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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 20:38

 

Accord de cessez-le-feu en Syrie sous l'égide de Moscou et d'Ankara (Reuters)

 

Un cessez-le-feu entrera en vigueur, Jeudi 29 Décembre 2016 à 24 heures, 22 heures GMT, dans toute la Syrie, ont annoncé simultanément la Russie, la Turquie et Damas.

Les modalités ont été acceptées par l'administration du président Bachar al Assad et par l'opposition, a déclaré Jeudi 29 Décembre 2016 à Moscou le président Vladimir Poutine, qui s'exprimait aux côtés de Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires étrangères, et de Sergueï Choïgou, ministre russe de la défense.

Trois documents ouvrant la voie à une résolution du conflit ont, selon lui, été signés, Jeudi 29 décembre 2016. Il s'agit d'un accord de cessez-le-feu entre le gouvernement syrien et l'opposition, de mesures pour veiller à ce qu'il soit respecté et d'une déclaration en faveur de l'ouverture de négociations de paix, a précisé Vladimir Poutine.

Mardi 20 Décembre 2016 à Moscou, la Russie, la Turquie et l’Iran avaient jeté les bases d'un accord de cessez-le-feu national censé ouvrir la voie à une conférence de paix au Kazakhstan.

Il s'agit du troisième cessez-le-feu national conclu cette année. Les deux premiers, négociés par la Russie et les Etats-Unis, n'ont tenu que quelques semaines. Ni Washington ni l'Organisation des Nations Unies (ONU) n'ont été associés aux discussions qui ont conduit à celui du Jeudi 29 Décembre 2016.

« Les accords conclus sont évidemment fragiles. Ils nécessitent une attention particulière, mais il s'agit d'un résultat remarquable pour nos efforts conjoints, ceux du ministère de la défense, du ministère des affaires étrangères et de nos partenaires dans la région », s'est félicité Vladimir Poutine, ajoutant que Moscou avait accepté de réduire sa présence militaire en Syrie.

Sergueï Lavrov a quant à lui a confirmé qu'une conférence de paix était en préparation à Astana. Il a souhaité que l'Egypte, l'Arabie Saoudite, le Qatar, l'Irak, la Jordanie et l’ONU y participent. Les Etats-Unis, a ajouté le ministre, pourront s'y joindre aussi une fois que Donald Trump aura pris ses fonctions, ce qui sera fait le 20 janvier 2017.

Saluant l'accord, l'émissaire de l'ONU en Syrie, Staffan de Mistura, a souhaité qu'il ouvre la voie à des discussions fructueuses a Astana.

Elles doivent contribuer au succès des discussions inter syriennes prévues le 8 février 2017 sous l'égide de l'ONU, dit sa porte-parole dans un communiqué.

« Il ne faut pas laisser passer cette opportunité. Je remercie toutes les parties, notamment la Russie, pour le cessez-le-feu », a quant à lui déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Selon l'armée syrienne, la trêve ne concerne ni les djihadistes de l'Etat Islamique, ni le Front al Nosra, ni les groupes qui leur sont liés, mais un certain flou persiste sur les organisations effectivement concernées par la trêve.

Parmi les mouvements rebelles signataires de l'accord figurent les influents mouvements islamistes Ahrar al Cham, Djaïch al Islam et Djabha Chamiya, précise le ministère russe de la défense.

L'Armée Syrienne Libre (ASL), qui fédère différents groupes, a par ailleurs promis de respecter la trêve, selon un porte-parole. « Cette fois, je suis convaincu que c'est du sérieux. Il y a une nouvelle implication internationale », a commenté un chef rebelle.

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, qui se sont entretenus par téléphone, ont confirmé que l'accord ne s'appliquerait pas aux « groupes terroristes ».

Le ministère turc des affaires étrangères a précisé que la Turquie et la Russie seraient les garants de la trêve.

« Avec cet accord, les parties ont accepté de cesser toutes les attaques armées, y compris aériennes, et ont promis de ne pas étendre les zones qu'elles contrôlent en se les disputant », dit-il.

Les positions diamétralement opposées de la Turquie et de la Russie seront toutefois difficiles à concilier.

Moscou, dont l'implication militaire au mois de septembre 2015 a fait basculer le rapport de force en faveur de Damas, soutient fermement Bachar al Assad, alors qu'Ankara, favorable à l'opposition, exige son départ.

Le gouvernement turc réclame en outre le retrait de toutes les forces étrangères, dont le Hezbollah libanais, qui est engagé aux côtés de Damas, ce qui pourrait poser un problème à l'Iran.

« Tous les combattants étrangers doivent quitter la Syrie. Le Hezbollah doit regagner le Liban », a souligné le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Une réunion devait avoir lieu dans la journée entre des représentants de l'opposition syrienne et des représentants du gouvernement turc.

Selon différentes sources, Moscou, Ankara et Téhéran se sont entendus sur la mise en place de zones d'influence informelles en Syrie, ce qui permettrait à Bachar al Assad de se maintenir quelques années de plus au pouvoir.

Au-delà des désaccords entre les parrains de ce processus, des obstacles plus immédiats devront être surmontés. La Russie exige que le cessez-le-feu ne s'applique pas à la Ghouta orientale, un bastion rebelle de la banlieue de Damas, ce que refusent les insurgés d'Ahrar al Cham. Ces derniers participent aux discussions avec la Turquie.

Les miliciens kurdes qui combattent l'Etat Islamique avec l'appui de Washington n'ont par ailleurs pas été associés aux discussions entre la Russie, la Turquie et l’Iran.

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 20:17

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/291216/avant-son-congres-podemos-etale-ses-desaccords

 

http://tendanceclaire.org/breve.php?id=21991

 

Avant son congrès, Podemos étale ses désaccords

 

Par Ludovic Lamant, envoyé spécial de Mediapart à Madrid

 

Jeudi 29 Décembre 2016

 

Un violent combat de chefs entre Pablo Iglesias et son numéro deux, Íñigo Errejón, bouscule le mouvement anti-austérité Podemos. Au-delà de la bataille d’égos, c’est un débat de fond qui traverse le parti sur les manières d’élargir son électorat dans les années à venir.

Le nom de code du prochain congrès circule depuis l’automne, ce sera le deuxième congrès de Vistalegre. Mais il n'est pas encore certain qu'il se déroulera dans cette salle omnisport de la banlieue de Madrid, qui avait accueilli, au mois d'octobre 2014, le premier congrès fondateur de Podemos. À l’approche de cette assemblée citoyenne, du 10 février au 12 février 2017, les principaux responsables du mouvement anti-austérité jouent à se faire peur. Sur les réseaux sociaux, à la télévision et dans la presse, Podemos étale ses divisions et expose ses doutes sur la stratégie à suivre.

« Il est fondamental que Podemos ne se convertisse pas en une coalition de courants, en un parti de barons, en un parti divisé pour toujours et en un parti qui ressemble à un gâteau dans lequel chaque dirigeant dirait que cela, c’est ma part, et donc je veux autant d’argent et de postes. Si nous nous y prenons comme cela, nous allons devenir le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et nous serons morts », a mis en garde Pablo Iglesias, dans un entretien à la fin du mois de fin décembre 2016 à www.infolibre.es, site partenaire de Mediapart en Espagne. « Il se passe des choses qui mettent en danger la continuité du projet », a lâché, de son côté, Pablo Echenique, secrétaire à l’organisation du parti, et proche de Pablo Iglesias.

La mise en garde du professeur de sciences politiques de trente huit ans vise juste. Mais Pablo Iglesias n’est sans doute pas pour rien dans l’extrême morcellement du parti, qui sort exténué d’un marathon électoral inédit depuis le retour de la démocratie en Espagne, pas moins de sept élections locales, nationales ou européennes, en deux ans. À l’issue des élections législatives du mois de juin 2016, la coalition Unidos Podemos est arrivée en troisième position, avec vingt et un pour cent des voix et soixante neuf députés sur un total de trois cent cinquante élus.

Mais la formation qui voulait « prendre le ciel d’assaut » n’a pas su s’entendre avec le PSOE pour former un gouvernement des gauches, sur le modèle de l’exécutif aujourd’hui en place au Portugal. Pire encore, la coalition constituée de Podemos et des communistes d’Izquierda Unida a perdu plus d’un million de voix entre les élections législatives du mois de décembre 2015 et celles du mois de juin 2016. Cette claque a plongé ce parti d’universitaires dans d’intenses débats sur les manières de rebondir et d’aller séduire « los que faltan », « ceux qui manquent » pour gagner.

