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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 16:17

 

 

https://mobile.francetvinfo.fr/replay-radio/micro-europeen/micro-europeen-300-femmes-turques-assassinees-en-turquie-en-2020_4348853.html

 

Trois cent femmes assassinées en Turquie en 2020

Samedi 10 Avril 2021

La perte de la Convention d‘Istanbul assombrit le futur des femmes turques. Ce traité international a pour but de réprimer les violences faites aux femmes, en particulier les violences domestiques. Recep Tayyip Erdoğan, par cette décision, plonge les femmes turques dans la colère et l'effroi. Une régression totale, compromettant l’avenir des femmes turques qu’avait voulu Mustafa Kemal Atatürk, le père de la Turquie moderne.  

La Turquie a annoncé quitter la Convention d'Istanbul, une convention du Conseil de l’Europe, traité international qui a pour but de réprimer les violences faites aux femmes, pour l'élimination de toutes les formes de violences contre les femmes, la violence conjugale et familiale, y compris le viol conjugal et la mutilation génitale féminine.

Cette convention a été introduite en 2011, lors de la présidence turque du conseil des ministres du Conseil de l’Europe. D’un trait de plume, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a décidé de retirer son pays de la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe. Bien évidemment, la gifle islamo-ottomane nationaliste a fait descendre les femmes turques dans la rue et elles ne cessent de se regrouper dans les rues des villes de Turquie, brandissant des portraits de femmes assassinées, dont les meurtriers n’ont pas été poursuivis par la justice, pour ceux qui sont connus, car bon nombre d’assassinats de femmes sont sans poursuites, faute de présumés coupables, comme l’a précisé notre invitée Urun Günner, militante de l’association féministe Flying Broom.

Les avocates des associations turques ont beau porté plainte auprès de la justice turque mais, comme l’a précisé notre invitée, cette justice est plus que liée au pouvoir. Quant au législateur turc, qui pourrait être un recours contre cette décision, le parlement turc est dominé par les deux partis majoritaires, le parti de la justice et du développement (AKP) et le parti d’action nationaliste (MHP), parti d’extrême droite dont les militants sont les Loups Gris. Comment faire pour que les femmes trouvent un moyen légal afin de faire entendre leurs voix et aboutir devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) de Strasbourg ? C’est un processus possible après avoir usé tous les recours juridiques nationaux. Le combat des féministes est un long chemin semé d’embûches.

La décision turque de sortir de cette convention est une porte ouverte à l’assassinat impuni de femmes, une sorte de permis de tuer qui ne porte pas son nom. Mais les femmes turques ne sont nullement disposées à courber l’échine face à cette politique obscurantiste de harem, alors que Mustapha Kemal Atatürk, le père de la Turquie moderne, avait donné le droit de vote aux femmes turques en 1934, début de leur émancipation. Recep Tayyip Erdogan met en œuvre une régression totale de son pays, compromettant l’avenir des femmes turques voulu par Mustafa Kemal Atatürk.  

« Ce sont les femmes qui gagneront cette guerre », cette phrase est celle des manifestantes turques qui sont entrées en guerre contre le pouvoir islamo-nationaliste de Recep Tayyip Erdogan. Elles savent très bien quels sont les risques encourus, comme nous l’a indiqué Urun Günner, la prison, pour commencer.

Pour le Conseil de l’Europe, la décision de Recep Tayyip Erdogan est une nouvelle dévastatrice et elle compromet la protection des femmes en Turquie, mais pas plus. On attendrait une prise de position courageuse de sa secrétaire générale, Marija Pejčinović Burić, à commencer par une vraie solidarité féminine. Le Quai d'Orsay, a fait savoir qu’il regrette profondément cette décision qui va en premier lieu affecter les femmes turques, auxquelles la France exprime toute sa solidarité. Pour le ministère allemand des affaires étrangères, cette décision envoie un mauvais signal à l'Europe, mais surtout aux femmes turques.

Il faut dire que le gouvernement allemand ne peut faire mieux, dans le sens où la communauté turque en Allemagne, forte de quatre millions de personnes, est un lobby fort gênant pour Angela Merkel qui, trop souvent, est plus soumise que résistante à Recep Tayyip Erdogan, mais elle n’est pas la seule. En somme, tout peut arriver aux femmes turques, si elles ne sont pas soutenues par des messages forts et des actions engagées par la communauté internationale.

En Turquie, le rival de Recep Tayyip Erdogan, le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, a déclaré que la décision de Recep Tayyip Erdogan revient à piétiner la lutte que mènent les femmes depuis des années. Les femmes turques sont en danger. C’est peu de le dire.

Nous savons que le président turc est prêt à tout. Il n’hésite pas à occuper la basilique chrétienne Sainte Sophie pour en faire une mosquée, tout comme l’église Saint Sauveur in Chora, à remettre en question le Traité de Lausanne sur les frontières, à ne plus respecter la Convention de Montreux sur les détroits, à ignorer les Zones Economiques Exclusives (ZEE) européennes, à fermer les yeux sur les actions de l’Etat Islamique en Syrie, en laissant se faire massacrer les courageuses et superbes combattantes kurdes, à intervenir dans le Haut Karabakh officiellement ou officieusement, à n’avoir de cesse de menacer la Grèce et Chypre et à prolonger son chantage aux migrants contre l’Union Européenne, sans parler de son soft power en Europe, entre autres à Strasbourg, où le bâtiment du consulat et de la représentation turque auprès du Conseil de l’Europe à des allures de forteresse.

Mais pour le président turc, malgré son côté va-t-en guerre, sa politique commence à perdre de sa superbe. Hormis le fait qu’il a insulté le président de la république française, son économie connaît un net ralentissement, une inflation à risque très élevée et une livre turque qui va de mal en pis, perdant un cinquième de sa valeur en une année, et accentuée par la reprise en main de la banque centrale turque.

Recep Tayyip Erdogan est aussi inquiet par l’arrivée de l’équipe de Joseph Biden à la Maison-Blanche qui pourrait bien mettre en place une relation plus dure entre Washington et Ankara. Donc des nuages noirs commencent à s’amonceler sur la tête de l’autocrate d’Ankara. 

Quant à la pitoyable rencontre à Ankara entre l’Union Européenne et la Turquie, Mardi 6 Avril 2021, on pourrait la résumer par une formule de Georges Clémenceau, « poltron et sofa ». 

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