates»

http://www.liberation.fr/monde/0101164757-il-est-temps-de-donner-leur-chance-aux-democrates

Francis Fukuyama, philosophe, inventeur de «la fin de l'histoire», dresse le bilan du néoconservatisme, doctrine officielle de l'administration Bush. Néoconservateur actif durant ces années-là, il vire sa cuti et appelle à voter Obama.

Recueilli par ÉRIC AESCHIMANN et FRANÇOIS NOUDELMANN

Né en 1952 à Chicago, philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques, Francis Fukuyama a accédé à la notoriété mondiale par un simple article, publié en 1989 dans la revue The National Interest, où il avançait l’idée que l’histoire, conçue comme un combat entre des modèles idéologiques rivaux (communisme, totalitarisme, démocratie), venait de toucher à sa fin avec la perestroïka et l’avènement d’un consensus mondial autour de l’idéal démocratique.

Vous étiez un néoconservateur, vous avez étudié avec Alan Bloom, le théoricien du néoconservatisme, vous avez travaillé avec Paul Wolfowitz, le sous-secrétaire d’Etat à la Défense du premier mandat Bush. Aujourd’hui, vous dites que vous n’êtes plus un «néocon», pourquoi ?

Le néoconservatisme est un mouvement intellectuel complexe et divers, où l’on trouve à la fois une réflexion sur l’utilisation de la puissance américaine pour favoriser la démocratie dans le monde et un fort scepticisme sur les tentatives de social engineering, sur l’efficacité des institutions internationales, sur la possibilité d’obtenir des résultats par la contrainte. Je crois que personne n’a compris qu’il y avait un conflit potentiel entre ces deux tendances, jusqu’à la guerre d’Irak, qui était un projet très ambitieux de contraindre une dictature et de construire un état démocratique. Les idéaux néoconservateurs, auxquels j’adhère encore aujourd’hui, viennent d’une gauche qui a subi de nombreuses désillusions, qui croyait que la démocratie et la justice n’étaient pas seulement des principes américains, mais qu’ils étaient valables pour tout le monde et que les Etats-Unis avaient, plus que quiconque, l’obligation de les soutenir partout dans le monde.

Quand l’administration Bush s’est lancée dans la guerre, je n’avais pas d’objections sur le principe. Mais il m’a très vite semblé que l’opération était mal préparée, que sa difficulté était sous-estimée, qu’on n’avait pas averti le peuple américain des résistances auxquelles l’Amérique allait se heurter et qu’elle traduisait une conception «léniniste» de l’usage du pouvoir américain. Or, dans un monde unipolaire, une telle conception est très dangereuse car elle présuppose la confiance des autres pays dans les bonnes intentions des Etats-Unis - bonnes intentions dont le déroulement de la guerre n’a pas vraiment donné la preuve. C’est pourquoi, à mes yeux, et contrairement aux néoconservateurs, je pense qu’il faut désormais restreindre la politique américaine. Voilà l’origine de ma rupture.

Qu’entendez-vous par «léninisme conservateur» ?

C’est un professeur de Berkeley qui a fait la comparaison, en disant que j’étais l’équivalent de Marx pour le néoconservatisme et que Robert Kagan ou Bill Kristol en étaient les Lénine… Comme Marx, je crois aux évolutions à long terme. Le concept de la «fin de l’histoire», que j’ai proposé d’appliquer en 1989 à la situation créée par la chute du mur de Berlin, vient d’Hegel et a d’abord transité par Marx. Pour lui, la «fin de l’histoire», c’était l’utopie communiste. Ce que j’écrivais alors, c’est qu’avec la chute du communisme, il ne restait plus qu’un seul horizon politique possible, la démocratie bourgeoise, mais qu’y parvenir serait une affaire de long terme, lente, difficile. Les «léninistes», eux, veulent accélérer le processus en usant du rapport de forces - notamment, depuis le 11 Septembre, pour la démocratisation au Moyen-Orient. Je crois que c’est une erreur.

Conservez-vous malgré tout l’hypothèse d’une «fin de l’histoire», c’est-à-dire d’un objectif universel vers lequel tendrait l’humanité entière ? Et si oui, cet objectif est-il la démocratie libérale ?

