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11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 14:12

 

 

TROISIEME ANNEE DU HIRAK

Dimanche 11 Avril 2021

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un très long message d’Omar Benderra relatif à la troisième année du hirak. Le message est disponible en totalité si vous consultez le site d’Algeria Watch à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

 

https://algeria-watch.org/?p=77069

Troisième année du hirak, un message politique limpide

Par Omar Benderra

Dimanche 4 Avril 2021

La campagne de propagande prétend que le hirak originel aurait été détourné au profit d’un nouveau hirak manipulé par des forces obscures et par d’hypothétiques et très imprécis agents de l’étranger. Cette propagande est la production directe du laboratoire de désinformation de la police politique. Il faudrait plutôt écouter et décortiquer les slogans scandés.

Depuis la reprise des manifestations hebdomadaires dans les villes algériennes à l’occasion du deuxième anniversaire, le 19 février 2021, du déclenchement du hirak, nous avons vu se multiplier dans les médias algériens, tous contrôlés par le régime, des analyses selon lesquelles, en substance, le hirak originel aurait été détourné au profit d’un nouveau hirak manipulé par des forces obscures.

Parmi les acteurs d’une contre-révolution qui veut faire avorter le hirak de l’intérieur, selon la formule d’un observateur critique, figureraient au premier rang le mouvement Rachad, présenté de manière trompeuse comme une résurgence du Front Islamique du Salut (FIS), ou encore, de manière plus nébuleuse, d’hypothétiques et très imprécis agents de l’étranger.

Pour l’immense majorité des manifestants, cette campagne de propagande, peu ou prou relayée par les médias parisiens, est la production directe du laboratoire de désinformation de la police politique. Il n’est donc pas surprenant que cette thèse prospère particulièrement dans la presse ou les pseudo-partis politiques composant la façade civile d’un pouvoir dont la nature militaire est trop flagrante pour être niée. Cela fait bien partie du cahier des charges d’organes qui sont, in fine, le bras de communication de la police politique. Plus étonnant en revanche est le fait qu’elle ait pu être reprise, certes avec des variantes, par certaines personnalités jusque-là connues pour leur distance affichée vis-à-vis du régime.

Pour tenter de dissiper le brouillard de fake news émis par l’action psychologique, le meilleur moyen est sans doute de prêter une oreille attentive aux slogans des manifestants du vendredi, ces dernières semaines. Repris par des dizaines de milliers de voix, en arabe algérien ou en arabe classique, en français et parfois dans un mélange des deux, ces slogans sont lourds de signification politique. Comme c’est la règle depuis le début du mouvement au mois de février 2019, ces mots d’ordre expriment, avec alacrité souvent, à la fois une critique lucide du régime et la voie de dépassement de l’impasse politique actuelle. Mais ce mode de communication, efficace car percutant, n’est évidemment pas du goût de ceux qui en sont la cible ou qui ont été marginalisés par le mouvement. Les slogans du vendredi suscitent de nombreuses réactions tranchées et une bataille interprétative très orchestrée.

Parmi les plus controversés, il y a « police politique terroriste, à bas la mafia militaire ». Ses contempteurs estiment que ce slogan exprimerait une attaque en règle contre l’armée et ses services de renseignements, laquelle serait directement attentatoire à la souveraineté du pays. Qu’en est-il vraiment ?

Comme le montrent bien d’autres slogans, banderoles et pancartes, il s’agit évidemment de tout autre chose. Le terrorisme de la police politique, c’est d’abord l’hyper violence que ses chefs et ceux de l’armée ont déployée contre la population civile après le coup d’état du mois de janvier 1992, jusqu’au début des années 2000, au prix de dizaines de milliers de morts et de disparus.

La mafia militaire, c’est celle d’un haut commandement qui a alors utilisé les mêmes méthodes que celles de l’armée française contre les algériens en lutte pour leur indépendance et c’est clairement avec ces références en tête que les manifestants ont récemment dénoncé le recours à la torture contre des jeunes arrêtés par les forces de sécurité. Pour eux, il ne fait pas de doute que les pratiques héritées des généraux Jacques Massu et Marcel Bigeard ont été reprises de longue date par la police politique secrète de l’armée, humiliations, mises à nu, insultes, viols et chocs électriques, le pistolet à impulsions électriques Taser ayant avantageusement remplacé l’encombrante gégène. La villa Susini de sinistre mémoire coloniale a été remplacée par le Centre Antar, caserne de la police militaire politique secrète située dans les hauteurs d’Alger.

Mais le message est passé, et fort mal, dans certains cercles. Les clientèles de la dictature déjà interpellées par le mot d’ordre « état civil et non militaire », ne peuvent plus se taire estimant qu’un point de non-retour a été franchi.

Certaines voix, autrefois plutôt critiques du système, se désolidarisent désormais clairement du hirak. Ces milieux sont en effet placés devant un dilemme insurmontable. Comment prétendre encore qu’ils soutiennent le hirak et faire oublier leurs silences des années 1990 quand ce même Centre Antar torturait à échelle industrielle ? Il devient de plus en plus difficile pour beaucoup de maintenir une posture toute d’ambiguïté, tentant de conserver un pied dans le hirak et l’autre dans le régime, comme cela avait été le cas jusqu’alors.

Il reste que les contre-mesures mises en œuvre par les services d’information officiels et officieux sont difficilement audibles. À court d’arguments et très visiblement sans grandes ressources intellectuelles, le régime dispose néanmoins d’un important dispositif médiatique et de plumes autorisées qui ont pour référence charnière les représentations de propagande de la sale guerre des années 1990. L’épouvantail islamiste qui a tant servi à dissimuler les raisons et les conséquences du coup d’état du 11 janvier 1992 est ainsi très opportunément réanimé. Le discours de justification des généraux janviéristes, dont l’influence sur le sommet des appareils est progressivement restaurée depuis la mort suspecte de l’ancien chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah au mois de décembre 2019, a servi de base aux partisans du bâillonnement des voix dissidentes et de l’éradication par tous les moyens, y compris les plus expéditifs, de toutes les oppositions, au premier chef islamiste mais pas seulement, à la dictature.

Présenter le hirak comme l’objet d’une récupération islamiste est donc l’axe de propagande, peu probant, choisi faute d’alternative pour décrédibiliser le mouvement populaire. Cela en vue aussi de mobiliser le soutien étranger nécessaire dans la perspective du déploiement d’une stratégie de répression brutale de cette profonde et très pacifique mobilisation populaire. Le mouvement Rachad, qui dispose de porte-voix écoutés sur les réseaux sociaux, est la cible désignée de cette campagne dénonçant une prétendue islamisation du hirak. Rachad est une organisation regroupant des universitaires, dont certains ont appartenu ou ont été proches du FIS, et qui se proclame « mouvement populaire algérien nationaliste et démocrate qui œuvre pour le changement non violent du système de gouvernance en Algérie », sans la moindre référence à une quelconque déclinaison de l’islam politique.

Mais toute à son entreprise de diabolisation, la propagande du régime ne s’embarrasse pas de nuances. Rachad est présenté comme l’inspirateur principal, avec la main de l’étranger, du hirak et une reconstitution du FIS. De là à présenter des youtubeurs à forte audience comme les instigateurs et les propagateurs islamistes des slogans les plus incisifs, il n’y a qu’un pas que certains n’ont pas hésité à franchir. Qu’importe alors que les manifestants s’époumonent chaque vendredi à démentir cette construction en scandant « ni islamiste ni laïque, il n’y a qu’un gang qui vole ouvertement ».

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