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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 19:21

Nouveaux incidents dans un centre de rétention administratif au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne)


 

PARIS  (AP)

 


 
Après l'incendie du centre de rétention administrative de Vincennes en juin, de nouveaux incidents ont éclaté ce week-end dans un autre CRA de région parisienne, celui du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) près de l'aéroport de Roissy, déclenchant une nouvelle passe d'armes entre PS et UMP.

 

Selon la préfecture de Seine-et-Marne, des "retenus ont tenté de mettre le feu à des éléments de literie" de deux chambres différentes samedi après-midi. On ne déplore pas de victimes et "à la suite de l'intervention rapide des gendarmes et des pompiers, les dégâts se limitent à trois matelas brûlés", ajoute la préfecture.


La préfecture a mis en cause un "mouvement incité de l'extérieur par une vingtaine de militants" de l'association "SOS soutien aux sans papiers".


"Tentatives de suicide et automutilations sont monnaie courante" dans le CRA depuis plusieurs mois et "c'est pour dénoncer cette situation que l'association SOS soutien aux sans papiers a organisé un rassemblement" devant le centre, a répondu l'association dans un communiqué.


Le 22 juin dernier, un incendie avait ravagé le CRA de Vincennes, le plus important de France, au lendemain du décès d'un retenu tunisien de 41 ans. Comme en juin, les incidents du Mesnil-Amelot ont suscité la polémique sur la rétention des immigrés en instance d'expulsion.


"La politique injuste du gouvernement crée des situations dangereuses tout à fait inacceptables, qui provoquent la révolte légitime des étrangers et de ceux qui défendent leurs droits", a déclaré le Parti socialiste dans un communiqué.


Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a de son côté pointé dimanche "l'incitation à la violence par un collectif d'extrême gauche", estimant que le Parti socialiste a fait preuve d'un "attitude totalement irresponsable en soutenant la violence et le non-respect de la loi". AP

 

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 15:27

Anthrax: le Dr Ivins emporte son secret dans la tombe

 

WASHINGTON (AP)

 

 Le Dr Bruce Ivins échappe définitivement au FBI. Sept ans après les lettres piégées à l'"anthrax" qui avaient semé la panique aux Etats-Unis dans le sillage des attentats du 11 Septembre 2001, l'affaire a rebondi avec le suicide du principal suspect, un brillant biologiste de l'armée américaine dont l'avocat clame l'innocence.

 

Cinq personnes étaient mortes et des dizaines d'autres avaient été hospitalisées aux Etats-Unis après avoir reçu des lettres contenant des spores du bacille de la maladie du charbon. La fameuse poudre blanche envoyée notamment au Congrès et à la presse avait déclenché des alertes dans le monde entier. Le Capitole à Washington fut décontaminé, on administra des traitements préventifs à tour de bras, d'importants bureaux de postes furent fermés pendant des années.


L'enquête semblait piétiner. Le mois dernier, la justice versait 5,8 millions de dollars (3,7 millions d'euros) à Steven Hatfill, un collègue du Dr Ivins au laboratoire militaire de Fort Detrick dans le Maryland (est), pour avoir ruiné sa carrière en le mettant injustement en cause. Mais selon plusieurs responsables américains ayant requis l'anonymat, les soupçons se portaient depuis un certain temps sur le Dr Ivins, que les procureurs allaient inculper en réclamant la peine de mort. Le laboratoire de Fort Detrick en tout cas se trouvait au coeur de l'enquête fédérale depuis des années.


Le scientifique, qui trouvait trop limités les essais de traitement du charbon sur les animaux, aurait selon les autorités disséminé le bacille pour réaliser des tests sur des humains. Mais l'avocat du Dr Ivins clame l'innocence de son client, qui aurait coopéré pendant plus d'un an avec les enquêteurs.


Le biologiste de 62 ans s'est suicidé et est mort mardi au Memorial Hospital de Frederick, d'après son entourage. Il n'a pas supporté "la pression constante des accusations et des insinuations" du gouvernement, a déclaré Me Paul Kemp.


L'ancien président démocrate du Sénat Tom Daschle, dont le bureau avait reçu une lettre empoisonnée en 2001, a souligné que "beaucoup de questions restent sans réponse". "Je pense que le peuple américain a le droit d'en savoir plus". "Nous devons savoir exactement quelle a été l'implication de M. Ivins, s'il était impliqué, et l'on devrait nous dire le lien avec l'affaire ainsi que nous fournir des informations qui ont jusqu'ici été cachées au public américain. Et rapidement", a lancé l'élu.


Le ministère américain de la Justice expliquait vendredi, après l'annonce de la mort du chercheur, que "l'enquête avait progressé de façon substantielle" mais qu'il était trop tôt pour en dire plus. Le ministère devrait décider dans les prochains jours s'il referme le dossier "Amerithrax".


La mort du Dr Ivins laisse bien des questions en suspens et ne convainc pas un ami de l'une des victimes mortes du charbon, Robert Stevens, journaliste en Floride. "Je ne pense pas que ce type soit impliqué. Quel est le lien? Qu'a-t-il fait, ou pas fait?", s'interroge Bennet Bolton.


Pendant 35 ans, Bruce Ivins a été l'un des principaux chercheurs chargés par le gouvernement américain de trouver des vaccins et traitements contre le charbon. Il travaillait depuis plus de dix ans à la mise au point d'un vaccin efficace même contre les souches mélangées, selon des documents fédéraux auxquels l'AP a eu accès. En 2003, il avait été décoré avec des collègues pour Service civil exceptionnel, la plus haute distinction civile du ministère de la Défense.


Le Dr Ivins avait mené des études sur l'anthrax, se plaignant dans l'une d'elles du nombre limité de singes disponibles pour les essais et des différences de réaction entre ces primates et l'homme. Des amis et collègues du biologiste, qui était notamment volontaire à la Croix-Rouge locale, le décrivent dans des documents judiciaires comme un scientifique épanoui mais émotionnellement instable.


"Le patient a depuis ses études un passé de menaces de mort, de plans et actions visant des thérapeutes", écrit une assistante sociale, Jean Duley, dans des documents judiciaires datant de la semaine dernière. Elle ajoute que le psychiatre du scientifique le considère comme un sociopathe à tendances meurtrières. Il était également accusé d'avoir harcelé une femme et menacé de la tuer.


Les enquêteurs avaient quant à eux remarqué le comportement étrange du Dr Ivins à Fort Detrick dans les six mois suivant les envois de lettres empoisonnées. Il avait réalisé des tests non autorisés sur des spores du charbon hors des zones ad hoc, selon un rapport interne, mais à l'époque le Dr Hatfill était le principal suspect.


Plus récemment, les autorités s'étaient intéressées à Bruce Ivins. Des voisins affirment que sa maison était surveillée par des agents du FBI dans des voitures aux vitres teintées. Un collègue du scientifique, Henry Heine, déclare avoir témoigné avec d'autres membres de l'équipe devant un grand jury fédéral à Washington dans le cadre de l'enquête sur les courriers à l'anthrax.


Et le frère de Bruce Ivins, Tom, dit avoir été interrogé à son sujet par des agents fédéraux il y a environ un an et demi. S'il assure ne pas avoir revu son frère depuis 1985, il ne se montre pas surpris des accusations. "Il se considérait comme un dieu", dit-il. AP

 

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 15:18

Etats-Unis

Esclavage : un premier mea culpa fédéral

par Olivier Lambert

Article publié le 30/07/2008 Dernière mise à jour le 30/07/2008 à 17:16 TU

Cent-quarante ans après l'abolition de l'esclavage, la Chambre des représentants a demandé pardon, hier mardi, aux Noirs américains pour les violences et la ségrégation raciales. C’est une grande première dans l'histoire des Etats-Unis.

http://www.rfi.fr/actufr/articles/103/article_69178.asp

« Au nom des citoyens des Etats-Unis, la Chambre des représentants présente ses excuses aux Africains-Américains pour les erreurs commises contre eux et à leurs ancêtres qui ont souffert de l’esclavage et des lois Jim Crow, invitant à la ségrégation raciale. » En lançant ce message, du haut de la tribune de la Chambre des représentants, l’une des deux entités du Congrès américain avec le Sénat, le démocrate Steve Cohen marque une nouvelle étape dans l’histoire des Etats-Unis d’Amérique.

Jamais jusqu’à présent, le corps fédéral américain n’avait présenté d’excuses pour les 250 années de discriminations et de violences contre les Noirs américains, jugées par la Chambre comme « fondamentalement injustes, cruelles, brutales et inhumaines ». Toujours, une telle demande avait été repoussée, les instances américaines craignant de devoir réparer les crimes, en sus de s’en excuser.

Seuls quelques Etats avaient indépendamment pris la décision de s’excuser. La Virginie avait ouvert le bal en 2007, rapidement suivie par plusieurs Etats du Sud, tels que le Maryland, la Caroline du Nord ou l’Alabama. Steve Cohen a reconnu que ces états avaient une « plus grande autorité morale que le Congrès lui-même ».

