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actualité politique nationale et internationale

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GUERNICA KATYN ET MARIOUPOL

 

 

http://alencontre.org/europe/espagne/debat-quelques-reflexions-a-propos-de-lukraine.html

 

Quelques réflexions à propos de l’Ukraine

Par Francisco Pallarés Aran

Mardi 12 Avril 2022

Il est paradoxal que certains groupes de gauche, par exemple la gauche latino-américaine, Podemos en Espagne et Lutte Ouvrière en France, reprennent de manière biaisée quasiment l’argumentaire stalinien de Vladimir Poutine. Ces organisations renvoient dos à dos Vladimir Poutine et l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), dans une interprétation mensongère datant d’avant la chute du mur de Berlin et dans une nostalgique grille de lecture digne de Maurice Thorez, de Santiago Carrillo ou de Georges Marchais. Pire, il faudrait privilégier la diplomatie et le dialogue et il ne faudrait surtout pas livrer d’armes aux ukrainiens, comme le disait récemment une élue de Podemos.

Certains nous rejouent à contre-pied la comédie sinistre de la non-intervention pendant la guerre d’Espagne. Nous avons l’impression de revivre chez certains le soutien de Georges Marchais depuis Moscou à l’invasion de l’Afghanistan, derrière de nouveaux despotes corrompus de gauche, comme Daniel Ortega au Nicaragua, Nicolás Maduro au Venezuela ou Miguel Díaz Canel à Cuba, au nom d’un anti-impérialisme de pacotille, de fait au nom d’une imposture.

Lors de l’entrée de l’Armée Rouge en Pologne, le 17 septembre 1939, peu après l’entrée des troupes nazies, conformément à la signature du pacte de non-agression entre Adolf Hitler et Joseph Staline, Dolores Ibárruri, la Pasionaria, signait un texte mémorable dans lequel elle justifiait la disparition de la Pologne au nom de la défense des minorités ukrainiennes persécutées par une nation polonaise inexistante. Fallait-il soutenir l’agression de la Finlande par Joseph Staline, lors de la guerre d’hiver du 30 novembre 1939 ? Le peuple finlandais n’avait-il pas le droit de se défendre ? Ce qu’il fit d’ailleurs, héroïquement.

Au mois de mai 1937, à Barcelone, les anarchistes, le Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM) et les trotskystes étaient calomniés, persécutés, traités de fascistes et assassinés. Au mois d’avril 1937, le Parti Socialiste Unifié de Catalogne (PSUC), instrument de l’Internationale Communiste stalinisée et du GPU, préparait sa provocation. Il fallait laisser courir le bruit que les incontrôlés préparaient un putsch et qu’ils allaient déplacer du front d’Aragon des unités armées. De fait, ils accuseraient leurs ennemis de ce que, eux-mêmes, étaient en train de faire et allaient faire. C’est une vieille méthode. Comme le disait Pavel Soudoplatov, grand ordonnateur, avec Léonid Eitingon, des assassinats décidés par Joseph Staline et Lavrenti Béria, « l’Espagne fut en quelque sorte le jardin d’enfants où ont pris forme toutes les opérations d’espionnage futures. Les initiatives que nous avons prises par la suite dans le domaine des renseignements ont toutes eu pour origine les contacts que nous avions établis en Espagne et les leçons que nous avons tirées de la guerre civile espagnole. La révolution espagnole a échoué, mais les hommes et les femmes engagés par Joseph Staline dans la bataille ont gagné ».

La méthode du bourreau accusant la victime de ses propres crimes est connue. Pour le bombardement de Guernica, le Vatican et les franquistes ont désigné immédiatement les coupables, c’étaient les rouges et les basques qui avaient incendié la ville, malgré le témoignage du prêtre Alberto Onaindia auprès du Saint-Siège. Lors du Procès de Nuremberg, tout le monde a fait semblant de gober le massacre de Katyn imputé aux nazis.

