Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 16:49

 

 

https://www.francetvinfo.fr/societe/islamophobie/accusations-d-islamophobie-on-vous-explique-la-polemique-a-sciences-po-grenoble_4324757.html

 

Accusations d'islamophobie, France Info vous explique la polémique à l'Institut d'Etudes Politiques (IEP) de Grenoble

A l'IEP de Grenoble, deux professeurs ont été nommément accusés d'islamophobie, par un affichage dans les locaux. Pris en photographie et relayé, notamment par l'Union Nationale des Etudiants de France (UNEF), cet affichage a circulé sur les réseaux sociaux. Une enquête est ouverte.

Tempête à l'IEP de Grenoble, depuis Jeudi 4 Mars 2021, l'IEP de Grenoble est secoué par des accusations d'islamophobie lancées contre deux professeurs par le biais d'un affichage sauvage.

France Info vous explique cette affaire, qui fait désormais l'objet d'une enquête judiciaire.

L'affaire s'est nouée Jeudi 4 Mars 2021, quand des étudiants ont placardé à l'entrée de l'institution des affichettes indiquant « des fascistes dans nos amphithéâtres. L'islamophobie tue », le tout accompagné du nom de deux professeurs, Klaus Kinzer et Vincent, et relayé en photo par des syndicats d'étudiants sur les réseaux sociaux, notamment la section locale de l'UNEF. Selon l'Agence France Presse (AFP), cet affichage est le dernier épisode d'une polémique autour d'un cours sur l'islam en France et de la préparation d'une semaine pour l'égalité et contre les discriminations.

Un cours intitulé « islam et musulmans dans la France contemporaine », dont le professeur en charge, Vincent, est visé par l'affichage sauvage, est dans le collimateur de l'Union Syndicale de l’IEP de Grenoble, le premier syndicat étudiant de l'IEP. Dans un appel sur Facebook le 22 février 2021, le syndicat avait demandé des témoignages d'étudiants sur d'éventuels propos problématiques qui y auraient été tenus, sans nommer l'enseignant.

L’Union Syndicale expliquait notamment qu'elle souhaitait faire retirer cet enseignement des maquettes pédagogiques pour l'année prochaine si, lors de ce cours, des propos islamophobes y étaient dispensés comme scientifiques. En réaction, le maître de conférence avait, dans un courriel, demandé aux étudiants appartenant au syndicat de quitter immédiatement ses cours et de ne jamais y remettre les pieds. Une injonction qui avait fait l'objet quelques jours plus tard d'une plainte pour discrimination syndicale, classée sans suite depuis.

Le deuxième professeur visé par le collage est Klaus Kinzer, un professeur d'allemand qui enseigne à l'IEP depuis vingt-cinq ans. La polémique le concernant serait née à la fin du mois de novembre 2020 après un groupe de travail informel constitué d'enseignants et d'étudiants, pour préparer la semaine pour l'égalité et contre les discriminations. « J'ai dit très clairement que je n'aimais pas qu'on organise dans un même intitulé une journée consacrée au racisme, à l'antisémitisme et à l'islamophobie. Cela m'a choqué. C'est un non-sens de mon point de vue, mais on peut avoir un autre avis. Mais le fait de remettre en question cet intitulé a provoqué une blessure chez les étudiants », a-t-il expliqué à la troisième chaîne de la télévision française.

Contacté par France Bleu Isère, le premier professeur, Vincent, n'a pas souhaité s'exprimer. Son avocat, Eric Le Gulludec, a regretté auprès de l'AFP un appel à la délation, avec pour conséquence une situation de danger grave et imminent. Le second enseignant, Klaus Kinzer, a dénoncé cette affiche auprès de la station de radio locale. « Il y a encore un ou deux ans, nous pouvions discuter. Je suis plutôt libéral. On n'était pas d'accord mais cela n'allait pas plus loin. Aujourd'hui, la liberté d'expression n'existe plus à l’IEP. Quand on dit un mot qui ne plaît pas, on vous intimide, voire on lance une cabale contre vous. Débattre de l'islam est devenu impossible, l'ambiance est délétère. Je pense à ce qui est arrivé à Samuel Paty », explique l'enseignant, actuellement en arrêt de travail en raison de cette affaire.