Steve Cohen, élu de Memphis, dans le Tennessee, est l’un des seuls législateurs blancs de la Chambre à parler au nom d’une  zone majoritairement noire. En février 2007, il dépose sa résolution.

Rapidement, il trouve un large soutien notamment auprès des membres du Groupe des congressistes noirs, le Black Caucus.

Mardi, le texte a été adopté par un vote aux deux tiers, deux représentants républicains ont d’ailleurs apporté leur voix. Cette demande de pardon suit la décision du Sénat, qui en février 2008, s’était excusé auprès des indiens d’Amérique, pour les violences commises contre eux à l’arrivée des premiers colons.

Première étape

Si le texte n'offre aucune réparation, cette résolution est un premier pas à l'échelon fédéral, une première étape qui affirme la volonté des Etats-Unis de faire table rase d'au moins 250 années de discriminations raciales, qualifiées de « tâches dans l'histoire de ce qui est la plus grande Nation sur la Terre », en référence notamment aux lois Jim Crow, qui au XIXe siècle interdisaient dans plusieurs Etats du Sud l'accès des Noirs aux écoles ou aux équipements publics.

Les Africains-Américains ne pouvaient ainsi pas prendre le bus avec les Blancs, ni par exemple fréquenter les restaurants ou les cinémas. A l'époque, de nombreux groupuscules, dans la mouvance du Ku Klux Klan, commettaient des violences contre les populations noires, sans risquer de peines de justice.

Les lois Jim Crow ont été abolies en deux temps. D'abord en 1954 pour la ségrégation scolaire, déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême des Etats-Unis, puis en 1964, le Civil Rights Act enterre les autres textes. Néanmoins, comme l'a rappelé Steve Cohen, les Africains-Américains souffrent encore aujourd'hui de ce passé.

En 2005, des entreprises américaines, dont les banques JP Morgan et Wachovia ont reconnu avoir eu recours autrefois à un esclavage massif dans certaines de leurs activités.

Cette résolution n'est donc qu'une première étape. Le sénateur démocrate de l'Iowa Tom Harkin a d'ores et déjà mentionné son intention de déposer un projet du même ordre au Sénat.

Bien accueillies dans l'ensemble, ces excuses ont néanmoins été critiquées par quelques représentants de la Chambre et notamment le républicain du Colorado, Tom Tancredo, qui enjoint aux démocrates « de commencer à se préoccuper des problèmes du XXe siècle, comme le prix du baril de brut, plutôt que de se concentrer sur un problème du XIXe siècle, déjà résolu par Abraham Lincoln ».

Si ces excuses doivent beaucoup à l'action de Steve Cohen, elles ne lui garantissent par pour autant d'être réélu à la Chambre. En effet, le représentant du district de Memphis doit affronter Nikki Tinker, avocat noir, aux prochaines primaires démocrates du Tennessee le 7 août prochain.


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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 15:10


Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf : Messmer a voulu acheter Um Nyobe

http://www.quotidienmutations.info/mutations/juillet08/1217491112.php

Les réalisateurs du documentaire "Cameroun, Autopsie d'une indépendance" se sont confiés à icicemac.com Entrevue réalisée par Stella Dang et Steve Abouem Source : www.icicemac.com 

Qu'est-ce qui vous a motivé à faire ce documentaire? Pourquoi le Cameroun en particulier plutôt qu'un des nombreux autres cas en Afrique?

J'ai vécu au Cameroun adolescente dans les années 80. On sentait tous qu'il s'était passé quelque chose de terrible dont personne ne voulait parler. Etudiante en histoire et en géopolitique à la Sorbonne au début des années 90, après avoir obtenu mon bac à Dakar, j'ai découvert les premiers détails de cette histoire tue grâce aux ouvrages de Mongo Beti et François Xavier Verschave. En 2005, quand l'assemblée française a voté une loi sur les aspects positifs de la colonisation, il m'a semblé que face à une histoire officielle imposée, il était temps d'exhumer cette page d'histoire entre la France et le Cameroun. D'autant plus que certains témoins ou acteurs devenaient très âgés.

Quand avez-vous commencé votre enquête, sur le terrain? Et comment avez-vous procédé pour mener l'enquête en général, en particulier au niveau des témoins que l'on peut entendre au cours du documentaire?

Les terrains d'enquête sont variés : des archives de l'armée française, aux témoignages oraux de camerounais et de français en France, des récits écrits, des entretiens avec Achille Mbembé, puis au Cameroun (2 mois de tournage en juin-juillet 2007), au téléphone également… c'est 2 ans et demi de travail, de recherches. Et avant cela, pendant des années, je conservais précieusement toute bribes de récit ou contacts dans un coin de mon ordinateur, pour le jour où… Ce travail de recherches indispensable, était enfin la meilleure façon de gagner la confiance de nos interlocuteurs.

Pouvez-vous nous dire quelles sont les sources de vos images et autre contenu d'archive?

Il n'y a pas ou peu d'images concernant ce conflit. Celles que j'ai montées dans ce documentaire sont tout ce que nous avons trouvé en 2 ans d'enquête, en cherchant sur plusieurs continents (de l'ancien bloc de l'est, aux Nations Unies, en passant par Conakry, Dakar, Le Caire…). Quelques rares images sont issues de fonds d'archives privées. Les autres proviennent de fonds classiques Pathé Gaumont, Reuters…

Avez-vous rencontré des difficultés, tant aux niveaux administratif que logistique durant la poursuite de votre enquête?

Cette pénurie d'images fut une des difficultés majeures. La deuxième étant le tabou qui subsiste autour de ce conflit. Beaucoup, beaucoup de témoins ou acteurs sur le terrain, des deux côtés, français et camerounais, ont refusé de parler devant une caméra. Voire de parler en off. Ce film aurait pu s'appeler " Il ne s'est rien passé au Cameroun " comme nous l'avons entendu à maintes reprises durant l'enquête… Le contenu est assez dur pour les yeux et les oreilles car il décrit une réalité autant triste que révoltante.

A quel moment avez-vous été le plus choquées lors du montage de votre dossier?

On est choqué sur toute la période de ce dossier, par la violence démesurée, le décalage du rapport de force, la volonté perpétuelle d'éradication absolue, et le silence qui l'entoure.

De toutes les entrevues passées au cours du documentaire, laquelle vous a le plus marqué? Pourquoi?

La femme et le fils d'Um Nyobé, Tella Oumar, Bernard Kamto, Mathieu Njassep…, tous anciens militants ou combattants de l'UPC sont des rencontres très fortes. Moukoko Priso ou Abel Eyinga également. Pierre Messmer et le général Semengue aussi, pour d'autres raisonsévidentes.

Avez-vous conscience que l'information que vous rapportez dans ce documentaire n'est pas connue de la majorité des jeunes camerounais, pour la simple raison qu'elle n'est pas enseignée en détail à l'école camerounaise, sachant que plus de 56% de la population a moins de 20 ans?

C'est une histoire taboue et méconnue des deux côtés encore une fois, en France comme au Cameroun. Les jeunes collégiens et lycéens français apprennent eux aussi toujours qu'à l'exception de l'Indochine et de l'Algérie, la France, dans sa grandeur, a décolonisé pacifiquement en Afrique subsaharienne. Or le seul cas du Cameroun infirme cette thèse. Seules les révoltes de Madagascar à la fin des années 40 sont présentes dans certains manuels scolaires. Comme les guerres des ex colonies… mais portugaises ou belges…

Concernant le gouvernement français, avez-vous rencontré des difficultés particulières dans la recherche et l'obtention d'informations? Pour quel élément en particulier?

Beaucoup d'éléments restent classés secret, voire très secret. Les archives n'ont pas encore livrés toutes les informations. Des demandes de dérogation qui prennent plusieurs mois, aboutissent à une ouverture partielle des archives, aussi bien à l'armée, qu'aux renseignements généraux, qu'aux archives nationales concernant les fonds Foccart. Quant aux archives iconographiques, la récolte reste donc très très mince. Alors même que sur certains documents, il est signifié que des photos ou des films sont faits. Mais personne ne sait où les trouver… Les dossiers de la gendarmerie sont peut être les moins accessibles.

À votre avis, l'opinion publique Française sera-t-elle émue, scandalisée ou indifférente à votre œuvre?

Les trois, selon l'orientation des uns ou des autres depuis la diffusion.

Le Cameroun est communément reconnu, tant sur place que partout ailleurs comme ayant été une "Colonie Française". Pourtant, comme on le voit clairement dans votre documentaire, les textes stipulent que le Cameroun est plutôt sous tutelle Française, sur mandat de la SDN à l'époque. Que pensez-vous de cette manipulation de langage? Qui selon vous en est responsable?

