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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 18:10

LEUR VIOLENCE ET LA NOTRE

Le site internet de la tendance claire du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) publiait récemment un très long message relatif au comité invisible de Julien Coupat. Vous trouverez ci-dessous le paragraphe du message relatif à la question de la violence dans les manifestations.

Le message est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://tendanceclaire.org/article.php?id=1053

Le rapport à la violence

Par Nastrit Daul

Mardi 13 Septembre 2016

Un des points commun à la mouvance autonome, c’est d’assumer un certain rapport de force avec la police. Mais il y a évidemment des différences dans les réactions selon les situations et des débats traversent ce milieu militant.

La violence est souvent, avant tout, une volonté de se défendre face à la violence de l’état qui elle est quotidienne et qui se durcit d’année en année. L’opération César, menée en 2012 pour déloger la Zone A Défendre (ZAD) de Notre Dame Des Landes (NDDL) fût une démonstration de la volonté du gouvernement et du ministre de l'intérieur de l'époque, Manuel Valls, de casser toute contestation.

Surtout, ce fut sur la ZAD du Testet, contre le barrage de Sivens en 2014, que la contestation pris une forme plus radicale suite à l'assassinat de Rémi Fraisse par des gardes mobiles. A Rennes et à Toulouse, les manifestations contre les violences policières, en plus d'avoir ouvert d'autres lieux de lutte que Paris, tournèrent à chaque fois à l'affrontement, d'autant plus que l’état gendarme ne cessait d'augmenter son arsenal répressif, Lanceurs de Balles de Défense (LBD), canons à eau, bouclage des centres-villes mais aussi interdiction de manifestations, détentions préventives et comparutions immédiates. De ces expériences de lutte communes se sont développés des moyens d'action communs qui se retrouvent, de la manifestation interdite contre la conférence climatique aux mobilisations contre la loi travail, régulièrement.

Cependant l’augmentation de l’affrontement se fait de façon inégale, des militants y sont régulièrement confrontés, se protègent, voire ripostent, tandis que d’autres gardent l’illusion d’une « police républicaine ». D’un côté, certaines franges des mouvements autonomes font de l’affrontement avec la police un but en soi, y compris par l’attaque. De l’autre, des services d’ordre collaborent parfois avec la police pour faciliter l’isolement et donc la répression de groupes autonomes, ce que nous dénonçons sans hésiter.

Dans les manifestations, tous les différents niveaux de conscience et de tactique coexistent et cela peut vite conduire d'une situation de tension à des fractures.

Pour autant, il n’y a rien de définitif. Nous avons pu lire par exemple dans www.paris-luttes.info un témoignage d’un militant cégétiste appelant « les k-ways noirs et les chasubles rouges à s'unir ».

De plus, il est à noter que le mouvement qui a duré près de cinq mois s'est retrouvé modifié au fil des rendez-vous. Si le cortège de tête des premiers jours était principalement composé par les militants autonomes, la violence des flics appuyés par les gardes mobiles et les baqueux à l'encontre des lycéens et des étudiants mobilisés a entraîné une partie de ceux-ci à rejoindre le-dit cortège. De fait, les banderoles aux mots d'ordre politiques se sont retrouvées côte à côte avec des banderoles renforcées aux extraits de paroles de rap, « le ciel sait que l'on saigne sous nos cagoules », du rappeur Booba.

Pourtant, la détermination de cette « tête de manifestation », malgré l'image du casseur véhiculé par les médias et la répression des forces du désordre, a encouragé d'autres composantes du mouvement à en faire partie, non pas dans un but d'affrontement mais dans un but de radicalité par rapport aux cortèges syndicaux. Ainsi, progressivement, des groupes de secteurs en lutte auto-organisés s’y sont retrouvés, postiers, cheminots, enseignants, syndiqués et étudiants, de même que des syndicalistes.

Pour notre part, nous pensons qu’il ne faut ni porter de jugement moral sur la violence « en soi », ni qu’il faut la fétichiser. Nous sommes convaincus, par toute l’histoire passée et par les expériences présentes les plus avancées, que l’état ne restera pas sans réagir au fur et à mesure qu’augmentera l’intensité de la lutte. La police se révélera clairement comme la « milice du capital ».

En revanche, actuellement, pour la plupart des centaines de milliers de gens qui manifestent, le bras de fer principal est avec le gouvernement, pas avec l’état.

Les millions de gens qui sont contre la loi travail mais qui n’ont aucune habitude de manifester ont forcément une vision encore plus déformée, à travers le filtre des médias bourgeois. Multiplier les actions minorisantes, c'est risquer de couper le fil qui nous relie potentiellement à celles et ceux qui pourraient nous rejoindre.

Une chose est certaine, le gouvernement n'a pas peur « des casseurs ». Il n'y a que de rares situations où le pouvoir tremble devant la violence de rue, comme en mai 1968 où Charles de Gaulle avait fui discrètement.

Nous sommes loin d'une situation insurrectionnelle comme certains aimeraient le croire. Aucune barricade ne s'est élevée dans Paris, il ne s'agissait que de quelques morceaux de tôles.

Chaque espace occupé à été délogé avec violence par les flics, Théâtre de l'Odéon, Théâtre du Nord, mairie d'Amiens et piquets de grèves. La police nous a toujours défaits, plus de huit cent personnes ont été placées en Garde A Vue (GAV), des dizaines de personnes ont été jetées en prison et des dizaines d’autres sont en attente de jugement. Des dizaines de personnes ont été mutilées par des tirs tendus de lance grenade, de LBD, des jets de grenades de désencerclement ou encore par des coups de matraque. L’état gagne car il est mieux organisé que nous.

Une petite minorité seulement est disposée à s'affronter avec ses propres moyens à la police.

Même s'il est incontestable qu'elle a grossi depuis le début du mouvement, nous pouvons aussi craindre que cela ait empêché beaucoup d'autres de se joindre à nous. Le gouvernement arrive plutôt facilement à jouer sur les peurs, en terrorisant le reste des travailleurs qui refusent de se mobiliser par crainte pour leur sécurité. Car il s'agit bien de sécurité, tout le monde n'est pas prêt à se faire matraquer, tirer dessus, enfermer et passer en garde à vue. De plus, avec la promulgation de l'état d'urgence qui s'annonce être perpétuel et avec le spectre du terrorisme instrumentalisé par le gouvernement et les médias, l’état policier montre sa capacité à briser toute contestation.

Il ne s'agit pas ici de réclamer un retour à des manifestations plus calmes ni de faire peser la responsabilité de la relative faiblesse du mouvement sur les dits « casseurs », mais de garder notre énergie pour une lutte de plus longue haleine, mieux réfléchir collectivement à comment nous protéger, protéger les cortèges et les piquets de grèves. Comment lutter face à la machine judiciaire bourgeoise. Comment s'organiser pour tenir une occupation.

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