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actualité politique nationale et internationale

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MADRILENES POUR LE DROIT A DECIDER

 

 

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/03/12/16-mars-une-manifestation-a-madrid-qui-met-letat-en-accusation/

https://alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-16-mars-une-manifestation-a-madrid-qui-met-letat-en-accusation.html

https://vientosur.info/spip.php?article14656

 

Samedi 16 Mars 2019, une manifestation à Madrid qui met l'état en accusation

Par Martì Caussa

L’Assemblée Nationale Catalane (ANC) et l'Omnium Cultural, une association, fondée en 1961, dont le but initial était la promotion de la langue catalane, avec le soutien de nombreuses associations, organisations et partis, participeront le Samedi 16 Mars 2019 à Madrid à un rassemblement pour exiger la liberté des prisonniers politiques et des indépendantistes exilés, afin de rappeler que l’autodétermination n’est pas un crime, que le droit à décider fait partie des libertés démocratiques et que le procès qui se déroule devant le Tribunal Suprême est un procès contre la démocratie et un nouvel exemple de la dérive de l'état espagnol vers l’autoritarisme et la restriction des libertés.

De nombreux autocars au départ de la Catalogne sont organisés. Nombreux sont ceux qui ont déjà réservé des billets de train et d’avion ou ont décidé de voyager en voiture. La participation de représentants d’autres villes de l'état espagnol et, en particulier, de la ville de Madrid est attendue. La manifestation débutera Samedi 16 Mars 2019 à 18 heures à la gare d’Atocha et se terminera Samedi 16 Mars 2019 vers 20 heures à la place Cibeles.

C’est la première fois que les organisations indépendantistes organisent une manifestation à Madrid. Elles le font, en outre, conjointement à différentes organisations sociales et politiques de la communauté de Madrid. Le 7 décembre 2018, pour les mêmes raisons, une marche à Bruxelles a rassemblé entre quarante cinq mille et soixante mille personnes selon les chiffres de la police municipale et fédérale. Certains secteurs indépendantistes ont accueilli initialement avec quelques réticences l’annonce de la marche du Samedi 16 Mars 2019, mais celles-ci se sont progressivement atténuées. Ces derniers jours, une forte volonté de participation s’est confirmée. Il reste difficile de prévoir le nombre de participants, bien qu’il ne fasse guère de doute que la manifestation sera importante.

Cet article entend souligner l’importance de cette initiative, tant du point de vue de la Catalogne que pour l’ensemble de l'état espagnol.

Le Tribunal Suprême de Madrid juge en ce moment douze prisonniers, inculpés pour le délit de rébellion, le parquet exigeant cent soixante dix sept ans de prison pour l’organisation du référendum du premier octobre 2017 et pour la déclaration politique d’indépendance de huit secondes le 27 octobre 2017. En ces temps difficiles, il est nécessaire que les prisonnières et les prisonniers puissent constater que les citoyens sont avec eux, comme ils ont pu le faire lors des rassemblements citoyens devant les prisons, ou comme l’ont vérifié les exilés à Bruxelles le 7 décembre 2018.

Madrid est la capitale de l'état espagnol, le domicile du roi d'Espagne, la ville du parlement et le siège des principaux médias. Il est aussi important que ces institutions puissent faire le constat de la force et de la détermination du mouvement de solidarité avec les prisonniers et pour la lutte en défense de la démocratie.

Le Samedi 16 Mars 2019 peut jouer un rôle important en favorisant la rencontre et la convergence avec des associations, des organisations et des personnes solidaires de la Catalogne, luttant contre la régression répressive de l'état espagnol et partageant le point de vue selon lequel nous devons unifier les luttes pour la démocratie et pour les droits sociaux contre le régime monarchique. On dit parfois que ces secteurs, en dehors du Pays Basque et de la Galice, n’existent pas. Mais ce n’est pas vrai. Ils sont là, ils travaillent, ils se mobilisent et il existe des possibilités qu’ils se renforcent. Des moments de convergence comme le Samedi 16 Mars 2019 peuvent aider un renforcement mutuel.

La manifestation est une occasion de montrer aux habitants de Madrid la réalité du mouvement souverainiste catalan populaire, transversal, pacifique et attaché à la démocratie. L'état et les médias ont réussi à imposer à l’opinion publique hors de Catalogne l’image déformée d’un mouvement manipulé par la bourgeoisie et ethnicisé, qui veut marginaliser le castillan et qui n’est pas solidaire avec les autres peuples de l'état espagnol. Il faut rendre visible l’affirmation formulée par Jordi Cuixart devant ses accusateurs. Nous sommes des peuples frères et ils ne réussiront pas à nous opposer.

