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En quête d’unité, le Forum des Familles des Otages et des Disparus (FFOD) se joint aux manifestants de la Rue Begin, au risque de diviser
Pour la deuxième semaine consécutive, les militants du FFOD ont manifesté, comme ils le font habituellement, dans le calme, Samedi 14 Septembre 2024, comme chaque samedi soir, sur la Place des Otages, avec les manifestants antigouvernementaux nettement plus véhéments, à quelques encablures de là, Rue Begin à Tel Aviv.
La décision de fusionner les manifestations, prise il y a une semaine, a été un moment décisif pour le FFOD, qui dit avoir eu à cœur de demeurer apolitique ces onze derniers mois.
La foule qui s’était massée Samedi 7 Septembre 2024 pour demander la conclusion d’un accord en vue de la libération des otages et la nomination d’un nouveau gouvernement était la plus importante à ce jour, depuis un an que durent ces manifestations qui, chaque semaine, tentent d’obtenir la libération des otages.
Une vague de colère et de désespoir a déferlé sur la société israélienne lors de la découverte des corps des six otages abattus par leurs ravisseurs du Hamas dans un tunnel de Gaza quelques jours plus tôt. De nombreux israéliens, qui jusqu’alors s’étaient tenus à distance des rassemblements et des manifestations des mois précédents, ont rejoint la foule de la Rue Begin.
Les militants du FFOD se trouvaient aux côtés des manifestants nettement plus véhéments de la Rue Begin, connus pour leurs cris, sifflets, tambours, drapeaux, pancartes, feux de joie et barrages routiers, sans parler des heurts contre la police.
« Nous sommes plus en colère que jamais », dit Gil Dickmann, le cousin de Carmel Gat, l’une des six otages tués et dont les corps ont été retrouvés par l’armée israélienne le 31 août 2024 et rapatriés en vue de leur inhumation. Il explique que c’est la décision du gouvernement de faire primer la présence de l’armée israélienne dans le corridor de Philadelphie sur la conclusion d’un accord en vue de la libération des otages qui a décidé sa famille à se retourner contre le premier ministre Benjamin Netanyahou.
La sœur de Gil Dickmann, Shay Dickmann, a pris la parole lors du rassemblement du samedi pour dire à la foule que c’est la pression militaire qui a causé la mort de Carmel Gat, en réponse à l’affirmation du gouvernement selon laquelle la pression continue de l’armée israélienne était la clef pour récupérer les otages.
« Ma sœur était un symbole vivant d’espoir. Elle a essayé de garder cet espoir tellement longtemps mais, à ce moment-là, elle s’est brisée et elle a compris. Cinq cent mille manifestants ont ressenti la même chose », a dit Gil Dickmann au Times of Israel en début de semaine.
Gil Dickmann et les autres orateurs sont intervenus depuis un podium, Rue Begin, alors que le FFOD manifestait à sa manière, de manière plus formelle, dans ce nouvel endroit.
Certaines familles d’otages, en particulier celles du Forum Tikva, sont mécontentes de la fusion des manifestations et elles reprochent au FFOD de faire l’unité avec les manifestants de la Rue Begin, qui accusent ouvertement le gouvernement d’être responsable du pogrom du Samedi 7 Octobre 2023. Ils estiment que ces manifestants nuisent à l’effort de guerre et aux chances de libérer les otages en faisant pression contre Benjamin Netanyahou, au lieu de faire pression contre le leader du Hamas, Yahya Sinwar.
« Les manifestations font le jeu du Hamas. C’est comme si Yahya Sinwar était là. Vous aurez le sang de mon frère sur les mains », dit Nadav Miran, un militant actif du Forum Tikva, dont le frère Omri Miran a été pris en otage dans le kibboutz Nir Oz, accusant tous les manifestants de la Rue Begin et du FFOD de servir les intérêts du Hamas en ajoutant des divisions et en semant le chaos au sein de la société israélienne.
Selon Ruby Chen, l’une des six représentantes des familles des otages au comité directeur du FFOD, la décision de fusionner le rassemblement du FFOD du samedi soir avec les manifestants de la Rue Begin, organisateurs des manifestations devant le siège du ministère de la défense depuis des mois, a pour objet de leur donner davantage de portée.
« Les militants du FFOD et les manifestants de la Rue Begin ont eu une très longue conversation sur la façon dont tout cela pourrait se passer. Nous souhaitons que le plus grand nombre nous soutienne. C’est la raison pour laquelle nous avons déplacé notre rassemblement », a dit Ruby Chen, dont le fils, Itay Chen, a été tué le Samedi 7 Octobre 2023 et dont le corps est resté à Gaza.
Ruby Chen, qui a la double nationalité israélienne et américaine, est une voix active du FFOD depuis le Samedi 7 octobre 2023, date à laquelle il a été informé de l’enlèvement de son fils, qui était soldat. Il a appris au mois de mars 2024 que son fils avait été tué lors de l’attaque du Samedi 7 Octobre 2023.
