Des opposants politiques auraient été arrêtés
LE MONDE | 05.02.08 | 14h38
La chasse aux opposants politiques, à la faveur d'une offensive de l'armée contre des rebelles ou d'une prise du pouvoir, n'est pas
une nouveauté dans l'histoire récente du Tchad. L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a affirmé, mardi 5 février à New York, avoir reçu des informations selon
lesquelles, depuis trois jours, "les forces de sécurité du gouvernement tchadien sont impliquées dans l'arrestation d'hommes politiques de l'opposition".
"Au moins sept responsables politiques tchadiens ont été arrêtés depuis dimanche soir", a affirmé, lundi, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho). "Des militaires les ont conduits vers des endroits
inconnus",précise cette organisation basée à Dakar. Les personnalités visées seraient accusées d'avoir préparé un accueil favorables aux rebelles à N'Djamena. Ces arrestations auraient
notamment concerné Ngarleji Yorongar, député et coordinateur général de la Fédération Action pour la République (FAR), Mahamat Saleh Ibni Oumar, président du Parti pour les libertés et le
développement (PLD) et Lol Mahamat Choua, président du Rassemblement démocratique pour le progrès (RDP).
Tous sont signataires de l'"accord politique global visant à renforcer le processus démocratique au Tchad" paraphé par l'ensemble des
partis politiques tchadiens, le 14 août 2007 à N'Djamena, sous les auspices de l'Union européenne. Ce texte, salué par la France, était considéré comme un premier pas vers la normalisation de la
vie politique au Tchad. L'opposition armée n'y était pas associée.
La porte-parole du Quai d'Orsay, Pascale Andréani, interrogée lundi 4 février sur ces informations, a répondu : "La situation étant confuse à
N'Djamena, il n'est pas possible de confirmer ces enlèvements. S'ils devaient l'être, nous ne manquerions pas de nous enquérir du sort des personnes enlevées."
Pour sa part, Georgette Gagnon, directrice par intérim de la section africaine de HRW, s'inquiète : "Nous craignons que le gouvernement
tchadien ne prenne prétexte des combats pour régler ses comptes avec l'opposition non armée."
Déjà, après l'offensive rebelle d'avril 2006, HRW avait accusé les forces tchadiennes de s'être livrées à "des arrestations arbitraires, des
actes de torture et des exécutions sommaires de civils soupçonnés d'être affiliés aux rebelles, ainsi que de membres de leurs familles".
Philippe Bernard et Philippe Bolopion