Au cours des dernières années, qui ont été intenses, un secteur du peuple catalan s’est vu tellement attaqué par l'état qu’il se sent totalement étranger. Il considère que sa lutte n’a reçu que très peu d’appui de la part des partis, des associations et des personnes qui se déclarent démocrates. Ils sont convaincus que cela ne changera pas et ils ont finalement décidé de se déconnecter de ce qui se passe en Espagne. Cela revient à se mettre des bâtons dans les roues. Parce que l'état non seulement ne se déconnecte pas de nous, mais parce qu’il veut nous écraser et gagner le référendum que nous réclamons. Nous devons trouver des alliés parmi les autres peuples de l'état, ce qui est parfaitement possible. C’est pourquoi nous devons nouer des liens avec eux et les convaincre de l’objectif de la construction de luttes communes pour la défense de la démocratie et des droits sociaux.

De nombreuses associations, organisations et personnes dans toute l’Espagne partagent une analyse similaire et travaillent pour cette convergence.

Un bon exemple réside dans l’extrait suivant du manifeste du syndicalisme alternatif et de classe qui appelle à la manifestation du Samedi 16 Mars 2019 à Madrid, « la lutte pour le droit à l’autodétermination en Catalogne a constitué non seulement l’un des principaux facteurs politiques de déstabilisation du régime de 1978, l'année du vote de la constitution post franquiste, mais c’est aussi un nouveau terrain de lutte permettant de démasquer l’agenda caché de l'état espagnol, c’est-à-dire celui qui mobilise l’arsenal de l’exceptionnalité répressive du pouvoir législatif, médiatique, politique, judiciaire et policier, lequel, avec une intensité variable, est ensuite dirigé contre l’ensemble de la population, les mouvements et les classes laborieuses ».

C’est dans le même sens qu’ont travaillé, les signataires du manifeste No hay Justicia qui ont appelé à une manifestation à Madrid le 15 décembre 2018, « nous voulons mettre en évidence que la judiciarisation de la vie politique est un mécanisme systématiquement appliqué contre toute forme d’opposition politique qui se veut transformatrice et qui tente d’agir pour dépasser le régime de 1978 ».

Si, comme le roi Philippe VI l’a dit, n’est démocratie que ce qui est légal, si ce qui n’est pas légal est un délit, si les lois et leur interprétation sont chaque fois plus restrictive des libertés, si les manifestations pacifiques sont des tumultes et si la désobéissance est rébellion, alors tous les mouvements sociaux qui visent une transformation de l’ordre des choses sont sérieusement menacés.

Pour s’opposer à cette dérive réactionnaire de l'état, il faut plus que des résolutions de congrès, des déclarations et des interventions parlementaires. Il faut de l’action dans la rue. Cela, Podemos devrait le comprendre. Podemos est dans l’ensemble de l'état espagnol une organisation de gauche forte, qui partage théoriquement une bonne partie de ces arguments, mais qui, jusqu’à présent, est absente de la mobilisation dans la rue.

Le manifeste du syndicalisme alternatif et de classe ne s’arrête pas à des déclarations, « contre les atteintes à la souveraineté populaire, à la régression démocratique, aux coupes budgétaires, à la répression, aux privatisations et à la précarité, nous avons besoin d’œuvrer à une unification des luttes et de construire ensemble un calendrier commun des mouvements sociaux et du syndicalisme combatif afin de porter les revendications de la rue dans tous les centres de travail et dans les institutions », et il lance un appel à descendre dans les rues de Madrid le Samedi 16 Mars 2019.

Si nous ne nous mobilisons pas ensemble, nous serons écrasés séparément, en première ou en seconde instance. Le résultat de l’appel en justice des jeunes d’Altsasu devant l’Audience Nationale en est un bon exemple. Certes la bagarre de bar n’est plus qualifiée de terrorisme, mais des peines de deux à treize ans sont maintenues parce que l'Audience Nationale ratifie que ce fut une agression pour des raisons idéologiques, pour le fait d’avoir blessé des gardes civils. Par contre, on ne considère pas que les policiers et les gardes civils qui ont matraqué les citoyens catalans lors du référendum du premier octobre 2017, pour le simple fait qu’ils voulaient voter, l’aient fait pour des raisons idéologiques, malgré la campagne menée autour du mot d’ordre d'en finir avec eux. Les policiers et les gardes civils l'auraient fait en défense de la démocratie.

Le Samedi 16 Mars 2019 est une bonne occasion d’essayer d’arrêter cette dynamique perverse, pour dénoncer l'utilisation de la justice pour réprimer les libertés et droits fondamentaux et pour accuser l'état espagnol et sa dérive autoritaire.

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