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actualité politique nationale et internationale

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SINISTRA ITALIANA

 

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/221018/avec-l-equipage-du-mare-ionio-les-anti-salvini-retrouvent-de-la-voix-en-italie

https://mediterranearescue.org/wp-content/uploads/2018/10/mareioniomdpt-3.pdf

 

Avec l’équipage du Mare Ionio, les militants contre Matteo Salvini retrouvent de la voix en Italie

Par Cécile Debarge

Lundi 22 Octobre 2018

Le Mare Ionio, parti des côtes italiennes Jeudi 4 Octobre 2018, sillonne la Méditerranée pour une mission de surveillance et de contrôle. Dans une Italie gouvernée par l’extrême droite, une myriade d’acteurs de la société civile a imaginé et financé cette aventure, humanitaire mais aussi très politique.

Sur le mur de la cour du centre Santa Chiara, en plein cœur de la Palerme populaire, cinq visages s’affichent, vidéo-projetés dans l’obscurité. Tee-shirts blancs siglés du logo bleu et rouge de la plateforme civile Mediterranea, traits fatigués, les membre de l’équipage du Mare Ionio s’apprêtent à dresser un bilan de leur première semaine en mer.

« Regardez, nous pouvons dire qu’il y a du monde ce soir, vous les voyez », interroge Alessandra Sciurba, face aux mines circonspectes de l’équipage. Au moins deux cent personnes sont venues écouter les cinq hommes.

« Cela fait plaisir, nous nous sentons parfois très seuls en mer », sourit Luca Casarini, un activiste italien connu pour sa participation au mouvement de désobéissance civile Tute Bianche, particulièrement actif de 1994 à 2001.

Malgré la connexion parfois hésitante de l’équipage, qui se trouve à trente cinq miles de Khoms et de la côte libyenne, Erasmo Palazzotto se lance, en direct sur Skype, « le climat est surréaliste ici. Nous n'avons croisé personne d’autre, la radio est silencieuse. C’est comme si la mer était déserte ». Copropriétaire du bateau Mare Ionio, député palermitain de la Sinistra Italiana, il se réjouit, « nous ne savons pas si c’est parce que nous sommes présents en mer mais Malte a effectué un sauvetage de deux embarcations de migrants. Cela faisait près d’un an que ce n’était pas arrivé ».

La remarque sur le sauvetage de deux cent vingt personnes le Samedi 6 Octobre et le Dimanche 7 Octobre 2018 au large des eaux maltaises n’est pas anodine. Depuis la formation du nouveau gouvernement italien et la nomination de Matteo Salvini au ministère de l’intérieur au mois de juin 2018, la Méditerranée centrale est devenue le terrain d’une véritable bataille navale. Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) évincées, les cartes sont redistribuées entre gardes-côtes italiens, maltais et libyens.

Battant pavillon italien et composé d’un équipage italien, le Mare Ionio s’est donné pour mission de surveiller, de contrôler et de témoigner de ce qui se passe en Méditerranée centrale, dans ce tronçon de mer emprunté par les migrants pour rejoindre les côtes italiennes et déserté par les bateaux des ONG depuis quelques semaines. Il ne s’agit donc pas d’un bateau de sauvetage, même si l’équipage est paré à cette éventualité.

Matteo Salvini a bien compris la portée politique de cette aventure. Quelques heures après l’annonce du départ de l’embarcation, Jeudi 4 Octobre 2018, il avait offert à ses sympathisants un direct Facebook plus exalté qu’à son habitude. « Prenez un pédalo et faites ce que vous voulez », a-t-il ironisé, mais il est hors de question d’amener des migrants en Italie, a-t-il poursuivi, ricanant au sujet de ce bateau des centres sociaux qui erre en Mediterranée.

Parmi les protagonistes de la plateforme civile Mediterranea, personne ne s’aventure sur le terrain de la politique partisane. Comme si, d’une certaine manière, le paysage politique italien n’était pas à la hauteur des enjeux. « Attention, nous ne sommes pas là pour reconstruire la gauche italienne », met en garde Fausto Melluso de l’Arci Porco Rosso, un local associatif particulièrement impliqué dans l’aide aux migrants.

Même le député de Sinistra Italiana évite les joutes politiques et il élude, « je représente des milliers de personnes indignées par ce qui se passe et qui n’ont peut-être pas voté pour moi, mais qui avaient besoin de savoir qu’une partie des institutions italiennes se trouve ici, au milieu de cette bataille historique entre civilisation et barbarie. Une indignation qu’ils ont voulu transformer en action ».

« Nous discutons de politique à terre et nous ne discutons pas en mer. En mer, nous ne laissons personne mourir, nous amenons les migrants dans un port sûr et ensuite nous discutons de ce que vous voulez », tranche Giorgia Linardi, porte-parole en Italie de l’ONG allemande Sea Watch, qui est associée au projet Mediterranea.

« C’est une mission d’obéissance civile et de désobéissance morale. Nous ne pouvions pas nous résoudre à nous dire que c’était la seule société possible », résume Alessandra Sciurba, l’une des membres de la plateforme Mediterranea et chercheuse à l’université de Palerme. Tous répètent à l’envi cette formule, énoncée par Marta Pastor, jeune diplômée de vingt six ans qui s’est embarquée sur le bateau comme bénévole, « l’important, pour nous, c’est aussi de nous sauver nous-mêmes, de nous sauver des saletés qui se passent tous les jours sous nos yeux ».

Pour Alessandra Sciurba, ce défi va bien au-delà de l’Italie, « dans le débat politique, tout un monde n’est plus représenté, entre l’Europe démocratique et progressiste, qui a accepté les plans économiques de la Troïka et qui a joué avec les politiques migratoires, et l’Europe de Visegrad, souverainiste et nationaliste. Nous sommes convaincus qu’il existe une troisième Europe et c’est surréaliste qu’il faille aller en mer pour lui redonner de la voix ».

Ce projet européen doit « partir de la société civile, des citoyens et surtout des villes », défend l’équipage.

Ce n’est pas un hasard, expliquent les membres de Mediterranea, si les deux drapeaux hissés sur le mât sont celui de l’Union Européenne et celui de la ville de Palerme. Dans son habituel costume noir, entouré par quelques journalistes et par les membres de Mediterranea, Leoluca Orlando, le maire de la ville, a profité de la première escale technique du Mare Ionio sur le quai trapézoïdal de Palerme pour marteler, une fois encore, ce discours si singulier dans le reste de l’Italie, « le port de Palerme sera toujours ouvert ».

Sur le pont du bateau, Claudio Arrestivo a moins l’habitude de ces raouts que son voisin. Il représente le Moltivolti, un espace de restauration et de coworking au cœur de Palerme, qui a rejoint la plateforme Mediterranea dès ses débuts, au mois de juin 2018, « nous prenons plus de risques à ne pas nous embarquer qu’à faire partie du projet ». Les entrepreneurs rêvent désormais de faire des émules à travers le reste du pays.

C’est le défi majeur de la plateforme civile, réussir, à terre, à susciter l’adhésion. « Dans tout le pays, nous allons organiser une via terra, un parcours sur terre de Mediterranea en organisant des événements culturels qui nous permettront de recueillir des fonds », explique Evelina Santangelo, écrivaine palermitaine à la tête d’un groupement national d’artistes, d’écrivains et d’acteurs du monde de la culture qui soutiennent l’initiative.

La tâche est grande. Près de cent quatre vingt quinze mille euros ont déjà été récoltés grâce à une cagnotte participative soutenue par mille huit cent quatre vingt douze personnes, sur un budget total estimé à sept cent mille euros pour deux mois de mission en mer.

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