Vladimir Poutine qui a été biberonné au KGB, poursuit simplement ce qu’il a toujours appris en tirant à présent les ficelles du FSB, calomnier, mentir et assassiner.

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a cherché depuis des années à pénétrer à l’est, dans la zone d’influence de l’ancienne Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), c’est évident. La National Security Agency (NSA) et la Central Intelligence Agency (CIA) jouent leur rôle au compte de la politique des Etats-Unis, c’est indiscutable, le FSB n’est d’ailleurs pas en reste, mais cela ne peut nullement servir d’alibi à l’agression armée de Vladimir Poutine. Nous assistons, une fois de plus, à la vieille recette chauvine qui consiste à essayer de réaliser l’union sacrée derrière un caudillo en s’engageant dans une aventure militaire extérieure. A n’en pas douter, le peuple russe se bat lui aussi contre cette guerre ignoble. Malgré la répression de plus en plus violente au sein de la Fédération de Russie, emprisonnements, tortures, liquidations d’opposants, interdictions d’associations mémorielles dénonçant les goulags staliniens, persécutions des homosexuels et poids de plus en plus pesant de l’Eglise Orthodoxe, nombre de citoyens russes résistent, malgré les matraques et les prisons. Les sacs plastiques qui rapatrient les cadavres des appelés russes vont d’autant plus peser dans la balance que nombre de familles russes ont des amis, des conjoints ou des parents ukrainiens. Les précédents du Vietnam et de l’Afghanistan ne présagent rien de bon pour Vladimir Poutine.

La question que doit se poser tout militant, c’est pourquoi, non pas des milliers, mais bien des millions d’ukrainiens fuient l’arrivée des troupes russes ? Pourquoi ces troupes russes ne sont-elles pas reçues en libératrices ? Pourquoi la masse de la population est attirée par le mode de vie de l’Europe de l’Ouest, certainement idéalisé. Pourquoi l’ensemble du peuple fait-il corps derrière son président ?

Il y a des exemples historiques et internationaux. Le régime du Négus d’Ethiopie Haïlé Sélassié en 1935 était certainement despotique et médiéval. Fallait-il pour autant soutenir l’agression de l’Ethiopie par l’Italie fasciste de Benito Mussolini en 1935, accompagnée de massacres, de viols et de bombardements à l’ypérite ?

Le régime du Dalaï Lama était certainement fort éloigné d’une démocratie, fallait-il pour autant que l’armée chinoise envahisse le Tibet et écrase son peuple ? L’écrasement des ouvriers de Berlin au mois de juin 1953 était-il justifié ? Celui des ouvriers de Budapest en 1956 était-il justifié ? Celui de Prague en 1968 était-il justifié, toujours au nom, évidemment, du combat contre le fascisme, contre l’impérialisme yankee et contre l’OTAN ?

Alors que viennent faire ces amalgames avec les nazis, les fascistes, l’armée du général Andreï Vlassov ou les bandes de Stepan Bandera, même s’il n’existe pas de nationalismes purs et de nationalismes démocratiques ? Que vient faire l’utilisation du croquemitaine de l’OTAN ?

Nous avons été surpris, moi en tout cas, comme d’autres, par cette agression de l’armée de Vladimir Poutine. Mais si l’on suit les analyses que faisait déjà Zbigniew Brzezinski en 1997, assurément un politicien particulièrement réactionnaire, mais il avait déjà anticipé l’entrée dans l’OTAN, préalable absolu à l’entrée dans l’Union Européenne, des anciens satellites de l’URSS, les états baltes, la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie, nous devinons que l’opération de Vladimir Poutine est certainement une sorte de fuite en avant pour restaurer une forme d’empire qui lui échappe. Il paraît que Vladimir Poutine aurait dit que « celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur, mais celui qui souhaite sa restauration n’a pas de tête ».

