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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 20:09

Pourquoi nous ne pouvons pas attendre, Lettre aux Blancs modérés à propos de la légitime impatience des Noirs


Par Martin Luther King

www.lmsi.net

Introduction

À l’occasion du quarantième anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King, et de la reparution de ses écrits et discours aux éditions Bayard [1], nous republions des extraits choisis d’un de ses textes les plus forts : la Lettre de la geôle de Birmingham. Très loin de l’image aseptisée du pasteur qu’a construite l’idéologie dominante, plus loin encore des appels à la « tolérance », au « vivre-ensemble » et autres mots creux de l’antiracisme étatique et institutionnel, cette lettre propose l’une des analyses les plus profondes du racisme, de ses conséquences subjectives sur celles et ceux qui le subissent, et de la remarquable capacité de cécité et d’indifférence dont il peut faire l’objet, jusque chez les plus sincères antiracistes. Écrite en avril 1963 pendant un séjour en prison, suite à une « action directe de désobéissance civique » (occupation par des Blancs et des Noirs de lieux publics
légalement réservés aux Blancs), cette lettre est adressée aux « blancs modérés », c’est-à-dire aux Blancs qui reconnaissent le caractère illégitime de la ségrégation raciale, mais qui reprochent aux activistes noirs d’être trop « impatients », trop « extrémistes », et d’utiliser des moyens de lutte illégaux.

Article

L’un de vos arguments fondamentaux est que notre action se produit à un mauvais moment. Certains ont demandé :

« Pourquoi ne pas avoir donné aux nouveaux élus le temps d’agir ? ».
La seule réponse que nous pouvons donner, c’est que le nouveau pouvoir, comme l’ancien, a besoin d’être bousculé pour enfin agir.
(...)

L’histoire est la longue et tragique illustration du fait que les groupes privilégiés cèdent rarement leurs privilèges sans y être contraints. Il arrive que des individus soient touchés par la lumière de la morale et renoncent d’eux même à leurs attitudes injustes, mais mes groupes ont rarement autant de moralité que les individus. Nous avons douloureusement appris que la liberté n’est jamais accordée de bon gré par l’oppresseur ; elle doit être exigée par l’opprimé. Franchement, je ne me suis jamais engagé dans un mouvement d’action directe à un moment jugé « opportun », d’après le calendrier de ceux qui n’ont pas indûment subi les maux de la ségrégation.

« Attendez ! » [2]

Depuis des années, j’entends ce mot : « Attendez ! ». Il résonne à mon oreille, comme à celle de chaque Noir, avec une perçante familiarité. Cet « Attendez » a presque toujours signifié : « Jamais ! ».
(…)

Il nous faut constater avec l’un de nos éminents juristes que « Justice trop tardive est déni de justice ». Nous avons attendu pendant plus de trois cent quarante ans les droits constitutionnels dont nous a dotés notre Créateur. Les nations d’Asie et d’Afrique progressent vers l’indépendance politique à la vitesse d’un avion à réaction, et nous nous traînons encore à l’allure d’une voiture à cheval vers le droit de prendre une tasse de café au comptoir.

Ceux qui n’ont jamais senti le dard brûlant de la ségrégation raciale ont beau jeu de dire : « Attendez ! ». Mais quand vous avez vu des populaces vicieuses lyncher à volonté vos pères et mères, noyer à plaisir vos frères et sœurs ; quand vous avez vu des policiers pleins de haine maudire, frapper, brutaliser et même tuer vos frères et soeurs noirs en toute impunité ; quand vous voyez la grande majorité de vos vingt millions de frères noirs étouffer dans la prison fétide de la pauvreté, au sein d’une société opulente ; quand vous sentez votre langue se nouer et votre voix vous manquer pour tenter d’expliquer à votre petite fille de six ans pourquoi elle ne peut aller au parc d’attractions qui vient de faire l’objet d’une publicité à la télévision ; quand vous voyez les larmes affluer dans ses petits yeux parce que ce parc est fermé aux enfants de couleur ; quand vous voyez les nuages déprimants d’un sentiment
d’infériorité se former dans son petit ciel mental ; quand vous la voyez commencer à oblitérer sa petite personnalité en sécrétant inconsciemment une amertume à l’égard des Blancs ; quand vous devez inventer une explication pour votre petit garçon de cinq ans qui vous demande dans son langage pathétique et torturant : « Papa, pourquoi les Blancs sont si méchants avec ceux de couleur ? » ; quand, au cours de vos voyages, vous devez dormir nuit après nuit sur le siège inconfortable de votre voiture parce que aucun motel ne vous acceptera ; quand vous êtes humilié jour après jour par des pancartes narquoises : « Blancs », « Noirs » ; quand votre prénom est « négro » et votre nom « mon garçon » (quel que soit votre âge) ou « John » ; quand votre mère et votre femme ne sont jamais appelées respectueusement « Madame » ; quand vous êtes harcelé le jour et hanté la nuit par le fait que vous êtes un nègre, marchant
toujours sur la pointe des pieds sans savoir ce qui va vous arriver l’instant d’après, accablé de peur à l’intérieur et de ressentiment à l’extérieur ; quand vous combattez sans cesse le sentiment dévastateur de n’être personne ; alors vous comprenez pourquoi nous trouvons si difficile d’attendre.

Il vient un temps où la coupe est pleine et où les hommes ne supportent plus de se trouver plongés dans les abîmes du désespoir. J’espère, Messieurs, que vous pourrez comprendre notre légitime et inévitable impatience.

« Pourquoi prônez-vous la désobéissance ? »

Vous exprimez une grande inquiétude à l’idée que nous sommes disposés à enfreindre la loi. Voilà certainement un souci légitime. Comme nous avons si diligemment prôné l’obéissance à l’arrêt de la Cour suprême interdisant, en 1954, la ségrégation dans les écoles publiques, il peut sembler paradoxal, au premier abord, de nous voir enfreindre la loi en toute conscience. On pourrait fort bien nous demander :
« Comment pouvez-vous recommander de violer certaines lois et d’en respecter certaines autres ? »

La réponse repose sur le fait qu’il existe deux catégories de lois : celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. L’obéissance aux lois justes n’est pas seulement un devoir juridique, c’est aussi un devoir moral. Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes. J’abonderais dans le sens de Saint Augustin pour qui « une loi injuste n’est pas une loi ».

Quelle est la différence entre les unes et les autres ? Comment déterminer si une loi est juste ou injuste ? Une loi juste est une prescription établie par l’homme en conformité avec la loi morale ou la loi de Dieu.
Une loi injuste est une prescription qui ne se trouve pas en harmonie avec la loi morale. Pour le dire dans les termes qu’emploie saint Thomas d’Aquin, une loi injuste est une loi humaine qui ne plonge pas ses racines dans la loi naturelle et éternelle. Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste car la ségrégation déforme l’âme et endommage la personnalité. Elle donne à celui qui l’impose un fallacieux sentiment de supériorité et à celui qui la subit un fallacieux sentiment d’infériorité.
(...)

Nous ne pourrons jamais oublier que tous les agissements de Hitler en Allemagne étaient « légaux » et que tous les actes des combattants de la liberté en Hongrie étaient « illégaux ». Il était « illégal » d’aider et de réconforter un juif dans l’Allemagne de Hitler. Mais je suis sûr que si j’avais vécu en Allemagne à cette époque-là, j’aurais aidé et réconforté mes frères juifs même si c’était illégal.
(…)

« Vous provoquez des tensions ! »

Je dois vous faire deux aveux sincères, mes frères chrétiens et juifs. Tout d’abord je dois vous avouer que, ces dernières années, j’ai été gravement déçu par les Blancs modérés. J’en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que le grand obstacle opposé aux Noirs en lutte pour leur liberté, ce n’est pas le membre du Conseil des citoyens blancs ni celui du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à l’« ordre » qu’à la justice ; qui préfère une paix négative issue d’une absence de tensions à une paix positive issue d’une victoire de la justice ; qui répète constamment : « Je suis d’accord avec vous sur les objectifs, mais je ne peux approuver vos méthodes d’action directe » ; qui croit pouvoir fixer, en bon paternaliste, un calendrier pour la libération d’un autre homme ; qui cultive le mythe du « temps-qui-travaille-pour-vous » et conseille constamment au Noir d’attendre « un
moment plus opportun ». La compréhension superficielle des gens de bonne volonté est plus frustrante que l’incompréhension totale des gens mal intentionnés. Une acceptation tiède est plus irritante qu’un refus pur et simple.
(...)

J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient : la loi et l’ordre ont pour objet l’établissement de la justice ; quand ils viennent à y manquer, ils se transforment en dangereux barrages dressés contre le progrès social. J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient : l’état de tension actuel dans le Sud n’est qu’une transition nécessaire : il nous faut sortir d’une phase détestable de paix négative, où le noir accepte passivement son sort injuste, et entrer dans une phase de paix positive et pleine de sens, où tous les hommes respecteront la dignité et la valeur de la personne humaine.