Il me semble qu’il y a de bonnes raisons de penser que oui. Prenez la Chine. C’est l’exemple d’une expérience alternative de modernisation autoritaire qui a rencontré un succès immense. Mais les Chinois pourront-ils atteindre un modèle de prospérité avec une dictature ? Regardez les scandales à répétition concernant l’environnement, la sécurité des consommateurs, les injustices ordinaires, les paysans dépossédés de leurs terres : voilà autant de fruits d’un système politique où le pouvoir n’est pas responsable devant ses citoyens. Dans une société moderne complexe, un tel système ne peut donner aux gens le genre de vie à laquelle ils aspirent. Il va donc y avoir des pressions de plus en plus grandes pour instituer un gouvernement responsable devant ses citoyens. Peut-être pas exactement comme aux Etats-Unis ou en Europe, mais l’aspiration à une plus grande participation est là et montre que la démocratie reste l’objectif à long terme de l’évolution sociale.

Comment définir la démocratie? Les Etats-Unis sont-ils une démocratie achevée ?

Je n’ai jamais dit que les Etats-Unis étaient le modèle de la fin de la démocratie. Alexandre Kojève, le grand commentateur d’Hegel, avait beaucoup réfléchi à la question de la fin de l’histoire. Puis il est devenu bureaucrate à la Communauté européenne, car il pensait que l’Europe représentait justement la possibilité de cette fin de l’histoire. Je crois qu’il avait raison : dans son effort pour transcender les Etats nations et remplacer les pouvoirs politiques par des règlements et des lois, l’Europe s’approche plus d’une réelle fin de l’histoire que les Etats-Unis, qui continuent de se glorifier de leur puissance militaire et défendent jalousement leur souveraineté.

Les attaques du 11Septembre et le terrorisme islamique n’attestent-ils pas que certains n’aspirent pas à la démocratie, mais à l’avènement d’un régime théologico-politique ?

Il y a, au Moyen-Orient, des gens qui aspirent à une démocratie islamique. Ils entérinent l’idée d’une démocratie, mais en la séparant de l’idée libérale. Cela constitue une réelle alternative, mais dont je ne pense pas qu’elle puisse aller très loin. Personne en Europe, en Amérique latine, en Afrique, ne songerait à s’emparer d’un tel modèle et même dans le monde musulman, il s’agit plus d’une réponse à l’échec de l’islam face à la modernité que d’une alternative authentique. La Chine est un adversaire plus sérieux, car elle a su composer avec la modernité, en faire son propre usage, être compétitif, croître, se servir des sciences et de la technologie tout en restant sous l’emprise d’un régime autoritaire. Il y a en Asie beaucoup de discussions sur les avantages comparés des modèles chinois et indiens. En Inde, par exemple, l’existence d’une opposition démocratique crée parfois des obstacles insurmontables à certains projets économiques, comme on l’a vu encore récemment avec le groupe automobile Tata, qui a renoncé à construire une usine.

Que pensez-vous de la thèse de Samuel Huntington sur le choc des civilisations ?

Samuel Huntington a été mon professeur, c’est un ami et j’ai beaucoup de respect pour lui. Néanmoins, il n’existe qu’une seule «aire de civilisation» qui correspond réellement au concept de «civilisation» tel qu’il l’a énoncé : c’est le monde de l’islam, parce qu’on y trouve, en surplomb, la notion d'«oumma», de communauté des croyants, qui transcende les nations et réunit tous les membres sous le même pouvoir religieux. En revanche, Huntington ne parle pas de «civilisation chinoise» - alors même qu’il existe un nationalisme chinois, très fort - mais d’une «civilisation confucéenne», qui transcenderait les frontières chinoises pour s’étendre à tous les Chinois. Or, sur un plan politique, une telle «civilisation confucéenne» n’a pas beaucoup de signification. Il en va de même pour l’Europe, qui a cessé de se considérer comme une civilisation fondée sur les valeurs chrétiennes. Ainsi, le
Moyen-Orient est le seul endroit où il y ait une sorte de «civilisation de pensée» et il est frappant de noter que les gens qui croient le plus au thème du clash des civilisations et utilisent l’expression sont les islamistes, les gens comme Ben Laden.