« Je vois deux phases dans l’hypothèse Podemos », résume Jorge Moruno, le responsable du discours, un jeune trentenaire, sociologue de formation, qui nous reçoit dans les bureaux madrilènes du parti à deux pas de la place d’Espagne. « Le premier moment correspond à la trajectoire du prince de Machiavel. Il se lance à l’aventure et il conquiert de nouveaux territoires. C’est le Podemos machine de guerre électorale, adepte de la blitzkrieg, qui se construit à un rythme effréné. Paradoxalement, les temps électoraux sont des temps très peu démocratiques, parce que le temps manque pour approfondir les débats en interne. Notre adversaire l’a compris et il a choisi de multiplier les batailles électorales. Jusqu’à la répétition des élections législatives au mois de juin 2016. Cette guerre éclair a duré plus longtemps que ce que nous aurions souhaité. Ce moment est terminé. À présent, le prince doit s’enraciner ». Ce serait l’objectif du congrès à venir, faire passer Podemos d’une logique de guerre éclair à celle d’un enracinement plus profond dans la société espagnole.

Les divisions du parti ne vont pas aider. Manifestes depuis le mois de janvier 2016, elles n’ont fait que s’intensifier au fil des mois. Elles sont devenues très visibles sur les réseaux sociaux, à l’image de la dernière dispute en date, une campagne relayée ces derniers jours par des proches de Pablo Iglesias sur Twitter, avec le mot-clé « pas comme cela, Íñigo ». Ils reprochent au numéro deux du parti, Íñigo Errejón, ses critiques publiques à l’encontre des « décisions démocratiques » de la direction. Ce dernier avait regretté sur Twitter la suspension de l’un de ses soutiens, José Manuel López, du porte-parolat de Podemos pour la communauté de Madrid, remplacé par une figure d’un secteur concurrent, « ce n’est pas le bon chemin », avait-il commenté.

Trois ans après sa naissance, Podemos est-il déjà menacé par le syndrome de la vieille politique ? À gros traits, nous pouvons identifier trois secteurs au sein du parti. L’issue du congrès du mois de février 2017 dépendra des accords que les uns et les autres parviendront à conclure d’ici là. À la différence des courants du Parti Socialiste français par exemple, les divergences ici ne portent pas tant sur le fond des politiques que sur les stratégies électorales à mettre en place pour construire une majorité sociale dans les urnes.

Les anticapitalistes forment sans doute le groupe le plus compact. Ils sont les héritiers d’Izquierda Anticapitalista, un équivalent lointain du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) très actif dans les cercles de Podemos des débuts, en 2014. Après la reconduction de Mariano Rajoy au pouvoir, ils plaident pour rapprocher Podemos des mouvements sociaux. « L’institutionnalisation est le grand risque qui pèse sur Podemos. Les institutions t’éloignent des gens. Elles te séquestrent », assure à Mediapart le député européen Miguel Urban, l’un des chefs de file des anticapitalistes. À ses yeux, Podemos devrait s’investir davantage dans les conflits à l’échelle des usines et des entreprises, en réponse à la « radicalisation de l’extrême-centre en Europe ». Il compte à ses côtés des figures comme l’andalouse Teresa Rodriguez ou le maire indigné de Cadix, en Andalousie aussi. Minoritaires, ils pourraient jouer le rôle de faiseurs de roi lors du prochain congrès.

Autre secteur, plus intéressé par le jeu institutionnel classique, les « errejonistas », partisans du secrétaire politique et numéro deux de Podemos, Iñigo Errejón. À trente trois ans, ce politologue, il a écrit sa thèse sur le MAS, le parti d’Evo Morales en Bolivie, est considéré comme le plus intelligent de la bande mais aussi, pour ses détracteurs en interne, le plus social-démocrate. Pour faire court, ce défenseur acharné de la transversalité, ni droite, ni gauche, est convaincu que Podemos doit aller chercher de nouveaux électeurs, bien au-delà du cercle des seuls déçus du PSOE. Pour y parvenir, il ne faut surtout pas tomber dans les vieux travers de la gauche radicale, ce qui risquerait, à ses yeux, de marginaliser le parti en l’adossant uniquement aux luttes sociales et en suscitant l'inquiétude d'un électorat plus rural ou âgé.

« Ce n’est pas une question idéologique. Ce n’est pas que, du jour au lendemain, je suis devenu un parlementaire bourgeois, qui voit dans le débat parlementaire une fin en soi du travail politique. Non, mais un travail parlementaire peut nous permettre de rouvrir la fenêtre d’opportunité pour gagner », explique Jorge Lago, l’un des très proches d’Inigo Errejón. « En mettant sur la table le débat sur le salaire minimum, sur le revenu universel ou sur la réorganisation institutionnelle de l’Espagne. Pour forcer les autres à se positionner et diviser les socialistes sur la Catalogne. Tu peux jouer avec les contradictions de l’autre pour empêcher la stabilité du système. À l’inverse, si tu te mets justement là où le pouvoir veut que tu te mettes, dans les manifestations, tu légitimes la fermeture du système ».

« Si nous voulons gagner, il ne faut pas seulement travailler avec des gens déjà convaincus. Nous devons mettre au jour un imaginaire suffisamment ample pour incorporer aussi les gens qui ne se mobilisent pas et qui ne vont pas aux manifestations », renchérit Jorge Moruno, qui défend lui aussi l’approche d’Inigo Errejón avant le congrès. « Il faut sortir du faux débat entre la rue et les institutions », insiste-t-il, avant de plaider pour « la construction d’un réseau de coopératives, de lieux hors de l’économie de marché et d’espaces de loisirs, où l’on retisse le terreau social que les politiques néo libérales ont défait et où l’on touche des gens qui ne sont pas habituer à descendre dans la rue ».

Dans cette géographie mouvante de Podemos, il reste à évoquer, bien sûr, les « pablistes ». Les partisans de Pablo Iglesias se situent, pour le dire vite, à mi-chemin entre les deux autres tendances. Pablo Iglesias continue de revendiquer la transversalité chère à Inigo Errejón, mais il doute de la possibilité de remporter de vraies victoires au congrès des députés, depuis l’opposition. Sur le fond des choix politiques, il est sans doute plus proche, aujourd’hui, des anticapitalistes. Les négociations avec le PSOE pour former un gouvernement au début de l’année 2016 ont d’ailleurs laissé des traces. Du côté d’Inigo Errejón, certains plaidaient, sans le dire à haute voix, pour une abstention face à un éventuel gouvernement entre le PSOE et Ciudadanos, le nouveau parti de centre droit, pour empêcher le retour de Mariano Rajoy. Ce que Pablo Iglesias et ses proches n’ont jamais voulu entendre.

Depuis 2014, Pablo Iglesias a toujours dépassé les contradictions des différents secteurs, grâce à un leadership très puissant semblable, en cela, à certains chefs d’état latino-américains. Mais la technique s’est essoufflée, depuis l’entrée de Podemos au congrès des députés. « La télévision a été un élément fondamental, qui nous a permis de toucher beaucoup de gens, mais le poste de télévision est un dispositif limité, parce qu’il arrive d’en haut. Nous devons construire de nouvelles institutions par en bas », insiste Jorge Moruno.

De nombreux soutiens historiques de Pablo Iglesias ont par ailleurs rejoint le camp d’Inigo Errejón, agacés par le fonctionnement de plus en plus autoritaire en interne, selon eux, du leader. En réaction, le madrilène, qui s’est formé au sein des jeunesses communistes, s’est en partie replié sur un noyau dur très marqué Izquierda Unida, aux côtés de Juan Carlos Monedero, son maître à penser, ancien conseiller d’un dirigeant d’Izquierda Unida, ou Alberto Garzón, le jeune et charismatique leader d’Izquierda Unida. Les « errejonistas » avaient déjà eu du mal à avaler la candidature aux élections législatives, imposée par Pablo Iglesias, de Julio Anguita, ancien secrétaire général du Parti Communiste Espagnol (PCE), figure de l’eurocommunisme.

Ce sera l’un des enjeux du congrès du mois de février 2017, démocratiser le mouvement et revenir sur certaines mesures prises par le congrès fondateur qui avait verticalisé et banalisé le parti. À l’époque, la direction, Pablo Iglesias comme Inigo Errejón, justifiait ce passage en force au nom de l’efficacité électorale. Cette fois, Inigo Errejón monte au créneau pour réclamer un parti plus transparent et décentralisé à l’échelle des régions, des villes et des cercles du parti.

Ironie de la situation, celui qui était, au mois d’octobre 2014, le principal dissident et réclamait davantage de pouvoir aux cercles et de décentralisation, contre la direction à Madrid, n’était autre que Pablo Echenique, aujourd’hui secrétaire à l’organisation du parti et partisan de la ligne de Pablo Iglesias.

