actualité politique nationale et internationale
Guerre en Ukraine, les européens veulent forcer Donald Trump à revoir son plan
Les délégations de l'Ukraine et des alliés occidentaux de Kiev ont soumis dimanche 23 novembre 2025 à Genève une version amendée du plan de paix en vingt-huit points écrit par Washington. Si la Maison-Blanche se fait moins intransigeante, elle continue d'estimer que l'Ukraine va devoir accepter l'essentiel du plan de paix qui a fuité, extrêmement favorable au Kremlin.
Après la cacophonie, une tentative d'accorder les violons, les délégations ukrainiennes, françaises, allemandes, britanniques, italiennes et canadiennes, se sont réunies, dimanche 23 novembre 2025 à Genève, pour convaincre leurs homologues des Etats-Unis de ne pas céder à toutes les exigences du Kremlin sur l'Ukraine intégrées dans le plan de paix validé par la Maison-Blanche la semaine dernière.
C’était une tâche ardue, tant les vingt-huit points de ce plan concocté par Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump, et son homologue russe, Kirill Dimitriev, dessinaient la capitulation de l'Ukraine, ouvrant la voie à une nouvelle invasion sous peu. Kiev devrait notamment réduire d'un quart les effectifs de ses forces armées et abandonner sa ceinture de forteresse de l'ouest du Donbass, qui verrouille l'accès à la capitale et au port d'Odessa.
Si le plan prétendait apporter des garanties de sécurité à l'Ukraine, il interdisait le déploiement préventif de troupes occidentales à proximité d'un éventuel théâtre d'opération. Des avions de combat seraient déployés en Pologne. La mise en oeuvre de ces garanties dépendrait exclusivement du bon vouloir d'un seul homme, Donald Trump, dont les Ukrainiens considèrent qu'il leur a planté un couteau dans le dos et dont nous pouvons rappeler qu'il menaçait d'envahir par ailleurs ses alliés canadiens ou danois au printemps dernier.
Ce plan constituait un tel cadeau à Vladimir Poutine, au risque d'anéantir la réputation des Etats-Unis, qu'il a suscité une levée de boucliers, y compris de sénateurs républicains, poussant la Maison-Blanche à rétropédaler, samedi 22 novembre 2025. Elle présente désormais le plan seulement comme un cadre pour des négociations et Donald Trump est revenu sur son ultimatum, selon lequel son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky devait signer le plan avant jeudi 27 novembre 2025, reconnaissant samedi 22 novembre 2025 que le plan ne constituait pas sa dernière offre pour régler le conflit. Le département d’état a aussi démenti la menace de suspendre la fourniture clé de renseignements spatiaux à la défense ukrainienne.
Washington maintient une forte pression pour que Kiev cède sur l'essentiel. L'émissaire américain sur l'Ukraine, Keith Kellogg, qui était pourtant considéré comme plutôt favorable à Kiev à la Maison-Blanche, il quittera ses fonctions au mois de janvier 2026, a dit que « des éléments du plan doivent être expliqués un peu plus en détail, mais nous y sommes presque ». Il a dit qu’il était convaincu qu'il devenait difficile pour Kiev de refuser les garanties de sécurité prévues par le texte. Dan Driscoll, secrétaire américain à la défense, présent à Genève, a dit que le plan nécessitait seulement des ajustements.
Les Européens et l'Ukraine ont reconnu, diplomatie oblige envers l'homme le plus puissant de la planète et à l'ego chatouilleux, que leur contre-proposition s'appuyait sur l'intéressante proposition américaine, mais leur contre-proposition reprend chaque point en suggérant des suppressions ou des modifications. Les Européens ont donc soumis dimanche 23 novembre 2025 aux émissaires américains une version largement amendée. Selon Reuters, ils récusent le plafond de six cent mille soldats ukrainiens imposé par Washington, Moscou veut quatre cent mille soldats ukrainiens, et ils proposent huit cent mille soldats ukrainiens, ce qui correspond au niveau actuel des soldats ukrainiens. Ils insistent pour que les discussions avec la Russie sur les échanges territoriaux aient lieu seulement après la fin de la guerre à partir de la ligne de front actuelle. Point sans doute le plus crucial, ils refusent que Kiev cède les territoires non occupés de l’est ukrainien, c'est-à-dire ses forteresses.
