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Par FISCHER
Il y a cinquante ans, cette partie d'échecs, qui dura deux mois, devenait un symbole de la guerre froide
En 1972 et durant près de deux mois, l’américain Bobby Fischer et le russe Boris Spassky s’affrontèrent lors des championnats du monde d’échecs. Cette partie est entrée dans l’histoire. En pleine guerre froide entre les États-Unis et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), cette compétition était surtout l’occasion pour les deux superpuissances de prendre l’ascendant psychologique sur l’autre.
Été 1972, nous sommes en pleine guerre froide, période de tensions géopolitiques entre d’une part les États-Unis et ses alliés et d’autre part l’URSS et ses états satellites formant le bloc de l’est. Ce conflit débuta après la fin de la seconde guerre mondiale et il s’acheva avec la chute du bloc soviétique entre 1989 et 1991.
En 1972, les tensions sont un peu moins vives entre les deux camps et, pour la première fois depuis 1946, la finale du championnat du monde d’échecs n’oppose pas deux soviétiques, mais un américain, Bobby Fischer, à un russe, Boris Spassky. Cela promet une belle empoignade sur fond de discorde politique. Alors pour que le rendez-vous puisse avoir lieu, un terrain neutre est choisi. Ce sera au centre sportif de Reykjavik, en Islande.
Les deux camps envoient leur meilleur joueur pour ce qui allait devenir la partie du siècle. D’un côté, il y a Bobby Fischer, vingt-neuf ans, huit fois champion des États-Unis et très critique envers les joueurs d’échecs russes. « Doté d’une énergie considérable et d’une farouche volonté de vaincre, il a remporté cent une victoire sur les cent vingt matches des cinq dernières années », résumait en 1972 l’Agence France Presse (AFP). Grand Maître International (GMI) à quinze ans, le surdoué des échecs n’a confiance qu’en lui-même. Il compte très peu d’amis et il ne souhaite pas s’en faire.
De l’autre côté, Boris Spassky, à trente-cinq ans, le champion du monde de la spécialité depuis 1969 semble intouchable. Il est décrit comme un homme de caractère, selon l’AFP. Modeste, bon vivant et affable, ses adversaires vantent son calme. Passé maître international à seize ans, il est le seul à pouvoir faire taire le détracteur Bobby Fischer.
La partie débute le 11 juillet 1972 devant deux mille cinq cent spectateurs et cinquante millions de téléspectateurs à travers le monde. Les deux joueurs se testent sur la première partie mais deux fautes de l’américain permettent à Boris Spassky de prendre l’avantage. Humilié, Bobby Fischer ne se présente pas à la deuxième partie et il perd la deuxième partie sur forfait.
Il faut l’intervention d’Henry Kissinger, conseiller du président Richard Nixon, pour que Bobby Fischer revienne à la charge. Il accepte de poursuivre, mais sans public ni caméras. Il remporte la troisième partie, puis il concède un nul et il gagne la cinquième partie. Les deux protagonistes sont à égalité. Ce mano à mano durera jusqu’à la vingt et unième partie. Boris Spassky finit par rendre les armes après deux mois de lutte acharnée. Le premier septembre 1972, le russe perd sa couronne mondiale.
C’est un coup de tonnerre qui marque la fin de l’hégémonie russe sur ce jeu. C’est aussi le début d’une dépression pour Boris Spassky. Interdit de compétition par son pays, il épouse Marina Stcherbatcheff, une française d’origine russe en 1976 et il s’installe à Paris.
Pour Bobby Fischer, cette victoire sonne la fin de sa carrière. En 1975, il refuse de défendre son titre face à Anatoli Karpov et il perd sa couronne. Mais son génie a permis à l’Amérique de prendre un ascendant sur l’URSS dans cette guerre froide et cela constitue la plus grande victoire de sa carrière, même si, en 1992, les deux joueurs se retrouvent pour la revanche. L’américain l’emporte à nouveau.
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