« Il faudra sortir du congrès avec une organisation plus démocratique de Podemos qui serve de prologue à l’Espagne que nous voulons. D’un point de vue territorial, avec un parti plus décentralisé, mais pas seulement, avec une direction du parti féminisée, en prenant des mesures de discrimination positive si cela est nécessaire et avec une répartition plus juste de la richesse à l’intérieur de Podemos, avec davantage de moyens pour les cercles et les bases », imagine Jorge Lago qui critique, en creux, l’état de Podemos aujourd’hui.

« L’Espagne n’a pas besoin d’un énième mélodrame, mais de débats politiques », tranche, de son côté, Jorge Moruno, en référence à l’affrontement très médiatisé entre les deux anciens meilleurs amis, Pablo Iglesias et Inigo Errejon, qui, parfois, s'écrivent même des lettres sur les sites d'information et les réseaux sociaux. « Nous avons construit une machine politique très ancrée sur le charisme politique. Mais il faut que nous soyons capables de dépasser aujourd’hui cette approche binaire et psychologisante, entre Pablo Iglesias et Inigo Errejon », avance, de son côté, Pablo Bustinduy, le responsable de l’international au sein de Podemos. Le 28 décembre 2016, Pablo Iglesias a été jusqu'à publier une vidéo sur son compte Twitter, dans laquelle il demande pardon aux militants de Podemos pour le spectacle occasionné.

À quelques semaines du congrès, quels sont les rapports de force entre les trois secteurs ? Un vote censé fixer les règles de vote du prochain congrès, qui s’est déroulé au mois de décembre 2016, est riche d’enseignements. Sur les quelque cent mille personnes qui ont participé, un peu plus d’un tiers de la base, quarante et un pour cent ont suivi la formule proposée par Pablo Iglesias et trente neuf pour cent ont suivi la formule proposée par Inigo Errejón. À peine deux mille quatre cent voix les séparent. Le numéro deux avait même obtenu l'appui de plus de trois cent cadres du parti sur son manifeste durant la campagne. Quant aux anticapitalistes, ils ont obtenu un peu plus de dix pour cent des suffrages. C’est une déconvenue pour Pablo Iglesias, qui pensait l’emporter plus nettement. « La preuve est établie, pour la première fois au niveau national, que les militants de Podemos ne sont pas tous pablistes », commente un journaliste du País, qui y voit « la fin de l’hyper-leadership de Pablo Iglesias ». Mais Pablo Iglesias a sans doute obtenu l’essentiel, le congrès se déroulera selon ses règles du jeu. À savoir que les militants voteront le contenu programmatique et l’identité du secrétaire général en même temps.

À ce stade, Inigo Errejón le répète sur tous les tons. Il n’a pas l’intention de se présenter contre Pablo Iglesias. Tout au plus veut-il que son projet politique soit entendu. Faute de réconciliation entre Pablo Iglesias et Inigo Errejón avant le mois de février 2017, Miguel Urbán, chef de file des anticapitalistes, se trouvera en position de force. Son projet d’organisation du parti, qui veut donner plus de pouvoir aux cercles, recoupe en partie celui d’Inigo Errejón, tandis qu’il incarne une aile mouvementiste de Podemos compatible avec Pablo Iglesias. Il pourrait être le faiseur de roi et sauver la face de l’actuel secrétaire général. D’après www.infolibre.es, des discussions commençaient ces jours-ci à reprendre, sur l’application cryptée Telegram, entre les trois secteurs.

Dans l’attente d’un règlement de la crise à Podemos, la droite de Mariano Rajoy est, une fois de plus, la grande gagnante. Le conservateur galicien a été investi au mois d’octobre 2016 à la tête d’un gouvernement minoritaire, grâce à l’abstention d’une majorité des députés du PSOE. Beaucoup d’observateurs lui prédisaient un mandat très court. Mais le Parti Populaire a d’ores et déjà transformé Ciudadanos, la nouvelle formation de droite qui lui avait pris beaucoup d’électeurs, en un docile allié au pouvoir. Quant au PSOE, il se prépare à un congrès, sans doute à l’été 2017, pour élire leur nouveau secrétaire général après la démission de Pedro Sánchez. D’ici là, les socialistes ne devraient pas aller au bras de fer avec Mariano Rajoy.

L’horizon semble assez dégagé pour le chef du gouvernement, en tout cas au premier semestre 2017. Le congrès du Parti Populaire, prévu pour le mois de février 2017, aux mêmes dates que celui de Podemos, devrait le confirmer.

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 21:07

 

Les frappes russes à Idlib et autour d'Alep s'intensifient (Reuters)

 

Les avions russes ont intensifié le bombardement des zones sous contrôle rebelle de la province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, et en bordure d'Alep, deux jours après la fin de l'évacuation de la grande ville du Nord, ont annoncé Samedi 24 Décembre 2016 des rebelles et des habitants.

Au moins huit frappes ont visé Binish, Sarakeb et Jisr al Choghour, trois villes de la province d'Idlib. Les bombardements ont fait plusieurs victimes, principalement des civils, a-t-on annoncé de même source.

Les zones rebelles de la province sont la cible d'intenses frappes russes depuis plusieurs mois. Après la reprise totale d'Alep par les forces du régime de Bachar al Assad cette semaine et l'évacuation de tous les rebelles, Idlib pourrait être l'objet de la prochaine grande offensive de l'armée.

La province est pour le moment sous le contrôle de la coalition de milices islamistes Djaïch al Fatah comptant notamment l'ancien Front al Nosra.

Des rebelles et des habitants ont également fait état de frappes aériennes russes et syriennes dans des zones rurales à l'ouest et au sud d'Alep pour le deuxième jour consécutif.

Khan al Asal, à environ quatorze kilomètres à l'ouest d'Alep, a été la cible de bombes à fragmentation, tandis que les bourgades d'Haritan et d'Anadan ont également été frappées ainsi qu'Atarib, non loin, rapporte un combattant rebelle de Djaïch al Mujahedeen.

De larges zones au sud et à l'est d'Alep restent sous le contrôle des insurgés. Ceux-ci ont déclaré avoir repoussé Samedi 24 Décembre 2016 un assaut d'une milice chiite soutenue par l'Iran aux alentours de Rachidine, à l'ouest d'Alep.

L'armée syrienne a continué Samedi 24 Décembre 2016 à passer au peigne fin les zones d'Alep-Est tombées Mardi 20 Décembre 2016 sous son contrôle. L'organe de presse militaire du Hezbollah libanais a annoncé que des caches d'armes laissées par les insurgés avaient explosé, causant deux morts et de nombreux blessés.

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 20:54

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/12/28/l-obsession-kurde-de-recep-tayyip-erdogan_5054775_3232.html

 

L’obsession kurde de Recep Tayyip Erdogan

 

Editorial du Monde

 

Le procès de neuf intellectuels qui s’ouvre Jeudi 29 Décembre 2016 à Istanbul, illustre la dérive autoritaire et sécuritaire du président turc.

Jusqu’où ira Recep Tayyip Erdogan ? Le procès de neuf intellectuels turcs, dont l’écrivaine Asli Erdogan, qui s’ouvre Jeudi 29 Décembre 2016 à Istanbul, est une nouvelle manifestation de la dérive autoritaire et sécuritaire du président d’une Turquie de plus en plus éloignée de l’Europe. Il montre aussi à quel point l’obsession kurde de ce dirigeant, qui domine la scène politique turque depuis 2003, est devenue destructrice pour lui et pour son pays.

Auteure talentueuse de nouvelles traduites dans plusieurs langues, y compris en France aux éditions Actes Sud, Asli Erdogan, dont l’homonymie avec le président est fortuite, détenue depuis le 17 août 2016, risque la prison à perpétuité pour « atteinte à l’intégrité de l'état » et appartenance à une « organisation terroriste ». Le seul crime de cette intellectuelle de quarante neuf ans, en réalité, est d’avoir critiqué le pouvoir dans un quotidien, Ozgür Gündem, accusé de soutenir le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le mouvement armé de la rébellion kurde. Cinq des coaccusés d’Asli Erdogan sont en fuite et les trois autres ont été, comme elle, placés en détention. Les victimes de cette gigantesque purge déclenchée par le président Recep Tayyip Erdogan dans la foulée du coup d'état manqué du Vendredi 15 Juillet 2016 se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers. Près de quarante mille personnes ont été mises en examen, sans compter celles qui ont été écartées de leur poste. Quelque cent soixante médias et plus de cinq cent associations ont été fermés.