On a fait souvent remonter les origines du néoconservatisme à la figure du philosophe américain d’origine allemande, Léo Strauss, mort en 1973. Quel est l’héritage philosophique de ce mouvement de pensée ?

Léo Strauss a été l’objet d’un malentendu ces dernières années. La presse l’a présenté comme une sorte de sinistre personnage ayant son propre programme politique, ce qui est absurde. En réalité, il se souciait de ce qu’il appelait le «problème de la modernité» : avec Nietzsche et Heidegger, le rationalisme occidental a sapé ses propres bases et s’est retrouvé désarmé face aux sources philosophiques de dérives des valeurs. La conséquence en a été une véritable crise philosophique des démocraties occidentales, incapables de défendre leurs propres valeurs, d’expliquer à quoi elles croient et même si elles croient à quelque chose.

Chez Hegel, premier théoricien de la fin de l’histoire, le moteur de l’histoire est la lutte pour la reconnaissance. N’est-ce pas à cela que l’on assiste aujourd’hui ?

Hegel voyait la bataille pour la reconnaissance comme le moteur fondamental de l’histoire politique. Jusqu’à la période moderne, cette demande de reconnaissance prenait la forme de demandes partiales : une demande des masses d’être reconnues, demande d’une nation ou d’autres groupes. Mais l’argument d’Hegel était de dire qu’il n’y a qu’une forme de reconnaissance rationnelle : la reconnaissance de l’humanité universelle et des droits de l’homme. Et la seule façon par laquelle vous pouvez satisfaire cette demande de reconnaissance est dans un Etat moderne qui reconnaisse la dignité de chaque homme, non en tant que membre d’un groupe ethnique, racial ou national, mais comme individu singulier.

Mais, dans la plupart des sociétés, il s’agit d’un idéal plus qu’une réalité. Pour l’heure, les défis les plus sérieux auxquels nous avons à faire face ne sont pas extérieurs - terrorisme ou guerre entre les grandes puissances - mais intérieurs, avec une demande accentuée de reconnaissance de la part de groupes ethniques et, plus particulièrement en Europe, des minorités musulmanes. Et il me semble que, pour l’avenir des démocraties, cette évolution est plus dangereuse que le terrorisme.

Face aux demandes des minorités, les Etats-Unis et la France semblent avoir des réponses radicalement opposées…

Je vais vous surprendre, mais je ne crois pas que la différence soit si grande, si l’on compare à ce qui se passe par exemple aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne. La France a une tradition républicaine d’intégration qui reconnaît les citoyens sans prendre en considération leur race ni leur appartenance à un groupe. Aux Etats-Unis aussi, il y a une identité nationale très forte, qui inclut l’engagement politique, l’adhésion à la Constitution et un certain nombre d’idées politiques qui ont les mêmes effets intégrateurs et donnent aux Américains un très fort caractère d’être américain. Les Pays-Bas ont un système très différent : les protestants, les catholiques, les socialistes, et maintenant les musulmans, vont dans des écoles différentes, ont des journaux séparés, des partis séparés, le tout formant une sorte de multiculturalisme profondément inscrit dans le système politique.

En Grande-Bretagne, le laisser-faire aboutit à une situation similaire. Pour ma part, je pense qu’une démocratie a besoin d’un certain degré d’assimilation. Elle ne peut réussir si elle laisse certains groupes culturels parler leur propre langage et suivre leurs traditions sans vivre vraiment de la communauté d’accueil. J’aime les pays à vocation universelle, ouverts. Dans n’importe quel quartier américain, vous trouverez de nombreuses personnes qui ne parlent pas anglais, avec leurs propres costumes, leurs traditions, etc., mais la société américaine est capable de faire qu’à la seconde génération, les gens deviennent américains et participent pleinement à la vie du pays.

Comment peut-on, comme vous, avoir soutenu Bush puis soutenir Obama ?

