Boutin prise au mot par les mal-logés
Reçues en délégation vendredi après-midi par la ministre du Logement Christine Boutin, les familles du campement de la rue de la Banque à Paris ont
accentué la pression sur les pouvoirs publics en organisant, dès le lendemain, une manifestation pour la réquisition d’immeubles vides. Samedi, près de 300 personnes se sont retrouvées
devant le siège du «ministère de la Crise du logement», un immeuble squatté depuis décembre 2006 par des artistes et des mal-logés au pied duquel ont été installées récemment plus d’une
centaine de tentes. Ce bâtiment est aussi le QG d’associations de défense de mal-logés : DAL (Droit au logement), Jeudi noir du logement, ou encore Macaq (Mouvement d’animation culturelle et
artistique de quartier).
«Vide». Ce «contre ministère» est également devenu un lieu servant à mettre en
exergue les diverses situations de mal-logement : familles vivant à l’hôtel ou hébergées par des proches, ménages avec enfants locataires de chambres de bonne, personnes sous la menace d’une
expulsion locative. Ce sont tous ces profils que l’on trouve aujourd’hui sous les tentes. Samedi, les manifestants sont partis de la rue de la Banque pour se rendre devant un groupe d’immeubles
situés au 50, 52 et 52 bis rue Laffitte (IXe arrondissement). Selon le DAL, ce patrimoine immobilier appartenant à la compagnie d’assurances AGF est «vide depuis
quatre ans» et a «vocation à être réquisitionné» .
SDF. Les associations de mal-logés prennent ainsi au mot Christine Boutin. Elle
avait indiqué le 17 octobre qu’elle «n’exclut pas la possibilité de réquisitionner certains immeubles», dans le cadre du plan d’hébergement hivernal en faveur des sans-abri. «La
loi existe, […] elle n’est pas obligatoirement d’une efficacité à 100 %, mais compte tenu de la gravité de la situation […] je n’exclus pas d’user de ce droit de réquisition dans les zones
tendues.» Dans l’esprit de la ministre, d’éventuelles réquisitions doivent servir à créer des lieux d’accueil pour des SDF. Pas des appartements pour des familles mal logées, contrairement à
ce que réclament les associations. C’est ce qu’a répété Christine Boutin, vendredi, à la délégation des campeurs de la rue de la Banque conduite par le DAL. «Elle nous a dit que sa priorité
ce sont les sans-abri, et que les familles mal logées doivent retourner dans leur hôtel», a indiqué à Libération le président du DAL, Jean-Baptiste Eyraud.
Tentes. Au cours de cette rencontre d’une demi-heure, la ministre a également
précisé qu’elle n’était pas en mesure de reloger les 300 familles défendues par les associations, dont certaines se sont installées sous les tentes. Mais elle a pris l’engagement d’examiner
«les cas qui sont dans les situations les plus épouvantables» . Pour les associations, toutes ces familles sont éligibles au Dalo, la loi sur le droit au logement opposable
adoptée en mars dernier, après les campements des Don Quichotte. Ce texte doit entrer progressivement en application à partir de début 2008. Les services de Christine Boutin ont demandé la
liste des 300 familles aux associations. Mais avant de la fournir, le DAL demande au ministère la signature d’un protocole portant sur leur relogement. La nuit dernière des familles sont
retournées sous les tentes. Le campement continue.
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