actualité politique nationale et internationale
GRECE ANNEE ZERO
J’écrivais un message au début du mois de janvier 2015 dans lequel je prévoyais assez facilement la victoire de Syriza aux élections législatives de la fin du mois de janvier 2015.
On ne comprend pas l’inéluctabilité de la victoire de Syriza en Grèce et sa signification européenne si on ne connaît pas l’histoire des principales étapes de la situation politique en Grèce depuis le début de l’actuelle crise économique en 2008.
Les deux principales étapes sont les suivantes, elles correspondent aux deux premiers plans d’aide économique de la troïka européenne à la Grèce.
La décision d’un premier plan d’aide économique de la troïka à la Grèce de cent dix milliards d’euros en mai 2010 provoque une première crise politique, le premier ministre Papandréou annonce en octobre 2011 l’organisation d’un référendum relatif à ce plan d’aide, la totalité des gouvernements européens prend position contre ce référendum et Papandréou abandonne rapidement son projet de référendum et démissionne en novembre 2011. C’est le début de la fin du mouvement socialiste panhéllenique, le Pasok.
La décision d’un deuxième plan d’aide économique de la troïka européenne à la Grèce de cent trente milliards d’euros provoque en 2012 une deuxième crise politique. Aux élections législatives de mai 2012, Syriza fait dix-sept pour cent des voix. Il n’y a pas de majorité dans le parlement pour la constitution d’un gouvernement, le président dissout le parlement en application de la constitution et il y a de nouvelles élections législatives en juin 2012.
Un mois plus tard, Syriza fait vingt-sept pour cent des voix. Syriza est déjà le premier parti de Grèce mais la troïka lui vole sa victoire et impose la constitution d’un gouvernement d’union nationale entre la Nouvelle Démocratie et le Pasok, les deux composantes du bipartisme depuis la chute de la dictature des colonels en 1974. La coalition dure deux ans, au prix de l’effondrement de la Nouvelle Démocratie et du Pasok.
Aux élections législatives de 2009, le Pasok est de loin le premier parti de Grèce, il a quarante-quatre pour cent des voix, trois millions d’électeurs et cent soixante parlementaires. Aux élections législatives de 2015, le Pasok est le septième parti de Grèce, il a cinq pour cent des voix, trois cent mille électeurs et treize parlementaires.
Ce n’est un mystère pour personne, en l’espace de six ans, quatre-vingt-dix pour cent des électeurs, des militants et des cadres passaient massivement du Pasok à Syriza.
Les gauchistes ont une accusation capitale contre Syriza, son programme, le fameux programme de Thessalonique en septembre 2014, comme le programme de Podemos en Espagne, serait un programme social-démocrate réformiste et keynésien.
Il faut une réponse très claire à cette question. Les programmes de Syriza et de Podemos sont effectivement des programmes minimum sociaux-démocrates, des programmes d’urgence, et le problème est effectivement le suivant.
Nous sommes précisément dans une situation dans laquelle la social-démocratie historique n’applique plus depuis longtemps des programmes sociaux-démocrates keynésiens de sortie de crise, comme par exemple le New Deal de Roosevelt dans les années 1930 aux Etats Unis, ou bien le programme de nationalisation provisoire massive d’Obama aux Etats Unis en 2008.
La social-démocratie européenne applique depuis longtemps les programmes monétaristes ultra-libéraux déflationnistes de la troïka européenne et cette situation provoque et provoquera la disparition des partis historiques de la sociale démocratie européenne.
Nous sommes depuis vingt-cinq ans maintenant dans une situation historique de résistance et de faiblesse relative des forces progressistes par rapport aux forces réactionnaires, nous connaissons les raisons de cette situation, en raison du bilan catastrophique du court vingtième siècle.
Pour toute une période historique, l’alternative n’est pas l’alternative entre révolution démocratique ou révolution socialiste, entre démocratie ou socialisme, la révolution socialiste n’est à l’ordre du jour nulle part, mais c’est à nouveau l’alternative entre dictature ou démocratie.
C’était le sens de la révolution arabe, l’invention de la démocratie musulmane, c’est le sens de la révolution européenne, en Grèce, en Espagne et dans toute l’Europe, le droit des peuples contre la troïka. La révolution démocratique européenne commençait en 1848, elle continue au vingt et unième siècle, après la fermeture de la parenthèse soviétique.
La critique capitale des gauchistes contre Syriza n’a donc pas de sens.
Par contre, après un mois de gouvernement Syriza en Grèce, nous assistons à une nouvelle accélération de la crise économique, politique et idéologique grecque et européenne.
Les programmes économiques et politiques d’une part de la troïka et d’autre part de Syriza sont, depuis le début, totalement incompatibles. Tous les évènements depuis un mois confirment une évolution vers la droite de la troïka et une évolution vers la gauche de la société grecque. Tous les médias européens constataient l’existence d’un accord entre l’Europe et la Grèce à la fin du mois de février 2015 mais ils n’en comprenaient manifestement pas le sens.
Les positions de sortie de la Grèce de l’euro et de l’Europe sont toujours minoritaires en Grèce et en Allemagne.
Le deuxième plan d’aide de l’Europe à la Grèce prévoyait le versement d’une dernière tranche à la fin du mois de février 2015, un, sept ou dix-sept milliards d’euros, il y a plusieurs versions. En application de l’accord du 20 février 2015, la troïka ne versait pas cette aide économique à la Grèce. L’accord prévoit simplement une prolongation de quatre mois du deuxième plan d’ajustement structurel monétariste en deux étapes. La Grèce a un délai supplémentaire de deux mois pour la présentation de nouvelles mesures de privatisations et de restrictions budgétaires, ce délai expire à la fin du mois d’avril 2015. La troïka a ensuite un délai de deux mois pour l’acceptation et la mise en œuvre de ces mesures, ce deuxième délai expire à la fin du mois de juin 2015 et, si les uns et les autres respectent cet accord, la troïka débloquera enfin la dernière tranche du plan d’aide à la fin du mois de juin 2015.
Ce plan est un plan totalement virtuel, c’est une nouvelle usine à gaz bureaucratique typique de l’Union Européenne, il n’a aucune chance, où aucun risque, de réalisation. Il provoquait déjà un accroissement spectaculairement rapide de la crise politique grecque. Après deux votes informels du groupe parlementaire et du comité central de Syriza, l’opposition de gauche montait à quarante et un pour cent à l’intérieur du comité central de Syriza et le gouvernement Tsipras renonçait à la présentation de l’accord du 20 février devant le parlement.
La présentation de l’accord devant le parlement, ce serait déjà l’alternative entre d’une part la mise en minorité du gouvernement ou bien d’autre part la constitution d’une nouvelle majorité entre Syriza, le Pasok et To Potami, et Syriza suivrait rapidement le Pasok dans sa descente aux enfers.
Bernard Fischer