Dans une démocratie, quand un parti au pouvoir a nettement échoué, il ne faut pas souhaiter qu’il soit réélu et cela, quelle que soit votre préférence originale. Or, il est difficile d’imaginer un échec plus complet que celui l’administration Bush. Il y a d’abord eu cette guerre, à propos de laquelle elle refuse de reconnaître ses torts ; et voici la crise financière. Si une équipe avec un tel bilan devait être réélue, cela voudrait dire que la démocratie ne marche pas. Il est temps de donner leur chance aux démocrates et à une politique qui aille vers moins de marché et plus d’Etat. La révolution reaganienne - déréguler, baisser les impôts, libéraliser les marchés - a été une bonne chose, car elle est intervenue après un demi-siècle de croissance de l’Etat-providence. Aujourd’hui, le mouvement va dans la direction opposée.

Quelle est la gravité des dommages causés par la politique néoconservatrice ?

L’affaire est rendue encore plus difficile par la crise financière. Le futur président pourra fermer Guantánamo, proscrire la torture et présenter un visage très différent au monde, mais la restauration de la crédibilité américaine est un projet de long terme qui dépassera sûrement le cadre d’un mandat présidentiel.

La personnalité d’Obama est singulière. Il est Américain mais a vécu à l’étranger, il est noir, mais pas noir américain, intellectuel mais d’origine modeste… Cela joue-t-il un rôle dans l’élection ?

Il serait formidable que les Etats-Unis puissent élire quelqu’un comme ça. Il ne ressemble pas à l’Amérique dans son origine particulière, mais par sa vie, par son parcours, la diversité de ses expériences : c’est un self-made-man qui a beaucoup bougé, comme de nombreux Américains.

Entretien réalisé en partenariat avec l’émission les Vendredis de la philosophie (France-Culture). La version radio est disponible sur franceculture.fr



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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 21:39

Maya Angelou, 80 ans d'Amérique


LE MONDE | 25.10.08 | 14h00  •  Mis à jour le 26.10.08 | 09h57

 
  Est-ce le maintien ? L'austérité ? Maya Angelou a un côté Simone de Beauvoir. Et, elle aussi, écrit des récits autobiographiques où se déroule l'histoire du "deuxième sexe". Elle est grande - 1,82 m - et elle a traversé le siècle. Le 4 avril, elle a fêté ses 80 ans. Fêté, oui, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps.

 

Maya Angelou habite une maison jaune, au milieu de grands chênes, à Winston-Salem, en Caroline du Nord. Avant d'écrire des best-sellers, elle a eu plusieurs vies. Elle a été chanteuse de calypso, danseuse étoile, mère à 17 ans. Elle a travaillé pour Martin Luther King à New York, suivi le militant radical sud-africain Vusumzi Make en Egypte et côtoyé Malcolm X au Ghana.


Elle n'aurait jamais cru qu'elle reviendrait habiter le Sud. Mais en 1981, l'université Wake Forest lui a offert une chaire d'études américaines. Elle est restée. Comme l'Amérique, la Caroline change. Des jeunes sont arrivés, les mentalités ont évolué. En septembre, la Caroline du Nord paraissait encore hors de portée de Barack Obama. Les commerçants de Main Street ne craignaient pas d'afficher leurs préférences sur la vitrine : "Démocrates pour McCain." Le soutien pour John McCain s'est effondré. Les républicains se retrouvent à devoir défendre l'un de leurs bastions. La Caroline, aussi, est en voie de basculer.


Quand Maya Angelou est née, de son vrai nom Marguerite Johnson, le monde était bien différent. Il arrivait que des enfants noirs soient envoyés seuls d'un bout à l'autre du pays. Les familles avaient émigré dans le Nord, en espérant y trouver l'égalité mais c'est souvent la pauvreté qui les attendait. Elles renvoyaient les enfants dans le Sud, chez les grands-parents. On les mettait dans le train, aux bons soins des cheminots, un bracelet au poignet avec leur identité. A l'âge de 3 ans, Marguerite a ainsi été expédiée avec son frère Bailey de Long Beach, en Californie, à Stamps, dans l'Arkansas, chez leur grand-mère. Les tickets étaient épinglés dans la veste de Bailey. Elle se souvient des larmes de Bailey. Agé d'un an et demi de plus qu'elle, il réalisait probablement davantage ce qu'il leur arrivait.