Le mandat de la France au Cameroun, comme au Togo d'ailleurs, est justement spécifique. C'est même le fondement du combat d'Um Nyobé, qui s'appuie sur des arguments juridiques pour contester l'administration française telle qu'elle s'applique sur son territoire. La France n'a légalement pas le droit d'administrer le Cameroun comme une colonie, puisqu'elle n'en est pas une. Sa confiance en la communauté internationale est telle qu'il est convaincu qu'il finira par avoir gain de cause en s'appuyant sur le droit. Mais en pleine guerre froide, la France instrumentalise le risque de basculement dans le camp communiste de ses ex-colonies et obtient ainsi un blanc-seing de cette communauté internationale pour intervenir comme elle le souhaite. Quant à l'époque coloniale, le documentaire l'évoque en parlant des réalités subies par les populations à travers les travaux forcés, les déplacements de main d'œuvre, le code de l'indigénat et non pas,
à travers les grands travaux de routes, ponts et ports ou autres campagnes de vaccination…

Selon un article paru dans Le Monde, en ligne, le 26 juin dernier, il y a un ras-le-bol de la France très palpable en Afrique, et ce même au niveau des nouvelles générations. Que pensez-vous de ce constat?

Je n'ai pas lu cet article mais oui, un ras-le-bol certain d'une domination économique, à travers certains monopoles qui perdurent. Une indifférence aussi d'une jeunesse qui n'est plus fascinée par l'ancienne puissance tutélaire, où il est devenu impossible ou presque d'aller étudier par exemple et qui se tourne ainsi vers les USA, leCanada etc. Un titre de Tiken Jah Fakoly, " Y en a marre " sur son album Françafrique, avait connu un grand succès il y a quelques années déjà.

Concernant les leaders de l'UPC, en particulier Um Nyobe, parleriez vous d'héroïsme ou de manque de réalisme, autrement dit, pensez vous que donner sa vie pour la liberté soit utile en fin de compte?

Le combat politique, légaliste, nationaliste (unioniste même) et pédagogique d'Um Nyobé est héroïque. L'administration française a tout tenté pour le dévoyer sans y parvenir. Messmer lui-même en parlait avec un certain respect une fois la caméra coupée. Il lui a envoyé des émissaires, avec beaucoup d'argent à la clé, sans résultats. L'histoire retient que sa foi en la communauté internationale était un peu naïve. Pour certaines élites camerounaises, qui admettent toutes avoir été upéciste même 5 minutes, quand elles ont entendu cette revendication d'indépendance pour la première fois, il était irréaliste de s'opposer à la France. Um Nyobé a choisi de donner sa vie à son combat. Si la jeunesse le redécouvre, le relit et réapprend son histoire, alors son combat n'aura pas été totalement vain. Sur les risques liés à toute forme de " tribalisme " puisque c'est la terminologie de l'époque qu'il utilise, ses écrits
restent très contemporains.

Que pensez vous du silence général sur le génocide Bamiléké avec usage d'armes de destructions massives, dont du napalm, l'empoisonnement de Felix Moumié, la profanation de sa tombe 20 ans plus tard, l'acquittement de l'agent William Bechtel qui a revendiqué ce meurtre, la mort de plus de 300 000 personnes après la dite indépendance, la conspiration en toute impunité pour l'assassinat de Um Nyobé, Ernest Ouandié, et bien d'autres, que ce soit au niveau des autorités Françaises, Camerounaises, ou internationales (Union Africaine, ONU, etc.)?

L'état actuel de la recherche historique ne permet pas pour le moment de parler de " génocide " bamiléké. L'Upc était constituée de militants et sympathisants de toutes les régions du Cameroun, d'abord pourchassés en tant que tels, quels que soient les origines. La population bamiléké est en effet stigmatisée, dans les archives de l'armée, le fameux " caillou dans la chaussure de la France " comme l'écrit un officier, Lamberton. Le bilan des victimes reste aujourd'hui impossible. Beaucoup de travail, de recherches restent à faire. Il n'en demeure pas moins que cette région ait été, dans le deuxième temps du conflit, la plus durement et la plus violemment décimée par les armées françaises, puis camerounaises. Dans cette région de l'Ouest, la lutte de l'UPC elle-même a été débordée par des règlements de compte et des violences inhérentes à tout conflit de ce type.

Comme le dit l'adage, "rendez à César ce qui est à César". L'UPC, Union des populations du Cameroun, était un exemple d'unité nationale, car ses dirigeants étaient issu d'ethnies à travers le territoire (Bamoun, Bassa'a, Bamiléké, etc.). C'est une belle image dans le contexte actuel de guerres interethniques dans plusieurs régions d'Afrique.

Selon vous, leur œuvre a-t-elle été suffisamment reconnue, et honorée tant au plan national qu'international?

Il faut vraiment lire et relire les écrits d'Um Nyobé, à la disposition de tous, grâce au formidable travail d'Achille Mbembé. La France puissance coloniale a toujours joué du " diviser pour mieux régner " tel que le Maréchal Lyautey l'avait théorisé : " S'il y a des mœurs et des coutumes a respecter, il y a aussi des haines et des rivalités qu'il faut démêler et utiliser à notre profit, en opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les autres. " Dès qu'un conflit africain est évoqué, il est souvent réduit à une expression dite ethnique. Nous avons tous intérêt à nous plonger dans l'histoire passée et présente pour éviter ces simplifications.

C'est connu, réaliser un tel documentaire comporte assurément des risques épineux. Avez-vous eu des problèmes (intimidations, menaces, etc.) après la sortie de votre documentaire?

Non.

L'Assassinat de Félix Moumié, réalisé par Frank Garbely, est un documentaire qui relate les faits de cette conspiration. L'avez-vous regardé? Qu'en pensez-vous?

Toute tentative sérieuse pour lever une partie du voile qui concerne cette guerre est la bienvenue. C'est le cas du film de Garbely.

Au vu de la teneur du film, il apparaît que vous avez encore de nombreux faits à nous dévoiler, on peut donc pressentir une suite. Prévoyez-vous de nous en dire plus? Pourriez-vous nous donner le goût du contenu et des points principaux que vous couvrirez?

La suite de ce travail appartient à tous, étudiants, chercheurs, journalistes etc. J'ai rencontré de jeunes étudiants camerounais qui dés leur Deug en histoire, mettent leurs études à profit pour enquêter sur le terrain. Il faut recueillir les témoignages, villages par villages, hameaux, après hameaux, en s'appuyant sur les sciences historiques, dans le cadre du témoignage oral, continuer à explorer les archives, recouper les informations… En ce sens, ce documentaire, comme des recherches déjà menées (Achille Mbembé encore une fois, Richard Joseph, Noumbissie Tchouaké et beaucoup d'autres) est une introduction, de nombreuses questions subsistent de parts et d'autres. Des groupes de chercheurs essaient de se constituer entre la France et le Cameroun pour faire avancer l'étude de cette page d'histoire.

Jusqu'à quel point l'action de la France au Cameroun pousse-t-elle à effectivement s'interroger sur le sens de ces valeurs?

Je crois que la réponse est contenue dans la question suivante de Moukoko : "On ne peut pas en faire une tornade dans un verre d'eau, parce que quelques nègres ont été massacrés…C'est quand même quelque chose qui pousse à réfléchir sur le sens de ce qu'on appelle la mission civilisatrice, l'amour de la démocratie, la liberté, les droits de l'homme etc. C'est les droits de quels hommes en fait?" Elle en fait toute sa force. Tous les morts ne comptent pas pareil. Une des formes de racisme parmi les plus violentes… Depuis la première mouture du montage, je l'ai toujours placée comme mot de la fin. Au-delà de l'exploration des faits, c'est la question fondamentale qui sous-tend ce travail et la volonté d'exhumer cette tragédie, comme avant elle, la domination et l'occupation coloniales.


 

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 15:03

http://www.bakchich.info/article4581.html

Philippe Val, à son propre jeu…

Bonneteau | mardi, 29 juillet 2008 | par Sébastien Fontenelle

Laurent Joffrin, directeur de Libération, revient sur l’affaire Siné, pour la deuxième fois en quatre jours - et après avoir tranquillement considéré, vendredi, qu’« on peut choisir sa religion mais pas sa race ». (Avant de concéder que « l’apparition du mot "race" dans un article antiraciste » n’était « pas heureuse » : on ne le lui fait pas dire).

Laurent Joffrin déplore cette fois-ci que son teupo Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, qui a viré Siné, soit, depuis : « Attaqué avec une violence haineuse qui en dit long sur la mentalité de ses adversaires ». Laurent Joffrin, scandalisé, observe ainsi que Philippe Val « a même été caricaturé en nazi dans L’Express ! » (Point d’exclamation !)

Et en effet : ce n’est pas spécialement délicat, mais il est vrai aussi que le propre de la caricature est de forcer le trait, au risque de blesser - comme le sait fort bien Philippe Val. Surtout : le boss de Libé ne peut évidemment pas ignorer que pour ce qui serait de caricaturer autrui en nazi, le boss de Charlie est un champion qui régulièrement bat de nouveaux records.

Pour Philippe Val, en effet, nombre de ceux qui ne sont pas de l’avis de Philippe Val (et ça finit quand même par faire pas mal de monde) sont des antisémites, éventuellement nostalgiques de l’hitlérisme.

