actualité politique nationale et internationale
L’Euro-groupe donne un délai à la Grèce jusqu’à vendredi (Reuters)
Athènes rejette l'extension de six mois
La Grèce juge la proposition « déraisonnable et inacceptable »
Jeroen Dijsselbloem donne jusqu'à vendredi à la Grèce pour changer d'avis
Les ministres des finances de la zone euro ont donné à la Grèce jusqu'à vendredi pour solliciter une prolongation de son programme d'aide international, prolongation qu'elle a rejetée, Lundi 16 Février 2015, hypothéquant d'autant les chances de succès des discussions sur sa dette.
Ces discussions, dont on s'attendait à ce qu'elles se prolongent tard dans la nuit, ont été rompues en moins de quatre heures, Athènes refusant la proposition de l'Euro-groupe de prolonger de six mois son programme de renflouement actuel.
Le président de l'Euro-groupe Jeroen Dijsselbloem a expliqué que les ministres des finances de la zone euro pourraient accepter de la part de la Grèce une requête de prolongation cette semaine, avec une réunion supplémentaire de l'Euro-groupe prévue vendredi, mais pas au-delà.
« Le sentiment général de l'Euro-groupe reste que la meilleure façon de procéder pour les autorités grecques est de solliciter une prolongation du programme », a dit Jeroen Dijsselbloem, en conférence de presse.
Le ministre des finances grec Yanis Varoufakis a réagi vite, affirmant que le président de l'Euro-groupe avait refusé de discuter d'une proposition soumise par la commission européenne qui aurait donné un répit de quatre mois à la Grèce en échange de la suspension de certaines nouvelles dispositions budgétaires.
Yanis Varoufakis a tenté de minimiser l'échec des discussions, y voyant une gêne momentanée plutôt qu'une réelle impasse. « Je ne doute pas que dans les prochaines quarante-huit heures, l'Europe se rassemble et que nous trouvions la formulation adéquate de façon que nous puissions la soumettre et aller de l'avant pour entreprendre le véritable travail qui s'impose », a-t-il dit.
Le ministre a dit qu'il avait écarté un projet de communiqué qui lui avait été soumis par Jeroen Dijsselbloem lors de la réunion de l'Euro-groupe. Employant des propos semblant vouloir exploiter les divisions entre responsables européens, il a ajouté qu'il aurait signé un texte que lui avait présenté le commissaire aux affaires économiques Pierre Moscovici avant la réunion.
PRESSION SUR LES ACTIONS
Un haut fonctionnaire grec avait déclaré auparavant que Yanis Varoufakis avait rejeté un projet de communiqué de l'Euro-groupe faisant référence à une prolongation de l'actuel programme d'aide de deux cent quarante milliards d'euros qui arrive à échéance à la fin du mois.
« L'insistance de certaines personnes à voir le gouvernement grec mettre en oeuvre le programme est déraisonnable et ne peut être acceptée », avait-il dit. « Ceux qui en reviennent à cette question perdent leur temps, dans de telles circonstances, il ne peut y avoir d'accord aujourd'hui ».
Avant l'ouverture des discussions, le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble avait dit que la Grèce avait vécu au-dessus de ses moyens depuis longtemps et que l'Europe ne se sentait pas l'envie de lui donner encore plus d'argent sans qu'elle garantisse de mettre ses finances publiques en ordre.
Un banquier grec a estimé que la position d'Athènes était de mauvais augure pour les marchés et le secteur bancaire. La Banque Centrale Européenne (BCE) doit examiner mercredi pendant encore quelle durée elle peut autoriser la banque centrale grecque à continuer à fournir des liquidités d'urgence (ELA) pour maintenir les banques grecques à flot.
« C'est une évolution très négative pour l'économie et les banques. Les retraits au guichet vont continuer. Nous perdons de quatre cent à cinq cent millions d'euros tous les jours, cela veut dire deux milliards d’euros à peu près chaque semaine. Il y aura de la pression sur les actions et les rendements obligataires demain », a estimé le banquier.
Selon une source proche de la BCE, il est cependant peu probable que celle-ci ferme le robinet des liquidités aux banques grecques tant que les modalités d'un éventuel futur programme d'aide sont encore en discussion.
La banque américaine J P Morgan estime que les dépôts des banques grecques fondent de deux milliards d'euros par semaine et qu'à ce rythme ces dernières se retrouveront à court de garanties pour de nouveaux prêts dans quatorze semaines.
PERENNITE BUDGETAIRE
Le premier ministre grec Alexis Tsipras réclame un programme-relais de quelques mois, le temps de se mettre d'accord sur un plan qui se substitue au programme d'aide en cours, synonyme pour les Grecs d'une austérité insupportable.
La question est pour partie d'ordre sémantique, les grecs ne veulent pas entendre parler de quoi que ce soit qui ressemble à une « prolongation » de l'ancien programme de renflouement ou qui conforte le rôle de la troïka.
Membre de cette dernière, le Fonds Monétaire International (FMI) a fait savoir, par la voix de sa directrice générale Christine Lagarde, qu'il n'y aurait plus de versement de fonds à la Grèce tant qu'elle ne progresserait pas dans les réformes.
« Nous nous attellerons à la procédure d'examen le moment voulu et établirons si oui ou non certains engagements pris, une bonne partie ou la totalité, ont été dans les faits respectés », a expliqué Christine Lagarde. « Si la conclusion est que ce n'est pas le cas, alors le versement par le FMI ne pourra avoir lieu ».
Jeroen Dijsselbloem estime que, quoi qu'il en soit, si nouveau programme il y avait, il ne serait pas radicalement différent de l'ancien et il faudrait toujours respecter certains objectifs.
« Les règles et réglementations font état de conditions strictes, il s'agirait toujours de pérennité budgétaire », a-t-il dit, plaidant encore pour la poursuite du plan en cours.
« Il y a de la souplesse dans ce programme mais il faut aussi nous assurer qu'il est bien suivi, par exemple, on ne peut pas escamoter les objectifs budgétaires », a-t-il expliqué.
« Il nous faut plus de temps, c'est la conclusion du week-end dernier. Les institutions ont besoin de plus de temps pour discuter avec le gouvernement grec, savoir exactement ce qu'il veut et à quoi ressemblent ces mesures ».
Un sondage montrait que soixante-huit pour cent des grecs souhaitaient un compromis « juste » avec les autres pays de la zone euro, tandis que trente pour cent jugeaient que le gouvernement devait tenir bon même si cela impliquait de revenir à la drachme. Le même sondage donnait quatre-vingt-un pour cent des grecs soucieux de rester dans la zone euro.