Le FFOD, qui s’est rapidement mis en place dans les jours qui ont suivi l’attaque, est maintenant une énorme organisation à but non lucratif, dirigée par les familles, supposément la voix officielle de l’ensemble des familles des deux cent cinquante et un otages enlevés le Samedi 7 Octobre 2023. Quatre-vingt-dix-sept d’entre eux sont toujours otages à Gaza, auxquels s’ajoutent quatre israéliens détenus par le Hamas depuis une dizaine d’années.
Le FFOD collecte des fonds pour envoyer des délégations des familles d’otages à l’étranger et pour subvenir aux besoins des familles qui ont arrêté de travailler pour se mobiliser en faveur de leurs proches, sans oublier la rémunération de ses employés.
Chaque famille d’otage est membre du FFOD et elle a un droit de vote sur les décisions du FFOD. Elles montrent de la réticence à dire s’il existe une forme de dissidence en ce qui concerne la décision de se joindre aux manifestations de la Rue Begin.
« Il faut rester unis et la seule façon pour nous de rester unis, au siège, est de ne pas faire de politique. Ce n’est pas notre objectif », dit Ruby Chen, qui ajoute que la grande disparité des familles dont les proches ont été pris en otage implique de brasser politiquement large sans jamais se positionner spécifiquement en faveur d’un courant particulier.
Le FFOD a commencé à organiser des rassemblements dans les semaines qui ont suivi l’attaque du Hamas du Samedi 7 Octobre 2023, sur la place qui borde le musée d’art de Tel Aviv, qui a été rebaptisée Place des Otages.
A cette époque, les grandes manifestations antigouvernementales contre les projets de refonte judiciaire organisées depuis des mois Rue Kaplan à Tel Aviv, près de l’entrée du ministère de la défense, se sont arrêtées, les militants préférant consacrer leur énergie à aider les victimes de l'attaque ou à participer à la guerre qui s’en est suivie.
Presque immédiatement, des familles d’otages ont commencé à manifester et à organiser une veillée Rue Kaplan, devant les portes du ministère de la défense les plus proches de la Place des Otages, considérant qu’il s’agissait du bon endroit pour dire leur peur et pour faire campagne pour la libération de leurs proches.
À peu près à la même époque, le FFOD a installé son quartier général dans un immeuble de bureaux dans le quartier, entre la Rue Kaplan, le complexe du ministère de la défense et la Place des Otages.
Avichai Brodutch, dont la femme et les trois enfants ont été pris en otage au kibboutz Kfar Aza, a veillé avec son chien devant le ministère de la défense, comme Hadas Calderon, qui a manifesté pour la libération de deux de ses enfants, Sahar Calderon, âgée de dix-sept ans, et Erez Calderon, âgé de douze ans.
La femme et les trois enfants d’Avichai Brodutch, Sahar Calderon et Erez Calderon ont été libérés à la faveur de la trêve du mois de novembre 2023 et Ofer Calderon, l’ancien mari d’Hadas Calderon, est toujours retenu en otage à Gaza.
Ces familles ont été remplacées par d’autres familles des otages, qui ont déplacé leur lieu de manifestation à l’angle de la Rue Begin et de l’entrée officielle du ministère de la défense. Dans les mois qui ont suivi, des manifestations ont eu lieu chaque jour, avec des militants antigouvernementaux et des proches des otages partageant les mêmes idées, exigeant un accord et appelant avec colère à l’éviction de Benjamin Netanyahou et de son gouvernement belliciste qui, disent-ils, ont abandonné leurs proches, à la fois le Samedi 7 Octobre 2023 et maintenant.
Le résultat est un surprenant et bruyant mélange de manifestations et de messages. Les familles d’otages occupent un temps le devant de la scène médiatique avant de disparaitre une fois que leur situation change, mais certaines d’entre elles continuent de le faire Rue Begin, comme Einav Zangauker, dont le fils Matan Zangauker a été enlevé au kibboutz Nir Oz le Samedi 7 Octobre 2023.
Mère célibataire originaire d’Ofakim et ancienne électrice de Benjamin Netanyahu, Einav Zangauker est restée silencieuse les premiers mois de la captivité de son fils. Une fois l’hiver venu, elle a rejoint le petit groupe de la Rue Begin, debout dans le froid et sous la pluie, arrêtant la circulation et indiquant clairement que, en tant qu’ancienne électrice de Benjamin Netanyahou, elle n’avait plus aucune confiance dans le premier ministre et qu'elle considérait qu’il avait échoué à diriger le pays. Au fil des mois, les manifestants de la Rue Begin sont devenus de plus en plus nombreux, à mesure que montaient la colère et la déception.
