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actualité politique nationale et internationale

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GERRYMANDERING

 

 

https://www.huffingtonpost.fr/international/article/midterms-trump-a-remporte-la-bataille-du-redecoupage-electoral-mais-pas-encore-la-guerre_264472.html

 

Donald Trump a remporté la bataille du redécoupage électoral, mais il n’a pas encore gagné la guerre

Le président américain a tout fait pour empêcher une vague bleue démocrate aux élections de mi-mandat, mais cela pourrait ne pas suffire, explique la spécialiste Ludivine Gilli au Huffington Post.

C’est un nouveau coup de la salamandre. Sur ordre de Donald Trump, les élus républicains de nombreux états se sont lancés dans un charcutage des circonscriptions électorales en vue des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, pour empêcher la victoire annoncée des démocrates, mais, si le président a remporté la bataille du redécoupage électoral, selon la politiste Ludivine Gilli interrogée par le Huffington Post, il n’a pas encore gagné la guerre des élections de mi-mandat.

Aux États-Unis, le redistricting, qui devrait avoir lieu chaque début de décennie après le recensement de la population, est un véritable sport politique, aussi populaire que contesté. Il a même été affublé du surnom de gerrymandering. Ce terme vient d’une caricature publiée par le quotidien Boston Gazette en 1812, dénonçant le gouverneur du Massachusetts qui avait accepté de redessiner les contours des districts de l’état pour favoriser la victoire de son camp. Gerrymandering est la contraction du nom du gouverneur, Elbridge Gerry, et de salamandre, tiré de la forme biscornue des circonscriptions.

Cette pratique démocratiquement douteuse est utilisée par les partis pour noyer l’électorat rival dans une circonscription pour remporter un maximum de sièges, notamment à la Chambre des Représentants du Congrès.

« Dans les années 1990, il y a eu un mouvement pour limiter le redécoupage électoral, débuté par les démocrates et suivi parfois par les républicains. Il y a eu quelques initiatives pour remettre le redistricting dans les mains de commissions bipartisanes voire apolitiques, au lieu des chambres législatives des états. Cet effort a été balayé en 2025 par la bataille du redécoupage lancée par les républicains, sur demande expresse de Donald Trump », dit Ludivine Gilli, directrice de l’observatoire de l’Amérique du Nord à la fondation Jean-Jaurès.

Le président américain veut en fait limiter la casse aux élections de mi-mandat, traditionnellement marquées par la défaite du parti au pouvoir. L’enjeu est d’autant plus important avec la majorité républicaine qui ne tient qu’à un fil à la Chambre des Représentants. Sur les quatre cent trente-cinq sièges, la répartition par état est définie en fonction de la population, deux cent dix-huit sièges sont occupés par les républicains, deux cent douze sièges sont occupés par les démocrates et cinq sièges sont vacants.

C’est dans ce contexte que le Texas a voté à la fin du mois d’août 2025 une nouvelle carte électorale très favorable au parti républicain, qui pourrait renverser trois à cinq sièges actuellement démocrates. En représailles, la Californie a mis en place son propre plan pour modifier les contours des circonscriptions. Un prêté pour un rendu, les démocrates californiens pourraient récupérer trois à cinq sièges républicains au mois de novembre 2026.

Ces derniers mois, près d’une vingtaine d’états sont entrés dans cette course de longue haleine. Vendredi 5 juin 2026, dix états ont adopté une nouvelle carte, les états républicains du Texas, de la Floride, de l’Ohio, de l’Alabama, du Missouri, de la Louisiane, du Tennessee et de la Caroline du Nord, et les états démocrates de la Californie et de l’Utah. Pour les autres, des actions en justice ont mis temporairement ou définitivement fin aux tentatives de gerrymandering.

 C’est le cas de l’état de la Virginie, dans lequel un référendum organisé à la fin du mois d’avril 2026 pour faire valider la nouvelle carte électorale, permettant d’obtenir jusqu’à quatre sièges démocrates, avait récolté cinquante et un pour cent de réponses positives. Deux jours plus tard, une cour avait invalidé ce scrutin qui avait été qualifié par Donald Trump de truqué. Le dossier est arrivé sur le bureau de la Cour Suprême ultraconservatrice, qui s’est rangée du côté des républicains.

À la même période, la Cour Suprême a fait couler beaucoup d’encre dans une autre affaire. Une nouvelle carte avait été dessinée en Louisiane afin de permettre, en application du Voting Rights Act de 1965, de créer une deuxième circonscription à majorité noire, pour mieux représenter cette communauté qui constitue un tiers de la population de l’état. Dans un arrêt faisant réagir jusqu’à Barack Obama, la Cour Suprême a jugé que ce redécoupage déterminé par la race était inconstitutionnel. C’est une énorme victoire pour les républicains, les minorités étant plus susceptibles de voter démocrate. Le Tennessee a, lui aussi, changé les frontières de ses circonscriptions.

« Les républicains ont gagné la bataille du redécoupage », affirme Ludivine Gilli au Huffington Post. Selon les projections, les républicains peuvent en théorie remporter jusqu’à seize sièges supplémentaires contre six sièges pour les démocrates, soit un gain net de dix sièges pour les républicains, mais la spécialiste des États-Unis reste prudente, « tout reste incertain. Dans un certain nombre de circonscriptions qui auraient dû être compétitives, les républicains ont un avantage renforcé, mais Donald Trump reste très impopulaire ». Dans des circonscriptions dans lesquelles l’avantage républicain est moins fort, les démocrates pourraient donc sortir vainqueurs.

« Avant le redécoupage, il y avait une forte chance que les démocrates remportent la Chambre des Représentants. Après le redécoupage, la marche est plus haute, car le nombre de circonscriptions contestables s’est réduit. Avec un tsunami bleu, ils pourront l’emporter, mais une vague bleue moyenne ne suffira pas. Tout dépendra du taux de participation. Une forte participation démocrate et une faible participation républicaine peut suffire à inverser les rapports de force », dit Ludivine Gilli.

La date des élections de mi-mandat approchant, la bataille du redécoupage électoral pour la saison 2026 touche à sa fin, mais ce n’est que le début. Ce processus totalement antidémocratique devient presque une bataille pour la survie, surtout pour le parti démocrate. « Le défi qui nous attend est de garantir une réponse décisive et massive avant 2028, parce que les efforts des républicains pour manipuler le découpage des circonscriptions électorales nationales ne vont pas s’arrêter », a dit Hakeem Jeffries, leader de la minorité démocrate à la Chambre des Représentants. L’heure de la revanche a sonné.

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