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actualité politique nationale et internationale

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SE FEDERER

 

 

http://sefederer.mystrikingly.com/

 

Se fédérer

Mercredi 27 Mai 2020

Nous sommes nombreux. Nous sommes tant et tant à penser et éprouver que ce système a fait son temps. Mais nos voix sont dispersées, nos appels sont cloisonnés et nos pratiques sont émiettées.

Au point que quelquefois nous doutons de nos forces et nous succombons à la détresse de l’impuissance. Certes, parfois cette diffraction a du bon, loin des centralisations et, évidemment, loin des alignements. Il n’empêche que nous avons besoin de nous fédérer. Sans doute plus que jamais au moment où une crise économique, sociale et politique, commence de verser sa violence sans faux-semblant, gigantesque et brutale. Si nous sommes en guerre, c’est bien en guerre sociale.

D’ores et déjà les attaques s’abattent, implacables, le chantage à l’emploi, la mise en cause des libertés et des droits, les mensonges et la violence d'état, les intimidations, la répression policière, en particulier dans les quartiers populaires, la surveillance généralisée, la condescendance de classe, les discriminations racistes et les pires indignités faites aux pauvres, aux plus fragiles et aux exilés. Pour une partie croissante de la population, les conditions de logement, de santé, d’alimentation et parfois tout simplement de subsistance, sont catastrophiques. Il est plus que temps de retourner le stigmate contre tous les mauvais classements. Ce qui est extrême, ce sont bien les inégalités vertigineuses, que la crise creuse encore davantage. Ce qui est extrême, c’est cette violence. Dans ce système, nos vies vaudront toujours moins que leurs profits.

Nous n’avons plus peur des mots pour désigner la réalité de ce qui opprime nos sociétés. Pendant des décennies, le capitalisme était devenu un mot tabou, renvoyé à une injonction sans alternative, aussi évident que l’air respiré, un air lui-même de plus en plus infecté. Nous mesurons désormais que le capitalocène est bien une ère, destructrice et mortifère, une ère d’atteintes mortelles faites à la terre et au vivant.

L’enjeu ne se loge pas seulement dans un néolibéralisme qu’il faudrait combattre tout en revenant à un capitalisme plus acceptable, vert, social ou réformé. Féroce, le capitalisme ne peut pas être maîtrisé, amendé ou bonifié. Tel un vampire ou un trou noir, il peut tout aspirer. Il n’a pas de morale. Il ne connaît que l’égoïsme et l’autorité. Il n’a pas d’autre principe que celui du profit. Cette logique dévoratrice est cynique et meurtrière, comme l’est tout productivisme effréné. Se fédérer, c’est répondre à cette logique par le collectif, en faire la démonstration par le nombre et assumer une opposition au capitalisme, sans imaginer un seul instant que nous pourrions passer avec lui des compromis.

Mais nous ne sommes pas seulement, et pas d’abord, des antis. Si nous n’avons pas de projet clé en mains, nous sommes de plus en plus nombreux à théoriser, à penser mais aussi à pratiquer des alternatives crédibles et tangibles pour des vies humaines. Nous avons besoin de les mettre en commun. C’est là d’ailleurs ce qui unit ces expériences et ces espérances, les biens communs fondés non sur la possession mais sur l’usage, la justice sociale et l’égale dignité. Les communs sont des ressources, des biens, des actions collectives et des formes de vie. Ils permettent d’aspirer à une vie bonne, en changeant les critères de référence, non plus le marché mais le partage, non plus la concurrence mais la solidarité, non plus la compétition mais le commun. Ces propositions sont solides. Elles offrent de concevoir un monde différent, débarrassé de la course au profit, du temps rentable et des rapports marchands. Il est plus que jamais nécessaire et précieux de les partager, de les discuter et de les diffuser.