Par exemple, si des salauds ont le front, en 1999, de ne pas se pâmer au bruit des bombardements OTANiques dans la nuit yougoslave ? Philippe Val, très posément, énonce qu’« au sinistre "plutôt Hitler que Blum" répond, toutes proportions gardées, le non moins sinistre "plutôt Milosevic que Clinton" », et que ces mauvais crevards sont mus par « la haine de la démocratie et l’antisémitisme ». [1]

Si Daniel Mermet ose, à la même époque, de tendre son micro à une journaliste serbe ? Charlie Hebdo publie, très posément, un courrier le comparant aux speakers des années 30 qui ménageaient « trois minutes pour Hitler, trois minutes pour les Juifs ». [2]

Si des sagouins ont l’audace de fonder un Observatoire des médias français ? Philippe Val, très posément, énonce que ces gens-là sont des « admirateurs » de « Staline, Hitler, Pol Pot (…) »… [3]

Si un éditeur, le camarade Guy Birenbaum, a le toupet, sur son blog, de relever qu’Alain Duhamel vote pour François Bayrou ? Philippe Val, très posément, énonce que : « Guy Birenbaum a fait jouer à l’Internet un de ses rôles favoris : la Kommandantur pour tous ». [4] (Et qu’importe, si le père de Guy Birenbaum a combattu les nazis au sein la MOI, et si le boss de Charlie Hebdo joue ici, toute vergogne bue, avec une réalité qui le dépasse de très (très, très) loin…)

Si un (authentique) intellectuel étatsunien, du nom de Chomsky, prétend suggérer par ses travaux, (très) solidement documentés, que le gouvernement de son pays peut se montrer parfois rugueux, dans sa gestion militaire des affaires du monde ? Philippe Val, très posément, développe quant à lui, et au prix d’une minuscule torsion de la vérité (qui n’offusquera que ceux qui ont vraiment lu Chomsky), ce raisonnement dont la rigueur époustoufle : « Hitler par deux fois fait allusion au génocide arménien, afin d’y adosser son action. Noam Chomsky, qui a préfacé (un) ouvrage de Faurisson, est également un négateur du génocide cambodgien. Les génocides sont liés entre eux par leurs négateurs »… [5]

Si des militants de « France Palestine » témoignent lâchement de la sensibilité au sort des Palestiniens ? Philippe Val, très posément, les montre comme des « gros connards qui, en réalité, dépensent toute leur énergie (…) en haine des Juifs (…) et de la démocratie en général » [6] - et pourquoi se gênerait-il, puisque Laurent Joffrin se tait ?

Si, pour finir, une journaliste de Télérama, Weronika Zarachowicz, a l’outrecuidance de rappeler dans un article de soutien à Denis Robert que l’avocat de Charlie Hebdo est aussi l’avocat d’une société financière luxembourgeoise - et d’oublier de mentionner qu’elle a cosigné un livre d’entretiens avec Denis Robert et (justement) Noam Chomsky ? Philippe Val, très posément, énonce que « c’est comme "Les Protocoles des Sages de Sion" », immonde libelle antisémite.

Et caetera : l’insinuation, odieuse, que ceux qui ne pensent pas comme lui sont des antisémites et/ou des admirateurs d’Hitler est devenue, au fil des années, l’un des socles où se construit la philosophie de Philippe Val (sans que jamais Laurent Joffrin ne s’émeuve, par exemple).

Le directeur de la publication et de la rédaction est, en cela, bien de son temps - bien d’une époque où, comme l’a récemment souligné Alain Badiou, les gardiens vigilants de la pensée dominante « ont inventé depuis quelques années un truc contre quiconque leur déplaît : insinuer qu’il est antisémite ». Un peu comme si, à bout d’arguments rationnels pour défendre leur passion libérale, ces nouveaux « sycophantes » n’avaient plus guère le choix que de se réfugier, comme naguère les staliniens, dans une insupportable caricature de leurs contradicteurs (« qui en dit long sur (leur) mentalité »).

Fort bien, mais qu’ils ne s’étonnent pas, quand un dessinateur de presse leur applique le procédé même dont ils n’ont que trop abusé : quand Philippe Val se retrouve caricaturé, il est pris à son propre jeu.

[1] Charlie Hebdo, 28 avril 1999.

[2] « Val-t-en guerre », par Pierre Rimbert, La Vache folle, juin 1999. Retenir que Philippe Val « dut publier un rectificatif ».

[3] France Inter, 26 janvier 2004.

[4] Charlie Hebdo, 21 février 2007.

[5] Charlie Hebdo, 21 mars 2007.

[6] Charlie Hebdo, 1er août 2007.

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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 19:38

George Bush lance le plan de sauvetage de l'immobilier américain Etats-Unis

LE MONDE | 31.07.08 | 10h55  •  Mis à jour le 31.07.08 | 11h25

WASHINGTON CORRESPONDANTE


  Sans publicité, le président George Bush a signé, mercredi 30 juillet, le plan de sauvetage de l'immobilier le plus ambitieux jamais mis en place depuis plusieurs dizaines d'années aux Etats-Unis. La cérémonie a eu lieu à 7 heures du matin, en présence de quelques membres de l'administration seulement.


Le président n'avait pas caché qu'il n'approuvait pas les aides financières de 3,9 milliards de dollars (2,5 milliards d'euros) contenues dans le plan et visant à permettre aux collectivités locales d'acheter les propriétés saisies, pour éviter de laisser péricliter des quartiers entiers. Mais il avait décidé de ne pas mettre son veto, estimant qu'il faut d'urgence aider les familles endettées. Il ne voulait pas non plus, probablement, apparaître aux côtés des principaux artisans de la loi, deux sénateurs démocrates, alors qu'une majorité de républicains ont voté contre ce qu'ils estiment être un cadeau fait à des emprunteurs et à des organismes de prêts imprudents.

"FRANKENSTEIN FINANCIERS"

En discussion depuis des mois, la loi, qui relève le plafond des prêts immobiliers susceptibles d'obtenir une garantie publique, va permettre à 400 000 propriétaires, étranglés par le remboursement de leurs dettes, de refinancer leurs emprunts. Elle crée un fonds de l'administration fédérale du logement (Federal Housing Administration Fund), doté de 300 milliards, pour aider les particuliers. Ceux-ci pourront annuler leur emprunt et le remplacer par un prêt à taux fixe sur trente ans, pour 90% de la valeur de la maison. La décision d'accorder ces refinancements reviendra aux banques, qui devront faire quelques sacrifices.

Surtout, la loi vient au secours des organismes de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac qui ont perdu 50% de leur valeur en l'espace d'une semaine au début du mois. Ces deux institutions sont placées sous l'autorité d'un nouvel organisme de contrôle, aux pouvoirs renforcés. La loi autorise le Trésor à acheter leurs actions ou à leur prêter de l'argent jusqu'à fin 2009.

Le sénateur démocrate du Connecticut, Christopher Dodd, l'un des principaux artisans de la loi, a indiqué qu'il s'agit surtout d'une mesure de sécurité, destinée à rassurer les créditeurs étrangers. "La garantie implicite n'était pas assez forte pour nombre de ces créditeurs. Une grande partie de cette dette est détenue par des pays dans l'ensemble du monde, et ils devenaient nerveux", a-t-il expliqué.

L'office budgétaire du Congrès a estimé que le plan pourrait coûter jusqu'à 25 milliards de dollars aux contribuables. Trois quarts des républicains, à la Chambre, ont voté contre le projet, dénonçant pareille intervention fédérale pour sauver des entités du secteur privé. L'un d'eux a qualifié Fannie Mae et Freddie Mac de "Frankenstein financiers", menaçant d'engloutir leurs créateurs. Après la signature de la loi, les actions de ces deux établissements de refinancement hypothécaire ont augmenté respectivement de 5,3% et 3,3%.

M.Dodd a indiqué que 8400 nouvelles familles sont chaque jour dans l'incapacité de rembourser leur emprunt. Il a envisagé un déclin de 30% dans les prix de l'immobilier, soit la plus forte baisse depuis la Grande Dépression. Le nombre d'Américains qui pourraient perdre leur maison d'ici à fin 2009 est estimé à 2,8 millions.



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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 19:33

Hommage à Jean-Jacques de Félice
 

Tribunal Correctionnel de Millau le 2 Juillet 1976. Jean Jacques de Félice défend un groupe de Paysans du Larzac poursuivis en flagrant délit pour avoir pénétré dans le Camp Militaire et avoir « emprunté » les documents qu’ils cherchaient. Ils ont trouvé les preuves que l’Armée, tout en faisant mine de négocier, rachète en secret les fermes de gros propriétaires fonciers spéculateurs, pour pouvoir agrandir le camp militaire dont les Paysans bloquent depuis 4 ans l’extension par des actions non violentes inspirées de Gandhi et de Lanza del vasto. Il y a parmi le groupe des prévenus un certain José Bové. J’ai 25 ans, jeune avocat, je suis venu de Montpellier écouter plaider Jean-Jacques de Félice. Il a presque le double de mon âge. Nous ne nous quitterons plus.

Je découvre ce jour là que l’on peut exercer notre profession en cohérence avec ses convictions, que l’on peut vivre notre profession comme un engagement au service des droits de l’Homme, concrets et effectifs.
 
