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actualité politique nationale et internationale

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ESPIONAGE ACT

 

 

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/05/24/assange-des-accusations-sans-precedent-effrayantes-et-un-coup-porte-a-la-liberte-de-la-presse_5466508_4408996.html

 

« Les inculpations contre Julian Assange sont sans précédent, effrayantes, et un coup porté à la liberté de la presse », les associations de défense des libertés et les juristes sont scandalisés par les accusations d’espionnage de la justice américaine.

Par Martin Untersinger et William Audureau 

Vendredi 24 Mai 2019

Sur une image, il y a quatre cercles, représentant chacun un célèbre roman dystopique et une critique des sociétés totalitaires, « 1984 », « Fahrenheit 451 », « Le Meilleur des Mondes » et « La Servante Ecarlate ». En leur centre, là où les cercles se recoupent, il y a une mention, « vous êtes ici ».

L’illustration, partagée par le lanceur d’alerte Edward Snowden dans la nuit du Jeudi 23 Mai au Vendredi 24 Mai 2019, en dit long sur les inquiétudes des défenseurs des libertés après la nouvelle vague inédite d’accusations contre Julian Assange, détenu au Royaume-Uni depuis son arrestation le 11 avril 2019 et désormais poursuivi aux Etats-Unis pour infraction à l’Espionage Act.

La procédure, rare et juridiquement hasardeuse, pose directement la question de la liberté de la presse, pourtant protégée aux Etats-Unis par le premier amendement de la constitution. Car ce qui est reproché au fondateur de WikiLeaks, à savoir recueillir et publier des documents secrets, est ce que font les médias. D’ailleurs, en 2010, le New York Times, le Guardian, le Monde et le Spiegel, avaient collaboré avec la plate-forme WikiLeaks et ils avaient publié les documents qui valent à Julian Assange d’être accusé d’espionnage.

Après l’annonce de ces nouvelles charges, les associations de défense des libertés ont immédiatement tiré la sonnette d’alarme. « Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, le gouvernement entame une procédure criminelle contre un éditeur pour la publication d’informations véridiques. C’est une attaque directe contre le premier amendement de la constitution et une escalade inouïe des attaques de l’administration de Donald Trump contre le journalisme », s’est inquiétée l’American Civil Liberties Union (ACLU), une puissante association de défense des droits des citoyens.

Même avis de la part de la Freedom of the Press Foundation, une Organisation Non Gouvernementale (ONG) de défense de la liberté de la presse, qui évoque « un développement réellement choquant, qui dépasse le simple cadre de WikiLeaks. Peu importe votre avis personnel sur Julian Assange, ces nouvelles inculpations contre lui sont sans précédent, elles sont effrayantes et elles sont un coup porté au cœur du droit fondamental à la liberté de la presse ». Son directeur exécutif, Trevor Timm, évoque même « la menace la plus significative et la plus terrifiante contre le premier amendement au vingt et unième siècle ».

Plusieurs juristes ont également relevé le danger que représente cette procédure. « Indépendamment de ce que vous pensez de WikiLeaks et de Julian Assange, des poursuites au nom de l’Espionage Act ne peuvent que mal tourner pour la liberté de la presse dans ce pays », dit David Kaye, professeur de droit à l’université d’Irvine en Californie et rapporteur spécial de l’Organisation des Nations Unies (ONU) chargé de la promotion et de la protection des libertés d’opinion et d’expression.

Dans le Washington Post, Floyd Abrams, avocat spécialiste du droit de la presse, sépare Julian Assange, un « prévenu singulièrement peu attirant en de nombreux points », de l’inculpation elle-même, qui « pose effectivement des problèmes profonds, menaçant le premier amendement, pour les journalistes couvrant la défense nationale et les activités de renseignement ».

« Les charges reposent quasi exclusivement sur des activités que mènent au quotidien les journalistes d’investigation. Cette inculpation est une attaque frontale contre la liberté de la presse », a réagi dans les colonnes du New York Times Jameel Jaffer, expert du premier amendement à l’université de Columbia. Et ce même New York Times de préciser que, comme tous les médias s’étant procurés ces informations confidentielles, il pourrait être poursuivi de la même manière que Julian Assange, en vertu de cette application inédite de l’Espionage Act.

« D’un point de vue factuel, il y a un monde d’écart entre ce dont Julian Assange est accusé et ce que les journalistes professionnels font. Le point compliqué est que la théorie sur laquelle s’appuie son inculpation ne fait pas tellement de distinction », relève dans le Washington Post Steve Vladeck, professeur à l’université de droit du Texas, la School of Law, « il n’y a pas besoin d’éprouver de la sympathie pour Julian Assange pour s’inquiéter de cette espèce de précédent, par lequel poursuivre des tiers pour la publication d’informations classifiées deviendrait routinier, même si c’est illégal ».

Pour le célèbre lanceur d’alerte Edward Snowden, qui s’est exprimé sur son compte Twitter, « le ministère de la justice américain vient de déclarer la guerre, pas à WikiLeaks, mais au journalisme lui-même. Julian Assange n’est plus le cœur du problème. Ce procès va décider du futur des médias ».

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