La guerre en Syrie et ses conséquences régionales ont provoqué un durcissement de Recep Tayyip Erdogan à l’égard de la question kurde. Ce qui était essentiellement un problème interne, avec une communauté qui constitue de quinze à vingt pour cent de la population de Turquie, est devenu pour le président turc un problème régional, à partir du moment où les alliés occidentaux de la Turquie se sont appuyés sur les combattants kurdes syriens pour mener leur offensive contre l’organisation Etat Islamique en Syrie.

La victoire kurde à Kobané, en Syrie, au mois de janvier 2015, a aggravé son inquiétude de voir les mouvements kurdes de Turquie et de Syrie unir leurs forces. Au mois de juin 2015, aux élections législatives en Turquie, le parti démocratique des peuples (HDP) arrachait un score sans précédent de treize pour cent des voix, privant le parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan d’une majorité absolue.

Au cours de l’été 2015, des insurrections déclenchées par le PKK dans des villes du sud-est de la Turquie ont accru la tension. De nouvelles élections organisées au mois de novembre 2015 n’ont pas réussi à annihiler l’influence du HDP.

La tentative de coup d'état du Vendredi 15 Juillet 2016, que le président Recep Tayyip Erdogan a attribuée à son adversaire exilé aux Etats-Unis, Fethullah Gülen, a fourni l’occasion d’une offensive générale contre le mouvement politique kurde. Les dirigeants du HDP, qui avaient pourtant condamné le putsch, ont été démis de leur siège de député. Les deux coprésidents du HDP, de nombreux députés et maires sont à présent en prison.

Tournant le dos à l’Europe et à son allié traditionnel américain, le président turc noue aujourd’hui un partenariat avec la Russie et l’Iran à la faveur du conflit syrien. Il se trouve que la Turquie est membre de l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et du conseil de l’Europe. Peut-elle prétendre l’oublier ? Mardi 27 Décembre 2016, Recep Tayyip Erdogan a accusé les occidentaux de soutenir l’Etat Islamique en Syrie. Si c’est un jeu destiné à impressionner la future administration américaine, parfaitement imprévisible, ce jeu risque de se retourner contre le président turc lui-même.

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 20:34

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/12/28/le-proces-de-l-auteure-asli-erdogan-emblematique-de-la-turquie-de-l-apres-putsch_5054639_3214.html

 

En Turquie, les intellectuels en procès

 

La comparution de neuf personnes, dont l'écrivaine Asli Erdogan, illustre la dérive autoritaire du président turc

 

Par Marie Jégo, correspondante permanente du Monde à Istanbul

 

Un procès emblématique de la Turquie d’après le putsch raté du Vendredi 15 Juillet 2016 s’ouvre, Jeudi 29 Décembre 2016, à Istanbul.

Neuf intellectuels sont cités à comparaître devant la vingt troisième chambre de la cour d’assises du palais de justice de Caglayan. Trop exiguë, la salle d’audience ne pourra accueillir les diplomates européens, les représentants des Organisations Non Gouvernementales (ONG), les parents et les journalistes désireux de suivre les audiences. Les avocats ont eu beau réclamer la mise à disposition d’une salle plus vaste, rien n’y a fait. Le ministère de la justice leur a opposé une fin de non-recevoir.

« Tant pis, nous organiserons un système de relève et nous ferons des groupes », explique Nilgün, une des membres du comité de soutien aux intellectuels emprisonnés. « J’accuse » est leur mot d’ordre. Pour éviter les foudres des forces de l’ordre, attendues en nombre, ils se contenteront d’exhiber leurs pancartes en silence aux abords du palais de justice.

Sur le banc des accusés figurent une écrivaine, une linguiste et deux journalistes. En tout, huit prévenus risquent la prison à perpétuité pour leurs articles ou pour leur soutien déclaré au quotidien Özgür Gündem, réputé favorable à la rébellion kurde du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en guerre contre l'état turc depuis plus de trente ans.

Cinq sièges seront vides, ceux des accusés qui ont eu le temps de fuir avant le coup de filet de la police cet été. Les quatre autres, l'écrivaine Asli Erdogan, la linguiste Necmiye Alpay et les journalistes Inan Kizilkaya et Zana Kaya, sont en détention préventive depuis le mois d'août 2016.

La réclusion à perpétuité a été requise contre Asli Erdogan, sans lien de parenté avec le président turc, écrivaine de renom dont les romans ont été traduits en plusieurs langues. Elle est accusée d’avoir attenté « à l’intégrité de l'état » par ses chroniques et d’être « membre d’une organisation terroriste », le PKK. Ces charges détonnent avec la personnalité de cette femme trop indépendante pour supporter la moindre étiquette.

« Asli Erdogan a toujours été du côté des exclus. Petite, elle ramassait tous les chats errants du quartier pour les mettre à l’abri chez elle pendant les intempéries. Son engagement n’a rien d’idéologique, elle est comme cela, son caractère l’exige. Voici dix-huit ans qu’elle publie des chroniques dans différents journaux d’opposition en Turquie avec ce même esprit, or elle n’a jamais été condamnée une seule fois. Asli Erdogan n’a pas changé. En revanche, la Turquie a changé », explique Aysegül Tozeren, amie de longue date de l'écrivaine.

Elle sera au tribunal, la tête pleine de questions. Car Asli Erdogan n’a pas été vue depuis le 17 août 2016, lorsque des policiers cagoulés sont venus la chercher à son domicile, à Istanbul, pour l’emmener à la prison de Bakirköy. Quelles séquelles aura laissées la détention sur cette femme de quarante neuf ans à la santé fragile, très angoissée de nature ? « Son état de santé est stable, elle se prépare psychologiquement à son procès. Nous ne savons pas si elle sera libérée », dit Özcan Kiliç, l’avocat du journal Özgür Gündem. « Je veux croire qu’elle sera libérée et les autres avec elle, parce qu’ils n’ont fait qu’écrire », avance Aysegül Tozeren.

Asli Erdogan n’était jamais allée en prison auparavant. Elle en avait pourtant décrit dans un roman, le Bâtiment de Pierre, publié en Turquie en 2010, puis en France en 2013, par les éditions des Actes Sud, les tourments d’une femme hantée par son séjour derrière les barreaux aux côtés de militants, d’intellectuels et d’enfants des rues, un univers rythmé par les violences, la torture et les cris. En dénonçant la violence institutionnelle, elle ravive les traumatismes récents vécus par le pays au moment des putschs militaires de 1960, de 1971 et de 1980, ou lors de la sale guerre qui embrasa les régions kurdes au début des années 1990, caractérisée par l’emploi d’escadrons de la mort, les assassinats extra judiciaires et les disparitions.

Ses livres, dont le Bâtiment de Pierre, ne se sont jamais aussi bien vendus que pendant sa détention. Les soutiens sont mobilisés. Des soirées informelles sont organisées, au cours desquelles ses textes sont lus. « Depuis quand met-on les écrivains en prison », s’insurge Nilgün, qui y est assidue.

A la fin du mois d'août 2016, un appel a été lancé pour la libération d’Asli Erdogan, à l’initiative des auteurs Jean Rolin et Patrick Deville. Il a été signé par Jonathan Littell, Annie Ernaux, Bernard Pivot et bien d’autres écrivains et éditeurs du monde entier. Le 4 janvier 2017, un recueil de ses articles, « le silence n’est même plus à toi », sortira en France aux éditions des Actes Sud, mais pas en Turquie, où certaines de ces chroniques ont été versées au dossier d’accusation.

Au début de sa garde à vue de trente jours, dont cinq passés dans un total isolement, sans médicaments et sans livres, l’écrivaine a frôlé la dépression.

Placée ensuite dans une cellule commune avec la linguiste Necmiye Alpay, soixante et onze ans, elle a retrouvé son humeur combative.

Au point de transmettre, au mois de novembre 2016, une mise en garde à l’adresse de la communauté internationale sur la dérive autoritaire en Turquie.

Dans sa lettre, elle écrit notamment que « notre gouvernement veut monopoliser la vérité et la réalité. Toute opinion un tant soit peu différente est réprimée avec violence. Ma lettre est un appel d’urgence. La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que l’existence d’un régime totalitaire en Turquie secouerait inévitablement, d’une façon ou d’une autre, l’Europe entière mais celle-ci, focalisée sur la crise des réfugiés, semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie ».

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 20:43

 

Donald Trump prévoit de dissoudre sa fondation caritative (Reuters)

 

Le président élu des Etats Unis, Donald Trump, a annoncé Samedi 24 Décembre 2016 son intention de dissoudre sa fondation caritative, qui fait l'objet d'une enquête du procureur général de New York.