En réalité, ce n’est pas nous qui créons la tension en nous lançant dans l’action directe non-violente de désobéissance civique. Nous nous contentons de rendre visible une tension cachée qui existe déjà. Nous l’étalons au grand jour, là où elle peut être observée et traitée. Comme un abcès qui ne peut pas être traité et guéri tant qu’il reste interne, invisible, mais qui doit être ouvert et exposé, dans toute sa laideur purulente, aux remèdes naturels que sont l’air et la lumière, de même l’injustice doit être exposée, avec toutes les tensions que cela entraîne, à la lumière de la conscience humaine et à l’air de l’opinion publique, avant de pouvoir être guérie.

Dans votre déclaration, vous affirmez que nos actions, bien que pacifiques, doivent être condamnées car elles précipitent la violence.
Mais peut-on procéder à une telle assertion en bonne logique ?
Cela ne revient-il pas à condamner la victime d’un vol sous prétexte qu’en ayant de l’argent elle a poussé le coupable à commettre un acte de malhonnêteté répréhensible ?

Cela ne revient-il pas à condamner Socrate sous prétexte que son inébranlable attachement à la vérité et ses réflexions philosophiques ont poussé une opinion publique dévoyée à lui faire boire la ciguë ?

Cela ne revient-il pas à condamner Jésus, sous prétexte que son souci sans pareil de Dieu et sa soumission incessante à la volonté de celui-ci ont précipité le geste pervers de ceux qui l’ont crucifïé ?

Comme les juges fédéraux l’ont sans cesse affirmé et comme nous devons l’admettre : il est immoral de demander à un individu qu’il renonce à s’efforcer d’obtenir ses droits constitutionnels fondamentaux sous prétexte que sa quête précipite la violence. La société doit protéger la victime et châtier le voleur.

« Faîtes confiance au temps : il travaille pour vous ! »

J’avais également espéré que les Blancs modérés rejetteraient le mythe du « temps-qui-travaille-pour-vous ».

J’ai reçu ce matin une lettre d’un de nos frères blancs au Texas. Il me dit :

« Tous les chrétiens savent que les personnes de couleur obtiendront un jour l’égalité des droits, mais il est possible que votre hâte religieuse soit trop grande. Il a fallu près de deux mille ans à la chrétienté pour accomplir ce qu’elle a accompli. Il faut du temps pour que l’enseignement du Christ s’impose ici-bas. »

Tout ce que dit mon correspondant résulte d’une conception tragiquement erronée de l’action du temps. Prétendre que le temps, à lui seul, guérira inéluctablement tous les maux, voilà une idée étrangement irrationnelle.
En réalité, le temps est neutre ; il peut être utilisé pour construire ou pour détruire. J’en suis venu à penser que les hommes de mauvaise volonté l’ont mis à profit bien plus efficacement que les hommes de bonne volonté.
Notre génération ne doit pas se reprocher seulement les actes et les paroles au vitriol des méchants, mais aussi l’effrayant silence des justes. Nous devons admettre que le progrès de l’humanité ne roule jamais sur les roues de l’inéluctabilité. Il n’est amené que par les efforts inlassables et persistants des hommes qui ont la volonté de collaborer à l’oeuvre de Dieu. Sans ce dur labeur, le temps lui-même devient l’allié des forces de stagnation sociale.
(…)

« Ne soyez pas extrêmistes ! »

Les opprimés ne peuvent demeurer dans l’oppression à jamais. Le moment vient toujours où ils proclament leur besoin de liberté. Et c’est ce qui se produit actuellement pour le Noir américain. Quelque chose, au-dedans de lui-même, lui a rappelé son droit naturel à la liberté et quelque chose en dehors de lui-même lui a rappelé que cette liberté, il pouvait la conquérir. Consciemment ou inconsciemment, il a été saisi par ce que les Allemands appellent le Zeitgeist [3] et, avec ses frères noirs d’Afrique, ses frères bruns ou jaunes d’Asie, d’Amérique du Sud et des Antilles, il avance avec un sentiment d’urgence cosmique vers la Terre promise de la justice raciale.

En observant cet élan vital qui s’est emparé de la communauté noire, chacun devrait aisément s’expliquer les manifestations qui ont lieu sur la voie publique. Il y a chez le Noir beaucoup de ressentiments accumulés et de frustrations latentes ; il a bien besoin de leur donner libre cours.
(…)

S’il ne défoule pas, par des voies non violentes, ses émotions réprimées, celles-ci s’exprimeront par la violence. Ce n’est pas une menace mais un fait historique. Je n’ai pas demandé à mon peuple : « Oublie tes sujets de mécontentement. » J’ai tenté de lui dire, tout au contraire, que son mécontentement était sain, normal, et qu’il pouvait être canalisé vers l’expression créatrice d’une action directe non violente. C’est cela qui est dénoncé aujourd’hui comme extrémiste.

Je dois admettre que j’ai tout d’abord été déçu de le voir ainsi qualifié. Mais en continuant de réfléchir à la question, j’ai progressivement ressenti une certaine satisfaction d’être considéré comme un extrémiste.
Jésus n’était-il pas un extrémiste de l’amour – « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous maltraitent » ?

Amos n’était-il pas un extrémiste de la justice – « Que le droit jaillisse comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable » ?
(…)

Abraham Lincoln n’était-il pas un extrémiste – « Notre nation ne peut survivre mi-libre, mi-esclave » ?

Thomas Jefferson n’était-il pas un extrémiste – « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux » ?

Aussi la question n’est-elle pas de savoir si nous voulons être des extrémistes, mais de savoir quelle sorte d’extrémistes nous voulons être.
Serons-nous des extrémistes pour l’amour ou pour la haine ? Serons-nous des extrémistes pour la préservation de l’injustice ou pour la cause de la justice ?
(…)

J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient. Il se peut que j’aie été trop optimiste. Il se peut que j’ai trop attendu d’eux. J’aurais dû comprendre que parmi les membres d’une race qui en a opprimé une autre, il en est peu qui puissent comprendre ou mesurer les revendications profondes et les espoirs passionnés de ceux qui ont été opprimés ; et moins encore qui aient la lucidité de voir que seule une action vigoureuse, persistante, déterminée, peut déraciner l’injustice. C’est pourtant avec un sentiment de reconnaissance que je vois certains de nos frères blancs saisir la signification de notre révolution sociale et s’y dévouer. Leur nombre est bien trop faible encore, mais leur qualité est considérable. Certains, comme Ralph Mc Gill, Lilian Smith, Harry Golden et James Abb, ont témoigné par écrit de notre lutte, en des termes prophétiques et pénétrants. D’autres ont manifesté avec nous dans
les rues anonymes du Sud. Ils ont langui dans des prisons immondes, infestées de cafards, subi les abus et les brutalités de policiers en colère qui les traitaient de « sales lécheurs de nègres ». À l’inverse de beaucoup de leurs frères et sœurs modérés, ils ont reconnu l’urgence du moment et senti le besoin d’un puissant antidote, sous forme d’action, pour combattre la maladie de la ségrégation.

Post-scriptum

La Lettre de la geôle de Birmingham figure parmi les textes regroupés dans le recueil Je fais un rêve, pubié aux éditions Bayard (avril 2008, 12 euro)


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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 20:00
Sourde bataille politique et judiciaire autour des premiers procès de Guantanamo


LE MONDE | 16.05.08 | 15h57  •  Mis à jour le 16.05.08 | 15h57


Washington, correspondante


e nom officiel de l'endroit est Complexe judiciaire expéditionnaire, mais les militaires l'appellent "Camp Justice". C'est là que l'administration américaine espère commencer – avant l'élection présidentielle de novembre – les procès des suspects qu'elle détient à Guantanamo depuis six ans, afin de "montrer qu'elle ne s'est pas trompée", comme le dit un responsable européen qui s'est rendu récemment sur la base américaine de l'île de Cuba.

 

Sous Donald Rumsfeld, le Pentagone avait prévu la construction d'une cité judiciaire digne des ambitions du ministre. L'actuel secrétaire à la défense, Robert Gates, a considérablement réduit le projet. Il a fait remplacer les bâtiments en dur par des préfabriqués et des tentes, signe qu'il n'est pas tout à fait convaincu lui-même de l'entreprise, mais, a-t-il expliqué devant le Congrès, "je n'ai pas réussi à parvenir à un accord au sein de l'exécutif sur la manière de procéder" pour fermer la prison.


En quelques mois, des unités de la Garde nationale ont construit le siège de la justice militaire. Situé sur l'ancien aéroport de la base navale, entouré de barbelés, le camp est prévu pour héberger 500 personnes en quasi-autarcie pendant la durée des procès : magistrats, avocats, greffiers, journalistes et gardes de sécurité. La salle d'audience est un bâtiment sans fenêtres, de haute sécurité. Une vitre de Plexiglass sépare l'audience des spectateurs. Le juge pourra couper le son dans la galerie lorsque seront examinés des documents classés.


Si tout est prêt, du côté des installations, pour le premier procès, le 2 juin, qui devrait être celui de Salim Ahmed Hamdan, l'ancien chauffeur d'Oussama Ben Laden, il n'en va pas de même des procédures légales. Un an et demi après la loi d'octobre 2006 créant les "commissions militaires", la défense et l'accusation continuent d'argumenter sur la marche à suivre, alors que les ONG et les avocats civils contestent le principe même de cette juridiction d'exception qui admet les éléments à charge obtenus sous la contrainte pour autant que les interrogatoires aient eu lieu avant décembre 2006.