« Lorsque les six otages ont été tués, de nombreuses familles des otages ont encore plus peur que leurs proches connaissent le même sort. La population israélienne dans son ensemble a fait le même constat. Maintenant, nous entendons de plus en plus de cris. C’est moins policé que les rassemblements de la Place des Otages. C’est ce que les familles de la Rue Begin ont ressenti dès le début. C’est la même bataille. Il y a une sorte d’unité. Certains des premiers manifestants de la Rue Begin faisaient partie des manifestants contre la refonte judiciaire et continuaient en même temps leur mouvement antigouvernemental. Lorsque la guerre et la situation des otages se sont enkystés, le nombre des manifestants soutenant l’appel à un cessez-le-feu et à un accord pour la libération des otages a augmenté », dit Yotam Cohen, qui participe souvent aux manifestations de la Rue Begin, avec son père Yehuda Cohen, en soutien à son frère, Nimrod Cohen, un soldat pris en otage.
Certains voient dans cette décision de fusionner les rassemblements du FFOD avec les manifestations de la Rue Bégin la preuve que le groupe s’est joint aux militants des manifestations de grande ampleur contre la refonte judiciaire de la Rue Kaplan.
« Le FFOD est devenu Kaplan », dit Tzivka Mor, qui a cofondé le Forum Tikva avec les familles qui préfèrent qu’Israël ne conclue pas d’accord avec le Hamas et qui estiment que la seule façon de sauver les otages est que l’armée israélienne continue de faire pression contre le Hamas.
« Les leaders du FFOD sont les leaders des manifestations de la Rue Kaplan. Il y a eu politisation de la question des otages », dit Tzivka Mor, en parlant du stratège politique Lior Chorev et d’Haggai Levine, leader de l’équipe médicale du FFOD. Tzivka Mor reproche au FFOD de taire ses véritables intentions politiques afin de ne pas se couper de ses soutiens.
Les leaders du FFOD ont répété à plusieurs reprises qu’il incluait des familles d’otages de tous les horizons politiques et que son unique but était de ramener les otages chez eux, sans aucune considération politique.
Tzivka Mor, qui est père de huit enfants et thérapeute spécialisé dans les TDAH, vit avec sa famille à Kiryat Arba, implantation juive en périphérie d’Hébron, en Cisjordanie. Il affirme que les rassemblements antigouvernementaux mettent en danger les otages, à commencer par son fils aîné Eitan Mor, agent de sécurité du festival Nova qui a été pris en otage après avoir aidé des festivaliers dans l’après-midi du Samedi 7 Octobre 2023.
Comme d’autres proches d’otages, Tzivka Mor n’est pas content de Benjamin Netanyahou et il reproche au premier ministre de ne pas en faire suffisamment pour conclure la guerre et pour régler la situation des otages, mais il prône une position nettement plus belliqueuse que beaucoup d’autres, « je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que Benjamin Netanyahou a peur. Il agit comme si le Hamas était un pays occidental. Israël doit être occidental quand il s’agit de notre économie, de notre éducation, de notre industrie et de nos infrastructures, mais, quand il s’agit de terrorisme, nous devons être aussi barbares et cruels qu’eux, pour sauver des vies israéliennes. Je fais toujours partie du FFOD, car je veux rester en contact avec les familles et aussi pour mon fils ».
Il y a une trentaine de familles dans le Forum Tikva, explique Nadav Miran, dont le père, Dani Miran, favorable à la conclusion d’un accord et orateur de la manifestation du FFOD à Jérusalem, ne fait pas partie.
« Ce n’est pas difficile pour nous parce que nous respectons l’opinion de l’autre. C’est totalement différent de ce qui se passe ici en Israël. Nous acceptons que chacun croie en quelque chose d’autre et nous gardons le même objectif, qui est de ramener Omri Miran et tous les autres. Sincèrement, si le gouvernement décidait de suivre la voie de mon père, je l’accepterais », dit Nadav Miran en parlant de lui et de son père.
Certaines familles d’otages sont restées silencieuses pendant onze mois, incapables de trouver les mots pour parler aux médias, préférant prier et garder pour elles leurs angoisses.
C’est le cas de la famille d’Ori Danino, un parachutiste qui n’était pas en service au moment de l’attaque, qui a été pris en otage au festival Nova et qui a été tué par ses ravisseurs avec les cinq autres otages à la fin du mois d’août 2024.
Le père d’Ori Danino, le rabbin Elhanan Danino, a capté l’attention des médias, cette semaine, suite à la diffusion d’un enregistrement le montrant en train de critiquer Benjamin Netanyahou lors de la visite de condoléances du premier ministre à leur domicile de Jérusalem, lors de la shiva.
Mardi 10 Septembre 2024, Elhanan Danino a participé à un rassemblement apolitique sur la Place des Otages de Tel Aviv. Appelant à l’unité, il a déclaré que « nous portons des vêtements différents, mais nous venons tous du même père et de la même mère. Ne laissons personne nous diviser ».