Donald Trump n'a pas précisé le calendrier prévu pour le démantèlement de ses oeuvres de bienfaisance mais a annoncé vouloir « éviter ne serait-ce que l'apparence d'un conflit avec mon rôle de président ». L'homme d'affaires doit entrer en fonction le 20 janvier 2017.

Le procureur général de New York, Eric Schneiderman, a ordonné au mois d’octobre 2016 à la Donald Trump Foundation de cesser de recevoir des donations, l'accusant de déroger aux lois de l’état requérant un enregistrement auprès des autorités locales.

Le Washington Post avait révélé plus tôt une série d'irrégularités dans la gestion de la fondation, notamment l'usage de fonds de bienfaisance pour régler des litiges juridiques visant les affaires de Donald Trump.

Samedi 24 Décembre 2016, une porte-parole du procureur général a annoncé que Donald Trump ne pourrait dissoudre sa fondation pendant la durée de l'enquête.

« La fondation Donald Trump fait toujours l'objet d'une enquête par ce bureau et ne peut légalement être dissoute avant que cette enquête ne soit achevée », a dit Amy Spitalnick, sans préciser de date.

Donald Trump s'est dit très fier de l'argent levé par sa fondation et a dit que la structure avait fonctionné « essentiellement à coût zéro pendant des décennies. Mais parce que je vais consacrer tant de temps et d'énergie à la présidence et à la résolution des nombreux problèmes auxquels est confronté notre pays et le monde, je ne veux pas que ce bon travail puisse être associé avec un possible conflit d'intérêt ».

Créée en 1988, la fondation Donald Trump n'organise aucun programme de charité en propre, mais donne de l'argent à d'autres groupes de bienfaisance.

Cette semaine, Donald Trump a annoncé que son fils Eric Trump cesserait de lever de l'argent pour sa propre fondation en faveur des enfants malades afin d'éviter tout soupçon de conflit d'intérêt. Il a toutefois estimé que c'était une « honte » que de devoir mettre fin à l'oeuvre.

 

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 20:19

 

http://www.pcfob.centerblog.net/2434-le-pouvoir-turc-renforce-son-black-out

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/211216/turquie-le-pouvoir-renforce-son-black-out-sur-les-medias-kurdes

 

Le pouvoir turc renforce son black-out contre les médias kurdes

 

Par Nicolas Cheviron, envoyé spécial de Mediapart à Diyarbakir

 

Mercredi 21 Décembre 2016

 

En fermant une quarantaine de médias kurdes, Ankara a instauré un sévère blocus sur l’information en provenance du Kurdistan turc où la guerre a repris depuis plus d'un an. Pour les journalistes encore en activité dans la région, couvrir un événement est devenu un parcours du combattant. À Diyarbakir, trois d’entre eux relatent leur quotidien.

Alors que l’est et le sud-est de la Turquie sont le théâtre, depuis le mois de juillet 2015, d’un violent conflit opposant les rebelles kurdes du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) aux forces de sécurité, le pouvoir turc a instauré un blocus de l’information sur ces régions kurdes. Au cours des derniers mois, il a ordonné la fermeture de la plupart des médias proposant une couverture spécifique de l’actualité kurde.

À la faveur du coup d'état manqué du Vendredi 15 Juillet 2016 et des pouvoirs exceptionnels qui lui ont été conférés par le vote de l’état d’urgence, cinq jours plus tard, le gouvernement a signé, par décrets successifs, la mort d’une quarantaine de médias rapportant l’actualité du Kurdistan turc. Si le gros des effectifs est composé de chaînes de télévision, de radios et de journaux locaux, certaines des institutions mises au ban, comme le quotidien Özgür Gündem, l’agence de presse Dicle ou la chaîne IMC Télévision, jouaient un rôle essentiel dans la transmission de l’information vers les populations non kurdes de l’ouest du pays.

À Diyarbakir, la principale ville kurde de Turquie et le siège de la majorité de ces médias, ces fermetures ont laissé un grand vide. « Avant, quand il y avait une conférence de presse importante, il n'y avait pas assez de place pour tout le monde, il fallait venir en avance. Désormais, il ne reste presque personne, juste quelques médias kurdes irakiens », constate Mahmut Bozarslan, un vétéran du journalisme dans le sud-est, travaillant en indépendant pour plusieurs médias internationaux, qui assume par ailleurs la fonction de secrétaire général de l’association des journalistes du sud-est. Il estime à plus de quatre cent le nombre de ses confrères restés sur le carreau dans l’ensemble de la région. « Nous en sommes arrivé au point où des gens comme moi, qui travaillent en free-lance, ont honte d’avoir encore un emploi », affirme-t-il.

Le sort des journalistes encore sur le terrain n’est pourtant pas des plus enviables. Au mois de juin 2016, Mahmut Bozarslan et Hatice Kamer, de la British Broadcasting Corporation (BBC) et de Voice of America, et Sertaç Kayar, journaliste free-lance, couvraient un attentat contre un commissariat à Midyat, dans le département de Mardin. Ils ont été agressés par un groupe d’habitants en colère, qui leur ont jeté des pierres, blessant Hatice Kamer à la tête. « Nous avons échappé de peu à la mort. Il s’agissait d’un groupe d’individus proches du parti de la justice et du développement (AKP), la formation islamo-conservatrice du président Recep Tayyip Erdogan. La police, au lieu de les calmer, les a encouragés à nous attaquer », accuse Mahmut Bozarslan, signalant qu’aucun des agresseurs n’avait pas été identifié par la police alors que la scène s’est déroulée devant des caméras de sécurité.

Le trio a par la suite fait l’objet de menaces. « L’organisation État Islamique a posté des photographies de nous sur sa page internet en turc avec un article nous désignant comme des cibles, expliquant que l’agression que nous avions subie était totalement légitime », indique Hatice Kamer.

Depuis la fin des affrontements en zone urbaine, qui ont ensanglanté les villes du Kurdistan turc entre le mois deseptembre 2015 et le mois de juin 2016, les risques d’agression physique ont un peu diminué, admettent Mahmut Bozarslan et Hatice Kamer. Mais les pressions n’ont pas diminué. Elles prennent désormais la forme d’un harcèlement incessant par les autorités. « Je passe mon temps à essayer de convaincre les policiers que ma carte de presse n’est pas une contrefaçon. Je dois leur présenter ma carte d’identité, mon livret de famille, ma carte de membre de l’association des journalistes, la carte du média qui m’emploie et cela ne suffit pas, le gars en face de moi continue de rétorquer que cela peut être un faux », relate Mahmut Bozarslan, qui avoue travailler désormais « dans l’angoisse ».

Ce petit jeu peut aller jusqu’à l’arrestation arbitraire du journaliste avec le risque, en période d’état d’urgence, de passertrente jours au commissariat, dont les cinq premiers sans pouvoir contacter un avocat.

Arrêtée à la fin du mois de novembre 2016 à Silvan, dans le département de Diyarbakir, alors qu’elle couvrait un accident minier dans lequel ont péri une quinzaine de travailleurs, Hatice Kamer n’a passé que vingt huit heures en garde à vue, officiellement en raison d’une obscure accusation d’insulte à l'encontre la république turque sur les médias sociaux. Elle a été relâchée sous la pression de l’opinion publique. « C’est dur de trouver la motivation pour continuer », confie la jeune femme. « Il faut désormais penser d’abord à sa propre sécurité et à ne pas se faire arrêter avant de se concentrer sur l’événement que nous devons couvrir ».

La situation est particulièrement difficile pour les journalistes qui, malgré la fermeture de leur média, luttent pour la survie dans la région d’une presse indépendante du pouvoir. Plusieurs initiatives ont en effet vu le jour, avec des moyens limités, création du journal Özgürlükcü Demokrasi, sur les cendres d’Özgür Gündem, ouverture du site internet Haber Var, fondé par d’anciens salariés de quatre chaînes de télévision et sept radios proscrites.

Employé de l’agence Dicle pendant quatorze ans, Sedat Yilmaz a commencé à écrire pour un de ces nouveaux médias, dans une tentative de résistance qu’il décrit comme un ultime « jeu du chat et de la souris » entre la presse indépendante et l’état. « Je ne peux plus marcher dans les rues avec un appareil photographique, une caméra ou du matériel de prise de son. Je ne peux plus engager de discussion avec des groupes dans la rue, faute de quoi je risque l’arrestation et l’emprisonnement », résume-t-il. « De toute façon, les gens ont peur de parler. Toutes nos sources d’information sont taries ».

