C’est l’heure d’un premier bilan de la grève générale reconductible de la SNCF et de la RATP de novembre 2007.
L’analyse d’un événement historique passe généralement par des comparaisons par rapport à d’autres évènements historiques, par l’analyse de son
contexte historique et international.
Cette grève était la grève paradoxale, elle entraîne la confirmation et la négation d’un certain nombre de stratégies politiques.
La comparaison la plus fréquente dans les médias était la comparaison entre Sarkozy et Thatcher, la comparaison entre la grève générale reconductible
des transports publics français et la grève des mineurs britanniques d’il y a vingt ans.
Cette comparaison est totalement fausse. Sarkozy n’est pas un nouveau Thatcher, Sarkozy, c’est l’anti Thatcher.
L’élection de Sarkozy au poste de président de la république le 6 mai 2007 était la cause d’une première crise de propagande médiatique. Des
organisations agitent en permanence l’épouvantail du danger fasciste dans ce pays depuis 2002. En 2002, ils appelaient au vote Chirac contre Le Pen, ils caractérisaient la participation de Le Pen
au deuxième tour des élections présidentielles de 2002 comme un danger fasciste. Le 6 mai 2007, les mêmes appelaient au vote Royal contre Sarkozy, ils faisaient du terrorisme intellectuel selon
lequel l’élection de Sarkozy, ce serait le fascisme, ils permettaient précisément par cette propagande l’élection de Sarkozy.
En novembre 2007, les mêmes soutiennent la politique de Sarkozy de suppression des régimes spéciaux de retraite des agents de la SNCF et de la RATP, ne
prennent en conséquence aucune initiative de solidarité pour la grève en défense des régimes spéciaux et, en même temps, caractérisent le bilan de la grève comme une défaite des grévistes et une
victoire de Sarkozy.
Ils font la comparaison entre Sarkozy et Thatcher. Cette comparaison est totalement fausse. Le gouvernement Thatcher était un gouvernement fort, les
syndicats britanniques étaient des syndicats forts, le combat de Thatcher était bien un combat contre les syndicats britanniques, et le résultat de la grève des mineurs britanniques était bien
une défaite des mineurs et une victoire de Thatcher.
La grève générale reconductible des transports publics français, la grève des neuf jours, était la grève paradoxale. Elle était paradoxale d’abord par
son calendrier. Les syndicats français fixaient la date du premier jour de la grève au 14 novembre. Ils fixaient la date du premier jour de la grève un mois avant le premier jour de la grève. Le
13 novembre, la veille du premier jour de la grève, les trois principaux acteurs sociaux, le gouvernement, les directions des entreprises publiques de transport et les syndicats connaissaient
déjà les deux principales causes de la fin de la grève, et les neuf jours de grève ne changeaient absolument rien à l’existence de ces deux principales causes.
Premièrement, il y avait la signature d’un accord secret entre le gouvernement et les trois fédérations syndicales de la CFDT, de la CFTC et de la CGC
relatif à un certain nombre de compensations en échange de la suppression des régimes spéciaux de retraite. Les trois fédérations syndicales n’annonçaient jamais publiquement leur signature pour
des raisons de rapport de force entre les syndicats, de faiblesse et d’absence de représentativité. Le 22 novembre, le jour de l’ouverture officielle des négociations tripartites, après
neuf jours de grève, les propositions du gouvernement et des directions des entreprises publiques de transport sont exactement les propositions de l’accord secret du 13 novembre.
Le deuxième événement important du 13 novembre, c’est bien sûr l’extraordinaire entretien entre Bertrand, le ministre du travail, et Thibault, le
secrétaire général de la CGT, à la demande de Thibault, et son extraordinaire proposition et acceptation d’ouverture de négociations entreprise par entreprise. Sarkozy, Fillon et Bertrand
acceptent immédiatement la proposition de Thibault. Les relations entre Bertrand et Thibault sont exactement identiques par rapport aux relations entre Fillon et Chérèque en 2003.
Ces évènements sont bien la confirmation de la participation des ministres socialistes dans le gouvernement Sarkozy. Le gouvernement Sarkozy n’est pas
un gouvernement fort, c’est un gouvernement faible, Sarkozy est bien le successeur de Chirac, la propagande relative à la rupture est une propagande pure et parfaite, la seule force politique de
Sarkozy, c’est le parti socialiste, c’est la situation dans laquelle depuis l’élection de Sarkozy il n’y a plus d’opposition politique dans ce pays, et la seule force sociale de Sarkozy, ce sont
les confédérations syndicales françaises en général, la CGT en particulier.
La politique de Sarkozy n’est pas une politique anti syndicale, Sarkozy a besoin de Thibault, les syndicats français sont des syndicats faibles, et
Thibault a besoin de Sarkozy, c’est la dissuasion du faible au faible.
Au fil des années, il y a une très lente stratégie de contestation des confédérations syndicales françaises. Cette stratégie de contestation passe
aujourd’hui par l’existence des syndicats SUD et par la construction d’une nouvelle confédération syndicale, mais le rapport de force entre SUD et la CGT ne permet pas encore aujourd’hui la
contestation de la domination du mouvement syndical français par la CGT.
Cette situation est en particulier la conséquence de la stratégie syndicale de l’extrême gauche française. Les médias français parlent généralement de
la participation de la LCR à la fondation et à la construction des syndicats SUD. C’est encore de la propagande médiatique. Il n’y a aucun changement de la stratégie syndicale des trois plus
importantes organisations trotskystes de l’extrême gauche française, la LCR, Lutte Ouvrière et le Parti des Travailleurs, c’est toujours l’occupation de positions syndicales au plus haut niveau
dans les actuelles confédérations syndicales françaises, la CGT, la CFDT et Force Ouvrière.