Une épreuve de force s'est engagée autour du calendrier. Le général Thomas Hartmann, du bureau des commissions militaires, a préparé une liste de 14 noms : 8 détenus, dont Salim Hamdan et le Canadien Omar Khadr, sont accusés de soutien matériel à des faits de terrorisme ; 6 autres le sont spécifiquement pour les attentats du 11 septembre 2001, dont Khaled Cheikh Mohammed. Le Pentagone a confirmé ses accusations contre ce dernier, mardi 13 mai, mais il a en revanche retiré sans explication ses accusations contre un autre membre présumé du complot, Mohammed Al-Qahtani, qui aurait dû être le 20e kamikaze.


Si aucune date n'a été fixée pour le "procès du 11-Septembre", les militaires ont déjà prévu que quelques proches de victimes pourraient assister aux audiences à Guantanamo même, et que les autres familles auraient accès à des retransmissions privées dans des bases militaires aux Etats-Unis.


Les défenseurs des droits de l'homme accusent le bureau des commissions militaires de chercher à presser le mouvement pour des raisons politiques : soit pour créer un contexte favorable au candidat républicain John McCain, en ramenant le terrorisme au coeur de la campagne électorale à l'automne, soit pour obtenir la condamnation des détenus avant qu'une nouvelle administration se mette en place, sachant que tous les candidats sont favorables à la fermeture de la prison. Décidés à ralentir le mouvement, les avocats multiplient les objections. Plus de 30 motions ont été déposées concernant le seul Salim Hamdan. La justice militaire est au centre de ce bras de fer. Les avocats de la défense, dirigés par le colonel Steven David, se plaignent qu'ils n'ont pas assez de moyens pour préparer sérieusement les procès.


Au sein même du bureau des commissions militaires, chargé de préparer les dossiers, la bagarre a pris la forme d'une mutinerie depuis que le procureur en chef, le colonel d'aviation Morris Davis, a démissionné en octobre 2007 en se plaignant de pressions pour accélérer les poursuites contre les suspects des attentats de 2001. Le 28 avril, le colonel est venu à Guantanamo même, à la demande des avocats de Salim Hamdan, pour témoigner contre certains de ses anciens supérieurs. Il s'est assis à 10 m du siège qu'il occupait quand il était procureur – il n'est pas opposé au principe des commissions militaires – et il a expliqué qu'il n'avait pas voulu considérer les preuves recueillies après des interrogatoires comportant des séances de "waterboarding" (simulation de noyade), quand bien même le général Hartmann avait souligné "la valeur politique stratégique" d'un procès avant novembre 2008.


Dans une décision sans précédent, divulguée le 9 mai, le juge militaire, le capitaine Keith Allred, a prescrit que le général Hartmann soit déchargé de toute responsabilité concernant les commissions militaires, à cause de l'influence qu'il a tenté d'exercer sur les procureurs. Cette décision risque de retarder encore les procédures. Pour l'avocate Jennifer Daskal, qui a suivi les audiences, fin avril, à Guantanamo, il est "très improbable" que les procès puissent se tenir selon le calendrier souhaité par l'administration : "Chaque petit détail finit par être l'objet de contestations parce qu'il n'y a pas de précédent", conclut-elle.


Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 17.05.08
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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 19:35

La famine mondiale

 

 

Par Michel Chossudovsky



www.mondialisation.ca

 

 

En cette époque d'après-guerre froide, l'humanité est confrontée à une crise économique et sociale d'une ampleur sans précédent et qui entraîne un appauvrissement rapide de larges secteurs de la population mondiale. Les économies nationales s'effondrent, le chômage est endémique. Des famines se déclarent en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et dans certaines parties de l'Amérique latine. Cette « mondialisation de la pauvreté, » qui a annulé bon nombre des progrès de la décolonisation d'après-guerre, a commencé dans le tiers-monde avec la crise de la dette du début des années 1980 et l'imposition des réformes économiques meurtrières du Fonds monétaires international (FMI).

Ce Nouvel Ordre Mondial se nourrit de la pauvreté humaine et de la destruction de l'environnement. Il engendre la ségrégation sociale, il encourage le racisme et les conflits ethniques et s'attaque aux droits des femmes et il précipite souvent les pays dans des affrontements destructeurs entre les nationalités. Depuis les années 1990, il s'étend, par l'entremise du « libre marché », dans toutes les régions du monde y compris l'Amérique du Nord, l'Europe occidentale, les pays de l'ex-bloc soviétique et les « nouveaux pays industriels » (NPI) de l'Asie du Sud-est et de l'Extrême-Orient.

Cette crise planétaire est encore plus dévastatrice que la Grande Dépression des années 1930. Elle a de lourdes conséquences géopolitiques; le démembrement économique donne lieu à des guerres régionales, à la fracture des sociétés nationales et, dans certains cas, à l'anéantissement de pays. Elle constitue de loin la plus grave crise économique des temps modernes. (Livre de Michel Chossudovsky intitulé : Mondialisation de la pauvreté et le nouvel ordre mondial)

Introduction

La famine est le résultat d'un processus de restructuration en « marché libre » de l'économie mondiale qui prend ses assises dans la crise de la dette du début des années 1980. Ce n'est pas un phénomène récent, tel qu'il a été suggéré par plusieurs reportages des médias occidentaux, en se concentrant strictement sur l'offre et la demande à court terme des produits agricoles de base.

La pauvreté et la sous-alimentation chronique sont des conditions qui préexistaient avant les récentes hausses des prix des produits alimentaires. Ces derniers frappent de plein fouet une population appauvrie, qui a à peine les moyens de survivre.

Des émeutes de la faim ont éclaté presque simultanément dans toutes les grandes régions du monde: « Les prix des denrées alimentaires en Haïti a augmenté en moyenne de 40 % en moins d'un an, avec le coût des produits de première nécessitée tels que le riz qui a doublé... Au Bangladesh, [à la fin avril 2008] quelques 20,000 travailleurs du textile sont descendus dans la rue pour dénoncer l'augmentation vertigineuse des prix des produits alimentaires et aussi pour demander des salaires plus élevés. Le prix du riz dans le pays a doublé au cours de la dernière année, menaçant les travailleurs qui gagnent un salaire mensuel de seulement 25 $ et qui ont faim. En Égypte, des protestations de travailleurs concernant les prix des produits alimentaires a secoué le centre industriel du textile de Mahalla al-Kobra, au nord du Caire, pendant deux jours la semaine dernière, où deux personnes ont été abattues par les forces de sécurité.
Des centaines de personnes ont été arrêtées et le gouvernement a envoyé des policiers en civil dans les usines pour forcer les travailleurs à travailler. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 40% en Égypte au cours de la dernière année... Plus tôt ce mois-ci, en Côte d'Ivoire, des milliers de personnes ont marché vers la maison du président Laurent Gbagbo, scandant « nous sommes affamés » et « la vie est trop chère, vous allez nous tuer » .

Des manifestations de même nature ainsi que des grèves et des affrontements sont survenus en Bolivie, au Pérou, au Mexique, en Indonésie, aux Philippines, au Pakistan, en Ouzbékistan, en Thaïlande, au Yémen, en Éthiopie et à travers la majeure partie de l'Afrique subsaharienne. » (Bill Van Auken, Amid mounting food crisis, governments fear revolution of the hungry, Global Research, April 2008)

Avec de grands pans de la population mondiale déjà bien en dessous du seuil de pauvreté, la hausse des prix des denrées alimentaires de base qui se produit sur une courte période est dévastatrice. Des millions de personnes dans le monde sont dans l'incapacité d'acheter de la nourriture pour leur survie

Ces augmentations contribuent d'une manière très réelle à « éliminer les pauvres » à travers « la mort par la famine. » Dit dans les mots de Henry Kissinger: « Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlerez la population. »

À cet égard, Kissinger a fait savoir à travers le « Mémorandum d'études sur la sécurité nationale de 1974: Les implications de la croissance de la population mondiale sur la sécurité et les intérêts étrangers des États-Unis, » que des famines récurrentes pourraient constituer de facto un instrument de contrôle de la population.

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, le prix des céréales a augmenté de 88% depuis mars 2007. Le prix du blé a augmenté de 181% sur une période de trois ans. Le prix du riz a augmenté de 50% dans les trois derniers mois (Voir Ian Angus, Food Crisis: "The greatest demonstration of the historical failure of the capitalist model", Global Research, April 2008): « La plus populaire variété de riz de la Thaïlande se vendait il y a 5 ans 198 $ US et à 323 $ la tonne l'an dernier. En avril 2008, le prix a atteint 1000 $. Les augmentations sont encore plus élevées sur les marchés locaux; en Haïti, le prix d'un sac de 50 kilos de riz a doublé en une semaine à la fin mars 2008. Ces augmentations sont catastrophiques pour les 2,6 milliards de personnes dans le monde qui vivent avec moins de 2 $ US par jour et qui consacrent de 60% à 80% de leurs revenus à l'alimentation. Des centaines de millions de
personnes n'ont pas les moyens de manger » (Ibid)

Deux dimensions interdépendantes

Il y a deux dimensions interdépendantes dans la crise alimentaire mondiale en cours, qui plonge des millions de personnes à travers le monde dans la famine et la privation chronique, une situation où des populations entières n'ont plus les moyens d'acheter de la nourriture.

