actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
En Pologne, des commerçants bravent les restrictions sanitaires et ouvrent leurs portes
Dimanche 31 Janvier 2021
Un peu partout dans le monde, des mouvements de désobéissance civile s’organisent pour protester contre les mesures sanitaires qui prennent à la gorge de nombreux commerçants. En Pologne, les restaurateurs, hôteliers, bars et stations de ski, usent de subterfuges pour ouvrir malgré les interdictions. Europe Un s'est rendue à Katowice dans le sud du pays.
Devant un restaurant de burgers de la ville de Katowice, dans le sud de la Pologne, une dizaine de personnes font la queue pour avoir une table. « Nous en avons marre de rester à la maison et nous voulions vraiment sortir en allant dans un restaurant », déclare au micro d’Europe Un une étudiante rencontrée dans la file d’attente. Sa camarade, ravie de sortir à nouveau, renchérit, « en plus, nous étudions en ligne et nous n’avons pas d’échanges avec l’extérieur ».
Signe du sentiment de lassitude, d’angoisse et parfois de révolte qui monte, nombreux sont ceux qui font le choix de braver les interdictions liées au coronavirus. Le mouvement a démarré au mois de janvier 2021 dans les montagnes du sud du pays et il souffle désormais dans tout le pays. Notre reporter de l'émission des Carnets du Monde s'est rendu sur place.
Fermé depuis la fin du mois d’octobre 2020, ce restaurant a rouvert ses portes il y a dix jours. Ce soir-là, la salle est pleine et les serveurs sont débordés. Sur la table d’entrée sont posés du gel hydro alcoolique, un thermomètre et un contrat distribué aux clients. Celui-ci stipule qu’ils sont employés comme testeurs de nourriture, un stratagème inventé pour empêcher la police d’entrer sur les lieux, considérés comme un espace de travail.
« Les clients nous remercient d’avoir franchi le pas et nous les remercions de venir, c’est vraiment beau. Nous recevons beaucoup de soutien », dit Sylwia Hebert, à la tête du restaurant, qui ne regrette visiblement pas d'avoir ouvert. Elle affirme que les derniers mois ont été particulièrement éprouvant psychologiquement, « encore deux mois comme cela, à ne rien faire, et nous aurions perdu une chose que nous avons passé notre vie à construire. C’était une question de vie ou de mort ». Les pertes se sont en effet accumulées au fil des mois entre le loyer à payer et les salaires des employés que la jeune femme a voulu garder. Elle dit n’avoir reçu qu’une aide d’un peu plus de mille euros de la part de l’état.
Comme Sylwia Hebert, des centaines d’entrepreneurs ont décidé d’enfreindre les restrictions imposées par le gouvernement avec différents stratagèmes. Une patinoire a ainsi été transformée en fleuriste pour rester ouverte. Certaines remontées mécaniques ont demandé aux skieurs de signer un formulaire d’adhésion pour une organisation politique, faisant des pistes de ski le terrain d’un meeting. Face à cette fronde, les autorités ont promis un coup de pouce supplémentaire pour les municipalités dans les montagnes, qui vivent du tourisme. Mais le gouvernement a aussi menacé les commerces qui ouvrent d’être exclus des prochaines aides.
Les menaces n’ont en tout cas plus d’effet sur Marcin, le manager d’un restaurant voisin de celui de Sylwia Hebert. Son établissement de cuisine polonaise accueille lui aussi des clients, « le gouvernement nous a dit que nous pourrions ouvrir Dimanche 17 Janvier 2021 et cela n’est pas arrivé. Nous nous étions préparés, nous avions commencé à faire les comptes et nous avons dépensé de l’argent. Ouvrir, c’est notre moyen de nous défendre. La loi est de notre côté. C’est le gouvernement qui se rebelle, ce n’est pas nous ». La discussion est interrompue par l’arrivée de la police. Après un bref échange avec les propriétaires, elle repart.
Si les entrepreneurs qui ouvrent risquent une amende de trente mille zlotys, environ six mille cinq cent euros, la plupart disent vouloir contester l’affaire en justice. Au début du mois de janvier 2021, un tribunal local a jugé que les restrictions n’étaient pas légales, dans la mesure où le gouvernement polonais n’avait pas déclaré l'état d’urgence.
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