Embarrassée par la découverte d’une caisse noire à l’UIMM, Laurence Parisot a promis une «nouvelle ère de transparence».
Hier matin, 9 h 30. Au siège du Medef, avenue Bosquet à Paris, Laurence Parisot répond aux questions des journalistes. «J’ai demandé que l’on modifie les statuts, annonce
la présidente de l’organisation patronale, pour qu’ils intègrent l’adhésion à une charte éthique. Aucune fédération ne pourra adhérer au Medef si elle ne dispose pas de comptes
certifiés.»
«Ubuesque». Au même moment, au 56 avenue de Wagram, les policiers pénètrent au siège de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), la plus puissante
fédération qui compose le Medef (lire page 4) pour une nouvelle perquisition. Ils cherchent depuis bientôt trois semaines à mettre la main sur la comptabilité parallèle permettant de découvrir
dans quelles poches ont bien pu aller les 17 millions (minimum) d’argent liquide que ses dirigeants ont retiré des comptes de l’organisation depuis 2007.
Cette situation que Laurence Parisot qualifie elle-même d’«ubuesque» en dit long sur la crise qui traverse les milieux patronaux, et avec eux les syndicats de salariés entraînés dans
une même suspicion par Denis Gautier-Sauvagnac, le président de l’UIMM, qui justifie ses retraits d’argent liquide par la nécessité de «fluidifier les relations sociales». Hier, lors
de sa conférence de presse, Laurence Parisot a comparé la situation des partenaires sociaux à celle d’une famille découvrant que l’un de ses secrets les mieux gardés était étalé sur la place
publique. «Cela me fait l’effet de la révélation d’un secret de famille», commentait hier la patronne du Medef : «C’est quelque chose que nous ignorions totalement pour l’UIMM
et que sûrement nous ignorons pour d’autres.» Mais, ajoute-t-elle, «probablement beaucoup savaient, inconsciemment».
Elue en juillet 2005 contre le candidat soutenu par l’UIMM, Yvon Jacob, l’actuelle présidente du Medef peut plaider l’ignorance. Ce n’est pas le cas de ses prédécesseurs. Hier, Yvon
Gattaz, qui a dirigé le Conseil national du patronat français (CNPF) de 1981 à 1986, a carrément admis, sur France Inter, que, «dès 1884, il y a eu une caisse qui alimentait les
syndicats» et que, selon lui, «il était de notoriété publique que cet argent donné de la main à la main servait au financement des syndicats».
«Infâme suspicion». Cette façon de mettre dans le même bain organisations patronales et syndicales fait bondir leurs dirigeants, en particulier ceux de la CFDT et de la CGT.
François Chérèque estimait la semaine dernière que la CFDT et ses militants se sentaient «agressés par l’infâme suspicion». Quant à Bernard Thibault, il parlait hier de «scandale
national», en ajoutant qu’il était «assez facile pour le patronat, pour ne pas avoir à avouer d’autres utilisations de cet argent liquide, de pointer les organisations syndicales comme
étant a priori les bénéficiaires».
Hier, les Echos évoquaient un véritable trésor de guerre de 160 millions d’euros, voire davantage, qui aurait été constitué après les événements de Mai 1968 pour aider les
entreprises adhérentes de l’UIMM à ne pas céder aux syndicats lors de conflits sociaux. Cette «caisse antigrève» existait en réalité depuis l’époque de la guerre froide. Elle avait été
constituée en 1952 (Libération d’hier) et était utilisée de manière plus ou moins discrète dans les conflits sociaux pour contrer l’influence communiste dans le mouvement syndical
français. Elle était alimentée par des versements «volontaires» d’entreprises, une «surcotisation». Son existence n’est pas contestée par les dirigeants de l’UIMM.
Les enquêteurs risquent de rencontrer des difficultés pour identifier les bénéficiaires des «largesses» de l’IUMM, car il est fort peu probable qu’il s’agisse de flux financiers au niveau des
grandes confédérations. Les «enveloppes en liquide» de l’UIMM ont plus vraisemblablement eu comme destinataires des individus, négociateurs d’accords par exemple, permettant de débloquer des
aides publiques importantes (mécanisme de préretraites anticipées notamment) au bénéfice des entreprises de la métallurgie et de la construction automobile. Autre cible potentielle :
certains parlementaires auprès desquels la fédération patronale exerce un lobbying efficace pour qu’ils défendent des amendements favorables à leurs adhérents. Les députés et les sénateurs
connaissent bien les «amendements de nuit de l’UIMM».
Perche. Hier, Laurence Parisot a saisi la perche qui lui était tendue par la CGT, en acceptant comme le lui demandait Bernard Thibault d’ouvrir une négociation sur la
représentativité syndicale et le financement du dialogue social. La première phase de cette discussion sera celle de la «délibération sociale», a-t-elle annoncé.
Présomption d’innocence. De son côté, l’UIMM a promis de revoir sa «gouvernance». Mais pas question de démettre son président, Denis Gautier-Sauvagnac. Et comme c’est
ès qualités qu’il siège au Conseil exécutif du Medef, Laurence Parisot ne pouvait pas lui demander d’abandonner ses responsabilités au sein de l’organisation patronale, même s’il a accepté de
renoncer à conduire les négociations sur la modernisation du marché du travail. «La présomption d’innocence», s’est défendu Laurence Parisot, à qui l’on demandait pourquoi elle n’était
pas allée jusqu’au bout en exigeant du président de l’UIMM qu’il abandonne tout rôle dans les instances du Medef.