Tout d'abord, il y a un processus historique à long terme de politiques de réforme macroéconomiques et de restructuration économique mondiale, qui a contribué à baisser le niveau de vie partout dans le monde, autant dans les pays développés que dans les pays en développement.

Deuxièmement, ces conditions historiques préexistantes de pauvreté de masse ont été exacerbées et aggravées par la récente flambée des prix des céréales, qui a entraîné dans certains cas, le doublement du prix de détail des denrées alimentaires de base. Ces hausses de prix sont en grande partie le résultat de la spéculation boursière sur les denrées alimentaires de base.

La soudaine augmentation spéculative sur le prix des céréales

Les médias ont induit en erreur l'opinion publique sur les causes de ces hausses de prix, en se concentrant presque exclusivement sur la question des coûts de production, le climat et d'autres facteurs qui ont pour effet de réduire l'offre et qui pourraient contribuer à gonfler les prix des aliments de base. Bien que ces facteurs puissent entrer en jeu, ils ne peuvent expliquer à eux seuls l'impressionnante et spectaculaire hausse des prix des produits de base.

L'escalade des prix des produits alimentaires est en grande partie le résultat d'une manipulation du marché. Elle est en grande partie attribuable à la spéculation boursière sur les marchés des matières premières. Les prix des céréales sont artificiellement gonflés par la spéculation à grande échelle sur les opérations des marchés boursiers de New York et de Chicago. Il est intéressant de noter qu'en 2007, le Chicago Board of Trade (CBOT), a fusionné avec le Chicago Mercantile Exchange, formant la plus importante entité au monde traitant dans le commerce des produits de base et comptant un large éventail d'instruments spéculatifs (les options, les options sur contrat à terme, les fonds indiciels, etc.)

Des transactions spéculatives sur le blé, le riz ou le maïs, peuvent se produire sans qu'il y ait de transactions réelles de ces produits.

Les institutions, qui actuellement spéculent sur le marché des céréales, ne sont pas nécessairement impliquées dans la vente ou la livraison des grains. Les transactions peuvent se faire par fonds indiciels qui permettent de parier sur la hausse ou la baisse en général de la variation des prix des marchandises.

Une « option de vente » est un pari que les prix vont baisser, une « option d'achat » est un pari que les prix vont augmenter. Grâce à la manipulation concertée, les opérateurs institutionnels et les institutions financières font augmenter les prix. Ils placent alors leurs paris sur la hausse du prix d'un produit en particulier. La spéculation génère la volatilité du marché. À son tour, l'instabilité qui en résulte encourage la poursuite de l'activité spéculative.

Les bénéfices sont réalisés lorsque le prix monte. En revanche, si le spéculateur est un short-selling (1), le bénéfice sera réalisé lorsque le prix diminuera.

Cette récente flambée spéculative des prix des denrées alimentaires a engendré un processus mondial de création de la famine à une échelle sans précédent.

Ces opérations spéculatives ne devraient pas pouvoir engendrer délibérément la famine. Ce qui cause la famine est l'absence de procédures réglementaires relatives au commerce spéculatif (les options, les options sur contrat à terme, les fonds indiciels). Dans le contexte actuel, un gel des transactions spéculatives sur les produits alimentaires de base, décrété par décision politique, contribuerait immédiatement à faire baisser les prix des produits alimentaires.

Rien n'empêche que ces opérations soient neutralisées et désamorcées par un ensemble soigneusement élaboré de mesures réglementaires.

Visiblement, ce n'est pas ce qui est proposé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI).

Le rôle du FMI et de la Banque mondiale

La Banque mondiale et le FMI ont présenté un plan d'urgence, afin d'accroître l'agriculture en réponse à la « crise alimentaire. » Cependant, les causes de cette crise ne sont pas prises en compte.

Robert B. Zoellick, le président de la Banque mondiale décrit cette initiative comme un « new deal, » un plan d'action « pour un accroissement à long terme de la production agricole, » qui consiste entre autres à doubler les prêts agricoles pour les agriculteurs africains.

« Nous devons dépenser notre argent en fonction des besoins réels.» (We have to put our money where our mouth is now so we can put food into hungry mouths) (Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, BBC, 2 mai 2008)

La « médecine économique » du FMI et de la Banque mondiale n'est pas la « solution, » elle est plutôt en grande partie la « cause » de la famine dans les pays en développement. Plus le FMI et la Banque mondiale prêtent « pour accroître l'agriculture » et plus ils augmenteront les niveaux d'endettement.

La « politique de prêts » de la Banque mondiale consiste à accorder des prêts à la condition que les pays se conforment à l'agenda politique néolibérale qui, depuis le début des années 1980, a été propice à l'effondrement de l'agriculture alimentaire locale.

La « stabilisation macro-économique » et les programmes d'ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale aux pays en développement (comme condition de renégociation de leur dette extérieure) ont conduit à l'appauvrissement de centaines de millions de personnes.

Les dures réalités économiques et sociales derrières les interventions du FMI sont les causes de l'augmentation démesurée des prix des produits alimentaires, des famine au niveau local, des licenciements massifs de travailleurs urbains et de fonctionnaires et de la destruction des programmes sociaux. Le pouvoir d'achat interne s'est effondré, les cliniques de santé contre la famine et les écoles ont été fermées, des centaines de millions d'enfants ont été privés du droit à l'enseignement primaire.

La déréglementation des marchés céréaliers

Depuis les années 1980, les marchés céréaliers ont été déréglementés sous la supervision de la Banque mondiale et des surplus céréaliers des États-Unis et de l'Union européenne ont systématiquement été utilisés pour détruire la paysannerie et pour déstabiliser l'agriculture alimentaire nationale. À cet égard, les prêts de la Banque mondiale exigent la levée des barrières commerciales sur les importations de produits agricoles de base, conduisant au dumping des surplus céréaliers des États-Unis et de l'Union européenne sur le marché local. Ces mesures, ainsi ques d'autres mesures, ont mené les producteurs agricoles locaux à la faillite.

Un « marché céréalier libre », imposé par le FMI et la Banque mondiale, détruit l'économie paysanne et affaibli la « sécurité alimentaire. » Le Malawi et le Zimbabwe étaient auparavant des pays prospères en excédent céréalier, le Rwanda était pratiquement autosuffisant en matière alimentaire jusqu'à 1990, date à laquelle le FMI a ordonné le dumping des excédents céréaliers de l'Union européenne et des États-Unis sur le marché intérieur, précipitant ainsi les petits agriculteurs en faillite. En 1991-1992, la famine a frappé le Kenya, un pays qui connaissait un succès pour ses surplus céréaliers. Le gouvernement de Nairobi avait précédemment été mis sur une liste noire pour ne pas avoir obéi à des recommandations du FMI. La déréglementation du marché des céréales a été exigée comme une des conditions pour le rééchelonnement de la dette extérieure de Nairobi avec les créanciers officiels du Club de Paris.
(Livre de Michel Chossudovsky, Mondialisation de la pauvreté et le nouvel ordre mondial)

Dans toute l'Afrique, ainsi qu'en Asie du Sud-est et en Amérique latine, le modèle des « ajustements structurels » dans l'agriculture sous la tutelle des institutions de Bretton Woods a servi de manière sans équivoque à la disparition de la sécurité alimentaire. La dépendance vis-à-vis du marché mondial a été renforcée, entraînant une augmentation des importations de céréales commerciales, ainsi qu'une augmentation de l'afflux « d'aide alimentaire. »

Les producteurs agricoles ont été encouragés à abandonner l'agriculture alimentaire et à se convertir dans des cultures de « haute valeur » à des fins d'exportation, souvent au détriment de l'autosuffisance alimentaire. Les produits de grande valeur ainsi que les cultures à des fins d'exportation ont été soutenus par des prêts de la Banque mondiale.

Les famines à l'ère de la mondialisation sont le résultat de ces politiques. La famine n'est pas la conséquence d'un manque de nourriture, c'est en fait tout le contraire: les surplus alimentaires mondiaux sont utilisés pour déstabiliser la production agricole dans les pays en développement.

Strictement réglementée et contrôlée par l'industrie agroalimentaire internationale, cette offre excédentaire est finalement propice à la stagnation de la production et de la consommation des produits alimentaires de base essentiels et à l'appauvrissement des agriculteurs dans le monde. En outre, en cette époque de mondialisation, les programmes d'ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale ont un lien direct sur le processus de développement de la famine, car ils affaiblissent systématiquement toutes les catégories d'activités économiques urbaines ou rurales, qui ne servent pas directement les intérêts du marché mondial.