Les Etats-Unis seraient indemnisés pour les garanties solides qu'ils fournissent et les avoirs russes resteraient gelés, sauf si Moscou accepte de payer pour les dommages causés. D'autres sanctions seraient levées par étapes et la Russie serait progressivement réintégrée dans l'économie mondiale si elle respectait l'accord. Moscou obtiendrait une reconnaissance de fait mais pas de droit de son occupation de la Crimée et des zones tenues par son armée dans le Donbass.
Pris dans ce que les observateurs à Washington qualifient de bazar, entre les factions qui soutiennent Moscou et les factions qui soutiennent Kiev, celles qui ont été informées du détail des discussions et celles qui n’ont pas été informées du détail des discussions, Marco Rubio, secrétaire d’état des Etats Unis, arrivé à Genève dans la matinée du dimanche 23 novembre 2025, a dit que le plan présentait un cadre solide de négociations et qu’il était basé sur des éléments fournis par la partie russe et par des apports de l'Ukraine. Ce dernier point paraissait tellement douteux que Donald Tusk, premier ministre polonais, a dit qu’il serait bon de savoir qui est le vrai auteur du plan et où il a été mis au point. Marco Rubio a démenti avoir déclaré à des sénateurs américains, comme l'affirmaient plusieurs élus, que le plan n’était pas la position américaine, mais qu’il était une liste de souhaits russes.
De son côté, le Kremlin a assuré que le texte américain pouvait servir de base à un règlement pacifique définitif du conflit, se disant prêt à une discussion approfondie de tous les détails. L'armée russe a revendiqué dimanche 23 novembre 2025 la prise de trois nouvelles localités dans l'est de l'Ukraine.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a dit dimanche 23 novembre 2025 qu’il était sceptique sur les chances de parvenir à un accord. Donald Trump a accusé dimanche 23 novembre 2025 les leaders politiques ukrainiens de ne faire preuve d'aucune gratitude envers les Etats-Unis, alors qu'il tente d'imposer un accord pour mettre fin au conflit. Sur Truth Social, le président américain s'en est également pris aux Européens, qui continuent d'acheter du pétrole à la Russie, et à son prédécesseur Joseph Biden, qu'il accuse d'inaction au début du conflit.
Dimanche 23 novembre 2025, en marge de la réunion au sommet du groupe des vingt en Afrique du Sud, le président finlandais Alexander Stubb et la présidente du conseil italien Giorgia Meloni avaient pourtant confié avoir discuté, par téléphone, du plan avec Donald Trump. De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu'il s'entretiendrait lundi 24 novembre 2025 avec son homologue russe Vladimir Poutine. Donald Trump et le premier ministre britannique Keir Starmer ont convenu dimanche 23 novembre 2025 dans un appel téléphonique qu'il était important de travailler tous ensemble dans ce moment critique. Le secrétaire d’état des Etats Unis, Marco Rubio, et le négociateur de Kiev, André Iermak, ont salué dimanche 23 novembre 2025 les progrès dans les négociations en cours. Marco Rubio a dit dans la soirée du dimanche 23 novembre 2025 qu’il était très optimiste sur la possibilité de conclure un accord très vite.
Quand bien même l'Ukraine et ses alliés européens, pour qui ce conflit constitue aussi une menace sur leur sécurité, se résigneraient à accepter ce plan, il s'avère truffé de contradictions juridiques ou d'impossibilités politiques. Notamment, il reconnaît en préambule la souveraineté de l'Ukraine, tout en imposant que l’Ukraine abandonne un quart de son territoire. Il exige des élections à Kiev d'ici trois mois, après la modification de la constitution ukrainienne pour avaliser l'abandon de territoires et le renoncement à l’adhésion à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
Aucune sanction ne pourrait non plus être prise par les pays occidentaux contre des criminels de guerre russes, y compris des interdictions de visa. Enfin, les territoires évacués par l'armée ukrainienne seraient considérés comme une zone tampon démilitarisée neutre, mais étant internationalement reconnue comme appartenant à la Russie.