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actualité politique nationale et internationale

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POUR LA FERMETURE DE FORT BENNING

Devant la porte du "diable"
avec le Père Roy
 
 
LE MONDE | 04.01.08 | 14h37  •  Mis à jour le 04.01.08 | 14h37
 


 Il l'appelle "the beast", "la bête", sous-entendu le diable. Roy Bourgeois ouvre grands ses yeux et montre l'entrée de la base militaire de Fort Benning. C'est là-bas, à quelques mètres de son modeste appartement à 300 dollars par mois, derrière des grillages et des barbelés, que siège l'Ecole des Amériques dont ce prêtre réclame la fermeture depuis vingt-cinq ans. Depuis qu'il a appris l'assassinat, au Salvador, par des soldats diplômés de l'établissement, de deux religieuses américaines dont il était proche.
 
 
Instinct, liberté de parole, capacité d'indignation, tout semble intact en lui. A 69 ans, celui que tout le monde appelle "Father Roy", Père Roy, laisse paraître une tension irrépressible, une forme de révolte froide capable de toutes les démesures. On l'a vu aux côtés du représentant du Congrès Joseph Kennedy, du candidat démocrate à la Maison Blanche Dennis Kucinich, et de l'actrice Susan Sarandon.
 
L'acteur Martin Sheen, son ami, dit de lui qu'il est "un modèle de foi dans l'action". Devant les 10 000 à 20 000 personnes qu'il réussit à faire venir chaque année sur cette route qui mène à Fort Benning, il parle sans notes, sans discours planifié, comme si son obsession allait de soi.
 
Né dans une famille nombreuse, blanche, des bayous de Louisiane, il a très vite appris à vivre avec peu. Father Roy ne tire aucune larme sur cette enfance austère. Au contraire, il revendique cette "jeunesse faite de choses simples et rudes à la fois" qui lui a permis de s'installer dans des endroits improbables, "comme ici". Pas encore adulte, il s'engage dans la marine avant d'être envoyé au Vietnam. C'est la révélation. À son retour au pays, il s'enrôle chez les missionnaires des Maryknoll.
 
Father Roy érige la justice sociale en vertu majuscule. S'installe cinq ans en Bolivie près de La Paz pendant les années de répression du général Hugo Banzer. Et se voit expulsé après avoir accusé le régime de pratiquer la torture. Commencent alors ses coups d'éclat. Le 9 août 1983, il s'introduit dans la base militaire en compagnie du père oblat Larry Rosebaugh et de Linda Ventimiglia, officier de réserve de l'armée américaine. Ensemble, ils s'accrochent à un arbre et diffusent à plein volume une cassette du dernier prêche de l'archevêque salvadorien Oscar Romero abattu par les escadrons de la mort. Puis, le 18 novembre 1990, un an après le massacre de six jésuites à San Salvador par 27 officiers salvadoriens, dont 19 étaient diplômés de l'Ecole des Amériques, il déverse des litres de sang dans les couloirs du bâtiment principal de l'institution. Il sera condamné à quatorze mois de prison.
 
Le mouvement de protestation prend corps. Avec sa faconde et son bâton de pèlerin pour bagage, il parcourt le pays pour dénoncer les méfaits de l'Ecole des Amériques. Mouvements antiguerre, anciens combattants pour la paix, paroisses catholiques, écoles de jésuites, églises sanctuaires pour immigrés : il tisse ses réseaux. Porte le fer à Washington, au plus haut. S'exerce au lobbying. En 1999, les représentants de la Chambre votent une coupe de 2 millions de dollars dans le budget de l'école. Une sanction qui aurait entraîné sa fermeture si le Sénat ne s'était pas opposé au texte. Depuis, une proposition de loi circule chaque année pour suspendre les activités de l'établissement. En 2006, il manquait trente voix. En juin 2007, onze.
 
"L'école a du sang sur les mains et rien ne pourra la réformer." Vingt-cinq années de lutte dans ce corps à corps viscéral n'ont altéré en rien une conviction indélébile. Ce qu'il dit aimer le plus ? "Sortir ma petite chaise pliante pour venir m'asseoir devant cette porte d'entrée et regarder passer les voitures des militaires. Ils me voient. Ils me connaissent. Cela me va."
 
Article paru dans l'édition du 05.01.08
 
 
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