Samedi 6 Mars 2021, la direction de l'école a fait savoir à France Bleu Isère qu'elle considérait que ces accusations contre les deux professeurs étaient abjectes et inacceptables et qu'elle les condamnait fermement. Lundi 8 Mars 2021, dans un communiqué, elle condamne avec la plus grande fermeté les accusations d'islamophobie et elle estime que le collage met en danger l'ensemble de ses étudiants et personnels. Dans son communiqué, l'établissement rappelle son attachement sans faille aux valeurs de dialogue, de bienveillance mutuelle et d'altérité, et il assure que la garantie des libertés académiques est une exigence non négociable. Le rectorat a été prévenu et, Lundi 8 Mars 2021, une réunion de crise entre les professeurs devait avoir lieu à l’IEP de Grenoble.

Le collage n'a pas été revendiqué. Interrogée par l'AFP,  l'Union Syndicale assure que son appel ne relève que d'une habitude de sondages menés régulièrement auprès des étudiants et elle dément la paternité de l'affichage sauvage. L'UNEF, dont la branche grenobloise a aussi relayé ces affiches sur les réseaux sociaux, a reconnu Dimanche 7 Mars 2021 une initiative maladroite et dangereuse dans un communiqué, réaffirmant son opposition à toute haine et à tout lynchage public et son attachement à la liberté d'expression.

Dans un autre communiqué, l'antenne locale du syndicat s'est expliquée, « à l’IEP de Grenoble, des propos que nous considérons islamophobes, racistes et réactionnaires ont été tenus par des enseignants et il est de notre devoir de les dénoncer », estime le syndicat, citant un courriel où l'un des enseignants reproche aux musulmans de ne pas sortir dans la rue immédiatement, après chaque attentat, pour le condamner.

L'UNEF de Grenoble explique avoir retiré la photo du collage qui visait nommément les deux enseignants. « Nous avons entendu l'émoi suscité chez eux et au-delà et nous ne voulions pas ajouter de la confusion à notre refus du racisme contre les musulmans », précise le syndicat, dénonçant une campagne haineuse de l'extrême droite à son encontre. « Nous avons retiré cette photographie, mais nous ne retirons pas notre condamnation des propos islamophobes et de la discrimination face aux études pour appartenance syndicale », conclut le syndicat.

Lundi 8 Mars 2021, la présidente de l'UNEF au niveau national, Mélanie Luce, a estimé, sur BFM Télévision que « ce ne sont en aucun cas des méthodes appropriées d’afficher des noms. C’est un affichage que nous ne soutenons pas, car cela ne correspond pas à nos méthodes et cela comporte un risque de vindicte contre les professeurs ».

Côté justice, le parquet de Grenoble a ouvert, Dimanche 7 Mars 2021, une enquête pour injure publique et dégradation après le signalement effectué par la direction de l'IEP. « Traiter des personnes de fascistes est une injure. Il y a un vrai danger à ce que ces professeurs soient menacés et subissent des conséquences sous cette exposition-là », a expliqué à l'AFP le procureur de la république de Grenoble, Eric Vaillant.

Côté politique, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, a estimé, Dimanche 7 Mars 2021 également, que « les menaces, les injures et les pressions n'ont pas leur place dans l'enseignement supérieur ». Condamnant fermement ces faits, elle a aussi annoncé son intention de diligenter dans les meilleurs délais, et en parallèle à l'enquête judiciaire, une mission de l'Inspection Générale de l'Education Nationale afin d'établir les responsabilités de chacun et de contribuer à rétablir la sérénité au sein de l'établissement.

Partager cet article
Repost0

commentaires