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Elle permet à elle seule d'éviter la récession en Russie et elle est deux fois plus grosse que la première entreprise d'armement de l'Union Européenne, c’est quoi Rostec, le géant de la guerre inventé par Vladimir Poutine il y a vingt ans ?
Mardi 9 décembre 2025
Ils sont des centaines de milliers à travailler pour Rostec. Depuis l’invasion russe en Ukraine, ses usines tournent à plein régime. Sans Rostec, l’économie russe serait en récession. Ce conglomérat imaginé il y a presque 20 ans par Vladimir Poutine est piloté par un de ses plus fidèles camarades, un ancien agent du comité pour la sécurité de l’état KGB.
Rostec, c’est le bébé de Vladimir Poutine, créé le 9 novembre 2007 par une loi signée par Vladimir Poutine pour sauver et pour moderniser le tissu industriel russe laminé par la crise des années 1990.
Après la chute du mur de Berlin en 1989, en seulement sept ans, la Russie était passée d’une superpuissance industrielle à un pays dans lequel la moitié du capital productif ne servait plus à rien. Les usines russes ne réparaient plus les anciennes machines, elles n’achetaient plus de nouvelles machines et l’économie russe se dévitalisait à grande vitesse.
À la fin des années 1990, la Russie gardait ses usines, mais elles tournaient au ralenti et elles n’étaient plus entretenues. À l’époque, quatre Russes sur dix vivaient sous le seuil de pauvreté et la chute du Produit Intérieur Brut (PIB) de la Russie était plus violente que celle de la Grande Dépression aux Etats Unis.
Le secteur de la défense subissait alors un choc de demande, alors qu’il était le cœur de l’industrie soviétique. Des villes entières, structurées autour d’usines d’armement, se retrouvaient à l’arrêt. L’hyperinflation de quatre-vingt-quatre pour cent en 1998 asséchait les trésoreries des usines énergivores héritées de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Les directeurs des usines n’avaient plus aucune visibilité, ils survivaient en retardant les salaires et ils laissaient vieillir leur capital productif.
C’est sur ces décombres que Vladimir Poutine signait, en 2007, la loi fédérale qui créait Rostec. Ce conglomérat réunissait quatre cent quarante-trois entreprises en difficulté, couvrant l’armement, l’aéronautique, la mécanique lourde, l’automobile et le cœur du tissu industriel soviétique.
À sa tête, Poutine place un proche de longue date, Serge Tchemezov, un ancien agent du KGB qui avait servi avec Vladimir Poutine à Dresde, dans un dispositif de surveillance industrielle et de collecte de renseignements technologiques en Allemagne de l'Est. De son côté, Vladimir Poutine était chargé du contre-espionnage et du suivi politique.
En 2007, la nomination de Serge Techemezov à la direction de Rostec n’avait rien d’anodin. Elle envoyait un message clair à l'élite. Rostec n’était pas une entreprise normale, c’était un instrument de puissance placé sous le contrôle d'un homme de confiance, qui avait un accès direct au Kremlin. L’industrie d’armement redevenait une priorité nationale. L’état russe injectait des nouveaux capitaux et lançait de nouveaux programmes. Rostec modernisait ses lignes de production et relançait sa production.
En quelques années, le groupe passait de quatre cents à six cents entreprises, organisées dans une quinzaine de holdings, majoritairement militaires. Le conglomérat prenait sous sa direction le puissant organisme d’export Rosoboronexport. Rostec devenait rapidement l’un des tout premiers exportateurs d’armes au monde, avec des clients dans une centaine de pays.
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février 2022, les usines de Rostec fonctionnent à plein régime. Il s’agit de produire pour l’armée russe et de reconstituer les stocks, mais, sur le plan commercial, les exportations chutent et le conglomérat devient une cible prioritaire des sanctions occidentales.
Malgré ces sanctions, une enquête de Business and Human Rights Watcher (BHRW) en 2025 montre que la Russie a importé de Chine plus de vingt-deux mille machines Computer Numerical Control (CNC) et leurs composants associés en 2023 et en 2024, pour un total d’environ dix-huit milliards de dollars, des équipements de précision destinés à des usines de défense, dont une part significative liée à Rostec.
Serge Tchemezov reconnaît publiquement que les exportations d’armement ont été divisées par deux depuis 2022, car la priorité est désormais donnée aux commandes du ministère russe de la défense. A la fin de l’année 2023, le conglomérat employait six cent soixante mille agents.
En 2024, la machine de guerre russe reste lancée. Les revenus combinés de Rostec et d’United Shipbuilding Corporation ont progressé de vingt-trois pour cent en un an. Ce chiffre confirme que le complexe militaire industriel est devenu le moteur quasi exclusif de la croissance russe.
Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), la production reste très élevée dans les munitions, les blindés, l’artillerie, les missiles et les drones. Avec des ventes de plus de vingt-sept milliards de dollars, Rostec est à la septième place mondiale des industriels de l’armement, juste derrière Boeing, loin devant les champions de l'Union Européenne, devant l'italien Leonardo, avec des ventes de plus de treize milliards de dollars, devant le français Thales, avec des ventes de plus de onze milliards de dollars, et devant l'allemand Rheinmetall, avec des ventes de plus de huit milliards de dollars, mais Rostec a atteint un pic de ses capacités industrielles.
Le conglomerat doit faire face à une pénurie de main d’oeuvre. L’armée recrute massivement des ouvriers qualifiés, ce qui assèche les usines. Pour pallier ce manque, Rostec vient de lancer un programme en Russie afin de former des étudiants vénézuéliens dans les secteurs des munitions, de l’optique, de l’électronique et de l’aéronautique.
Selon l’Institut de Prévision Economique, lié au Kremlin, la croissance russe s’effondre, à l’exception du secteur de la défense. La croissance de l’industrie civile russe est négative chaque mois. Sans Rostec, la Russie serait en récession.