Travailler pour un média étranger ou pouvoir exhiber un passeport européen sous le nez des policiers ne constitue pas plus une protection.

Le journaliste français Olivier Bertrand, du site internet des Jours, a ainsi été arrêté au mois de novembre 2016 à Gaziantep, expulsé et interdit de territoire turc. Deux journalistes suédois basés à Istanbul ont pour leur part été reconduits le même mois vers la métropole turque après avoir été arrêtés pendant un tournage à Diyarbakir. « Autant que possible, j’essaie de ne pas mentionner mes employeurs quand je travaille pour des médias étrangers. Sinon, c’est automatique, cela se passe mal », explique Mahmut Bozarslan. « Le réflexe du policier est de dire que je suis un agent ».

Interrogés sur l’avenir de la région et des médias kurdes en Turquie, les trois confrères ne cachent pas leur désarroi. Sedat Yilmaz se tourne vers le passé pour rappeler que le premier journal publié dans sa langue a été fondé en exil, au Caire, en 1898, que l’histoire des médias kurdes est une succession de violences qui ont coûté la vie à près de quatre vingt de ses confrères et jeté en prison ou contraint à la fuite des centaines d’autres journalistes.

« En fait, il n’y a jamais eu de liberté de la presse en Turquie », conclut-il, amer. Si Mahmut Bozarslan se déclare franchement « pessimiste pour l’avenir », Hatice Kamer ne veut pas employer ce terme, « je vois plutôt notre situation comme celle d’une personne qui entre dans une pièce obscure et ne sait pas ce qu’elle va rencontrer sur son chemin. Nous sommes vraiment entrés dans les ténèbres ».

 

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 19:38

 

http://fr.hdpeurope.com/?p=3845

 

Décision de faire comparaître de force huit députés du parti démocratique des peuples (HDP) devant les tribunaux

 

Bureau de presse du HDP

 

Mardi 13 Décembre 2016

 

Comme on le sait, depuis le 14 avril 2009, des milliers de politiciens kurdes ont été arrêtés suite aux opérations politiques connues sous le nom de KCK et de nombreux dossiers ont été ouverts contre eux.

L'un de ces cas, également connu sous le nom de cas principal du KCK implique le vice-président du groupe parlementaire et député du HDP pour la ville de Diyarbakir, Caglar Demirel, la députée pour la ville d'Agri, Dirayet Dilan Tasdemir, le député pour la ville de Dersim, Alican Önlü, la députée pour la ville d'Hakkari, Selma Irmak, le député pour la ville de Mus, Ahmet Yildirim, la députée pour la ville de Siirt, Besime Konca, le député pour la ville d'Urfa, Osman Baydemir, et le député pour la ville de Van, Nadir Yildirim. Parmi eux, notre députée d'Hakkari Selma Irmak, est toujours détenue dans la prison de Silivri dans le cadre d’une autre enquête.

Nous tenons à préciser par ailleurs que le procureur et les membres de la cour desservant cette affaire ont également été arrêtés pour appartenance au groupe guléniste impliqué dans le complot du mois de juillet 2016.

Le 20 mai 2016, l’immunité de nos parlementaires avait été rétroactivement levée pour une certaine période alors que les dossiers concernant nos députés jugés dans le cadre de cette affaire étaient empreints de discrimination.

Lors de l’audience qui a eu lieu le 10 novembre 2016 à Diyarbakir, l’assignation à comparaître par la force devant la cour avait été annulée et l’audience avait été reportée au 11 avril 2017.

Lundi 12 décembre 2016, une autre décision du tribunal de saisir nos députés par la force a été réadoptée et l’exécution immédiate de cette nouvelle décision a été ordonnée.

Cette nouvelle décision sans précédant signifie qu’il est possible que nos députés mentionnés ci-dessus soient détenus et arrêtés à tout moment.

Nous en avons été témoins lors de l'arrestation devant le bureau du procureur, Lundi 12 Décembre 2016, de la députée-adjointe de notre groupe parlementaire et députée pour la ville de Diyarbakir, Caglar Demirel, et de notre porte-parole de l'assemblée des femmes du HDP, la députée pour la ville de Siirt, Besime Konca. A travers cette démarche, notre parti, engagé pour la démocratie, subira un nouveau coup dur dans ses activités politiques. La capacité de notre parti à participer au processus parlementaire sera de nouveau minée.

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 19:15

 

https://blogs.mediapart.fr/nestor-romero/blog/261216/podemos-le-dechirement

 

Podemos, le déchirement ?

 

Par Nestor Romero

 

Lundi 26 Décembre 2016

 

Au mois de février 2017 se tiendra à Madrid l'assemblée refondatrice de Podemos. Une crise sans précédent oppose au sein du mouvement deux stratégies politiques, mais surtout les deux principales personnalités du parti, Pablo Iglesias et Inigo Errejon.

Quatre vingt dix neuf mille cent soixante deux personnes viennent de voter pour définir les règles selon lesquelles se déroulera la prochaine assemblée de refondation de Podemos, dite deuxième assemblée de Vistalegre, deux ans après la première assemblée fondatrice de Vistalegre. Il s’agissait de trancher entre les deux principales propositions, celle de Pablo Iglesias et celle d'Inigo Errejón. Le premier proposait que les motions présentées à l'assemblée et la désignation de leurs auteurs à la direction, le conseil citoyen, ne soient l’objet que d’un seul scrutin. Inigo Errejón quant à lui proposait deux scrutins séparés, le premier concernant les documents et le deuxième concernant les personnes aspirant à la direction.

Quant aux Anticapitalistas animés par le député européen Miguel Urbán, la députée au parlement d’Andalousie Teresa Rodriguez et le maire de Cadix José María Gonzalez, après avoir tenté une conciliation, ils ont semble-t-il gardé profil bas en attendant l'assemblée où ils proposent, comme ils l’avaient fait lors de la première assemblée de Vistalegre, un document politique horizontaliste en opposition avec le verticalisme des deux autres.

Deux stratégies politiques

Mais évidemment ces subtilités procédurales ne trompent personne, car ce dont il s’agissait véritablement était de trancher entre deux stratégies politiques et, pour les deux leaders, d’évaluer la puissance de leurs troupes. Les résultats sont les suivants, quarante deux pour cent pour Pablo Iglesias, trente huit pour cent pour Inigo Errejón et dix pour cent pour Anticapitalistas. Pablo Iglesias ne l’a donc emporté que de deux mille quatre cent voix sur pratiquement cent mille votants. Il convient également de noter que le score des Anticapitalistes met en évidence que leur influence est loin d’être négligeable.

Voyons donc maintenant ce qui du point de vue politique et stratégique différencie et peut-être oppose ces trois courants. Pablo Iglesias professe un certain radicalisme qui consiste, pour l’instant, à dire les choses sans ménagement et sans craindre d’effaroucher qui que ce soit dans le cadre d'Unidos Podemos avec ce qu’il reste du Parti Communiste Espagnol (PCE) et en participant, dans la rue, aux mouvements sociaux.

Inigo Errejón reproche à cette stratégie de laisser de côté toutes celles et ceux qui, souffrant de la situation catastrophique du pays, sont effrayés par des propos inconsidérés, celles et ceux aussi qui se sont réfugiés dans l’abstention, les déçus du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) enfin et même, pourquoi pas, certains déçus de la droite au pouvoir, victimes eux aussi de la politique d’austérité menée d’une main de fer par le Parti Populaire. Il prône ce qu’il appelle la transversalité dans le cadre d’un populisme de gauche inspiré par Chantal Mouffe et Ernesto Laclau. Il convient ainsi de s’adresser à tous sans se préoccuper d’où ils viennent ni où ils sont. Car, rappelle Inigo Errejón, l’objectif initial de Podemos affirmé voici deux ans lors de l'assemblée fondatrice de Vistalegre n’est pas de résister mais de parvenir au pouvoir, raison pour laquelle il faut s’adresser à tous et pas seulement au peuple de gauche.

L’éternelle dichotomie

Comment, ceci dit, ne pas voir que Podemos est sans doute en train de sacrifier à cette antique et peut-être éternelle dichotomie entre révolutionnaires et réformistes, comme l’on disait encore il n’y a pas si longtemps et comme l’on dit encore sans doute dans certaines chapelles. Dichotomie qui, d’une manière ou d’une autre et quels que soient les termes par lesquels elle s’exprime, n’aura épargné aucune génération de militants politiques.