Jean-Jacques m’engage dans la défense des Paysans du Larzac, comme il m’engagera plus tard dans celle des indépendantistes polynésiens, puis des kanaks en Nouvelle Calédonie. Nourris à la même culture protestante du service et de l’engagement, il m’enseignera jusqu’au bout la simplicité, l’humilité mais aussi l’intransigeance dans le combat lorsqu’on sait la cause juste, lorsqu’il s’agit de défendre les faibles contre les puissants.

Nous nous retrouverons ensemble à défendre les objecteurs de conscience, José Bové et ses compagnons « démonteurs » du Mac Do de Millau, les désobéissants civils et lorsque j’ai commencé à intervenir devant les juridictions pénales Internationales j’ai toujours partagé avec Jean-Jacques cette aventure judiciaire et humaine bouleversante.
 
Je l’avais appelé il y a quelques semaines pour lui demander conseil dans la défense du premier Khmer Rouge poursuivi devant le Tribunal Spécial au Cambodge. Comment retrouver l’Homme au-delà du crime terrible dont on l’accuse ? Nous devions nous voir prochainement pour en parler. Jean-Jacques est parti avant. Il s’amusait de ce que je le considérais comme mon Maître, mon père spirituel. Mais aujourd’hui nous sommes nombreux à nous sentir orphelins, proches, si proches de Irène Terrel et Claire leur fille.

Jean-Jacques n’était pas un homme des médias. Son regard, sa voix portaient trop loin pour être enfermés en une formule de 15 secondes pour le JT ! Son regard embrassait le Causse du Larzac où il aimait tant retrouver ses amis. Sa voix savait aussi faire silence … comme cette plaidoirie qu’il commença… en se taisant pendant de longues minutes sous le regard incrédule du Tribunal. « Je voulais vous faire comprendre le silence dans lequel est enfermé mon client dans sa prison… C’est long n’est-ce pas ? » Et encore s’adressant aux jurés de la Cour d’Assises de Tahiti dans l’affaire de l’Ile de Faïté (30 accusés suite à un délire mystique ayant entrainé la mort par exorcisme de 6 personnes ) : « je vous ai regardé… les regarder, ces accusés qui sont aussi vos frères, vos enfants de Polynésie… » Une autre fois il plaidait en leur présentant un coquillage et dissertait sur les hommes du grand Océan du Pacifique.

Jean Jacques était un poète humaniste, intransigeant, en état permanent de légitime révolte contre l’injustice, notamment coloniale. Ne se laissant jamais enfermer dans le dossier pénal, Jean Jacques lisait à livre ouvert dans le cœur, l’histoire, les révoltes de ceux qu’il défendait.

Voilà, Jean Jacques nous quitte et fait mentir le dicton selon lequel l’élève doit un jour dépasser le Maître. On ne peut se hisser à la hauteur d’un Avocat humaniste comme Jean Jacques de Félice. On ne peut que tenter de mettre ses pas dans les siens, pour s’approcher de soi même. « Esprit qui les fit vivre / Anime leurs enfants/ Pour qu’ils sachent les suivre » chantent les Cévenols en hommage aux révoltés Camisards…

A Dieu Jean Jacques. Repose en Paix. La terre des Cévennes, du Larzac, de Polynésie, de Kanaky, te pleure et te chante à la fois.

Au moment de ton départ je serai en prison en Afrique, debout aux côtés d’un détenu, là où tu m’a appris qu’est la place de l’Avocat. C’est l’hommage que je te dois. Merci.

Arusha TPIR le 29 Juillet 2008


François ROUX Avocat. Montpellier


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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 17:25

« Chavez n’est pas là où on l’attend


LA NATIONALISATION DE SANTANDER Au VENEZUELA ET SON CONTEXTE POLITICO-JUDICIAIRE- FINANCIER

 

http://socio13.wordpress.com/2008/08/01/la-nationalisation-de-santander-au-venezuela-et-son-contexte-financier/

 



La crise des subprimes, les turbulences financières sont aussi l’occasion de vastes opérations de concentration, ainsi la Santander Central Hispano (SCH) qui est déjà la première banque d’Espagne devient  la première banque européenne en rachetant Abbey la 6 e banque britannique. Ce qui nous permet de découvrir Emilio Botin , le descendant d’une dynastie bancaire qui s’est épanouie durant le franquisme, il a eu Aznar pour poulain mais a actuellement d’excellente relation avec Zapatero.  Il est actuellement poursuivi par un scandale financier qui risque de le conduire en prison et il a sollicité l’appui du roi qui ne saurait rien lui refuser tant tous ces gens ont des intérêts économiques, politiques imbriqués. La banque Santander n’a bien sur jamais renoncé à soutenir la fondation Aznar dont le roi et l’héritier de la couronne s’occupent également.

 

UNE PREMIERE BANQUE EUROPEENE


-La Santander Central Hispano (SCH, 1ère banque d’Espagne) paiera entre 12,8 et 13,4 milliards d’euros pour le rachat de l’Abbey National, 6e banque britannique. L’offre d’actions SCH aux actionnaires de l’Abbey couvrira 96% du paiement. Une nouvelle action SCH sera remise pour chaque action d’Abbey. Si elle faisait marche arrière, Abbey devrait verser au groupe Santander un dédommagement de 81,7 millions de livres.

 

-La somme des actifs des deux banques est supérieure à 615 milliards d’euros. Leur capitalisation boursière conjointe actuelle, 51 milliards d’euros, ferait de la nouvelle entité -si elle se matérialisait- le premier groupe bancaire de la zone euro, le 4e d’Europe et le 10e mondial.

 

-Le nouveau groupe résultant du rachat compterait près de 130.000 employés et 56 millions de clients. Ses activités seraient réparties à raison de 47% dans la zone euro de l’Union européenne, 31% en Amérique latine et 21% au Royaume-Uni, pays dans lequel Abbey sert 18 millions de clients avec un réseau de 741 succursales.

 

Les conditions de cette opération sont “exemplaires” , on voit comment la crise financière peut offrir des opportunités dans le cercle trés étroit des milieux d’affaire, des banques centrales et de l’argent de nos impôts, sans parler des faillites dans la construction.

 

Quand il achète Abbey, Santander promet qu’il ne fera pas d’autres acquisitions. il est un des rares banquiers à s’en sortir sans perte grâce à l’Amérique latine. Mais les Etats-Unis sont venus assombrir le tableau. Le groupe en effet annoncé une dépréciation de 737 millions d’euros sur sa participation dans la banque américaine Sovereign Bancopr, dont elle a acquis 24,9 %. L’organisme de prêt américain a notamment annoncé une perte de 1,35 milliard de dollars pour 2007 en raison d’une lourde dépréciation de 1,6 milliard de dollars au quatrième trimestre. Le titre de la banque américaine, détenue à 24,9 % par le groupe espagnol, a déjà perdu la moitié de sa valeur depuis un an, à mois de 13 dollars. Dans ces conditions, Santander n’est plus sûre d’exercer en 2010 son option d’achat à 40 dollars par titre sur le reste du capital. « Les circonstances ont changé » admet Emilio Botin, patron du géant espagnol, en citant « les incertitudes qui existent sur le marché américain ».

 

Santander a par ailleurs précisé que l’un de ses objectifs pour 2008 était de porter une « attention particulière sur les risques ». Les tensions sur le marché de l’immobilier espagnol, avec les risques de défaut inhérents, ne semblent pas affecter sa confiance. Le groupe s’attend encore à une croissance de 10 à 12 % de son volume de prêts en Espagne cette année. Dans ces conditions, Emilio Botin a précisé que la banque, qui a racheté le britannique Abbey en 2004, n’avait aucun projet d’acquisition pour l’instant, et a totalement exclu une offre sur Alliance & Leicester. « Nous ne sommes pas intéressés » par la Société Générale, a-t-il également précisé.

 

Souvenez-vous le vendredi 11 juillet, les actions des deux géants américains du crédit hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae perdaient près de 50% de leur valeur. Henri Paulson, le secrétaire américain au Trésor, annonça une série de mesures désespérées garantissant le soutien inconditionnel de l’Etat américain pour renflouer les deux entités.Plus discrétement mais parallèlement le système bancaire était menacé d’un nouvel effondrement après la nationalisation en catastrophe de Northern Rock. C’est alors que le tapis rouge a été étendu devant le PDG de banco Santander Emilio Botin, premier groupe espagnol, qui dans l’orbite de  dans l’orbite de la Royal Bank of Scotland de sa majesté,a rapidement conclu le rachat d’Alliance and Leicester (A&L), une banque hypothécaire anglaise en grande difficulté.Selon l’analyse du Daily Mail, l’offre de Santander, même avant d’être formalisée le 18 juillet, « bénéficiait d’avance de l’appui de la Financial Services Authority (FSA) et même de la Banque d’Angleterre ». tandis que l’on parlait beaucoup des géants nord-américains du crédit hypothécaire, Freddie Mac et Fannie Mae, gagner les régulateurs et la Banque d’Angleterre. « Les efforts effrénés de la FSA démontrent le caractère fragile du secteur bancaire et celui du bâtiment où d’autres faillites du type Northern Rock auraient des conséquences imprévisibles » écrit le Daily Mail. Le quotidien cite un banquier expérimenté : « Nous n’avons jamais vu de semblable choses auparavant…c’est la pire crise financière à laquelle la plupart d’entre nous aient dû se confronter »La FSA britannique aurait d’ailleurs tordu le bras à AL afin que le groupe anglais accepte la proposition. La FSA craint des « retraits massifs de dépôts bancaires semblables à ceux qui forcèrent à la nationalisation de la banque Northern Rock fin 2007 », commente The Guardian.


