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Par FISCHER
« On a laissé tomber les médecins de ville », la colère du fils du docteur Paul Alloun décédé du coronavirus
Au moins vingt-neuf médecins libéraux sont décédés du coronavirus, selon un recensement de la Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France (CARMF) du 30 avril 2020. Le docteur Paul Alloun fait partie de ceux-là. Le généraliste, installé à La Courneuve, depuis près de trente-cinq ans, a succombé le 23 avril 2020 à l'âge de soixante et un ans.
Son fils, Elie Alloun, lui a rendu hommage sur les réseaux sociaux, décrivant un homme passionné et totalement investi pour la médecine. « Mon père faisait de la médecine par passion et il avait une véritable empathie pour ses patients. Cela passait avant tout autre considération », confie le jeune homme au Quotidien du Médecin. Le docteur Paul Alloun exerçait en solitaire, sans secrétaire ni femme de ménage, dans un environnement difficile, confronté à la toxicomanie. Mais il se disait très attaché à ce département de Seine-Saint-Denis. « Il avait reçu beaucoup de propositions pour s’installer ailleurs, dans des centres médicaux tout neufs », se souvient son fils, « mais il a toujours refusé, préférant exercer dans une Habitation à Loyer Modéré (HLM), proche des patients qu’il soignait, des oubliés ».
Elie Alloun change de ton lorsqu’il évoque les conditions de travail de son père en début d’épidémie. « On a abandonné les médecins qui exercent seuls comme lui. On les a laissés sans protection et sans consigne précise contre l’épidémie », s’insurge le jeune homme, « il avait demandé à plusieurs reprises des masques à la pharmacie avant même le début du confinement. La réponse a toujours été négative ». Le généraliste ne recevra ses premiers masques chirurgicaux qu’après le début du confinement, alors qu’il avait probablement déjà été contaminé. Son état de santé s’est dégradé vers le 20 mars 2020. Il sera hospitalisé une semaine plus tard à l’hôpital d’Eaubonne, avant d’être transféré à l’hôpital Bichat où il décédera après trois semaines.
Peu avant son hospitalisation, le docteur Paul Alloun avait adressé un message à un ami proche, dans lequel il confiait qu’il était très malade et qu’il n’avait pas eu le matériel qu’il attendait, seulement des masques chirurgicaux, qui sont de vraies passoires.
Après le confinement du 17 mars 2020, le médecin avait fini par prendre des précautions supplémentaires pour éviter les contaminations entre ses patients et pour se protéger lui-même. Mais le médecin n’était pas préparé à ce genre d’événement. « Cela faisait plus de trente ans qu’il exerçait d’une certaine façon, sans secrétaire. Il était en contact permanent avec les patients », dit Elie Alloun, « je pense que, au début, il n’avait pas conscience du danger auquel il était exposé, d’autant plus qu’il était lui-même en bonne santé ». Pour le jeune homme, « l'état a laissé tomber ces médecins de ville, livrés à eux-mêmes, alors qu’il aurait fallu les équiper et les informer bien avant le début du confinement ».
Ce retard à l’allumage a été dénoncé par de nombreux médecins. Dès le mois de mars 2020, un collectif de praticiens a porté plainte contre l’ancienne ministre de la santé, Agnès Buzyn, et contre l’ancien premier ministre Édouard Philippe, pour dénoncer la politique de rationnement qui privilégiait la distribution de protections aux hôpitaux. « Les soignants libéraux sont en amont de la première ligne, premiers contaminés. Le choix de ne pas avoir fourni en masque les libéraux est mortifère », dénonçait récemment un généraliste sur Twitter.
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