actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
« Nous ne nous attendions pas à ce que ce discours vienne de cette majorité »
Des députés de la République En Marche (REM) ont reçu, Lundi 23 Septembre 2019, des Organisations Non Gouvernementales (ONG) et Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch, bateau qui sauve des migrants en Méditerranée.
« J’ai beaucoup de questions à partager avec vous en lien avec ce débat, le 30 septembre 2019, sur l’immigration », Carine Rolland, médecin généraliste et membre du conseil d’administration de Médecins Du Monde (MDM), crève l’abcès de sa voix rocailleuse, devant un parterre de deux cent représentants d’associations et une petite vingtaine de députés principalement de la majorité.
« Ce que nous entendons ce soir, ce n'est pas du tout ce que nous entendons depuis un mois en France et cela fait mal », nous sommes, Lundi 23 Septembre 2019, dans l’amphithéâtre de la salle Colbert, nichée à quelques pas de l’hémicycle de l'assemblée nationale, à une semaine du débat voulu par Emmanuel Macron sur la politique migratoire en France. L’exécutif veut afficher plus de fermeté et réfléchit à revoir les contours de certains services offerts aux demandeurs d’asile comme l'Aide Médicale d’Etat (AME). « Il n’y a derrière les attaques contre l’AME qu’une logique politique, instrumentaliser encore et toujours la figure du migrant, qui serait responsable de tous nos maux », poursuit Carine Rolland, « beaucoup de responsables politiques le font depuis longtemps, nous les connaissons. Nous ne nous attendions pas à ce que ce discours vienne de cette majorité ».
Le rendez-vous, auquel le Monde a pu assister, a été conçu par un député de la REM, Aurélien Taché, l’une des figures de l’aile gauche de la macronie. Les prises de parole d’humanitaires, d’un élu et d’un camerounais en demande d’asile déclinent le parcours chaotique d’un réfugié, de son départ à son intégration en France, en évoquant notamment les conséquences sur sa santé.
Dans le panel, il y a une tête d’affiche, la discrète Carola Rackete. Cette allemande est la capitaine du Sea-Watch, bateau qui sauve des embarcations de migrants en perdition dans la Méditerranée. Au mois de juin 2019, elle était devenue un symbole, après avoir été arrêtée par l’Italie de Matteo Salvini pour violation des eaux italiennes, avec à son bord quarante personnes naufragées.
Il n’est pas question pour l’allemande d’aborder frontalement la politique française. Elle glisse seulement quelques références aux migrants vivant sans abri à Paris ou confrontés aux gaz lacrymogènes à Calais.
« Même quand elles arrivent en Europe, ces personnes sont obligées de vivre dans des conditions épouvantables », souligne-t-elle. En anglais, dans un discours offensif, elle pose la question sur le terrain des droits de l’homme. « Quand nous parlons de politique migratoire, devons-nous rappeler les destins et les vies singulières de ceux qui sont les plus affectés ». A l’appui de son discours, elle évoque même les Gilets Jaunes qui, comme d’autres mouvements citoyens, demandent des politiques en faveur de l’humain.
Les ONG françaises ont les yeux rivés sur l’avenir immédiat des politiques françaises. « Nous sommes un peu perdus, la loi asile et immigration, adoptée au mois d’août 2018, était déjà très dure et, maintenant, on nous dit qu’il faut réfléchir à comment nous pourrions être encore plus durs », lance Carine Rolland.
A la tribune, Alain Régnier, délégué interministériel chargé de l’accueil et de l’intégration des réfugiés, tente de contrebalancer les mots de ceux qui ne verraient pas l’action française seulement en noir, « la France accueille deux cent cinquante mille personnes, dont cent vingt mille personnes ces trois dernières années. Nous ne pouvons pas dire qu’elle n’accueille pas ». Il souligne la nouvelle impulsion qui a été donnée par le président de la république alors que, depuis 2007, il y avait un travail de destruction de la politique d’intégration.
« Les discours sont magnifiques mais y a-t-il une volonté ? Il a trop de contradictions, trop d’en même temps », s’inquiète dans la salle Patrick Bouffard, de MDM. « Le problème est que nous ne savons pas de quoi les députés vont débattre, nous avons été complètement écartés de ce débat qui se fait entre responsables politiques par médias interposés », déplore Lola Schulmann, d’Amnesty International. Gilles Le Gendre, patron des députés de la REM, avait souligné l’importance de la voix des associations dans la construction de la politique migratoire.
Au fil de la rencontre, la plupart des députés se sont évaporés. Ne restent que les plus hostiles au durcissement du discours. « C’est un peu un débat entre nous. Il faudrait toucher la majorité qui n’a pas l’air d’être aussi touchée qu’Aurélien Taché », regrette Adeline Grippon, de MDM. Sandrine Mörch, députée de la REM de Haute-Garonne, ne dit pas autre chose, « j’adhère à six cent pour cent, cela me fait du bien, c’est mon ADN. Nous aimerions tellement que d’autres collègues de notre groupe entendent cela ».
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