Ce qui s’est certainement passé. Plusieurs évènements ont rythmé la dernière période. L’avancée de l’OTAN autour de l’ancienne URSS, dans les états baltes, en Tchéquie et en Pologne, la création du Kosovo et la guerre dans l’ancienne Yougoslavie, ont été réglées par les Etats-Unis. Le mandat de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a été dépassé lors de l’intervention en Libye, effectuée par les français et les britanniques. En Syrie, dans le cadre des concurrences inter-impérialistes, la Russie a réussi à soutenir à bout de bras le régime assassin de Bachar al Assad. Après la deuxième guerre de Tchétchénie et la guerre en Géorgie, déclenchée stupidement par les nationalistes géorgiens, Vladimir Poutine a réussi à s’entourer dans de nombreuses anciennes républiques soviétiques de despotes sanguinaires, en Biélorussie, en Tchétchénie et au Kazakhstan.

Nous comprenons que la masse du peuple ukrainien ne veuille absolument pas de ces modèles ou du régime imposé depuis vingt-deux ans par Vladimir Poutine en Russie. C’est un véritable repoussoir pour tout individu sensé.

Il est probable que la diplomatie russe ait pensé que le jeune président ukrainien Volodymyr Zelenski allait s’enfuir à l’étranger. Cela ne s’est absolument pas passé ainsi. Ce qui signifie qu’il sent qu’il a l’appui de sa population et il tient avec courage face à la violence et aux mensonges. L’autre élément qui n’était certainement pas prévu, c’est que depuis le début de la guerre des séparatistes dans le Donbass, depuis 2014, l’armée ukrainienne s’est réorganisée et elle a certainement été réarmée et pourvue de conseillers militaires de l’OTAN. Comme le disait Talleyrand, « ne prenez jamais vos adversaires pour plus stupides qu’ils ne sont ». L’état-major russe le savait.

Une réunion de l’OTAN était prévue au mois de juin 2022 à Madrid, elle risquait peut-être d’entériner le processus d’entrée dans l’OTAN et dans l’Union Européenne de l’Ukraine et Vladimir Poutine a probablement pris les devants dans la dernière fenêtre qui s’ouvrait à lui dans ses ambitions ou dans ses illusions de renaissance impérialiste.

L’autre élément qui a certainement surpris, c’est une sorte de cristallisation d’un nationalisme ukrainien qui semblait jusqu’ici improbable. Paradoxalement, il semble que c’est l’agression russe qui l’a soudainement réveillé, tout comme l’invasion napoléonienne de 1808 en Espagne avait provoqué la révolte populaire contre l’envahisseur.

Enfin, l’autre paradoxe est le renforcement de l’OTAN. Il ne faut pas oublier en outre que depuis 1945 les frontières ont glissé de trois cent à cinq cent kilomètres vers l’ouest. Comment se sont faits les transferts de populations ? Pourquoi Nikita Khrouchtchev a-t-il cédé la Crimée, alors qu’il était plutôt grand russe, même s’il était ukrainien ? A l’est, une partie de l’Ukraine est passée à la Russie. A l’ouest une fraction de l’ancienne Pologne a été dévolue à l’actuelle Ukraine, la région de Lviv. On nous parle de la langue, peut-être, mais, comme le remarquaient Miroslav Hroch ou Benedict Anderson, nous n’avons souvent considéré la naissance des nationalismes et du mythe national que dans leur vision romantique du dix-neuvième siècle. Or, dès la fin du dix-huitième siècle et à l’aube du dix-neuvième siècle, les colonies d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud se scindaient de la métropole et se constituaient en états nations, alors qu’elles partageaient la même langue, anglais ou espagnol et portugais, la même religion, protestantisme ou catholicisme, et la même culture. La renaissance du nationalisme ukrainien mériterait sans doute une analyse plus approfondie.

En conclusion, l’armée de Vladimir Poutine doit partir, dehors les troupes russes d’Ukraine et indépendance inconditionnelle de l’Ukraine, pour la liberté des peuples d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie.

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