A Stamps, le monde était unicolore. "En 1928, il n'y avait peut-être qu'une Amérique, dit-elle, mais elle était blanche. Le reste d'entre nous, Noirs, Hispaniques, Asiatiques, nous étions tous marginaux." L'Arkansas était tellement raciste, disait-on, que "les Noirs ne pouvaient même pas acheter de la glace à la vanille". Momma Johnson possédait l'unique épicerie noire de la ville ; l'oncle Willie faisait réciter aux enfants leurs tables de multiplication près du feu. "Allez, sister, la table de 4, la table de 6..." Apprendre l'a toujours réchauffée.


La voix de l'écrivain traverse la grande maison jaune. Elle étudie longuement ses mots, détache les syllabes et dit le poème de sa vie autant qu'elle raconte. On la suit, pour un peu on est à ses côtés près du feu de l'oncle Willie. Tout à coup elle s'arrête, et la voix retombe comme un point final. Reprendra-t-elle ? A l'âge de 8 ans, Maya Angelou s'est tue, et son silence a duré cinq ans. Il y a d'abord eu le viol, par l'homme que fréquentait sa mère. Puis le meurtre de cet homme, après qu'elle eut raconté à son frère Bailey ce qui lui était arrivé. Elle a longtemps pensé que ses mots l'avaient tué. Le mutisme continue d'exercer sur elle une séduction mystérieuse. "C'est une drogue. Je ne pense pas que ses pouvoirs s'en aillent jamais. Il est toujours là, qui dit, tu peux revenir quand tu veux."


Maya Angelou n'a pénétré le monde des Blancs qu'à l'adolescence, en Californie, quand sa mère l'a inscrite dans une école privée. "Comme j'étais bonne élève et que j'étais la première Noire que les professeurs côtoyaient, j'étais particulièrement bien vue. Cela m'inquiétait. C'était la première fois que j'étais avec des Blancs." Un de ses professeurs était une femme exceptionnelle qui ne faisait pas de distinction entre les élèves et qui appelait tout le monde par son nom de famille. Grâce à elle, Maya n'a jamais vu le monde en noir et blanc. Plus tard, à Harlem, il lui est arrivé d'avoir envie de fuir quand elle entendait ses amis être obsédés par le comportement des Blancs. Pour elle, tous les Blancs n'avaient pas toujours tort tout le temps.


En 1945, un événement important est survenu dans sa vie. L'éducatrice a reçu un coup de téléphone dans la classe puis elle s'est mise à marcher de long en large avant de s'adresser aux élèves. "Jeunes gens, jeunes filles." Elle a demandé aux élèves de quitter la classe en silence et de rentrer chez eux. Maya Angelou entend encore ses paroles. "Vous ne parlerez à personne et vous penserez à votre pays. Parce que aujourd'hui, votre président est mort." Franklin Roosevelt venait de s'éteindre à Warm Springs, en Géorgie. "Pour la première fois, dit Maya Angelou, il est devenu mon président." Les élèves ont fait exactement ce que leur avait dit le professeur, comme s'il s'était agi de leur propre grand-père. "Je n'ai parlé à personne, j'ai pris le tramway, reprend-elle. Et ce jour-là, je suis devenue une Américaine. Pas seulement quelqu'un qui vit dans ce pays."


Maya Angelou est aujourd'hui une institution nationale. Ses livres sont au programme des écoles, au grand dam des conservateurs. Elle a été invitée à lire un de ses poèmes à l'occasion de l'investiture de Bill Clinton en janvier 1993 (ce fut On the Pulse of Morning). Elle s'est prêtée à la reconstitution de l'épicerie de Stamps, lorsque le Musée de la tolérance de San Francisco a voulu recomposer l'histoire du siècle à travers le parcours d'une demi-douzaine d'Américains. Elle a accepté d'être un sujet de l'expérience par laquelle des personnalités ont retrouvé leurs racines grâce à l'ADN. Les tests ont confirmé que sa grand-mère était la fille d'une esclave engrossée à l'âge de 17 ans par son maître.