Dans cette situation le courant des Anticapitalistas me semble préconiser depuis la fondation de Podemos une issue et une sortie par le bas en proposant un Podemos démocratique où le pouvoir émane de la base et non des secrétaires généraux, un Podemos dans lequel les mandats sont limités, position reprise par Pablo Iglesias, et un parti mouvement féministe et territorialisé, c’est-à-dire décentralisé selon, me semble-t-il, la tradition du fédéralisme libertaire si présente dans la péninsule ibérique. Nous verrons à Vistalegre le sort que les militants réserveront aux différentes motions.

Cependant, il n’est pas possible d’en rester là et de ne pas s’interroger sur l’aspect humain de l’opposition entre Pablo Iglesias et Inigo Errejón.

Comme le raconte Pablo Iglesias, ils se connaissent depuis longtemps, ils ont travaillé et milité longtemps ensemble, ils ont parcouru l’Amérique Latine et ils ont été sans doute plus ou moins imprégnés par les discours s’élevant dans ces contrées. Ils disposent tous les deux d’une vaste culture universitaire et ils font preuve, tous les deux, d’un talent oratoire qui galvanise les foules et d’une agilité dialectique qui laisse souvent pantois quelque contradicteur que ce soit.

Pris par le pouvoir

Alors, que s’est-il passé entre eux ? Comment ne sont-ils pas parvenus à élaborer une attitude commune ? La première réponse qui vient à l’esprit est celle-ci, ils ont cru prendre le pouvoir et c’est le pouvoir qui les a pris, je pique cette idée et sa formulation à Tomás Ibáñez.

Ils ont tous deux goûté à l’ivresse des acclamations d’une foule subjuguée par leur verbe, aux délices des félicitations incessantes, à la satisfaction des approbations urbi et orbi et à celle d’être obéis, je ne crois pas que le mot soit trop fort. Ils ont goûté tous les deux à ces facilités de la vie propre aux hommes et aux femmes de pouvoir dont une forme de ce pouvoir se concrétise dans le privilège de n’avoir pas à se soucier de ce qu’Edgard Morin nomme les choses prosaïques, de ces tâches domestiques auxquelles d’autres, peut-être même des camarades, pourvoiront.

Ils ont été pris tous les deux dans les rets inextricables de cette « sphère de la parole et de la politique », l’autre ne va pas sans l’une, celle de l’homme libre, par opposition à la sphère économico-sociale qui est celle de la servitude et de la soumission à la nécessité, selon Hannah Arendt.

Ne peut-on pas craindre que, soumis à leur propre pouvoir et à sa fascination narcissique, ils ne soient plus capables de s’en libérer. Il serait alors temps pour les gens et pour les citoyens d’en bas comme on dit en Espagne, les militants de base comme on dit ici, de mettre en application le principe de révocabilité inscrit dans les statuts du mouvement. Mais je me trompe sans doute.

 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 22:23

 

http://www.estherbenbassa.eelv.fr/turquie-le-regime-se-transforme-methodiquement-en-dictature-mediapart-12-decembre-2016

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/121216/turquie-le-regime-se-transforme-methodiquement-en-dictature

 

Le régime turc se transforme méthodiquement en dictature

 

Par Mathieu Magnaudeix, envoyé spécial de Mediapart en Turquie

 

Jeudi 8 Décembre et Vendredi 9 Décembre 2016, trois parlementaires écologistes, les députés Cécile Duflot et Sergio Coronado et la sénatrice Esther Benbassa sont partis en Turquie à la rencontre de la société civile. Le Quai d’Orsay a d’abord rechigné, mieux vaut ne pas froisser Recep Tayyip Erdogan, avant de donner son feu vert à l’initiative. J’ai pu assister à toutes les rencontres. Quelques interlocuteurs ont requis l’anonymat par peur des représailles du pouvoir. L’intégralité des coûts de mon voyage a été prise en charge par Mediapart.

Depuis la tentative ratée de coup d'état du Vendredi 15 Juillet 2016, la Turquie vit au rythme des purges, des arrestations et de l’arbitraire. La lutte contre le terrorisme justifie tous les abus. Le pays de Recep Tayyip Erdogan est en train de se transformer en dictature, récit de la répression quotidienne.

Les policiers ont débarqué le 31 octobre 2016 à 6 heures 30 du matin et ils ont tout fouillé. L'ordinateur portable bien sûr passé au crible. Les sous-vêtements retournés. Aydin Engin, soixante quinze ans, ancien rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet, s'est retrouvé à l'isolement.

Aujourd'hui, il arrive à en sourire. « C’était assez relaxant. il n’y avait pas le téléphone pour m’embêter ». Au cinquième jour, un procureur lui a rendu visite. « Il m’a posé quarante sept questions, toutes plus ridicules et absurdes les unes que les autres ».

Aydin Engin peut aujourd'hui savourer son thé dans l'impressionnant bureau des patrons du journal où trônent les photographies sépias des anciens directeurs et des portraits du fondateur de la république, Mustapha Kemal Atatürk. Il a été relâché en raison de son âge. Mais dix journalistes et deux avocats du journal sont toujours en prison. Accusés d'appartenance à une entreprise « terroriste », ils ne se sont toujours pas vu notifier les faits qui leur sont reprochés. « Ils veulent nous faire taire », dit Aydin Engin. Le patron du journal, Akin Atalay, a été arrêté le 11 novembre 2016, à son retour d'Europe. Son ancien rédacteur en chef, Can Dündar, est en exil en Allemagne. Il a été menacé en direct à la télévision par le président Recep Tayyip Erdogan pour avoir révélé des livraisons d'armes des renseignements turcs aux rebelles syriens. Il risque la prison à vie.

Cumhuriyet n'est pas quelque obscur organe de propagande. Fondé en 1924 par un proche de Mustapha Kemal Atatürk, Cumhuriyet est même le plus vieux journal du pays, le quotidien de référence. Il défend la liberté d'expression, une société laïque et a publié ces dernières années des scoops gênants pour le pouvoir. Au cours de son histoire, plusieurs de ses collaborateurs ont été assassinés, comme Ugur Mumcu, tué en 1993 par des fondamentalistes. Mais en près de cent ans d'existence, le quotidien n'avait pas connu une telle répression.

Les journalistes se lèvent le matin en sachant qu'ils sont en liberté surveillée. « Désormais, tout est possible », dit Özgür Mumcu, le fils d'Ugur Mumcu. Il se sait écouté et espionné.

Entre cent quarante et cent soixante journalistes sont aujourd'hui emprisonnés en Turquie. Au moins cent cinquante médias ont été fermés, une bonne partie en langue kurde. Depuis la tentative de coup d'état ratée du Vendredi 15 Juillet 2016, la Turquie a basculé. Les attentats meurtriers se succèdent, attribués au parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ou à l'autoproclamé État Islamique, le dernier en date, Samedi 10 Décembre 2016 à Istanbul, revendiqué par une organisation proche du PKK, a fait trente huit morts, dont de nombreux policiers, et une centaine de blessés.

En même temps qu'il combat le PKK dans le sud-est du pays, mais aussi la confrérie du prédicateur Fethullah Gülen accusée d'avoir fomenté le putsch, le président Recep Tayyip Erdogan a lancé une répression aveugle contre tous ceux qui le contestent. Désormais allié à l'extrême droite, il gouverne à coup de décrets-lois et s'apprête à faire voter une constitution qui élargit considérablement les pouvoirs du président. La Turquie est toujours membre du conseil de l'Europe et de la Convention Européenne des Droits de l'Homme (CEDH).

Officiellement, elle reste candidate à l'entrée dans l'Union Européenne. Mais en pratique, elle est en train de devenir une dictature où, sous le prétexte de l’état d’urgence, le droit est aboli et l'arbitraire règne.

En Europe, de nombreux dirigeants détournent les yeux. Ou se contentent de timides critiques, pour ne pas froisser un pays à qui l'Union Européenne a sous-traité au printemps 2016 la gestion des flux de migrants. La semaine dernière, trois parlementaires écologistes, les députés Cécile Duflot et Sergio Coronado et la sénatrice Esther Benbassa, sont venus rencontrer à Istanbul et à Ankara une trentaine de militants, d'élus et de défenseurs des droits de l'homme turcs. J'ai pu assister à l'intégralité de ces échanges, qui témoignent d'une répression impressionnante. « Nous ne respirons plus. Les droits de l'homme sont foulés aux pieds », résume l'avocat et député Mahmut Tanal, sous le coup de huit poursuites judiciaires pour des motifs absolument farfelus.

Lui et ses collègues du parti républicain du peuple (CHP), le vieux parti laïc de Mustapha Kemal Atatürk aujourd'hui dans l'opposition, tiennent les comptes. Selon les données publiques qu'ils ont compilées, quatre vingt dix huit mille fonctionnaires ont été renvoyés depuis cet été dans l'armée, la justice, l'éducation nationale, la santé et même la loterie nationale.