Les revenus des agriculteurs dans les pays riches et dans les pays pauvres sont réduits par une poignée d'industriels du secteur de l'agroalimentaire mondial qui en même temps contrôlent les marchés des céréales, les intrants agricoles, les semences et la transformation des aliments. La géante société Cargill Inc avec plus de 140 filiales et sociétés affiliées à travers le monde contrôle une part importante du commerce international des céréales. Depuis les années 1950, Cargill est devenue le principal contractant pour « l'aide alimentaire » des États-Unis financée par la Loi Publique 480 (1954).

L'agriculture mondiale a pour la première fois de l'histoire, la capacité de satisfaire les besoins alimentaires de toute la planète, mais la nature même du marché mondial de ce système ne permet pas que ça se réalise. La capacité de produire de la nourriture est immense, mais les niveaux de consommation alimentaire restent extrêmement faibles, car une grande partie de la population mondiale vit dans des conditions d'extrême pauvreté et de privation. En outre, le processus de « modernisation » de l'agriculture a conduit à la dépossession des paysans et à l'augmentation du niveau de dégradation des terres et de l'environnement. Autrement dit, les forces mêmes qui encouragent la production alimentaire mondiale à se développer favorisent également une diminution du niveau de vie et une baisse de la demande de nourriture.

Le traitement choc du FMI

Historiquement, les escalades de prix des produits alimentaires au niveau du commerce en détail ont été déclenchées par la dévaluation des monnaies, qui ont toujours été le résultat invariable d'une situation hyper inflationniste. Par exemple, en août 1990 au Pérou, sur les ordres du FMI, du jour au lendemain le prix du carburant a été multiplié par 30 et le prix du pain a été multiplié par 12 : « Partout dans le tiers-monde, la situation est celle du désespoir social et de la désolation d'une population appauvrie par l'interaction des forces du marché. Les émeutes contre les programmes d'ajustement structurel et les soulèvements populaires sont sauvagement réprimées: À Caracas, en 1989, le président Carlos Andres Perez qui après avoir dénoncé avec éloquence le FMI d'exercer « un totalitarisme économique qui ne tue pas par des balles mais par la famine », a déclaré un état d'urgence et a régulièrement envoyé des
unités d'infanterie et des commandos de la marine dans les quartiers pauvres (barrios de ranchos) sur les collines surplombant la capitale. Les émeutes anti-FMI de Caracas ont été déclenchées à la suite d'une augmentation de 200 % du prix du pain. Hommes, femmes et enfants ont essuyé des tirs sans discernement: « Il a été rapporté que la morgue de Caracas comptait jusqu'à 200 cadavres de personnes tuées dans les trois premiers jours ... et elle a avisé qu'elle était à court de cercueils. Officieusement plus d'un millier de personnes ont été tuées. Tunis, en janvier 1984: les émeutes du pain instiguées en grande partie par de jeunes chômeurs pour protester contre la hausse des prix alimentaires. Au Nigeria en 1989: les émeutes des étudiants contre les programmes d'ajustement structurel ont entraîné la fermeture de six universités du pays par les Forces armées. Au Maroc, en 1990: une grève générale et un soulèvement
populaire contre les réformes du gouvernement parrainées par le FMI. » (Michel Chossudovsky, op cit.)

Les semences génétiquement modifiées

Coïncidant avec la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, un autre important changement historique a eu lieu dans la structure de l'agriculture mondiale.

Dans le cadre du contrat de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)), les géants de l'agroalimentaire ont une entière liberté d'entrer dans les marchés céréaliers des pays en développement. L'acquisition de « droits de propriété intellectuelle » exclusifs sur les variétés végétales par des intérêts agroindustriels favorise aussi la destruction de la biodiversité.

Agissant au nom d'une poignée de conglomérats de biotechnologie, des semences OGM ont été imposées aux agriculteurs, souvent dans le cadre de « programmes d'aide alimentaire. » Par exemple, en Éthiopie des trousses de semences OGM ont été remis aux agriculteurs pauvres afin de rétablir la production agricole à la suite d'une grande sécheresse. Les semences OGM ont été plantées, donnant une seule récolte. Mais après, les agriculteurs ont réalisé que les semences OGM ne pourraient pas être replantées sans payer de redevances à Monsanto, Arch Daniel Midland et al. Ensuite, les agriculteurs ont découvert que les graines ne pousseraient que s'ils utilisaient les intrants agricoles soit, les engrais, les insecticides et les herbicides qui sont produits et distribués par les entreprises agroalimentaires de biotechnologie. Toute l'économie paysanne est dorénavant enfermée entre les mains des conglomérats de l'agro-industrie.

Avec l'adoption généralisée de semences OGM, une transition majeure a eu lieu dans la structure et dans l'histoire de l'agriculture depuis sa création il y a 10,000 ans.

La reproduction de semences au niveau des villages et chez les producteurs de semences a été perturbée par l'utilisation de semences génétiquement modifiées. Le cycle agricole, qui permet aux agriculteurs de stocker leurs semences biologiques et de les semer pour en tirer la prochaine récolte a été brisé. Ce concept destructeur, produisant invariablement la famine, est reproduit partout, pays après pays, conduisant à la disparition de l'économie paysanne mondiale.


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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 19:27

Déclaration du Pôle de Renaissance Communiste en France- 15 mai 2008

Après les manifs enseignantes et lycéennes du 15 mai
et avant la manif enseignante nationale du 18 mai à Paris.

Face aux provocations de Sarkozy
et à son dangereux plan anti-grève,
il faut des directions syndicales de combat !

Les banderoles des grévistes de l’Education nationale et de la Fonction publique n’étaient pas encore pliées que le « président de tous les Français » prenait la parole solennellement. Non pour acter honnêtement la puissance de la grève et son caractère majoritaire, ni pour ouvrir un quelconque dialogue sur les suppressions de postes massives ou sur la casse du statut des fonctionnaires que son gouvernement veut perpétrer, mais pour annoncer qu’il ferait voter avant l’été (vive la séparation des pouvoirs !) un projet de loi sur le service minimum dont l’objet est de paralyser le droit de grève des enseignants. Il s’agirait de forcer les professeurs grévistes à se déclarer 48 h avant la grève (une démarche qui met les personnels sous la pression de leur administration locale : à quand les listes rouges et la chasse aux sorcières dans les bahuts ?) ; il s’agit aussi, sur les retenues de salaires infligées aux
grévistes, de payer des fonctionnaires municipaux pour garder les élèves. Comme si le préavis de grève (5 jours francs) n’existait pas dans la Fonction publique. Comme si Darcos n’ignorait pas systématiquement ces préavis, préférant l’intransigeance à toute négociation réelle !

Il faut être clair : payer des gens sur les retenues de salaires infligées aux grévistes pour faire une partie du travail desdits grévistes (en attendant de forcer ces derniers à faire eux-mêmes de la garderie sans être payés !), cela s’appelle briser la grève. Les salariés qui, alors qu’un mot d’ordre fonction publique est lancé (y compris en leur direction, comme c’était le cas ce 15 mai) prendraient en charge les élèves en étant payés… par les grévistes, se comporteraient en briseurs de grève, qu’ils en soient conscients ou non. Ce n’est pas le « droit au travail » des parents d’élèves que veut protéger Sarkozy avec ses amis de la PEEP, c’est le « droit » au profit des patrons qui se fichent que les élèves reçoivent un enseignement de plus en plus dégradé du fait des restrictions budgétaires, pourvu que les parents des chers petits aillent produire de la plus-value pour les actionnaires capitalistes le
jour de la grève !

De même que signifie supprimer 11 000 postes de profs et engager, sur les économies ainsi réalisées, 1500 assistants d’éducation payés au rabais dont beaucoup préfèreraient passer les concours publics, si les postes ne s’y réduisaient pas comme peau de chagrin ? Cela signifie clairement casser le métier de professeur et humilier ces professionnels !

Dans ces conditions, comment expliquer l’insouciance des états-majors syndicaux sur la question décisive du droit de grève qui ne figurait même pas dans la plate-forme revendicative du 15 mai ? Comment expliquer la mollesse de G. Aschiéri sur ce sujet (ne parlons pas du jaunissant Chérèque, qui torpille toutes les résistances depuis 10 ans, ni sur un autre plan de Thibault et de Mailly qui n’ont pas levé le petit doigt cet été contre le dispositif anti-grève à la SNCF) ? Interrogé sur ce sujet par France Info juste après l’intervention de Sarkozy, le chef de file de la FSU, -la fédération la plus représentée dans les grèves du 15-, n’a exprimé aucun refus catégorique et indigné ; il n’a pas dénoncé durement ce gouvernement de briseurs de grève, il a comme à son habitude fourni des réponses plates, ternes et « modérées » sur le fond et sur la forme, inadaptées aux sentiments de grévistes humiliés et provoqués
par le commis du MEDEF qui siège à l’Elysée.