En 1965, Maya Angelou venait de rentrer du Ghana pour travailler avec Malcolm X, lorsque le leader radical a été assassiné. Trois ans plus tard, Martin Luther King lui a demandé de faire une tournée dans le pays pour parler de son organisation, la Southern Christian Leadership Conference. Elle a repoussé à plus tard. Elle voulait fêter son anniversaire. Le 4 avril, le jour de ses 40 ans, Martin Luther King a été tué. Elle est restée prostrée. "Ma vie avait chaviré. James Baldwin m'a sauvée", dit-elle. C'est grâce à l'auteur d'Harlem qu'elle s'est mise à écrire. C'est lui qui a conseillé à l'éditeur Bob Loomis, de Random House, une tactique imparable pour la convaincre d'essayer : "Il suffit de lui dire qu'elle n'en est pas capable !" Un an après la mort de Martin Luther King, elle a publié son premier récit I Know Why the Caged Bird Sings. Et elle a cessé de fêter son anniversaire pendant des années.


Quand Maya Angelou est fatiguée de raconter sa vie - "80 ans ! dit-elle, j'ai fait tellement de choses" -, elle vous envoie visiter le jardin. La piscine inemployée, en forme de haricot, soulevée par les racines des chênes qui ont soif ("Maintenant je l'appelle ma piste de danse"), et la pelouse qui sert de musée à sa collection de statues. Au-dessus du barbecue, des cages, et des oiseaux qui ne demandent qu'à chanter, un cadeau d'Oprah Winfrey, sa grande amie, presque sa fille.


Oprah et elle se connaissent depuis vingt ans, lorsque la star n'était encore qu'une modeste animatrice de télé à Baltimore. Cette année, elles ont fêté ensemble l'anniversaire de Maya. Et en grand. Pendant trois jours, avec un dîner de 500 couverts à Palm Beach. "C'est une chose merveilleuse de vivre si longtemps, dit l'écrivain. On voit tous les changements. Il y a cent cinquante ans ma grand-mère était esclave. Maintenant je peux poursuivre quelqu'un en justice si je m'estime victime de discrimination."


Aujourd'hui, Maya Angelou mène toujours une vie excentrique. Elle donne des conférences (honoraires : 40 000 dollars) et s'est acheté une maison fabuleuse à Harlem, une "brownstone" de 18 pièces. Curieusement, elle est peu connue en France. Il aura fallu attendre 2008 pour qu'un éditeur canadien commence à traduire son autobiographie (Les Allusifs ont publié Tant que je serai noire en septembre et doivent faire paraître Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage le 6 novembre).


Comme beaucoup de leaders noirs de l'époque héroïque, elle avait pris le parti d'Hillary Clinton pendant les primaires démocrates, bien qu'Oprah ait fait campagne pour Barack Obama. Elle s'est rangée du côté du vainqueur. "Nous sommes une démocratie. La majorité l'emporte."


Une nouvelle ère s'ouvre pour les Américains, mais Maya Angelou préfère ne pas en parler. Elle s'interdit les commentaires sur le moment historique et Barack Obama. "Nous n'y sommes pas ! Nous n'y sommes pas encore !" Mais elle reconnaît que le moment est... "intoxicating". Elle cherche le mot en français, ce français appris à Paris, alors qu'elle dansait dans Porgy and Bess, et qui ne demande qu'à revenir. Voilà, elle a trouvé : c'est "enivrant".


Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 26.10.08


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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 21:27

Immanuel Wallerstein

 

« Le capitalisme touche à sa fin »

 

www.lemonde.fr

13 octobre 2008

 

« Ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à “faire système”. » Immanuel Wallerstein propose une interprètation de la période actuelle à la lumière de l’hypothèse des cycles de Kondratieff.


Immanuel Wallerstein s’entretient avec Antoine Reverchon, 11 octobre 2008
Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre ("Douze propositions pour un autre monde possible"), en 2005, vous êtes considéré comme l’un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l’étude de l’économie des systèmes historiques et des civilisations de l’université de l’Etat de New York, à Binghamton.


Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le "temps long" de l’histoire du capitalisme ?


Immanuel Wallerstein : Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la "longue durée", qui voit se succéder dans l’histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l’homme à son environnement matériel, et, à l’intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd’hui clairement dans une phase B d’un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d’histoire du système capitaliste.


Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s’endettent, massivement. Nous sommes aujourd’hui dans la dernière partie d’une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l’économie connaît une situation de déflation réelle.
Mais, aujourd’hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à "faire système", au sens où l’entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l’équilibre, et l’on assiste alors à une bifurcation.


La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors, et l’on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l’usage du mot "crise" à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin.


Pourquoi ne s’agirait-il pas plutôt d’une nouvelle mutation du capitalisme, qui a déjà connu, après tout, le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel au capitalisme financier ?


Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l’information. Mais je pense que les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.


A cet égard, le rattrapage économique de l’Asie de l’Est, de l’Inde, de l’Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour "l’économie monde" créée par l’Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l’accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main d’oeuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néo libérale qui est en train de s’achever n’a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu’en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu’en 1945. En fait, la dernière période d’accumulation réelle - les "trente glorieuses" - n’a été possible que parce que les Etats keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte !


Y a-t-il des précédents à la phase actuelle, telle que vous la décrivez ?


Il y en a eu beaucoup dans l’histoire de l’humanité, contrairement à ce que renvoie la représentation, forgée au milieu du XIXe siècle, d’un progrès continu et inévitable, y compris dans sa version marxiste. Je préfère me cantonner à la thèse de la possibilité du progrès, et non à son inéluctabilité. Certes, le capitalisme est le système qui a su produire, de façon extraordinaire et remarquable, le plus de biens et de richesses. Mais il faut aussi regarder la somme des pertes - pour l’environnement, pour les sociétés - qu’il a engendrées. Le seul bien, c’est celui qui permet d’obtenir pour le plus grand nombre une vie rationnelle et intelligente.


Cela dit, la crise la plus récente similaire à celle d’aujourd’hui est l’effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle, et son remplacement par le système capitaliste. Cette période, qui culmine avec les guerres de religion, voit s’effondrer l’emprise des autorités royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communautés paysannes et sur les villes. C’est là que se construisent, par tâtonnements successifs et de façon inconsciente, des solutions inattendues dont le succès finira par "faire système" en s’étendant peu à peu, sous la forme du capitalisme.


Combien de temps la transition actuelle devrait-elle durer, et sur quoi pourrait-elle déboucher ?


La période de destruction de valeur qui clôt la phase B d’un cycle Kondratieff dure généralement de deux à cinq ans avant que les conditions d’entrée dans une phase A, lorsqu’un profit réel peut de nouveau être tiré de nouvelles productions matérielles décrites par Schumpeter, sont réunies. Mais le fait que cette phase corresponde actuellement à une crise de système nous a fait entrer dans une période de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, à la tête des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu’il est techniquement possible pour retrouver l’équilibre, mais il est fort probable qu’ils n’y parviendront pas.


Les plus intelligents, eux, ont déjà compris qu’il fallait mettre en place quelque chose d’entièrement nouveau. Mais de multiples acteurs agissent déjà, de façon désordonnée et inconsciente, pour faire émerger de nouvelles solutions, sans que l’on sache encore quel système sortira de ces tâtonnements.


Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l’impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd’hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s’imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu’il est tout aussi possible de voir s’installer un système d’exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif.


Les mutations antérieures du capitalisme ont souvent débouché sur un déplacement du centre de "l’économie monde", par exemple depuis le Bassin méditerranéen vers la côte Atlantique de l’Europe, puis vers celle des Etats-Unis ? Le système à venir sera-t-il centré sur la Chine ?


La crise que nous vivons correspond aussi à la fin d’un cycle politique, celui de l’hégémonie américaine, entamée également dans les années 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconquérir leur position dominante face à la multiplication des centres de pouvoir, avec l’Europe occidentale, la Chine, le Brésil, l’Inde. Un nouveau pouvoir hégémonique, si l’on s’en réfère au temps long braudélien, peut mettre encore cinquante ans pour s’imposer. Mais j’ignore lequel.

 

En attendant, les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l’effondrement de leur hégémonie. Je pense que la moitié du peuple américain n’acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s’exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n’oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés...


Immanuel Wallerstein est chercheur au département de sociologie de l’université de Yale, ex-président de l’Association internationale de sociologie.




 

 

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