actualité politique nationale et internationale
Israël quadruple son budget de propagande internationale
Mardi 5 mai 2026
Face à l’effondrement mondial de son image et de sa réputation, Israël vient de quadrupler son budget de relations publiques pour le porter à sept cent trente millions de dollars. Cette somme suffira-t-elle à faire oublier au monde le génocide à Gaza, la brutalité du nettoyage ethnique en Cisjordanie occupée et la politique suprémaciste juive appliquée contre les Palestiniens ? Rien n’est moins sûr.
Israël veut redorer son image. Sa machine de propagande va se doter d’un budget colossal de sept cent trente millions de dollars pour l’année 2026, contre cent cinquante millions de dollars pour l’année 2025, selon un article du Jerusalem Post du 29 avril 2026.
La hasbara désigne les efforts de communication visant à expliquer, défendre et promouvoir la position sioniste auprès de l’opinion publique internationale. Dans le concret, c’est une fonction répartie entre plusieurs institutions. Le principal acteur est le ministère des affaires étrangères, qui gère la communication internationale et l’image d’Israël à l’étranger, mais d’autres structures jouent aussi un rôle important. Il y a le bureau du premier ministre, notamment par ses équipes de communication stratégique et son service de presse, il y a l’armée israélienne, il y a le ministère des affaires de la diaspora d’Israël, qui participe à la diffusion de messages auprès des communautés juives à l’étranger, et il y a le ministère des affaires stratégiques d’Israël, surtout actif ces dernières années contre le mouvement pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS). La stratégie de la hasbara recouvre plusieurs types d’actions, il y a la communication officielle, les discours, les communiqués et la diplomatie publique, il y a la présence dans les médias et sur les réseaux sociaux, il y a la mobilisation de porte-paroles plus ou moins officiels, diplomates ou organisations proches d’Israël, et il y a les campagnes pour influencer la perception du pays à l’étranger.
La principale cible de la campagne à venir sera sans doute l’opinion américaine. Sondage après sondage, le soutien à Israël aux États-Unis, son principal allié et bailleur de fonds, s’effondre. Une étude du Pew Research Center (PRC), publiée au début du mois d’avril 2026, a révélé que soixante pour cent des américains ont désormais une opinion défavorable d’Israël, soit une hausse de sept points en un an et de dix-huit points en quatre ans. Ils étaient quarante-deux pour cent au mois de mars 2022. Maintenant, seulement trente-sept pour cent des américains ont une opinion favorable d’Israël contre quarante-cinq pour cent en 2025 et cinquante-cinq pour cent au mois de mars 2022.
Le Congrès des Etats Unis, pourtant dominé par des représentants financés par le lobby de soutien à Israël, commence à refléter ce déclin du soutien public. Dans un article du Monde Diplomatique du mois de décembre 2025 dont le titre était « même les américains se lassent d’Israël », Serge Halimi notait que dans le Congrès qui siège à l’heure actuelle, trois cent quarante-neuf élus, soit soixante-cinq pour cent des élus, ont reçu de l’argent d’un groupe de soutien à Israël, American Israël Public Affairs Committee (AIPAC), Anti-Defamation League (ADL) et United Democracy Project (UDP). Malgré cela, au mois d’avril 2026, quarante des quarante-sept sénateurs démocrates ont voté contre une vente de bulldozers Caterpillar à Israël d’une valeur de deux cent quatre-vingt-quinze millions de dollars et trente-six sénateurs démocrates ont voté contre une vente de bombes de quatre cent cinquante kilogrammes, ce qui constitue un point de bascule au Congrès contre l’aide militaire américaine à Israël.
Cette situation reflète l’analyse d’experts consultés par le Jerusalem Post, selon lesquels aucune campagne de relations publiques ne peut réparer les dégâts causés par la politique menée et la guerre à Gaza. « L’histoire montre que toute la fortune du monde ne sert à rien si la politique est mauvaise. Les États-Unis l’ont appris à leurs dépens au Vietnam, lorsque leur budget consacré à la diplomatie publique pendant la guerre froide a atteint son apogée », a déclaré Nicholas Cull, professeur de communication à l’Université de Californie du Sud et un des fondateurs du champ d’étude de la diplomatie publique.
Eytan Gilboa, professeur de communication internationale à l’université Bar-Ilan, a dit au Jérusalem Post que « la situation actuelle est peut-être irrémédiable. C’est la pire crise de l’image internationale d’Israël. Par le passé, nous avons constaté des critiques contre la politique israélienne. Depuis le samedi 7 octobre 2023, nous assistons à un rejet du droit d’Israël à exister. Israël a perdu toute une génération d’américains. Cette situation est très dangereuse, car ils deviendront les futurs politiciens, élites et journalistes ».
Dans des propos reflétant un climat de citadelle assiégé, Gideon Saar, ministre israélien des affaires étrangères, a dit que « nous sommes engagés dans une guerre mondiale pour gagner les cœurs et les esprits et nous devons dépenser en conséquence ».
« Nous avons réalisé une avancée majeure cette année, mais notre pays doit investir beaucoup plus », avait dit Gideon Saar au mois de décembre 2025, au moment où le gouvernement entamait les délibérations budgétaires.
« Il faudrait investir autant que dans des avions de chasse, des bombes et des intercepteurs de missiles. Face à ce qui se dresse contre nous et aux investissements consentis contre nous, c’est loin d’être suffisant. C’est une question de survie », a dit Gideon Saar.
Le Jérusalem Post rapporte ainsi que parallèlement au budget quadruplé, Gideon Saar a aussi obtenu l’approbation pour une unité dédiée à la diplomatie publique au sein du ministère des affaires étrangères, dirigée par un directeur d’un rang équivalent à celui du plus haut responsable politique du ministère, une consolidation structurelle destinée à mettre fin à des années de propagande dispersée entre des ministères rivaux.
Selon le Jérusalem Post, une partie des fonds alloués pour 2025 a été répartie dans un budget publicitaire international de cinquante millions de dollars alloué aux réseaux sociaux. Quarante millions de dollars ont servi à accueillir quatre cent délégations étrangères, parlementaires, pasteurs, influenceurs et recteurs d’université. Une cellule de crise médiatique a été mise en place pour surveiller deux cent cinquante médias et dix mille publications quotidiennes concernant Israël. Le ministère des affaires étrangères a également signé un contrat d’un million cinq cent mille dollars par mois avec la société de Brad Parscale, ancien stratège de la campagne de Donald Trump, pour déployer des outils d’intelligence artificielle contre l’antisémitisme en ligne, pour une campagne de quatre millions de dollars destinée aux églises évangéliques et pour le Projet Esther, un réseau d’influenceurs rémunérés pouvant atteindre neuf cent mille dollars, géré par une agence de relations publiques appelée Bridges Partners.