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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 21:00

 

http://www.liberation.fr/debats/2016/12/07/alep-robespierre-et-john-locke_1533687

 

Alep, Maximilien Robespierre et John Locke

 

Par Sophie Wahnich, directrice de recherches en histoire et science politique au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)

 

Mercredi 7 Décembre 2016

 

Notre commune humanité est meurtrie chaque jour dans la ville syrienne assiégée. Écoutons enfin de bons conseillers.

« Celui qui opprime une seule nation se déclare l’ennemi de toutes. Ceux qui font la guerre à un peuple, pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme, doivent être poursuivis partout, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et des brigands rebelles. Les rois, les aristocrates et les tyrans quels qu’ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre, qui est le genre humain, et contre le législateur de l’univers qui est la nature ».

Maximilien Robespierre, projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen, présenté le 24 avril 1793, la première année de la république française, devant la convention nationale.

Vous pensez que Maximilien Robespierre est mal placé pour donner des leçons de morale à Bachar-al-Assad et à Vladimir Poutine ? Vraiment, reprenons.

Garantir la fraternité, c’est-à-dire le caractère de communauté du genre humain révolutionné, revient en situation à inventer l’exclusion la plus radicale de ceux qui trahissent les règles de cette communauté humaine.

Cette trahison de son appartenance à l’humanité s’appelle alors « crime de lèse-humanité » et constitue un crime extraordinaire qui ne peut et ne doit jamais être amnistié. Le crime de lèse-humanité est le crime qui empêche les peuples de se ressaisir de leur droits et ainsi de redevenir humains ou de mettre leur droit en adéquation avec leur humanité vécue.

L’affirmation selon laquelle une nation qui en opprime une autre opprime en fait l’humanité dans sa totalité, ressort de la logique du droit de résistance à l’oppression élevé à l’échelle cosmopolitique. De fait aucun crime de lèse-humanité n’est possible à circonscrire car il contamine par son existence même la tenue humaine du genre humain.

Dans une logique de réciprocité, un peuple qui ne punirait pas comme il convient le crime de lèse-humanité deviendrait lui même criminel, ennemi du genre humain.

John Locke, le philosophe anglais du dix septième siècle, peut-il nous donner quelques conseils ? Refuser l’offense faite par la force à l’humanité est au fondement de notre libéralisme dont il fut le penseur, savez-vous ? Dans son traité de gouvernement civil, John Locke écrit que « celui qui se prévaut du droit du plus fort pour me tuer est un monstre. Il est l’ennemi de l’humanité. Tout homme a droit de détruire cet être destructeur. Quand quelqu’un viole les lois de nature, qui ont pour but la conservation du genre humain, il déclare par cela même qu’il se conduit par d’autres règles que celle de la raison et de la commune équité, dès lors il devient dangereux pour le genre humain. Sa conduite offensant toute la nature humaine, chacun par le droit qu’il a de conserver le genre humain peut réprimer, ou s’il est nécessaire détruire ce qui lui est nuisible ». Vous trouvez cela peu libéral. Disons que vous connaissez mal le libéralisme dans ses fondements comme vous connaissez mal Maximilien Robespierre.

Quant à Louis Antoine de Saint-Just, le 24 avril 1793, il propose de réfléchir au droit d’asile offert aux opprimés et aux défenseurs de la liberté, les réfugiés donc. Notons que cet asile est refusé aux tyrans et aux homicides dans la même logique. Mais « les étrangers et leurs usages seront respectés dans le sein de la république ». Louis Antoine de Saint-Just non plus vous n’en voulez pas ? Il a été appelé l’archange de la terreur, certes, mais il se bat contre la tyrannie en faveur de son peuple, c’est l’exact envers de Bachar al Assad tout de même. Les réfugiés syriens, il me semble qu’ils seraient capables de le comprendre, eux.

Et Henri Jean Baptiste Grégoire, émancipateur des juifs et des noirs, lui, peut-il nous conseiller ? Le 18 juin 1793, il présente un projet de déclaration des droits des peuples où il dit des choses très intéressantes.

« Chaque peuple a droit d’organiser et de changer les formes de son gouvernement, les entreprises contre la liberté d’un peuple sont un attentat contre tous les autres et les ligues qui ont pour objet une guerre offensive, les traités ou les alliances qui peuvent nuire à l’intérêt d’un peuple, sont un attentat contre la famille humaine ».

Vous me dites que le conventionnel Bertrand Barère qualifiait déjà à l’époque ces positions de philosophiques et de philanthropiques et qu'il réclamait plus de réalisme politique ? Certes mais son collègue Jacques Alexis Thuriot était enthousiaste. Les avis étaient partagés, voyez-vous.

Ce devoir de ne pas laisser impunis les attentats contre le genre humain, les crimes extraordinaires ou les crimes de lèse-humanité, a certes disparu pendant Thermidor. Le renouveau de la guerre de conquête était incompatible avec une cosmopolitique exigeante. Le droit public de l’Europe devient celui de la seule force. Le contrôle de la cruauté internationale et les droits de l’humanité ne sont plus dès lors une préoccupation des européens.

Notre commune humanité s’effondre chaque jour à Alep. Ecoutons enfin de bons conseillers car l’obsolescence de l’homme a pris un tour vertigineux, là-bas comme ici. 

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