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Interview d’un représentant du congrès des syndicats démocratiques du Bélarus (BKPD)
Nous publions ici, après quelques indications sur le contexte, l’interview d’un représentant du BKPD, en date du Mardi 17 Août 2020, donnée au site du Partisan Bélarusse.
Les militants ouvriers doivent comprendre l’importance du BKPD. Comme la confédération du travail de Russie (KTR), mais cette dernière avec deux millions de syndiqués réels est beaucoup plus puissante à l’échelle de son pays, le BKPD est, en simplifiant un peu, un reste et un acquis des grandes luttes ouvrières entre 1989 et 1997, initiées par la grande grève des mineurs dans toute l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) en 1989 et poursuivies jusqu’à la démoralisation des mineurs du Donbass en Ukraine après 1992, la répression de la grève du métro de Minsk inaugurant la présidence d'Alexandre Loukachenko en Bélarus en 1995 et l’impasse dans laquelle se sont trouvées les grandes actions des piquets des mineurs russes en 1997 et en 1998.
Une partie de ceux qui semblaient les leaders ouvriers d’alors ont été absorbés dans les syndicats officiels. La discontinuité syndicale a été plus grave encore en Ukraine, ce qui est l’une des causes de la faiblesse du mouvement social ukrainien actuellement, bien qu’il y ait là aussi des syndicats indépendants, et de même, dans la clandestinité, parmi les mineurs du Donbass.
Le BKPD a résisté sous la répression qu’il a encore subie récemment, espérons que son responsable Nicolaï Zimin se remette des blessures causées par les Omon. Il n’était pas officiellement interdit mais il l’était le plus souvent dans la pratique.
Un moyen pour lui de tenir pendant ces longues années a été son affiliation internationale à la Confédération Syndicale Internationale (CSI), qui a décerné un titre de vice-président au camarade Alexander Yaroshuk, quoi que l’on pense de la CSI, ces camarades syndicalistes ne pouvaient en aucun cas s’affilier à la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), dont les syndicats officiels, structures verticales analogues aux syndicats franquistes, sont la section locale.
Premièrement, le camarade Alexander Yaroshuk affirme avec clarté et tranquillité que la classe ouvrière est la seule force capable de résoudre la question du pouvoir en Bélarus, la seule qui en a la force dans la situation présente. Seuls les travailleurs, dit-il, peuvent sortir le pays de la crise politique. Ceci implique que, à ses yeux, Svetlana Tikhanovskaia, qui après quelques jours est sortie de son silence et qui tente de se poser en rassembleuse d’une sorte de conseil de transition, n’en a pas la capacité. Cela implique surtout une formidable conscience empirique de la réalité sociale et politique présente, formidable démonstration, en fait, de la réalité mondiale dès lors que les exploités font irruption sur la scène et s’organisent par eux-mêmes, en retrouvant des formes démocratiques d’organisation qui sont celles du prolétariat en action, grèves, assemblées générales, rassemblements sur les places publiques, syndicats indépendants et soviets en sens de 1905, c’est bien à cela que nous avons affaire actuellement en Bélarus.
Deuxièmement, tout en laissant entendre que, pratiquement, ce sont les travailleurs qui ont la seule capacité politique dans le pays, mais pas la force armée, il n’envisage pas de résoudre cette situation de la manière apparemment logique consistant à dire qu'il faut prendre le pouvoir et surmonter la dualité de pouvoir, la dyarchie dans le texte, en donnant tout le pouvoir aux soviets, pardon, aux comités de grève.
Soyons clairs. Il serait absolument surprenant que ce camarade ait une autre position que celle d’une transition pacifique donnant le pouvoir à une sorte d’organisme gouvernemental de transition dans la perspective des élections libres que réclament les grévistes. D’abord, il est mandaté pour cela, n’en doutons pas. Que ceux qui savent par avance ce qu’il faut faire rengainent leurs phrases toutes faites. Nous avons là le mouvement réel d’une révolution démocratique dont le prolétariat prend de facto la direction, mais sans perspective claire visant à un autre ordre social et politique global réalisant la démocratie par la reprise en commun des moyens de production, bien que l’ambiance de la révolution et des grèves pousse spontanément à des initiatives en ce sens. Comment pourrait-il en être autrement ?
Question. Les actions locales de solidarité qui ont submergé la Biélorussie après les élections présidentielles truquées, se sont transformées en une manifestation nationale contre l’usurpation du pouvoir par Alexandre Loukachenko. Nous avons l’impression que le dirigeant biélorusse n’a pas compris ce qui s’est passé et pourquoi cela s’est produit.