« Ils se sont fait saisir leurs biens. Ils ont été transformés en morts civils », explique la députée Senal Sarihan, vice-présidente de la commission d'enquête sur les droits de l'homme.

D'autres ont été mis à pied et ne touchent qu'une partie de leurs salaires. Près de sept cent entreprises privées ont été saisies.

« Un vrai climat de peur s’est instauré », poursuit Senal Sarihan. La peur, Öztürk Türkdogan, le président de l'association turque des droits de l'homme (IHD), la vit très concrètement. La première chose qu'il fait en se levant le matin est d'allumer son ordinateur pour vérifier que son organisation, forte de huit mille bénévoles répartis dans tout le pays, n'a pas été dissoute.

Le 22 novembre 2016, le gouvernement a ordonné la fermeture de trois cent soixante quinze Organisations Non Gouvernementales (ONG), parmi elles, des associations d'aide aux réfugiés, aux enfants et aux femmes victimes de violences. « Il n’y a pas de raison que nous ne soyons pas touchés nous aussi », dit Ozturk Türkdogan. L'IHD est d'autant plus dans le viseur qu'elle enquête sur les combats dans le sud-est kurde, où Recep Tayyip Erdogan a relancé la guerre à l'été 2015. L'armée et les forces spéciales ne se contentent pas d'y combattre le PKK. Plusieurs grandes villes ont été rasées. « Nous ne pouvons plus parler de lutte contre une organisation terroriste. C’est une guerre des autorités contre leur propre peuple », assure Ozturk Türkdogan.

Toute critique contre l'état ou le président de la république peut donner lieu à l'ouverture d'une enquête. Flanqué de son vice-président, un papy souriant amoureux de la culture française, le défenseur des droits humains raconte l'ambiance de soupçon qui s'est emparée du pays.

Il raconte les pétitions en faveur des droits humains que plus personne ne veut signer. Les dénonciations qui prolifèrent. Les réseaux sociaux sont scrutés par les renseignements qui embauchent désormais sur simple entretien oral car ils ont besoin de main-d'œuvre. La presse a publié l'histoire d'un jeune homme qui a dénoncé sa petite amie pour gülenisme, juste parce qu'elle avait refusé sa demande en mariage.

Depuis le coup d'état avorté, trente six mille proches supposés de la confrérie de Fethullah Gülen ont été placés en détention. Des milliers de militants kurdes ou progressistes ont été arrêtés et sont aujourd'hui en prison. La torture diminuait ces dernières années, la voilà qui fait son grand retour. « Les prisonniers sont passés à tabac et fouillés à nu, parfois à plusieurs reprises, pour les humilier », raconte Ozturk Türkdogan. Les avocats ne peuvent plus voir leurs clients seuls. Ils doivent laisser notes et stylos à l'entrée. Quand ils ne sont pas eux-mêmes accusés de terrorisme. Les turcs sont de plus en plus nombreux à vouloir quitter le pays. Mais beaucoup n'en ont pas la possibilité, quatre vingt mille passeports ont été saisis. De leur côté, les associations Lesbiennes, Gays, Bies et Trans (LGBT), s'inquiètent d'une libération de l'homophobie. En août, une figure de la communauté LGBT, la jeune femme trans Hande Kader, a été brûlée vive. « La violence à notre endroit est légitimée par le gouvernement et les personnalités politiques, assure un militant gay. On tente de nous associer à des groupes terroristes ».

La peur s'est aussi emparée des universitaires. Quinze facultés ont été fermées, trois mille huit cent cinquante professeurs ont été licenciés. Les recteurs sont désormais nommés directement par le pouvoir et jouent aux petits commissaires politiques, racontent deux universitaires qui ont témoigné devant les parlementaires écologistes français à condition que leur anonymat soit respecté. « On nous décrit comme des traîtres à la nation », raconte cette professeure d'université stambouliote. Son tort est d’avoir, comme plus de deux mille autres universitaires, signé au mois de janvier 2016 un appel des universitaires pour la paix. Il s'agissait alors de protester contre la guerre aveugle dans le sud-est du pays. Recep Tayyip Erdogan les a traités de « loques » soutenant le terrorisme. Selon les signataires de l'appel, deux cent cinquante universitaires turcs sont aujourd'hui derrière les barreaux. D'autres font l'objet de poursuites, à chaque fois accusés « d’humilier la Turquie ou de soutenir le terrorisme ».

Le Vendredi 15 Juillet 2016, le parlement a été bombardé par les putschistes. Une aile a été éventrée. Dans une assemblée bunkerisée de crainte des attentats, les ouvriers s'affairent encore pour réparer les dégâts. Ici, les députés du parti démocratique des peuples (HDP), le parti pro-kurde de gauche radicale entré en 2015 au parlement, font figure de parias aux yeux du pouvoir. Recep Tayyip Erdogan ne leur a jamais pardonné de lui avoir ravi sa majorité absolue. Depuis le coup d’état raté, ils sont la cible numéro un, les coprésidents du parti, Figen Yüksekdag et Selahattin Demirtas, ont été emprisonnés, comme huit autres députés, tous placés à l'isolement et accusés, eux aussi, d'être des complices des terroristes.

Dans leur salle de réunion au parlement, trône la photo des dix reclus. « Selahattin Demirtas est dans une situation d’isolement et de torture », assure Hisyar Özsoy, le vice-président du parti. La guerre de Recep Tayyip Erdogan contre le HDP, très populaire parmi les jeunes urbains, ne s'arrête pas là. Quarante maires du HDP dans le sud-est du pays ont été remplacés par des administrateurs civils aux ordres d'Ankara.

Des milliers de militants et de sympathisants du parti sont actuellement gardés à vue ou incarcérés, parfois pour des motifs absurdes. « Une élue de Bursa a été mise en prison parce qu’elle avait porté un costume traditionnel kurde lors d’un mariage », raconte l'avocat Levent Piskin, figure du mouvement LGBT turc, qui défend certains des élus emprisonnés.

Selahattin Demirtas est notamment poursuivi pour avoir traité Recep Tayyip Erdogan de « voleur », alors qu'il ne faisait que reprendre les mots d'un homme politique d'extrême droite aujourd'hui rallié à Recep Tayyip Erdogan. Un autre député se voit reprocher un discours qu'il n'a pas prononcé. La liste des motifs absurdes est longue comme le bras. Les élus se surprennent parfois à en rire tellement ils sont grotesques.

Mais n'allez pas dire ça à Serap Yasar. Députée du parti au pouvoir, l’AKP de Recep Tayyip Erdogan, elle est aussi porte-parole de la commission de la justice. Face aux députés français venus lui dire leurs « inquiétudes de voir la Turquie tourner le dos à l’état de droit », elle affiche une mine impassible. Immobile, elle encaisse les critiques sans broncher. Et elle débite les éléments de langage inscrits sur une feuille posée devant elle, langue de béton brut. « Tous ces avocats, écrivains et journalistes, n’ont pas été placés en garde à vue en raison de l’exercice de leur fonction mais parce qu’ils ont soutenu le terrorisme », dit-elle.

La juriste tance les avocats partisans des droits humains qui « prennent parti ». Elle justifie les pleins pouvoirs de l’exécutif octroyés par l’état d’urgence. « Dans des circonstances exceptionnelles, il faut des mesures exceptionnelles ». Elle admet que « quelques erreurs de procédure » seront sans doute commises, mais elle plaide aussi l’indulgence, « nous essayons de poursuivre notre lutte dans le cadre de la loi, mais ce n’est pas très facile ». À court d’arguments, elle invoque le parlement bombardé ou en appelle au « peuple qu’il faut écouter ». Elle assure que « les recours judiciaires sont toujours possibles », mais elle omet de dire qu’ils ne servent à rien et n’aboutissent jamais. Elle en profite pour déplorer la « décision malencontreuse » de gel du processus d’adhésion de la Turquie, préconisée par le parlement européen. Elle rappelle que les européens sont bien contents de voir la crise des réfugiés jugulée par les camps installés en Turquie.

« C’est voyage en absurdie », dit Cécile Duflot en quittant le parlement turc. « Ici, il est possible d’être mis en prison pour rien, ruiné du jour au lendemain. Tout cela crée la tétanie de la société. Mais le silence européen et la volonté de ne pas voir participent aussi de cette situation ». Pendant deux jours, presque tous leurs interlocuteurs l’ont martelé, si l’Europe se contente de protester mollement, Recep Tayyip Erdogan se sentira pousser des ailes.

 

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