actualité politique nationale et internationale
Putsch à la Confédération Générale du Travail (CGT) de Peugeot Société Anonyme (PSA), la direction de la CGT exclut le syndicat et Jean Pierre Mercier
Après sept mois de cabale, la direction de la CGT a exclu le syndicat de PSA Poissy et le Délégué Syndical Central (DSC) de PSA, Jean Pierre Mercier. Une chasse aux sorcières qui profite, inévitablement, à la direction de l’entreprise.
Depuis plusieurs années, la Fédération des Travailleurs de la Métallurgie (FTM) de la CGT, remet en cause le syndicat CGT de PSA Poissy, notamment autour de son orientation. Mais depuis l’automne 2021, la FTM et l'union départementale des Yvelines ont décidé de mettre fin au syndicat historique de Peugeot Poissy, le syndicat Peugeot Citroën Automobile (PCA) Poissy, animé notamment par Jean Pierre Mercier. A l’aide de quelques militants de la CGT opposés à la politique du syndicat, les dirigeants de Montreuil ont finalement réussi à désaffilier le syndicat historique, l’excluant de fait de la CGT. Dernière épisode d’une cabale faite contre le syndicat PCA Poissy, Jean-Pierre Mercier, DSC depuis 2015, a été démandaté Lundi 16 Mai 2022 de ses fonctions par la FTM, le laissant à la merci de la direction du groupe.
Depuis plusieurs années, la FTM, soutenue de facto par Philippe Martinez, veut en finir avec Jean-Pierre Mercier, DSC du groupe PSA et un des porte-parole de Lutte Ouvrière, et, en même temps que Jean-Pierre Mercier, c’est tout le syndicat qui est visé par la FTM, qui a monté, mois après mois, un dossier à charge contre le syndicat.
Dans un document portant la date du 10 janvier 2022, la FTM et l'union départementale des Yvelines reviennent dans une note sur tous les éléments qui montreraient la nécessité de mettre en place un nouveau syndicat de la CGT qui, dans l’esprit de la FTM, obéirait aux leaders de Montreuil. Dans cette longue note, qui devait servir de document préparatoire à un Conseil Exécutif Fédéral (CEF) de la FTM, les raisons qui sont censées justifier la désaffiliation du syndicat historique de Poissy sont mises sur le papier.
Sans rentrer dans tous les détails chronologiques avancés par la FTM, ce qui est reproché au syndicat PCA Poissy est avant tout le lien entre le syndicat et Lutte Ouvrière, dont fait partie Jean-Pierre Mercier. Sans jamais citer Lutte Ouvrière, la note dénonce ainsi la prédominance d’un parti politique et de l’absence de vie syndicale qui en découle. S’en suit un enchaînement d’accusation sur le fonctionnement de PCA Poissy, manque de formation syndicale, non-respect des structures, organisation d’un congrès du syndicat contradictoire à celui voulu par la FTM et reproche fait à Jean Pierre Mercier d’intervenir trop dans les médias.
Dans l’ensemble, malgré de très nombreuses pièces jointes qui veulent donner une impression d’une situation gravissime, les trois quarts des accusations que la FTM fait au syndicat PCA Poissy consiste à reprocher des non présences dans des réunions et un refus du dialogue. Bref, dans ce procès de Moscou intenté par les bureaucrates de Montreuil, ce qui est avant tout reproché au syndicat PCA Poissy, c’est de ne pas obéir au doigt et à l’œil de la confédération.
Évidemment, depuis le début de cette cabale, la FTM s’est toujours défendue de vouloir couper des têtes, prétendant vouloir agir dans le but de l’unité syndicale. Pourtant, dans la façon dont la FTM et la direction de l'union départementale des Yvelines ont réussi à exclure le syndicat PCA Poissy de la CGT, il est difficile de ne pas voir des manœuvres d’appareils justement destinées à couper des têtes.
