actualité politique nationale et internationale
TEMPS FORTS
Vous trouverez ci dessous la première partie d'un très long message de Serge Goudard relatif à l'actuelle grève des transports publics. Le message est disponible en totalité à l'adresse ci dessous.
En défense des retraites, un combat sévère et quelques enseignements
Par Serge Goudard
Avec la fin des congés scolaires commence, Lundi 6 Janvier 2020, une nouvelle phase de la mobilisation contre la réforme des retraites d'Emmanuel Macron, mobilisation exceptionnelle par l’ampleur et le nombre des manifestations, exceptionnelle par sa durée avec la grève en continu depuis Jeudi 5 Décembre 2019 de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) et de la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP).
Durant ces quatre premières semaines de lutte, les travailleurs ont fait preuve d’une grande ténacité. Mais le gouvernement maintient son projet de réforme, comptant sur l’épuisement des grévistes et cherchant à diviser les syndicats et à opposer les salariés entre eux. La guerre d’usure est aussi une guerre de manœuvre et, pour cette guerre, le gouvernement dispose d’armes redoutables que les travailleurs et les militants doivent neutraliser.
L’une des caractéristiques du mouvement de grèves et de manifestations qui s’est engagé le Jeudi 5 Décembre 2019 est son caractère polymorphe. Cela est manifeste dès le premier jour. D’emblée, le mouvement s’est développé sous une triple forme.
Pour les salariés de la SNCF et de la RATP, le Jeudi 5 Décembre 2019 était le début de la grève illimitée.
Pour le plus grand nombre, il s’agissait d’une journée d’action destinée à être répétée, d’un premier temps fort.
Pour certains, dans l’enseignement notamment, il s’agissait de transformer, par la grève reconductible, une journée d’action en grève continue.
Ces trois formes distinctes sont plus ou moins combinées entre elles. Par exemple, à la RATP, la grève a été lancée par un appel intersyndical à la grève illimitée, mais elle a été reconduite par des assemblées qui se tiennent dans les dépôts, de même à la SNCF. Néanmoins, dans ces deux secteurs, la grève reste cadrée par les positions nationales des syndicats. Ces positions nationales peuvent elles-mêmes être contestées par la base.
Il en est de même pour les grèves reconduites entre deux temps forts. Pour certains militants, l’objectif est de surmonter un dispositif jugé inefficace et d’essayer de généraliser la grève. Mais le plus souvent, il s’agit de maintenir la pression entre deux temps forts. Cet objectif ne gêne nullement les dirigeants de l’intersyndicale de la Confédération Générale du Travail (CGT), de la CGT Force Ouvrière, de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU) et de l'Union Syndicale Solidaire (USS). Chaque fois que l’intersyndicale appelle à un nouveau temps fort, Jeudi 5 Décembre 2019, Mardi 10 Décembre 2019 et Mardi 17 Décembre 2019, elle précise qu’elle soutient les assemblées générales qui reconduisent la grève, considérant que ces grèves reconduites sont complémentaires des journées saute-moutons.
Il en est de même avec d’autres actions apparues après le Jeudi 5 Décembre 2019, visant à harceler le gouvernement, coupures d’électricité, blocage de dépôts pétroliers et grèves d’abord partielles dans deux raffineries. Ces actions durcissent le dispositif des temps forts. Ces actions sont souvent impulsées par des secteurs de l’appareil syndical tenant des discours plus combatifs.
Ce caractère polymorphe et complexe de la mobilisation doit être lu comme la résultante d’un rapport de force hésitant et instable et d’un combat entre la masse des salariés et les directions syndicales.
Le fait même que la grève de masse ait surgi, et que le Jeudi 5 Décembre 2019 fut le point de départ de cette grève de masse, en est une première illustration.
Rappelons que c’est la puissance de la grève en défense des retraites de la RATP du Vendredi 13 Septembre 2019 qui contraignit des syndicats de cette entreprise à appeler à la grève illimitée à partir du Jeudi 5 Décembre 2019, appel ensuite repris par plusieurs syndicats de la SNCF.
Or cette grève du Vendredi 13 Septembre 2019 et les appels qui s’ensuivaient survenaient alors que des concertations sur le projet de réforme des retraites s’étaient déroulées durant plus de dix huit mois entre les syndicats et Jean-Paul Delevoye, le représentant du gouvernement, et ces concertations avaient précisément comme objectif d’éviter le surgissement de la grève.
Avec ce même objectif visant à pacifier les relations sociales, ces concertations reprirent durant l’automne. Mais une seconde fois, les concertations n’atteignirent pas leur cible. Bien que les confédérations, la CGT notamment, aient d’abord traîné des pieds, la pression de la base les contraignit à se rallier à la date du Jeudi 5 Décembre 2019. Mais elles le firent à leur manière, se refusant à appeler à la grève illimitée jusqu’au retrait du projet d'Emmanuel Macron, et en s’engageant dans une tactique de journées d’actions successives.
Cette pression des salariés contre les appareils syndicaux s’est manifestée ensuite entre le Mardi 17 Décembre et le Vendredi 20 Décembre 2019, alors qu'Emmanuel Macron et différents responsables syndicaux tentaient d’obtenir une trêve de la grève durant la période des fêtes de fin d’année.
Après les temps forts du Jeudi 5 Décembre et du Mardi 10 Décembre 2019, le gouvernement engagea la bataille. Mercredi 11 Décembre 2019, il exposa l’architecture de son projet et fixa son calendrier. Il s’ensuivit les trois nouveaux temps forts du Jeudi 12 Décembre, du Mardi 17 Décembre et du Jeudi 19 Décembre 2019, d’ampleur inégale, le plus fort étant celui du Mardi 17 Décembre 2019.
Corrélativement, et non sans difficultés, se sont poursuivies les grèves reconductibles, en particulier dans les établissements scolaires. Mais avec les congés scolaires à partir du Vendredi 20 Décembre 2019, c’est sur les épaules des salariés de la SNCF et de la RATP qu’a porté le poids et l’avenir de la mobilisation. Pour le gouvernement, l’objectif était alors simple et essentiel, c'était celui, au nom de l’intérêt des familles, d'obtenir la trêve et, de fait, un probable arrêt définitif de la grève de la SNCF et de la RATP.
Dès avant le temps fort du Mardi 17 Décembre 2019, il avait fait connaître cette exigence. Plusieurs dirigeants syndicaux avaient pris le relais, à commencer par Laurent Berger, le leader de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT). Celui-ci déclare le Lundi 16 Décembre 2019 qu'il faut une trêve à Noël.
De même Laurent Escure, le principal leader de l'Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA), déclare le Lundi 16 Décembre 2019 à propos des transports parisiens et du transport ferroviaire que « personne n’a envie qu’il y ait des perturbations à Noël ». Cette position pouvait peser d’autant plus que ce syndicat, ultra-conciliant avec le gouvernement et d’importance moyenne, occupe néanmoins la première place à la RATP et la deuxième place à la SNCF.
Peine perdue, l’espoir d’une trêve fut balayé sous la pression de la base et tout se joua entre le Mardi 17 Décembre et le Vendredi 20 Décembre 2019.