Réponse. Le comportement absolument inapproprié d'Alexandre Loukachenko et son rejet total de la situation qui s’est produite ne sont pas seulement une tragédie pour lui, mais d’abord un drame avec une réelle perspective d’issue tragique pour le pays. Il ne veut pas admettre ce qui crève les yeux : que l’écrasante majorité du peuple le rejette, exige son départ immédiat. Il est également possible de contester le fait que Svetlana Tikhanovskaya a été élue présidente, puisque les bulletins de vote ont été détruits et qu’il est impossible d’établir exactement combien de voix elle a remporté. Mais le fait qu'Alexandre Loukachenko n’ait pas été élu et qu’il ait été soutenu non pas par quatre-vingt pour cent des citoyens du pays, proclamés par la commission électorale centrale, mais par beaucoup moins, un enfant pourrait le comprendre.
Question. Lundi 17 Août 2020, les plus grandes entreprises publiques du Bélarus ont commencé à faire grève, Belaruskali, MZKT et BMZ. Que faire à présent ?
Réponse. La situation est à un point critique, les structures de pouvoir sont paralysées, elles ne peuvent pas prendre de décision et Alexandre Loukachenka ne veut admettre sous aucun prétexte que le peuple a irrévocablement cessé de lui faire confiance et qu'il exige son retrait immédiat. À son tour, la présidente élue Svetlana Tikhanovskaya, qui a annoncé qu’elle était prête à devenir le leader national, ne peut, ni elle-même ni le conseil de coordination formé par elle, entamer un dialogue sur le transfert du pouvoir.
Une situation de diarchie, extrêmement dangereuse pour le pays, se présente. Elle doit être résolue le plus rapidement possible et un pas doit être fait pour sortir de la crise politique aiguë. Et vous et moi, les travailleurs qui sommes entrés dans une grève illimitée, organisés en comités de grève dans les entreprises, sommes les seuls à pouvoir le faire.
La seule force qui peut désormais assumer la responsabilité du sort du pays et assurer la transition du pouvoir est la force des travailleurs. Les plus grandes entreprises stratégiques du pays, JSC Belaruskali, MTZ, MAZ, Belaz, JSC Grodno Azot, MTZ, JSC Naftan, JSC Polymir, JSC Mozyr Oil Refinery, Belshina et d’autres ont déclaré une grève illimitée.
Parallèlement à la création de comités de grève dans les entreprises, nous devons créer un comité national de grève, National Strike Council (NSC), dès que possible, dans les deux ou trois prochains jours et, en son nom, engager un dialogue direct avec les autorités sur le transfert du pouvoir dans le pays.
Les syndicats indépendants du pays ont déjà commencé à créer des comités de grève dans leurs entreprises. Les mineurs de l’OJSC Belaruskali, où nous avons un syndicat indépendant des mineurs (NPG) puissant et efficace, ont créé des comités de grève dans tous les départements des mines.
Dans un proche avenir, avec la participation active de syndicats indépendants, cela sera fait par les travailleurs d’OJSC Grodno Azot, d’OJSC Naftan, d'OJSC Polymir et d’OJSC Mozyr Oil Refinery. Vous devez immédiatement faire de même chez MTZ, MAZ, Gomselmash, Belaz, Belshin et dans toutes les autres entreprises du pays et déléguer immédiatement vos représentants au NSC.
Il est possible d’effectuer ce travail en parallèle et, sans attendre la création du comité de grève, déléguer un représentant au NSC.
Mes collègues et moi-même du BKDP assumons le rôle de coordinateurs de la création du NSC. J’indique l’adresse e-mail à laquelle vous devez envoyer dès que possible vos propositions de délégation de vos représentants au NSC, bkdp.by@gmail.com. Mon collègue vice-président du BKDP Sergei Antusevich et moi, nous sommes situés au 11 rue Serafimovich, à Minsk, station de métro Proletarskaya, ce qui est non seulement pratique, mais aussi symbolique.
Dans les prochains jours, nous devons rencontrer vos représentants délégués et former le NSC. Vous ne pouvez pas hésiter, même ceux qui n’auront pas réussi à le faire tout de suite, ils nous rejoindront plus tard. Notre organisation, le BKDP, est reconnue non seulement dans le pays, mais aussi dans le monde, et il est membre de la CSI. Je suis moi-même vice-président de la CSI et membre du conseil d’administration de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
Nous avons donc de bons atouts entre nos mains, nous pouvons interagir activement à la fois dans le pays et sur la scène internationale et utiliser les opportunités et les avantages de notre position pour résoudre la crise politique aiguë et assurer le transfert rapide du pouvoir dans le pays.
Mais pour cela, il est nécessaire, dès que possible, de créer le NSC et d’élire ses dirigeants. Le sort de la patrie du Bélarus est en jeu. Amis, écrivez et appelez, il faut agir vite, le retard est comme la mort, puisque nous parlons du sort de notre Bélarus et que nous sommes les seuls à pouvoir, à cette heure fatidique, assumer la responsabilité de sortir de la crise politique aiguë et d’assurer une transition rapide du pouvoir.