En effet, alors que les accusations contre le syndicat PCA Poissy s’accumulaient, celui-ci a annoncé au mois d'octobre 2021 la tenue d’un congrès du syndicat pour le 14 novembre 2021 afin de donner la parole aux syndiqués. Malgré la présence de responsables de la FTM à cette réunion préparatoire, rapidement, toutes les structures de la CGT dénoncent l’organisation de ce congrès par les syndiqués de PCA Poissy et non par la FTM et l'union départementale des Yvelines.
Malgré les oppositions de la bureaucratie de la CGT, le congrès du syndicat finit par se tenir, Dimanche 14 Novembre 2021. Cent quatre-vingt-treize des deux cent quatre-vingt-dix syndiqués y participent, ainsi que des représentants de douze autres syndicats du groupe PSA-Stellantis, sur les quinze usines du groupe en France et, alors que l’équipe dirigeante sortante du syndicat y est réélue, la FTM continue de vouloir mettre fin au syndicat.
C’est ainsi qu’a été organisé le 11 décembre 2021 un autre congrès, se tenant sans les responsables du syndicat existant, ni les représentants des autres syndicats du groupe. Piloté par la FTM et l'union départementale des Yvelines, ce congrès met en place un nouveau syndicat, la CGT Stellantis Poissy.
Forte de l’existence de deux syndicats sur la même usine, dont un à ses ordres, la FTM a donc argué qu’il ne pouvait pas y avoir deux syndicats sur le même périmètre. Alors que le syndicat PCA Poissy existe depuis plus de cinquante ans, les deux syndicats sont mis sur un pied d’égalité et, lors du CEF de la FTM du 13 janvier 2022, l’ancien syndicat est désaffilié par vingt-neuf voix pour et deux voix contre. Deux jours avant, le 11 janvier 2022, l'union départementale des Yvelines statuait dans le même sens. Dans la foulée, le 7 février 2022, le Directeur des Ressources Humaines (DRH) du site est informé que Farid Borsali ne représente plus la CGT, le nouveau secrétaire général du syndicat CGT du site étant Jonathan dos Santos.
Pour boucler la boucle, la FTM informe finalement la direction du groupe PSA, Lundi 16 Mai 2022, que Jean Pierre Mercier n’est plus le DSC de la CGT de PSA.
Tout au long de l’année, le syndicat PCA Poissy semble pourtant avoir tout fait pour montrer le soutien des salariés du site de Poissy, mais aussi des syndicats du groupe.
Il faut tout d’abord souligner le soutien des syndiqués du site de Poissy à leur syndicat. Sur les deux cent quatre-vingt-dix syndiqués, cent quatre-vingt-treize syndiqués ont participé au congrès du 14 novembre 2021, malgré la cabale orchestrée par la FTM. Mais le soutien au syndicat historique semble dépasser largement le syndicat. Une pétition, signée par mille quatre vingt cinq salariés du site, qui en compte trois mille cinq cent salariés avec les sous-traitants, a été relayée, demandant la reconnaissance du syndicat PCA Poissy. Avec cela, deux cent vingt deux élus de la CGT et mandatés dans le groupe PSA, soir quatre-vingt-onze pour cent des élus de la CGT, ont affirmé vouloir garder Jean Pierre Mercier comme DSC de la CGT de PSA.
Dans leurs courriers, les différents délégués syndicaux de l’énorme majorité des sites PSA de Valenciennes, Mulhouse, Sept-Fons, Douvrin, Hordain, Carrières, Metz, Sochaux, Charleville, Vélizy, Rennes, Vesoul, Caen et Poissy, ont ainsi montré leur soutien à quatre reprises, à travers des courriers adressés aux syndiqués de PSA et aux acteurs fédéraux et confédéraux. Le 23 décembre 2021, ils dénonçaient la création d’un deuxième syndicat de la manière suivante, « l'union départementale des Yvelines et la FTM, plutôt que d’accepter les décisions prises démocratiquement par les syndiqués au congrès du 14 novembre 2021, ont choisi les diviseurs de la dizaine de délégués opposés à la direction du syndicat en soutenant la création d’un deuxième syndicat de la CGT. Le fonctionnement de base de la démocratie syndicale CGT est totalement bafouée ». Le 25 avril 2022, alors que le syndicat PCA de Poissy était officiellement exclu de la CGT, ces mêmes élus réitéraient leur soutien à Jean Pierre Mercier en tant que DSC du groupe PSA, « nous vous demandons de respecter notre décision que Jean-Pierre Mercier soit notre DSC. A défaut, nous procéderons à l’organisation d’une élection au sein du groupe CGT PSA pour désigner le nom du DSC ».