Pas surprenant, écrit The Guardian. Emilio Botin, le PDG de Santander est « un proche ami de Sir Fred Goodwin, le PDG de la Royal Bank of Scotland ». Détail révélateur sur les moeurs de pirana de ce monde : c’est la vente des actions du promoteur espagnol Martinsa-Fadesa qui aurait permis à Santander de trouver les 1,57 milliards d’euros nécessaires au rachat de l’anglais A&L, impliquant que Banco Santander, pour sauver les banques anglaises, a provoqué la chute de Martinsa-Fadesa, acculé à la faillite trois jour plus tard.Et on voit comment le cancer financier continue à accumuler, opérer des concentrations, quitte à entraîner un peu plus de faillites dans la construction.

 

En vue de cette acquisition, outre l’apport la banque a vendu un certain nombre d’immeubles dont elle reste locataire, outre les actions du promoteur immobilier acculé à la faillite. Chavez a dit qu’il avait eu par ses services de renseignement l’avis que Botin  cherchait à vendre la banque du Venezuela. Il a souligné malicieusement le fait que tout cela n’était pas clair, on faisait pression sur lui pour qu’il accepte la transaction, après Santander ne voulait plus vendre… Le banquier vénézuélien dont Chavez n’a pas révélé le nom était déjà acquéreur, mais comme il devait selon la loi demander l’accord au gouvernement, Chavez a dit NON et a proposé de racheter au nom de ce gouvernement. Et pas dans les conditions d’opacité qui sont celles qui existent en Angleterre et que l’on vient de voir.

 

LE CONQUISTADOR DE LA BANQUE : Emilio BOTIN

 

Troisième de la dynastie Botin, le président de Santander poursuit son rêve de faire de sa banque l’une des premières mondiales à coup d’acquisitions. L’opération a en outre le mérite de faire oublier momentanément ses démêlés judiciaires.  
 

Depuis bientôt un siècle, le nom de la famille Botin, dont la fortune est estimée à plus de 3 milliards d’euros, est associé au monde de la finance. Emilio Botin, troisième du nom, a une fois de plus prouvé, avec l’opération Abbey, qu’il en est le digne héritier.


C’est le grand-père de l’actuel président homonyme de Santander qui a fondé la dynastie, en 1909, reprenant une petite banque de province pour en faire Banco Santander (BS). Mais c’est sous le « règne » du père de Botin, Emilio Botin Sanz de Sautuola, qui est resté trente-six ans à la tête de l’entité, que la banque s’est imposée au niveau national, avec l’achat d’une série de petites banques. En 1986, à la mort du patriarche, Emilio prend à 51 ans les rênes de la banque. Dès son accession au pouvoir, il prend des initiatives révolutionnaires, comme la rémunération des dépôts à vue. Mais surtout, il s’illustre en raflant le Banesto en 1987 pour près de 2 milliards d’euros, après que celui-ci avait été placé sous la tutelle de la Banque d’Espagne, avec un « trou » de plus de 3 milliards d’euros attribué à la désastreuse gestion de Mario Conde. Le pari s’avère payant. Avec cette opération à hauts risques, Santander double d’un seul coup ses actifs, à environ 111 milliards d’euros. Douze ans plus tard, en 1999, il frappe encore plus fort, avec la fusion-absorption de Banco Central Hispano, qui donne naissance au premier groupe bancaire hispanique, SCH.


Emilio Botin passe pour un conservateur « libéral », lié au franquisme, Aznar a été son poulain, mais il ne s’acharne pas sur l’idéologique officiellement et noue d’excellentes relations y compris avec Zapatero.

 

DANS LA TOURMENTE FINANCIERE

 

C’est encore Botin, dit-on, qui a dicté l’ambitieuse stratégie d’expansion en Amérique latine (25 % environ des quelque 348 milliards d’euros d’actifs du groupe). Les activités de la banque espagnole en Amérique latine lui ont permis de compenser le repli sur son marché domestique. Le produit net bancaire a gagné près de 15% au premier semestre, dépassant 8 milliards d’euros, et le bénéfice 6%, à 4,7 milliards d’euros.   

 
Après avoir osé narguer la tourmente du crédit immobilier en lançant à la mi-juillet l’acquisition du britannique Alliance & Leicester pour 1,3 milliard de livres, Santander a fait état mardi de résultats semestriels de bonne facture, portés notamment par ses activités en Amérique latine qui ont compensé le repli en Espagne. Au cours des six premiers mois de l’année, le groupe bancaire espagnol a ainsi enregistré 14,7% de hausse de son produit net bancaire, à 8,175 milliards d’euros, tandis que le bénéfice net gagnait, lui, 6,1%, à 4,73 milliards d’euros.


Seul bémol : la rentabilité du groupe s’est réduite au deuxième trimestre, où le bénéfice net a baissé de 5%, à 2,52 milliards d’euros. Le repli résulte, en partie, d’une base de comparaison défavorable, un gain exceptionnel de 566 millions d’euros lié à la vente de sa participation dans Intesa Sanpaolo ayant été comptabilisé au deuxième trimestre l’an passé. Il reflète également le ralentissement économique en Espagne, auquel le groupe, malgré sa gestion prudente qui lui permet d’être relativement épargné par la crise du “subprime”, ne peut échapper. Mais, même en baisse, ce résultat est bien supérieur aux attentes des analystes.

C’est enfin lui également qui a ouvert la voie aux grandes opérations transfrontières en Europe, d’abord au Portugal, et aujourd’hui au Royaume-Uni.

 

ENNUIS JUDICIAIRES


Toutefois, selon certains analystes, cette dernière opération aurait aussi une « dimension personnelle ». Outre son intérêt financier et stratégique, l’opération a le mérite de détourner l’attention des problèmes qu’Emilio Botin entretient avec la justice, pour recentrer l’actualité sur ses qualités de redoutable banquier. Pourtant, à la rentrée, il devra comparaître devant le tribunal Audiencia Nacional, où il risque une lourde peine de prison pour les sommes versées afin d’écarter les anciens dirigeants de Central Hispano, José María Amusátegui et Ángel Corcóstegui, en 2002. Ceux-ci ont en effet reçu respectivement 43,7 et 108 millions d’euros, après avoir renoncé à la co-présidence et à la direction exécutive de Santander.

 

Du coup, le froid, autoritaire, austère et secret Emilio Botin travaille à paraître sous un jour plus favorable. Récemment, il a ouvert les portes de sa famille aux cameras de la télévision espagnole et lors de la dernière assemblée de la banque, a accepté, pour la première fois, de donner des explications sur ses démêlés avec la justice.

 

Selon l’hebdomadaire « Tiempo », Emilio Botin est tellement préoccupé qu’il se serait rendu en avril au palais de la Zarzuela, pour demander l’intervention du roi…

 

Je me permets également de vous renvoyer à l’article sur ce blog de la Fondation d’Aznar, un organisme qui mène une lutte idéologique intense en Europe comme en Amérique latine, je signalais qu’au titre des activités d’Aznar en Amérique latine il arrivait de Colombie où il avait été reçu par Uribe mais lisons plutôt la suite: présentéé par la Fondation elle-même.

 

José María Aznar, presidente de FAES, ha asistido hoy martes, 27 de noviembre, en la Universidad Georgetown, en Washington, a la presentación de la nueva revista digital Globalización, Competitividad y Gobernabilidad (gcg.universia.net), cuyo consejo consultivo preside su Alteza Real el Príncipe de Asturias, antiguo alumno de esta universidad. El acto ha sido presidido por Emilio Botín, presidente de Banco de Santander y Universia; y por John DeGioia, presidente de la Universidad de Georgetown.

 

José maria Aznar, président de FAES, a assisté aujourd’hui mardi 27 novembre à l’Université Georgetown, à Washington, à la présentation de la nouvelle revue digitale Globalización, Competitividad y Gobernabilidad (gcg.universia.net), dont le Conseil royal est présidé par son altesse royale le Prince des Asturies, ancien élève de cette université. La séance a été présidée par   Emilio Botín, président  de la Banque de Santander y Universia; et par John DeGioia, président de l’Université de Georgetown.

 

( note de la traductrice) J’espère que vous mesurez qui est ce beau monde et comme son rassemblement éclaire un certain nombre d’événement. La banque de Santander domine Caracas de toute sa puissance et on la retrouve dans toute l’Amérique latine, la présence du Prince des Asturies n’est pas non plus sans intérêt.