D’autant que le Canard enchaîné a rapporté dans son dernier numéro la tactique brutale de Sarkozy : tonnant contre Aschiéri, qu’il juge encore trop « dur » par rapport au compréhensif Thibault (quelle humiliation pour la CGT de recevoir de tels compliments !), Sarko somme Darcos d’avoir des « couilles », de « combattre et de battre la FSU » et les profs, jugés trop frondeurs (c’est tout à l’honneur de ces salariés qui depuis les luttes pour les retraites et contre le CPE ont beaucoup résisté). Car pour ancrer psychologiquement sa « rupture » ultra-patronale, Sarkozy veut écraser les profs et leurs syndicats majoritaires, notamment le SNES et la FSU (Allègre s’y était déjà essayé en vain) : son but est d’obtenir l’équivalent de la victoire antisyndicale « historique » que Thatcher remporta contre les mineurs anglais en 84.

Sarkozy ferait ainsi d’une pierre plusieurs coups, écrasant le secteur le plus syndiqué du salariat, disloquant l’Education nationale qui est depuis 68 le principal terrain de convergence entre jeunes et salariés, et frappant au cœur le « modèle » français républicain qui, de 1789 à 1945 en passant par 1905, s’est construit autour de la mise en place de l’école publique et laïque (on sait que depuis son élection, Sarko viole grossièrement la séparation de l’Eglise et de l’Etat en mettant « Dieu » à toutes les sauces).

L’attaque contre le droit de grève montre en outre le contenu fascisant de la « rupture » ; pour ancrer psychologiquement ladite « rupture », c’est-à-dire le plan d’ajustement structurel que l’Europe de Maastricht et le FMI veulent appliquer à la France en désossant la Fonction publique, les retraites, l’indemnisation du chômage et l’assurance maladie, Sarkozy est déterminé à limiter les libertés syndicales et civiques. Il est donc capital que les syndiqués exigent que leurs syndicats dénoncent l’orientation fascisante du pouvoir et de sa tutelle européenne ; c’est incontournable pour que les travailleurs reprennent l’initiative dans l’affrontement de classes qui les oppose à l’UMP (Union Maastrichtienne Patronale).

D’ores et déjà, la défense du droit de grève contre Fachozy doit être au centre de la manif enseignante du 18 mai à Paris à laquelle le PRCF appelle tous les démocrates à aller en masse en mettant de côté les querelles de boutique. La construction du « tous ensemble et en même temps » doit être au cœur des luttes du printemps et de l’automne. Après il risque d’être trop tard car les travailleurs auront perdu beaucoup de leurs armes syndicales.

Les syndicats enseignants doivent interpeller les élus municipaux de gauche et démocrates ou se disant tels ; il faut les avertir que les syndicats prendront des mesures pour dénoncer le prétendu « service minimum » ainsi que tous les élus qui l’organiseraient en violant le droit constitutionnel de faire grève sans payer des briseurs de grève. Maires et conseillers municipaux PS, PCF, Verts, LO, LCR, MRC, élus du MODEM qui vous dites démocrates, vous êtes majoritaires dans ce pays depuis les dernières élections ; si vous refusez de briser les grèves de profs, de Lille à Paris en passant par Toulouse, Nanterre, Lens, Nantes, Strasbourg, Lyon, etc., le mini-Bonaparte Sarkozy sera ridiculisé, loi ou pas loi. Les élus PRCF interviendront dans ce sens partout où ils siègent.

A l’heure où le droit syndical et les libertés civiques sont plus menacées qu’ils ne furent jamais depuis 70 ans, la balle est dans le camp des dirigeants syndicaux enseignants et des élus municipaux qui se réclament de l’opposition. A nous tous, syndicalistes et élus municipaux de lutte, de monter en puissance sur ce sujet décisif pour bloquer à temps la dérive fascisante.


Pour finir, le PRCF renouvelle sa proposition à toutes les organisations progressistes, politiques ou syndicales : organisons partout ensemble des manifs unitaires (pourquoi pas le 29 mai ?) contre l’ENSEMBLE de la politique de ce pouvoir DANGEREUX. Camarades du mouvement ouvrier et populaire, entendons à temps l’avertissement de Marx : « l’histoire ne repasse pas les plats ».

La Commission exécutive du P.R.C.F. et la Commission Lutte et Syndicalisme.
www.initiative-communiste.fr

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 19:20
Les JO rattrapés par la politique

Lors de la remise des médailles, les deux coureurs afro-américains Smith et Carlos, brandissent leur poing ganté, en défense de la cause noire.


Michel EmbarecK



QUOTIDIEN : vendredi 9 mai 2008


«Il se passera certainement quelque chose.» La confidence du sprinter américain Mel Pender avait confirmé, début octobre 1968, le pressentiment du journaliste français Robert Parienté. Ces Jeux ne seraient pas comme les autres. Que se passerait-il ? A cet instant, les protagonistes du coup d’éclat l’ignoraient eux-mêmes.


Le séisme de 68 va fendre les murs d’une citadelle olympique restée presque hermétique à la guerre froide, malgré la Corée, l’Algérie, le Vietnam, l’expédition de Suez et une décolonisation souvent sanglante. Après leur renaissance à Londres en 1948, les JO avaient connu deux décennies d’une trêve fragile. Le temps pour un athlète né au lendemain d’Hiroshima d’accrocher l’or à son cou en prenant subitement conscience de l’Histoire en marche.


Au cœur même du village olympique de Mexico apparut une banderole «Down With Brundage» («A bas Brundage»), contestant l’autorité du président américain du Comité international olympique. Un homme aux sympathies nazies affichées, qui, en 1936, alors président du comité olympique américain, avait écarté les deux seuls sportifs juifs de sa délégation.


Sur le podium du stade Aztèque, à 2 250 mètres d’altitude, des hommes - et non des nations - s’emparèrent de la tribune sportive. En cela, l’événement demeure une exception en même temps que l’expression ultime d’une année charnière. Ces Jeux ne furent pas pris en otages par un régime, un pays, un commando terroriste ou un continent mais utilisés par des champions solidaires de leur communauté en lutte. De ces Jeux, l’Histoire ne conserve qu’une image : deux poings brandis vers le ciel. Parfait résumé de 68. D’autant qu’il s’agissait d’un geste partiellement improvisé.


Fraternisation


En débutant par un massacre, les Jeux de Mexico marquent la fin de la prétendue innocence olympique. Le 2 octobre, au terme de plusieurs mois d’agitation sociale, l’armée ouvre le feu sur une manifestation étudiante, place des Trois-Cultures, au cœur même de la capitale. Au moins 300 morts pour prix de l’ordre rétabli à quelques jours de la cérémonie d’ouverture. Inutile record du monde de la répression établi par le président mexicain Gustavo Díaz Ordaz avec, selon l’ex-agent Philip Agee, l’appui de la CIA. Sa meurtrière pax olympica fut balayée par des Dieux du stade.


Aux Etats-Unis, l’année marque la radicalisation et l’extension de l’ensemble des courants contestataires dont l’élément fédérateur est le rejet de la guerre du Vietnam. La colère de la communauté noire éclate après l’assassinat, le 4 avril à Memphis (Tennessee), de Martin Luther King. De véritables insurrections se propagent dans les ghettos de presque 200 grandes villes.


A leur arrivée à Mexico, la plupart des concurrents américains, noirs et blancs confondus, arborent un badge barré de la mention «Projet olympique pour les droits de l’homme». Le sprinter John Carlos et le sauteur en longueur Ralph Boston ont écarté l’idée de «boycott» ou de «sabotage» des JO mais promettent «d’affirmer leur position contre l’injustice, le racisme qui frappent les Noirs aux Etats-Unis».


Première manifestation de cette prise de conscience, une surprenante scène de fraternisation dans l’immeuble où logent les délégations africaines. Les Noirs américains en ressortent vêtus de boubous, portant des bijoux ethniques offerts par leurs «brothers». Le mot étonne et réjouit les Africains jusqu’alors plus ou moins ignorés par leurs adversaires. «Tous les Noirs du monde doivent maintenant et de plus en plus se soutenir. Il est nécessaire que ceux d’Amérique trouvent leur identité vraie»,» explique Mel Pender.


Une semaine plus tard, le 16 octobre, la stupeur frappe le public du stade Aztèque lors de la cérémonie protocolaire du 200 mètres masculin. Un épisode éclipsé en France par la victoire, le même jour, de la quasi inconnue Colette Besson sur 400 mètres.


Salut Black Power


Sur la poitrine des trois médaillés, le badge «pour les droits de l’homme». Bénigne entorse au règlement par rapport aux minutes qui vont suivre. Aux côtés de l’Australien blanc Peter Norman, les deux Américains Tommie Smith et John Carlos, respectivement médaille d’or et de bronze, portent un gant de cuir noir ; le bas de leur pantalon retroussé découvre des chaussettes noires sans chaussures. Quand retentit The Star-Spangled Banner, ils baissent les yeux, refusant de fixer les drapeaux, et brandissent le poing. Ce salut Black Power provoque de brèves bagarres dans les tribunes entre spectateurs mexicains enthousiastes et Américains outrés.