Nous savons encore que cela ne suffira pas. Nous avons conscience que la puissance du capital ne laissera jamais s’organiser paisiblement une force collective qui lui est contraire. Nous connaissons la nécessité de l’affrontement. Il est d’autant plus impérieux de nous organiser, de tisser des liens et des solidarités tout aussi bien locales qu’internationales, et de faire de l’auto-organisation comme de l’autonomie de nos actions un principe actif, une patiente et tenace collecte de forces. Cela suppose de populariser toutes les formes de démocratie vraie, brigades de solidarité telles qu’elles se sont multipliées dans les quartiers populaires, assemblées, coopératives intégrales, comités d’action et de décision sur nos lieux de travail et de vie, Zones A Défendre (ZAD), communes libres et communaux, communautés critiques et socialisation des moyens de production, des services et des biens. Les personnels soignants appellent à un mouvement populaire. La perspective est aussi puissante qu’élémentaire. Ceux qui travaillent quotidiennement à soigner sont les mieux à même d’établir, avec les collectifs d’usagers et les malades, les besoins quant à la santé publique, sans les managers et experts autoproclamés. L’idée est généralisable. Nous avons légitimité et capacité à décider de nos vies, à décider de ce dont nous avons besoin, l’auto-organisation comme manière de prendre nos affaires en mains et la fédération comme contre-pouvoir.

Nous n’avons pas le fétichisme du passé. Mais nous nous souvenons de ce qu’étaient les Fédérés, ceux qui ont voulu, vraiment, changer la vie, lui donner sens et force sous la Commune de Paris. Leurs mouvements, leurs cultures et leurs convictions étaient diverses, républicains, marxistes, libertaires et parfois tout cela à la fois. Mais leur courage était le même et leur salut était commun. Comme eux, nous avons des divergences. Mais comme eux, face à l’urgence et à sa gravité, nous pouvons les dépasser, ne pas reconduire d’éternels clivages et faire commune. Une coopérative d’élaborations, d’initiatives et d’actions donnerait plus de puissance à nos pratiques mises en partage.

Coordination informelle ou force structurée, ce sera à nous d’en décider. Face au discours dominant, aussi insidieux que tentaculaire, nous avons besoin de nous allier, sinon pour le faire taire, du moins pour le contrer, besoin de nous fédérer pour mettre en pratique une alternative concrète et qui donne à espérer.

Dès que nous aurons rassemblé de premières forces, nous organiserons une rencontre dont nous déciderons évidemment ensemble les modalités.

Premiers signataires

Nicole Abravanel, Étienne Adam, Christophe Aguiton, Jean-Claude Amara, Jacky Assoun, Benjamin Ball, Ludivine Bantigny, Alain Bertho, Eric Beynel, Françoise Bloch, Véronique Bontemps, Benoit Borrits, Driss Boussaoud, Jacques Boutault, François Brun, Pascal Buresi, Gérard Chaouat, Luc Chelly, Yves Cohen, Jean-Louis Comolli, Annick Coupé, François Coustal, Léon Crémieux, Alain Damasio, Guillaume Davranche, Laurence De Cock, Christine Delphy, Bruno Della Suda, Sophie Desrosiers, Serge D’Ignazio, Paul Dirkx, Joss Dray, Marnix Dressen-Vagne, Jean-Paul Engélibert, Didier Epsztajn, Annie Ernaux, Jean-Claude Eyraud, Patrick Farbiaz, Pascale Fautrier, Renaud Fiévet, Yann Fiévet, Gérard Filoche, Marianne Fischman, Bernard Friot, Florent Gaudez, Franck Gaudichaud, Jean-Marie Harribey, Samuel Hayat, Benoît Hazard, Odile Hélier, Samy Johsua, Pierre Khalfa, Isabelle Krzywkowski, Mathilde Larrère, Sylvie Larue, Stéphane Lavignotte, Laurent Lévy, Olivier Long, Michael Lowy, Raymond Macherel, Christian Mahieux, Pascal Maillard, Henri Maler, Jean Malifaud, Jean-Claude Mamet, Philippe Marlière, Gilles Martinet, Gustave Massiah, Henri Mermé, Madjid Messaoudene, Gilles Monsillon, Bénédicte Monville De Secco, José-Luis Moraguès, Robi Morder, Corinne Morel-Darleux, Antonio Negri, Willy Pelletier, Évelyne Perrin, Christian Pfohl, Claude Pourcher, Yves Quintal, Daniel Rome, Théo Roumier, Pierre Rousset, Isabelle Saint-Saëns, Catherine Samary, Patrick Saurin, Pierre Sauve, Michel Seigneuret, Pinar Selek, Patrick Silberstein, Alessandro Stella, Françoise Vergès, Christiane Vollaire, Louis Weber, Roger Winterhalter, Béa Whitaker, Pierre Zarka, Olivia Zemor, Élisabeth Zucker

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