actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
Commission internationale de John Dewey, Léon Trotsky n'est pas coupable, contre-interrogatoire
Jeudi 11 Juin 2020
Ce gros livre d'environ cinq cent quatre-vingt pages est le compte-rendu détaillé du rapport de la commission internationale de John Dewey, appelée à interroger directement Léon Trotsky sur les accusations portées contre lui lors des procès de Moscou, dirigés par Joseph Staline, pour réduire à néant les oppositions à sa politique et à sa personne.
Comme l'explique Patrick Le Tréhondat, animateur des éditions Syllepse, dans un copieux avant-propos, la commission internationale de John Dewey vient du nom du philosophe américain John Dewey, qui interrompt à soixante-dix-huit ans, en 1937, les travaux d'un ouvrage qui parait plus tard sous le nom de « logique, la théorie de l'enquête », pour se rendre à Mexico où s'est exilé le révolutionnaire russe. Albert Glotzer, militant trotskiste et sténographe des auditions des treize sessions publié dans ce livre, est du voyage. Le groupe de voyageurs d'une petite dizaine de personnes ne constitue qu'une sous-commission de la commission d'enquête sur les accusations pesant sur Léon Trotsky lors des procès de Moscou qui a commencé son travail plusieurs mois auparavant et qui ne se limite pas aux enquêteurs américains.
Il s'agit des accusations portées contre Léon Trotsky, et auquel il veut répondre, lors de plusieurs procès qui touchent également de nombreux opposants, dix-sept d'un coup par exemple au mois de janvier 1937. Ces procès sont intentés par une bureaucratie en perte de contrôle face à des oppositions de plus en plus fortes à la politique de Joseph Staline. Les opposants, à l'extérieur, exilés et expulsés, et à l'intérieur du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS), dont on ne sait ce qu'ils seraient advenus sans les entreprises d’Adolf Hitler, sont de plus en plus nombreux, se multipliant sous les effets de la paranoïa même de Joseph Staline, touchant toutes les strates de la société, civils comme militaires.
Ce qui explique cette grande mise en scène justificatrice du régime, tentant ainsi de faire revenir au stalinisme une partie de l'opinion publique soviétique, car, malgré le poids des répressions, elle existe, et surtout internationale. Les travaux de cette commission, prélude à bien d'autres calquées sur son modèle, soit des commissions ou des tribunaux en provenance de diverses sociétés civiles, entre autres le tribunal de Bertrand Russel, ne se concentrent pas uniquement sur des accusations précises, pour ce qu'elles ont de précision, mais elles sont l'occasion de visiter tout un pan de l'histoire de la révolution et du régime soviétique.
C’est un jeu de questions et de réponses qui rend extrêmement vivant et dynamique l'ensemble des audiences, retranscrites telles quelles, avec description de l'ambiance comme des incidents. Car dans ses réponses, Léon Trotsky ne se défend pas seulement sur des faits factuels, c'est-à-dire limités aux accusations des procès de Moscou, mais il expose également de nombreux tenants et aboutissants de son action politique. Ce compte-rendu permet d'ailleurs à de nombreux soviétologues de profiter de certains éclairages qui, même partiels, jettent une grande lueur sur les luttes à l'intérieur du PCUS. Certains passages éclairent également des aspects des oeuvres de Léon Trotsky, à un point qu'il est extrêmement intéressant de lire en parallèle quelques-unes d'entre elles avec certains thèmes abordés lors de ces audiences.
En fin de compte, les accusations précises portées contre Léon Trotsky et ses partisans, ou ses présumés partisans, d'assassinat ou de participation à l'assassinat de Serguei Kirov, prétexte au déclenchement des procès de Moscou, apparaissent historiquement secondaires par rapport aux méthodes staliniennes et dans le jeu des pouvoirs à la tête du PCUS comme de son contrôle sur le pays.
Publié en anglais en 1938, ce document est resté inédit en français jusqu'à aujourd'hui. Il constitue un apport précieux, notamment après le « livre rouge du procès de Moscou », de Léon Sedov, édité par le Parti Ouvrier Internationaliste (POI) en 1936.
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