 

Cela donne tout son sens à ce qui s’est passé à Santiago du Chili lors du sommet iberoaméricain, la crise du roi quand Chavez a dénoncé le rôle d’intérêts comme la banque de santander , la fascisme d’Aznar. On peut même estimer  que le sommet iberoaméricain avait été concoté pour faire passer les thèses du type de la FAES sur les problèmes de la jeunesse. Chavez intervient relayé par Ortega et Lage pour dénoncer le rôle réel d’Aznar et de son gouvernement dans le coup d’Etat contre son gouvernement. L’amériqua latine résiste… Aujourd’hui Chavez accorde des facilités pétrolières à Respol et nationalise la banque d’Emilio Botin en profitant de ses ambitions européennes et de ses ennuis judiciaires…

 

Quand on veut manger avec le diable il faut une trés trés longue cuillère…

 

Danielle bleitrach

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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 17:09

Revers historique des liquidateurs de Rifondazione Comunista en Italie

http://reveilcommuniste.over-blog.fr/article-21607705.html

Ces réflexions s'appuie sur la lecture des articles de Gael De sanctis, dans l'Huma, qui couvrait le congrès de Chianciano Terme (et qui a une manifeste préférence pour l'option 2 qui a perdu, celle d'une "constituante de gauche, menée par Niki Vendola, gouverneur des Pouilles lire ici), et l'info glanée sur les sites de "l'Ernesto ici" et de "Rezistenze ici". Voir aussi sur "Vive le PCF"la défaite des liquidateurs au congrès du PRC

La situation des communistes en Italie est à bien des égards instructive pour nous, communistes français. Sans sous-estimer les différences, nous assistons dans les deux pays au même processus postcommuniste de dilution-liquidation- adaptation au capitalisme des appareils issus des anciens PCI et PCF. En Italie, il est allé plus vite et plus loin, puisque l'essentiel de l'appareil historique du PCI a évolué à tel point qu'il est devenu le Parti démocrate de Veltroni, qui n'est même pas de gauche, et dont le nom qu'il s'est choisi montre l'alignement sur la tradition politique libérale américaine. Sur ce processus, voir l'étude historique de Pierre Laroche ici. Les communistes italiens qui ont refusé à l'époque le reniement postcommuniste du marxisme et de la classe ouvrière se sont regroupé dans le PRC, où les ont rejoints les militants légalistes les mieux organisés de l'extrême gauche, dont le nouveau secrétaire du parti, Paolo Ferrero, qui vient d'être élu, est issu. En Italie la liquidation du PCI a été rondement menée, par son groupe dirigeant opérant par surprise, et profitant du désarroi qui a suivi l'effondrement de l'URSS, au congrès dit de la "Bolognina" en 1991. Il faut remarquer que le PCI avant cette date était complètement indépendant de l'URSS, et que son appareil lui était même carrément hostile, mais que la base restait sentimentalement attachée aux pays socialistes. Le PRC est donc constitué à l'origine d' un mélange instable de groupes gauchistes et du courant pro-soviétique du PCI. Son leader historique, qui a bien failli dernièrement l'amener à la ruine, Bertinotti, vient quant à lui du parti socialiste. Depuis 1991, le PRC a beaucoup investi dans les luttes antiglobalisations, aux dépens sans doute de son enracinement dans la classe ouvrière en Italie. Mais il faut constater quand même qu'il arrive à trouver dans ses rangs comme dirigeant un ancien ouvrier de 48 ans. Au PCF, il faudra choisir un dirigeant de la génération précédente pour obtenir le même résultat. Enfin, dernière singularité, le PRC était organisé en tendance : il n'y avait pas au congrès du PRC de "base commune" officielle approuvée par la direction sortante, comme ce sera le cas en décembre 2008 au PCF, mais des motions qui se présentent sur un pied (théorique) d'égalité.

En 1998, une scission a eu lieu entre les partisans de Bertinotti, qui dirigeaient le parti et qui avaient retiré leur soutien au gouvernement de centre gauche de D'Alema, et indirectement favorisé ce faisant le retour de Berlusconi au pouvoir, et ceux de Cossuta, dirigeant historique du PCI, qui voulait rester dans la coalition à n'importe quel prix. Il semble que les deux formations aient inversé aujourd'hui leur positions sur ce plan. Il faut noter que le PDCI qui vient de tenir aussi son congrès a choisi à 75% une "constituante communiste", c'est à dire un congrès de réunification avec le PRC et les milliers de communistes sans carte qui s'organisent autour de l'appel lancé sur Internet  "Communistes, commençons par nous mêmes".  Seul l'Ernesto (motion 3) a répondu favorablement à cette main tendue. Elle semble avoir été mise entre parenthèse pour gagner le congrès. En termes électoral, l'influence du PRC représente deux à trois fois celle du PDCI.

Les élections qui viennent d'avoir lieu en avril et qui ont vu le retour au pouvoir de Berlusconi avec un programme de droite dure et décomplexée ont été un désastre pour les deux partis, qui avaient formé avec les Verts, et un sous groupe de l'ex PCI-ex PDS- ex DS qui refusait la mutation définitive en parti démocrate, la coalition "Arc en ciel" qui préfigurait  la "chose rouge", le nouveau parti de "gauche", la "nouvelle formation" que l'ont voulait nous proposer ici aussi à l'issue du score calamiteux de Marie George en 2007. Le résultat est sans équivoque ; les trois formations qui existaient en 2006 avaient obtenues 11%, l'Arc en Ciel est tombé à 3%. Les deux partis communistes avaient environ 150 parlementaires à la chambre et au sénat, ils n'en ont plus aucun, faute de passer le seuil qui est, je crois, de 4%.

Après cette claque historique, le groupe dirigeant du PRC ne pouvait pas gagner du temps pour noyer le poisson et esquiver ses responsabilités comme le groupe dirigeant français l'a fait avec son "double congrès", déqualifié en ANE suite aux protestations de la base, parce qu'il avait ajourné illégalement le congrès statutaire du PRC dans la phase de préparation des élections pour lancer la "chose arc en ciel", et mis en place une structure parallèle, sous la forme d'un collectif informel de fans rameutés par les médias, censés appeler à grand cri à la grande fusion de la "Gauche". Il ne pouvait pas se dérober davantage, à moins de faire exploser le parti.

Au congrès de  Chianciano Terme qui vient de se tenir du 24 au 27 juillet en Toscane, il y avait 5 motions : la 1 : celle qu'appuyait Ferrero, qui était pourtant ministre du gouvernement Prodi, coalition de la tendance marxiste "être communiste" et d'une partie du groupe dirigeant qui a compris l'évidence : même en termes purement électoraliste ou opportuniste, l'option postcommuniste est suicidaire. Elle l'est, parce que cette option a été préemptée par les liquidateurs de 1991, qui en ont tiré tous le profit possible, et ils ont abouti à la déchéance totale en formant le parti démocrate qui participe avec Berlusconi à la chasse aux Roms. Une grande partie de la rhétorique des refondateurs français, les développements à la Martelli ou à la Lucien Sève, oublient tout simplement ce fait : c'est trop tard pour jouer la partition de Gorbatchev ! l'orange a été mangée, il ne reste que la peau.

Cette motion critique ou autocritique explicite de la tentative de "dépassement" du communisme dans "l'Arc en ciel" a réuni 40% des mandats.

La motion 2 , que soutenait Bertinotti (grand notable européen, ancien président de la chambre en Italie, et du PGE) Vendola (gouveneur des Pouilles, poste obtenu sur le tapis vert en négociant avec le centre gauche, et non en renforçant l'influence électorale du parti dans cette région historiquement peu communiste), est constituée par les "refondateurs" gauchistes associatifs postmodernes à la française, et par la partie obstinée dans l'erreur, ou crypto-anticommuniste, du groupe dirigeant qui considère que l'échec de "l'Arc En Ciel" ne s'explique que par la conjoncture, et qui persistent dans leur projet de "constituante de gauche". Il faut noter que la partie a été serrée (et l'est encore, du coup, car les perdants sont tentés de refuser la défaite) car la motion 2 a frisé la victoire, avec 47%, même s'il y a des soupçons de fraude en leur faveur (cf l'Ernesto). Ils refusent de participer au nouvel exécutif et reprochent maintenant à la nouvelle direction de manquer d'esprit unitaire en ayant formé un coalition à 51% alors qu'ils auraient pu avec eux former une majorité à 87%. Rossana Rossanda, dirigeante historique du PCI puis du groupe maoiste "Il Manifesto" qui est devenue depuis un cas d'école de ce mal du siècle que Losurdo a diagnostiqué, l'autophobie des communistes, s'est démenée pour essayer cette fusion du communisme et du postcommunisme. Les perdants du congrès déblatèrent maintenant tout dépités dans la presse bourgeoise et tentent de stigmatiser la victoire du communisme au PRC comme une "régression culturelle", pas moins! Paolo Ferrari, le nouveau secrétaire, loin d'être un extrémiste pourtant (il appartient à l'Eglise protestante vaudoise!), répond que les stratégies des motions 2 et de la coalition des quatre autres motions étaient incompatibles, ce qui clôt la question. Mais il est très net que ce sont ceux qui veulent faire disparaitre le communisme ou le réduire à un courant culturel qui s'accrochent en désespoir de cause à l'aspect le plus dégénéré du centralisme démocratique, c'est à dire aux tentatives de faire pression pour produire l''unanimité, au détriment du contenu des déclarations et de la clarté de la stratégie. Le comble, c'est que l'injonction à noyer le poisson, et à passer sous silence les divergences se fait au non de "la différence " ou "des différences"! En Italie, comme en France, les "staliniens" ne sont donc pas les porteurs d'une idéologie stigmatisée par l'ignorance et la mauvaise foi comme "stalinienne", mais ceux pour qui les chefs ont toujours raison, surtout quand ils se trompent ou quand ils vous payent.