Malgré toutes ces oppositions, la direction fédérale de la FTM a continué d’imposer bureaucratiquement ses élus et notamment le nouveau délégué syndical central, Michael Imhoff, élu dans l’usine de Trémery, dans le département de la Moselle, la seule usine à s’opposer à Jean Pierre Mercier. Face à cette politique bureaucratique, les délégués CGT du groupe ont donc organisé, Vendredi 13 Mai 2022, une assemblée générale. Fait rare, celle-ci s’est déroulée dans le patio du siège de la CGT, à Montreuil, sous les yeux de tous les responsables de la CGT, et, alors que tous les syndicats CGT avaient organisé un vote sur le DSC, le résultat était sans appel, deux cent vingt-trois voix pour Jean Pierre Mercier et trente-et-une voix pour Michaef Imhoff. Immédiatement, Abdelaziz Bouabdellah, membre du secrétariat fédéral de la FTM, prend la parole déclarant le vote caduc sous les huées des délégués venus scandant « Aziz démission ».
Évidemment, la politique de la FTM a fait des heureux dans la direction du groupe PSA, l'occasion peut-être pour elle d’en finir avec Jean-Pierre Mercier, figure de la grève lors de la fermeture du site d’Aulnay sous Bois en 2013, et avec Farid Borsali, qui avait déjà été pris pour cible par la direction, accusé de prétendues violences contre un manager durant une grève en 2016. C’est ce qu’ont dénoncé, le 2 mars 2022, les autres secrétaires généraux des syndicats PSA, « la FTM et l'union départementale des Yvelines, par leurs actions, donnent des armes à PSA pour réaliser ce qu’il n’a jamais réussi à faire depuis soixante ans, faire disparaître un syndicat qui se bat et qui résiste à tous les coups portés, sanctions, demandes de licenciements, criminalisation de l’action syndicale et attaques devant les tribunaux ». Le 25 avril 2022, ces mêmes élus avertissaient à nouveau la FTM, « Jean-Pierre Mercier n’a pas d’autres mandats que celui de DSC. Lui retirer, c’est offrir sa tête sur un plateau à la direction de PSA. C’est inacceptable ».
Les syndicalistes ne se trompent pas. Pour PSA, la CGT dans son ensemble a été, régulièrement, une épine dans le pied pour mener à bien ses vagues de licenciements. Dans ce contexte, désaffilier le syndicat PCA Poissy, c’est-à-dire l’exclure de la CGT, revient à supprimer un syndicat entier dans une des plus grosses usines de la région parisienne. Le groupe PSA Stellantis annonçait ainsi au mois de février 2022 prévoir deux mille six cent suppressions de postes en deux ans, une opération qui sera évidemment plus facile à Poissy avec un nouveau syndicat d’une quinzaine de membres sûrement moins combatif et qui ne s’opposera pas la politique patronale.
C’est un syndicat de deux cents personnes, avec une forte tradition de lutte, que la FTM a voulu détruire. Cette attaque sera un précédent pour la bureaucratie syndicale pour s’attaquer à toutes les équipes syndicales qui refuseront la politique du dialogue social prônée par Montreuil. A l’heure où Emmanuel Macron a nommé Elisabeth Borne première ministre pour un quinquennat de guerre contre le mouvement ouvrier, il est plus que jamais nécessaire de se solidariser de la CGT PCA Poissy et de dénoncer cette offensive contre le syndicalisme lutte de classe.