Aussitôt descendus du podium, très calmes, Smith et Carlos confient avoir ainsi «protesté contre l’indignité dans laquelle sont tenus les citoyens de couleur aux Etats-Unis. Nous ne représentons pas ici notre pays mais le peuple noir. Les Blancs pensent que nous sommes des animaux. Ils nous traitent comme des chevaux de cirque auxquels on offre des cacahouètes». Des années après, on apprendra que Norman qui «croyait en Dieu et en la justice» avait suggéré l’idée du partage de la paire de gants, Carlos s’apercevant, à quelques minutes de la cérémonie, qu’il avait oublié les siens ! Lors de son enterrement, en 2006, Smith et Carlos porteront le cercueil de cet ami indéfectible. Demeure toutefois une ambiguïté dans l’attitude des deux sprinters. L’absence de chaussures symbolisait-elle, comme ils l’affirmeront ultérieurement, la pauvreté de leur communauté ? Rien n’est moins sûr. Depuis l’été, un conflit opposait leur sponsor aux instances internationales au sujet de pointes jugées non conformes… D’ailleurs, celles-ci reposaient à leurs pieds sur le podium.


Béret guévariste


Le surlendemain, Lee Evans, Ron Freeman et Larry James, auteurs du triplé sur 400 mètres, montent sur le podium coiffés du béret guévariste, emblème des Black Panthers dont les deux premiers sont militants. A la différence de Smith et de Carlos, exclus sur-le-champ du village olympique et bannis à vie des JO, ils ne seront pas sanctionnés puisque l’équipe américaine avait besoin d’eux pour le relais 4 x 400 mètres. Noirs, ces Jeux le furent au-delà de l’image choc gravée dans la mémoire collective. Pour la première fois, la finale du 100 mètres réunit huit sprinters de couleur dont le Français Roger Bambuck (cinquième). Bob Beamon réalisa au saut en longueur un bond d’extraterrestre en franchissant 8,90 mètres (un record qui tiendra presque trente ans). Les Africains entamèrent leur règne sur les longues distances en remportant toutes les courses, du 1 500 mètres au marathon.


En Californie, sur le campus de l’université de San Jose, une statue célèbre depuis peu le geste de Smith et de Carlos. Et une révolution éclose à Mexico est passée à la postérité : celle allumée par Dick Fosbury, champion olympique du saut en hauteur, en tournant le dos à la barre. Une pratique alors inédite et symbolique aussi de l’époque.

le Temps des citrons, Folio.



http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/325386.FR.php
© Libération
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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 19:04
L'impasse du processus de paix ravive chez certains Palestiniens l'intérêt pour un Etat binational


LE MONDE | 17.05.08 | 14h16  •  Mis à jour le 17.05.08 | 14h16


JÉRUSALEM CORRESPONDANCE

 
  C'est l'histoire d'un vieux rêve, une utopie pour certains, une évidence pour d'autres, qui remonte lentement des profondeurs de l'Histoire. Alors qu'Israël célèbre en fanfare le 60e anniversaire de sa création, un nombre croissant de Palestiniens, échaudés par le surplace du processus de paix, plaide désormais pour l'établissement d'un Etat unique sur l'ensemble du territoire occupé aujourd'hui par Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Une structure binationale où juifs et arabes cohabiteraient sur un pied d'égalité.

 

"L'Etat unique existe d'ores et déjà sur le terrain", affirme Hazem Kawasmi, un économiste de Jérusalem, à la pointe de ce débat qui gagne en importance dans les cercles intellectuels et politiques des territoires occupés. "Avec les colonies, le mur et les check-points, les Israéliens ont tué toute possibilité de créer un Etat palestinien. Le modèle "un homme, une voix" est pour les juifs et les Arabes une solution "gagnant-gagnant", la seule à même d'éviter un bain de sang", ajoute-t-il. Jeudi 15 mai, jour de commémoration de la "Nakba" (la "Catastrophe", nom donné à l'exode forcé de 700 000 Palestiniens lors de la création d'Israël en 1948), Kawasmi et une trentaine d'autres compatriotes ont ainsi publié à Jérusalem un manifeste en faveur de l'Etat unique.


Bien que marginale et évidemment inaudible pour la quasi-totalité des Israéliens, cette initiative n'est pas pour autant isolée. Dans la bande de Gaza, un autre groupe rassemblé autour de l'universitaire Haïdar Eid planche sur une thématique similaire. En Israël, divers représentants de la communauté arabe ont publié ces derniers mois des programmes d'inspiration proche qui appellent à abandonner le caractère juif de l'Etat d'Israël, en préalable à la formation d'une entité binationale.


Réunis à Londres en novembre 2007, des intellectuels juifs et arabes avaient également produit un premier essai de définition théorique de l'Etat unique, une idée qui figura pendant longtemps au programme de l'OLP avant que Yasser Arafat n'opère un virage pragmatique en 1988, en reconnaissant Israël. "Dans les années 1970, penser à une solution à deux Etats constituait un blasphème, explique la chercheuse Leïla Farsakh, membre du groupe de Londres : il a fallu à Arafat près de vingt ans pour faire accepter cette idée à notre peuple. A notre tour de préparer le terrain, pour que dans vingt ans, l'Etat unique puisse être une réalité."


Au sein de la direction palestinienne, ce discours est tabou. Du moins en public. Dans les faits, la déclaration coup de poing du premier ministre israélien Ehoud Olmert à l'issue de la conférence de paix d'Annapolis, le 27 novembre 2007, a laissé des traces. Ehoud Olmert prédisait qu'Israël serait "fini" si la solution à deux Etats s'effondrait et que les Palestiniens réorientaient leur lutte sur le modèle de celle des Noirs en Afrique du Sud.


"Il y a encore deux ou trois ans, lorsque l'on évoquait ce sujet en haut lieu, on était systématiquement taxé de naïf",
explique un habitué des cercles dirigeants palestiniens, avant de poursuivre : "Aujourd'hui, Ahmed Qoreï lui-même (le chef des négociateurs) n'hésite plus à brandir la menace d'un Etat unique dans ses discussions avec Tzipi Livni", la ministre israélienne des affaires étrangères. Lors d'un récent discours devant une délégation d'Américains-Palestiniens, Rafiq Husseini, directeur de cabinet du président Mahmoud Abbas, a lui aussi envisagé une telle option.


"Ce débat est sain car il permet de tirer la sonnette d'alarme,
dit Leïla Shahid, représentante de l'OLP auprès de l'Union européenne, de passage à Jérusalem, mais sur le fond, cette solution n'est pas valable car nous n'arriverons jamais à faire accepter aux Israéliens ce qu'ils ne souhaitent pas pour eux-mêmes. D'ailleurs beaucoup de Palestiniens préfèrent vivre dans un Etat à eux, souverain, que dans un Etat binational, condamné à être un Etat d'apartheid." De fait, si l'on en croit les sondages, cette solution n'est souhaitée que par environ 25 % de la population. Un chiffre qui pourrait grimper si un règlement du conflit ne se dessine pas d'ici à la fin de l'année.


Benjamin Barthe
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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 18:53
La droite existe, les syndicats l'ont rencontrée, par Michel Noblecourt


LE MONDE | 16.05.08 | 15h22  •  Mis à jour le 16.05.08 | 15h23

 
  A première vue, ce sont des faits anodins. Désireuse de soigner sa popularité, en chute libre dans les couches populaires, l'UMP va organiser, le 12 juin à la Mutualité à Paris, une convention sociale sur le thème "Innover pour la justice sociale". Les syndicats ont été invités. La CFDT y sera. La CGT guette son (éventuelle) invitation. A la mi-avril, Laurence Parisot, la présidente du Medef, a été auditionnée par le groupe socialiste de l'Assemblée nationale. Droite et syndicats. Gauche et patronat. Quarante ans après Mai 68, la lutte des classes n'est plus ce qu'elle était...

 

En Mai 68, la cartographie syndicalo-politique était simple. Les syndicats et la droite jouaient au classe contre classe. La France connaissait, avec près de 10 millions de grévistes, la plus grande grève de son histoire. Le taux de syndicalisation frôlait la barre des 20 %. Bras armé d'un Parti communiste puissant, la CGT rêvait de rupture avec le capitalisme et de socialisme. La jeune CFDT s'apprêtait à se convertir à l'autogestion. CGT et CFDT symbolisaient alors le syndicalisme révolutionnaire. Et Force ouvrière était accusée de trahison à cause de la propension de son leader, André Bergeron, à chercher du "grain à moudre" avec le patronat et le gouvernement de droite. L'épisode tourna court. La CGT et le PCF se méfiaient des étudiants et ne voulaient pas faire la révolution.


Pendant les deux décennies qui ont suivi Mai 68, l'heure est restée à la confrontation. Entre les syndicats et la droite. Entre la gauche et le patronat. Sur fond de désyndicalisation, accélérée après la crise de 1973, la CGT creusait son sillon dans l'ombre du PCF, soutenant le programme commun de la gauche et appelant à voter pour le candidat communiste à la présidentielle. "Parti syndical", selon la formule de M. Bergeron, la CFDT jouait la carte de "l'union des forces populaires" avant de se resyndicaliser en 1978, en jugeant que le changement social ne devait plus être subordonné au changement politique. En 1981, elle soutenait François Mitterrand avant de décider, en 1985, de ne plus donner de consigne de vote aux élections présidentielle et législatives.


