actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
Editorial d’Haaretz
Le recours de l’armée israélienne aux boucliers humains est un crime de guerre
La pratique exposée Mardi 13 Août 2024 par Yaniv Kubovich et Michael Hauser dans Haaretz d'unités militaires forçant les palestiniens civils de Gaza à servir de boucliers humains, fouillant les tunnels et les bâtiments avant l'entrée des forces, tout en portant des uniformes de l'armée et parfois aussi des gilets de protection pour leur donner l'apparence des soldats des Forces de la Défense Israélienne (FDI), est un crime de guerre.
Beaucoup des interdictions spécifiées dans les lois de la guerre sont la conséquence des atrocités vécues lors des guerres, en particulier la seconde guerre mondiale. L'interdiction d'utiliser des civils ennemis comme boucliers humains en fait partie.
L’interdiction, qui a été énoncée dans la Convention de Genève et dont la violation a été définie comme un crime de guerre dans le Statut de Rome, qui a institué la Cour Pénale Internationale (CPI), avait pour but de déraciner la pratique cruelle et barbare, comme l’a écrit le Comité International de la Croix-Rouge (CICR), de placer des civils dans des sites stratégiques ou de les forcer à accompagner des convois militaires pour dissuader l'ennemi de les attaquer. La Cour Suprême de Justice d'Israël (CSJI) a interdit cette pratique, même si les civils eux-mêmes ont donné leur consentement, dans un arrêt de 2005 sur la procédure dite de voisin.
Les éléments de preuve révélés dans l'enquête donnent une image brutale et barbare de l'utilisation de civils comme boucliers humains. Les palestiniens sont détenus pendant des jours en tant que travailleurs forcés dans des unités militaires, qui les utilisent à plusieurs reprises, au péril de leur vie, avant de les libérer.
Cette pratique flagrante montre la déshumanisation des civils de Gaza aux yeux des officiers qui ont permis et qui ont parfois ordonné, son utilisation, au mépris flagrant de la distinction en droit international entre les combattants et les civils.
L’utilisation d'un civil comme appât doit inquiéter tous les israéliens. Cette utilisation est illustrée par la réponse des commandants aux soldats qui ont protesté contre cette pratique et qui ont exigé qu'ils justifient son utilisation. Les boucliers humains, ont expliqué les commandants, remplacent les chiens de l'unité Oketz des FDI, dont le nombre a diminué au cours de la guerre.
La CPI examine actuellement une demande du procureur en chef du tribunal, Karim Khan, visant à obtenir des mandats d'arrêt contre le premier ministre et contre le ministre de la défense. L'une des conditions de la compétence de la CPI dans cette affaire est que le système judiciaire israélien n'est pas en mesure ou ne veut pas enquêter ou ne veut pas poursuivre les criminels de guerre israéliens.
La pratique qui a été exposée est un cas test pour cette question. L'enquête d’Haaretz a révélé que les officiers supérieurs étaient conscients de l'utilisation perverse de civils palestiniens comme boucliers humains.
L’avocat général militaire doit lancer une enquête pour revoir toute la chaîne de commandement afin de déterminer la responsabilité du crime et de poursuivre tous les responsables.
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