La motion 3, avec 8 %, est celle proposée par nos camarades de l'Ernesto, qui sont en contact avec les diverses composantes de l'opposition communiste du PCF. Ce résultat décevant qui s'explique par le vote utile pour une direction alternative pour appliquer une ligne communiste, est compensé par l'accord politique qu'elle a obtenu avec la motion 1, qui se fait dans un sens très net de relance du communisme en Italie, et pas seulement symbolique (les communistes italiens sont très attaché à la faucille).  L'Ernesto produit des analyses politiques claires et très valables et utilisables en France aussi. La newsletter du groupement considère le résultat du congrès dans sa déclaration finale qui désavoue la stratégie "Arc en Ciel" et la participation au gouvernement Prodi, mais aussi l'élection du nouveau secrétaire contre le poulain de Bertinotti comme de grands succès dans le sens de la reconstruction d'une organisation communiste en Italie.

Je n'ai pas d'info précise sur les motions 4 et 5 qui ont regroupé en tout 5% des mandats mais je crois qu'une d'elle au moins était animée par un groupe trotskysant. Les quatre motions (1, 3, 4, 5) ayant conclut un accord, la déclaration finale a été votée par le congrès par 342 voix sur 642, et le nouveau secrétaire a été élu dans un scrutin serré mais non contesté.

Le réaction scandalisée et négative de la presse de gauche italienne montre a contrario le succès réel des antiliquidateurs en Italie (jusqu'à un certain point, l'indignation de la presse bourgeoise peut servir de critère pour repérer une bonne inflexion de la ligne!).

Enfin, dernière remarque : la victoire de la coalition 1-3-4-5 n'est pas définitive, les partisans de la constituante de gauche ayant décidé de poursuivre leur projet en septembre. Nikki Vendola présente l'affaire comme un retour à l'âge de pierre, et la "constituante communiste" proposée par l'Ernesto, l'appel unitaire, et le PDCI comme un "projet délirant". Ce langage arrogant fait penser aux OUIOUIstes du PS, et aussi aux "personnalités" du collectif national censé désigner un candidat antilibéral, en 2006. Si ces mauvaises intentions se concrétisent, il devra y avoir une scission (oh! quelle violence! halte au retour des gardes rouges de Réveil Communiste!), et une recomposition avec les communistes du PDCI et de l'appel "commençons par nous même" devra avoir lieu.

Le point important à mes yeux, c'est que ce changement de ligne a été acté par un changement de direction clairement identifiable, et qui s'est communiqué, en particulier grâce à l'indignation des journalistes sociaux libéraux, qui ont fait caisse de résonance. Le public italinien ne peut donc pas ignorer qu'il s'est passé quelque chose au PRC! Paolo Ferrero ayant fait partie de l'ancien groupe dirigeant (il est ministre sortant dans le gouvernement Prodi) on peut penser que ce changement de direction n'est pas suffisant, mais le nouveau secrétaire a accepté de faire une autocritique (ce qui semble au dessus des forces des dirigeants français), d'endosser un texte ferme sur les orientations politiques même s'il reste encore verbeux dans certains développements, et surtout de se faire élire contre le favori des médias et de la classe politique, à la manière de Braouezec chez nous, Nicchi Vendola, qui depuis qu'il a perdu se lâche dans la presse en désignant ses adversaires à la vindicte publique comme "les communistes"!

Détail qui n'en est pas un : Bertinotti malgré ses échecs et ses coups fourrés a conservé une remarquable popularité. Elle témoigne de l'amour de transfert des militants aux dirigeants, qui s'en servent pour les mener n'importe où comme le joueur de flûte les enfants de Hamelin, amour qui qu'on le veuille ou non est un invariant du vécu collectif dans les organisations politiques, surtout à ambition révolutionnaire. Amour inévitable, qui prend parfois des aspect ridicules, et qu'il faut savoir déplacer à temps! (ceci à l'intention de ceux qui ne voient pas le coté révolutionnaire de Freud) . Il ne sert à rien de déblatérer contre Staline ou contre Hue si du temps de leur splendeur on leur donnait du "Jo" ou du "Bob" affectueux.

Mais les communistes italiens ont peut être aussi exprimé par leur standing ovation leur soulagement de le voir partir, et leur reconnaissance pour sa démission! Et Fausto vieux Renard, sait qu'il pourra revenir, si la nouvelle équipe se prend les pieds dans le tapis. Tandis que Bob qui s'est accroché tant qu'il a pu peut toujours essayer, au PCF.

GQ, 30 juin 2008, revu 1er août

 

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 20:51
«Si tu plantes un arbre, il faut l’arroser : on a déposé les dossiers, il faut manifester»

AMÉLIA BLANCHOT

QUOTIDIEN : jeudi 31 juillet 2008

Ils étaient presque tombés aux oubliettes. Pourtant, cela fait déjà trois mois que des travailleurs sans papiers occupent la Bourse du travail, rue Charlot (troisième arrondissement de Paris), luttant pour leur régularisation. Regroupés au sein de la Coordination 75, leur situation est en passe d’évoluer. Le 15 juillet, ils ont déposé 597 dossiers à la préfecture et sont en attente des convocations. Hier, histoire de rafraîchir les mémoires, les occupants ont défilé dans Paris. «Si tu plantes un arbre, il faut l’arroser. On a déposé les dossiers, maintenant, il faut manifester», ironise Asse, l’un des occupants. Ils sont environ 600 à vivre dans les locaux, nuit et jour pour certains.

De prime abord, l’endroit peut paraître sympathique. Dans la cour, des petits cercles se forment. Des personnes discutent, rigolent, débattent. A leurs côtés, de sommaires matelas sont abrités par des bâches, loin de filtrer la pluie. Au milieu de ce décor, des femmes en boubous africains versent du riz dans d’imposants récipients. «Nous n’achetons plus d’assiettes, ni de couverts, on mange à l’africaine, avec les mains», explique Mankama, mauritanien de 33 ans. Les conditions de vie sont drastiques, un repas par jour, pas de douche et seulement quelques toilettes.

Carton.

A l’intérieur des bâtiments, c’est l’entassement. La plus grande pièce est emplie de matelas, une autre est réservée aux femmes et aux enfants. Dans les escaliers, chaque palier fait office de lieu de prière, sur un mince bout de carton. D’autres dorment à trois entre deux portes, comme Mankama. Arrivé en France il y a six ans, il travaille à plein-temps dans une entreprise de nettoyage, avec les papiers de son frère, qui a la nationalité française. Si sa supercherie est débusquée, Mankama sera au chômage. Peu importe, il garde le sourire et affiche la même détermination que tous les autres : «Je me battrai jusqu’au bout de mes forces.»

Les années de galère ne découragent pas, obtenir des papiers reste prédominant. Ces travailleurs sont installés à la Bourse du travail, le fief des syndicats, depuis le 2 mai. Cette initiative serait due à une discorde avec la CGT. Au départ, la Coordination 75 menait le combat de front avec le syndicat. Puis le collectif n’aurait «pas été informé par la CGT d’un dépôt de dossiers à la préfecture», affirme Dramé, l’un des porte-parole. Se sentant trahis, les travailleurs isolés se sont alors rassemblés rue Charlot. Raymond Chauveau, secrétaire général de l’UL-CGT Massy (Essonne), a une autre explication : «Ils n’ont pas accepté le postulat de départ, ne trouvant pas logique de soutenir uniquement les travailleurs», et non pas tous les sans-papiers.

«Jurisprudence».

Aujourd’hui, la situation s’est un peu apaisée. Si la CGT a apporté son aide pour les dépôts de dossiers, elle souhaite que les occupants quittent les lieux. «C’est une entrave au bon fonctionnement des organisations syndicales. Et puis, ils gênent qui ?» s’interroge le syndicaliste. Mais pour la Coordination 75, hors de question de partir avant l’obtention des régularisations.

Du côté des autres travailleurs sans papiers soutenus par la CGT, 750 ont été régularisés sur les 1 500 dossiers déposés. Il reste entre 300 et 400 salariés encore en grève, certains depuis avril. «Mais c’est parce que leurs dossiers n’ont pas encore été examinés», note Raymond Chauveau. Pour lui, la victoire se situe surtout dans cette «jurisprudence où il devient possible d’obtenir la régularisation par le travail. L’objectif est que les choses se passent sans avoir à planter le drapeau systématiquement».



http://www.liberation.fr/actualite/societe/342235.FR.php
© Libération



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