La mue de la CGT a été plus lente. En décembre 1996, son secrétaire général, Louis Viannet, quitte la direction du PCF. Son successeur, Bernard Thibault, va plus loin. Le 17 juillet 2001, lors d'une rencontre avec le PCF, il rompt avec la conception tendant à faire du syndicat la "courroie de transmission" du parti. La CGT, ajoute-t-il, est "disposée à débattre en permanence avec tous les partis démocratiques (...) dans le respect des prérogatives et de l'identité de chacun". Travaux pratiques : en début d'année, M. Thibault a rencontré, à l'UMP, Patrick Devedjian, son secrétaire général. Et après avoir longtemps résisté, il a déjeuné, le 22 février à l'Elysée, avec M. Sarkozy, en qui il avait vu, durant la campagne, un "Thatcher à la française".


A défaut d'être social-démocrate, en s'appuyant sur une relation privilégiée avec le mouvement syndical, le PS se flatte d'avoir une proximité naturelle avec les syndicats. Peu ou prou, ils font partie de la famille de la gauche. A contrario, le patronat, qui s'était prononcé contre Mitterrand en 1981, restait l'adversaire. M. Jospin a changé la donne. Le 26 septembre 1996, Jean Gandois, président du CNPF, était reçu au PS. François Hollande a fait de même avec Ernest-Antoine Seillière, président du Medef. Et M. Seillière a rencontré Robert Hue quand il dirigeait le PCF. Désormais, droite et syndicats, gauche et patronat se reconnaissent, se rencontrent, s'écoutent. C'est l'heure de la confrontation civilisée. Avec ses fausses notes. Si elle est invitée, la CGT n'est pas sûre d'aller à la convention de l'UMP. Pour ne pas servir de "faire-valoir". La confrontation civilisée a aussi ses couacs.

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 17:17

Le message ci-dessous est un message de bilan des manifestations du samedi 10 mai à Paris pour la commémoration du cent soixantième anniversaire de l’abolition de l’esclavage.


Il y avait finalement deux manifestations. Il y avait la manifestation du COFFAD entre la Place de la République et la Place de la Nation dans laquelle il y avait environ mille participants. Il y avait la manifestation du CRAN entre la Place de la République et la Place de la Bastille dans laquelle il y avait cinq mille, dix mille ou vingt mille participants. Les médias annonçaient mille participants à cette manifestation, ce chiffre est ridiculement trop petit. Le CRAN annonçait quatre vingt mille participants à sa manifestation, ce chiffre est ridiculement trop grand.


De mon point de vue, la totalité des acteurs de ces deux manifestations, nous tombions tous, vous tombiez toutes et tous dans un piège. L'  organisation clandestine d'une deuxième manifestation par rapport à la manifestation du CRAN le même jour à la même heure dont le point de départ était identique, dans une situation dans laquelle le point d'arrivée de la manifestation du CRAN était la Place de la Bastille et le point d'arrivée de la manifestation du COFFAD était la Place de la Nation, c'était la pire des tactiques. L'immense majorité des participants à la manifestation du CRAN ignoraient l'existence de la deuxième manifestation. Le seul résultat politique de cette pire des tactiques, c'était la présentation par les médias de la manifestation du CRAN comme une manifestation de soutien au CRAN et la présentation de la manifestation du COFFAD comme une manifestation de soutien au COFFAD. C’  est totalement faux dans les deux cas. L'immense majorité des participants à la manifestation du CRAN ne soutenaient pas le CRAN.


  C’est vraiment aujourd’hui l’heure du bilan. Quand nous apprenions toutes et tous le samedi 10 mai à 14 heures Place de la République l’existence des deux manifestations, il était trop tard pour toute modification de cette situation. Les violentes polémiques par rapport à des questions de personnes ne servent à rien.


L'important, c'est l'avenir.


www.fischer02003.over-blog.com

 

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 16:51
Les démocrates américains répliquent aux propos de George Bush en Israël


LE MONDE | 17.05.08 | 13h42  •  Mis à jour le 17.05.08 | 13h42


NEW YORK CORRESPONDANT



ush gifle Obama" ("Bush slam on Bam") : le titre barrait la "une" du quotidien new-yorkais Daily News, vendredi 16 mai. Le motif : les propos prononcés, la veille, par le président américain devant le Parlement israélien. M. Bush s'en était pris à "certains qui semblent croire que nous devrions négocier avec les terroristes et les radicaux". Il en avait décliné la liste - Al-Qaida, Téhéran, le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien - et avait établi un parallèle avec ceux qui, dans les années 1930, imaginaient "apaiser les nazis". Il avait conclu en fustigeant "une ridicule illusion (...), le confort trompeur de l'apaisement, que l'Histoire a discrédité de manière répétée".

 

A qui pensait M. Bush ? A Barack Obama, ont immédiatement jugé la classe politique et les médias. Le candidat à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle n'a-t-il pas répété qu'il "négocierait" avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad ? Son adversaire républicain, John McCain, ne l'a-t-il pas dépeint comme le "favori du Hamas" ? La Maison Blanche a démenti sans démentir : le président n'a pas visé M. Obama, mais ne l'a pas exclu de ceux que ses propos visaient...


Le débat, depuis, porte d'abord sur la forme. Le représentant démocrate Rahm Emanuel accuse M. Bush d'avoir violé une "règle non écrite" : un président ne doit pas s'immiscer dans le débat électoral américain depuis l'étranger. M. Bush a été "en dessous de la dignité de sa charge" selon Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, "irresponsable" selon Harry Reid, chef de la majorité démocrate au Sénat.

 


"ATTAQUES MENSONGÈRES"

 


Hillary Clinton, l'adversaire de M. Obama pour l'investiture du parti, a volé au secours de M. Obama : "Comparer tout démocrate à un "apaiseur de nazis" est outrageant", a-t-elle réagi. Le sénateur de l'Illinois, lui, s'est dit "attristé" de voir un président lancer des "attaques mensongères" depuis la Knesset. Son entourage a de nouveau dénoncé la "politique de la peur" d'une administration qui assimile "toute stratégie usant de la diplomatie à une forme de capitulation".


Pour beaucoup de commentateurs, M. McCain n'avait pas besoin de ce "soutien" présidentiel alors qu'il déploie d'intenses efforts pour se démarquer de M. Bush : jeudi, il a pour la première fois envisagé un retrait militaire américain d'Irak en 2013. Et la focalisation sur le Hamas ne lui est pas obligatoirement favorable. Sur le site du Washington Post, un journaliste qui l'avait interviewé en 2006, après la victoire électorale du Hamas, cite ses propos d'alors : "Ils sont le gouvernement élu. Tôt ou tard, nous devrons négocier avec eux..."


Sylvain Cypel
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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 16:39

La destruction du World Trade Center : le débat est lancé dans la communauté scientifique après une première publication du professeur Steven Jones

www.reopen911.info

 

Posté par Kyja le 9/5/2008

Sur les conseils de Noam Chomsky, et suite également à des critiques récurrentes des milieux universitaires, scientifiques et journalistiques, le professeur Steven Jones, assisté de quatre experts, a proposé un article à plusieurs journaux scientifiques. Un premier journal, The Open Civil Engineering Journal vient de publier cet article, après validation de son propre comité d’experts. Cette revue scientifique généraliste dépend de Bentham Science Publisher, qui couvre toutes les disciplines scientifiques et présente l’avantage d’être en accès libre.

Le but de cet article, Quatorze points d’accord avec les rapports officiels du gouvernement sur la destruction du World Trade Center, est d’ouvrir un débat scientifique et technique sur l’écroulement des Tours Jumelles et aussi du WTC7 :

"La version officielle sur la destruction du World Trade Center (WTC) le 11 septembre 2001 se base sur les rapports du National Institute of Standards and Technology (NIST) et de la Federal Emergency Management Agency (FEMA).

Dans cet article, nous souhaitons asseoir les bases d’un débat et d’une compréhension productifs, en nous concentrant sur les points de convergence que nous partageons avec le NIST et la FEMA, et démentir en même temps plusieurs mythes populaires concernant ces effondrements."

L’association ReOpen911, vous propose une traduction en français de cette publication, qui devrait logiquement ouvrir un débat scientifique serein et de qualité sur une des principales zones d’ombre de la version officielle des attentats du 11 Septembre.

Conclusion de cet article :

"Nous sommes d’accord avec le fait que les tours sont tombées à une vitesse proche de la chute libre, et ceci est un point de départ important. Nous sommes d’accord sur le fait que plusieurs mythes populaires, telle l’idée que l’acier des bâtiments a fondu à cause des incendies, ou bien que les tours étaient des tubes creux, ou encore que les étages se sont empilés les uns sur les autres, ont été invalidés. Nous sommes d’accord avec le fait que l’effondrement du WTC 7 (qui ne fut pas frappé par un avion) de 47 étages, est difficile à expliquer par un mécanisme dont les incendies seraient la cause, et que le NIST a (jusqu’ici) refusé de rechercher des résidus d’explosifs.

Notre équipe d’enquêteurs aimerait s’appuyer sur ces bases et correspondre avec celle du NIST, surtout depuis que ce dernier a candidement admis (en septembre 2007) : « (…) nous ne sommes pas en mesure de fournir une explication complète de l’effondrement total »."



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